Merci pour vos reviews, désoleé du petit retard, je n'ai clairement pas de vie avec le boulot. J'espère que vous apprécierez toujours
Références à l'épisode 4 et 7: The art of murder & New York Kids
Naturellement, après cette première nuit partagée dans le lit, Jo s'était réveillée la tête sur le torse d'Henry, il n'y avait pas eu d'erreurs possibles, la jeune femme bougeait beaucoup trop dans son sommeil. Mais ni l'un ni l'autre n'avait été spécialement gêné et cela s'était même fait assez naturellement.
Isabel n'avait pas manqué de les taquiner encore, mais Jo préféra l'ignorer complètement.
Le week-end passa donc très vite et Henry se plut énormément chez les Martinez. Il était vraiment fier de voir la bonne ambiance qui régnait dans cette famille, surtout depuis que Jo les avait tous réunis.
Il parvint à conduire un peu dans les rues d'Harlem également, grâce aux bons conseils de Jo et il semblait qu'à la fin du week-end, il avait presque une maîtrise parfaite du véhicule et retrouvait un peu cette sensation qu'il avait connue dans le temps.
Les quelques jours passés dans un quartier chaud, qui n'avait pas été si chaud, en tout cas pas de leur côté. Jo avait raison, la réputation à la fois de Victor, d'Isabel et la sienne en tant que flic, devait grandement jouer et personne ne viendrait se frotter à eux.
Isabel encouragea Henry à revenir quand il voulait et lui glissa qu'il pouvait faire sa demande à sa fille, qu'il avait déjà sa bénédiction. Le jeune homme avait fortement rougi et n'avait fait qu'esquisser un sourire gêné.
Jo avait fait une longue étreinte à sa sœur et ses neveux et Henry avait eu le droit à autant d'amour de la part des jumeaux et ce fut ainsi que ce week-end de Thanksgiving se termina.
Jo n'avoua jamais à sa mère que cette histoire où ils avaient partagé un lit avant le week-end n'était que dans le but de leur affaire. Elle ne voulait pas lui laisser ce privilège.
Jo déposa Henry et quand ils y arrivèrent, ils virent Abe en très bonne compagnie, devant la boutique.
Jo fit un petit sourire en coin
- Eh bien, on dirait qu'on n'est pas les seuls à avoir passé un bon week-end.
Les deux restèrent dans la voiture, en regardant ce qui se passait en face d'eux. Abe ne les avait pas vus et de toute façon était bien trop occupé à regarder Fawn pour leur prêter la moindre attention.
Jo ne put s'empêcher de retenir son commentaire
- Et là, ce que tu fais, c'est que tu sors de la voiture et que tu ruines toutes ses chances de pouvoir l'embrasser.
Elle se rendit compte qu'elle venait de penser tout haut ce qu'elle aurait aimé voir se passer au moment de sa presque confession lorsqu'elle n'était pas partie à Paris.
Henry la regarda presque aussi intensément qu'Abe le faisait avec Fawn quelques mètres plus loin.
Il ouvrit la bouche, mais Jo haussa un sourcil
- Tu aurais dû saisir ta chance Henry. Maintenant, tu risques d'avoir une belle-mère.
Henry cligna des yeux et regarda ce qui se passait et effectivement, Fawn venait d'embrasser Abe, avant de le quitter avec un grand sourire. En le voyant jubiler de la sorte, Henry se rendit compte qu'il ne l'avait pas vu avec un air aussi idiot depuis les années 60.
- Tu as un terrible poker face – Jo plaisanta, en voyant Henry dont toutes les expressions se lisaient sur son visage.
Il reprit ses esprits. Si Abe était heureux, c'était le principal et il le méritait bien après toutes ces années. Il sourit.
- Ça doit bien faire un an qu'il lui court derrière, sans compter le faire qu'il s'agit de son tout premier amour. Je suis content de voir que les choses ont l'air d'aller dans son sens.
