Salut ! Peut être que beaucoup s'en fichent de voir une suite ou pas, mais voilà un chapitre. Vous avez certainement remarqué que je n'ai pas posté depuis quasi un mois. J'avais mes raisons mais j'ai surtout des problèmes de santé qui font que je n'ai pas le goût d'écrire ni de poster mais je vois que ce n'est pas trop grave donc je ne me presse pas. Enfin, pour ceux que ça interesse toujours, voilà la suite.

Il y a deux légères références à l'épisode 6: The frustrating thing about psycopaths, l'épisode 7: New York Kids et l'épisode 10: The man in the killer suit


Même si le show avait un retournement de situation à la fin, cela ne changeait rien au fait que la servante et l'ennemi n'étaient en rien les deux protagonistes du show, en tout cas pas dans cette version, mais les échos disaient que le producteur cherchait déjà à y faire une suite avec les deux-là.

La pause déjeuner se termina bien trop vite au goût du couple qui aurait pouvoir souhaiter reposer ses membres un peu plus longtemps.

Ils retrouvèrent Miguel dans la salle d'entraînement et il avait déjà pris la peine de leur ramener leurs costumes.

Jo et Henry n'avaient aucune idée s'ils allaient tenir le coup si longtemps, ils n'étaient pas faits pour être des danseurs ou des chanteurs, mais si c'était là le seul moyen d'obtenir justice vis-à-vis de leur victime.

Henry avait fait part que pendant tout le déjeuner, il en avait vu plusieurs chuchoter entre eux. Il espérait sincèrement que personne ne les avait grillés ou que personne n'avait parlé. Mais il avait remarqué que beaucoup étaient sur la défensive lorsque Tammy était mentionnée. Il y avait forcément quelques personnes qui savaient/avaient vu quelque chose.

À la fin de la journée et après avoir découvert que la chanson de fin du spectacle n'avait rien de nouveau, que Derek avait demandé l'accord de la reprendre pour son show, Jo et Henry se reposaient près de la barre de danse, sans pour autant s'étaler près du miroir comme les deux derniers jours. Miguel était face à eux et les regardait, plutôt satisfait.

- Franchement ! Pour deux personnes qui n'ont jamais fait ce que vous faites… Vous êtes extra. Enfin, je ne suis pas surpris, les Hispaniques l'ont dans le sang.

Jo se retint de lever les yeux au ciel. Quel cliché ! Mais elle tenait sans doute ceci de sa mère qui avait dansé pendant des années et avait appris à sa fille, quelques danses latines typiques. Alors évidemment… Cela aidait plutôt pas mal. Même si les danses pratiquées pendant le spectacle n'avaient rien de latino.

Il regarda Henry

- Et vous… Vous êtes le genre d'homme que je vois sur une valse, mais vous suivez votre partenaire avec une parfaite synchronisation. Je vais le répéter, mais on voit cette alchimie et cette confiance entre vous. Tout le monde mériterait de copier votre modèle.

Jo et Henry en avaient assez de se sentir comme dans un volcan depuis quelques jours. Henry demanda alors après avoir bu une gorgée d'eau.

- Je suppose que ça veut dire que tout le monde ne s'entend pas si bien avec son partenaire ?

Miguel secoua la tête

- Certains étaient vraiment difficiles à coordonner lors des premiers entraînements. Beaucoup ne se connaissaient pas donc restaient méfiants de l'autre et c'était une véritable catastrophe. Vous avez l'avantage de vous connaître et sans doute qu'il y a plus entre vous donc vous partez avec un pas d'avance, sans jeu de mots pourris bien sûr.

Jo regarda ses pieds. Il fallait que tout le monde arrête de chercher à les caser... Mais en même temps, n'était-ce pas ce qu'ils voulaient tous les deux également ?

Elle demanda à son tour

- Est-ce que Luke et Tammy s'entendaient bien ?

Miguel resta de longues minutes sans répondre, à les regarder tour à tour. Jo haussa un sourcil.

- Miguel ?

Il cligna rapidement des yeux et sourit

- Oui ! Pardon ! Au début, comme tout le monde, ce n'était pas le grand amour… C'était même plutôt le contraire. Je sais qu'ils étaient dans la même école et dans la même classe… Ils ont été recrutés en même temps.

