Merci de vos reviews, ravie de voir que vous êtes toujours là ;). J'espère que ce chapitre saura également vous satisfaire.
Bonne lecture
Des légères discrètes références au Pilot et Look before you leap (1x02)
Un homme un peu dépareillé leur ouvrit la porte. Il avait une barbe de trois jours, plus qu'Henry lorsqu'il oubliait de se raser. Alors soit il n'était pas encore au courant qu'il venait d'hériter d'un gros pactole, soit il cachait bien son jeu.
- Je peux vous aider ?
Jo et Henry se regardèrent et la jeune femme demanda
- Jean Laroche ?
Il acquiesça, elle montra son badge
- Détective Martinez, NYPD. Voici le docteur Morgan. Nous aurions quelques questions à vous poser au sujet d'une certaine Annie Lamont.
Au nom, le visage de l'homme changea du tout au tout.
- Pourquoi ?
Henry se chargea de répondre
- Elle a été retrouvée morte à son domicile ce matin.
Jo ne voulait pas l'effrayer
- Et on ne veut pas vous faire peur, mais elle n'avait aucun héritier et d'après nos informations, vous et Annie, vous ne vous connaissez que depuis deux semaines.
Jean écarquilla les yeux
- Oui et alors ? En quoi c'est un problème ? Les gens se rencontrent tous les jours dans la vie.
Jo et Henry se demandaient pourquoi il était autant sur la défensive
- Certes – continua Jo –, mais le problème c'est qu'elle vous a légué toute sa fortune... Alors nos soupçons se portent en premier lieu sur vous – acheva calmement Henry.
Jean leva les yeux au ciel, en rigolant nerveusement
- C'est complètement stupide !
Jo le coupa
- Est-ce qu'on peut rentrer ? Parce que si vous refusez, on va devoir vous emmener et vous allez devoir parler au poste, donc vous choisissez.
Il soupira et se poussa sur le côté pour les laisser rentrer. À la plus grande surprise du couple, l'appartement était bien plus ordonné que l'extérieur n'aurait pu le laisser paraître.
Ils s'installèrent dans le petit canapé, tandis que Jean attrapa une chaise pour leur parler.
- Bon, qu'est-ce que vous aimeriez savoir ?
- Expliquez-nous un peu comment et où avez-vous connu Annie… Et en plus, vous n'avez pas l'air très surpris de savoir qu'elle vous a légué sa fortune.
Jean regarda le couple tour à tour. Il se frotta les mains et n'avait pas trop l'air de savoir par où commencer.
Jo et Henry se regardèrent. Cette façon de se terrer dans un silence insupportable était souvent mauvais signe.
- Écoutez, ça peut arriver à tout le monde de péter un câble et si jamais vous en vouliez à son argent…
Jean coupa la détective
- Je ne l'ai pas tuée ! Alors, certes, le fait de la connaître depuis très peu de temps fait de moi le suspect numéro un et je le conçois… Mais Annie m'avait parlé du fait qu'elle comptait me léguer une partie de sa fortune au moment où elle mourait… Croyez-moi, je n'ai pas eu l'intention d'accélérer le processus… Je ne voulais pas accepter, je refusais même, mais elle a insisté.
- Dites-nous ce qui s'est passé – l'encouragea Henry
Jean prit une profonde inspiration
- Je suppose que ça s'entend à mon très mauvais accent, mais je ne suis pas Américain. Je suis français, exilé depuis près de 15 ans aux États-Unis. À l'origine, je suis venu ici avec une green card, j'avais obtenu un bon poste et j'avais une famille à l'époque. Mais le dollar a augmenté, la société a fait faillite et ma femme m'a quitté en prenant mes deux enfants. Ils sont retournés en France, parce que naturellement entre temps, elle a trouvé quelqu'un d'autre, apparemment de meilleur et de ce fait, j'ai commencé à crouler sous les dettes. Je ne pouvais plus payer ma voiture, ni rien du tout. J'ai eu les huissiers derrière le dos. Légalement, j'avais le droit de rester ici de toute façon, puisque je suis devenu citoyen américain après cinq ans de travail ici. Ironie du sort, c'est cette même année que tout s'est écroulé. Je n'avais plus un sou, plus rien… Alors qu'on me dit que j'ai tué Annie, ça me paraît gros… Parce que j'ai passé les 10 dernières années dans la rue, à vivre dans les refuges, à quêter pour manger. À vendre tous mes objets de valeur pour tenter de vivre dans des hôtels temporairement.