Il y eut un long silence et le couple transi se regarda dans le blanc des yeux pendant de longues minutes. Si tout le monde osait, alors pourquoi pas eux ? Ce n'était pas l'envie qui leur manquait, mais pour Henry, c'était surtout une question de courage. En se lançant dans une relation plutôt exclusive avec la jeune femme, il savait parfaitement qu'il n'allait plus pouvoir lui échapper par rapport à cette photo et par rapport à tout le reste, de toute façon. Il sentait ce poids en lui et son but était de lui dire toute la vérité, pour avoir une chance avec elle. Du moins, il espérait fortement que tout ceci aboutirait une fois qu'elle serait dans la confidence. L'idée de la perdre lui était déjà suffisamment insupportable comme ça.
Ils se pincèrent simultanément les lèvres. Le désir était réellement en train de prendre contrôle de leur corps et ils savaient parfaitement que ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne craquent. Mais il semblait qu'ils voulaient faire tout ceci dans les normes.
- Bon ! Je vais rentrer digérer après ce week-end à manger. Parce que je ne voudrais pas rouler en retournant au boulot, ça ne va être super convenant pour un flic quand même.
Henry pouffa
- Tu as raison ! Et moi si mon estomac reste trop plein, je ne vais pas pouvoir me concentrer sur ces pauvres corps. Merci encore de m'avoir reçu ce week-end Jo et j'espère qu'on aura l'occasion de se refaire tout ceci rapidement.
Elle lui sourit sincèrement, toujours avec cette petite mimique qui la faisait pencher la tête sur le côté.
- J'en suis certaine !
Elle lui fit une rapide bise sur la joue, qui aurait pu dévier sur les lèvres, mais Henry était bien trop gentleman pour ça.
Il sortit de la voiture et lui fit un signe de main et rentra d'un air bien jovial dans la boutique.
- Bonsoir Abraham !
Le vieil homme était déjà sur le point de prendre les escaliers et fit un large sourire en voyant son père qui avançait vers lui.
- Pops ! Content de te voir.
Ils se firent une longue étreinte bien chaleureuse et leur visage à tous les deux, trahissait quand même énormément de bonheur.
- Comment a été ton week-end ? – demanda-t-il à son fils, essayant de faire abstraction de ce que lui et Jo avaient vu quelques minutes auparavant
Abe le regarda d'un air évident
- Parfaitement bien ! Je suis vraiment content d'avoir passé du temps avec Fawn et elle et moi, on a décidé de continuer à se voir, mais on ne précipite pas les choses.
Henry ne fit qu'un signe de tête. Abe le méritait bien après tous ces événements par lesquels il était passé.
- Mais tu le savais déjà ! – ajouta Abe, avec un petit sourire en coin
Henry fit mine de ne pas comprendre
- De quoi tu parles ?
Abe leva les yeux au ciel
- Oh ! allez, je ne suis pas idiot ! Je sais bien que toi et ta chérie, vous nous avez espionnés tout à l'heure. J'ai reconnu la voiture de loin.
Henry secoua la tête à l'interpellation à laquelle Jo avait eu le droit.
- C'était le hasard, on n'a pas voulu t'espionner, mais il se trouve qu'on est arrivé au même moment. Je suis content que tu aies trouvé quelqu'un. Je te souhaite le meilleur avec elle.
Henry avait le visage encore un peu rougi. Toujours sous l'effet du très bon week-end qu'il avait passé avec Jo.
Abe croisa ses bras, et le regarda en élargissant son sourire carnassier.
- Et toi avec la petite ? J'espère que vous avez conclu ?
Il bougea ses sourcils d'un air entendu. Henry se demandait s'il s'entendait parler.
- Mais ? Il ne s'est rien passé. On a juste passé le week-end avec sa famille, qui est vraiment géniale en passant, mais on n'est pas en couple, ni rien.
Abe soupira
- Vous passez le week-end seuls et vous ne bougez toujours pas ? Même moi je me suis bougé avec Fawn… Un moment faut saisir ta chance mon vieux.
Henry se frotta les sinus.
- Ce n'est pas très approprié dans un repas de famille. Même si sa mère fait tout pour nous caser, mais il faut que Jo et moi, on en parle plus profondément et qu'on se mette d'accord. On ne veut rien bousculer.