Il fallait qu'il en dise plus. Jo et Henry avaient besoin de savoir. Ils avaient besoin de noms, d'un background… Tout et n'importe quoi pour les emmener sur une piste. Henry regarda le jeune homme qui était plutôt nerveux et semblait particulièrement touché par la mort de Tammy.

- Vous aviez des sentiments pour Tammy !

Ce n'était pas une question. Miguel fut pris au dépourvu et rigola nerveusement.

- Vous êtes aussi observateur à ce point ?

Pour sa défense, Jo répondit

- Il a un don !

Bien qu'elle se demandait comment il pouvait déduire ceci. Mais elle regarda leur coach pour avoir la confirmation.

- C'est vrai ! je me suis attaché à elle. Sa voix, sa façon de danser, tout me plaisait chez elle…

Henry imaginait un peu le dilemme dans lequel il avait dû vivre. Ce n'était pas toujours facile d'être dans la « friendzone » comme les jeunes le disaient si vulgairement.

- Mais elle a développé des sentiments pour Luke, n'est-ce pas ?

Miguel acquiesça. Jo se sentit vraiment désolée pour lui. Il était plutôt beau garçon, doué et il avait l'âge d'Henry (enfin du moins l'âge qu'elle pensait qu'il avait). Ils avaient une passion commune, mais avoir un partenaire avec lequel on travaillait tous les jours, surtout dans une activité comme la danse, devait sans doute faire naître les sentiments… Et la preuve était qu'il n'y avait pas besoin de danse pour tomber amoureuse de son partenaire, elle était bien placée pour savoir de quoi elle parlait.

Miguel se racla la gorge

- Enfin que voulez-vous ? Ce sont des choses qui arrivent. On sait tous qu'on ne peut pas avoir tout ce qu'on veut dans la vie. Vous avez fait du bon travail même avec les costumes. Demain, on essayera avec toute la journée. Reposez-vous bien et à demain.

Henry et Jo le regardèrent sortir, mais avant qu'il ne franchisse la porte, il se retourna avec un grand sourire

- Au fait, samedi soir, on sort avec la troupe. On va dans un bar du quartier comme tous les samedis, histoire de se détendre après la dure semaine. Si ça vous dit de vous joindre à nous ? Ça fera plaisir à tout le monde.

Cela était demandé si gentiment et en plus si cela leur permettait davantage de se rapprocher d'autres personnes.

- Avec joie – répondirent-ils en même temps

- Est-ce que Derek sera aussi de la partie ? – demanda Jo, qui savait qu'un producteur veillait particulièrement bien au grain de la santé de ses acteurs

Miguel pouffa

- Non ! Il ne nous accompagne pas ! On lui a déjà proposé, mais il a sa femme et toute sa petite panoplie que nous célibataires ne pouvons comprendre. Donc on se retrouve entre nous, on évite de trop se bourrer la gueule parce que le lundi matin ça fait mal sinon et que Derek nous secoue à coups de balai si on fait l'erreur d'être complètement torché. Donc on s'en tient généralement à deux bières et on discute, on rigole et on mange un morceau avant qu'on parte chacun de notre côté.

Cela semblait plutôt correct comme programme et mettrait un peu de piment dans leur samedi soir. Ils retinrent que du coup, ils avaient le week-end off. Enfin c'est ce qu'ils avaient compris.

- Est-ce qu'on a des répétitions aussi samedi ?

- Non non ! Derek n'est pas autant un bourreau de travail. Il est conscient qu'avec les heures qu'on fait, on a besoin de deux jours pour récupérer. Mais sans trop abuser sur les soirées ou les choses comme ça. Donc pas de problèmes, samedi profitez de la journée pour reprendre vos esprits et on se voit au Living Room sur la 47e.

Jo manqua de s'étouffer avec sa bouteille d'eau. Henry dut lui taper dans le dos.

- Est-ce que ça va ?

- Vous avez dit le Living Room ? – demanda-t-elle d'une voix plus forte qu'elle ne l'aurait pensé

Miguel acquiesça

- Mais c'est hors de prix – s'affola-t-elle, se demandant comment de petits acteurs de théâtre pouvaient se le payer.

