Hello ! Me revoilà, en temps et en heure !
Quoi de neuf ? J'ai posté sur AO3 ma Self-Insert sur le onde RWBY, si ça vous intéresse ! C'est en anglais, ce dont je suis très fière. C'est dur d'écrire dans une autre langue x) Pour ceux que ça intéresse : mon pseudo est Laria124, et la fic s'appelle "the night is still young (but so are we)". J'ai prévue une série de plusieurs tomes, avec des OS en bonus sur divers personnages.
Pour ceux qui sont sur mobile et peuvent donc coper-coller les liens : voici le lien, il suffit d'enlever les espaces :
archiveofourown works/ 26799163 / chapters/ 65378524
Voilà !
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Passons à présent aux réponses aux reviews !
J'adore tes jurons liamireldib-b ! Bordel de crotte de lapins lunaires, je la réutiliserai celle-là xD Bref ! Contente d'avor bien fait transparaitre mon agacement vis à vis de Fugaku x) En effet, comme beaucoup de gens radicalisés, il était déconnecté d'une partie du monde réel. La police méprisait les autres ninjas, qui en retour méprisaient la police : et dans le cas d'Hazuki, c'était davantage que du mépris, c'était du déni de son existence. Et puis, soyons honnête, le chef de la poice a autre chose à faire que de garder le compte des amitiés qui tissent entre eux les gens insignifiants. Et pour lu, Hazuki (rejetée du clan, infirme, inutile) n'avait pas de vraie vie : elle a cessé d'exister au moment où elle a coupé les ponts avec les Uchiha... Bien arrogant de sa part, mais quand on voit le genre de spécimens qui pullulent dans l'univers de Naruto, est-ce que ce genre de condescendance ets vraiment OOC ? Enfin bref. Sinon, pour ta question sur "qu'est-ce qui se serait passé si la révolte avait eu lieu", je garde ça pour le bonus spécial !
Merci Aqualyne ! Ah ah, Fugaku n'apparait pas sous son meilleur jour, en effet. Je lui ait donné la colère d'un Uchiha avec un complexe de supériorité de la taille du texas, et l'obstination d'une vieille bourrique. Spoiler : mo inspiration est Izuna Uchiha, le petit frère de Madara, qui même à l'agonie était en mode "noooon... la guerre doit continuer... mort et massacre, yeah...". Il y a une grosse ironie à ça, puisque j'ai basé Tsunami sur Madara xD
Hello Zarakaiy ! Ravie que ça t'ai plu =) Et oui, les choses vont changer avec Tsunami dans une position de puvoir. Mwahaha, je sens que je vais m'amuser. Le tome 2 va être riche en rebondissements ! Mais bon, avant d'arriver au tome 2, il y a 11 bonus... Et l'un d'eux portera justement sur Itachi, t'inquiète !
Salut Isy ! Aaaaah ce bon vieux Fugaku. J'ai adoré m'immerger dans son POV, toute cette furie, cette frustration, ce sentiment d'injustice brûlante, de fierté lésée, ce tourbillon d'émotions toxiques mais pas pour autant complètement illégitimes... Et le fait que ça l'aveugle complètement au danger qui lui pend au nez. Il sait que la violence est la seule issue tout comme il sait que jamais il n'aura de happy end, mais il ne peut pas concevoir que les choses se passent autrement. Mwahaha. Bref, hâte de publier la suite !
Coucou Sam est classe ! En effet Itachi n'a pas reçu l'ordre de rejoindre l'Akatsuki et ça va avoir tout un panel différent de conséquences. Tu verras dans le bonus centré sur Itachi, justement x) Mais ne compte pas sur lui pour prendre des initiatives ! Emotionellement, Itachi est complètement paralysé... Bref. Sinon, yep, Itachi sera en duo avec Kisame. Je les aime bien tous les deux x)
Je savais que tu allais détester ce chapitre Lord Feynor... Prend en compte le fait que c'est le POV de Fugaku sous son plus mauvais jour. Enfin bref, tu peux considérer ça comme du bashing si tu veux. Le canon ne me donne pas vraiment d'élements positifs sur le clan Uchiha alors je fais avec ce que j'ai, et l'antagonisme excessif entre Fugaku et Tsunami envenime encore la situation. EVIDEMMENT que Fugaku ne va pas être rationnel à propos de ça. Pour ce qui est de Mikoto : le dédain de Fugaku envers Mikoto est exacerbé par les circonstances plus qu'autre chose (elle est là, elle est une cible pour sa colère, rien d'autre) mais je vois mal comment ça aurait pu être différent dans le canon. Oh, il ont une relation cordiale, j'imagine. Ils discutent, ils s'entendent. Mais il y a un rapport hiérarchique assez flagrant, et Fugaku n'accepte aucune contestation. Mikoto est une femme soumise, du peu de ce qu'on voit dans le canon. L'essentiels de ses apparitions, elle les passe agenouillée à côté de Fugaku et les yeux baissés, donc bon. Pas exactement le contrepoids qui pourrait enrayer les coups de sang de son mari... Enfin bref. Au moins, je sais avec certitude que je n'ai pas fait dans l'OOC.
Yo Wrapochou ! Tomichi est un OC, en effet, et je suis contente qu'il t'ai semblé aussi réel. Enthousiasme, plein de bonne volonté, mais négligent, aveugle aux dégâts qu'il provoque... Bref. Et oui, pour ce qui est de Fugaku, cet omake a sans doute permis de mieux le cerner. Et pas mal de lecteurs ont eu envie de lui coller une baffe! xD
Ah ah Leen Hogwarts cette review XD En effet Itachi a eu une journée bien pourrave ce jour-là, mais Fugaku en a encore plus bavé x) Sinon tu auras toutes tes réponses sur Itachi et Obito, et Itachi et Danzo, dans le bonus sur Itachi. Ce sera dans... un bout de temps, mais ça viendra, promis ! xD
Hello Ulrich Gutierrez ! Le coup d'état n'était pas une décision impulsive de Fugaku, ni une décision venant uniquement d'une minorité face à laquelle il aurait été forcé de s'incliner Fugaku est quelqu'un de fier qui se sent profondément insulté. Après, est-ce que l'insulte était éelle, est-ce que la réaction aurait pu être différente, est-ce qu'il a été manipulé... Sans doute. Mais ses sentiments sont tout à fait in character à ce moment-là x) Je pourrais sans doute écrire un omake pro-Fugaku plus tard, mais certainement pas dans le même contexte !
Coucou Redheadead ! Ah ah, ce bonus était une tuerie, tu l'as dit x) Le clan Uchiha est super-traditionnaliste. Pas autant que les Hyuga (les Hyuga sont genre, au FOND DU TROU niveau traditionnalisme) mais voilà, pour eux l'homme se bat, la femme accouche et cuisine, et c'est TOUT. Bien sûr ils s'adaptent aux contraintes du monde ninja, du genre tout le monde doit savoir se battre, mais voilà, ils acceptent assez peu qu'on sorte du moule. Ajoute à leur rigidité une bonne dose s'arrogance, et donc de l'outage à l'idée même qu'on puisse contestre l'ordre établi (car puisque c'est l'ordre établi dans leur clan, par eux, c'est forcément la meilleure chose qui soit, comment ose-t-on le contester ?!)... Voilà voilà. Cela dit, je headcanon que tout le clan n'était pas en faveur du coup d'état. Et effectivement, après le meurtre d'Hazuki, pas mal d'Uchiha ont flippé, parce que ça allait trop loin. Mais on ne saura jamais comment ça se serait passé si Itachi n'était pas intervenu... Quant à ta question sur "comment les Uhciha pensait que leurc oup d'Etat allait passer auprès du reste du village", c'est une excellente question et je la mettrais dans le bonus spécial pour que tout le monde la lise, mais la réponse courte est : les Uchiha sont la police, ils auraient déclaré l'enquête confidentielle et falsifié les rapports pour blâmer Danzô et/ou un village ennemi pour les meurtres.