Abe n'en croyait pas ses oreilles. Ils étaient aussi lourds l'un que l'autre.
- Y'en a pas un qui rattrape l'autre. Un moment, faudrait vous sortir le balai que vous avez dans le derrière tous les deux. Tout le monde peut voir votre attraction donc c'est bien beau de vouloir faire les choses dans l'ordre, mais vous allez finir par vous perdre si vous tardez trop. Enfin ! Tu as passé un bon week-end quand même ?
Henry hocha simplement la tête
- Comme je te le disais, sa famille est très gentille et je suis content d'avoir vu un petit bout du quartier où elle a grandi.
Ils montèrent les escaliers pour aller dans l'appartement et Henry ajouta
- Et aussi, elle m'a donné plus de cours de conduite et j'ai pu faire un peu la route dans les rues d'Harlem. Bientôt, je pourrais me remettre officiellement derrière un volant.
Abe le regarda de travers
- Ouais eh bien, même si c'est le cas, ne rêve pas pour que je te laisse derrière le volant de ma voiture, je tiens à la vie et à mon assurance.
Henry fit un petit sourire. Il savait bien qu'Abe ne le laisserait jamais conduire, c'était évident, mais au moins, s'il le souhaitait et dès qu'il aurait plus d'expérience, il pourrait sans doute avoir son propre véhicule, bien qu'il n'habitait vraiment pas loin du 11.
Henry passa un bras autour de son fils
- Eh bien, j'ai hâte de rencontrer Fawn, autre que dans un cimetière. Même si nous n'avons pas passé ce week-end de fête ensemble, il a été réussi et je sens que tout ceci ne va faire qu'amener des choses encore plus positive.
Abe se retint de dire que tout serait mieux une fois que Jo serait officiellement sa petite amie mais il finirait sans doute par se bouger avant les fêtes de Noël, tout du moins, il espérait. Il répondit au sourire de son père.
- Il n'y a aucun doute là-dessus ! Tout ira pour le mieux.
Si les malfaiteurs avaient laissé la ville au repos pendant un week-end entier, malheureusement ce ne fut pas le cas dès le début de semaine, suivant ce week-end festif.
Il apparaissait qu'une fête de famille avait mal tourné pour l'une d'entre elles et ce fut vers 6h qu'un corps fut découvert dans l'un des quartiers les plus riches de l'île de Manhattan : Les Hampton et plus précisément la ville de East Hampton.
Comme très souvent, Jo fut prévenue et dût prévenir Henry, environ vers 9h.
Quand le téléphone de la boutique sonna, Henry manqua de se casser une jambe pour le décrocher, sous le regard scandalisé d'Abe
- Je rêve ! Dès le matin, tu voudrais finir dans la rivière. Tout ça pour répondre à ta détective sexy. Sérieusement, calme-toi un peu.
Henry lui fit simplement un regard sarcastique et décrocha
- Bonjour détective !
Jo fondit un peu plus à la voix d'Henry. Elle devait reconnaître que de ne pas l'avoir eu à ses côtés la nuit précédente avait été assez bizarre, mais elle se rappelait sans cesse qu'ils n'étaient pas en couple après tout.
- Salut ! Désolée de te tirer brusquement de ce beau week-end qu'on a passé… Si seulement toutes les journées pouvaient se ressembler, mais on a un corps.
- Je me doutais bien que tu n'appelais pas seulement pour parler de la météo.
Jo gloussa et même Abe, en regardant le visage de son père, les trouva assez ridicules. Il était peut-être temps qu'ils fassent quelque chose ou ils allaient mourir de frustration, et tous les deux.
- Le corps a été trouvé dans East Hampton. Mike est déjà là-bas et il n'a pas arrêté de débiter sur le fait que certaines personnes vivent vraiment dans le luxe le plus grand, mais bon. Tu veux que je passe te prendre ?
Henry mourut d'envie de dire qu'il rejoindrait lui-même en voiture, mais si jamais il tentait de piquer celle d'Abe, ce dernier allait probablement lui rouler dessus deux ou trois fois, dans le seul but de le renvoyer dans la rivière et le laisserait croupir en prison pour les prochaines 24h, pour avoir tenté le diable.