Jo et Henry furent touchés par sa confession. Ils s'en voulaient un peu de l'avoir jugé si vite, mais il leur fallait le fin mot de l'histoire.
- Et que vient faire Annie dans cette histoire alors ? – demanda la détective
- Cela fait une semaine que je vis dans cet appartement, grâce à elle. On s'est rencontré alors que je venais de prendre sa défense contre quelqu'un qui avait tenté de lui voler son sac à main. De ce fait, elle m'a invité à prendre un café et on a discuté sur beaucoup de points et c'est là qu'elle m'a demandé si je voulais vivre dans quelque chose de meilleur. À ma plus grande surprise, elle parlait parfaitement bien français et m'a dit qu'elle était canadienne-française. Bref, je lui ai dit que j'allais me débrouiller, mais plus les jours passaient et plus elle me disait que de toute façon, elle n'avait que faire de sa fortune et qu'il faudrait bien que quelqu'un en hérite un jour, vu qu'elle n'avait personne d'autre.
Henry demanda
- Alors elle vous a mis d'office sur son testament ?
Jean haussa des épaules
- Je ne sais pas ce qu'elle a fait, mais quelques jours après notre rencontre, j'avais cet appartement. Elle avait payé trois mois de loyer d'avance pour moi. Elle m'a dit que cela ferait l'affaire, le temps qu'elle négocie avec des acheteurs pour avoir quelque chose de plus cosy et dans un autre quartier… Je ne voulais pas de toute cette générosité et elle m'a dit que personne ne méritait de vivre dans la rue. J'apprécie le geste, mais je ne veux pas devenir milliardaire, je voulais me débrouiller tout seul. Je parvenais à gagner de l'argent de poche, en passant le balai dans une fruiterie près de là où je couchais. Le propriétaire considérait à m'embaucher comme caissier pour que je puisse au moins mettre un toit sur ma tête.
Cela faisait beaucoup d'informations. Jo et Henry n'étaient pas trop sûrs de comment trier le faux du vrai, dans tout ça. Ils allaient devoir s'en assurer auprès du propriétaire de la fruiterie.
Jo avait fait une photocopie du testament qu'elle avait trouvé à la bibliothèque d'Annie.
Elle le tendit à Jean
- Normalement, je n'ai pas le droit de vous donner ça. C'est l'avocat de madame Lamont qui devrait vous remettre l'extrait original. Nous allons continuer d'élucider cette histoire parce que nous avons une semaine avant que le cas ne passe devant un jury et à cet instant, ils décideront si oui ou non, l'argent vous revient.
Jean hocha la tête
- Je comprends ! Et ça fait du sens. Je ne la connais ni en noir ni en blanc, à part sur les quelques mots qu'on a échangé et cela n'est pas normal qu'elle me lègue toute sa fortune… Mais je vous ai dit la vérité. Vérifiez avec qui vous voulez… Je pense avoir un petit casier, parce que j'ai déjà été arrêté pour vol à l'étalage.
Jo nota tout ceci. Elle appellerait Mike en sortant. Ils n'avaient pas pensé à regarder cette information alors que généralement c'était ce qui sautait aux yeux en premier, mais peut être que le délit était si mineur que le cas n'était pas remonté en priorité. Et surtout si ce n'était pas leur commissariat qui l'avait arrêté.
Henry finit par demander
- Est-ce que vous savez si Annie avait des personnes qui auraient pu lui en vouloir ? Un de ses domestiques peut-être ? Ou n'importe qui d'autre la connaissant ?
Jean secoua la tête
- Je ne peux pas vous dire. Je n'ai jamais mis les pieds chez elle, je ne sais pas quel type de personne elle fréquentait, mais elle était assez vague lorsqu'elle parlait. J'ai comme l'impression qu'elle cachait plus qu'elle ne voulait en dire, mais je peux me tromper. Après, quand on est bourré de fric, y'a de quoi devenir parano.
Henry pouvait le confirmer. Il en avait vu des cas tout au long de sa grande vie. Jo se leva et le légiste fit de même.