Yo Yuedra ! Tu parles de deux reviews mais je crois que je n'en ai eu qu'une... Bref ! Aaaaaah Fugaku et son contrôle. Dans le canon il a l'air un peu froid (il ne crie jamais, etc.) mais comme tous les Uchiha, il est très passionné. Et chez lui ça se traduit par un côté control-freak avec une bonne dose de déni. Yep, comme Tsunami, un peu ! Et pour rappel, quand Danzo a demandé à ce que le clan Uchiha soit déplacé à l'extérmité du village, Fugaku a protesté... Une fois, frontalement. Mais ensuite, face au refus, il a fermé sa gueule d'un air furieux, comme insulté. Raaaah alors que s'il avait maneouvré, accepté la contradition et cherché un compromis, au lieu d'avoir cette idée du "tout ou rien", cette humiliation qu'on ait osé lui dire non et qui bloque toute négociation ensuite...! Bref. Mais Fugaku est capable de prendre du recul (comme avec Tsunami, qu'il réévalue après la petite démonstration de Sharingan dans le bureau de l'Hokage). Et oui, il aime sa famille, mais comme beaucoup de macho, il considère sa famille comme sa propriété, d'une certaine façon. Voilàààà xD Bref sinon ouiiii Tsunami est apparentée à Madara xD Sa relation avec lui est bien plus distante que celle de Sasuke (qui descend de lui en ligne directe, étant un des arrières-arrière-petits-enfants d'Izuna) mais ouiiii il y a bien un lien de parenté direct, yeah ! Non mais sérieux je fantasme sur l'idée de Tsunami qui voyage dans le temps et qui rencontre les fondateurs. Elle trollerait Hashirama. Elle fangirlerait sur Tobirama. Et elle aurait des débats furieux avec Madara xD Sinon pour répondre à ta question sur l'adoption : évidemment qu'un étranger a son mot a dire quand il est adopté par un clan auquel il n'est pas lié. Pour Hikari, c'est différent, car il est lié par le snag aux Uchiha. Mais si les Uchiha voulaient adopter, par exemple, Neji... Bah le processus serait super-compliqué, j'imagine, puisque ça nécessiterait l'accord du clan, l'accord de Neji, mais aussi (dans une certaine mesure) l'accord des Hyuga. Enfin bref ! Sinon, pour Yamato/Tenzô : spoilers, mais tu es sur la bonne piste. Quant à l'identité des élèves de Tsunami... Tu as réussi à en deviner un sur trois xD
Yo, Aomine59 ! En effet, sans la menace de Madara, Itachi va pousser Sasuke dans une direction complètement différente. Il ne veut pas en faire un vengeur... juste une victime. Et ça aussi, ça va jouer pour faire diverger cette fic du canon...
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Et voilà !
Ca a l'air de vous avoir plu x) Du coup, sans plus attendre... Premier omake. Que se passe-t-il durant la première année qui suit le massacre ? Voici la réponse, depuis le POV d'Iruka !
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Pour la petite info ! Je vais alterner les omake "zoom sur un personnage en particulier" et les omakes "la vie de Tsunami durant environ un an, donnée du POV d'un autre perso". Comme vous l'avez deviné, l'omake sur Fugaku était un zoom sur Fugaku. Donc... Cet bonus-ci ne se concentre pas sur Iruka, mais sur Tsunami à travers les yeux d'Iruka durant l'année qui suit le massacre. Voilà voilà x)
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Iruka Umino
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Dans un autre monde, Iruka aurait été un petit garçon solitaire durant toute son enfance. Il n'aurait pas eu d'amis proches à l'Académie, et après la mort de ses parents il se serait coupé de toute amitié possible en se montrant aussi insolent et braillard qu'il le pouvait. Iruka avait conscience d'avoir été insupportable durant son enfance. Il voulait attirer l'attention tout en détestant le regard des autres, il voulait qu'on le laisse tranquille mais la solitude le terrifiait, il voulait impressionner les adultes tout en étant furieux qu'ils s'intéressent à lui. C'était… compliqué. Iruka n'avait pas été en colère tout le temps, étant petit, mais… Il y avait eu du ressentiment, de l'embarras, du chagrin, des émotions intenses et compliquées qu'aucun gamin ne savait vraiment exprimer.
Iruka était reconnaissant au Sandaime de s'être intéressé à lui. Attirer l'attention de l'Hokage, c'était impressionnant… Mais ce n'était pas le rang d'Hiruzen Sarutobi qui avait marqué Iruka : c'était sa gentillesse, sa patience, son sens de l'humour. Quand Iruka avait été si isolé, si anonyme, qui étranglé par sa solitude… L'Hokage était l'unique adulte à l'avoir traité avec bonté et avec attention. Sans la présence du Sandaime comme modèle dans sa vie, Iruka savait qu'il aurait pu devenir quelqu'un d'amer et de dur.
Mais le Sandaime, même s'il avait occupé un rôle important dans son enfance, avait été une figure assez distante. Ceux qui avaient été proches d'Iruka, ceux qui l'avaient soutenus et aidé, c'était ses amies Yūgao et Tsunami. Toutes les deux avaient perdu des membres de leur famille dans l'attaque du Kyūbi, et leur groupe s'était fracturé, mais Iruka avait toujours su qu'elles seraient là pour lui. Ça avait fait un monde de différence. Leurs blagues, leurs entraînements, leurs jeux, leurs confidences. Iruka avait été le plus turbulent et le moins bon élève de leur groupe, mais ils avaient été un groupe, et il avait toujours pu compter sur elles.
Les années avaient passés, mais il n'avait jamais oublié. Yūgao était membre de l'ANBU et experte en kenjutsu, mais elle ne snobait jamais Iruka (modeste professeur à l'Académie) quand ils se croisaient. Elle lui racontait les rumeurs, riait à ses blagues, lui présentait ses amis. Iruka et Yūgao ne fréquentaient plus les mêmes cercles mais le genre de lien qui se crée à l'Académie n'est pas facilement brisé.
C'était de Tsunami dont Iruka était plus proche, mais c'était entièrement au crédit de la jeune Uchiha. Iruka et Yūgao se dévouaient à leurs jobs, mais Tsunami dépensait autant d'énergie à maintenir ses liens d'amitié qu'à remplir ses missions. Iruka ne pouvait s'empêcher d'être impressionné. Sa propre équipe de Genin s'était éloigné après que Natsu Hyuga ait été nommée Chuunin, parce que c'était l'ordre naturel des choses… Mais Tsunami avait refusé de laisser Natsu disparaître de leurs vies, et avait obstinément gardé contact. Elle était restée impliquée, s'était tenue au courant de ses problèmes (notamment avec son clan qui voulait qu'elle prenne sa retraite pour avoir des enfants) et lui avait même offert une recommandation pour la nouvelle police de Konoha.
Tsunami était… dévouée. Quand les gens parlaient de dévouement, de loyauté, souvent ils pensaient au village, mais Iruka songeait que Tsunami ne voyait sans doute qu'un groupe de personnes, et que c'était ça pour elle, « Konoha ». Pas l'Hokage, ni la falaise sculptée, ni leur siècle et demi d'Histoire, mais le groupe concret d'individus avec qui elle avait formé des relations personnelles.
Tsunami avait beaucoup de relations. Son équipe de Genin, d'autres shinobi qu'elle connaissait par le biais de sa mère, l'équipe de sa sœur, des ninjas avec qui elle avait effectué des missions… La liste était longue. Parfois Iruka était impressionné. Et Tsunami ne se contentait pas de connaître leurs noms ou de leur dire bonjour dans la rue : elle s'impliquait. Si on lui demandait son aide, elle lâchait tout pour se consacrer à la personne qui avait besoin d'elle. C'était ça, la loyauté de Tsunami Uchiha : intense, sélective, féroce.
Alors en retour, Iruka ne pouvait pas ne pas retourner la faveur. Il était là pour elle. C'était un peu ridicule, quand on y pensait, parce que pourquoi Tsunami Uchiha aurait eu besoin d'Iruka ? Elle était Jounin. Elle était terrifiante. Et maintenant, elle était chef de clan ! Elle était tellement au-dessus de lui dans la hiérarchie que ça en était risible. Mais Tsunami avait beau être un figure impressionnante, Iruka savait qu'elle était aussi la même personne qui avait pleuré dans ses bras après l'attaque du Kyūbi, la même personne qui s'était hérissé comme un chat de gouttière durant des mois en entendant les murmures désapprobateurs au sujet de sa mère, la même personne qui avait spontanément inclus Iruka dans ses entraînements parce qu'il était son ami d'enfance. Alors… Il était là pour elle.
Les premières semaines après le massacre des Uchiha, il ne la vit pas beaucoup. Elle était constamment à la station de police, au Q. G. de la Division Genin, à la tour de l'Hokage, chez Shikaku Nara, à la Section Commandement, sur un terrain d'entraînement… Elle apprenait ce que c'était que d'être chef de clan, mais elle devait aussi aider à reformer la police… Et mener des patrouilles, en tant que Jounin. Parce que bien sûr, tout le village était en alerte maximale ! Itachi était toujours dans les parages (et comme il avait été un ANBU haut-placé, il fallait mettre à jour tous les systèmes de sécurité).
– J'ai l'impression de ne plus avoir une minute à moi, lui avoua-t-elle.
Ce n'était probablement pas qu'une impression, songea Iruka. Elle avait à présent… Combien de gamins à sa charge, déjà ? Et elle n'avait que seize ans. Prodige ou pas, il y a certains fardeaux qui sont lourds à porter quand on est aussi jeune.
Ils étaient tous les deux assis a bord d'un toit, les jambes dans le vide, comme quand ils étaient gamins et séchaient les cours. Avec la lumière du soleil tombant sur son visage, ses pieds battant dans un geste enfantin, et ses cheveux ébouriffés comme ça, Tsunami avait l'air d'une adolescente.