Il céda
- C'est sur ta route alors je veux bien. Je t'attends.
Jo sentit ses joues devenir cramoisies, sans aucune raison apparente.
- Parfait ! On se retrouve dans quelques minutes, je me mets en route !
Jo fut près de la boutique en moins de 30 minutes et ils partirent directement vers la scène de crime, après avoir salué Abe.
Quand ils arrivèrent devant l'énorme demeure qui fit même rougir Henry, ils reparlèrent un peu de la veille.
- Alors – commença Jo – Abe a une nouvelle petite amie ou c'était juste un petit bisou amical ?
Henry la regarda d'un air évident, Jo éclata de rire
- Relax ! Je sais bien que ce qu'on a vu était loin d'être amical. Donc, je suppose que ce week-end a abouti pour lui ?
Henry hocha lentement la tête, en essayant de ne pas repenser aux paroles qu'Abe lui avait dit.
- Effectivement ! Fawn est comme qui dirait sa petite amie. Je n'arrive pas à le croire qu'à son âge, il a réussi à remettre le grappin sur son grand amour de jeunesse. Le destin a vraiment une drôle de façon de frapper.
Jo se mordilla l'intérieur de la joue. Ils savaient tous les deux que lors de leur rencontre en septembre passé, le destin avait également joué en leur faveur. Qui sait ce qui se serait passé, si elle n'avait jamais trouvé cette montre dans le métro et qu'elle n'était pas descendue à la morgue et rencontrer le légiste le plus excentrique qu'elle n'eut jamais connu.
Elle sourit. Un an pile après la perte de Sean. On ne pouvait pas faire mieux comme rencontre.
- Ta mère t'a rappelé quand tu es arrivée chez toi ?
- Plutôt je l'ai appelé ! Ma mère est un peu psychopathe sur les bords comme tu l'auras remarqué donc il fallait que je lui assure que je suis bien rentrée et que je t'avais bien déposé.
Elle repensa au fait que sa mère voulait une nouvelle fois connaître dans quelle situation, elle et Henry s'étaient retrouvés dans le même lit avant ce week-end, mais la jeune femme, en bonne détective qu'elle était, avait simplement gardé le secret. Sa mère se mêlait bien trop des affaires qui ne la regardaient pas.
Ils passèrent sous les banderoles « do not cross » et retrouvèrent Mike qui discutait avec des gens qui devait être le personnel de la baraque.
Il leur fit signe
- Salut tous les deux ! Comment a été le week-end festif ?
- Plutôt bien – répondit Jo, incapable de cacher cette joie
Hanson s'en rendit bien compte, mais fit comme si de rien n'était. Henry lui demanda.
- Et vous donc ?
- Tout s'est bien passé ! Les fils Hanson se sont bien tenus, sinon Karen et moi on leur a dit que le père Fouettard les attendrait au tournant pour Noël. Croyez-moi que ça calme.
Jo pouffa. Sa sœur avait déjà utilisé de la même méthode pour ses enfants. Il semblait que cela fonctionnait, puisqu'arriver à la fin de l'année, Ana et Sacha se tenaient plutôt à carreau.
Henry regarda alors la bâtisse. Il était temps de retrouver un semblant sérieux. Ils avaient un corps après tout.
- Alors, que s'est -il passé dans cette grande demeure ? – demanda l'immortel
Hanson haussa des épaules
- Personne ne sait exactement ! Dans cette demeure vit une certaine Annie Lamont. Canadienne, expatriée dans notre ville depuis près de 30 ans. Pas mariée, mais l'une des plus riches figures de l'État. Elle a eu un dîner de Thanksgiving hier soir, servi par deux domestiques que j'ai déjà interrogés. Ensuite, elle est allée dans sa bibliothèque. Certains avaient déjà fini leur service donc sont rentrés. La femme de ménage l'a trouvé ce matin, inanimée, et quand les secours sont venus, ils ont dit que c'était terminé pour elle.