Miguel sourit

- La bière n'est pas plus chère qu'ailleurs. C'est sûr que si vous prenez de gros alcools, vous en aurez pour votre argent. Par contre, on ne mange pas là bas, en général on finit dans un fast food ou une pizzeria. Personne n'est aussi snob.

Jo lança un regard en biais à Henry, rien que pour voir sa longue grimace ou celle qu'il tentait de feindre au moment où Miguel avait prononcé le fait qu'ils mangeaient tout sauf de la nourriture diététique.

Jo lui fit un signe de tête et il les quitta là pour la soirée. La jeune femme laissa échapper un soupir qu'elle ignorait qu'elle avait retenu.

- Tu connais ce bar ? – demanda Henry, après un temps de réflexion

- Oui… Sean m'y avait amené une fois… J'ai halluciné sur le prix des cocktails. Il m'avait dit que j'étais de mauvaise foi et que ce n'était pas souvent et il a dit qu'il payerait les deux… Comment dire... On s'en est tiré pour une liste d'épicerie vu qu'on n'a pas bu qu'un seul cocktail dans la soirée.

Henry souffla. Ça revenait cher le bar. Pourtant lui se fichait pas mal des dépenses. Elle lui donna un coup de coude.

- Ton côté bourgeois devrait apprécier quand même.

Il la regarda sarcastiquement. Elle rigola et se dirigea vers la sortie de la salle.

- Allez viens ! On va vérifier que tout le monde est parti et on va refaire notre fouille. Faut qu'on récupère le dossier de tous ceux qui font partie de la troupe pour voir qui a travaillé dans un musée. Je vais voir si Mike m'a laissé un message par rapport à ce qu'ils ont appris au musée.

Il y avait au moins une quarantaine de personnes pour ce spectacle, cela n'allait pas être une mince affaire que de passer au travers de tous, mais à eux deux, ils auraient certainement des résultats plus rapides.

Henry confirma à Jo que tout le monde était sorti et qu'il ne restait semblait-il que l'équipe de nettoyage. Mais qui commençaient en premier lieu par nettoyer la salle et qui reviendraient vers les coulisses par la suite.

Comme très souvent, Henry ne fut pas surpris de voir avec quelle facilité, Jo crocheta la serrure et rentra dans le bureau de Derek.

- Jo, il faut vraiment que tu m'apprennes à faire ça. – chuchota-t-il si près de son oreille qu'il parvint à faire monter la chair de poule sur elle

Elle se retourna lentement, en gardant la main sur la poignée. Ils étaient partiellement dans le noir, vu que toutes les lumières du théâtre étaient éteintes et ils ne distinguaient qu'une partie du visage de l'autre.

- Je t'apprendrais, si tu es sage.

Elle lui fit un clin d'œil qui le laissa ahuri et il rentra à sa suite, dans le bureau.

Ils fouillèrent dans un tiroir où étaient regroupées de nombreuses pochettes. Henry les ouvrit et vit qu'il s'agissait des CV. Il regarda Jo qui semblait réfléchir à une solution.

- Ça fait beaucoup de dossiers et puis Derek se rendrait compte de tout ce qu'on a pris… Il nous donne l'autorisation de tout faire pour résoudre cette affaire, mais à ce point quand même – affirma Henry.

Jo le regarda d'un air évident

- Pourquoi tu crois que je suis en train de réfléchir à quoi faire ?

Elle regarda autour d'eux et repéra une photocopieuse. Elle regarda les dossiers dans les mains d'Henry. Elle était un peu mitigée quant à ce qu'elle allait faire.

- Je n'ai pas le droit de faire ça. Je n'ai vraiment pas le droit. Je n'ai pas de mandat, je n'ai rien. Je ne peux pas voler des dossiers comme ça.

Henry haussa des épaules

- On ne les vole pas ! On ne fait que les emprunter.

- C'est ça ! Tout comme ce journal que tu as emprunté au Frenchman hein ?

Il fit un sourire crispé. Jo ne s'était jamais gênée pour le remettre à l'ordre ce jour-là. Il avait tout de même regretté d'être parti derrière son dos… De plus, il avait fait un tour dans la rivière et elle avait failli se faire tuer aussi… Cela étant, rien ne l'avait empêché de remettre ça une semaine plus tard, quand il tentait de prendre une balle pour elle.

