Yo !

Ce chapitre, mon dieu, ce chapitre, c'est la culmination de toute la fic. Ma Bêta a commencé à lire les premières lignes, naïvement, juste pour savoir ce qui se passait, et du coup elle a été OBLIGÉE de tout lire pour ensuite me hurler dessus dramatiquement sur Messenger. C'était beau à voir xD Enfin bref du coup, je vous préviens, accrochez-vous pour la lecture !

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Et voici les réponses aux reviews !

Yo Amie des Batraciens ! Première à commenter ! RIP Shisui, il était vraiment aimé des lecteurs. Oui, Tsunami est ballottée par le destin. Et tu vas voir, ce n'est pas fini. Elle va en baver dans ce chapitre…

Hello SeereSakura x) Ah, l'annonce de la mort de Shisui était faite exprès pour être brutale au maximum, et je suis contente d'avoir réussi alors xD Bref ! Oui, Tsunami se spécialise dans l'adoption… Ce qui est ironique quand on sait qu'elle est un peu une inadaptée sociale, pas vraiment la personne qu'on imaginerait s'entourer de gamins ! Et pourtant, elle les collectionne. Un peu de façon grincheuse, un peu de façon bourrue, mais voilà, elle en a de plus en plus !

Coucou Aqualyne ! Si si, je me souviens de toi, tu avais lu Elisabeth Bishop non ? Et puis, tu as un joli pseudo, ça aide x) Sinon, pour les autres SI, je suis disposée à les partager en MP aux membres de la Salle sur Demande (Discord ou Facebook), si tu es intéressée x) La seule SI qui a avancé c'est celle sur FMA, mais voilà, ça peut faire un peu de lecture ! Et si tu connais, je me suis lancée dans l'écriture d'une SI sur le fandom de Hero Academia, et une autre sur le fandom de RWBY. Point de détail, ces deux SI seront écrites entièrement en anglais x) Pour l'instant j'ai environ 200 pages de chaque !

Mwahahaha Isy, tu savais que ça arrivais pourtant ! Et en effet, c'était le dernier chapitre de calme avant la tempête. Parce que toi, tu sais ce qui arrive dans ce chapitre… Ah ah. Sinon, je te conseille de chercher sur Youtube les flash-back d'Hashirama et Madara, c'est pas mal. Ils sont très marrants quand ils sont enfants, mais ensuite ce sont vraiment des persos tragiques, chacun menant un clan en guerre contre l'autre, et ils détestent cette guerre mais ils ne savent pas comment l'arrêter, parce que ça nécessiterait de faire la paix mais comment oser faire le premier pas si l'autre n'est pas fiable ? Comment accepter une main tendue quand ton instinct te crie que c'est un piège ? Bref, Madara est le « méchant » du canon, le croque-mitaine légendaire et surpuissant, mais je l'aime bien quoi. Et donc j'imagine son histoire sous l'angle de la tragédie. Logique xD

J'ai bien rit Merry Archer x) En effet Kakashi est pas un exemple de sociabilité ! Et oui Tsunami est un peu un bourreau de travail, donc le complément parfait pour un Nara… Mwahahaha. Enfin bref ! Et oui, Tsunami va se blâmer pour la mort de Shisui. Mais bon, elle va surtout réprimer sa colère (parce qu'elle est une Uchiha, elle a une nette tendance à la colère) jusqu'à… la fin de ce chapitre, tu verras xD Pour ce qui est de Danzō, eh bien, tu verras, on va reparler de lui très prochainement… !

Arf, Leen Hogwarts, la mort de Shisui est un coup dur. Condoléances. Mais c'était inévitable. Et en effet, le Sceau du Phénix en Cage ne s'est pas activé… Pourquoi ? Il pourrait y avoir plein de raisons. Je vais m'étendre dessus dans le bonus spécial, d'ailleurs, pour ne pas faire de spoilers. Mais sache qu'on va revoir Danzō… Et reparler de ce sceau. Très prochainement d'ailleurs !

Coucou Yuedra ! Tu vas avoir la réponse à ta question dans ce chapitre, justement. Ne range pas le champagne tout de suite xD Et… Arrête de tout deviner à cause de micro-indices, je vais finir par croire que tu pirates mon ordi ! Ahem. Bref… Ooooh tu es fan des Nara, c'est bon à savoir. Sérieusement Dreaming Of Sunshine doit vraiment être dans tes fics préférés si c'est le cas xDDDD Pour ce qui est de Shisui… Oui, c'est un rude coup pour Tsunami. Surtout qu'à la fin de sa vie, Shisui a été coupé de tous les non-Uchiha. Il passait peu de temps avec sa vieille équipe, il était étroitement surveillé… Il était l'arme secrète du clan alors ils li faisaient peser une pression d'enfer, autant que sur Itachi. Alors non, Shisui n'aurait pas eu l'opportunité de confier sa mission à un ami (ou plutôt à un ami non-Uchiha), ni de faire passer un message d'adieu. Le clan Uchiha ne l'aurait pas permis. Déjà que l'enquête sur sa mort est très discrète, et qu'ils ont gardé secrète la disparition de ses yeux… Voilà voilà. Sinon, nope, Hikari a deux ans de moins que Naruto et lorsqu'il fera sa rentrée, il sera donc deux classes en-dessous. Mais il est fort possible qu'il saute une classe, ou deux, et puis de toute façon un petit génie comme lui tentera forcément d'être diplômé en avance. Reste à savoir s'il pourra être diplômé en même temps que Neji, parce qu'une équipe Neji-Karin-Hikari, ça serait un peu sa dream team xDDD Pour ce qui est de ta remarque sur que la fin positive du dernier chapitre laisse présager de ce chapitre là… Mwahaha. JE NE DIS RIEN. Tu vas vite avoir ta réponse XDDDDD Mais bref ! Pour Madara et sa connaissance du ninjutsu médical des Senju, yep, tu as le même avis que moi. Perso je crois que c'était une invention toute récente et relativement secrète, et qu'Hashirama a présenté ça avec son habituelle exubérance mais que Madara était tellement désensibilisé aux tentatives d'Hashirama pour forger une alliance qu'il y a juste vu une nouvelle tentative de l'amadouer, au lieu d'une offre révolutionnaire. Et… Izuna est mort. Et après coup, n'était-ce pas plus simple de blâmer son meurtrier que de se blâme lui-même pour ne pas avoir réalisé qu'une chance de guérison était à sa portée ?

Salut liamireldib-b ! Yep, tu as vu juste pour l'œil de Shisui x) J'ai le même headcanon que toi pour les Senju et leurs capacités de guérison ! Ça me vient de Compass Of Thy Soul, où les Uchiha haïssent Hashirama parce qu'il déteste tuer, alors il laisse ses adversaires estropiés ou gravement blessés, et s'en va joyeusement avec une bonne conscience… Alors que ses victimes sont ramenés chez eux en brancards, agonisent durant des jours, et finissent par supplier leurs propres enfants d'abréger leurs souffrances. Et Hashirama en est complètement inconscient. Bref. Sinon, j'adopte ton headcanon comme quoi Hagoromo était réticent à laisser Indra prendre sa succession parce qu'il voyait une ressemblance entre lui et Kaguya. C'est très logique. Et dire qu'on aurait pu éviter tout ce drama avec un peu de thérapie et une longue conversation à cœur ouvert ! M'enfin bref. C'est du passé. Sinon… Aïe, tu va souffrir en lisant le chapitre. Tu es prévenue…

Yo Rozenn Selwyn! Ce cri du Coeur, je meurs xD Oui, la mort de Shisui semble tomber de nulle part, parce que personne ne l'avait vu venir. Ni dans le canon ni dans cette fic. Shisui subissait beaucoup de pression mais il était toujours si souriant, si déterminé. Même Tsunami, qui SAVAIT ce qui lui pendait au nez, se disait qu'il lui restait encore du temps. Alors… Oui, le suicide de Shisui a prit tout le monde au dépourvu. Et ça explique pourquoi les Uchiha ont si vite pensé que c'était un meurtre… Enfin bref. Contente que mon répertoire d'insultes te plaise ! J'en ai d'autres si tu veux. Il est con comme un tube de dentifrice, se faire enculer par un cactus, allez se faire mettre par une râpe à fromage, elle est trop conne pour vider une salière avec les instructions écrites sur le cul de la boîte, etc. Que du bonheur ! Bref, sinon, je ricane en lisant le reste de ta review parce que ooooooh tu ne crois pas si bien dire. Il va falloir que tu t'accroche pour ce chapitre, tu vas voir xD

Coucou Shinlya! Naruto n'est pas exactement un ninja sensoriel. Enfin si, mais pas un bon ninja sensoriel. His awareness sucks. Il a un odorat aiguisé et un bon instinct, mais il n'est pas sensible aux chakras qui l'entourent (sauf quand le Kyubi active son pouvoir). C'est pour ça que je pense que Naruto serait désavantagé en Fuinjutsu x) Ses deux parents étaient des ninjas sensoriels, mais pas lui ! Bref. Sinon, être ninja sensoriel est assez inné, mais on peu peaufiner son talent existant avec de la méditation, et on combinant la perception du chakra avec les exercices de traques montrés dans la fic (quand Tsunami rejoint la Section Sensorielle). Tes questions sur la Section Commandement sont très pertinentes, alors du coup je les mettrait dans le Bonus Spécial de fin de fic, pour que tout le monde profite de mes headcanons à ce sujet xD Sinon, pour Kakashi : spoilers ! Et Tsunami ne va chercher à tisser des liens avec lui pour le moment. Elle trop de trucs à gérer xD Et puis, c'est Kakashi, il est bizarre et impressionnant à la fois, donc elle ne sait pas comment l'approcher ! Pour le sceau de "messages instantanés", j'avoue que je n'ai pas encore d'idée bien définie. On verra ! Et oui, je compte coller au max au canon, donc... Il y aura bien une déesse démente, une plante-démon, etc. Mais ça sera justifié essentiellement par les Bijuu et le fait que ce sont des êtres d'un autre monde, en gros. Si je vais jusque là dans l'écriture de la fic. Et puis bien sûr je vais sans doute arranger certaines choses à ma sauce, comme cette histoire de prophétie, ou encore le fantôme du Sage des Six Chemins qui fait une apparition dramatique dans le cerveau de Naruto. Mais bon, c'est loin, tout ça ! Et pour ce qui est de l'écriture... Je n'ai pas vraiment de conseil-miracle. J'ai commencé à écrire quand j'avais sept ans, mais c'est resté sporadique jusqu'à mes 12 ans (découverte des forums de RPG) et là je n'ai plus su m'arrêter. Je n'ai pas l'histoire du début à la fin dans ma tête, j'ai juste un personnage, ou un concept, ou une idée, que je veux explorer à fond, et il faut que ça sorte. Quand j'avais huit ou neuf ans, Pirates des Caraïbes m'avait fasciné et j'ai inventé une histoire sans aucun rapport avec ça, mais où il y avait des pirates et des fantômes et une histoire d'héritage, mais aussi d'autres trucs que j'adorais quand j'avais neuf ans (des chevaux, une princesse... Et, bizarrement, du break-dancing...). Bref, c'était ridicule et adorable. En relisant ça quinze ans plus tard j'en grimace d'horreur parce que mon dieu, c'était stupide : les citations étaient plagiées, l'humour était bête, franchement le pirate qui s'appelle Jack et qui charme la fille c'est sans originalité aucune, mais... Voilà, je voulais que cette histoire sorte, et petit bout par petit bout j'en avait rempli un cahier de 300 pages. Ca m'avait pris des mois et l'histoire était sans queue ni tête, mais j'avais adoré ça. Alors... Ecris ! Amuse-toi ! Est-ce qu'un personnage t'a fait rire dans une série Netflix, est-ce que tu aime imaginer un dialogue hilarant entre lui et un autre perso ? Alors lance-toi, et on verras bien où ça te mènera =)

Yo, Steph ! Malheureusement, Shisui était condamné depuis le début. Sa mort était un élément trop important du canon. Pour plusieurs raisons d'ailleurs... Tsunami voit simplement le fait qu'il était surveillé par Danzo, mais à vrai dire, Shisui était aussi quelqu'un d'important parce qu'il était le dernier Uchiha à être vraiment populaire au sein de Konoha. Sa simple existence faisait partie des forces maintenant l'équilibre. Et pour cette raison, il était inévitable qu'il disparaisse : si ce n'était pas Danzo qui l'avait poussé au suicide, ça aurait été Fugaku, en lui ordonnant de choisir son camp.