Henry et Jo regardèrent la maison, d'un seul et même œil. La jeune détective demanda.
- Est-ce qu'on peut rentrer ou bien faut l'autorisation de l'inspection de l'hygiène ?
Hanson s'isola avec un des domestiques et revint quelques minutes après
- Oui, on peut y aller. Personne n'a touché le corps. Le CSU tentait simplement de relever des empreintes.
Un de domestiques conduit la petite équipe jusqu'à la bibliothèque. Henry avait une impression de déjà-vu. Mais en même temps, à quel moment dans sa longue vie, n'avait-il pas déjà eu cette impression. Il était sans doute déjà passé dans la maison, à une époque où elle n'était pas encore rénovée, mais abritait tout à fait le même genre de classe sociale.
L'escalier qui menait à la bibliothèque n'était pas très solide et n'importe qui pouvait glisser. Hanson était devant Henry, qui lui était devant Jo et son pied glissa à plusieurs reprises et la rampe était si fine qu'il était quasi impossible de s'y tenir.
Henry lui attrapa la main quand elle arriva à la fin de l'escalier, qui était relativement haut entre la dernière marche et le sol
- Je ne voudrais pas que tu te casses une jambe. Ce n'est vraiment pas le moment.
Hanson leur jeta un œil, quand Jo atterrit presque dans les bras du légiste. Il se retint de lever les yeux au ciel. Ils étaient irrécupérables.
Le corps d'Annie, parfaitement disposé, faisait rappeler à Jo, la manière dont ils avaient trouvé Gloria Carlyle. Et il faut dire qu'il y avait tout de même une certaine familiarité avec les deux. Riche et seule et probablement assez aigrie pour faire fuir le reste du monde.
Jo sentait qu'il y aurait une histoire qu'il fallait qu'ils découvrent avant de pouvoir mettre la main sur le meurtrier.
Henry était accroupi devant le corps. Il regarda les escaliers et regarda de nouveau le corps.
Jo avait perçu sa manœuvre et lui arracha les mots de la bouche
- Elle a été poussée dans les escaliers ?
Henry hocha la tête. Jo souffla.
- Je me faisais la réflexion par rapport à sa ressemblance avec Gloria Carlyle, il n'y pas trois secondes et bizarrement, tu me dis qu'elle a été poussée dans les escaliers. C'est ce que tu avais dit en premier lieu dans cette affaire.
Henry acquiesça
- C'est vrai, mais comme tu le sais, je me suis trompé. C'était de sa propre initiative que de faire croire à un meurtre. Pour simplement mourir devant l'homme qu'elle n'a jamais cessé d'aimer. Mais ici à part des vieux bouquins, je ne verrais pas l'intérêt à se jeter dans une bibliothèque donc cette fois, je suis formel. Elle a été poussée. Maintenant, à savoir par qui ? Nous avons de nombreux suspects dans cette maison.
Henry remarqua que ses côtes étaient brisées. Elle n'avait pas pu se relever, même si la chute ne l'avait pas directement tuée sur le coup. L'hématome sur sa tête montrait bien le traumatisme crânien qui s'était produit, à la minute où son front avait heurté, semblait-il, la rampe.
Jo fit le tour, tandis qu'Hanson prenait des notes de ce qu'Henry disait. La bibliothèque était vraiment mal éclairée et donnait quand même des sueurs froides. Il ne fallait pas être trop claustrophobe. Et si on ne l'était pas, c'était un bon moyen de le devenir.
En passant près d'une étagère, un papier ressemblant à une feuille de parchemin tomba.
Elle le ramassa et resta distraite par son contenu. Et plus elle le lisait, plus elle était surprise.
Elle revint vers ses deux collègues
- Les gars ! J'ai trouvé quelque chose ! Ça vaut vraiment le coup d'œil. J'ai comme l'impression que madame la grande riche savait qu'elle allait mourir.
Les deux hommes l'entourèrent et lurent avec une grande attention, ce qui était écrit sur le papier.
Hanson et Henry s'échangèrent un regard.
- Est-ce que c'est…
- Un testament ! – acheva Henry – et elle le lègue à une seule personne.