Jo lui prit les dossiers et les photocopia tous l'un à la suite de l'autre

- Si jamais ça nous retombe dessus, on est mal. Donc on a intérêt à faire en sorte que personne ne sache qu'on est rentré en douce pour prendre des papiers sans autorisation. Je vais photocopier tous ces CV et demain matin en passant au 11, on en distribue la moitié à Lucas et Hanson. Si tu veux, je peux en prendre une partie aussi et je regarde ça chez moi et tu en prends également de ton côté ?

- Ça me convient ! On en prend 10 chacun et on en donne 10 autres à Hanson et Lucas, demain matin.

- Tout à fait

Les photocopies faites, Jo ne prit pas la peine de ranger quoique ce soit dans l'ordre ou même de payer attention à ce qu'il y avait écrit. Elle se contenta de les séparer. En donna une dizaine à Henry, mit l'autre dizaine dans son sac et la vingtaine qui restait dans une pochette vierge qui traînait.

- Bon, on va avoir un peu de lecture pour ce soir !

- On dirait bien !

Ils quittèrent discrètement le bureau et Henry resta encore plus sous le choc quand il vit que Jo parvint à refermer la porte de la même façon qu'elle l'avait ouverte. En se dirigeant vers la voiture de la jeune femme, il lui demanda.

- Mais comment ? Tu arrives aussi à refermer une porte que tu as ouverte ?

- Bah oui ! En faisant la même manip, dans le sens inverse.

À l'entendre, cela semblait si simple. Il avait vraiment besoin de leçon. Le côté mental n'aidait pas toujours pour certaines choses.

En bouclant leurs ceintures et réalisant qu'ils ne voyaient pas du tout la lumière du jour depuis qu'ils étaient sous couverture, Henry demanda

- Au fait, est-ce qu'Hanson t'a laissé un message par rapport à la visite au musée ?

- Oui ! Mais ils n'ont rien appris qu'on ne sait pas déjà. Ils ont dit qu'ils le gardent comme une pièce historique comme tout ce qu'ils gardent là-bas. Ils ont regardé les caméras du jour où c'est arrivé, mais elles ont été spécifiquement brouillées.

Henry l'aurait parié. Cela aurait été trop simple.

- Dommage qu'ils n'aient pas demandé une copie tout de même. J'aurais pu tenter d'évaluer le gabarit de la personne avant que la caméra ne soit brouillée. Même si cette dernière portait un masque.

Jo le regarda

- Tu veux essayer de voir si elle pourrait correspondre à celui de Tammy ?

Henry acquiesça

- Dans l'éventualité, oui ! Je trouverais ça gros, mais on ne peut pas connaître ses motivations.

Jo se mordilla les ongles et pensa à Luke

- Il faut vraiment qu'on trouve un créneau pour rendre visite à Luke. J'ai l'impression qu'on ne fait rien de notre côté depuis qu'on joue les danseurs étoiles.

- Je ne vois que samedi – suggéra Henry – on ne peut pas sortir entre midi et deux vu le peu de temps de pause qu'on nous accorde et je pense que même si ce n'était pas le cas, on nous observerait beaucoup trop. Je pense à Claudia, qui n'arrête pas de voir si on ne fait pas une bêtise. On ne peut pas se révéler tout de suite !

Jo acquiesça

- Je sais ! Et c'est vrai, je ne vois que samedi aussi. Je ne veux pas donner trop de travail à Hanson et Lucas, ce n'est pas juste de leur donner une tâche qu'on est censés faire. Déjà, Lucas n'est pas habitué à être sur le terrain et bon…

Même Henry devait reconnaître qu'il avait l'impression de ne pas avancer. Il comprenait que le fait d'être sous couverture demandait un peu de temps pour trouver la personne coupable et que ce n'était pas au bout de 24h que la réponse viendrait à eux, mais ils souhaitaient tellement faire plus.

- Bon ! Enfin, on fera ce qu'on a à faire. On va continuer de jouer le jeu pour le bien cette enquête et même si on ne peut pas poser nos questions de suite, on mettra toutes nos chances de notre côté, dès qu'on visite Luke, samedi.

Henry approuva l'idée.