Hey Redheadead ! Oui, les choses s'accélèrent pour tout le monde. Tsunami gagne en pouvoir, mais le danger se rapproche. Et il est plus prêt qu'elle ne le réalise, avec les parents d'Hazuki qui tentent de renouer les liens... Tu verras dans ce chapitre. Enfin bref. On va reparler de Danzo, d'ailleurs. Mais là, tu vas peut-être être contente xD

L'auteur peut mettre autant de claques de tristesse qu'elle veut Vindixta xD D'ailleurs, tu t'es plainte trop tôt... En voilà une autre couche dans ce chapitre, mwahahaha !

Hello Geme1 ! Tout doit finir un jour... Et la mort de Shisui était inévitable, avec le coup d'Etat (et la paranoïa de Danzo). Je crois que les fics qui sauvent Shisui se comptent sur les doigts d'une main... Ce qui est arrivé aux yeux de SHisui sera révélé dans ce chapitre, pas d'inquiétude ! Et pour Itachi, il lui est arrivé la même chose que dans le canon : isolation, méfiance, et accusations. Les Uchiha croient qu'il a assassiné Shisui, et c'est dur à porter. Itachi s'enfonce de plus en plus dans la dépression. Attention, bientôt, ça va exploser...

Salut Sam est classe ! Mwahaha, en effet le massacre est tout proche. Pour ce qui est de Sasuke, tu verras ce qui lui arrive x) Et au départ, Tsunami ne pensais pas DU TOUT l'adopter ! Bon, sur le moyen terme, elle aurait sans doute réalisé que fuck, un gamin tout seul, apparenté à elle en plus, elle doit faire quelque chose (même réalisation qu'avec Neji en fait) mais ça ne se serait pas fait immédiatement je pense. Bref, j'arrête de spoiler et te laisse lire le chap' !

Coucou Aomine59 ! Tu es (jusqu'à présent) le seul qui pense que Madara connaissait le ninjutsu médical des Senju et a quand même refusé qu'ils soignent Izuna. Et oui, effectivement, Izuna aurait préféré crever que d'être redevable au clan ennemi, mais... Madara aurait-il préféré un frère mort, ou un frère en colère mais bien vivant ? Surtout que, contrairement à Izuna, il ne se sentait pas insulté par l'offre des Senju (son ancienne amitié avec Hashirama lui donne plus de recul). Du coup, je serai curieuse d'en savoir plus sur ce que tu penses à ce sujet...

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Voilà voilà !

Sinon, news du jour : la semaine prochaine, je serai en formation. Pas à distance cette fois ! Je retourne à l'INFN de Poitiers, physiquement. Enfin, sauf contre-ordre de Macron, ah ah. Bref, tout ça pour dire que j'espère ne pas tomber sur un cluster et être contaminée.

Hum... Quoi d'autre... Ah ! Au boulot, une de mes collègue m'a dit qu'avec tout ce qu'on vivait, on pourrait écrire un livre. Les clients cinglés, les idiots, les dossiers tellement tordus qu'on dirait des gags... Et elle a raison. J'avais lu le bouquin "Absolument dé-bor-dée" écrire par une fonctionnaire et j'avais adoré, alors pourquoi ne pas tenter le coup ? Donc je vais essayer d'écrire un livre. Sur... Bah, moi, en fait. Je crois que je vais le romancer à mort (changer les noms, ajuster les détailss, me rendre non-reconnaissable), et ça sera un peu sur le ton de Polydipsie. Franc, décalé, absurde, sans aucun drama ni aucune majesté, juste du pur crack avec un peu de world-building (ou, vu que ce sera sur le notariat, un peu de contexte juridique plutôt). Qu'en dites-vous ?

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Bon, assez papoté. Le chapitre !

Allez... Bon courage, il est hard celui-là !

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Le Mangekyō Sharingan

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Tsunami était certaine de bien des choses. Konoha était sa maison. Elle pouvait compter sur sa famille. Les Uchiha allaient mourir. Elle ne pouvait pas sauver Itachi. Danzō était dangereux. Orochimaru était encore pire. Gai était imbattable au taijutsu. Anko était la kunoichi la plus férocement loyale de Konoha. Le job de légiste de Kumadori était glauque. Le Fūinjutsu était génial. Les Hyuga étaient des enflures. Neji était un prodige. Karin avait un sale caractère. Izumi serait une grande médic. Hikari était adorable.

Hazuki Uchiha était en sécurité.

C'était curieux, comme parfois on se persuade de choses stupides. Après leur départ du district Uchiha, Tsunami n'avait jamais douté de la sécurité de sa mère. Elle pensait… Elle pensait que sa maman était intouchable. Elle aurait dû se douter que ce n'était pas vrai. Elle avait pensé la même chose de son père, jadis, et il avait été tué sous ses yeux. Même sept ans après, ce souvenir lui transperçait toujours le cœur. Elle savait ce que c'était de perdre quelqu'un qu'on aimait, quelqu'un qu'on pensait inébranlable et éternel. Elle n'aurait pas dû se persuader que sa mère était différente. Mieux que personne, elle savait qu'Hazuki était fragile. Après tout, elle avait été retirée du service actif après la naissance de Hikari. Son système de circulation du chakra ne s'en était jamais remis et s'était atrophié, la réduisant au niveau d'un Genin médiocre.

Mais voilà : Hazuki ne quittait plus Konoha, et elle avait promis de ne plus se rendre chez les Uchiha, alors Tsunami l'avait stupidement crue protégée. Elle avait eu tort.

Elle apprit ce qui s'était passé en revenant de mission. Elle et son équipe (Anko et Atsuo, cette fois) étaient partis deux jours entiers pour éliminer un nukenin qui faisait du grabuge à l'Ouest. Ils revinrent en milieu d'après-midi, plaisantant joyeusement en montrant leurs papiers d'identité aux gardes qui surveillaient la porte. Ce fut à ce moment que l'ANBU apparut.

Il était rare de voir des ANBU dans Konoha. Dans quelques années, ça serait plus courant (ils remplaceraient les forces de police) mais pas encore. Aussi, lorsqu'un homme au masque de hibou tomba du ciel aux portes du village, tout le monde sursauta violemment. L'ANBU les ignora et se tourna vers Tsunami, qui se figea. Lorsque le masque blanc la fixa, elle sentit son estomac dégringoler, envahie par un terrible pressentiment.

– Tsunami Uchiha. Il y a eu un incident cet après-midi. Votre mère est décédée. Vous êtes convoquée devant l'Hokage.

Les ANBU ne prenaient pas de gants. Atsuo, Anko et les deux Chuunins de garde prirent une inspiration étouffée, mais Tsunami resta immobile, sous le choc, le fixant sans comprendre.

Elle n'avait jamais été prise au dépourvu par la mort. Elle avait vu les gens mourir ou, dans le cas de Shisui, elle avait su que ça allait arriver. Elle n'était jamais passée par la case déni ou marchandage, elle avait juste sauté droit dans la dépression. Mais là… Il y avait quelque chose de surréaliste à entendre ces mots. C'était impossible. Sa mère était supposée être en sécurité.

– Vous êtes convoquée devant l'Hokage, répéta l'ANBU.

Tsunami n'eut qu'un vague souvenir du trajet jusqu'à la tour administrative. Elle était sous le choc. Ses jambes avançaient de façon mécanique. Les mots tournaient en boucle dans sa tête. Votre mère est décédée. C'était comme si elle n'arrivait pas à enregistrer le message. Sa mère… Non, ce n'était pas possible…

Ce n'est que dans le bâtiment, en poussant la porte du bureau de l'Hokage et en voyant tous les gens qui s'y trouvaient déjà, que le choc se mua lentement en horreur. Le bureau était plein et, quand elle y entra, tout le monde se tut en lui jetant des regards plus ou moins emplis de pitié ou d'embarras. Elle sentit ses genoux trembler. Sandaime, Shikaku Nara, Fugaku Uchiha, quatre ou cinq Jounin, un officier de police qui tremblait de la tête aux pieds, un ANBU aux cheveux argentés ébouriffés en une coupe improbable, même Danzō

Et ils la fixaient tous. Ils la fixaient tous avec cette expression de gêne et de pitié qu'on adresse aux gens qui viennent de perdre un proche mais qu'on n'a pas envie de voir pleurer, et plus que tout, ce fut cette expression qui acheva de faire comprendre à Tsunami que c'était réel. Sa mère était morte. L'instant semblait s'étirer à l'infini. C'était impossible, ça aurait du être impossible mais c'était arrivé : Hazuki Uchiha était morte. Mama.

La tête lui tournait. Pendant un instant, son esprit fut complètement vide. Qu'est-ce qu'elle était supposée faire, sans sa maman ? Et puis soudain elle pensa à sa petite sœur, à son petit frère. Il faudrait les prévenir. Il faudrait prévenir Karin. Il faudrait prévenir Neji. Il faudrait prévenir tout le monde. Il faudrait l'enterrer. Il faudrait ranger ses affaires et les vendre et que quelqu'un récupère sa chambre et… C'était trop vaste, trop vertigineux. Elle bloqua désespérément ce cheminement de pensée, et croassa :

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

Personne n'osa parler pendant une seconde, puis Shikaku se tourna vers elle.

– Tsunami… Je suis désolé.

– Qu'est-ce qui s'est passé ? répéta-t-elle plus fermement.

Il hésita. Ce fut Fugaku Uchiha qui s'avança. Tsunami n'avait jamais interagi avec le chef de la police auparavant. Lorsqu'il prit la parole, les bras croisés, impassible, la voix froide et détachée, elle le détesta instantanément.