Jo lut à haute voix le nom
- Jean Laroche…vous pensez que c'est quelqu'un de sa famille ? On ne peut pas dire un héritier si elle n'a jamais été mariée et n'a jamais eu d'enfants ? À moins qu'elle en ait eu.
Henry secoua la tête
- Négatif ! Rien qu'à la posture de son corps et aucune cicatrice évidente apparente à une seule grossesse, je peux confirmer que non, elle n'a pas eu d'enfants biologiques. Cela étant, peut-être a-t-elle adopté... Mais si tel avait été le cas…
Jo continua
- Ils auraient été les premiers prévenus.
Henry acquiesça. Jo raisonnait de façon similaire à la sienne. Par moment, il se disait qu'elle s'était vraiment trompée de carrière et comme il lui avait dit une fois, elle aurait vraiment fait un excellent atout dans la médecine légale ou police scientifique.
Hanson se sentait un peu mis à l'écart et demanda
- Donc qu'est-ce que ça veut dire ? C'est un meurtre ou pas ?
- C'est un meurtre – confirma Henry – l'escalier est l'arme du crime, mais reste à trouver l'identité du tueur. Et je suggère qu'on commence par la personne mentionnée dans ce testament.
Hanson nota tout ceci
- Je vais faire une recherche une fois au poste pour savoir qui est cet homme et on lui payera une petite visite pour en savoir plus.
Les coroners embarquèrent directement le corps. Jo et Henry se regardèrent. Voilà comment se terminait un week-end de fête.
Quand ils retournèrent au poste, ils virent Lucas qui était penché sur son bureau et ne semblait pas aller très bien.
- Lucas ! Est-ce que ça va ? – demanda Henry
Ce dernier releva la tête et avait le teint plutôt blafard. Pas besoin d'être médecin que le jeune homme n'allait pas très bien.
- Hey salut boss ! – il vit Jo qui le regardait un peu d'un air fuyant – Jo, content de vous voir. J'espère que votre week-end de fête a été meilleur que le mien.
Le corps était déjà dans la morgue. Il y avait une autopsie à faire, mais Lucas n'était vraiment pas au top de sa forme.
Jo tenta
- Tu n'as vraiment pas l'air bien et à t'entendre, on dirait que ce n'est pas le cas.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? – demanda Henry, qui généralement n'avait que faire des déboires du jeune homme, mais il ne pouvait ignorer l'état de son assistant.
Lucas tenta de sourire, mais avec son air pâle, sa tentative ressembla plus à une grimace.
- Je crois que chez mes parents, j'ai juste mangé quelque chose que je n'ai pas digéré. La bouffe de ma mère est toujours tellement grasse. J'adore le gras, mais je crois que là c'était trop.
Henry s'avança vers lui et lui fichu un thermomètre dans la bouche, sans même qu'il n'eut le temps de protester. Il posa sa main sur son front et le regarda avec un œil noir.
- Tu m'expliques pourquoi tu n'es pas resté chez toi ?
Lucas haussa des épaules. Jo regarda Henry.
- Il est malade ?
- Oui ! Il a de la température ! À mon avis, ce n'est pas qu'une question d'ingestion.
Le thermomètre sonna et Henry le récupéra. Lucas avait 39(102F) de fièvre, ce qui était vraiment trop pour être au travail. Il remarqua les frissons sur les avant-bras de son assistant et la grosse écharpe qu'il portait autour de son cou.
- Tu es complètement fou de venir travailler avec de la température ! Je te renvoie chez toi illico. Tu rentres dans ton lit et tu n'en sors pas.
Lucas tenta de tergiverser
- Mais boss, je ne peux pas m'absenter, pas après ce long week-end. Vous avez besoin de moi.
- C'est moi qui commande ! Tu as de la température, ton visage est pâle, en restant dans la morgue, ça ne va faire qu'augmenter et tu vas finir par vomir sur le corps. Donc tu remontes et tu restes chez toi jusqu'à ce que ça aille mieux. Tu es consigné pour au moins les prochaines 48 heures.
