Me revoilà ! Au bout de deux semaines et non pas une, mais hey, l'attente ne va rendre le chapitre que plus savoureux x) Sauf si, comme ma Bêta, vous voulez me faire la peau après l'avoir lu... Ahem xDDD

Oui, avec le titre du chapire, vous avez sans doute deviné que ça allait pas bien se passer x)
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Passons aux réponses aux reviews !

AAAAAH Aqualyne ça fait un bail que je ne t'ai pas vue ! Contente que ça te plaise x) Sinon ton idée pour les Uzumaki (léger talent naturel, mais exacerbé par la façon dont ils apprennent le Fuinjutsu dès l'enfance) correspond assez bien à mon headcanon personnel, oui x) Mais du coup comme Karin sera formée plus tard, je ne sais pas si elle aura un don ou pas...

Yo Geme1 ! Aaaah, je voulais sauver Karin depuis très longtemps, alos je me suis fait plaisir =) Oui, Karin est officiellement "adoptée" à Konoha, mais elle n'a pas encore approché Naruto. C'est très facile d'éviter quelqu'un dans un village ninja, mine de rien ! Surtout le paria du village, à qui les gens ne disent jamais rien des nouvelles rumeurs, etc. Bref. Contente que Shikaku te plaise, c'est un vrai plaisir de l'écrire xD Et oui, le massacre approche et je pense que personne n'est sûr de ce qui va se passer !

Hello Mara Kag ! En effet Naruto n'a clairement aucun talent en Fuinjutsu dans le canon. Donc il faut du travail pour débloquer ce potentiel latent du clan Uzumaki. Mais oui, je rejoint un peu ton idée : il y a des prédispositions, mais elles sont inutiles sans vrai boulot.

Tu est la première à être aussi catégorique Chiyukisa ! Selon toi le talent des Uzumaki est inné ? Mais tu penses que Naruto y serai bon "s'il étudiais sérieusement"... Donc ça nécessite d'avoir des acquis, un apprentissage, des révisions. Non ?

Salut Steph ! Ah ah, Karin a surpris tout le monde je crois x) Et l'apparition de Shikaku Nara a aussi eu du succès ! Je n'imaginais pas qu'il était aussi populaire... Enfin bref. Inné et acquis, hum ? Beaucoup de gens sont de cet avis. C'est dur de trancher x)

Ah ah, merci Gladoo89 ! Ecrire l'interview de Tsunami avec Shikaku n'était pas facile. Je me creusais la tête, en mode "mais comment les ninja font passer des entretiens d'embauche autrement qu'en se tapant dessus?". Parce que bon, leur mentalité est quand même assez différente de la nôtre, il faut admettre x)

Yo Eliie Evans ! Tu parles du sceau "poche de l'infinie" (ou plutôt, "dimension de poche") ? La réponse est non, on ne peut pas y mettre des gens x) Tout simplement parce que c'est du VIDE à l'intérieur, il n'y a pas d'air, pas de chakra. Pour les choses non-vivantes, ça fait un état de stase, mais pour les choses vivantes, ça les tue direct. Dommage ! Mais créer un sceau-piège pour y mettre des gens (pour les sauver, ou les emprisonner) est définitivement sur la check-list de Tsunami...

Bienvenue à bord Mabri03 ! Oulà, si tu ne veux pas modifier la relation des Konoha 12, la suite de la fic te plaira moyennement. Je me suis lancé le défi de casser TOUTES les équipes du canon dans le futur, et c'est sûr à 99% que ça va arriver... Sinon, tu penses que le talent des Uzumaki est acquis, appris ? Oui, c'est aussi mon avis !

Ce grand cri Isy xDDD Ouiiiii, Karin arrive ! Ah ah, si tu es parée pour lire la suite de la fic, alors je t'enverrai le tome 2 (du moins, son début) bientôt. Et je ne dirais pas non aux photos de chatons =D Mais en adopter un sera plus dur, je suis pas sûr que Crime soit d'accord. C'est une vieille bête maintenant, il a ses habitudes x) Et il n'aime pas partager !

Yo Merry Archer ! Ouais, Tsunami qui rentre en mode "merde, je suis devenue maman, c'était pas prévu" xDDD Heureusement que sa mère aime les enfants ! Et ouais, Hazuki voulait une famille nombreuse (quatre ou cinq enfants) donc elle accueille à bras ouverts tous les loupiots égarés qu'on lui ramène xD Bref ! Tsunami est ma Self-Insert la plus Serpentard, quand même. Des fois, j'en suis soufflée. J'ai... Voyons voir... Elisa la Poufsouffle idéaliste, ensuite Ithaca la Jedi rêveuse, puis Lexie la guerrière alchimiste, puis Natsui la maître du Feu pacifique, puis Castia la Chasseresse casse-cou... Nan, Tsunami est vraiment la plus calculatrie du lot x) En tous les cas, contente qu'elle te plaise !

Hello Aomine ! Je suis fière de cette surprise avec Karin x) Sinon, oui, Tsunade est introduite comme "la remplaçante" du Sandaime, c'est vrai. Mais bon, elle n'en est pas moins légitime. Mais bref. Ah ah ah non Tsunami ne va pas balancer la vérité à Shikaku xD Pour ce qui est de Karin, techniquement elle a un an de plus que Naruto (enfin, dans le wikia, ça dépend, mais bon je headcanon qu'elle a légalement une année de plus et voilà), donc elle sera dans la classe d'au-dessus. Avec Neji... x) Ca lui fera déjà un ami !

Salut liamireldib-b ! Pour ce qui est du père de Karin, Banri (dont j'ai choppé l'inspi grâce à l'oC de Tsurugami, sur DeviantArt)... Son sort est un mystère. Moi-même je n'ai pas encore décidé ! Bref. Contente que tu approuve l'idée de la Section Commandement ! C'est vrai que ça correspond bien à Tsunami x) Sinon, pour répondre à ta question... Tu parle de l'histoire en général, ou de la séparation dIndra et d'Ashura (et donc la guerre Senju-Uchiha qui en a découlé) en particulier ? Parce que sur son point, mon opinion est assez simpliste... Hagoromo était un idiot. Everything wrong in Naruto is caused by bad parenting. Sérieusement, déjà faire un concours pour nommer son héritier était inutilement compétitif. Ensuite, il n'a défini aucun terme, et du coup l'annonce de son choix a eu l'air de sortir de nulle part et d'être une preuve de favoritisme. Ensuite, il a immédiatement renoncé à apaiser les relations entre ses enfants, laissant le conflit s'envenimer. Bref... Bien des choses aurait été évitées s'il avait été plus clair, plus présent, et plus à l'écoute. Voilà voilà. Et toi, qu'en dis-tu ?

Wow Vindixta tu es celle qui est la plus proche de mon headcanon personnel sur les Uzumaki o_O Bravo ! Sinon, ouais, Tsunami a du talent. Quinze ans, jounin, c'est déjà pas rien (dans le canon c'est le cas de Neji et Minato, qui ne sont pas des brêles !), mais en plus entrer dans la Section Commandement... Elle a de l'ambition la gamine, et ça se voit xD

Coucou Sleepy Cocombre ! Talent naturel... Tu veux donc dire qu'il y a un talent inné mais que ce n'est pas inné au clan Uzumaki ? Hummmmm pas faux. C'est assez proche de mon headcanon en fait... xD

Tu sais Yuedra, à chaque fois que je voit la taille de tes review je me frotte les mains d'un air ravi comme un raton-laveur vaguement dérangé xDDDD Bref ! Le souci en nommant un remplacement à Danzo, c'est que ce remplaçant va quand même devoir repartir de zéro. Il n'aura pas les codes d'accès, le lieux des différences bases, les dossiers des agents, peut-être même pas le bon nombre d'agents, parce que plein de trucs vont disparaitre si Danzo meurt... La raison pour laquelle ce n'est pas la cata dans le canon c'est que Danzo meurt JUSTE AVANT la quatrième guerre, et que cette guerre est le début d'une coopération internationale sans précédent. Pas d'invasion, diminution voire disparition de l'espionnage, etc. Mais si Danzo était mort, et que Konoha était encore en situation tendue avec les autres pays, eh bien, là, ça aurait fait très mal. Bon bon. Sinon, ne range pas ta bouteille de champagne tout de suite, mwahahaha. Tu verras ce qui se passe... Et surtout, tu vas hurler en voyant le timing xD Bref ! Ouais, Tsunami a cette fibre "Elisa-esque" : elle prend des décisions spontanées et BOUM ça fait s'écrouler tout le reste. Se rapprocher de Shisui et d'Itachi, adopter Neji, adopter Karin... Cela dit, oh, elle va mettre le holà sur l'adoption des gosses après ça xD Elle n'est pas une Poufsouffle avec une quantité inépuisable d'empathie, contrairement à Elisa ! Bref. Sinon, ouais, tout juste, il y a bien un message politique quand le Sandaime déclare confier "Karin Uzumaki" à "Tsunami Uchiha". Et le mieux, c'est que le Sandaime sait que c'est un geste qui ne lui coûte rien parce que même s'il donne l'impression de faire un cadeau aux Uchiha (aux yeux des témoins, en tous les cas), il ne leur donn en réalité rien du tout puisque Tsunami est complètement détachée du clan. Au contraire, elle est un électron libre et donc en lui donnant la responsabilité de Karin, le Sandaime l'éloigne du clan et s'assure qu'elle lui est reconnaissante à lui... Ah ah ah. Bref ! Sinon ton analyse de Tsunami comme "un mélange de Minato et Tobirama, saupoudré de Marada" est incroyablement juste. Bon, ça m'a aussi bien fait marrer parce qu'on dirait une recette de cuisine, mais ça reste juste ! Bien vu ! Enfin bref. Sinon, ta question sur "qui sera le futur chef de clan Uchiha" me TUE, Yuedra, t'as pas idée, c'est un SPOILER. Et tuvas hurler quand tu réaliseras la solution xD

Hello Sam est classe ! Oui, Karin est la nouvelle addition à la famille des demi-Uchiha xD Attention cela dit pour ton headcanon pour Karin : elle a été élevée par une Uzumaki, certes, mais seulement jusqu'à sept ans. Et sa mère, Ayaka, n'a reçu une formation que jusqu'à l'âge de neuf ans... Elle n'était même pas Genin quand Uzushio a été détruite. Donc elle a des bases, mais elle ne connait rien de concret et n'a donc pas pu apprendre de Fuinjutsu à sa fille...

Yo Shinlya ! Tu as une vision très détaillée du talent des Uzumaki avec le Fuinjutsu ! En effet, c'est une bonne idée. Les Uzumaki auraient un compréhension innée du Fuinjutsu un peu comme les Uchiha auraint une compréhension innée du ninjutsu, mais la création de sceaux nécessierait quand même des compétences acquises. Uh uh uh, c'est assez proche de mon headcanon personnel ! D'ailleurs je suis surprise que tu ne l'ai pas deviné tout de suite, parce que tu brûle, là !

Coucou Ary Schweizer! Contente de t'avoir surprise x) En effet, bien vu, Tsunami n'est pas douée avec les gens en général et les enfants en particulier, et pourtant elle n'arrête pas d'en être entourée, parce qu'elle ets incapable de dire "nan, c'est pas mon problème" xD Bref ! Tu penses que le Fuinjutsu c'est de l'acquis ? C'est pas faux ! ET oui, il y a aussi certains éléments culturels qui facilitent la compréhension du Fuinjutsu...