- Maintenant, j'espère que notre lecture des CV ne sera pas vaine. Parce que n'oublions pas qu'il y a d'autres personnes dans le théâtre

Jo tapota ses doigts sur le volant

- Essayons de voir le côté positif de la chose. On avisera après si besoin.

Jo et Henry étaient tous les deux épuisés, c'était le moins qu'on pouvait dire. Ces journées à danser et rester debout, travailler leurs voix, prenait toute leur énergie.

Pourtant ce soir-là, chacun était dans son lit à lire les CV qu'ils s'étaient répartis. Et comme cela était le hasard, rien ne disait qu'ils avaient les bons. Jo ne comptait pas tricher et regarder le reste qu'elle gardait de côté pour ses deux collègues. Autant se répartir les tâches de façon équitable.

La couverture remontée sur ses genoux et toutes les feuilles posées devant elle, Jo parcourait attentivement toutes ces fiches d'artistes en devenir. Tous avaient un parcours relié de près ou de loin à l'art. Elle devait reconnaître qu'ils méritaient bien leur place dans la troupe de Derek.

Elle sourit en lisant le CV de Stella. En effet, cette dernière avait mentionné avoir participé à la production de My Fair Lady en troisième année d'école d'art. Dont elle avait été l'héroïne principale : Eliza Doolittle.

C'était également le rôle que Jo avait eu lorsqu'elle était à l'école primaire. Pour leur spectacle de fin d'année lorsqu'elle était en CM2. Du haut de ses dix ans, elle avait obtenu le rôle d'Eliza. D'après sa maîtresse, elle était assez frêle, assez innocente et plus calme que ses autres camarades d'Harlem pour avoir le rôle. Bien sûr, la pièce avait été plutôt raccourcie et de sorte que les enfants comprennent ce qu'ils apprenaient, mais cela avait été la première scène de Jo et pendant un temps, avant qu'elle ne décide de devenir flic, elle s'était dit qu'elle pouvait tenter le théâtre, car elle y avait pris beaucoup de plaisir.

Elle rougit en se rappelant du commentaire d'Henry lorsqu'elle avait mentionné la pièce et son rôle « Tu devais être charmante ». Elle portait des vêtements typiques de l'époque. Un chapeau beaucoup trop grand pour son petit visage, tel que le personnage original le voulait, beaucoup de plumes et froufrous dessus. Une grande robe blanche et ses longs cheveux droits à cette époque, ramassés en un beau chignon, laissant retomber quelques mèches. Jo se rappelait toujours du fait que sa mère avait fait le costume pour elle, ainsi que la coiffure. Elle lui en avait toujours été reconnaissante.

Prise de nostalgie, elle fouilla dans le tiroir de sa table de chevet et ressortit cette petite photo d'elle, déguisée de la sorte.

Elle se trouvait plutôt mignonne et était surprise de voir à quel point elle faisait adulte sur cette photo, considérant le fait qu'elle était plutôt petite à cet âge. Elle n'était pas la plus petite de sa classe à ce moment, mais bien loin d'être parmi les plus grands. La puberté avait vraiment eu du bon pour sa part.

Elle se disait qu'il fallait qu'elle montre cette photo à Henry. Elle serait certaine qu'il adorerait. Ce genre de costume était tout à fait approprié pour le vieillard qu'il était au fond de lui.

Elle reprit ses esprits et continua de lire les CV, mais rien ne la frappa. Personne dans sa liste n'avait travaillé dans un seul musée et de toute façon, prise de fatigue, elle finit par s'endormir avec les papiers dans les mains et la lumière sa lampe de chevet allumée.

Et du côté d'Henry, ce dernier n'avait pas eu plus de chance non plus. Il avait encore moins l'habitude que Jo de faire des pirouettes de toutes les manières qu'après la lecture de deux CV, il s'était complètement endormi. Abe était passé à côté de sa chambre et avait pouffé à la vue que son père lui offrait. Il était rentré, avait éteint la lumière et avait remonté les couvertures sur lui. Parfois, Abe se disait que son père gagnerait à tomber de sommeil ainsi beaucoup plus souvent.