- Merci de votre témoignage, Jean. On fera de notre possible pour trouver le coupable, mais ne partez pas trop loin, il se pourrait qu'on ait encore besoin de vos services.
Jean hocha la tête et le coupla quitta pour rejoindre la voiture de la jeune femme. Elle regarda son calepin et demanda à Henry.
- Tu en penses quoi ? Tu trouves qu'il jouait la comédie ou pas ?
Henry l'avait bien regardé et le tremblement dans sa voix pouvait parfaitement dire qu'il ne faisait pas semblant. Il était encore remué de toutes ces mauvaises expériences qu'il avait subies.
- J'en doute fort ! Je suppose qu'on verra ça au fur et à mesure que l'enquête avance, mais il ne m'apparaît pas coupable.
Jo acquiesça
- Pour moi non plus ! Mais apparemment, Annie n'était pas une sainte non plus. Il y a des choses à découvrir pour savoir qui aurait pu la tuer. Mais clairement, l'argent ne peut être que le seul motif.
Elle regarda le voisinage.
- Jean a l'air d'avoir toujours vécu de ce côté. On essaie de trouver la fruiterie et d'interroger le propriétaire pour confirmer l'alibi de Jean ?
- C'est la deuxième étape sur notre liste. Mais au fait, tu ne lui as pas demandé où il était ce matin ou hier du coup ?
Jo lui fit un clin d'œil
- C'est pour ça que je vais voir le propriétaire de la fruiterie. Je voudrais lui demander s'il sait où Jean a passé Thanksgiving.
Henry fit un large sourire
- Avec un peu de chance, ils étaient ensemble ce qui confirmerait qu'effectivement Jean n'est pas derrière tout ça ?
Jo hocha la tête en répondant à son sourire
- Tout à fait ! Tu as tout compris. Allez, on y va ! Je passe un coup de fil à Mike. Il doit être revenu depuis le temps.
Sur le chemin, ils eurent la confirmation de Mike qu'effectivement, Jean avait un tout petit casier à cause d'un vol à l'étalage, et il n'avait volé que des fruits et légumes parce qu'il mourait de faim donc les charges n'avaient pas été retenues. Donc, le dossier n'était pas apparu en premier lieu.
Ils arrivèrent près de la fruiterie où il n'y avait pas beaucoup de monde. Rien d'étonnant un lendemain de fête, plus personne n'avait d'argent à dépenser, mais au cours de la semaine précédente, le propriétaire du magasin avait dû en voir des personnes défiler.
Quand le couple rentra dans la fruiterie, il vit directement le badge accroché au pantalon de la jeune femme.
- Je peux vous être utile en quelque chose aujourd'hui, détective ?
Jo acquiesça et s'avança un peu plus, avec Henry sur ses talons
- Oui ! On aimerait vous poser quelques questions sur un homme qui dit vous connaître et qui travaille parfois pour vous. Il s'appelle Jean. Ça vous dit quelque chose ?
Le propriétaire hocha la tête
- Oui ! Je le connais très bien même. Le pauvre était sans abri. Il restait dans le coin. Mais il n'est pas méchant et il ne demande pas d'argent pour boire d'alcool, mais vraiment pour manger ou parfois avoir une petite place dans un motel. J'ai fini par le prendre en pitié et je lui ai donné de l'argent de poche toutes les semaines contre le nettoyage de mon magasin.
Jo et Henry hochèrent la tête. Jusqu'à présent, tout se concordait avec ce que Jean leur avait dit.
- Je lui avais proposé de travailler comme caissier à la longue comme ça il aurait un salaire et au bout d'un certain temps, assez pour pouvoir avoir un toit sur la tête, même le truc le plus basique. Pourquoi ? Est-ce qu'il aurait des ennuis ?
Jo secoua la tête
- Non non ! Enfin, pas pour l'instant ! Ce n'est qu'une simple question de routine. Il avait fait la connaissance d'une femme très riche et elle a été retrouvée morte alors comme dans nos fichiers, il est apparu qu'ils se connaissaient que depuis deux semaines…
L'homme secoua la tête
- Oh non non. Jean n'aurait pas été capable de faire une chose pareille.
Henry approuva
- C'est ce qu'on a cru remarqué, mais ma collègue et moi avons quand même besoin de quelques informations supplémentaires.