Salut Ulrich Gutierrez ! Contente que ça t'ai plu x) Je n'étais pas fan du personnage de Karin quand je l'ai découvert dans le canon, mais après avoir découvert sa backstory, je me suis sentie mal pour elle, et du coup... Bah, voilà, je la sauve x) Et elle grandira assez différente de ce qu'elle était dans le canon xD Bref, pour ce qui est de Tsunami et Shikaku : c'est un soutien de poids, mais au final, tu verras, Tsunami va devoir faire face toute seule aux problèmes des Uchiha...

Yo Hiyoru ! Ah ah, contente de savoir que cette fic t'as à nouveau happée dans l'aventure xD Oui,Tsunami a sauvé Karin un peu sur un coup de tête, mais elle ne le regrette pas x) A vrai dire, la politique de Tsunami c'est un peu "une fois que la décision est rise, la regretter ne sert à rien, il faut assumer jusqu'au bout". Avec les conséquences qui vont avec ! Eh oui, ramener une Uzumaki à Konoha, c'était un pari risqué. Mais tu vas voir, Naruto va encore rester à 'écart quelques temps x) Pour tes questions, j'en garde quelques-uns pour le bonus spécial (histoire d'en faire profiter tout le monde), mais je peux déjà te dire que oui, Tsunami a fini son sceau-suicide, mais l'a gardé secret parce qu'elle ne veut pas qu'il soit utilisé par Danzo. En fait, pour l'instant, elle garde beaucoup de ses sceaux secrets... La Dimension de Poche aussi, par exemple. Sinon, Tsunami n'a pas encore eu l'occasion d'utiliser son encre-chakra, mais ça va venir. Ensuite, Neji n'a pas encore appris de Jutsu élémentaire, mais ça viendra. Et oui, Izumi connait les techniques de shurikens Uchiha x)

Coucou Rozenn Selwyn ! Ah ah, eh oui, le mini-débat posé aux lecteurs sur les Hokage était rattaché à cette question que Shikaku pose lors de l'entretien d'embauche de Tsunami. Bon, je savais déjà qui elle allait choisir, mais j'étais curieuse d'avoir l'avis des lecteurs... Et de savoir ce que ça révélait sur eux xD Bref ! Oui, le ait pour Tsunami de donner le sceau du phénix à Shisui, c'est la preuve qu'elle a accepté qu'elle ne pouvait pas le sauver. Elle ne va pas encaisser sa mort sans broncher mais en effet, elle est prête à ce que ça arrive. Elle a décidé d'y survivre, pas de se battre jusqu'à la mort pour l'empêcher. A l'inverse d'Elisa, Tsunami a commencé très tôt à faire le tri des gens qu'elle pouvait sauver et de ceux pour qui elle ne se donnerait même pas la peine d'essayer... Mais bon. Voilà, la Team Shisui est dissoute. Mais au moins une bonne chose en est ressorti : j'ai sauvé Karin, ouiiiii xD

Salut Redheadead ! Oui, tu es dans les temps pour la review xD TU ES RETOMBEE DANS TWILIGHT ?! Honte usr toi xD La seule fic Twilight que j'i lu c'est Luminosity (et sa suite Radiance), qui est un peu une fanfic inspirée de fanfic puisque Bella y est inspirée par la célèbre fic Harry Potter et les Méthodes de la Rationalité. Bref. Chacun ses goûts xD Sinon, oui c'était la dernière mission de la Team Shisui, mais comme tu vois, Tsunami rebondit plutôt bien. Et on n'a pas fini de voir Karin !

Leen Hogwarts, tu as posté ta review vraiment JUSTE AVANT que je poste, c'est un coup de bol que j'ai regardé ma boite mail xD Bref ! Oui, Tsunami recrute les sbires d'Orochimaru xDDD Nan mais Karin c'était un accident, vraiment. Cela dit, oui, la maison commence à être bien rempli. Et si ça se trouve, tu n'as pas complètement tort pour Sasuke...

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Bref !

La question que je vous avait posée (et qui a lancé un super débat !) était : le Fuinjutsu, inné ou acquis ? Et du coup... Voilà mon propre headcanon (qui du coup va servir de canon pour la fic xD).

La plupart d'entre vous m'ont dit "les deux". Et... C'est pas faux, je crois, mais pas complètement vrai. On peut y être naturellement doué, comme certaines personnes sont naturellement douées en maths, mais voilà, c'est random, ça n'affecte pas TOUS les Uzumaki. En revanche... Il y a bien quelque chose de spécial au clan. Pas vraiment un "talent inné pour le Fuinjutsu", il y a juste un "talent propre aux Uzumaki qui, par coïncidence, aide au Fuinjutsu". Parce que par nature le Fuinjutsu, c'est anti cheat-code. Le Sharingan ne le déchiffre pas. Le Byakugan ne voit pas à travers. Ca casse les Jutsu. Ca ne nécessite pas d'affinité élémentaire, de chakra particulier... Juste de l'apprentissage. Oui, c'est ACQUIS et non pas INNÉ. Alors pourquoi les Uzumaki seraient-ils renommés pour leur talent dans ce domaine ? Parce qu'ils commencent leur apprentissage tôt ? parce qu'ils ont des méthode d'enseignement particulières ? Parce qu'ils se transmettent des techniques secrètes qui ont ensuite disparu avec leur clan ? Un peu de tout ça. Mais surtout... Je pense aussi que leur sensibilité au chakra leur facilitait la perception des détails d'un sceau.

Vous noterez que TOUS les experts en Fuinjutsu du canon (Tobirama, Hashirama, Jiraya, Minato, Madara et Zetsu par la suite...) et de cette fic (Tsunami) sont aussi des ninja sensoriels. Tous, sans exception.

Est-ce que c'est canon qu'être ninja sensoriel est lié au Fuinjutsu ? Absolument pas. Mais je trouve cette idée à la fois logique et très cool, donc... A partir de maintenant, c'est canon pour moi ! xD

Cela dit, être ninja sensoriel ne signifie pas automatiquement qu'on va être bon en Fuinjutsu. C'est juste un bonus. Sauf que TOUS les Uzumaki avaient ce bonus, alors que pour le commun des mortels, c'était plus rare =)

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Voilà voilà ! Et je suis très fière, du coup, de connecter "ninja sensoriel" avec "talent en Fuinjutsu". Cela dit, être un sensor n'est pas une garantie de talent. Karin est une sensor exceptionnelle et ça va grandement l'aider avec le Fuinjutsu, mais ça ne va pas lui donner un don exceptionnel pour ce domaine, par exemple. C'est cohérent ? =)

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Tragédie et guérison

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Konoha avait beau être une structure militaire et quasiment dictatoriale, on était loin de l'organisation rigide et de la bureaucratie qu'on trouvait dans les régimes autoritaires comme l'URSS. Chacun faisait un peu de tout. En tant que membre de la Section Commandement, Tsunami jouait les secrétaires pour Shikaku deux jours par semaines, mais elle avait aussi des devoirs nouveaux, comme assister à des briefings avec la Section Intelligence, patrouiller dans les zones secrètes d'entraînement, ou arbitrer les différents entre ninjas… Ce qui était supposé être une des tâches de la police, mais apparemment la plupart des ninjas venaient se plaindre à Shikaku plutôt qu'à Fugaku, et wow, ça en disait long sur l'état des relations entre les Uchiha et le reste du village.

Tsunami devait également participer à des entraînements avec d'autres membres de la Section Commandement, et il ne s'agissait pas juste de se taper dessus. Généralement, un scénario était mis en place (invasion ennemie, catastrophe naturelle, capture d'un nukenin, assassinat discret, escorte d'un diplomate…) et chacun devait proposer une stratégie, puis la mettre en œuvre, puis en discuter après-coup pour étudier les failles du plan et trouver un moyen de les corriger.

Faire partie de la Section Commandement ne signifiait pas qu'on avait forcément un poste de commandement. Cela signifiait juste qu'on dépendait directement du Commandant Jounin. Certains membres de la Section Commandement se retrouvaient dans d'autres départements. Ainsi, Genma et Raidō faisaient tous les deux partie de la Section Commandement, mais Raidō effectuait souvent des missions solos, et Genma avait eu Gai comme capitaine durant des années. Ils n'étaient pas capitaines d'une équipe fixe. Leur lien avec la Section Commandement signifiait qu'ils étaient polyvalents, qu'ils pouvaient diriger une unité avec n'importe quelle spécialité. Ça voulait aussi dire qu'en cas d'attaque du village, c'était vers eux qu'on se tournerait pour coordonner les défenses. Ce n'était pas rien.

Gai était sans doute plus fort qu'eux, mais il ne faisait pas partie de la Section Commandement. Hayama-sensei non plus. Tout comme Anko, Kurenai, Aoba, Ebisu, Tokuma, Yūgao, Atsuo… Une grande partie des gens que Tsunami connaissait, en fait. En revanche, Tsunami croisa plusieurs fois Kakashi Hatake au sein du quartier général, même si elle n'engagea jamais la conversation. Kakashi n'était pas très sociable. Il semblait passer son temps à lire des rapports d'un air désintéressé, ou à critiquer les décisions des autres d'un air désinvolte. Il était exaspérant. Un peu comme une sorte de mascotte qui ne faisait que se morfondre agressivement.

– Kakashi est un cas spécial, lui confia Shikaku un jour où elle l'interrogea à son sujet. Il est extrêmement réticent à travailler avec une équipe, mais vu son potentiel, et le fait qu'il était élève du Yondaime… Ce serait criminel de ne pas le former au commandement.

Tsunami hocha la tête :

– Parce qu'il y a une chance qu'il soit Hokage un jour.

Shikaku lui lança un regard aigu :

– Bien vu.

Grâce à ses souvenirs-rêves, Tsunami avait beaucoup plus d'informations qu'elle ne devrait en avoir sur le climat politique, la personnalité de ses collègues, ou les capacités de leurs ennemis. Mais comme elle ne sortait jamais ce genre d'info de nulle part, ça l'aidait juste à noter des éléments factuels que la plupart des gens ne remarquaient pas. Tout le monde savait que Kakashi était doué : mais de là à dire « il pourrait être Hokage », il y avait un pas énorme. Il fallait une sacrée intuition, et pas mal d'esprit d'analyse. Tsunami ne manquait ni de l'un ni de l'autre, mais elle ne voyait pas le mal qu'il y avait à booster sa réputation en trichant un peu.

Elle n'avait jamais cherché à masquer son intelligence, mais la plupart de ses missions avaient demandé peu de stratégie, ou alors avaient été commandé par quelqu'un (Hayama-sensei ou Shisui, généralement) qui n'avait pas eu besoin d'assistance pour décider de la marche à suivre. Alors ça n'avait jamais vraiment été remarqué. Mais là, dans la Section Commandement, Tsunami s'éclatait avec les scénarios théoriques de leurs entraînements, ou même l'analyse des documents de la Section Intelligence (dont elle parvenait à extrapoler tout un tas de trucs grâce à ses souvenirs-rêves).