Le lendemain, ils se retrouvèrent pour passer au 11 comme tous les matins. Ils retrouvèrent Hanson et Lucas qui commençaient vraiment à passer beaucoup plus de temps ensemble, surtout depuis qu'ils étaient sous couverture.

Jo chuchota à Henry, en les voyant près du bureau d'Hanson

- Quelque chose me dit qu'une belle amitié est en train de se créer. Dans quelque temps, on les verra se défendre l'un l'autre, comme des frères.

Henry pouffa, mais approuva chaque parole de la jeune femme

- Je pense qu'ils ont toujours été un peu comme les deux doigts de la main tous les deux, mais ils sont juste très forts pour ne pas le montrer.

Jo secoua la tête

- Vous êtes des hommes ! C'est votre façon macho de montrer son affection.

Elle savait qu'Henry était un peu plus démonstratif, mais cela ne changeait rien au fait qu'il était lent à remarquer qu'une femme s'intéressait à lui, et particulièrement elle.

Pendant qu'ils avançaient, Jo demanda

- Tu as réussi à trouver quelque chose dans ta liste ?

Henry se gratta nerveusement la tête

- Je dois être honnête avec toi. J'étais complètement lessivé hier soir et je n'ai pas fait long feu. C'est à peine si j'ai eu le temps de lire les deux premiers.

Jo éclata de rire. Ce n'était pas dans les habitudes d'Henry de s'endormir si rapidement. Il était souvent le dernier à partir se coucher et se fichait pas mal d'avoir quelques heures en moins.

- Je t'ai battu pour une fois ! On voit ceux qui ont plus l'habitude de faire du sport que d'autres, n'est-ce pas ?

Henry ne fit que la regarder sarcastiquement

- Et quelque chose t'a sauté aux yeux de ton côté ?

Jo secoua la tête

- Nope ! Pas du tout ! Du coup, est-ce que tu veux donner ta liste aux deux zozos là-bas ?

Henry ne voulait pas leur donner sa part du travail.

- Je pense que je vais juste amener cette liste et la lire dans la voiture, le temps qu'on fasse la route jusqu'au théâtre même si on n'en a que pour à peine une dizaine de minutes

- Comme tu veux !

Lucas et Hanson relevèrent la tête quand ils virent le couple arriver.

- Alors ! Comment se passent les entraînements ?

- Fatigants – répondit Henry

Hanson et Lucas s'échangèrent un regard complice. Juste imaginer le doc en train de faire des tas de chorégraphies qui ne lui ressemblaient pas, déclenchait pas mal l'hilarité au sein du 11 depuis quelques jours.

- Henry a raison ! Il faut s'accrocher – avoua Jo –, mais bon, tout ça n'est que pour notre enquête.

Hanson la coupa

- Hmm, mais on a entendu dire que le spectacle était bientôt. De ce fait vous deux, vous allez certainement y rester pour ne pas embarrasser le producteur.

Jo leva les yeux au ciel et se demanda comment la nouvelle avait pu leur parvenir, mais elle préféra ne pas se poser des questions. Ils étaient pires que dans une salle de presse dans ce commissariat.

- Peu importe ce qui va se passer ! Hier soir, Henry et moi on a récupéré des CV et on a pris une partie pour nous et vous devez lire l'autre partie et voir si quelqu'un a travaillé au musée. Samedi, dans la journée on va devoir aller rendre visite à Luke, l'autre acteur en convalescence. Mais pour l'instant, nous avons besoin de quelqu'un qui a travaillé au musée qui pourrait être le responsable d'avoir volé l'épée et avoir tué Tammy.

Henry se frotta le menton. Il ne voulait pas tirer de conclusions. Certes, il y avait Claudia qui détestait tout le monde, Luke dont personne ne connaissait encore le parcours et les réelles motivations de ce qui s'était passé et maintenant il y avait aussi Miguel qui avait eu des sentiments pour Tammy… Cela faisait tout un lot qui pourrait être coupable. Son instinct lui disait qu'un homme accidenté n'avait aucune raison de tuer sa partenaire, mais ils ne savaient pas ce qui s'était passé au moment de l'accident. Peut-être que Luke avait des raisons d'en vouloir à Tammy.