Jo continua
- On ne lui a pas demandé, mais est-ce que vous savez s'il est resté chez lui pour Thanksgiving ?
Le propriétaire pouffa
- Bien sûr que non ! Je n'allais pas le laisser tout seul. Le pauvre, je pense qu'il a déjà assez souffert comme ça. Il est venu dîner vendredi soir et il est resté à la maison pour le week-end. Il n'est rentré que ce matin dans son appartement.
Henry se rappelait avoir vu un sac de sport qui traînait dans un coin du comptoir de cuisine. Et l'ordre de l'appartement prouvait bien que personne n'était à la maison du week-end.
- Vous pouvez interroger ma femme si vous voulez, de peur que je le couvre.
Jo allait répondre, mais Henry lui prit le bras et dit
- Ça ne sera pas nécessaire. Merci beaucoup monsieur.
Il leur fit un signe de tête et Henry entraîna sa collègue dehors, qui le regarda avec des yeux ronds.
- Pourquoi tu m'as sortie rapidement de là ? Et pourquoi on n'irait pas voir la femme ?
- Parce qu'il dit la vérité. Quand on parlait avec Jean, j'ai vu un sac de sport pas encore déballé donc effectivement, on peut dire qu'il est rentré ce matin. Je ne pense pas que qui que ce soit s'amuserait à aller jusqu'aux Hampton, pour refaire la route en sens inverse par la suite. Il n'aurait pas été présent à son appartement si tel avait été le cas. Donc, je ne dis pas que ça veut tout dire, mais pour l'instant, il reste sur notre liste de suspects, mais on devrait chercher plus profondément avant de l'accuser de quoi que ce soit.
Jo hocha la tête
- Je ne l'accusais de rien, mais bien évidemment, il faut le considérer, sachant que les deux ne se connaissaient que depuis très récemment.
Henry fit un sourire carnassier quand ils rentrèrent dans la voiture
- Avoue que même au bout de deux semaines, tu avais envie de me tuer.
Le regard qu'elle lui lança lui confirma qu'effectivement, elle avait considéré plus d'une fois à lui envoyer une balle dans le derrière. Il éclata de rire et caressa délicatement sa joue.
- Je plaisante. J'adore quand tu fais ce regard. Tu es tellement belle quand tu es en colère.
Ses joues prirent une nouvelle teinte rosée. Certes, elle avait eu envie de le tuer plusieurs fois et parfois encore par moment, mais désormais, tout ce qu'elle voulait allait bien au-delà de tout ceci.
Elle mit le contact et bougonna
- Arrête de me draguer ! Tu vas finir par tomber amoureux !
Elle sentit son cœur battre dans sa gorge au moment où les mots franchirent ses lèvres. Elle disait n'importe quoi pour se sortir d'une situation embarrassante, mais elle n'en pensait pas moindre.
Henry la regarda longuement et pensa intérieurement « c'est déjà fait ma belle, trop tard ».
Ils retournèrent au 11 et croisèrent Mike qui leur tendit le petit dossier criminel que Jean avait.
- Comment a été la visite ?
- Pour l'instant, il ne nous paraît pas coupable – affirma Henry
Mike fit un regard évident
- Il joue peut-être la comédie. Je veux dire, quelqu'un se fait tuer et j'empoche le milliard, je me ferais discret aussi.
Jo leva les yeux au ciel
- Mais non ! Il a été sans abri et nous avons des alibis qui le confirment. Donc, certes, il a toutes les raisons de vouloir la tuer sachant qu'elle lui léguerait sa fortune uniquement à sa mort, mais tout ceci nous paraît un peu gros alors il faut qu'on creuse plus profondément.
Mike haussa des épaules. Il ne préférait pas argumenter leurs théories, quand ils s'y mettaient à deux, il valait mieux ne pas les contredire, surtout qu'ils avaient rarement tort.
- Alors, c'est quoi le plan ? – leur demanda-t-il
Ni l'un ni l'autre n'avait vraiment de réponse concrète à donner, mais il fallait bien commencer quelque part.
Henry se gratta sa petite barbe
- Je pensais que peut-être, on pourrait éventuellement visiter l'Ambassade canadienne qui se trouve ici ? Pour voir si on peut avoir davantage d'informations sur Annie.