– Comment tu tiens le coup ? demanda-t-il plus tôt. Et le reste de ta famille ?
Il ne parlait pas de sa soudaine charge de travail, et elle le savait. Pour tout le village, le grand drame récent était le massacre des Uchiha, mais la tragédie qui hantait Tsunami était plus personnelle.
Iruka n'avait pas bien connu Hazuki Uchiha. Il se souvenait d'une belle femme au visage doux qui souriait souvent, et qui regardait sa fille avec tendresse. Izumi et Hikari avaient été plus proches d'elle que leur aînée, mais Tsunami avait quand même adoré sa mère.
– On tient le coup, finit par soupirer Tsunami. C'est une bonne chose qu'il y ait tant à faire, ça nous empêche de ne penser qu'à ça. Mais… C'est dur. Et le massacre du clan en plus de ça…
Iruka sourcilla. Il aurait pensé… Bon, pas qu'elle se fichait du clan, parce que c'était Tsunami et qu'elle était du genre intense et facilement indignée, mais il pensait que ça aurait semblé trivial à côté de la mort de sa mère. Tsunami vit son expression, et grimaça :
– Je ne sais pas comment l'expliquer. C'est deux chagrins complètement différents, tu vois. Mama était… C'était ma mère, c'est comme de se faire poignarder en plein cœur, et elle me manque et c'est terrible. Le clan… On avait nos problèmes, mais je les connaissais. Je les détestais et, en même temps, je ne les détestais pas. Je n'étais pas à eux mais ils étaient à moi, et c'est… c'est cruel de penser que c'est fini. Il n'y aura plus de réconciliation, plus de seconde chance. Je n'aurais pas pu sauver Mama, j'étais en mission, mais le clan… Peut-être que j'aurais pu les sauver, tu sais ?
– Tu n'aurais pas pu agir à temps, contra Iruka d'un ton hésitant parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre.
Tsunami haussa les épaules.
– Peut-être. Peut-être pas. Mais voilà, je ne l'ai pas fait. J'ai… des regrets. C'est amer, ça me brûle la gorge d'y penser, et ça agi comme un écho de la perte de Mama. J'ai l'impression que les deux s'amplifient, et… Ouais, je suis contente qu'il y ait du travail. Je ne veux pas y penser. Je veux que ça passe.
Iruka aurait voulu lui dire que ça passerait, mais il savait que le deuil ne disparaissait jamais vraiment. Tsunami aussi. L'attaque du démon-renard avait eu lieu il y avait de cela à présent un peu plus de sept ans, mais ils avaient tous les deux perdus leur innocence ce jour-là, et ça semblait aussi vif que si c'était arrivé hier.
On était en janvier : Hazuki était morte depuis trois mois déjà. Cela semblait être passé si vite. Neji était revenu à l'Académie le lendemain, poussé par son clan qui ne voyait pas pourquoi il devait rester chez eux pour faire le deuil d'une étrangère. Hoga-sensei, qui s'occupait de sa classe, racontait qu'il avait été odieux durant des semaines, se murant dans le silence ou attaquant furieusement à la moindre provocation. Karin était revenue à l'Académie trois jours plus tard, les yeux bouffis et plus silencieuse qu'avant. Elle et le jeune Hyuga avaient reformé leur inséparable duo mais ils étaient à présent si hostiles au reste de leurs pairs qu'Hoga-sensei s'inquiétait sérieusement de comment leur équipe de Genin serait formée. Iruka espérait qu'ils s'adoucissent avec le temps… Mais dans son expérience personnelle, le genre de comportement qu'on adoptait pour surmonter un traumatisme avait tendance à rester.
Izumi travaillait dur à l'hôpital, Iruka en avait entendu parler. Et le petit Hikari, maintenant qu'il n'y avait plus personne pour s'occuper de lui à la maison, était plus ou moins livré à lui-même. Tsunami l'embarquait avec lui dès qu'elle le pouvait (généralement dès qu'elle aidait la police ou apprenait la gestion d'un clan avec Shikaku Nara) mais elle ne pouvait pas le surveiller tout le temps. Ce n'était normalement pas un problème : tous les enfants de ninjas étaient très indépendants, et Hikari ne faisait pas exception. Mais Tsunami avait toujours été protectrice de son petit frère, et Hikari avait toujours été… choyé, couvé. Alors au lieu de traîner dans le parc comme la plupart des gamins orphelins ou ayant des parents occupés, Hikari finissait chez une connaissance de sa sœur. Genma, Kotetsu, Izumo, Kurenai, Anko, même Gai : tout le monde s'était retrouvé à un moment où à un autre à jouer les gardes du corps pour le cadet des Uchiha.
Mais il y avait aussi un autre gamin qui dépendait de Tsunami. Un gamin qui était revenu à l'Académie six semaines après les faits, mais qui ignorait sans doute jusqu'au nom d'Hazuki Uchiha. Et Iruka ne savait pas vraiment comment aborder le sujet, mais il le fallait, parce que… Sasuke Uchiha était dans sa classe, après tout. Il était morose, silencieux, colérique. Il avait été du genre solitaire avant, mais ça tenait davantage à sa timidité qu'à autre chose. Maintenant… C'était différent. Plus profond, plus lancinant.
– A propos de Sasuke Uchiha, commença Iruka avec hésitation.
Immédiatement Tsunami soupira d'un air résigné. Iruka se sentit un peu coupable, et essaya de tempérer ses propos :
– Il est isolé, mais je sais qu'il rentre tous les soirs avec Neji et Karin… Donc ce n'est pas si grave, peut-être.
Tsunami serra la mâchoire. Iruka se frotta la nuque avec embarras :
– Je sais que tu souhaiterais qu'il ne soit pas ton problème…
– Exactement, gronda-t-elle. J'aimerai qu'il ne soit pas mon problème, mais il l'est, pas vrai ? Bordel.
Elle se mordit la joue d'un air furieux, comme pour retenir l'injure. Iruka la connaissait depuis assez longtemps pour savoir que sa frustration était dirigée contre elle-même.
– J'imagine que c'est compliqué, fit-il faiblement.
Compliqué. Ah. C'était le moins qu'on puisse dire. Tsunami avait eu des problèmes avec le clan Uchiha : elle les avait appréciés, respectés, tout en étant constamment en désaccord avec eux, en leur tenant rancune du traitement infligé à sa famille, et en leur reprochant implicitement le suicide de Shisui. Et ensuite, la police avait tué sa mère. Le clan Uchiha avait tué sa mère, et ensuite ils avaient été tués par Itachi. Tsunami avait surtout été amie avec Shisui, mais Iruka se souvenait très bien que durant des mois, à la sortie de l'Académie, ils avaient été deux petits Uchiha à l'attendre sagement pour aller s'entraîner. Et Itachi, l'ami de Shisui, avait tué le clan qui avait tué la mère de Tsunami, et il avait laissé son petit frère en vie, et maintenant c'était à Tsunami de l'élever.
Rien que d'y penser faisait rouler dans le ventre d'Iruka un mélange confus d'horreur, d'incrédulité, d'amertume et de regrets, alors il ne voulait même pas imaginer ce que c'était pour Tsunami.
– Je sais que tu fais de ton mieux avec lui, tenta-t-il. Tu fais plus que beaucoup de gens dans ta situation seraient capables, en fait. Tu… Tu le traite bien, tu ne l'ignore pas, tu le laisse vivre chez toi comme Karin…
C'était Izumi qui lui avait dit (ou plutôt qui l'avait dit à Genma, qui l'avait dit à Izumo, qui l'avait dit à Iruka). En réalité, Iruka aurait préféré tenir ces infos directement de Sasuke, mais lui arracher une réponse qui ne soit pas monosyllabique tenait de l'exploit. Iruka se contenterait des infos d'Izumi. Et ce n'était pas mal, non ? Sasuke avait un entourage. Une famille, avec des enfants de son âge. Il était inclus, il mangeait avec eux, il avait de l'aide pour ses devoirs, il avait un adulte dans sa vie qui se souciait de lui, c'était bien.
– Vraiment ? lâcha Tsunami avec un rictus comme si elle avait suivi ses pensées. Et tu crois que ça va lui faire oublier le fait que son clan est mort ? Tu crois que ça va nous faire oublier le fait que son clan a tué ma mère ?
Elle secoua rageusement la tête :
– Il n'est même pas au courant. Pour ce que j'en sais, il pense que Mama a été tué par Itachi. Il ignore pourquoi le clan était sous surveillance et qu'il y avait un couvre-feu. Il ne sait rien. Il fait son propre deuil, et oui, je sais, c'est normal, mais bordel… ! Nous aussi on fait notre deuil, mais on fait le deuil de deux choses complètement différentes, et on se fout du chagrin de l'autre comparé à notre chagrin à nous, et on ne peut pas se consoler, on n'envisage même pas de se consoler, et… C'est tellement injuste ! Ça me rend furieuse !