- Il y a certaines personnes qui pourraient apparaitre suspectes – suggéra Henry –, mais il faut en savoir un peu plus, notamment sur les relations entre Tammy et le reste de la troupe. On ne sait que quelques mots, mais samedi, Jo et moi avons été invités pour une petite sortie au bar, avec eux donc on essayera d'en savoir vraiment plus à ce moment vu qu'on sera en dehors de la scène et qu'on pourra discuter librement sans vraiment être épié.

Hanson acquiesça et Jo distribua les feuilles aux deux hommes.

- Si l'un de vous voit quelque chose, il me laisse un message sur ma boîte vocale et on verra demain matin ce qu'on fait. Il faut procéder par étape.

- Compte sur nous – répondit Hanson – Hier, on a aussi tenté d'obtenir des informations via Julliard. Ils nous ont dit que Tammy vivait sur le campus de l'université et elle n'a pas de famille à déclarer en particulier. Parents, tous les deux morts et pas de frères et sœurs donc il n'y a personne de proche avec qui on peut vraiment discuter…

- Sauf la troupe du spectacle – acheva Henry

Hanson acquiesça. Les quatre se regardèrent et Jo et Henry savaient qu'ils n'avaient pas encore fini de jouer les danseurs. Il ne restait qu'un jour avant le week-end et ils avaient toujours l'impression de n'en rester qu'au même point. Pourtant, en effet ils avaient déjà quelques suspects en tête, mais ils ne pouvaient se permettre d'arrêter qui que ce soit sans aucune raison et surtout sans aucune preuve.

Ils durent retourner rapidement au théâtre et sur la route, Henry avait parcouru tous les noms, mais rien ne lui avait sauté aux yeux. Personne n'avait travaillé dans un musée.

Ils avaient déjà fait la moitié à eux deux, ils espéraient que Lucas et Hanson auraient plus de chance. Mais comme l'avait souligné Henry, rien ne disait que quelqu'un parmi la troupe avait eu une carrière au musée d'histoire naturelle. Il y avait d'autres personnes dans le théâtre, mais malheureusement, il serait plus difficile d'obtenir gain de cause.

La journée passa très vite. Après la matinée, Miguel leur confia qu'il était temps qu'ils rejoignent la troupe pour tenter de s'immiscer dans ce que le spectacle serait. Jo et Henry trouvaient que cela était tôt, mais il les rassura en disant qu'ils étaient assez doués et que de toute manière chaque répétition sur scène se faisait sans costume. Les deux dernières répétitions se feraient avec, mais ils avaient encore un peu de temps avant d'en arriver là… Quoique la semaine était vite passée et leur enquête avançait à peine.

De ce fait, ils avaient passé le reste de l'après-midi avec le reste des autres danseurs et prirent beaucoup de plaisir. Ils voyaient bien que leur présence faisait plaisir à Derek, mais ils leur rappelaient sans cesse qu'il ne devait pas trop s'y habituer.

Ils ne disaient rien, mais cette proximité avec la danse qu'ils allaient devoir effectuer ensemble était en train de remuer toutes leurs entrailles, encore plus que ce rapprochement qu'ils avaient connu lors de l'affaire du petit Jeff.

Alors que la journée touchait à sa fin, Derek monta sur la scène et tapota dans ses mains.

- Bon, je sais que je m'y prends à la dernière minute, mais hier soir quand je suis rentrée chez moi, j'ai eu une super idée pour la pièce. Je sais qu'on est à l'époque romaine et que les fêtes et tout ne sont que pour célébrer le début des batailles des gladiateurs. Mais hier soir, je regardais un film et je me suis dit, peu avant la chanson de Jo et Henry et leur choré, on pourrait ajouter une scène de bal entre tous les participants. Il n'y aucune exception, toute la troupe va danser et nous verrons Jo et Henry, au milieu pendant que tout le monde va les entourer et certains feront semblant de chuchoter. Et j'ai besoin d'un chanteur pour toute cette scène.

Il y eut un remue-ménage pas possible. Claudia soupira et le regarda.

- Tu aurais quand même pu penser à ça plus tôt. On approche du spectacle et tu trouves le moyen d'ajouter une scène.

Jo et Henry la trouvèrent tellement soupe au lait. Pathétique qu'elle était.

Derek ne s'excusa pas

- Si ça ne te plaît pas Claudia, tu connais la porte de sortie.