– Akihito et Yuko Uchiha ont retrouvé leur fille Hazuki dans un restaurant à midi. Lorsqu'ils en sont sortis, deux heures plus tard, ils étaient en train de se disputer violemment. Nous ignorons ce qui a provoqué cette altercation. Toujours est-il que cela a attiré l'attention d'une patrouille de police. Ils ont cru voir deux anciens du clan être… verbalement agressés… par une Chuunin en exercice. Ils ont réagi avec ce qu'ils pensaient être une force approprié.

Pendant une seconde Tsunami ne comprit pas, parce que… C'était inconcevable. Les violences policières étaient devenues habituelles, au cours de ces dernières années, mais jamais ça n'était allé plus loin qu'un poignet cassé ou quelques hématomes. Non seulement les ninjas pouvaient se prendre de sacrés coups sans flancher, et leur résistance à la douleur ou à l'épuisement était surhumain… Mais les Uchiha faisaient attention à ne jamais aller trop loin. Ils savaient que les civils étaient fragiles, après tout.

Mais surtout, Hazuki était une ninja de Konoha. Elle était l'une des leurs. C'était une chose de savoir que les Uchiha préparaient un coup, mais de penser qu'ils avaient usé de violence sur une innocente… de penser qu'ils avaient… qu'ils avaient…

– La police l'a tuée ?!

Elle vit rouge. Elle n'avait même pas réalisé qu'elle avait avancé. D'un coup, elle se retrouva juste beaucoup plus près de Fugaku, les deux bras agrippés douloureusement par Shikaku et un autre Jounin. Son chakra déborda, emplissant la pièce d'intention meurtrière. L'emprise de Shikaku se resserra, et Tsunami feula de rage. S'ils ne l'avaient pas retenue, elle se serait jetée sur Fugaku et l'aurait mit en pièce ici même, devant l'Hokage. Comment osait-il… ?! Comment pouvait-il lui dire ça en face, ce connard, ce traître, cette pourriture ?! Comment osait-il croiser son regard ?!

– C'était un accident, lâcha Fugaku avec raideur. Elle portait une veste de Chuunin…

Tsunami activa son Sharingan.

Ce ne fut même pas une décision consciente. Elle allait le tuer. Plus rien ne comptait mis à part le rugissement du sang dans ses oreilles et la fureur qui hurlait dans sa poitrine comme un monstre déchaîné. Tsunami ne savait même pas qui avait tué sa mère mais c'était la faute de cet homme, c'était lui le responsable, c'était lui qui osait protester et dire que ce n'était qu'un accident, et elle allait le tuer. Simultanément, un Jutsu Décharge commença à crépiter au bout de ses doigts, Fugaku écarquilla légèrement les yeux d'un air alarmé, tous les ninjas se tendirent, plusieurs se mirent en garde…

Le chakra du Sandaime s'écrasa sur eux comme un coup de masse. Ce fut si violent qu'au moins trois personnes trébuchèrent.

– Assez ! gronda le Sandaime.

En cet instant, il n'avait plus du tout l'air d'un grand-père bienveillant. Il avait l'air d'un dictateur militaire absolument furieux, qui les fixait d'un regard noir. Son chakra emplissait la pièce comme quelque chose de physique, rendant l'air si lourd qu'il était difficile d'y respirer. Cela ne dura qu'une seconde, mais ce fut comme un seau d'eau glacée dans la figure. Tsunami s'arracha à sa fureur meurtrière d'un coup, si brutalement qu'elle en fut désorientée. Elle recula d'un pas, désactivant son Sharingan. Absolument tout le monde dans la pièce semblait aussi choqué qu'elle. Même Danzō avait instinctivement reculé, plaquant son dos au mur, son œil unique si écarquillé qu'on en voyait le blanc. Il fut le premier à reprendre contenance, mais après cette démonstration de force, personne ne se risquerait à oublier que le plus puissant ninja du village se trouvait dans la pièce, et qu'il n'était pas content du tout.

– Une kunoichi de Konoha est morte, cingla le Sandaime. Vous traiterez cet évènement avec la gravité qui convient, Fugaku.

Même si son chakra n'écrasait plus l'assemblée, la colère de l'Hokage était toujours intacte. Le chef du clan Uchiha déglutit, et s'inclina brièvement, d'un geste semblable à un spasme.

– T-toutes mes excuses, Hokage-sama.

Il se retourna vers Tsunami et soudain, sembla hésiter. Comme s'il réalisait qu'elle était une personne réelle avec des sentiments, et qu'il n'y avait aucune façon de lui décrire le meurtre de sa mère sans provoquer sa colère. Tsunami lui rendit son regard avec hargne.

Un des Jounin s'avança. Avec un choc, Tsunami reconnu Raidō Namiashi. Il ignora ostensiblement Fugaku, et fixa uniquement Tsunami lorsqu'il déclara avec douceur :

– J'étais là. J'ai vu ce qui s'est passé. La patrouille comptait trois officiers. Le premier a attaqué Hazuki immédiatement. Il a… Il a lancé un genjutsu puis l'a frappée à la tête. Il ne savait peut-être pas qu'elle n'avait pas le chakra suffisant pour se protéger. Elle est… Elle est morte sur le coup.

Un coup à la tête. Une part distante de l'esprit de Tsunami fit défiler toutes les façons qu'il y avait de tuer quelqu'un ainsi. Un coup au visage enfonçant l'os nasal dans le cerveau, une rupture des vertèbres cervicales, une fracture du rocher provoquant une hémorragie cérébrale, un enfoncement de la tempe… La mort était rapide si on frappait la tête. Le cerveau était si vulnérable. Si c'était fait correctement, c'était aussi quasiment indolore. Est-ce que ça avait été le cas ? Est-ce que sa maman avait souffert ? Ou est-ce qu'elle n'avait pas eu le temps de réaliser ce qui se passait ? Est-ce qu'elle avait été trop incrédule à l'idée qu'un membre de sa famille l'agresse ? Soudain, les yeux lui brûlèrent, et Tsunami déglutit convulsivement, essayant désespérément de ne pas fondre en larmes en plein milieu du bureau de l'Hokage.

– Cet officier était Tomichi Uchiha, lâcha Fugaku avec raideur.

Tsunami ne tourna pas la tête, davantage parce qu'elle ne voulait pas avoir la tentation de lui arracher la gorge que parce qu'elle souhaitait lui cacher ses yeux plein de larmes. Tomichi Uchiha. Elle s'accrocha à cette information avec avidité, et grava le nom dans sa mémoire. Soudain, elle se demandait à quoi il ressemblait, s'il était sous bonne garde, où est-ce qu'elle pourrait le trouver, s'il oserait se défendre…

– Il est mort, lâcha Raidō comme s'il avait deviné ses pensées. Quand Hazuki est tombée… Ses parents se sont jetés sur Tomichi. Ta grand-mère l'a éventré comme un poisson.

Sa voix était presque impressionnée. La description imagée fit se tendre Fugaku, mais Tsunami en tira une satisfaction vicieuse. Elle eut aussi un étrange sentiment de vide. L'idée de la vengeance venait de lui être arrachée avant même d'avoir pu prendre forme. Savoir que Tomichi Uchiha n'avait eu que ce qu'il méritait… Oui, ça lui arrachait un sentiment de triomphe vindicatif, mais ça avait un goût amer.

– Raidō, lâcha le Sandaime d'un ton d'avertissement.

– Pardon Hokage-sama, s'excusa Raidō en s'inclinant avant de se retourner vers Tsunami. Ensuite, les deux partenaires de Tomichi sont venus à son secours. Ton grand-père… Akihito Uchiha… Lui et l'un des officiers se sont entretués.

– Yachiru Uchiha, les informa Fugaku.

Tsunami sentit son cœur se tordre. Elle connaissait Yachiru. C'était l'une des seules kunoichi actives du clan. Quand Tsunami s'était disputée avec son grand-père la première fois, lorsqu'elle avait dit qu'elle voulait être une kunoichi et pas une femme au foyer… Yachiru avait été l'une des seules dans tout le clan à la soutenir. Elle lui avait tapoté la tête avec approbation et lui avait conseillé des boutiques de vêtements mixtes. Et ensuite… Même après son départ du clan… Oh, elle l'avait ignorée et dédaignée, comme les autres membres de la police. Mais elle ne l'avait jamais regardé de travers, ne lui avait jamais fait de remarques méprisantes.

Et elle était morte. Elle avait regardé sa mère mourir, elle avait tué son grand-père, et elle était morte. Tsunami ne savait pas ce qui était le pire dans tout ça.

– Plusieurs ninjas ont réussi à les séparer, acheva Raidō. Mais il y a pas mal de blessés. La plupart n'ont pas de blessures graves, et ont pu être renvoyés chez eux, mais ta grand-mère, Yuko Uchiha… Elle est dans un état critique. Elle ne passera sans doute pas la nuit. Je suis désolé.

Tsunami n'avait jamais aimé Yuko. Pas plus qu'Akihito. Mais ils avaient été ses grands-parents, et elle s'autorisa un instant de chagrin pour eux. Quelle mort horrible, de voir son enfant assassiné sous leurs yeux, et d'être tués vainement par sa propre famille en essayant de la venger.

Il y eut un court silence. Peut-être espéraient-ils qu'elle parle, qu'elle prenne les rênes, qu'elle réclame justice, qu'elle rage, qu'elle se retourne contre Fugaku. Mais Tsunami se sentait juste vide. Le meurtrier de sa mère était mort. Peut-être, dans un éclair de folie, aurait-elle pu reporter sa rage sur ses grands-parents : pour avoir attiré Hazuki dans cette situation, pour avoir provoqué ou du moins continué la dispute qui avait attiré la police, ou juste pour avoir eu l'audace de survivre alors qu'Hazuki était morte. Mais elle ne pouvait même plus les blâmer, non ? Akihito était mort. Yuko ne tarderait pas à suivre. Tous ces morts… Ça semblait si vain, si amer. Un vrai gâchis. Qui blâmer ? Qui haïr ? Oh, elle détestait Fugaku, mais c'était pour son attitude dédaigneuse envers l'incident, pas à cause d'une quelconque responsabilité. Qui, alors ? L'unique officier survivant ? Les témoins, qui n'avaient pas agi assez vite ? Les médics, qui n'avaient pas pu faire de miracle ? L'Hokage, qui n'avait pas anticipé ça ? Danzō, pour avoir encouragé les tensions avec les Uchiha ? Itachi, pour ne pas avoir trucidé son clan plus tôt ?

Il n'y avait pas de bouc émissaire. Tsunami aurait voulu être furieuse, enragée, être consumée par la haine et poursuivre les Uchiha (ou n'importe qui d'autre) pour les anéantir, pour leur infliger ne serait-ce qu'une fraction de la douleur qu'elle ressentait. Mais alors qu'elle en aurait tellement eu besoin, la rage destructrice du clan Uchiha qui sommeillait en elle semblait s'être évaporée. Il n'y avait rien, rien que le vide, rien qu'un avenir terrifiant sans sa maman à l'intérieur. Elle aurait voulu être abrutie par le choc, engourdie, mais non. Ça faisait si mal. Comme si quelqu'un avait plongé sa main dans ses entrailles et arraché quelque chose de vital. Comme plein d'éclats de shrapnel enfoncé dans sa poitrine. Tsunami voulait rager, hurler, éclater en sanglots jusqu'à s'écrouler d'épuisement… Mais elle ne dit rien. Elle respira très prudemment, comme si une inspiration trop brusque risquait de faire exploser la boule de chagrin logée dans sa gorge.