Les semaines passèrent à toute allure. Tsunami était toujours en service actif, alors elle continuait à effecteur les mêmes missions que d'habitude. Parfois en solo, parfois avec une équipe de Chuunin, et une ou deux fois avec Gai uniquement. Mais elle effectua aussi plusieurs missions en tant que membre de la Section Commandement. Une mission de sabotage d'un port du pays de la Foudre, une mission de capture d'un espion, et une autre de destruction d'une équipe d'invasion venant de Kiri (qui s'avéra être un groupe de kamikaze, tous détenteurs de kekkei genkai, désirant mourir au combat plutôt que dans la guerre civile qui agitait leur pays. Ils refusèrent tous de se rendre ou de négocier).

Tsunami passait à présent moins de temps avec ses vieux amis. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas fait de mission avec Kotetsu et Izumo, par exemple. Elle leur disait bonjour dans la rue, mais ils ne se voyaient plus très souvent. Même chose pour Genma (et encore, elle le voyait lors de certains entraînements de la Section Commandement), Anko, Kurenai, et tous les autres. Ce n'était pas qu'elle les délaissait ! C'était juste qu'elle était de plus en plus absorbée par son travail à la Section Commandement. Il n'y avait rien de mal à ça. Elle découvrait que Shikaku Nara, malgré sa réputation de paresse, était un vrai bourreau de travail. Mais il était aussi toujours prêt à discuter et il la prenait au sérieux, et elle aimait vraiment l'assister. C'était sans doute réciproque. Il avait l'air d'aimer la mettre au défi. Il lui confiait des scénarios théoriques de plus en plus complexes. Il avait ramené un plateau de go dans son bureau et l'invitait à jouer contre lui assez régulièrement (il gagnait toujours, mais moins aisément qu'au shōgi). Il se plaignait de sa femme et de son fils avec humour. Bref, Tsunami pouvait sans mentir déclarer qu'elle s'entendait assez bien avec son boss.

Juin passa à toute vitesse. Izumi avait à présent treize ans. Karin venait d'entrer à l'Académie, dans la même classe que Neji, et se débrouillait plutôt bien. Elle avait des lacunes, évidemment, mais Neji lui donnait des leçons le soir pour qu'elle comble son retard. En classe, ils n'étaient pas soudés à la hanche mais ils étaient indubitablement amis. Quand un garçon se moqua des cheveux rouges de Karin, Neji lui mit une raclée au cours de taijutsu suivant. Il n'aurait pas eu à se donner cette peine, cela dit : Karin commençait à s'affirmer, et elle s'était défendue avec une volée d'insultes enflammées.

Tsunami et Karin louèrent un appartement pas loin de celui d'Hazuki. Hikari put avoir sa chambre. Puis Hazuki fit asseoir ses deux filles dans la cuisine, profitant de l'absence des autres enfants de la maison, et leur annonça quelque chose qui fit basculer le monde de Tsunami.

– Mes parents ont repris contact avec moi.

Tsunami resta sous le choc. Izumi, elle, abattit férocement son poing sur la table :

– Envoie-les au diable !

Fréquenter Hana Inuzuka faisait vraiment des merveilles pour son caractère.

– Izumi a raison, finit par dire Tsunami en balbutiant un peu. Je veux dire, pourquoi… ?!

Les Uchiha avaient chassé Hazuki. Ils l'avaient mise à la porte. Il était inconcevable qu'ils reviennent sur leur décision, ils étaient trop fiers… Sauf s'ils étaient acculés, commença à réaliser Tsunami avec horreur. Sauf s'ils essayaient de mettre tous les avantages de leurs côtés en prévision d'un coup d'état. Hazuki n'était pas très forte, mais elle connaissait tous les tenants et les aboutissants de l'administration, et elle avait des amis partout. Elle serait un élément-clef pour la pacification du village, si les Uchiha tuaient le Sandaime. Oh bon sang, comment Tsunami avait-elle pu ne pas y penser ?! Et puis, Izumi était dans la même équipe de Genin qu'une héritière de clan. Quant à Tsunami… Oh, bon sang. Elle était Jounin. Entraînée par Shisui. Evidemment qu'elle serait un atout de poids dans un combat contre Konoha…

– Je ne sais pas, déclara Hazuki d'un air soucieux. Et c'est ça qui m'inquiète. Je pense qu'ils agissent dans le dos du clan. Ma mère semblait… effrayée. Elle tient à ce que ça reste un secret.

Voilà qui le confirmait : c'était en rapport avec le coup d'Etat. Tsunami sentit son estomac chavirer. Ils impliquaient sa mère. Mama. Elle n'était même plus ninja active. Elle ne pouvait pas combattre. Ils ne pouvaient pas faire ça !

– C'est louche, fit-elle d'une voix qu'elle aurait espérée plus ferme. Dis-leur d'aller se faire enculer par un cactus.

Izumi eut l'air à la fois scandalisée et ravie par cette expression. Hazuki sembla partagée entre la désapprobation (c'était quand même ses parents) et l'amusement résigné. Finalement, elle secoua la tête, et déclara fermement :

– Tu penses que je ne le sais pas, Tsunami ? Evidemment que c'est louche. Ce n'est pas leur genre de revenir sur leur parole. La situation doit être désespérée pour qu'ils se tournent vers moi. Ils me cachent quelque chose, et j'ai l'intention de découvrir quoi.

– Non !

Elle s'était mise debout d'un bond. Sa mère eut l'air choquée, puis mécontente.

– Tsunami…

– Et s'ils sont impliqués dans quelque chose d'horribles ? fit-elle précipitamment. Et si le clan Uchiha est impliqué dans quelque chose d'horrible ? Peut-être qu'ils veulent, je ne sais pas moi, éliminer le clan Hyuga ! Pour effrayer cette sorcière de Yuko, il faut au moins ça, non ? C'est dangereux ! Peut-être même que c'est de la trahison, ce qu'ils préparent !

Sa mère resta silencieuse un instant. Puis, lentement, elle demanda :

– Est-ce que tu as entendu quelque chose à la Section Commandement ?

Non. La Section Commandement ne savait pas que les Uchiha préparaient un coup d'état. C'était les ANBU qui surveillaient le clan, et la Section Commandement ne comptait pas d'ANBU en service actif… Mis à part Kakashi, et c'était un cas spécial. Par principe, un ANBU n'avait pas d'identité, pas d'individualité, et donc il n'était pas qualifié pour commander. Pour autant, Tsunami pensait que Shikaku devait se douter que quelque chose se passait avec les Uchiha. Il ne savait juste pas quoi.

– Non, finit-elle par lâcher.

Sa mère la scruta encore un instant. Puis elle soupira, et lui ébouriffa les cheveux d'un geste tendre.

– Je ne vais pas me mettre en danger, Tsunami. Je vous préviens toutes les deux parce que vous êtes assez grandes pour savoir à quel point les Uchiha sont fiers, et à quel point ce geste est significatif. Mais ma décision est prise. Si mes parents sont mêlés à quelque chose de dangereux, je dois le savoir.

Tsunami secoua la tête, muette. Non. Elle ne pouvait pas imaginer sa mère se mêlant à ça. C'était un cauchemar. Elle se cramponna à la poignée de son katana, Yoarashi, d'un geste nerveux. Si le clan essayait de faire quoi que ce soit… Izumi, qui était restée silencieuse, déclara soudain :

– Mais tu dois être prudente, alors. Par exemple… Ne va pas dans le district Uchiha. S'ils veulent ramper, ils peuvent le faire en ville.

Ne pas aller dans le district Uchiha. Tsunami se cramponna à cette idée comme à une bouée de sauvetage. Oui, excellente suggestion. Le massacre serait confiné au district, alors si Hazuki en restait loin….

– Exactement ! rajouta-t-elle d'une voix qui dérapa dans les aigus. Ce n'est pas à eux de venir à toi. Alors ils peuvent venir s'excuser auprès de toi, selon tes termes, et loin du clan.

– Et loin de nous aussi, rajouta Izumi. On ne veut pas les voir. Dis-leur qu'on est malade, ou en mission, ou…

– … Ou juste qu'on les emmerde, acheva Tsunami.

Avec le stress, elle avait tendance à devenir grossière. Elle allait devoir corriger ça. En tous les cas, sa mère semblait plus exaspérée que véritablement choquée. En tant que ninja, elle avait sans doute entendu pire.

En tous les cas, Hazuki tint parole. Elle ne se rendit pas dans le district Uchiha. Akihito et Yuko Uchiha ne croisèrent jamais la route de leurs petites-filles. Mais Tsunami vit souvent passer des lettres. Elles étaient assez longues, une ou deux pages parfois, et étaient toujours soigneusement détruites après leur lecture. Hazuki les recevait à son travail, au milieu de ses papiers de comptabilité. Elle plaçait les siens dans les factures d'eau et d'électricité de ses parents. Bosser dans l'administration avait du bon.

Le contenu des lettres semblait assez innocent. Izumi et Tsunami en lurent une ou deux, méfiantes, mais… Yuko parlait juste de sa journée, ou de ses regrets, ou des frères et sœurs d'Hazuki qui étaient morts depuis longtemps. Tsunami avait beau être sûre que c'était connectée au coup d'Etat, on avait véritablement l'impression que les parents d'Hazuki voulait juste renouer avec leur fille parce qu'elle leur manquait. Les lettres ne parlaient jamais de Hikari (c'était un sujet explosif), mais Akihito et Yuko semblaient vraiment regretter d'avoir écarté leur fille. Il n'y avait rien de compromettant dans ces courriers. Les seuls trucs vaguement douteux que Tsunami releva, ce fut une ou deux phrases faisant allusion à la nécessité pour les Uchiha de se soutenir en tant que famille… Mais la lettre n'élaborait pas plus loin. Pas d'incitations à la sédition, pas de remarque sur le fait qu'Hazuki était une Uchiha avant tout. Peut-être que ça viendrait plus tard. Tsunami se méfiait.

Les lettres étaient fréquentes : au début, il y en avait une par semaine, pis il y en eu une tous les deux jours. Puis vinrent les cadeaux. Dans la cuisine, dans le salon, dans la salle de bain, Tsunami se mit à remarquer des objets qui avaient appartenu à sa mère lorsqu'elles habitaient dans le district Uchiha, mais qu'elles avaient été obligées de laisser derrière elle par la suite. Un vase, un plat, un livre de recette, un peigne, un miroir… C'était des petits riens, mais Tsunami ne pouvait s'empêcher de pincer les lèvres avec désapprobation. Akihito et Yuko faisaient amende honorable. Ça cachait vraiment quelque chose. Mais Hazuki restait sourde à ses appels à la prudence. Ou plutôt, si, elle les entendait, mais elle l'assurait qu'elle avait les choses sous contrôle. Et… Ce n'était pas faux. Hazuki ne se laissait pas amadouer. Elle ne se rendait pas au district Uchiha. Elle remerciait poliment ses parents de lui rendre ses affaires, et continuait sa correspondance en essayant de poser les bonnes questions. Elle voulait savoir ce qui les troublait, mais elle n'avait jamais de réponse nette.

Hazuki aimait ses parents, mais ils s'étaient fait trop de mal mutuellement pour pouvoir l'oublier. Elle était prudente. Parfois, Tsunami l'oubliait, parce que sa mère faisait un boulot administratif et qu'elle était sa maman avant tout, mais… Hazuki Uchiha était une kunoichi. Elle observait. Elle analysait. Elle planifiait. Elle anticipait où frapper. Elle n'était pas naïve. Oui, ça lui faisait de la peine de ne pas avoir de vraie relation à ses parents. Ça la rendait amère, qu'ils en soient réduits à échanger par lettre, ses parents essayant sans doute de la manipuler et elle essayant de leur arracher la vérité. Mais… Elle ne se laissait pas attendrir. Il y avait toujours eu quelque chose de dur et de brisé dans sa relation avec Akihito et Yuko, et ce depuis des années. Depuis son mariage avait Kaiji, sans doute. Ou peut-être avant. Le genre de famille où l'enfant fini par s'enfuir n'est généralement pas une famille heureuse.