Elle ouvrit la bouche, mais ne sut répliquer. Tout le monde fit silence. Lorsque Derek disait quelque chose, il ne valait mieux pas le contrarier.

- J'allais te demander de chanter cette partie, mais tant pis pour toi, tu as perdu l'occasion de te taire.

Elle resta complètement soufflée et croisa ses bras, cachant difficilement son mécontentement.

Il regarda alors Stella

- Stella, ça te dirait de chanter celle-ci ?

La jeune fille hocha rapidement la tête. Il lui donna la partition.

- Nous allons faire un essai avec seulement l'instrumental. C'est une chanson que certains doivent connaître, mais j'ai eu l'autorisation d'en faire une cover.

- Je la connais – s'excita Stella – je suis très contente de la chanter, normalement c'est chanté par un homme, mais j'ai toujours rêvé de la faire

Derek fit un grand sourire

- Tant mieux !

Il regarda Jo et Henry qui se sentirent mis à nu

- J'ai eu cette idée à cause de l'alchimie entre Jo et Henry. Ils n'ont pas de gros rôles et ils méritent qu'on ajoute quelque chose pour eux. Au moins pour cette partie du spectacle. Je déciderais après la représentation si oui ou non, on garde cette chanson.

Tout le monde entendit Claudia siffler entre ses dents

- Ridicule !

Mais chacun l'ignora. Le couple devait reconnaître qu'ils en avaient assez de l'entendre geindre et qu'il fallait lui faire cracher le morceau d'une façon ou d'une autre. Peut-être après deux trois verres samedi soir, elle serait apte à être plus calme et dire tout ce qu'elle avait sur le cœur.

Cependant, ils ne purent cacher le rouge à leurs joues. Ils n'avaient vraiment pas demandé à Derek d'en faire autant.

Stella commença à chanter en même temps que l'instrumental. Derek lui avait expliqué qu'elle se tiendrait sur des marches en fond du décor, pendant que le reste danserait. Il indiqua à Henry ce qu'ils devaient faire. Au début, Jo devait descendre les escaliers et retrouver Henry qui attendait en bas, au milieu de la piste, seul sans savoir que sa dulcinée devait le rejoindre. Ils commençaient à danser et se regarder droit dans les yeux, et tournoyant au sein de la musique, oubliant même qu'ils étaient dans un bal. Enfin ça, c'était ce que leurs personnages devaient faire, mais les deux jeunes gens se perdirent rapidement dans les yeux l'un de l'autre à danser si près l'un de l'autre, si près comme le disait la chanson.

La voix de Stella était vraiment puissante et portait sur toute la scène. Même s'ils n'allaient pas rester pour le reste des shows, Derek ferait mieux de garder cette partie, car la voix de Stella était très belle et se mariait parfaitement avec la mélodie.

Chacun avait bien respecté ce qui devait être fait et quand la voix de Stella se fondit tout doucement, Henry qui avait soulevé Jo à plusieurs reprises pour les besoins de la danse la déposa lentement et ils ne purent détacher leurs yeux de l'autre, les mains de Jo se posèrent sur le torse d'Henry et le décor et le fait qu'ils étaient sous couverture, disparut pendant un court instant.

- Prenez une chambre si vous ne savez pas démêler la réalité de la fiction !

Ce fut la voix de Claudia qui brisa l'instant magique. Jo se détacha d'Henry en poussant un long soupir et se retenant de l'étrangler. Derek avança vers eux et fit un large sourire.

- C'était très bien ! On retravaillera dessus demain, mais vous avez tous géré. Stella cette chanson te va comme un gant.

Elle rougit jusqu'à la pointe de ses oreilles et donna une tape amicale dans le dos de Jo et Henry, lorsque Derek leur dit qu'ils pouvaient quitter et que c'était terminé pour ce soir-là. Ils avaient réussi à terminer une heure plus tôt que les deux derniers jours, ce qui n'était pas plus mal.


Author's note: for my English natives readers: CM2 = 5th grade. I'd rather keep the French's system education since I'm writing in that language but if needed I'll give the equivalent. Jo said "Grade school" in the episode so we don't know exactly when she played Eliza but I assumed she was old enough to understand what they were playing, lol.