Elle s'arrêta, reprit son souffle. Le silence revint. Au bout d'un moment, la tension qui faisait presque trembler les épaules de Tsunami s'apaisa, et elle s'affaissa légèrement, comme si toute son agressivité l'avait drainée d'énergie.
– Désolée, marmonna-t-elle.
Il n'était pas sûr qu'elle-même sache pour quoi elle s'excusait. Iruka secoua la tête, puis appuya son épaule contre la sienne dans un geste de réconfort muet.
– Tu t'en sors très bien, murmura-t-il. Et si tu as besoin d'aide… Je suis là.
Parce que Tsunami était la personne la plus loyale, la plus dévouée qu'il connaisse. Et Iruka était son ami. Il lui devait bien le même genre de loyauté en retour.
oOoOoOo
Les jours passèrent, puis les semaines, et les choses allèrent mieux. Pas tout de suite, pas très vite, mais… On s'habituait. On s'adaptait.
Hayama Shirakumo réorganisait la police, aidé d'une poignée de lieutenants. Tsunami était en charge du recrutement chez la Division Genin, et remettait les volontaires à niveau. Elle avait peu de temps pour voir Iruka, et ils ne se croisaient souvent qu'en coup de vent, mais elle était moins surchargée de boulot que quelques mois plus tôt. Et puis, davantage de monde l'épaulait. Tessen et Kumadori étaient souvent à ses côtés, tout comme Gai, ou cette Chuunin un peu flippante nommée Anko. Ils la soutenaient.
Iruka avait toujours du mal à se souvenir que Tsunami était chef de clan, malgré le haori brodé de l'emblème du clan qu'elle s'était mise à porter après le massacre. Tsunami avait toujours porté du noir, avec quelques accents rouges certes, mais rien de flagrant : elle avait toujours tenté de se fondre dans la masse. Plus maintenant. Le haori bordé de rouge et doublé d'écarlate… Avec l'emblème Uchiha en grand brodé dans le dos… C'était une déclaration. Pour ceux qui la regardaient, ou pour Tsunami elle-même ? Iruka n'en était pas sûr. En tous les cas, Tsunami était chef de clan et l'affirmait haut et fort.
Elle n'avait pas l'air de vouloir être chef de clan à la façon de Fugaku Uchiha, délégant ses devoirs à ses subalternes et se tenant aussi loin que possible des politiques du village. Elle était chef de clan à la manière… Eh bien, à la manière de Shikaku Nara (ce qui n'était pas surprenant puisqu'il était son mentor). Elle tissait des alliances discrètement, lentement, sans faire de vagues. Tu me grattes le dos, je te gratte le dos. Rien d'extravagant. Iruka n'aurait sans doute rien vu si Mizuki ne s'était pas plaint, avec une pointe de jalousie, de la nouvelle popularité de Tsunami. Apparemment, elle utilisait ses connexions personnelles pour mettre un pied dans la porte. Elle avait déjà de bonnes relations avec les Nara, mais en ce moment elle était apparemment en train de se lier aux Inuzuka (par l'intermédiaire d'Hana, l'héritière, qui était dans l'équipe de Genins d'Izumi) et aux Yamanaka (par l'intermédiaire de Kumadori, qui travaillait sous les ordres d'Inoichi). Elle ne faisait rien de flagrant, mais parfois certains responsables haut-placés suggéraient des idées qui venaient d'elle. Durant les réunions de clans, ou les meetings de la Section Commandement…
Mais ce qu'Iruka voyait, surtout, c'était les remarques qui ressortaient dans les directives données aux professeurs de l'Académie. Comme par exemple, encourager les garçons à suivre les classes de kunoichi pour les former à l'espionnage (ça, ça venait des Yamanaka). Ou faire un cours sur la nutrition et le danger des régimes durant l'enfance (ça venait des Inuzuka, avec le soutien implicite des Akimichi). Ou encore prévenir les gamins qu'ils seraient assignés à des équipes de trois pour qu'ils commencent dès maintenant à regarder leurs pairs comme des partenaires et non des rivaux (ça venait des Nara).
Izumi Uchiha recommençait à reprendre des missions hors du village avec son équipe de Genins, mais elle travaillait davantage à l'hôpital. Apparemment elle se spécialisait dans le soin des yeux. Iruka se demandait si c'était sa sœur qui lui en avait fait la suggestion. Depuis la mort d'Hiroki Hyuga, Tsunami avait eu une paranoïa prononcée pour tout ce qui touchait aux yeux. Iruka n'était pas supposé savoir ce qui s'était passé durant cette mission, mais le rapport avait fuité et, à l'époque, l'histoire du Hyuga qui s'était fait arracher les yeux par un ninja de Kiri était l'histoire d'horreur favorite de tous les piliers de bar. Urgh. En tous les cas, que la suggestion vienne de Tsunami ou non, Izumi se concentrait sur ses études pour remonter la pente. C'était une bonne chose.
Le petit Hikari Uchiha avait fait sa rentrée à l'Académie avec tous les autres enfants de six ans, en mars. Les enfants pouvaient faire leur rentrée n'importe quand entre les âges de quatre et huit ans, alors ça n'avait rien d'anormal… Mais Iruka savait que Tsunami aurait préféré attendre un an ou deux. Elle le lui avait mentionné en passant, un peu angoissé à l'idée d'envoyer le bébé de la famille sur le champ de bataille. Hikari était intelligent (très intelligent) et elle avait peur qu'il soit diplômé en avance. Comme Itachi. Elle ne l'avait pas dit, mais c'était sous-entendu. Et… Iruka était assez d'accord avec elle. Hikari n'était pas dans sa classe, mais il essayait de garder un œil sur lui.
Même chose pour Karin et Neji. Ils n'étaient pas des Uchiha, techniquement, mais… Tous ceux qui connaissaient Tsunami connaissaient aussi les gamins qui gravitaient dans son orbite. D'autant plus que Karin et Neji étaient deux enfants particulièrement notables. Neji était froid, abrasif et arrogant, un petit prodige qui savait qu'il était doué et qui enrageait contre le monde entier. Karin était moins directe dans sa colère, mais elle était plus volcanique, plus bruyante et plus agressive. Le fait qu'elle soit une étrangère à Konoha était un point sensible pour elle, et évidemment toute sa classe était au courant. Iruka n'enviait pas leur professeur. Ces deux-là étaient une vraie migraine. D'autant plus qu'ils étaient soudé à la hanche, et farouchement possessifs.
Mais bon, Iruka avait sa propre migraine… Enfin, sa propre classe d'élèves, à gérer.
Argh. Sasuke Uchiha.
La famille de Tsunami s'était habituée à lui. Ou plutôt, il s'était habitué à eux. Iruka n'avait jamais douté de son éventuelle intégration : il savait que Tsunami était possessive. Elle s'attachait irrésistiblement aux gens qui l'entouraient, même ceux avec qui elle avait un passif compliqué. Il était inévitable qu'elle finisse par considérer Sasuke comme un de ses gamins. Et c'était une bonne chose, évidemment. Sasuke était moins tendu, il recevait visiblement de l'aide pour ses devoirs et ses entraînements, il allait mieux. Mais il ne s'ouvrait toujours pas à ses pairs. Il se murait dans un silence buté et fusillait du regard quiconque l'approchait.
A l'Académie, les enfants s'étaient habitués au retour de Sasuke, mais son statut de membre d'un clan quasiment éteint déchaînait les passions. Le mystère, le drama, ça fascinait les filles. Si on ajoutait à ça le fait que Sasuke était mignon et que son tempérament solitaire avait déjà créé une certaine aura autour de lui… Misère. Heureusement qu'il n'était pas le dernier Uchiha, sinon ça aurait été pire. Les parents auraient probablement encouragé leurs filles à lui mettre le grappin dessus !
A vrai dire, toute la classe était difficile. Iruka avait eu la malchance d'avoir pas moins de cinq héritiers de clans dans sa classe (Nara, Aburame, Yamanaka, Akimichi, et Hyuga) alors c'était vraiment la poisse. Les tirages de couettes pouvaient vite se transformer en tensions politiques si ces sales gosses rameutaient leurs cousins. Bon, ce n'était pas le genre de Chōji ou Hinata, mais Shikamaru était absolument assez intelligent pour le faire, et Ino était furieuse dès que sa supériorité était menacée. Heureusement que leurs clans étaient alliés et que Shino Aburame, le seul élément étranger, était d'un naturel paisible. Mais les éléments perturbateurs ne manquaient pas ! Il y avait Ami, Kida et Anzu, trois filles de civils qui ne prenaient pas leurs études au sérieux et préféraient attiser les tensions. Il y avait Kiba Inuzuka, qui était le clown de la classe. Et il y avait Naruto Uzumaki, qui était… une tonne de problème enfermés dans un gringalet, et en prime un trublion insolent de première classe. Epuisant, ils étaient tous épuisants.