C'était la seule connexion qui lui restait avec ses parents. C'était dangereux, mais Tsunami n'avait pas le cœur d'interférer. Elle surveillait ce qui se passait, de toute façon. Et… Les Uchiha allaient bientôt mourir. Tous, y compris Akihito et Yuko. Tsunami s'était égoïstement accroché à Shisui et Itachi durant des années, pourquoi ne pouvait-elle pas laisser sa mère faire la même chose ?

Shisui et Itachi, tiens. Eux, elle ne les voyait quasiment plus. Itachi était un vrai fantôme, ces temps-ci. Tsunami sentait parfois son chakra au milieu d'une patrouille d'ANBU, mais… Jamais davantage. Il ne s'était pas entraîné avec elle depuis des mois. Et Shisui… Shisui n'était pas tellement mieux. Il semblait déprimé, ces temps-ci. Presque hagard, abattu. Il affichait toujours un grand sourire rassurant quand on s'inquiétait pour lui, mais c'était un masque.

En ce moment, tout était un masque. Depuis la dissolution de la Team Shisui, il s'éloignait d'eux. Cela faisait des mois qu'il ne leur disait rien d'important. Des semaines, même, qu'ils le voyaient à peine, qu'ils se disaient juste bonjour avant que Shisui se volatilise. Comme s'il avait peur de leur parler. Comme s'il ne savait pas quoi leur dire. Comme s'il ne savait pas… vers qui se tourner. Tsunami n'arrivait pas à lui mettre la main dessus. A la fin de juillet, elle commençait doucement à s'angoisser. Au début du mois d'août, c'était comme un nœud permanent dans son estomac. Est-ce que, dans le canon, la pression pesant sur Shisui avait été si lourde ? Est-ce que c'était en train d'arriver ?

Elle ne pouvait pas ouvertement parler de ses craintes à son entourage. Peu de gens savaient à quel point elle avait été proche de Shisui. Iruka était absorbé par l'Académie, et Yūgao par l'ANBU. Kumadori et Tessen suivaient leurs propres voies. Hayama-sensei était en mission longue durée hors du village. Mais Tsunami voyait toujours les membres de la Team Shisui. Tokuma, Atsuo et elle s'entraînaient régulièrement, ou se retrouvaient à midi pour déjeuner ensemble et se raconter leurs dernières mésaventures.

– Vous avez des nouvelles de Shisui ? demanda Tsunami.

Elle posait la question à chaque fois. Mais les deux autres secouèrent la tête.

– Impossible de le coincer en ce moment, lâcha Atsuo. Ça va faire presque un mois qu'il ne vient plus à nos entraînements… J'espère qu'il va bien…

On était en août. Le massacre aurait lieu dans les huit ou neuf mois prochains, maximum. Tsunami reposa son bento, l'appétit soudain coupé.

– C'est son clan qui lui met la pression, pointa Tokuma en fronçant les sourcils. Ils l'ont réaffecté à la police mais ensuite l'Hokage l'en a retiré et lui a donné une mission spéciale, parait-il. Depuis, son clan râle. D'autant plus qu'ils lui reprochent de ne pas avoir dissous la Team Shisui sur un succès. Honnêtement, c'est à moi qu'ils devraient en vouloir d'avoir été capturé, pas à Shisui de m'avoir secouru !

– Shisui mérite mieux que ça, acquiesça Atsuo.

Dans le canon, Shisui mourrait avant le massacre. Deux mois avant ? Plus ? Moins ? Plusieurs jours, au moins. Itachi avait le temps de développer le Mangekyō, de s'entraîner avec et de découvrir ses capacités, et le clan Uchiha avait le temps de mener une enquête qui les menait dans une impasse. Si le massacre avait lieu en avril, en mai ou en juin, alors ça voulait dire que Shisui se suicidait au plus tard en mars. Dans tout juste six mois. Tsunami inspira profondément. La tête lui tournait. Elle se sentait malade. Six mois, c'était si près. Et…

Soudain, comme frappée par la foudre, elle réalisa qu'il y avait aussi une possibilité pour que ça arrive plus tôt.

La chronologie de l'histoire avait déjà tellement changé. De minuscules détails s'additionnaient, s'amplifiaient, se multipliaient. Ao de Kiri n'avait jamais obtenu de Byakugan, affaiblissant les forces de son village. Peut-être que ça avait joué un rôle par la suite, peut-être que dans le canon la Team Shisui avait mis plus de temps à repousser leurs agressions… Et peut-être que, du coup, la Team Shisui n'avait jamais été déployé à la frontière de Kusa. Dans le canon, Shisui semblait ne jamais avoir subi d'échec. Mais là, les Uchiha avaient quelque chose à lui reprocher. Ils étaient plus abrupts, plus cassants. Shisui n'était plus leur petit prodige adoré et insoupçonnable. Est-ce que ça allait affecter ses rapports avec eux ? Shisui était l'une des rares personnes à savoir qu'un coup d'Etat se préparait, et à vouloir le stopper. Evidemment que changer son rapport avec le clan risquait de changer ses actions à ce sujet. Mais comment ? Est-ce qu'il allait agir plus tôt ? Mourir plus tôt ?!

– Tsunami, ça va ? s'inquiéta Tokuma.

Elle inspira profondément, puis se força à sourire. Ses deux amis n'eurent pas l'air rassurés. La jeune fille hésita à leur sortir une platitude, puis finit par lâcher :

– Je suis peut-être parano, mais… J'ai vraiment un mauvais pressentiment à ce sujet.

Tokuma hocha la tête avec sympathie, mais Atsuo plissa les yeux, scrutateur.

– Tu as entendu quelque chose à la Section Commandement ?

Pourquoi tout le monde lui disait ça ? Est-ce que les gens pensaient que les tensions avec les Uchiha étaient si graves que la Section Commandement devait être au courant, et que ça cachait quelque chose de sinistre ? Elle retint un gloussement nerveux. Si seulement…

Elle avait vaguement mentionné à Shikaku Nara les tensions avec les Uchiha. Une ou deux fois, elle avait même dit qu'elle s'inquiétait pour Shisui. Mais Shikaku ne faisait pas de favoritisme. Il n'allait pas envoyer quelqu'un enquêter là-dessus pour apaiser les craintes de la newbie de l'équipe, alors que c'était un problème relevant de l'Hokage et du Conseil.

– Non, dit-elle à voix basse. Mais vu le rapport des Uchiha avec le village, je crois que Shisui est pris entre le marteau et l'enclume. Et… Je ne peux pas l'expliquer, d'accord ? J'ai juste un très mauvais pressentiment.

Tokuma et Atsuo la rassurèrent, ils lui dirent que ça passerait, que Shisui était solide, qu'ils iraient personnellement le chercher pour lui remonter le moral. Mais toute la journée, Tsunami eut une crampe d'angoisse à l'estomac. Comme si le fait d'avoir eu cette pensée atroce (le massacre était bientôt, mais Shisui mourrait avant ça, bien plus tôt) avait ouvert la porte à un torrent de pensées qu'elle ne savait pas arrêter. Elle aurait pu stopper le coup des Uchiha en tuant Fugaku. Elle aurait pu prévenir Shikaku Nara ou lui faire remarquer des anomalies avant que la Team Shisui ne soit dissoute. Elle ne savait pas ce que devenait Itachi. Elle ressentait un sentiment diffus d'urgence et d'horreur, comme quand on réalise que quelque chose d'affreux est en train d'arriver et qu'il est trop tard pour y échapper. Ce soir-là, elle fut incapable d'avaler la moindre bouchée de son dîner.

Elle ne dormit pas. Elle se sentait mal. Elle avait été si focalisée sur sa protection à elle, sur sa progression à elle, qu'elle n'avait pas vu le temps passer. Elle avait oublié l'imminence du désastre. Elle avait oublié l'imminence encore plus grande de la mort de Shisui. L'un de ses plus proches amis, son complice, son partenaire, son capitaine. Elle passa la nuit à fixer le plafond, paralysée par une sorte de réalisation horrifiée. Elle ne savait pas quoi faire. Peut-être que, inconsciemment, elle savait qu'il était déjà trop tard.

Shisui se suicida cette nuit-là.

oOoOoOo

Par la suite, Tsunami ne se pardonna jamais de ne pas avoir fait plus. Les derniers mots qu'elle avait échangés avec lui étaient un au revoir joyeux lancé après un entraînement, une éternité plus tôt. Elle ne l'avait pas vu durant des jours. Elle s'était inquiétée, mais elle ne l'avait pas cherché. Elle pensait avoir du temps. Elle n'avait pas réfléchi aux conséquences des changements dans l'histoire, elle n'avait pas pensé… Elle avait été si stupide. Et maintenant, il était mort.

Shisui était mort. Son ami Shisui. Shisui.

Tsunami savait qu'elle allait souffrir quand il mourrait mais oh, elle n'avait pas pensé que ça serait comme ça.

Ce n'était pas la douleur déchirante qu'elle avait ressenti à la mort de son père, qui avait semblé assombrir le soleil et ralentir la marche du monde tant elle était écrasante. C'était comme un nœud coulant autour de sa gorge, comme un acide rongeant ses entrailles. Lorsqu'elle l'apprit, elle nia, elle protesta, elle cria. Elle pleura. Elle pleura durant des jours, au moindre écho de sa présence, au moindre souvenir de sa disparition. Elle se sentait fragile comme du verre. Fragile, malade, comme cassée à l'intérieur. Quand Shikaku lui donna quelques jours de congés, elle vomit dans sa corbeille à papiers. C'était comme une blessure à vif. Elle savait que ça passerait, mais ça ne rendait pas la douleur moins cruelle.

Les Uchiha menaient l'enquête. Leur moral avait prit un coup : les violences policières s'étaient réduites, comme si le deuil avait douché leur agressivité. Mais en quoi était-ce un réconfort ? Ça ne ramènerait pas Shisui.

Tous les amis de Tsunami semblaient marcher sur des œufs autour d'elle, comme s'ils ne s'attendaient pas à ce que son chagrin soit si violent. C'était plus que du chagrin : c'était du deuil, de la culpabilité, de la rage. Il est mort parce que je l'ai laissé mourir. Elle aurait dû le voir venir. Elle aurait dû agir. C'était de sa faute. Il était mort, elle ne le reverrait plus jamais, et elle n'avait même pas été foutue d'apprécier le temps qu'ils avaient passé ensemble. Elle n'avait pas vu sa détresse. Elle l'avait laissé se consumer sous la pression de son clan. Est-ce que son suicide était le résultat de Danzō lui arrachant un œil, ou juste de son impuissance face à la détermination du clan Uchiha à agir ? Elle ne savait pas. Elle ne voulait même pas le savoir. Tout ce qui comptait, c'était que Shisui était mort. Il était mort tout seul, il était mort malheureux, isolé depuis des semaines, et elle n'avait rien fait. Elle aurait pu aller le voir, mais non, elle n'y avait pas pensé, elle n'avait pas osé. Il était mort en se pensant seul et abandonné, vaincu, et rien que d'y penser Tsunami sentait une nouvelle vague de chagrin lui broyer le cœur. Shisui.