Au bout de quelques secondes, Shikaku se racla la gorge, et déclara :

– Une chose pareille n'est jamais arrivée. Evidemment, les Uchiha sont dessaisis de l'affaire. Et… Vu l'attitude qu'ont eu les membres de la police… Nous étions en train de décider si cette institution devait être démantelée.

Il y eut un silence tendu. Tsunami était à peu près sûre que, avant qu'elle n'entre dans le bureau, ils étaient en plein là-dedans. Ils avaient sans douté été en train de tous parler en même temps, s'aboyant dessus et s'envoyant des accusations cinglantes. Mais soudain, ils n'osaient plus moufter. Comme si sa présence leur avait rappelé que c'était une tragédie humaine, pas un stupide jeu d'influence politique. Même Danzō ne dit rien, mais Tsunami pouvait sentir son regard qui l'évaluait froidement.

– Tsunami, fit lentement le Sandaime.

Elle se tourna vers lui. L'Hokage hésita un instant. Il avait soudain l'air très âgé, très las. Mais il y avait quelque chose de froid et de circonspect dans le regard. Finalement, il déclara avec prudence :

– C'est une règle ancienne, qui remonte à la fin des guerres claniques, quand Konoha n'était pas sûre. Mais… Elle s'applique toujours. Si un ninja de Konoha en tue un autre… Tu as le droit de demander rétribution au clan responsable.

La température sembla descendre de quelques degrés. Plusieurs personnes inspirèrent brutalement, et Tsunami ne manqua pas la façon dont Danzō tourna légèrement la tête d'un air presque interloqué, avant de plisser son œil d'un air attentif.

Rétribution. Le mot résonna dans son esprit. Sans pouvoir s'en empêcher, elle lâcha une sorte de rire teintée d'hystérie. Rétribution ?! Comme si quoi que ça allait rendre la mort de sa mère acceptable. Comme si faire payer le prix fort à qui que ce soit allait arranger les choses. Est-ce qu'ils s'attendaient à ce qu'elle demande la tête de la mère de Tomichi, pour le meurtre de sa mère à elle ? Est-ce qu'ils espéraient qu'elle tourne sa rage vers Fugaku, qu'elle demande son emprisonnement ou sa mort ? Son rire se brisa et elle se força à se taire avant que l'hystérie ne se transforme en sanglots. Puis elle secoua la tête. Elle se sentait soudain très fatiguée.

– Non, lâcha-t-elle d'une voix rauque. Faites ce que vous voulez d'eux.

– Vraiment ? demanda le Sandaime. Tu es sûre ?

– Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? cingla-t-elle avec colère. Chassez-les de Konoha ? Ils ne survivraient pas trois jours. Ils n'ont pas combattu depuis la dernière guerre et sont juste bons à brutaliser des civils ou des infirmes. Contrairement à eux, je ne m'acharne pas sur plus faible que moi !

Fugaku se hérissa comme un chat, insulté. Le jeune officier de police qui se tenait à ses côtés, et qui avait eu l'air terrifié tout au long de l'entrevue, sembla même retrouver un peu de courage pour lui lancer un regard venimeux. Tsunami le fixa avec mépris, et il pâlit, baissant précipitamment les yeux.

– Faites ce que vous voulez, lâcha-t-elle en se retournant vers le Sandaime. Je m'en moque. Tomichi Uchiha est mort, je n'ai pas de querelle avec le reste de ces lâches. Démanteler la police et la remplacer est une décision qui relève de la Section Commandement, pas de ma vendetta personnelle.

Le Sandaime se recula son siège. Il semblait presque impressionné. Finalement, il inclina la tête.

– Ta clémence t'honore. C'est une preuve de sagesse.

Une preuve de sagesse ? Non, c'était juste de la lassitude. Du dégoût, de la frustration, du découragement. Il n'y avait rien de noble ou d'honorable là-dedans. Elle aurait dû chercher à rendre justice, chercher à faire en sorte que personne n'ait plus à subir la même brutalité que sa mère et ses grands-parents. Mais non. Dès que la vengeance avait été hors de question, elle avait lâché prise. Elle voulait juste qu'on en finisse. Elle voulait se cacher sous sa couette et que la douleur disparaisse. Elle voulait sa maman. Elle voulait Izumi.

– Est-ce que quelqu'un a prévenu ma sœur ? lâcha-t-elle abruptement.

Il y eut un instant d'hésitation, puis Shikaku déclara d'un ton hésitant :

– J'ai fait prévenir son Jounin-sensei, mais elle ne connaît pas les détails.

Ce serait à Tsunami de tout lui raconter. Et elle devrait aussi annoncer la chose à Hikari, à Neji, Karin… Elle déglutit, la gorge serrée. Elle en avait assez. Elle voulait rentrer chez elle et pleurer jusqu'à épuisement.

– Puis-je disposer, Hokage-sama ?

Fugaku ouvrit la bouche, mais le Sandaime lui lança un regard noir et il resta silencieux. Puis l'Hokage se tourna vers Tsunami, et inclina la tête :

– Oui, bien sûr. Et… Toutes mes condoléances.

Elle s'en fichait de ses condoléances. Elle voulait que tout ça n'ait été qu'un mauvais rêve. Deux heures plus tôt, elle était en train de rire et de plaisanter avec Anko et Atsuo sur le chemin du village. Ça semblait appartenir à une autre vie : une vie où la présence de sa mère était certaine, où il ne pouvait rien lui arriver. C'était injuste. Alors oui, qu'est-ce qu'elle en avait à faire de ses condoléances ? Ça n'allait pas lui rendre sa mère. Ça n'allait pas rendre plus facile le fait d'annoncer ça à Izumi et Hikari. Il pouvait se les garder, ses putains de condoléances.

Tsunami s'inclina sans un mot, et quitta la pièce.

Les gens se taisaient à son approche, évitant son regard, et chuchotant dès qu'elle était passée. Tsunami serra les poings, le regard fixé sur le sol. Les gens savaient. Pire, les gens étaient intéressés. La mort d'Hazuki Uchiha n'était pas juste sa tragédie à elle, qu'elle pourrait encaisser et surmonter toute seule, en privé. Non, c'était un scandale. C'était une affaire publique. Tsunami accéléra le pas, jusqu'à disparaître en Shunshin. Elle était furieuse, blessée, en colère, fracturée en l'intérieur. Une boule de désespoir lui serrait la gorge depuis tout à l'heure.

Qu'est-ce qu'elle était supposée faire ? Son esprit tournait à vide, même si son cœur était mit en miette par un ouragan de chagrin. Elle pensa à Izumi et à Hikari, à la façon dont elle allait lui annoncer que leur maman était morte. Elle pensa à Neji, qui souhaitait si ardemment qu'Hazuki soit sa mère, et à Karin, qui avait si fermement refusé qu'elle le soit. Qu'est-ce qu'elle allait leur dire ? Comment est-ce qu'elle allait organiser l'enterrement ? Elle ne savait pas comment on faisait ce genre de chose. Elle n'était même pas allée voir le corps de sa mère. Il devait être à l'hôpital. A la morgue. Peut-être l'avaient-ils autopsié, songea-t-elle soudain, et ce fut comme un nouveau coup de couteau en pleine poitrine. Tsunami avait déjà vu des corps autopsiés, mais imaginer ainsi sa mère lui donnait l'impression d'un tabou, d'une violation, d'être impuissante et misérable face à la destruction d'une règle fondamentale de l'univers. C'était tellement injuste. C'était tellement cruel que ça lui arrive à elle, que ça arrive tout court ! C'était sa maman. Elle était supposée être solide et forte et vivante. Comment Tsunami avait-elle pu être si stupide ? Comment les Uchiha avaient pu être si stupides ?! Elle était supposée être en sécurité, et elle était morte. Morte, partie pour toujours, disparue. Tsunami ne lui avait même pas dit au revoir…

Elle n'aurait plus jamais l'occasion de lui dire au revoir. Hazuki avait cessé d'exister, disparue comme la flamme d'une bougie qu'on souffle. Il était trop tard. Tsunami arrivait toujours trop tard. Elle était arrivée trop tard pour son père, et pour Seto, et pour Harumi, et pour Hiroki, et pour Shisui… Trop tard, elle arrivait toujours trop tard. Et ils mourraient. Ils mourraient tous.

Personne ne chercha à lui parler sur le chemin de l'appartement de sa mère. Les gens la suivaient du regard et chuchotaient, mais personne n'osa l'arrêter pour lui demander des informations. Tant mieux. Tsunami aurait sans doute complètement craqué. Elle avait l'impression de n'être qu'une coquille remplie d'émotions prêtes à exploser. Comme si elle se fracturait de l'intérieur et qu'un simple toucher pourrait la faire voler en éclat. Quand elle arriva devant l'appartement, elle ne prit même pas la peine de toquer. Elle sentait le chakra d'Izumi et celui de Hikari à l'intérieur. Quelqu'un avait du aller chercher leur petit frère à la garderie. Quand Tsunami entra, ils étaient tous les deux blottis l'un contre l'autre dans le canapé, les yeux bouffis et le visage strié de larmes.

Tsunami aurait voulu être une adulte responsable, forte, solide, qui puisse réconforter ses cadets. Elle inspira un grand coup. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose de rassurant…

Et puis un barrage céda, et elle éclata en sanglots.

oOoOoOo

Au début, le fait qu'elle pleure sembla relancer Izumi et Hikari dans une nouvelle crise de larmes. Ensuite, il fallut leur raconter ce qui s'était passé. Il fallut les réconforter. Puis Karin et Neji revinrent de l'Académie, pâles et inquiets, et il y eut une nouvelle crise de larmes collective. Il fallut empêcher Neji de jurer vengeance. Il fallut empêcher Hikari de jurer vengeance, ce qui était plus inattendu. Ils crièrent, tempêtèrent, sanglotèrent. Quand vint l'heure du dîner, ils étaient tous épuisés, presque hébétés. Emotionnellement, c'était drainant. Mais… C'était une bonne chose. Mieux valait drainer le poison plutôt que de le laisser là, à ronger leurs cœurs et à envenimer leurs blessures.

Un ninja doit toujours cacher ses larmes. C'était une règle qu'on apprenait à l'Académie. C'était aussi une règle que Tsunami avait toujours considéré comme stupide et elle ne l'avait jamais caché. Oui, dissimuler ses émotions ou les refouler, c'était bien en mission, pour ne pas se laisser distraire. Mais les ninjas étaient humains. C'était normal d'avoir des sentiments. Tsunami n'avait jamais refoulé ses rires, sa colère ou son chagrin. Elle ne pouvait pas vive en refoulant tout ça. Il fallait que ça sorte. On allait toujours mieux après avoir laissé libre cours à sa colère ou à ses larmes. On réfléchissait plus clairement, aussi.