Iruka racontait souvent les péripéties de ces sales gosses à Tsunami, mais pas aussi souvent qu'il l'aurait souhaité. Ils se croisaient relativement peu. Cela dit, ce jour-là, Tsunami l'avait invité à manger des ramens. Elle allait bientôt repartir en mission hors du village, et manquerait l'anniversaire d'Iruka. Ce n'était pas très grave, mais il était traditionnel dans leur groupe d'amis de se souhaiter bon anniversaire les uns aux autres. C'était l'occasion de papoter, de se souvenir du temps passer ensemble.
Mais quand ils arrivèrent à Ichiraku, Iruka marqua un temps d'arrêt en reconnaissant le gringalet en bermuda orange qui y était déjà installé. Il hésita devant le stand, incertain. Naruto Uzumaki. C'était un élève braillard et perturbateur, mais c'était surtout le Jinchuuriki du démon-renard. Iruka faisait de son mieux pour voir l'enfant et non le monstre, mais… Mais… Iruka n'était pas sûr de vouloir déjeuner au même endroit que lui, malgré tout. Naruto… Naruto le mettait mal à l'aise.
Trop tard, cela dit. Tsunami avait hésité en le voyant lui aussi, mais elle s'était avancé d'un air déterminé et avait entraîné Iruka avec elle. Lorsqu'ils prirent place, le gamin releva le nez de son bol presque vide, et ouvrit de grands yeux :
– Iruka-sensei ? Je savais pas que vous aimiez les ramens !
Iruka émit un rire nerveux en se frottant la nuque. Puis Tsunami se pencha, et demanda d'un ton dégagé :
– « Sensei » ? C'est l'un de tes petits, Iruka ?
– Ah, euh, oui, hésita Iruka. C'est Naruto Uzumaki, il est dans la classe de Sasuke…
Est-ce qu'elle ne l'avait pas reconnu ? Mais non, l'expression de Tsunami ne changea pas. Elle ne marqua aucune surprise. Elle savait qui il était, ce qu'il contenait, et pourtant elle reporta son regard sur le Jinchuuriki d'air air aussi cordial que si c'était un enfant normal.
– Enchanté, Naruto. Je suis Tsunami.
– Oooooh, fit immédiatement Naruto en sautillant sur son siège. Vous êtes la petite-amie d'Iruka-sensei ?
Iruka s'étrangla et souhaita que le sol s'ouvre sous ses pieds, mais Tsunami se contenta de rire.
– Non, juste amis. On était dans la même classe à l'Académie, il y a… Oh, au moins dix ans.
– C'est vieux ! s'écria Naruto naïvement. Et vous êtes restés amis pendant dix ans ?!
– A peu près, oui, sourit Tsunami. C'est pour ça qu'on est ici d'ailleurs. Normalement je suis invité à l'anniversaire d'Iruka, mais comme je serais en mission à ce moment-là, on prend de l'avance et je l'ai invité à dîner.
– Eh ?! C'est bientôt votre anniversaire, Iruka-sensei ?!
Iruka réalisa qu'il les fixait la bouche grande ouverte et se redressa d'un coup, embarrassé, avant d'admettre :
– Dans une semaine, oui. Le vingt-six mai.
– Tessen et moi serons probablement au milieu du pays de l'Herbe à ce moment-là, grimaça Tsunami. Je te ramènerai un souvenir, Iruka !
Tout le monde savait qu'il n'y avait rien au pays de l'Herbe. C'était une blague courante chez les ninjas qui s'y rendaient, et Iruka renifla avec amusement. Naruto, lui, se recula sur son siège, l'air alarmé :
– Une semaine ! Il faut que je commence à chercher un cadeau !
Les deux adultes s'immobilisèrent, hésitants. Iruka se mit à bafouiller un début d'excuse, cherchant frénétiquement un moyen de se sortir de là. Ce n'était pas qu'il ne voulait pas de cadeau, mais il ne savait pas… Il ne voulait pas… C'était Naruto Uzumaki. C'était le Jinchuuriki de Kyūbi, et Iruka ne voulait pas être quelqu'un qu'il remarque, il ne voulait pas s'impliquer. Il ne voulait pas que ça devienne son problème. Sûrement il y avait quelqu'un d'autre pour supporter l'enthousiasme de ce gamin débordant d'énergie, qui lui rappelait tant de mauvais souvenirs…
– Bonne idée, le coupa Tsunami en le fixant avec un mince sourire. Tu es un bon gamin, Naruto.
Iruka en fut coupé net dans son élan. Tsunami ne s'était même pas tournée vers lui. Elle se pencha vers Naruto et chuchota très bas :
– Et son appartement aurait besoin d'une petite plante en pot.
Naruto s'illumina comme si c'était son anniversaire à lui, et bondit sur ses pieds :
– Oh ! Je peux trouver ça, croyez-le ! Je sais ! J'y vais ! A plus tard Tsunami-san ! A plus tard Iruka-sensei !
Et il partit à toute vitesse, ne laissant qu'un bol de ramens vide. Teuchi secoua la tête d'un air amusé, puis pris la commande de Tsunami (tonkotsu avec un supplément de viande) et celle d'Iruka (miso simple). Pendant que le chef s'attaquait à la préparation de leurs plats, Iruka coula un regard en biais à Tsunami.
– Alors… C'était Naruto.
– Tu m'as parlé de lui, lâcha-t-elle d'un ton plat en regardant le menu comme si c'était la chose la plus fascinante du restaurant. Un petit vandale braillard, non ? Il me fait penser à toi quand tu avais son âge.
– C'était toi la terreur, protesta faiblement Iruka.
Il y eut un court silence. Puis Iruka déclara lentement, hésitant :
– Tu n'as même pas hésité. Alors que…
Il y eut un autre silence, un peu plus long. Tsunami était toujours tournée vers le menu, mais son regard était perdu dans le vague. Lorsqu'elle reprit la parole, sa voix était plus basse.
– J'ai hésité. La première fois que je l'ai vu. C'était devant l'Académie, et je me suis détournée aussitôt. Mais j'en ai eu honte juste après, et je me suis promis que la fois suivante, je n'hésiterai jamais. Parce que je vaux mieux que ça. Il vaut mieux que ça. Mon père… Iruka, j'aimais mon père plus que tout au monde mais il est mort depuis sept ans, et la chose qui l'a tué n'est pas là. Tu le sais, pas vrai ?
Iruka avala de travers. Il savait, il savait, mais… C'était plus simple d'ignorer Naruto, d'ignorer ses problèmes et son fardeau, plutôt que de se forcer à confronter la réalité. Repenser à ses parents faisait toujours mal, même des années après.
– Je sais, mais… Se souvenir…
– Ce n'est pas une question de se souvenir ! l'interrompit Tsunami en relevant la tête pour planter son regard dans le sien. Bien sûr que je me souviens, mais je ne peux pas… Je n'ai pas… C'est comme pour ce qui est arrivé à ma mère. Est-ce que je devrais haïr Sasuke et le punir parce qu'un de ses lointains cousins l'a tuée ? Et même s'il méritait d'être haï pour porter le nom Uchiha, un truc qui n'est même pas sa faute… Est-ce qu'il n'a pas déjà assez souffert ? Est-ce que je ne devrais pas être désolée, ressentir de la compassion, l'aider et le protéger parce que c'est un enfant qui a besoin d'aide et de protection, au lieu de chercher un bouc émissaire ?
Cette fois le silence fut plus long encore. Teuchi eut le temps de terminer leurs ramens et de le leur apporter, souriant d'un air affable et prétendant poliment ne pas écouter leur conversation. Iruka et Tsunami murmurèrent « itadakimasu » en même temps, puis s'attaquèrent à leurs ramens. Iruka avait l'estomac serré, pourtant. Les mots de Tsunami frappaient là où ça faisait mal. Comment avait-il pu ne pas voir cette comparaison ? Il était presque horrifié de ne pas avoir fait ce parallèle. Et… Comment avait-il pu ne pas anticiper cette réaction ? Tsunami vivait avec Sasuke la même chose que lui vivait avec Naruto. Mais au lieu de l'ignorer, elle l'avait accueilli, pardonné, élevé, alors qu'Iruka se contentait de détourner les yeux et d'espérer que quelqu'un d'autre s'occupe du problème.
Il avait honte, soudain. Ça lui brûlait l'estomac. Il reposa ses baguettes, l'appétit coupé.
– Tu n'avais jamais rencontré Naruto avant aujourd'hui ? demanda-t-il sans savoir pourquoi.
Tsunami haussa les épaules sans quitter des yeux son plat :
– Je l'avais déjà vu, oui. Mais jamais je ne lui ai adressé la parole. Les membres des clans sont implicitement découragés de s'approcher de lui, et c'est même carrément une interdiction pour les chefs de clans. Trop de risques qu'une famille l'utilise à son avantage, tu vois. L'interdiction ne s'étend pas aux enfants des différents clans, mais les gamins prennent inconsciemment modèle sur leurs parents, et… J'imagine que Naruto n'a pas beaucoup d'amis, du coup.