Lucas refusait de bouger. Il ne pouvait manquer deux jours de travail lorsqu'ils avaient une affaire sur le bras. Jo s'y mit également.
- Lucas ! Il faut que tu fasses ce qu'il te dit. Sans rire, tu es à deux doigts de faire un malaise et même moi sans être médecin, je le vois.
Il regarda Jo et Henry. Ils avaient les bras croisés. Ni l'un ni l'autre ne comptait le laisser travailler.
Il soupira.
- Bon ! OK. Je vais rentrer ! Je vais en profiter pour me disputer avec ma mère pour avoir fait un repas trop consistant.
Henry sourit
- À mon avis, tu avais déjà des symptômes avant de manger chez tes parents. Même si je suppose que le trop-plein n'a vraiment pas dû aider. Tu en fais beaucoup Lucas et personne ne t'en voudra de t'absenter un ou deux jours. Prends le temps qu'il faudra, on gère ici.
Cela fendillait quelque peu le cœur à Lucas de devoir les laisser. De plus, il allait manquer l'occasion de voir Henry à l'œuvre sur un corps et de continuer d'apprendre du meilleur.
- J'ai texté Hanson pour savoir s'il pouvait te ramener. Henry et moi on se charge de tout, il n'y a pas de soucis. Il t'attend en haut et te demande de ne pas vomir dans sa voiture.
Lucas pouffa
- Ça devrait aller ! Merci les gars. On se revoit plus tard.
- Repose-toi bien Lucas – dirent-ils en chœur.
Ils le regardèrent marcher un peu de façon robotique et surveillèrent s'il ne faisait pas de malaise, mais il parvint à rentrer dans l'ascenseur en leur faisant un signe de main.
Ils se regardèrent. Henry partit dans son bureau pour enfiler sa blouse, faisant à demi baver Jo qui n'arrivait jamais à se détacher de ce spectacle qu'il offrait souvent.
- Bon ! Eh bien, avec deux éléments en moins, je crois que toi et moi on va avoir le double du travail.
Jo acquiesça
- Mais je crois qu'on commence à en avoir l'habitude.
Juste au même moment, ce fut Gates qui les rejoignit dans la morgue. Elle ne descendait que très rarement, encore plus rarement que Reece.
Ce pour quoi, ils furent assez surpris de sa présence. Elle tenait un dossier en main, ou en tout cas, c'est ce qui paraissait.
- Bonjour tous les deux ! Je viens de voir Wahl partir en compagnie du détective Hanson, qui m'a briefé. J'espère que personne d'autre n'a trop mangé pendant le week-end ?
Jo et Henry secouèrent la tête
- Ça va de notre côté ! On va gérer à notre façon le temps que Mike revienne !
Gates acquiesça
- Ça tombe bien. J'ai sans doute quelque chose qui va vous donner un coup de main. Avant qu'il n'emmène Wahl, Hanson m'a donné les recherches qu'il faisait, concernant la personne à qui notre victime a légué sa fortune.
Jo lui tendit le dossier, elle le parcourut et se rapprocha d'Henry pour qu'il puisse en profiter. Gates ne les trouva pas du tout subtiles.
L'expression qui se lisait sur leur visage était si semblable, que Gates se demandait comment ils n'étaient pas encore mariés. Et cette manie qu'ils avaient de finir les phrases de l'autre… Exactement comme les deux autres qu'elle avait vu passer pendant quelques années. Cela devait vraiment être un truc de commissariat New Yorkais que de se conduire de la sorte.
- Mais je ne comprends pas – avoua Jo – d'après le dossier, monsieur Laroche et madame Lamont, se connaissent que depuis deux semaines ?
Elle releva les yeux pour être certaine que tout le monde avait bien lu la même chose.
- C'est exactement ça – confirma Gates – ce qui...
- Ce qui fait de lui le suspect principal – acheva Henry, qui n'avait jamais vu quelque chose d'aussi facile.
Jo se mordilla les ongles
- Je ne vois pas trop comment un homme qui a eu la chance d'être sur son testament pourrait vouloir la tuer… Ça me paraît un peu gros cette affaire.