L'anniversaire des seize ans de Tsunami vint et passa sans qu'il y ait de fête. Personne n'y aurait eu le cœur, de toute façon.

Karin avait l'air terrifiée par son chagrin. Elle essayait frénétiquement de la distraire et de la consoler, sans pour autant avoir la moindre idée de comment faire. Elle lui apportait des sucreries, de la soupe, des couvertures, des livres. Une ou deux fois, elle amena même Neji avec elle, et le Hyuga demanda avec raideur si Tsunami voulait bien l'entraîner. Izumi se mit à camper dans le salon de sa sœur, s'occupant des repas et parlant avec animation de ses missions pour combler le silence. Elle ramena un jeu de cartes, même si elle n'avait jamais aimé ça. Tsunami fut touché du geste. Chacun essayait de la réconforter à sa façon. Iruka vint la voir, maladroit dans sa compassion, inquiet pour elle. Yūgao passa également, tout comme Tessen, Kumadori, et même Gai (qui lui offrit tellement de fleurs que son appartement en fut complètement envahi). Atsuo et Tokuma vinrent avec elle pour déposer des fleurs sur la tombe de Shisui. Le cimetière était en bordure du district Uchiha, et ils détonnaient ici. Ils étaient trois étrangers ne portant pas le symbole du clan, et il y avait toujours au moins un Uchiha qui les fixait ouvertement avec méfiance. Tokuma était silencieux dans son chagrin, comme Tsunami, mais Atsuo semblait vibrer d'une colère explosive, défiant du regard tous les Uchiha qui les toisaient en passant.

Ils se sentaient sans doute coupables, eux aussi. Shisui avait été leur ami, tout comme il avait été l'ami de Tsunami. Ils n'avaient rien vu venir. Ou plutôt si, ils avaient vu les signes, mais sans réaliser le danger. Et maintenant, il était mort. Comment ne pas se sentir mal, après ça ?

Quelque part au milieu de son deuil, elle réalisa qu'au bout d'une semaine, elle n'avait eu aucun écho de la mort de Danzō. Il était toujours en vie, membre du conseil, et préparant le massacre des Uchiha. Avait-il trouvé son sceau sur l'œil de Shisui ? Ou ne l'avait-il tout simplement pas volé ? A moins qu'il l'ait bien pris, mais qu'il ne l'ait pas encore activé. En tous les cas, le Sceau du Phénix en Cage n'avait servi à rien. La mort de Shisui n'avait servi à rien. C'était encore pire.

Lorsqu'elle reprit le travail, ses collègues firent preuve de tact et personne ne mit le sujet sur le tapis. Shikaku lui demanda prudemment si elle avait eu des soupçons, des doutes, des inquiétudes. Pendant une seconde Tsunami fut tentée de lui dire oui. Elle aurait voulu lui crier que c'était la faute de Danzō ou du clan Uchiha, qu'ils préparaient un truc louche. Mais à quoi bon ? Shisui n'en reviendrait pas à la vie pour autant. Elle marmonna que son clan lui avait fait subir trop de pression, et s'arrêta là. Shikaku n'insista pas. Il commençait déjà à y avoir des rumeurs selon lesquelles Itachi était responsable du meurtre, mais il ne les mentionna pas. Tsunami l'aurait ignoré, de toute façon. Elle savait qu'Itachi était innocent.

Itachi… Il devait vivre ce deuil encore plus mal qu'elle. Il était tout seul, lui. Tout seul, accusé… Et il avait été témoin de la chose. Mais Tsunami ne se sentait pas la force de lui offrir un quelconque réconfort. Elle se sentait comme une coquille vide. Shisui était mort. Même en sachant que ça allait arriver, elle ne s'attendait pas à ce que ça soit aussi douloureux.

Le temps passa. L'automne vint.

Tsunami guérit, doucement. Elle cessa de fondre en larmes par surprise. Elle se sentit moins fragile, moins déracinée, moins vide. Elle effectua des missions et retrouva ses repères, ses réflexes. Elle sortit de sa coquille. Elle se remit à apprécier ses lectures, son travail. C'était comme si les rayons du soleil perçaient enfin les nuages. Oh, la douleur n'avait pas disparu pour autant. Mais elle arrivait à vivre avec. C'était dur de se lever le matin et de se rappeler que Shisui était mort, qu'elle n'avait rien vu, qu'elle avait été stupide, elle avait gâché tellement de temps. Mais plus les jours passaient, et plus elle se levait sans s'étrangler de récriminations contre l'injustice du destin ou son propre aveuglement. Le chagrin ne partirait jamais, mais il était moins brûlant.

Elle allait parfois sur le terrain d'entraînement qu'elle avait utilisé jadis avec Shisui. Il était peu utilisé, avec sa falaise abrupte qui en marquait la limite. Atsuo et Tokuma y venaient aussi, mais plus rarement. Tout comme Tsunami avait son travail à la Section Commandement, ils avaient leurs propres jobs : avec d'autres amis, d'autres distractions. Chacun gérait son deuil différemment. Tokuma n'en parlait pas, Atsuo devenait agressif, et Tsunami… Tsunami venait là, et contemplait la vue depuis la falaise. La rivière Nakano coulait en contrebas, dans un étroit canyon, alimentée par une cascade venant de la falaise d'en face. C'était un beau paysage. C'était dans cette rivière qu'on avait repêché son corps, d'après les rumeurs. Tsunami se demandait, de façon morbide, si Shisui s'était jeté dans le vide d'ici, depuis ce terrain d'entraînement où ils avaient passés autant de si bons moments.

Il n'y aurait plus de bons moments désormais. Cela faisait plus de six semaines que Shisui était mort et, s'il espérait que son suicide calme les Uchiha… Il avait eu tort. Oh, certes, après son suicide, les Uchiha s'étaient calmés pendant un temps. Ils avaient été choqués, et sans doute effrayés par la perte de leur membre le plus puissant. Mais à présent, les tensions revenaient. Pire, elles augmentaient. Sans Shisui Uchiha pour être intensément populaire auprès de Konoha… Le clan avait perdu en prestige. Le fait que le principal suspect de l'affaire soit Itachi n'arrangeait rien. Les Uchiha se sentaient piégés, offensés, furieux.

Tsunami n'avait pas vu Itachi depuis des mois, à présent. Elle ne le cherchait pas. Leur lien avait été Shisui, et il avait disparu, à présent. Chacun faisait son deuil. Chacun faisait son choix. Tsunami avait choisi le village, sa famille, plutôt que le clan… Mais Itachi n'en était pas encore là.

Tsunami guérissait, doucement.

Elle plaisantait avec ses amis. Elle s'investissait dans ses missions. Elle débattait avec Shikaku. Elle allait au restaurant avec ses coéquipiers. Bref, elle allait de l'avant. C'était dur, certains jours, de voir la beauté dans un monde qui semblait assombrit par l'absence de Shisui. Mais l'être humain s'habitue à tout. Au chagrin, à la rage, à la douleur… A l'absence. Tsunami apprenait à faire sa vie sans Shisui. Certains jours, elle ne pensait plus à lui du tout. A chaque fois, quand elle s'en rappelait, elle se sentait un peu coupable. Mais aussi presque… Soulagée. Le chagrin avait été terrible, et il était toujours terrible, comme une blessure qui commençait à peine à cicatriser et qui se rouvrait au moindre faux mouvement, mais… Elle guérissait. Elle allait y survivre. Shisui était mort, mais pas elle : et elle se devait de vivre et d'aller de l'avant, parce qu'il n'aurait pas voulu l'entraîner avec elle.

Alors elle continuait à vivre, férocement, énergiquement, frénétiquement. Elle travaillait, elle s'entraînait, elle se socialisait. Elle renoua davantage avec Kumadori et Tessen, cherchant à savoir comment ça allait dans leurs vies. Elle se remit à s'entraîner avec Gai (et à rentrer chez elle couverte de bleus). Elle se fit une virée shopping avec Anko. Elle acheta un cadeau-gag à Iruka pour le féliciter de son job à l'Académie, et lui fit promettre de venir s'entraîner avec elle le lendemain… Et ils tentèrent mutuellement de se faire exploser avec des bombes remplies de paillettes, comme au bon vieux temps.

Elle passait aussi du temps avec sa famille. Elle essayait de passer chez sa mère en fin d'après-midi. Hazuki travaillait encore, à cette heure, mais Hikari était déjà à la maison, souvent avec Neji et Karin, et parfois Izumi. Tsunami était assailli par un brouhaha joyeux en ouvrant la porte de l'appartement, et ça lui réchauffait le cœur. Hikari jouait avec Karin et Neji, prétendant être des ninja, créant des batailles de peluches, racontant des histoires imaginaires, ou suivant avec attention les devoirs de ses deux aînés. Quant à Izumi, soit elle cuisinait, soit elle révisait. Un soir, quand Tsunami entra, sa petite sœur était en train de faire des étirements dans le salon en récitant méthodiquement la liste des vaisseaux sanguins traversant le bras gauche. Chacun sa façon de réviser. Izumi avait une souplesse de contorsionniste : elle était encore plus douée que Tsunami pour ça. Quand elle vit sa grande sœur, elle lui tendit son livre d'anatomie en ordonnant joyeusement :

– Fais-moi réciter le reste !

Tsunami s'exécuta avec amusement, se décalant pour laisser la place à Karin et Neji d'étaler leurs bouquins de cours.

– Alors, allons-y pour les os de la main… Oh, vous avez une rédaction à faire sur la fondation de Konoha ? Vous allez être incollable sur le sujet…

– Pas forcément, renifla Karin d'un air faussement dédaigneux. On n'est pas tous des rats de bibliothèque qui ont mémorisé les mensurations du Nidaime, sensei.

Izumi s'étrangla de rire et son grand écart vertical vacilla dangereusement. Tsunami, elle, sentit sa mâchoire se décrocher :

– Qu… ! Depuis quand tu connais ce mot ?!

Karin se tourna vers Neji, et lui déclara gravement :

– Tu vois, je t'avais dit que c'était probablement quelque chose de pervers.

– Peut-être, pointa le Hyuga en haussant un sourcil. Mais on n'est pas plus éclairé sur ce que c'est.

Hikari se pencha en avant d'un air intéressé :

– Tsunami, c'est quoi des mensurations ?

La jeune fille se cacha le visage dans les mains. Oui, sa maison était animée et ça lui réchauffait le cœur, mais des fois, elle regrettait le temps où tout était plus calme. Hikari avait été un bébé si sage, avant qu'il ne se mette à poser plein de questions et à suivre l'exemple de Neji et Karin, ces deux crapules ! D'ailleurs, Neji avait été très digne et réservé, au début, avant de prendre ses aises et de se décoincer. On sentait bien qu'il n'avait plus peur de franchir une ligne invisible. Et ça valait aussi pour Karin !

– Les mensurations sont simplement les dimensions caractéristiques ou importantes du corps humain, finit par dire Izumi dont les yeux brillaient d'amusement. Tsunami a juste du mal à répondre parce que comme tous les pervers, elle pense d'abord aux mensurations des soutien-gorges !

Les trois gamins émirent un ooooh de compréhension, et Tsunami pivota vers sa sœur d'un air scandalisé :

– Izumi ! Même pas vrai !