– Oh, fit stupidement Iruka. Je n'avais pas réalisé.
Tsunami leva finalement les yeux de ses ramens. Elle sembla hésiter un instant. Puis elle déclara franchement :
– Si j'en avais la possibilité, je ferais quelque chose. Quelqu'un, n'importe qui, devrait faire quelque chose. Il mérite mieux. Pas seulement parce qu'on lui a imposé ce fardeau à la naissance, mais simplement en tant que personne, en tant qu'enfant de ce village qu'on a le devoir de chérir et de protéger. Il mérite mieux, et quelqu'un devrait faire quelque chose.
Iruka avait bien conscience que la phrase « quelqu'un devrait faire quelque chose » n'était pas quelque chose de très utile à dire. Personne ne disait ça et n'ajoutait derrière « et ce quelqu'un c'est moi ». C'était toujours le problème de quelqu'un d'autre. Mais Iruka était le seul adulte chargé de s'occuper de Naruto. Même s'il était aussi chargé de s'occuper de trente autres gamins, il était son professeur, la seule figure pseudo-parentale de toute l'existence du jeune Uzumaki. Il était le seul à avoir l'autorisation de l'Hokage pour s'occuper de lui, tandis que tous les autres adultes avaient l'ordre de garder leurs distances. Et puis… Il était aussi la seule personne assise en face de Tsunami, à subir le poids de son regard lourd de sens et de jugement. Quelqu'un devait faire quelque chose, et l'unique quelqu'un en place était Iruka.
Et quelle raison avait-il de dire non ? Quelle excuse avait-il pour fuir ? Il était responsable de tous les enfants qu'on lui avait confié, et si Naruto avait besoin de plus d'attention que l'élève classique, de quel droit Iruka s'y dérobait-il ? A cause de ses parents, qui étaient morts depuis des années, et qui n'auraient jamais tourné le dos à un enfant de Konoha ayant besoin d'aide ? A cause du démon-renard, le fardeau qu'on avait imposé à un nouveau-né et pour lequel le village avait passé les sept années suivantes à lui cracher au visage ? Iruka pensait à ce que Tsunami avait fait, confrontée au petit Sasuke qui lui rappellerait éternellement le meurtre de sa mère, et il avait honte. Tsunami avait eu du mal avec Sasuke, mais elle s'était battue, elle avait fait des efforts et maintenant, cinq mois après, Sasuke était complètement à sa place au sein de sa famille.
Iruka déglutit. Il n'avait pas d'excuses.
– On n'est pas venus ici pour parler de Naruto, finit par lâcher Tsunami avec un sourire un peu pâle. Arrête de prendre cet air de chien battu. Et si tu me parlais plutôt de tes autres élèves ?
Le changement de sujet était le bienvenu. Iruka orienta la conversation sur les héritiers de clans, notamment le petit Shikamaru, et la conversation se fit plus légère. A la fin de leur repas, Tsunami paya la note, et Iruka fit mine de ne pas remarquer qu'elle payait aussi pour le repas de Naruto. Ils se dirent au revoir joyeusement, et Tsunami se dirigea vers sa mission tandis qu'Iruka retournait vers l'Académie. Ses pas lui semblaient lourds.
Quelqu'un devrait faire quelque chose.
oOoOoOo
Ce fut tellement facile de s'impliquer dans la vie de Naruto qu'en rétrospective, Iruka eut encore plus honte de ne pas l'avoir fait avant. Il avait suffit de le remercier chaleureusement pour son cadeau (une petite plante en pot, come Tsunami l'avait conseillé) et de lui offrir de l'inviter chez Ichiraku plus tard dans la semaine, et… Voilà.
Iruka avait commencé à faire plus attention à Naruto. Et… Forcément, il remarquait davantage de choses. Lors des séances d'entraînement, c'était souvent Naruto qui était appelé en dernier, et la cloche coupait court ses exercices. Lors des cours de lancer de kunai, Mizuki ne se donnait jamais la peine de corriger ses erreurs. Durant les exercices en équipe, personne ne voulait se mettre dans le même groupe que lui. Iruka avait souvent détourné les yeux, il s'était toujours dit que ce n'était rien, ce n'était pas son problème, ça faisait partie de la vie normale d'un élève… Mais c'était tout le temps, tous les jours, dans tous les cours. Evidemment que Naruto n'avait aucune motivation pour faire ses devoirs. Evidemment qu'il se hérissait quand un professeur le réprimandait. Il était poussé vers l'échec.
Quelqu'un devrait faire quelque chose. Mais Naruto n'avait qu'Iruka, alors c'était à Iruka d'agir. Il s'était trouvé des excuses pendant déjà assez longtemps.
Il se mit au travail. Il commença par consciemment féliciter Naruto à chaque bonne réponse, chaque bon lancer de kunai, chaque devoir rendu. Il le fit faire ses exercices de taijutsu avec Shikamaru ou Chōji, tous les deux relativement paisibles et qui ne se moquaient guère de lui, et il prit soin de ne jamais le faire passer en dernier. Il corrigea lui-même sa position lors des cours de lancers ou des leçons de taijutsu. La prochaine fois que Naruto ne rendit pas un devoir, Iruka lui donna une retenue et la passa avec lui, à l'aider à faire la rédaction en question, et lui donnant même la moyenne à la fin.
C'était… pas toujours facile. Naruto était débordant d'énergie, c'était épuisant. Et puis, c'était Naruto, et… Même si Iruka réalisait avec surprise qu'il était un enfant normal, qu'il était même quelqu'un de drôle et attachant, ça restait un enfant négligé qui nécessitait beaucoup d'attention. D'autant plus que la majorité des gens le regardaient avec dédain et Iruka ne pouvait rien faire à ce sujet. S'occuper de Naruto était émotionnellement drainant parce que c'était un travail constant, et un travail solitaire.
Ce fut à cause de Naruto qu'Iruka eut sa première grosse dispute avec Mizuki. Iruka faillit revenir sur sa parole, laisser tomber le petit Uzumaki, se dire que ce n'était pas son problème. Mais il tint bon. Et Mizuki… Mizuki méprisait Naruto. Parfois Iruka se disait que ce n'était même pas à cause du Kyūbi, c'était juste que Naruto était un paria et que Mizuki était plein d'une frustration inarticulée qui ne demandait qu'à trouver une cible. Mais Naruto ne méritait pas cette colère. Il ne méritait pas d'être abandonné.
Iruka tint bon. Mizuki se sentit trahi et le traita de tous les noms, mais Iruka ne céda pas. Il n'abandonna pas Naruto. C'était sa première grosse dispute avec Mizuki, et ce fut difficile. Ils cessèrent de se parler durant trois mois. Même quand ils se réconcilièrent, leur ton était froid et distant. Il y avait un lien de confiance qui avait été brisé à jamais.
Tsunami n'avait jamais aimé Mizuki, mais elle fut quand même là pour réconforter Iruka et l'emmener manger une glace pour noyer son chagrin. Tsunami était une bonne amie.
Iruka l'informait assez régulièrement des progrès de Naruto. Il en tirait une certaine fierté. Naruto était meilleur en taijutsu, Naruto était arrivé cinquième dans la course d'endurance, Naruto avait rendu ses devoirs de maths à temps… C'était des petits riens, mais c'était des progrès, et c'était grâce à lui. Iruka avait fait ça. Il était un bon professeur. Bien sûr, Naruto restait un perturbateur. Il séchait moins les cours, mais ça arrivait quand même. Et il adorait créer le chaos. Durant les cours de calligraphie, il lançait des boulettes de papiers dès que son professeur avait le dos tourné… Et les lectures à voix hautes se transformaient souvent en récit dramatique de blagues stupides, qui faisaient rire les autres élèves et déconcentraient tout le monde.
Tsunami était (étonnamment) de très bon conseil. Ce fut elle qui suggéra à Iruka que si Naruto faisant tant le pitre durant les cours de lecture et d'écriture, c'était peut-être qu'il ne savait pas lire les kanji, tout simplement. Iruka s'arrangea pour vérifier ça, et fut stupéfait de découvrir qu'elle avait eu raison. Naruto savait lire, mais pas très bien. Ses pitreries visaient à cacher son ignorance… Et ça avait marché. Iruka n'y avait vu que du feu.
Quand il demanda à Tsunami comment elle l'avait réalisé, elle se contenta de hausser les épaules.
– Qui lui aurait apprit ? lâcha-t-elle d'un ton rhétorique. Itachi avait le même problème : il redirigeait l'attention ailleurs quand on essayait de lui faire lire quelque chose.
Itachi Uchiha ne savait pas lire ? Non, une seconde. Tsunami avait découvert le handicap de Naruto en le comparant à Itachi ? Parce que, quoi, ils étaient tous les deux des enfants livrés à eux-mêmes et délaissés par les adultes ?