Alors Tsunami pleura sa mère comme une enfant, et ensuite, elle se remit à penser à l'avenir.

Plusieurs heures après l'annonce de la mort de sa mère, après avoir pleuré toutes les larmes de son cops et réconforté quatre enfants aussi écrasés qu'elle de chagrin, Tsunami se remit debout. Elle se sentait vidée et épuisée. La douleur était toujours là, comme un coup de poignard entre les côtes, mais la tempête était passée. La douleur passerait elle aussi, elle le savait. Mais Tsunami avait l'esprit plus clair. Mécaniquement, elle alla se passer de l'eau sur le visage, puis chercha à remettre en semblant d'ordre dans leurs vies. Elle prépara à manger. Elle se mit à réfléchir. Maintenant qu'elle n'était plus aveuglée de colère ou de chagrin, elle pouvait examiner ce qui s'était passé avec du recul. Et… Le tableau qui se peignait n'était pas rassurant.

Elle avait activé son Sharingan devant des témoins. A l'échelle du reste, ça semblait peu, mais… Elle avait réussi à cacher son Dôjutsu durant sept ans, c'était frustrant de s'être trahie comme ça. Jadis, elle craignait que le clan Uchiha n'essaie d'utiliser le Sharingan comme prétexte pour la réintégrer au clan, mais là elle savait que personne n'aurait le culot de proposer ça. En revanche, elle devait toujours s'inquiéter des autres menaces… A savoir Orochimaru et Danzō, les deux collectionneurs de Sharingan. Tout le monde dans cette pièce (mis à par Shikaku qui était derrière elle, cherchant à la retenir) avait vu ses yeux. C'était d'ailleurs un petit miracle que personne ne l'ait mentionné. Mais dès que la tension des évènements serait retombée… Eh bien, les gens allaient s'en souvenir. Crotte. Tsunami soupira, et commença à s'y préparer.

Second problème : les ramifications du meurtre d'Hazuki.

Tsunami dut prendre le temps de respirer lentement à plusieurs reprises avant de se concentrer dessus objectivement. Même en essayant de se concentrer sur l'analyse froide d'une stratégiste, même en essayant de voir ça en terme de missions et de conséquences à prendre en compte… Penser à a mort de sa mère était comme une blessure ouverte.

Mais il fallait qu'elle y pense. La police avait tué quelqu'un. Pas n'importe qui : un kunoichi qui avait des amis parmi tous les Chuunin et qui était en bons termes avec plusieurs clans. L'hostilité du village à l'égard des Uchiha allait exploser. Le Sandaime était prêt à démanteler la police. Dans le canon, ça ne s'était pas produit. C'était… Un changement énorme. Surtout en considérant que les Uchiha étaient au bord du coup d'Etat. Quelles conséquences est-ce que ça allait avoir ? Est-ce que démanteler la police allait limer les crocs du clan Uchiha, empêchant le coup d'Etat ? Est-ce qu'au contraire, il allait être avancé, et causer une guerre civile ? Ou est-ce que, prévoyant, Danzō allait craindre ce scénario et ordonner la mort du clan bien plus tôt ? Peut-être qu'il n'utiliserait même pas Itachi pour ça. Son rôle dans la Racine était encore trop récent (moins de six mois, s'il y était entré peu après l'anniversaire de ses treize ans, en juin). Danzō ne lui faisait peut-être pas assez confiance… Tout était possible. Tout pouvait changer.

Tout ça parce qu'Hazuki Uchiha avait été tuée par accident, par un officier de police trop zélé. Tout ça parce que, dans cet univers, Hazuki avait quitté le clan… Et que ses parents avaient tenté de l'y ramener.

Une petite partie de Tsunami était tentée de penser que tout était de sa faute. C'était son interférence qui avait provoqué ça, tous ces évènements qui s'amplifiaient comme les rides à la surface d'un lac. Mais ça aurait été stupide. Ça aurait été arrogant. Tsunami était peut-être responsable des circonstances, mais pas des choix que faisaient les gens avec ces circonstances. Akihito et Yuko auraient pu décider de laisser leur fille tranquille. Hazuki aurait pu décider de ne pas revoir ses parents. La police aurait pu décider de faire preuve de plus de délicatesse. Fugaku aurait pu décider d'avorter son projet de coup d'Etat. Rien de tout ça n'était de la faute de Tsunami.

Elle le savait. Mais elle se sentait quand même coupable. C'était une chose de le savoir, consciemment… Et une chose d'en persuader son inconscient.

Il était tard quand ils mangèrent. Ils étaient tous épuisés. Hikari s'était endormi dans le canapé, et Karin semblait à peine tenir debout. Le repas était maigre, et peu animé… Mais il traîna en longueur. Personne ne semblait envie d'y mettre fin et de rentrer chez soi. Neji n'avait sans doute pas envie de retourner chez les Hyuga. Tsunami et Karin devaient traverser tout le quartier pour rentrer à leur appartement. Quant à Izumi et Hikari, ils avaient l'air d'appréhender l'idée d'aller se coucher en sachant que la chambre de Mama ne serait plus jamais occupée. Toute la soirée, ils avaient jeté des regards inquiets à la porte close.

Dehors, il faisait nuit noire. La lune était pleine, et le ciel sans nuage. Tout était calme. On n'entendait même pas un bruissement de vent venant de l'extérieur, seulement la respiration régulière de Hikari qui dormait. Tsunami était en train de réfléchir à proposer qu'ils dorment tous ici, lorsque soudain Karin lâcha son bol. Il tomba au sol avec un claquement qui, dans le silence, sembla assourdissant.

Tout le monde tressaillit. Hikari se réveilla en sursaut. Mais Karin ne sembla pas le remarquer. Très pâle, elle avait tourné la tête vers la fenêtre, les yeux écarquillés, comme si elle voyait au loin quelque chose d'invisible à leurs yeux. Immédiatement, Tsunami eut un mauvais pressentiment.

– Karin ?

– Tout un tas de signatures de chakra sont en train de s'éteindre, lâcha la jeune Uzumaki d'une voix blanche. J'avais du mal à le réaliser, mais c'est… Il y en a déjà plusieurs dizaines qui ont disparues… Et ça continue, sensei ! Ils sont… Ils sont en train de se faire massacrer !

– Quoi ?! glapit Izumi en bondissant sur ses pieds. Où ça ?!

Karin pointa vers le nord d'une main tremblante :

– Par là… Au bord du village.

Avec un choc de réalisation glacée, Tsunami murmura :

– Le district Uchiha.

Izumi, Neji et Hikari se mirent à parler tous les trois en même temps. Hikari avait peur que le village soit attaqué. Izumi s'affolait. Neji s'écriait qu'ils devaient prévenir quelqu'un. Karin, les yeux dans le vague, était de plus en plus pâle, sentant sans doute davantage de vies disparaître. Tsunami était figée sur place.

Elle avait eu peur que le massacre ait lieu plus tôt : elle n'aurait jamais imaginé qu'il aurait lieu maintenant. Est-ce que Fugaku avait paniqué à cause de la menace de démanteler la police ? Est-ce que Danzō avait paniqué ?! Itachi était en train de décimer le district Uchiha, mais est-ce qu'Obito était en train de l'aider ? Bon sang, Obito-Madara, bordel, elle avait complètement oublié ça. Peut-être qu'Obito était en train de massacrer les Uchiha à la station de police, au cœur du village… Non, réalisa-t-elle avec un sursaut, parce que la station était fermée, tous les Uchiha étaient confinés au district, ils étaient tous enfermés avec leur tueur. Qu'est-ce qu'elle devait faire ?! Qu'est-ce qu'elle pouvait faire ?!

– Est-ce que tu peux isoler la signature du chakra des attaquants ? demanda-t-elle brusquement à Karin.

– Pour quoi faire ? lâcha Hikari d'une voix rendue aigüe par la peur.

– Pour savoir s'ils viennent par ici, rétorqua Tsunami. Ils attaquent les Uchiha ! Peut-être que c'est lié à la mort de Mama, peut-être pas, mais toujours est-il qu'en dehors des membres du clan se trouvant là-bas… Les seules personnes portant le nom Uchiha se trouvent dans cette pièce !

Izumi pâlit. Elle ne fut pas la seule. Mais voir leur peur, savoir qu'ils avaient peur et qu'elle devait les protéger, fit soudain disparaître l'affolement de Tsunami. Oh, l'angoisse était toujours là, mais c'était une bonne angoisse, la frayeur précédant un combat et la montée d'adrénaline, pas une terreur paralysante. Tsunami était une Jounin, une commandante : prendre la direction des opérations était quelque chose de familier.

– Restez groupés, ordonna-t-elle. Si jamais l'attaquant vient par ici, partez en direction de la tour de l'Hokage, ou des bureaux de la Section Commandement. Je le retiendrais. Karin, tu as trouvé les attaquants ?

– Je, je, je crois ! bredouilla la fillette (elle avait fermé les yeux, les mains jointes en un mûdra pour mieux se concentrer). C'est… Il n'y a qu'une seule personne !

Pas d'Obito dans le village ? Le cerveau de Tsunami tournait à toute allure, cherchant à comprendre la raison de cette divergence du canon. Itachi ne l'avait peut-être pas encore rencontré. D'une certaine façon, c'était mieux : si Karin avait détecté deux personnes différentes, elle en aurait forcément parlé par la suite, et ça aurait mis à mal la crédibilité de la version officielle du massacre.

– Il continue à les tuer, lâcha Karin d'une voix horrifiée. Personne n'arrive à l'arrêter… Il y a tellement de monde… Il en a déjà tué au moins la moitié…

– En moins de dix minutes ?! lâcha Neji avec une pointe d'hystérie dans la voix.

– Les Uchiha ne sont pas préparés à se battre chez eux, réalisa Tsunami. Déjà que la plupart d'entre eux ne sont qu'au niveau Chuunin… Si c'est un criminel de rang S et qu'il les attaque par surprise, ils vont tous se faire massacrer comme des moutons…

– Qui pourrait faire une chose pareille ? murmura Izumi dont les yeux étaient écarquillés par la peur.

Face à des ANBU, à des ennemis, le clan Uchiha aurait peut-être su se mobiliser. Mais en voyant l'héritier du clan se jeter sur eux, tous les Uchiha allaient marquer une seconde d'hésitation. Et cette seconde était amplement nécessaire pour que le prodige les tue. Ils n'auraient pas une seule chance. C'était Itachi Uchiha. Le meilleur ninja de sa génération. Itachi qui ne savait pas lire les kanji, ni exprimer ses émotions, ni tisser de liens sociaux, et qui n'était doué que pour tuer. Oh, Itachi…

– Il faut prévenir quelqu'un ! cria Hikari.

Tsunami revint brusquement au présent :

– Non ! Si je pars pour prévenir quelqu'un et que pendant ce temps il vient ici, qu'est-ce que vous pensez qu'il arrivera ? On reste là, et on reste ensemble ! Les ANBU sont probablement déjà en route !