La Genin, pliée en quatre comme un bretzel, lui adressa un sourire angélique :

– C'est faux, peut-être ?

Techniquement, non. Mais eh, ce n'était pas la faute de Tsunami si elle passait l'essentiel de son temps avec des hommes (ou avec Anko, qui n'avait jamais été particulièrement timide à ce sujet), et que le mot mensuration avait généralement une connotation particulière quand elle l'entendait prononcer autour d'elle ? Et puis, qu'est-ce qu'il y avait de mal à admirer les soutien-gorges ?

– Récite les os de la main au lieu de faire la maligne, rétorqua Tsunami aussi dignement qu'elle le pouvait.

Izumi gloussa puis, sagement, changea de position tout en commençant à réciter :

– L'os naviculaire, l'os semi-lunaire, l'os pyramidal, l'os pisiforme…

Il y avait quelque chose de réconfortant à passer du temps avec Izumi. C'était comme si, autour de sa petite sœur, Tsunami s'allégeait. Ce n'était pas pareil avec Neji, Karin ou même Hikari, parce que… Ils étaient petits. Il y avait une distance entre eux. Ils s'aimaient, se taquinaient et se protégeaient, mais ce n'était pas pareil. Les trois cadets de la famille formaient un groupe, un tout. Izumi et Tsunami formaient leur propre noyau dur. A une époque, il n'y avait eu qu'elles deux, et c'était le genre de lien qui ne disparaissait jamais vraiment.

Quand elle était plus petite, Izumi avait été une gamine sage et docile. Oh, certes, elle était enthousiaste et exubérante, mais elle ne se mettait jamais en colère, elle était toujours polie, toujours optimiste. C'était sans doute pour ça qu'elle avait été tant blessée par la façon dont tous ses amis Uchiha s'étaient détournés d'elle, lorsque leur famille avait été chassée. Izumi était quelqu'un de fondamentalement loyal et généreux, le cœur sur la main, et elle n'avait jamais imaginé qu'une amitié puisse être trahie. Ce premier choc avec la vie réelle l'avait endurcie. Izumi s'était révélée rancunière. Elle n'avait jamais pardonné les Uchiha. Mais elle avait toujours ce fond tendre et joyeux en elle. Même devenue Genin, elle était toujours du genre à penser le meilleur des gens, à sourire et à rire sans retenue, à se lancer avec enthousiasme dans l'aventure. Mais à présent, elle était moins naïve. Son apprentissage de médic lui avait permis de se confronter à la dure réalité de la vie, des blessures, de la mort. Elle était plus mature. Plus féroce, aussi, tant dans son style de combat que dans son approche de la vie en général. Ça, Tsunami ne savait pas si c'était le résultat de la fréquentation d'Hana Inuzuka, ou juste le fait que sa petite sœur commençait à se forger sa propre identité.

Sa petite sœur grandissait. Elle s'affirmait. Elle n'hésitait plus à hausser le ton et à défendre ses idées. Elle n'était déjà plus la fillette naïve qui admirait inconditionnellement son aînée. Oh, elles s'adoraient toujours, mais leur relation était plus… équitable. Moins déséquilibrée, peut-être. Elles étaient toutes les deux des ninjas, à présent. Izumi était plus douce et plus féminine, et sans doute plus impulsive, mais elle n'en était pas moins capable de se battre et de tuer s'il le fallait. Jadis, ça avait terrifié Tsunami. L'idée que sa petite sœur devienne une tueuse la révoltait. Mais… Izumi était devenue plus capable. Oui, il y avait un risque inhérent à la profession de ninja. Mais il y avait aussi un potentiel de progression qu'Izumi n'aurait jamais eu si elle était restée une civile. Au moins, à présent, elle savait se défendre.

Elle était loin d'égaler Tsunami. Très loin, même. Son taijutsu était bon, mais ça restait le style Uchiha classique… Ou plutôt, le style Uchiha avec l'accent mis sur l'esquive et la souplesse. Izumi n'était pas du genre à attaquer de front comme sa sœur. Elle ne connaissait qu'une poignée de ninjutsu. Son équipe était formée à être médics, pas combattants de première ligne ou experts en sabotage comme l'avait été l'équipe 11. Mais pour autant, elle était sur la bonne voie. Elle ne se figeait pas face au danger. Elle était motivée, féroce, protectrice. Elle savait soigner ses plaies, se relever après un combat, compter sur ses camarades pour la protéger.

C'était des choses que Tsunami n'aurait pas pu lui apprendre. Même si elle adorait sa sœur, elle réalisa soudain qu'elle n'aurait pas suffit à être tout son univers. Personne ne pouvait dépendre d'une seule personne. Ce n'était pas sain. Tsunami pensa à Itachi, puis au petit Sasuke dont tout l'univers ne tarderait pas à s'écrouler. Puis elle pensa à Shisui. Sur qui Shisui avait-il pu compter ?

Pour une fois, cette pensée n'était pas accompagnée de désespoir ou de culpabilité. C'était une réalisation lente. Shisui Uchiha n'avait pas été seul. Il avait eu Tsunami, Tokuma, Atsuo. Il avait aussi eu Itachi. Il aurait pu se tourner vers eux. Son univers ne se réduisait pas au clan Uchiha. Oui, ses amis auraient dû voir ce qui se passait avec lui, la pression qui pesait sur lui… Mais au final, personne d'autre que Shisui n'était responsable de sa mort. Il y avait été poussé par le clan, par Danzō peut-être. Mais au final, prendre cette voie avait été son choix. Son choix à lui.

Ce n'était pas de la faute de Tsunami s'il était mort.

Il lui faudrait du temps pour l'accepter pleinement. C'était une chose de le saisir intellectuellement, et une autre de le faire comprendre à son cœur en miettes. Mais, blottie dans le canapé avec Hikari appuyé contre elle, observant Izumi se plier comme un bretzel tout en récitant des listes d'organes et d'articulations, et écoutant en arrière plan Neji et Karin marmonner en écrivant leurs devoirs… Tsunami se mit à respirer plus librement. Shisui avait fait son choix. Shisui l'avait aimée et lui avait fait confiance, mais il avait quand même décidé de se suicider. C'était amer, c'était terrible. Personne ne lui reprocherait d'avoir besoin de temps pour le pleurer et pour guérir. Mais ce n'était pas de sa faute. Il aurait pu abandonner, changer d'avis, demander de l'aide. Il avait décidé de porter seul ce fardeau. Peut-être s'y était-il senti obligé. Peut-être était-ce la faute de l'Hokage, de Fugaku, de Danzō… Mais ce n'était pas la faute de Tsunami. Elle ne pouvait pas se blâmer pour le suicide de son ami.

Hazuki rentra tard, ce soir-là, et avec un sourire un peu forcé aux lèvres. Les Chuunins devaient être débordés, avec les Uchiha qui leur plantaient des bâtons dans les roues au lieu de faire leur job de policiers. Mais l'ambiance joyeuse de la maison sembla l'aider à se détendre. Ils mangèrent tous ensemble, parlant de tout et de rien.

– Est-ce que Hikari va entrer à l'Académie à la prochaine rentrée ? demanda soudain Neji. Il aura cinq ans en janvier, c'est bientôt…

– Et il est plus intelligent que les autres bébés de l'Académie, rajouta Karin comme s'ils avaient répété leur discours (ce qui était peut-être le cas). Il pourrait sans doute sauter une classe ! Ou même deux !

Il y eut un battement. Apparemment personne n'y avait pensé. Tsunami avait jadis réfléchi au meilleur moyen de cacher le génie de son frère, parce qu'elle avait peur qu'il soit isolé, mais maintenant qu'elle était Jounin (et donc susceptible de le protéger) et qu'il avait Neji et Karin pour l'aider à l'Académie… Elle était bien conscience que ses réticences n'avaient plus la même légitimité. Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Que pouvait-elle dire ? Ce n'était pas sa décision à prendre… Elle se tourna vers sa mère. Hazuki avait l'air incertain, et elle reposa lentement ses baguettes :

– Il n'y a pas d'urgence… La plupart des enfants entrent à l'Académie à six ou sept ans, de toute façon…

Hikari, qui n'avait rien dit, se redressa sur sa chaise et s'écria :

– Mais je peux le faire ! J'écris aussi bien que Karin ! Et je sais lire ! Je connais l'histoire de Konoha ! Et ce que c'est que le chakra ! Et comment le sentir ! Et Neji a commencé à me montrer du taijutsu !

Tous les regards se tournèrent vers Neji, qui se raidit et déclara, sur la défensive :

– Seulement du taijutsu basique de l'Académie. Pas le Poing Souple.

Personne n'avait jamais dit à Hikari qu'il était le fils d'Hizashi Hyuga. Hikari était encore un bambin crédule quand Hazuki avait fait entrer Neji dans la famille, alors il n'avait jamais questionné sa place auprès d'eux. Il n'avait jamais eu de questions. Mais s'il se mettait à apprendre le Poing Souple… Hazuki soupira et se pinça l'arrête du nez. Tsunami comprenait sa lassitude. Parler à Hikari de son père, et surtout du fait qu'il n'était que le demi-frère de ses sœurs, ça promettait d'être une conversation gênante. Et ensuite, il faudrait lui parler d'Hizashi, de sa mort, du danger que représentait la Sôke… Ça allait changer le regard d'Hikari sur les Hyuga, et sur Neji. Ça allait aussi porter un sacré coup à son innocence et à son insouciance.

– On verra en janvier, décida Hazuki. Mais si tu sais bien lire et écrire, et que tu as déjà des bases en ce qui concerne la théorie du chakra… Oui, probablement.

Les trois enfants poussèrent un cri triomphant. Tsunami soupira. Hikari avancerait sans doute d'une classe ou deux en quelques mois. Elle-même avait sauté une classe, et elle n'avait jamais manifesté une intelligence ou une maturité exceptionnelle pour son âge. Certes, elle avait désormais un niveau de puissance assez impressionnant, mais ça lui été venu plus tard. Elle se développait mieux face à des situations concrètes, qui la poussaient réellement en avant. Mais Hikari n'aurait pas ce problème. Il passait son temps avec deux enfants de trois ans plus âgés que lui et absorbait la moindre connaissance comme une éponge. Dès ses premiers cours, il allait briller.

A une époque, Tsunami aurait paniqué à cette idée. Elle aurait voulu l'envelopper de coton et le protéger à tout prix. Mais laisser Izumi devenir Genin lui avait appris qu'on doit parfois laisser les autres voler de ses propres ailes. Alors elle haussa les épaules, sourit, et déclara joyeusement :

– Tu sais ce qui t'aiderais, Hikari ? Faire les mêmes étirements qu'Izumi !

Son petit frère eut l'air absolument horrifié à l'idée de toucher ses orteils avec son front ou de faire un grand écart facial en équilibre sur une main. En revanche, le reste de la famille eut l'air enchanté. Mission accomplie.

oOoOoOo

Deux mois et demi après la mort de Shisui, en novembre, Yūgao apprit discrètement à Tsunami qu'Itachi allait être nommé capitaine ANBU. Il quittait son unité normale pour avoir sa propre équipe. Yūgao le savait, car c'était elle qui allait prendre le poste désormais vacant. Mais personne n'ignorait que les Uchiha soupçonnaient Itachi d'avoir tué Shisui, et Yūgao se sentait sans doute concernée en voyant le jeune héritier Uchiha continuer à progresser dans la hiérarchie malgré ça. S'en était-elle inquiétée dans le canon ? Ou est-ce que cela venait de son amitié avec Tsunami ? Impossible à dire. En tous les cas, Tsunami la remercia de l'information, et nota avec résignation que ça voulait dire que l'intrigue canon poursuivait son cours. Itachi avait été capitaine dans l'ANBU quand il avait massacré son clan. Combien de temps restait-il ?