… Iruka décida que cette réflexion le mettait très mal à l'aise, et enfouit ça tout au fond de son esprit. Nope. Nope nope nope.
(Mais n'était-ce pas un parallèle intéressant ? Itachi avait été un prodige, héritier d'un clan prestigieux, alors que Naruto était un orphelin et le dernier de sa classe. Mais tous les deux avaient été atrocement isolés. Itachi par son talent, et Naruto par le démon-renard. Iruka aurait eu du ml à faire le lien entre eux, mais… Tsunami savait de quoi elle parlait, non ? Elle avait été l'amie de Shisui Uchiha avant d'être celle d'Itachi, mais… Elle avait été son amie à lui aussi. S'était-elle sentie trahie ? Ou l'avait-elle vu venir ? Avait-elle pressenti que son isolement et son mal-être se transformeraient en violence et en tragédie ?)
(Iruka n'osait pas lui poser la question. Il avait peur de connaître la réponse. Tsunami avait aimé Itachi, jadis, mais elle n'avait jamais essayé de l'intégrer à ses autres groupes d'amis. Comme Shisui, d'ailleurs. Comme si elle savait qu'ils diraient non, comme si elle voulait les garder pour elle. Et il y avait toujours cette ombre de regret dans son regard, quand elle les regardait jadis… Avait-elle deviné, déjà à l'époque, que leur amitié se finirait dans le sang ? Avait-elle deviné que quelqu'un comme Itachi, quelqu'un comme Shisui, quelqu'un comme elle, ces gens-là ne pouvaient pas trouver de fin heureuse ensemble ?)
(Oui, Iruka avait peur de déjà connaître la réponse à sa question.)
Naruto était un gamin intelligent. Il avait du mal avec les bases, mais faisait parfois des connexions logiques invraisemblables. Il ne savait pas mémoriser par cœur les douze formations classiques de bataille en terrain ouvert, mais il savait inventer des subterfuges et des ruses pour dépasser les pièges ennemis sans s'y faire prendre. Certaines de ses idées étaient complètement abracadabrantes, ou ridiculement impossibles, mais Naruto était assez ingénieux pour y arriver. Ingénieux, mais surtout incroyablement buté. Il refusait le concept même de l'échec. S'il était battu, ou ratait son coup, il s'acharnait jusqu'à ce qu'il réussisse. Et avec ses réserves de chakra invraisemblables, parfois, il y arrivait.
Et oh, il buvait les compliments et les encouragements comme une fleur qui se gorge de soleil. Comment ne pas s'attacher à un gamin qui vous regarde avec adoration dès que vous lui adressez le moindre signe d'affection ? A chaque fois que le visage de Naruto s'illuminait ainsi, Iruka sentait son cœur se froisser comme un bout de papier. Naruto avait été si peu aimé, pendant si longtemps. C'était tellement injuste. Il méritait tellement mieux.
Au moins il avait le soutien de Tsunami, même si elle ne pouvait pas vraiment agir (cette règle selon laquelle les chefs de clans devaient rester à l'écart du Jinchuuriki était logique, mais c'était aussi profondément injuste). Elle l'avait assuré qu'elle trouverait un moyen d'agir à distance. Peut-être en trouvant le moyen de faire en sorte que Sasuke se rapproche de Naruto ? Ou qu'un autre membre de clan le fasse ? Tsunami pourrait peut-être glisser l'idée aux Inuzuka ou aux Yamanaka. Ino, Kiba et Sasuke étaient tous les trois trop jeunes pour avoir entendu parler de l'existence des Jinchuuriki, alors ils n'étaient pas concernés par les restrictions qui s'appliquaient au reste de leur clan. Surtout Kiba : il n'était pas l'héritier de Tsume Inuzuka, il avait plus de liberté pour agir. Mais bon, de là à subtilement encourager Tsume Inuzuka à faire quelque chose… Ou de là à manipuler Inoichi Yamanaka… C'était loin. Tsunami aurait besoin d'avoir bien solidifié leur alliance avant de se lancer dans des projets pareils.
Et puis, Tsunami avait déjà pas mal de trucs à gérer. Outre la police, elle s'intéressait aussi à l'Académie. Ou plutôt, elle critiquait constamment le programme de l'Académie. Cette fois, elle ne glissait plus simplement des suggestions aux autres clans : elle avançait ses propres critiques. Iruka aurait pu en être offensé, mais ça ne semblait pas dirigé contre lui. Tsunami avait des plans, des contestations, des protestations : c'était très structuré. Elle considérait qu'il n'y avait pas assez de cours d'Histoire dans le cursus. Trop de trucs inutiles dans les classes de kunoichis, aussi. Pas assez d'exercices de contrôle du chakra. Pas assez de cours d'introduction, aussi : il n'y avait aucune classe expliquant ce qu'était le Fūinjutsu, ou de classe préparant au kenjutsu, ou encore de leçons sur le ninjutsu élémentaire. Et bien sûr, Tsunami était l'une des plus grandes supporter de la suggestion des Inuzuka et des Akimichi sur la nécessité d'inclure des cours de nutrition, pour décourager les petites filles de se lancer dans des régimes stupides. Normal, puisque l'idée venait d'elle…
Iruka avait presque peur de voir ce que ça donnerait quand Tsunami aurait transformé ses tirades indignées en réelles propositions de réformation. Le responsable de l'Académie allait passer un sale quart d'heure.
Et puis, en plus des dizaines de projets qu'elle avait sur le feu… Tsunami avait aussi sa famille. Izumi voulait passer Chuunin bientôt et Tsunami voulait qu'elle attende le prochain examen ayant lieu à Konoha, histoire de minimiser les risques de kidnapping. Neji passait plus de temps chez les Uchiha que chez les Hyuga, et Tsunami essayait de trouver un moyen de le nommer son apprenti ou quelque chose comme ça. Sauf qu'elle avait déjà une apprentie, et qu'il était hors de question de néglige Karin (qui, en ce moment, collectionnait les retenues parce qu'elle avait organisé un trafic de notes explosives à l'Académie). Il y avait aussi Sasuke et son attitude solitaire. Il avait développé un lien affectif avec sa nouvelle famille, mais c'était un lien très exclusif : Neji et Karin l'incluaient dans leur duo, mais Sasuke ne parlait avec quasiment personne d'autre. Il était aussi devenu relativement protecteur d'Hikari. Et Hikari, d'ailleurs, avait de si bonnes notes que ses professeurs envisageaient de lui faire sauter une classe. Tsunami, qui avait craint exactement ce scénario-là, rongeait son frein. Iruka ne l'enviait pas.
Et puis, elle ne pouvait pas non plus relâcher la pression en allant en mission autant qu'elle le voulait. Elle avait repris les missions à l'extérieur du village, certes, mais pour trois semaines dehors elle devait passer deux mois entiers au village.
– Tu as tant de travail que ça ? lui demanda naïvement Iruka un jour.
Tsunami le regarda d'un air courroucé :
– Quoi, tu veux qu'on échange ?
– Euuuuuh…
– Parce que j'ai le job de chef de clan qui m'est tombé dessus du jour au lendemain je te rappelle ! s'emporta-t-elle. Je dois continuer à faire des missions, mais en plus je dois participer aux conseils de clans, et étudier la politique interne de Konoha ! Et je dois lire une montagne de documents récupéré chez les Uchiha sur leurs accords commerciaux et leurs pactes de non-agression et tout un tas de coutumes archaïques, et ça c'est sans compter le fait que je dois fournir les forces de police en Fūinjutsu, et que dessiner des sceaux d'entrave prend un temps fou !
Elle poussa un soupir exaspéré, et Iruka recula prudemment. Elle était un peu à cran, ces temps-ci, non ?
– Et je ne compte même pas l'entraînement ! Parce que Hayama-sensei m'a recrutée pour entraîner tous les nouveaux membres de la police recrutés au sein de la division Genins, qui sont tous des empotés ! Bientôt neuf mois que je planche sur leur cas, ils me sortent par les yeux. Et en plus de ça Kakashi est apparemment en mission depuis des semaines donc cette andouille de Gai me courre après pour tester mon taijutsu ! Un de ces quatre je vais le transformer en barbecue et il ne l'aura pas volé !
Elle s'arrêta pour reprendre son souffle, et continua de plus belle :
– Et bien sûr ces deux glands de Koharu et Homura pinaillent parce que quatre Uchiha au lieu de trois-cent trente, c'est peu, et qu'ils voudraient bien que je me mette à pondre des gosses. Ah ! Comme si j'allais prendre ma retraite à dix-sept ans pour me transformer en poule pondeuse de batterie ! Jamais de la vie ! Abrutis de traditionnalistes. Je me demande ce qui les ferait s'étouffer le plus, que je leur parle de gestation pour autrui avec insémination artificielle ou que je leur dise d'aller se faire griller la raie avec une grille de four ?