– Alors allons-y tous ensemble ! protesta Hikari. On ne peut pas rester là à ne rien faire !

La jeune fille hésita une fraction de seconde. S'ils allaient chercher du secours… Ils ne pourraient pas avancer très vite, parce que la vitesse des enfants était limitée. Hikari, Izumi, Neji, Karin… Ils seraient tous en danger. Tsunami aurait plus de mal à les défendre. Oui, les secours seraient prévenus, et les Uchiha peut-être sauvés, mais probablement pas. Est-ce que ça valait le coup de mettre en danger sa fratrie pour ça ?

Karin ferma les yeux, blanche comme un linge, refoulant un sanglot terrifié, et Tsunami prit sa décision. Il fallait essayer. Oui, elle voulait protéger les siens, mais… Tous ces enfants, tous ces innocents au sein du clan… Elle ne voulait pas qu'ils meurent. Elle voulait que personne ne meure. Elle était en colère après ce qui était arrivé à sa mère, évidemment, mais elle ne voulait pas pour autant qu'ils se fassent tous trucider ! Elle ne pourrait pas vivre avec elle-même si elle se contentait juste d'attendre que le massacre passe. C'était une chose de faire le dos rond pour se préparer à survivre à la tempête, mais ça en était une autre de savoir que ça arrivait, là, maintenant, à quelques kilomètres à peine. Tsunami avait toujours imaginé le massacre en s'imaginant comme victime, pas comme témoin. Et… Tout ce temps… Sa priorité été sa famille, ça l'avait toujours été, mais là, maintenant, avec le massacre qui se produisait en cet instant même, elle était incapable de rester les bras croisés. Et puis, c'était rationnel, comme décision, non ?! C'était justifiable. Karin l'avait prévenue, elle ne pouvait pas décemment justifier le fait de savoir qu'il y avait un ennemi dans Konoha, et de ne pas prévenir le village.

– D'accord, décida-t-elle. Suivez-moi. Hikari, je vais te porter sur mon dos pour aller plus vite. Si je vous ordonne de vous disperser… Hikari, tu iras avec Neji dans une direction, et Izumi, tu iras avec Karin dans l'autre.

Les enfants pâlirent en comprenant. Si l'intrus visait les Uchiha, il devrait choisir l'un ou l'autre. Tsunami le combattrait, bien sûr, mais si elle échouait… Se disperser leur ferait gagner du temps, et au moins deux enfants parviendraient à lui échapper.

En sortant dans la rue et en se mettant à courir, Tsunami réalisa avec un choc qu'il n'était pas encore minuit. On était toujours dans la même journée. Sa mère était morte moins de douze heures plus tôt. Cela semblait si lointain, d'un coup : l'urgence de la situation rendait tout le reste presque distant.

Tsunami se dirigea droit vers le quartier général de la Section Commandement. C'était plus près. Il était tard, mais vu le bordel de cette journée, Shikaku Nara devait encore y être. Si elle tendait ses capacités de sensor, elle pourrait le vérifier : mais elle préféra se concentrer sur sa course allant aussi vite que possible sans distancer les gosses. Bon sang, avait-elle été aussi lente à leur âge ? Ils couraient de toute la vitesse de leurs petites jambes, mais pour Tsunami, c'était un calvaire. Ils étaient trop lents. Une minute sembla s'étirer à l'infini, puis une autre, puis encore une autre… Courant aussi lentement que possible, Tsunami rageait. Bon sang, si seulement elle connaissait le Kage Bunshin… Ou n'importe quelle technique de clonage substantielle… Ou une Invocation… N'importe quel moyen de prévenir des secours... !

Elle prit un raccourci par les toits, prenant à peine le temps de ralentir pour saisir Neji et Karin par leurs cols avant de bondir. Elle sentait leur peur, comme une odeur acide et glacée, qui leur collait à la peau et semblait s'étirer dans leur sillage. Izumi le contrôlait mieux, mais Hikari était aux bords des larmes. Tsunami ne ralentit pas. Menant derrière elle sa poignée de gamins terrifiés, elle continua à courir. Une rue, un carrefour… Sauter sur un autre toit… Ils avaient parcourus plus d'un kilomètre, les gamins commençaient à ralentir… Depuis combien de temps courraient-ils ? Entre cinq et dix minutes ? Si elle avait été seule, Tsunami aurait déjà rejoint le quartier général depuis longtemps. Rester au rythme des enfants malgré l'urgence était un supplice.

Ils continuèrent à courir. Tsunami comptait anxieusement les secondes qui passaient, s'attendant à tout moment à voir surgir Itachi ou même un ANBU de la Racine. Les rues du village étaient étrangement désertes : d'habitude, il y avait toujours quelques couches-tard, mais là Konoha ressemblait à une ville fantôme. C'était terrifiant, cette impression d'être seuls au monde, lancés dans une course contre la montre où elle devait avancer au rythme d'enfants épuisés. Quinze minutes avaient passé, et ils étaient presque arrivés, lorsque Karin émit un glapissement épouvanté :

– Il arrive ! Il arrive droit sur nous !

Tsunami déglutit. Est-ce que je peux battre Itachi ? se demanda-t-elle avec une angoisse teinte d'hystérie. Je ne sais pas, mais ça m'a l'air d'être le moment parfait pour vérifier ça.

– On suit le plan, dit-elle avec un calme qu'elle était loin de ressentir. Hikari, descends : je veux avoir les mains libres en cas de besoin. Celui qui vient est un ennemi hors catégorie, alors n'essayez pas de l'affronter. Essayez de fuir. Essayez d'attirer de l'aide. Essayez de survivre. Laissez-moi le combat. C'est clair ?

Izumi, Karin et Neji hochèrent la tête, et Hikari glissa de son dos pour se cramponner à la main de Neji. Ils étaient blêmes et terrifiés, mais au moins Neji et Izumi semblaient déterminés. Ils se remirent à courir. Très vite, Tsunami sentit la signature familière du chakra d'Itachi qui se rapprochait. C'était bien lui. Elle accéléra. Ils arrivèrent devant une place de marché déserte, le quartier général n'était plus très loin, Itachi se rapprochait de seconde en seconde…

Soudain, dans une bourrasque de Shunsin, il fut là, devant eux, son sabre s'abattant sur Izumi.

Tout se produisit en une fraction de seconde. Un instant, la rue était dégagée, et l'instant d'après la lame s'abattait sur le cou de sa petite sœur. Tsunami n'avait pas le temps de dégainer un kunai ou de lancer un Jutsu. D'un geste paniqué, instinctif, elle se propulsa en avant par Shunshin et percuta Itachi de plein fouet. Elle lui flanqua un coup de boule et faillit s'empaler sur son sabre, mais ça fonctionna : la force de l'impact les projeta en arrière, roulant pêle-mêle sur plusieurs mètres dans un entrelacs de bras et de jambes. Le choc avait été si violent que le sabre d'Itachi lui avait été arraché des mains et que Tsunami elle-même vit trente-six chandelles. Mais ils étaient deux Jounin, ce n'était pas un tacle sauvage de ce genre qui allait les mettre K. O. : en moins d'un instant ils s'étaient dégagés et avaient bondi à bonne distance l'un de l'autre.

Un instant, ils ne firent que se fixer, l'air aussi incrédules l'un que l'autre. Itachi, comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'elle se défende, et Tsunami, parce qu'elle avait du mal à encaisser ce qui venait de se passer. Il avait essayé de tuer Izumi. Il avait essayé de lui trancher la gorge. Son sabre n'avait été qu'à quelques centimètres d'elle quand Tsunami avait bondi… ! La gorge serrée par la peur, Tsunami tourna la tête, terrifiée à l'idée d'avoir été trop lente, d'être arrivée trop tard…

Derrière elle, Izumi se tenait debout, immobile, sous le choc. Vivante. Elle tenait une main pressée contre l'angle de sa mâchoire, où se dessinait une fine estafilade. Des longues mèches de cheveux châtains achevaient de tomber au sol. Sur tout le côté de sa tête, sa chevelure avait été coupée nette juste au niveau de son cou. Une fraction de seconde de plus, un centimètre de plus, et… !

– Itachi-kun ? murmura Izumi.

Lentement, tandis qu'Izumi voyait l'armure couverte de sang d'Itachi et faisait le lien avec ce qui venait de se passer, l'incompréhension se mua en réalisation horrifiée. Son visage se décomposa. L'instant sembla s'étirer à l'infini.

Ses yeux bruns tournèrent au cramoisi, un tomoe tournoyant lentement dans chaque œil.

Du coin de l'œil, Tsunami vit Itachi se raidir, le visage complètement inexpressif. A cause de la soudaine apparition du Sharingan ? Ou bien parce qu'il avait aimé Izumi, jadis ? Peut-être avait-il espéré la tuer avant qu'elle ne comprenne ce qui se passait. Mais il était trop tard pour ça. Izumi l'avait vu. Elle avait compris ce qui se passait, et la trahison était telle que sa détresse avait activé son Dôjutsu. Une petite part de Tsunami se lamentait que ça arrive maintenant, que sa petite sœur, si choyée et protégée, ait été confrontée à assez d'horreur pour activer son Sharingan. Devant des témoins, en plus. C'était un danger, c'était un risque, Izumi allait devenir une cible : tout ça lui traversa l'esprit en une fraction de seconde. Mais l'essentiel du cerveau de Tsunami était déjà plongé dans l'état d'esprit qui précédait un combat à mort. Elle ne laisserait pas Itachi Uchiha lever un doigt sur un seul membre de sa famille.

Tsunami fléchit les genoux pour bondir, sentant une colère familière brûler dans ses veines. C'était le moment pour lequel elle s'était préparée tout sa vie, et son cœur battait à ses tempes.

– Izumi ! gronda-t-elle sans quitter Itachi du regard. Va-t'en !

– Mais… !

Itachi attaqua. Mais cette fois, Tsunami était prête. Il avait son Sharingan activé, alors elle utilisa le Jutsu Pilier de Lumière qu'elle avait jadis copié de Majime : une explosion aveuglante de Raiton empli la place du marché. Tsunami avait fermé les yeux à temps, mais elle entendit le grognement étouffé d'Itachi. De la douleur, réalisa-t-elle avec satisfaction. Elle l'avait eu. Elle entendit aussi Izumi pousser un cri de douleur identique (crotte, elle aussi avec son Sharingan activé, elle avait été éblouie !) puis reculer. A son grand soulagement, le reste de sa famille se remit à courir, entraînant Izumi avec eux, et Tsunami sentit un poids invisible disparaître de ses épaules. Ils s'éloignaient du danger. Ils seraient en sécurité.

Maintenant… C'était à elle de jouer.

Elle reporta son regard sur Itachi. Il s'était éloigné à bonne distance et, cette fois, il la mesurait du regard avec prudence. Il avait tué tout le clan Uchiha. Trois-cent personnes. Quand on disait ça, dans le canon, ça semblait impressionnant. Mais les deux tiers du clan avaient été des non-combattants : des anciens, des femmes aux foyers, des enfants, des civils. Dans le tiers restant, ceux qui avaient le niveau Jounin se comptaient sur les doigts des deux mains. Tuer le clan Uchiha n'avait sans doute pas été facile, mais… Il n'y avait pas eu de combat sérieux. Personne n'avait fait le poids. Alors que Tsunami… Il l'avait déjà affrontée, une éternité plus tôt, avant la mort de Shisui. Il savait qu'elle était forte.