Pas longtemps, sans doute. Les Uchiha étaient tendus et méfiants, attentifs, comme des prédateurs acculés. Il y avait moins de disputes, moins d'insultes, moins de grondements de mécontentement, mais c'était sans doute ça qui était le plus alarmant. Il ne fallait pas se méfier du chien qui aboie : il fallait s'inquiéter au moment où il cessait d'aboyer, prêt à bondir.

Hazuki était toujours en contact avec ses parents, mais quand Tsunami l'interrogea discrètement, sa mère l'assura qu'elle avait pris en compte les tensions ambiantes. Ses parents étaient plus nerveux que jamais. Le ton de leurs lettres était presque suppliant, parfois. Il faut qu'on se parle. Ou parfois, des variations, comme… Tu nous soutiens, n'est-ce pas ? On peut compter sur toi ? Hazuki essayait de ne pas entrer dans leur jeu, de rester calme et ferme, de ne jamais céder aux sous-entendus, de continuer à exiger des explications claires. Mais elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Ses parents étaient fiers, arrogants, durs, loyaux : ils n'étaient pas nerveux, pas comme ça. Quelque chose n'allait pas. Tsunami n'osait pas lui dire que ce qui n'allait pas, c'était que les Uchiha préparaient un coup d'état et qu'Akihito et Yuko ne voulaient pas que leur descendance se mette en travers de leur chemin. Peut-être était-ce par fierté. Leur fille les avait déjà insultés par deux fois en quittant le clan : une troisième opposition de sa part serait un déshonneur. Mais peut-être avaient-ils peur pour elle. Peut-être craignaient-ils que les Uchiha massacrent tous leurs opposants…

Ce qui était stupide, d'ailleurs. Les Uchiha n'avaient aucune chance. Leurs shinobis actifs étaient membres de la police. Ils ne combattaient jamais d'ennemi. Leurs adversaires réguliers étaient des civils, ou occasionnellement des ninjas qui retenaient leurs coups parce qu'ils ne voulaient pas blesser de compatriotes. La dernière expérience réelle du combat des Uchiha, c'était la Troisième Guerre Ninja, et un grand nombre d'entre eux en avaient été protégés. Alors que le reste du village… Eh bien, non seulement il y avait sans doute plus de Jounin qu'il n'y avait de membres du clan, mais en plus, ils étaient davantage entraînés, davantage préparés à un vrai combat. Oh, il y aurait des morts, si les Uchiha se battaient sérieusement. Ils étaient dangereux. Mais ils seraient écrasés.

Bref. Le coup d'Etat approchait. Tsunami n'avait rien dit, mais sa mère devait le sentir, elle aussi. A moins que ce soit l'angoisse de ses parents qui ait donné le ton… Ses échanges avec Akihito et Yuko étaient devenus plus prudents, presque paranoïaques. Ils changeaient de méthode de communication toutes les semaines. En ce moment ils s'échangeaient leurs lettres en les glissant dans un sceau de stockage caché dans le collier du chat d'une civile qui habitait près du district Uchiha : Akihito nourrissait l'animal le matin devant chez lui, et Hazuki profitait de son déjeuner pour lui glisser des morceaux de jambons (et récupérer sa missive).

Du coup Tsunami se demanda si elle pouvait faire un sceau de messagerie instantanée. Genre, placer un objet dans un sceau de stockage quelque part, puis dessiner le même sceau ailleurs, et pouvoir l'ouvrir afin de récupérer le paquet. Peut-être pouvait-elle adapter cette idée à sa dimension de poche… Pour l'instant, elle n'avait qu'un seul accès à sa dimension de poche : c'était un sceau dessiné dans la poche de sa veste Jounin. Mais si elle se créait d'autres « portes » pour accéder à sa dimension de poche, par exemple dans sa chambre, ou sur ses autres vêtements, ou même sur son corps… L'espace de stockage serait le même, mais elle aurait différent point d'accès !

Hum. C'était une bonne idée. A méditer.

En novembre, Tsunami effectua sa première mission en tant que chef d'équipe. Il s'agissait d'une mission de destruction d'un gang de bandits qui avaient pris en otage un hameau et en avaient fait une forteresse. Plusieurs bandits étaient de dangereux nukenins, et il allait falloir une force de frappe massive. Tsunami avait le droit de choisir son équipe, et elle sélectionna donc Atsuo et Gai. Il lui fallait aussi des gens pour défendre les civils, ne pas se faire tuer dans la confusion, et tenir le coup face aux nukenins : avec une certaine jubilation, elle sélectionna Kumadori et Tessen, ses anciens coéquipiers. Puis il lui fallait un dernier combattant de mêlée… Elle aurait bien prit Tokuma, mais il était déjà en mission. Tant pis. Elle prit Anko à la place. La kunoichi aux serpents eut l'air presque choquée quand elle lui annonça : il n'y avait pas grand monde qui la choisissait volontairement comme membre d'une équipe. Même plusieurs années après la désertion d'Orochimaru, le stigma restait fort.

Kumadori et Tessen se souvenaient très bien de Gai et Anko, qui s'étaient entraînés avec eux pour préparer leur premier examen Chuunin (et qui leur avaient botté le cul avec allégresse). Atsuo, en revanche, leur était inconnu. De son côté, Atsuo connaissait Anko pour avoir effectué quelques missions ensemble, mais pas Gai. Voir quelqu'un rencontrer Gai pour la première fois était toujours un instant magique.

Et ils s'entendaient bien ! C'était toujours la plus grande crainte d'un chef d'équipe constituant un nouveau groupe sous son commandement : que ses soldats ne sachent pas se piffrer et se tirent dans les pattes. Mais Atsuo avait juste le bon degré de sarcasme pour résister aux piques de Kumadori et Anko, et toute la patience nécessaire pour supporter l'entrain de Gai ou les blagues de Tessen. Et il avait de l'humour, chose indispensable pour survivre avec ce groupe haut en couleur. Ils firent connaissance sur le chemin, et le courant passa tout de suite.

Tsunami en profitait aussi pour retrouver la bonne vieille dynamique de l'équipe 11. Le lien qu'on avait avec ses camardes Genins était irremplaçable. Elle ne l'avouerait jamais, mais les chamailleries constantes de ses deux amis lui avaient terriblement manquées. Elle souriait comme une idiote.

– Hey, capitaine, lança Kumadori (qui appelait Tsunami capitaine à la moindre occasion, ayant l'air de beaucoup s'amuser de ce nouveau titre). On a une stratégie pour attaquer cet endroit ?

– Une stratégie, Kumadori ? lâcha Tsunami d'un air faussement scandalisé sans ralentir. Est-ce que tu sais que c'est juste le refuge des gens qui ne peuvent pas résoudre leurs problèmes en leur tapant dessus ?

Kumadori leva les yeux au ciel et lâcha d'un ton plat :

– Oh. C'est terrible. Je suis affreusement embarrassé.

Tessen ricana, les yeux brillants d'amusement :

– Si ça peut te réconforter, on va essayer. Mais pour te faire plaisir seulement. Je me réserve le droit de revenir à la méthode qui marche…

– … taper sur tout ce qui bouge en criant très fort ! compléta gravement Tsunami.

Atsuo haussa très haut les sourcils :

– Tu sais, Tsunami, ça explique tellement de choses à ton sujet…

Elle lui fit un croche-pied à la vitesse de l'éclair, mais Atsuo n'était pas Tokubetsu Jounin pour rien et il esquiva, en profitant pour lui tirer les cheveux en guise de réprimande. Tsunami émit un glapissement outragé, tandis que Kumadori et Tessen explosaient de rire.

L'attaque du hameau fut plus sanglante que Tsunami ne l'avait prévu.

Il y avait beaucoup d'ennemis. Il y avait beaucoup d'otages. L'endroit était bien gardé, fortifié, surveillé, et s'y glisser discrètement était impossible. Il fallait attaquer de front. Il fallait cependant éviter de tout détruire, parce que ce hameau était apparemment assez important. Il exploitait une mine d'où Konoha obtenait une grande partie du minerai nécessaire à la fabrication des armes conductrices de chakra. La stratégie fut facile à établir. Anko, en tant qu'experte en assassinat et missions d'infiltrations, savait comment extraire les otages : elle fut chargée de s'en occuper avec Kumadori (un médic expert en genjutsu était littéralement fait pour ça), tandis que Tessen couvriraient leurs arrières. Tsunami, Gai et Atsuo se chargeraient de l'attaque frontale, servant à la fois diversion et force de frappe principale.

Tout se passa comme prévu. Ils attaquèrent, Atsuo éventrant leurs fortifications avec des Doton tandis que Gai et Tsunami volaient par-dessus les Jutsu ennemis pour tomber sur leurs adversaires comme des avalanches. Anko, Kumadori et Tessen disparurent au sein du hameau pour évacuer les civils, plus discrets mais pas moins mortels. Chacun à sa façon, ils se déchaînèrent. L'équipe d'extraction des otages se salit les mains, évidemment, mais ce fut bien moindre. Kumadori assommait ou désorientait leurs ennemis à coup de genjutsu, Tessen zigouillait quiconque les repérait, et Anko rassembla efficacement les civils tout en maintenant un périmètre de surveillance grâce à ses serpents. Alors que du côté de la force de frappe principale… Eh bien, on leur avait dit de ne pas trop détruire la zone, mais ils ne firent pas non plus dans la dentelle.

Il y avait au moins quatre Jounin parmi leurs ennemis. Le premier était spécialiste du taijutsu, incroyablement rapide et maniant deux lames fines avec une adresse diaboliques : Tsunami faillit se faire trancher la carotide deux fois avant que Gai ne se jette dans la danse avec exubérance. Et là, même lui eut du mal à tenir la distance. Le mec d'en face n'avait pas besoin de frapper fort : un simple effleurement de ses lames pourrait faire de sacrés dégâts. D'autant plus qu'un autre Jounin, un épéiste qui balançait des vagues de feu à chaque mouvement de sa lame, vint vite lui prêter main forte.

Mais Gai était Gai : il était quasiment indestructible, et passait d'un ennemi à l'autre comme une tornade de taijutsu. Au corps à corps, il faisait de sacré dégâts, mais le principe du taijutsu était que les dommages collatéraux étaient limités. Oh, il y eut bien quelques fenêtres cassées quand il balança un mec assommé dans les airs, ou des impacts dans les rues là où un poing ou un pied s'était abattu violemment. Mais l'essentiel des dégâts venaient de ses ennemis qui le mitraillaient de shurikens, de kunai ou même de boules de feu, sans jamais réussir à le toucher.