- Pour ça que j'ai besoin de vous pour l'élucider.
Elle s'apprêtait à rebrousser chemin, mais revint sur ses pas
- Et aussi… J'ai reçu un appel tout à l'heure. L'avocat de Madame Lamont pour être exact. Il a évidemment une copie du testament et m'a affirmé que si rien n'était résolu d'ici une semaine, l'affaire irait devant le juge pour décider si oui ou non, Laroche aura le droit à sa part… Ou si cela pourrait être partagé entre ses domestiques.
Ils n'avaient pas du tout de pression. Bon, bien sûr avec Henry, ils pensaient qu'ils allaient sans doute régler cette affaire assez rapidement et avant le deadline, mais rien n'était sûr.
Ils remercièrent Gates et se regardèrent.
- Qu'est-ce que tu en penses ? – demanda Jo
- Je dirais qu'il faut commencer par le commencement ! C'est-à-dire, rendre visite à ce cher monsieur Laroche et on avisera par la suite.
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Leur suspect habitait à Alphabet City, apparemment dans un petit appartement quand on voyait la façade extérieure du building.
Jo et Henry se regardèrent après avoir observé la façade extérieure pendant un long moment.
- Euh, je rêve ou c'est exactement le même bâtiment dans lequel, notre suspect Paul, vivait l'année dernière ?
Henry hocha lentement la tête
- Tu ne rêves pas ! C'est bien ce bâtiment !
Jo haussa un sourcil
- C'est fou ça ! Comment nos affaires peuvent se ressembler ? D'une façon ou d'une autre, on retrouve toujours des endroits qu'on a visités, mais là quand même, on avait combien de chances de retrouver exactement le même building ?
Henry rigola et lui donna un coup de coude
- Tu serais surprise que même si New York est une grande ville, un moment ou un autre, on finit par faire le tour.
Jo ne put le contredire. En dix ans qu'elle était flic, elle en avait revu des quartiers et pourtant, elle ne les connaissait toujours pas aussi bien. Henry était un vrai GPS à lui tout seul. Ce qui parfois faisait douter la jeune fille quant au nombre d'années réelles où son anglais favori vivait aux États-Unis.
Jo regarda les informations de Jean, qu'elle avait sur son téléphone.
- Avec un nom pareil, ce n'est pas vraiment le genre de quartier dans lequel j'imaginais le bonhomme, mais bon, on ne choisit pas sa vie.
- Tu as bien raison !
Jean habitait au 2e étage, soit un étage au-dessus de là où Paul vivait. Bien sûr, le jeune homme ne vivait plus là depuis, il avait été envoyé en cure de désintoxication. L'immeuble était un peu mieux maintenu que la dernière fois qu'ils étaient venus et ce n'était pas Henry qui dirait le contraire.
Avant que Jo ne frappe, elle se retourna vers Henry et le regarda d'un air sarcastique
- Qu'est ce qu'il y a ?
- Tu ne vas pas encore me faire une blague dans le genre « on demande gentiment, est-ce que je dois m'en charger ? »
Henry passa sa langue sur ses lèvres et Jo perdit toute pensée cohérente. C'était une chose qu'il fallait qu'il apprenne à ne pas faire quand elle ne pensait qu'à lui sauter dessus.
Henry se rappelait que lorsqu'ils étaient venus interroger Paul, il n'avait pas arrêté de la taquiner. À y repenser, ils n'avaient fait que se taquiner, l'un et l'autre pendant toute l'affaire. Leurs sentiments avaient déjà commencé à changer à partir de ce moment, surtout lorsqu'il avait été prêt à dévoiler son secret, dans le seul but de la protéger.
Chose qu'il n'avait jamais faite pour personne auparavant.
Il lui souffla très près du cou, tellement que si elle détournait légèrement la tête
- Ne t'inquiète pas ! Je vais rester sage aujourd'hui.
- Tant mieux !
Elle se retourna rapidement pour frapper à la porte, en tentant de faire redescendre cette tension qui s'emparait d'elle. Ce cirque ne pouvait plus durer autant… Un moment ou un autre, il faudrait vraiment agir.