Elle s'arrêta et expira lentement. Puis elle reporta son regard sur Iruka, qui la fixait avec des yeux ronds, et esquissa une grimace :
– Ouais, la vie est compliquée en ce moment.
– Hum, hésita Iruka. Je peux aider ?
Il n'avait pas vraiment envie de se mêler de ça, mais il devait au moins en offrir la possibilité. Le visage de Tsunami s'adoucit, mais elle secoua la tête :
– Je ne pense pas. La politique des clans est compliquée, mais c'est quelque chose qu'on ne peut pas bousculer. Je n'en ai pas l'air mais je suis une bonne stratège. Serpentard pure et dure.
– Uh ? répéta-t-il avec incompréhension.
– Rien, fit Tsunami avec amusement. Un truc qui vient d'une histoire que je m'étais inventée quand j'étais petite. Mais non, désolée, tu ne peux pas m'aider. Je me débrouille bien, tout compte fait. D'ici la fin de l'année, le plus dur sera fait avec la police. Et pour les clans… Bah. J'ai déjà une bonne base. D'ici quelques mois, je tenterai quelques suggestions et on verra où ça me mène. Quant à ces deux glands de conseillers…
Elle s'arrêta, comme si elle se repassait mentalement sa tirade indignée, et fronça les sourcils d'un air soudain pensif :
– En fait utiliser la science pour agrandir le clan est une bonne idée. Surtout si je pars sur un truc bien futuriste… Hum. Un bébé-éprouvette. Ou même un clone. Hummm… Ça mérite d'être creusé. Au pire, Koharu-sama fera une syncope et ils me lâcheront la grappe.
Elle hocha la tête, l'air d'avoir pris une décision. Iruka était toujours immobile, essayant de repasser cette conversation dans sa tête pour voir si ça avait plus de sens la deuxième fois, mais non (un bébé-éprouvette ? Gné ?! De quoi elle parlait ?!). Tsunami eut l'air de réaliser qu'elle l'avait perdu en route et laissa échapper un rire un peu embarrassé :
– Mais bon, je gère. Et toi ? Tes petits monstres ?
– L'un de mes petits monstres est à toi, ronchonna Iruka pour la forme.
– Sasuke n'est probablement même pas dans le top trois de tes migraines, veinard. Il est en seconde place des miennes.
– Ah oui ? n peut s'empêcher de demander Iruka avec curiosité. Et c'est quoi la première place ?
– Les défis de taijutsu de Gai, répondit-elle promptement.
Iruka ne put s'empêcher de rire. D'accord, c'était tout à fait légitime. Qui ne connaissait pas les défis fous de Gai Maito ?
C'était étrange de penser que Tsunami, son amie Tsunami qui avait l'habitude de taguer les toilettes et de faire la sieste en cours, était devenu quelqu'un qui survivait aux défis de Gai Maito. Quelqu'un qui gérait une famille. Quelqu'un qui dirigeait un clan. Elle avait tellement grandi. Cela faisait quoi, bientôt sept ans qu'elle avait quitté l'Académie ? Et elle avait tellement vécu. Des missions, des deuils, des responsabilités. Elle était clef du clan Uchiha depuis bientôt un an et, alors qu'elle était constamment sur les nerfs après le massacre, elle commençait à s'épanouir dans cette nouvelle position.
Mais avant d'être Tsunami Uchiha, chef de clan et ninja de rang A… Elle restait Tsunami, la plus ancienne amie d'Iruka. Et il la connaissait. Au fond, c'était toujours la même personne. Celle qui avait porté les cheveux courts une grande partie de sa vie et que maintenant elle les portait longs par défi. Celle qui adorait les dango mais dont le dessert préféré était les gâteaux au miel. Iruka connaissait Tsunami depuis l'âge de cinq ans, il la connaissait par cœur. Il savait qu'elle avait toujours détesté les cols hauts et amples du clan Uchiha. Il savait que sa couleur préféré était le mauve, même si elle portait essentiellement du rouge. Il savait qu'elle avait vu son père mourir et ne s'en était jamais vraiment remise. Il savait qu'elle aimait faire de la paperasse parce que ça la calmait. Il savait qu'elle voulait toujours plus de l'avenir, qu'elle n'était jamais satisfaite de ce qu'elle avait parce qu'elle pensait que toujours plus de gens méritaient d'être sauvés, méritaient d'être heureux.
C'était Tsunami. La personne la plus férocement loyale qu'il connaissait. Et Iruka… Iruka lui devait bien le même genre de loyauté en retour.
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…
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Et voici quelques faits pour étoffer ce bonus !
1) Tsunami a commencé sa campagne de réforme de Konoha
Elle critique l'Académie à Iruka, mais propose aussi des alternatives. Des changements aux cours destinés aux kunoichi, pour les dissuader de faire régime ou d'être des fangirls. Plus de leçons d'Histoire afin de donner davantage de recul aux gamins. Leur expliquer un peu mieux comment marche le chakra, et peut-être poser les bases de ce qu'est le Fūinjutsu.
Tsunami travaille aussi avec la police. C'est Hayama Shirakumo qui est le boss, mais Tsunami est l'une de ses lieutenant, parce qu'il lui fait une confiance absolue et qu'elle a déjà fait ses preuves en tant que Jounin. Tsunami est surtout chargée de gonfler les rangs : elle fait donc appel à ses amis mais va surtout à la pêche dans la Division Genin, qui est une ressource sous-exploitée. Et elle va militer pour que la police ne repose surtout pas sur un seul clan (il ne manquerait plus que le schéma des Uchiha se reproduisent, avec la rancœur grandissant à encontre des forces de l'ordre !). Et oui, comme mentionné dans le dernier chapitre du tome 1 de cette fic, Natsu Hyuga va devenir membre de la police, l'une des très rares Hyuga à y être acceptée… Ce qui va empêcher son clan de l'obliger à prendre sa retraite pour devenir femme au foyer.
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2) Iruka et Naruto
Dans le canon, Iruka est une figure positive de l'enfance de Naruto mais ne commence à s'intéresser à lui (l'emmener manger des ramens, etc.) que quand il a dix ans environ. Neuf, peut-être, mais pas plus tôt. Là, cela arrive bien plus tôt. Et… Iruka est aussi poussé par un sentiment de culpabilité qui le rend beaucoup plus diligent.
Il ne peut pas adopter Naruto, évidemment (le Jinchuuriki est un cas spécial…) mais il va occuper un rôle beaucoup plus important dans sa vie que dans le canon. Et ça va aussi façonner Naruto, d'avoir un modèle si tôt dans sa vie, et un adulte investi dans sa réussite personnelle.
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3) L'idée d'un Uchiha bébé-éprouvette
Uh uh uh. Ce n'est pas une idée en l'air. Tsunami n'est pas une sorte de scientifique fou, mais elle a des souvenirs-rêves d'un monde où non seulement la GPA est possible mais où le clonage était considéré, pas vraiment comme banal, mais en tous les cas comme un truc accompli, fait, achevé. L'humanité était passée à être chose. Dans tous les cas, créer un être humain c'était juste de la bidouille de labo, sans aucune souffrance humaine. Elle n'a donc pas les mêmes a-priori que le reste des ninjas sur ce tabou : elle n'a pas de « barrière morale », elle ne voit pas ça comme monstrueux.
Elle est donc assez étonnée que personne n'ait essayé de faire ça avant. Surtout que leur science est largement à ce niveau. Sérieusement. Ils ont eu OROCHIMARU. Les quelques scènes qu'on a se passant dans des hôpitaux ou des labos montrent des microscopes, des ordinateurs, des pièces stériles et tout. Comparé aux autres villages (prenez l'hôpital de Suna, où Kankuro est soigné dans l'arc de l'enlèvement de Gaara) où c'est sombre, pas stérile du tout, où la plus grande science utilisée c'est le ninjutsu médical… Konoha est à la pointe de la technologie.
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Et voilà !
Cette histoire de bébé-éprouvette 'est tombée dessus mais alors complètement par hasard. Probablement une manifestation de mon inconscient hurlant que le clonage à la Naruto était bullshit. Genre, Tenzo serait un clone de Hashirama parce qu'on lui a injecté quelques cellules durant son enfance et que du coup il a éveillé un gène dormant ?! NON MADAME CE N'ET PAS COMME CA QUE LA SCIENCE MARCHE !
Ahem.
Bref. Du coup, pour ou contre un bébé-éprouvette ? Je ne parle pas d'un embryon grandit en labo, hein. Je parle de la grossesse médicalement assistée, version Naruto. Avec un donneur Uchiha. C'est à la hauteur de Konoha, ce genre de bidouillage scientifique. Alors POURQUOI leur science est axée sur les trucs horribles plutôt que sur les choses positives comme la GMA ou la GPA ?! Argh.
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Enfin bref. Prochain bonus : un bref moment dans la vie d'Hikari au cours de cette première année suivant le massacre. Et une révélation...
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