Itachi avait désactivé son Sharingan, sans doute à cause de la douleur du flash. Mais, alors qu'ils se fixaient, il réactiva son Dôjutsu. Lentement, ils se mesurèrent du regard.

Tsunami dégaina son katana Yoarashi d'un geste mesuré. Itachi avait toujours été dangereux, mais là, elle le sentait dans sa posture et son regard : il allait la tuer. Il ne faisait pas semblant. Pour la première fois, le gamin de treize ans avec qui elle s'était si souvent entraînée ressemblait à un étranger, à un tueur, à une menace. Tsunami sentait son cœur battre à grands coups, la peur et la colère faisant bouillir le sang dans ses veines, et elle esquissa un rictus féroce.

– Tu penses que je vais te laisser toucher à ma famille, Itachi ?

Elle activa son Sharingan. Cette fois, elle put lire le choc sur son visage. Fugaku ne lui avait pas dit qu'elle l'avait… Puis le masque inexpressif revint, et Itachi lâcha :

– J'ai tué des dizaines d'Uchiha ayant le Sharingan. Le tien ne m'effraie pas.

– Viens le prouver, le provoqua Tsunami.

Pendant un instant, ils se fixèrent, immobiles… Puis ils se jetèrent à l'attaque.

Les shurikens volèrent, heurtèrent un mur de Raiton rugissant, puis ce fut une lutte féroce au corps-à-corps, comme deux fauves tentant de s'entredéchirer. Coups de kunai, de sabre, de poings, de pieds : les deux combattant tournoyaient dans les airs comme deux flammes, dansant autour des coups de l'autre, se heurtant de font, se glissant sous la garde de l'ennemi pour tenter d'asséner un coup mortel, reculant, revenant à la charge. Itachi était tout en grâce et en attaque de précisions : c'était un combattant létal, aux mouvements si vif qu'on pouvait à peine les suivre, attaquant sans la moindre hésitation. Mais même sans Sharingan activé, Tsunami savait tenir le rythme face à lui. Alors avec son Sharingan, tout semblait plus clair et plus net, et elle le repoussait avec violence, parant le moindre de ses coups et les retournant avec une brutalité enragée.

Leurs attaques de taijutsu se muèrent en volées de shurikens et en déferlement de Jutsu élémentaires. Le Futon rugissait, arrachant des tuiles aux toits voisins : les éclairs se fracassaient sur le sol avec tant de violence que des pavés explosaient dans tous les sens : les Katon se heurtaient dans un fracas de flammes : et au milieu de ce déchaînement, les shurikens volaient, précis et mortels, souvent déviés au dernier instant d'un coup de kunai. Sans le Sharingan, Tsunami n'aurait jamais pu esquiver les armes favorites d'Itachi : mais maintenant, chacun avec son Dôjutsu activé, ils étaient à égalité. Ils frappaient, reculaient, bondissaient : il n'y avait pas le temps de réfléchir, ils ne faisaient qu'agir et réagir, portés par le tourbillon de la bataille. L'impact des Jutsus secouait toute la rue, les éclairs et les flammes illuminant leur champ de batailles d'un leur brève et aveuglante. A présent, c'était Tsunami qui bondissait à l'attaque, rugissant et déchaînant les éléments, tandis qu'Itachi virevoltait entre ses assauts sans pouvoir se rapprocher. Il était toujours aussi mortel avec ses shurikens, et lorsqu'ils arrivaient à se rapprocher assez pour se combattre au taijutsu ils se déchaînaient comme deux fauves : mais même s'il était plus doué, Tsunami était plus puissante et il le savait. Il était bien conscient que si un seul Jutsu le touchait, il était cuit. Itachi était le parfait exemple de l'assassin silencieux, du ninja en tant que tueur solitaire. Mais Tsunami était d'un autre calibre : elle représentait le ninja en tant que soldat, en tant que combattant destructeur de grande échelle. Dans un affrontement frontal, elle pouvait lui tenir tête : non, elle pouvait le battre !

Soudain Itachi releva la tête et Tsunami le sentit : des renforts approchaient. Plusieurs dizaines de personnes convergeaient vers eux. La petite place de marché sur laquelle ils s'affrontaient (et n'était-ce pas révélateurs, le fait qu'ils se soient instinctivement confinés à cet endroit au lieu de se pourchasser dans les rues et de risquer d'éventrer des maisons et de tuer des innocents ?) allait bientôt être cernée. Itachi se tourna vers elle et soudain les trois tomoe de son Sharingan bougèrent, fusionnèrent pour former le motif caractéristique du Mangekyō… Tsunami réalisa ce qui allait se passer, réalisa que contre ça n'importe qui serait sans défense : c'était ce genre d'attaque qui mettait à terre Kakashi Hatake, elle ne pouvait pas se permettre d'être battue… !

Tsukuyomi !

Yatagarasu !

Tsunami sentit le genjutsu s'infiltrer dans son chakra juste au moment où elle activait son propre Mangekyō. Pendant une seconde, les pouvoirs de leurs Dôjutsu s'affrontèrent : une force imparable heurtant un objet inébranlable. Le monde en noir rouge du Mangekyō d'Itachi trembla… Puis se fractura comme un miroir brisé, exactement comme s'était jadis fracturé le genjutsu de Meimu lors de son examen Chuunin.

Mais cette fraction de seconde de lutte avait suffit à Itachi pour s'approcher, son sabre à la main, et quand Tsunami rouvrit les yeux il était tout proche. Moins de deux mètres, elle n'aurait pas le temps d'esquiver la prochaine attaque. En un éclair, elle réalisa qu'elle n'avait plus de kunais, plus de shurikens, pas le temps de balancer un autre Jutsu.

Instinctivement, elle se tourna vers le dernier as qu'elle avait dans sa manche, son ultime défense. Tout allait trop vite, elle n'avait pas le temps de réfléchir. Sous ses pieds fusèrent soudain des lignes noires qui couvrirent toute la place dévastée, traçant un sceau mille fois dessiné. Elle avait progressé depuis la dernière fois qu'elle avait fait ça, lorsqu'il avait fallu tuer Ao : son chakra traça son œuvre de Fūinjutsu presque instantanément.

Une fraction de seconde avant d'activer le Susanoo, Tsunami leva les yeux, et son Mangekyō Sharingan croisa celui d'Itachi…

… Puis elle fit exploser toute la place.

oOoOoOo

Lorsque la poussière retomba, Itachi s'était volatilisé. Tsunami n'était pas surprise. Lui aussi avait le Mangekyō : il avait sans doute utilisé Susanoo, comme elle, et avait ensuite profité de la confusion pour s'échapper. Elle relâcha sa respiration, détendant consciemment tous ses muscles tendus, et désactiva son Sharingan. Son cœur battait encore comme un tambour, l'adrénaline n'étant pas totalement retombée, mais le combat était terminé. Il avait été bref, pas plus de cinq minutes, mais… C'était étonnant que leur affrontement n'ait pas attiré plus de monde. Ils n'avaient pas été discrets. Ou plutôt, Tsunami n'avait pas été discrète. Elle s'était déchaînée.

Elle essaya de sentir le chakra d'Itachi et en perçut une faible trace, filant vers l'Est, vers la plus proche sortie du village. Elle ne se lança pas à sa poursuite. La rage ne brûlait plus en elle. Tsunami fronça les sourcils en le réalisant, soudain pensive. Elle avait été furieuse quand elle avait réalisé qu'il s'était attaqué à Izumi, mais pas… consumée de haine. En colère, oui, mais surtout pleine de tension contenue, comme avant un combat sérieux. Elle n'avait pas ressentit de trahison, de rage incandescente, ou même de chagrin déchirant. D'une certaine façon, elle n'avait même pas été choquée. Elle s'attendait à ce combat depuis des années : elle avait espéré qu'il n'aurait pas lieu, qu'Itachi ne s'approcherait pas des siens, mais lorsqu'il était venu… Sa décision de se battre avait été prise depuis longtemps. Et maintenant que l'affrontement était fini, elle ne ressentait ni chagrin ni triomphe. Juste de l'acceptation, et un peu d'amertume. Du soulagement, aussi, peut-être. Ils en avaient terminé (même si leur combat n'avait pas eu de vainqueur clair), et ça voulait dire que sa famille était hors de danger. Ça lui suffisait.

– Tsunami !

Elle leva les yeux en entendant le cri de Yūgao, juste à temps pour voir son amie (masquée et en tenue d'ANBU, uniquement reconnaissable à ses cheveux violets et à son chakra clair comme la lame d'une épée) bondir d'un toit pour se précipiter vers elle.

– Tu vas bien ? la pressa Yūgao avec angoisse. Tu n'as rien ?!

Le reste de son équipe d'ANBU apparut. L'un d'eux était Kakashi, clairement reconnaissable à ses cheveux argentés qui défiaient la gravité.

– Où est Itachi Uchiha ? lâcha-t-il d'une voix tendue.

– En fuite, répondit Tsunami d'un ton un peu sec. Pourquoi personne n'est arrivé avant ?! On s'est battu plusieurs minutes sans être particulièrement discrets !

– Tout le village est soumis au couvre-feu à cause de l'incident avec la police de cet après-midi, l'informa Kakashi avec raideur. Et les patrouilles ANBU se trouvent quasiment toutes au district Uchiha ou à la tour d' Hokage en ce moment. Il y a eu un incident.

– A la tour de l'Hokage ? répéta Tsunami d'un air alarmé. Karin a senti ce qui se passait dans le district Uchiha, mais l'Hokage aussi a été attaqué ?!

Ce n'était pas arrivé dans le canon ! Kakashi sembla hésiter mais, avant qu'il ne puisse dire que c'était classifié, Yūgao lâcha précipitamment :

– Danzō-sama a été assassiné. Il était avec l'Hokage, sur le chemin de la base ANBU… On pense qu'un Jutsu a retardement s'est déclenché, une sorte de bombe apparemment. On ne sait pas encore si c'est Itachi ou quelqu'un d'autre.

Kakashi jeta un regard sévère à Yūgao derrière son masque, et elle se tut. Tsunami resta figée, refoulant un rire nerveux.

Danzō était mort. Danzō avait voulu utiliser l'œil de Shisui sur le Sandaime, sans doute pour le persuader de ne pas le tuer pour conspiration ayant mené au génocide d'un clan fondateur, et le Sceau du Phénix en Cage s'était déclenché. Une sorte de bombe, oui, en effet… Toute sa tête avait dû explosée. Il était mort. Bordel, il était mort juste après le massacre. L'ironie était presque trop cruelle. Est-ce qu'il n'aurait pas pu déclencher le sceau un peu plus tôt ?! Tsunami se cacha le visage dans les mains, refoulant un gloussement hystérique ou peut-être un sanglot, elle n'en était pas sûre. Tous ses plans, tous ses projets… Mais à présent qu'elle avait réussi à éliminer Danzō elle ne ressentait aucune satisfaction. Elle n'arrivait à penser qu'à Itachi et à son regard sans vie, au district Uchiha qui devait être jonché de cadavres, à l'expression horrifiée d'Izumi et à son Sharingan qui s'activait dans ses yeux remplis de larmes. Tout ça pour ça. Tout ça pour rien. Trop tard, elle arrivait toujours trop tard.