Tsunami et Atsuo, en revanche, n'étaient pas du tout du genre à ne laisser aucune trace derrière eux. Tsunami affronta l'épéiste qui essayait de gêner Gai et finit par lui faire exploser la tête d'un Raiton bien placé, avant de reprendre sa course à travers le village. Atsuo, quant à lui, n'était pas en reste. Il était un expert en Doton mais ce n'était pas parce qu'il se limitait à un élément qu'il ne méritait pas son rang de Tokubetsu Jounin. La terre explosait, s'ouvrait, bondissait, se changeait en mur ou en piques, attaquait comme un animal vivant. La connexion qu'Atsuo avait avec son élément était incroyable. Il se fondait dans le sol sans avoir besoin du moindre mûdra, puis en émergeait dix mètres plus loin sans effort et tranchait la gorge de l'ennemi dans le même geste. Il était aussi impossible à surprendre. Même en l'attaquant dans le dos, même en masquant son chakra. Ce n'était pas pour rien qu'il avait été membre de la Section Sensorielle. En combat, son visage était aussi impavide qu'un mur de pierre. Sa timidité et sa douceur disparaissaient. Il était méthodique et brutal.

Tsunami, quant à elle… Elle devait l'admettre : elle avait toujours tablé sur le spectaculaire. Oh, elle serait sans doute une très mauvaise ANBU, vu son manque de subtilité. Mais elle savait qu'elle était une combattante terrifiante. Quand elle comparait son niveau à celui qu'elle avait eu trois ans plus tôt, Tsunami était vaguement abasourdie par le bond en avant qu'elle avait fait. Elle n'était plus au niveau de Tessen ou même de Genma, elle était carrément au niveau d'Hayama-sensei, avec supplément force brute. C'était invraisemblable.

Et là, elle avait l'occasion d'y aller à fond. C'était sa première mission en tant que commandante, elle devait prouver qu'elle était forte ! Elle devait les éblouir, elle devait les écraser ! C'était grisant et terrifiant à la fois. Elle faisait exploser tout ce qu'elle touchait et enchaînait les ninjutsu destructeurs, tout en bondissant dans tous les sens pour essayer de défoncer le visage de son adversaire à grands coups de poing. Vagues de vents destructeurs, explosions de boules de feu, impacts assourdissants de la foudre qui s'écrase : c'était le chaos le plus complet. Elle réduisit au moins six des bandits en charpie avant de tomber sur un autre des Jounin du groupe, un adepte du Fuuton qui se mit à lui renvoyer de véritables ouragans. Rapidement, leur affrontement devint cataclysmique. Les Jutsu se rang A se heurtaient et se déchiquetaient, ravageant les rues, faisant même parfois s'écrouler une maison. Un affrontement entre ninjas était souvent très bref : le premier qui portait un coup portait généralement un coup fatal, et l'emportait. Mais l'affrontement entre deux Jounin pouvait être long : ils avaient une capacité à encaisser invraisemblable.

Tsunami eut l'impression que tout passait trop vite, que tout s'enchaînait à la vitesse de l'éclair, mais il ne fallut sans doute que quelques minutes avant que son adversaire ne tourne les talons et ne détale, transformant la bataille en course-poursuite. A ce jeu-là, il n'avait aucune chance. Tsunami avait été entraînée par Shisui Uchiha, le maître incontesté du Shunshin.

Après coup, lorsque le fracas des Jutsu, des cris et des coups se fut tu… Le silence sembla presque choquant.

Tsunami regarda les maisons éventrées, les rues méconnaissables. Une douzaine de bâtiments étaient en feu. Et il y avait des cadavres. Beaucoup. Certains avaient juste l'air de dormir. D'autres gisaient dans des mares de sang, le visage tordu par l'agonie. Plusieurs étaient calcinés, que ça soit par un Katon ou un Raiton. Tsunami avait déjà tué jadis, mais jamais autant de gens d'un coup. Jamais sans ce manque de retenue. Tous les bandits de bas étage qu'elle avait décimés sans effort, leur avait-elle donné une chance de se rendre ? Ils n'avaient pas été plus gradés que des Chuunin. Ils n'avaient eu aucune chance.

Elle aurait cru qu'elle se sentirait fière ou victorieuse, en réussissant cette mission. Mais elle ne ressentait rien de ça. Elle avait honte. Elle s'était laissée grisée par son propre pouvoir, comme la pire des petites brutes. Elle avait ravagé cet endroit. Oh, la mission ne l'interdisait pas. Elle avait atteint son but. Mais elle aurait pu faire mieux. Pas en tant que capitaine, en tant que Jounin ou même en temps que ninja de Konoha : en tant que personne. Elle était supposée être quelqu'un de bien. Cette sauvagerie, cette destruction impitoyable… Il n'y avait pas de quoi en être fier.

– Bien joué ! s'esclaffa Anko en lui donna une grande claque dans le dos qui faillit la faire basculer en avant. On leur a bien mit la pâtée, c'était beau à voir !

Tsunami esquissa un sourire un peu pâle :

– Ouais, comme tu dis.

Ensuite, il fallut éteindre les incendies, remettre les routes en état, essayer de réparer les murs effondrés. Il fallut aussi rassembler les corps. Ce n'était jamais une tâche agréable. Même en étant désensibilisés à la mort et aux cadavres, il était difficile d'échanger des plaisanteries ou des félicitations quand on glissait le corps d'un adolescent dans une house mortuaire. Les seuls qui en avaient le cran étaient Kumadori (en tant que légiste, il n'était pas dérangé par la proximité des cadavres) et Anko (qui avait juste un sens de l'humour complètement morbide).

Ce fut seulement une fois cela fait que le village fut rendu aux otages. Ils étaient pâles et horrifiés. Le chef du village remercia sincèrement leurs sauveteurs, mais la plupart des gens semblaient épouvantés en contemplant la dévastation et les immenses tâches de sang maculant les rues. Abruptement, Tsunami se demanda comment ça devait être, pour des civils, de vivre dans un monde de ninjas. Ces gens la fixaient sans avoir l'air de savoir s'ils devaient voir une adolescente polie, ou un monstre ayant sur les mains le sang de plus de gens qu'ils n'en avaient rencontré au cours de toute leur vie.

Et… Combien de gens avait-elle tué ? Tsunami n'avait jamais tenu de compte. Elle n'en avait jamais perdu le sommeil. Avaient-ils vraiment tort de la regarder avec horreur ? De leur point de vue, elle devait tenir du démon.

Mais c'était la vie qu'elle avait choisi. Et même si parfois, elle avait ce genre de moment de prise de conscience, de recul… Elle ne le regrettait pas. Elle n'était pas malheureuse. Elle n'avait jamais aimé tué, mais elle aimait se battre et gagner. C'était sa vie. Elle n'en était pas déçue. Elle voulait être forte, pour pouvoir saisir son destin à deux mains, et décider de la direction dans laquelle elle voulait avancer, faire entendre sa voix. La force était le seul moyen de se faire entendre, dans ce monde. Et puis… En pleine bataille, bien souvent, il n'y avait pas de choix possible. C'était tuer ou être tué. Tsunami ne laisserait jamais passer sa chance de rentrer à la maison, auprès des siens. Elle avait du sang sur les mains, oui : le sang d'ennemis, mais peut-être aussi le sang de gens qui auraient voulu avoir le choix, qui avaient eu des familles pour les pleurer, qui n'étaient pas des gens mauvais. Tsunami les avait tués quand même. C'était ainsi qu'allait le monde. On ne pouvait pas chérir toute vie humaine quand on était soldat. Il fallait apprendre à laisser sa compassion au village.

– Tu es devenue absolument terrifiante depuis que tu es Jounin, commenta Tessen avec admiration quand ils prirent le chemin du retour.

Tsunami lui lança un regard un peu méfiant :

– Ah bon ?

– Oh, oui. T'inquiète, c'est un compliment. Tu sais, quand Hayama-sensei a dit que tu allais passer Jounin, Kumadori et moi on était un peu jaloux…

– N'importe quoi ! protesta Kumadori.

– … Parce que franchement, tu n'étais pas si en avance que ça sur nous ! continua Tessen en l'ignorant. Mais là, je voyais les éclairs et les flammes depuis l'autre bout du hameau. Tu sais, quand Gai parles des flammes de la jeunesse ? Bah là t'étais en train de t'immoler avec !

Gai éclata d'un rire tonitruant. Anko gloussa et passa un bras autour des épaules de Tsunami pour lui ébouriffer vigoureusement les cheveux

– Tsuna-chan a bien grandi !

– Les Flammes Vigoureuses de la Jeunesses brûlent plus fort que jamais en toi ! renchérit Gai. Tu as bien progressé depuis le temps où tu étais Genin. Tu peux en être fière !

Vraiment ? Tsunami pensa brièvement au hameau dévasté, à la tombe d'Hiroki Hyuga, à l'expression d'Ao quand elle l'avait tué, au suicide de Shisui qui ne lui avait même pas laissé une lettre.

Mais ils avaient raison, ces deux hurluberlus. Elle était forte, à présent. Elle n'avait plus à craindre les monstres au milieu de la nuit, maintenant qu'elle était capable de leur tenir tête. Elle était… Elle avait toujours été dangereuse, mais à présent, elle commençait à être aussi dangereuse que les vrais dangers de ce monde. Bon, elle n'était pas encore une tueuse de classe S, certes, mais… En tant que combattante, elle était entre la catégorie « absolument terrifiante » et la catégorie « hein, quoi, qu'est-ce qui vient de se passer, c'est mes entrailles qui sont dans les buissons là-bas ?! ». C'était déjà pas mal.

– Merci les gars, fit-elle avec affection. Mais vous savez, je ne serais arrivée à rien sans vous…

– C'est vrai, lâcha Tessen avec satisfaction. On forme une bonne équipe, non ?

C'était vrai. Tsunami inspira profondément, laissant ses poumons se gonfler de satisfaction, de réconfort, et d'optimisme. La mort et le sang faisaient partie du job mais c'était une voie qu'elle ne regrettait pas d'avoir prise. Elle n'aurait jamais à l'arpenter toute seule. Alors elle sourit et, pendant un instant, elle s'autorisa à croire que l'avenir serait radieux.

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Et voilààààà !

Ne me jetez pas de cailloux x) Vous saviez que Shisui allait mourir... Et Tsunami aussi le savait. C'est pas pour autant que c'est facile de vivre avec le deuil...

Mais bon. Voilà. Shisui va me manquer u_u

Bref !

Du coup, à la semaine prochaine pour un nouveau chapitre ! Et, question du jour, s'adressant aux initiés qui ont vu l'anime (et plus précisément les épisodes flashback sur Hashirama et Madara) :

Après la blessure d'Izuna, Madara refuse de recevoir l'aide des Senju. Du coup, on pourrait penser qu'il préférait avoir un frère mort à cause des Senju plutôt qu'un frère vivant endetté aux Senju. Mais... A votre avis, est-ce que le ninjutsu médical (inventé, canoniquement, par Tobirama en s'inspirant des capacités de régénérations d'Hashirama) avait déjà été inventé ?! Et si oui, est-ce que les Uchiha savaient que les Senju possédaient cette technique révolutionnaire ? Parce que sinon... Ca voudrait dire que Madara a refusé l'aide des Senju en pensait qu'ils se foutaient juste de lui, qu'ils remuaient le couteau dans la plaie, sans savoir qu'en réalité il refusait l'unique moyen de sauver Izuna.

Et du coup, imaginez l'horreur de Madara quand, après la bataille suivante (qui était gravement blessé, battu, et a accepté l'offre de paix d'Hashirama), il a découvert que les Senju auraient pu sauver Izuna... Et qu'il leur en a refusé l'opportunité.

VOILA. Un peu de drama, au cas où vous n'étiez pas tristes xD

A la semaine prochaine !

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