– Tsunami ? murmura Yūgao.

Elle inspira profondément et releva la tête, affichant un sourire un peu figé :

– Je vais bien. Il faut que j'aille retrouver ma famille. Je leur ai dis de m'attendre à la Section Commandement.

– Nous allons t'escorter, lâcha Kakashi.

Tsunami n'en voyait pas l'intérêt, mais peut-être que Kakashi était inquiet pour les enfants. Ou peut-être ne voulait-il tout simplement pas aller au district Uchiha, ramasser des cadavres.

Izumi et les autres étaient bien arrivés à bon port. Ils étaient tous les quatre dans l'entrée, une tasse de thé dans les mains, l'air hagard et anxieux. Izumi, surtout, semblait anéantie. Ses yeux étaient redevenus normaux, couleur chocolat, mais ils étaient rougis comme si elle avait beaucoup pleuré. La fine coupure laissée par le sabre d'Itachi avait été pansée, mais il était impossible de cacher ses cheveux coupés, et elle ne cessait de triturer ses mèches raccourcies comme pour ancrer dans son esprit le fait que c'était réel, qu'Itachi l'avait bel et bien attaquée, qu'il avait été prêt à la tuer.

Tsunami laissa Kakashi informer Shikaku Nara (qui était adossé au mur d'un air faussement nonchalant mais était en réalité tendu comme un arc) et rejoignit sa famille. Elle ne manqua pas le soulagement qui se peignit sur leurs visages quand ils la virent, saine et sauve. Elle ne dit rien : elle s'agenouilla juste devant Izumi dont les yeux commençaient à déborder de larmes, et la serra contra elle de toutes ses forces. Sa petite sœur se cramponna à sa veste, les épaules tremblantes. Izumi avait déjà connu la trahison, mais ça n'avait été qu'un drame d'enfant, des amis lui tournant le dos et ignorant son existence. Cette fois, c'était différent. Elle avait aimé Itachi, et il venait de trahir le village. Il venait de massacrer les siens. Il venait de tenter de la tuer. La trahison, le sentiment de perte… C'était d'une toute autre ampleur.

C'était le genre de drame qui bouleverse toute une vie.

Mais qu'est-ce que Tsunami aurait pu dire ? Itachi avait fait son choix. Même s'il y avait eu coercition, chantage et abus, même si Itachi avait toujours été fragile mentalement, même s'il avait été pathologiquement incapable de gérer ses émotions et facilement manipulable… Peu importait : les faits étaient là, et les faits avaient des conséquences. Il était trop tard pour revenir en arrière. Il était trop tard pour effacer la douleur et la trahison. Aucune révélation ne ferait oublier à Izumi l'horreur de cette seconde, où son amour d'enfance l'avait regardé de ses yeux rouges et sans vie avec le détachement d'un tueur regardant sa cible. La mort de Danzō n'effacerait pas les conséquences de ses actes, pas plus que la mort de Tomichi n'avait réparé la mort d'Hazuki. Oh, bon sang, cela faisait moins de vingt-quatre heures qu'Hazuki était morte. Tsunami le réalisa avec un choc. Soudain cela semblait presque lointain. Trop de choses étaient arrivées en même temps…

Mais le temps ne s'arrêtait pour personne. Même si Tsunami aurait aimé que le sort lui laisse un peu de répit entre deux évènements cataclysmiques, la Terre ne s'arrêta pas de tourner pour autant.

Shikaku Nara demanda à Tsunami de lui résumer son combat contre Itachi, ce qu'elle fit (en excluant la mention de leurs Mangekyō Sharingan respectifs), puis il alla à la tour de l'Hokage faire son rapport. Neji, très contrarié, fut ramené chez lui par un Hyuga à l'air anxieux : apparemment le massacre d'un clan entier était ce qu'il fallait pour que Hiashi Hyuga se souvienne qu'il avait un neveu. Il fut décidé qu'il était trop risqué pour les Uchiha survivants de retourner dans leur appartement, et ils passèrent donc la nuit dans la salle de repos de la Section Commandement. Karin et Hikari finirent par piquer du nez, épuisés par toutes ces émotions, mais Izumi resta recroquevillée dans son coin, et Tsunami aurait été incapable de fermer l'œil de toute façon. Plusieurs ANBU restèrent là pour monter la garde, dont Yūgao. Officiellement, l'identité d'un ANBU était secrète, voire même non-existante, et donc elle et Tsunami n'étaient pas supposées communiquer, mais… Apparemment, ce que Yūgao avait vu au district Uchiha l'avait secouée. Elle passa le reste de la nuit assise à côté de Tsunami, immobile, en lui tenant la main dans un geste de réconfort silencieux.

Personne ne dormit beaucoup cette nuit-là.

Tsunami aurait aimé dire qu'elle mit à profit ce temps pour réfléchir mais, en réalité, ses pensées tournaient en rond comme un hamster dans sa roue. La mort de sa mère. Les Uchiha. Itachi. Danzō. Sa famille. Le Sharingan d'Izumi (avait-elle seulement réalisé qu'elle l'avait ?). Le danger. Elle se sentait à la fois épuisée, lasse, découragée…. Et fébrile d'impatience, vibrante de tension contenue. Elle voulait en avoir fini mais elle ne pouvait pas non plus supporter que ça s'achève comme ça. Il devait y avoir une justice. Il fallait que quelqu'un réponde de ce qui s'était passé. La mort de Shisui était vieille de six mois, mais le fait que le Sceau du Phénix en Cage se soit enfin activé… C'était comme si ça avait eu lieu la vieille. Et si on y ajoutait la douleur encore vive de la mort de sa mère…. Tsunami avait l'impression que ses nerfs étaient à vif.

Elle était furieuse contre les Uchiha pour ce qui était arrivé à sa maman. C'était comme une blessure béante dans sa poitrine. Mais ça ne faisait plus aussi mal qu'hier, et elle se sentait presque coupable pour ça. Est-ce que c'était parce que tous les Uchiha étaient morts, et que ce drame l'empêchait de vraiment haïr ces pauvres gens qui venaient d'être massacrés Est-ce que c'était parce que l'adrénaline n'était pas retombée ? Est-ce que c'était parce qu'elle venait d'être précipité dans une nouvelle situation où il lui fallait défendre sa famille et que maintenant qu'elle était distraite de son chagrin, il passait au second plan ? Est-ce que c'était juste qu'elle était plus adaptée au combat et à la tension de la bataille plutôt qu'aux larmes et au chagrin normal d'un être humain en deuil ?

C'était tellement injuste. La mort de sa mère avait été injuste… Et ce qui était arrivé à Izumi… Et ce qui lui été arrivé à elle, parce que Tsunami avait affronté Itachi Uchiha et sa pression artérielle remontai rien que d'y penser… Et tout ça faisait comme une boule confuse de terreur-colère-désespoir-horreur-déni-indignation, auquel venait s'ajouter en plus ses sentiments confus de chagrin et de culpabilité vis-à-vis du massacre.

Elle savait que les Uchiha allaient mourir, elle le savait depuis des années, mais ça n'en était pas moins injuste. Même s'ils avaient fomenté un coup d'Etat… Ce n'était pas le genre de rétribution qu'ils méritaient. Et Itachi ! Itachi avait été un adolescent perdu, paralysé par son indécision, exploitable, manipulable. Oui, elle était encore brûlante de colère contre lui (il avait tenté de tuer Izumi !) mais il avait été son ami aussi, une éternité plus tôt. Il avait été l'ami de Shisui surtout, un ami que Shisui lui avait fait promettre de protéger. Ce qui lui était arrivé était injuste aussi. Et Shisui… Shisui n'aurait jamais de justice, lui non plus. Alors que ses yeux avaient été volés, et que maintenant que Danzō était mort elle en avait la preuve !

Est-ce que tout le monde allait enterrer ce qui s'était passé ? Est-ce qu'ils allaient vraiment dire « oh, Itachi est devenu fou » et s'arrêter là ? Malgré la terreur qu'avaient ressentie Karin, Neji et Hikari, quand ils avaient fui un danger mortel à travers le village ? Malgré le chagrin que ça allait causer à Izumi ? Malgré la trahison que ressentirait Sasuke ? Et oh, pauvre Sasuke ! Tsunami n'avait pas pensé à lui depuis des lustres mais soudain ça lui crevait le cœur de penser à ce que devait vivre ce gamin. Non, c'était trop injuste. Blâmer Itachi pour tout ça alors qu'il était juste un outil, un instrument, alors qu'ils étaient tous aussi coupables les uns que les autres : Danzō, les Uchiha, le Sandaime qui avait laissé tout ça se passer sous son nez… !

Tsunami dormit peu. Son esprit tournait en boucle. Sa rage impuissante montait comme une vague.

Elle en voulait à Itachi, aux Uchiha, à Danzō, à l'Hokage, à l'univers elle-même, à elle-même. Mais Tsunami avait appris depuis longtemps que se blâmer ne servait rien : c'était toujours plus constructif de tourner sa colère vers l'extérieur, de s'en faire une arme. Et c'était ça que Tsunami voulait, au fond. Que quelqu'un saigne. Que ça ne s'achève pas comme ça, parce que pour elle, rien n'était résolu.

La nuit passa sans sommeil. A l'aurore, Tsunami n'était pas beaucoup plus avancée. Elle ne savait pas encore ce qu'elle allait faire, ce qu'elle allait dire, qui allait accuser. Mais lorsqu'elle fut convoquée par l'Hokage, une chose était certaine : elle n'allait pas les laisser enterrer l'affaire comme ça.

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Ahem. Oui. Voilà. C'était le chapitre.

La mort d'Hazuki m'est tombée dessus complètement par hasard. A l'époque où j'ai écrit ce chapitre, les violences policières étaient loin de faire la Une de l'actu comme aujourd'hui. L'idée m'est venue (je crois, du moins : c'est seulement avec du recul que je vois les similitudes) de la série Orange Is The New Black, avec le gardien de prison qui tue accidentellement une détenue... et l'émeute qui en résulte, spiralant hors de contrôle à cause de sa maladresse.

Et boum, d'un seul coup, la poudrière explose. La police, le clan, le massacre, Danzō, tout s'enchaîne en cascade… Et voilà. On y est.

Et toute la fratrie de Tsunami a survécu, ce qui est une surprise parce qu'à la base, Izumi était supposée être tuée par Itachi. Mais ce passage s'est écrit tout seul et voilà, elle est vivante !

Enfin bref. J'espère que ça vous a plu. Ceci était l'avant-dernier chapitre avant l'épilogue, et il était temps d'arriver au dénouement x)

A la semaine prochaine !

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