Jo approuva
- J'y pensais aussi figure toi. Parce que nous ici, on n'a que son dossier que depuis qu'elle est devenue citoyenne américaine donc ses antécédents dans son pays d'origine, on n'en a aucune idée.
Mike acquiesça
- D'accord ! Et pour les domestiques ? Est-ce qu'il faut les interroger ou pas ?
Il n'y avait aucun doute, ils faisaient forcément partie de la liste de suspects.
- C'est certain – répondirent en chœur Jo et Henry
Henry continua
- L'un d'eux a certainement été beaucoup trop tenté par tant de richesse, sans être payé à sa juste valeur donc, je pense qu'il ne faut en oublier aucun.
Jo demanda
- Est-ce qu'on sait combien ils sont ?
Mike secoua la tête. Mais encore une fois, Henry semblait avoir réponse à tout.
- Pour le peu qu'on a vu, je dirais qu'il y a au moins deux femmes de ménage. Peut-être autant de cuisiniers. Un majordome et je pense que c'est à peu près tout.
Jo regarda Mike. Ce dernier se sentit tellement mis à nu.
- Quoi ? Tu veux que j'aille interroger tout le monde ?
- Mais non gros bêta ! Je veux que tu viennes avec nous. S'il y a autant de personnes à interroger, toi tout seul ou juste Henry et moi, on ne pourra pas tout gérer. Alors, on va se partager le travail, comme on sait si bien le faire.
Hanson se retint de dire que lorsqu'ils étaient tous les deux, le reste du monde n'existait pas et ils pouvaient parfaitement très bien s'en sortir sans aucune autre aide supplémentaire.
- Bon si ça peut aider. Vous voulez y aller tout de suite ou bien vous allez passer d'abord à l'Ambassade ?
Jo regarda Henry comme pour avoir son approbation. L'Ambassade était certainement souvent très prisée, qui disait administration, disait longue attente d'au moins deux heures dans des cas comme ça. Mais avec Jo et son statut de flic, ils iraient sans doute plus rapidement, surtout dans une enquête de meurtre.
- Tu penses que si on passe en fin de journée à l'Ambassade, ils seront encore ouverts ? – demanda Henry à sa jeune partenaire, comme si Hanson n'était pas là, mais il en avait l'habitude.
Jo haussa des épaules
- On a toute la journée devant nous ! Au pire pour quelques minutes, on peut leur expliquer notre cas, sinon on reviendra demain. Donc tu veux passer à la résidence d'abord ?
Henry acquiesça
- Je pense que c'est le mieux ! Si jamais l'un de domestiques est un suspect, je le verrais tout de suite et restera plus qu'à retracer comment et pourquoi cette personne a poussé Annie dans les escaliers. Et de plus, l'ambassade se trouve sur la 6e, on est beaucoup plus près de repasser aux Hampton.
Jo lui donna raison. Elle ne lui demanda même pas comment il connaissait l'adresse de l'ambassade, mais c'était Henry Morgan après tout.
Hanson trouva bon de faire une blague
- Dommage qu'il fasse froid, je me serais bien amusé à piquer une tête dans la grande piscine de madame.
Jo soupira et passa devant les deux hommes, se disant que parfois cela craignait réellement d'être une femme flic parmi autant d'idiots.
Henry releva à peine la remarque et emboîta le pas à son amie. Hanson resta à les regarder en secouant la tête.
- Soyez pas si sérieux surtout ! Vous êtes vraiment nuls.
Une fois aux Hamptons, ils prirent chacun deux domestiques pour une interrogation ensemble. Henry avait raison, il y avait bien deux femmes de ménage, deux cuisiniers et un majordome.
Jo et Henry se chargeaient d'interroger les deux femmes de ménage, tandis qu'Hanson discutait avec les cuisiniers. Quant au majordome, ils avaient prévu de lui poser les questions tous ensemble.
Les deux femmes de ménage avaient l'air dans l'incompréhension totale et avaient également du mal à comprendre l'anglais. Elles n'étaient ni Hispaniques, ni Canadiennes, ni Françaises, mais plutôt Europe de l'est ou quelque chose dans le genre, d'après les traits qu'elles avaient.
Jo faisait de son mieux pour parler le plus clairement possible pour se faire comprendre.
- Je pense qu'elles sont encore sous le choc – suggéra Henry- j'imagine que c'est l'une d'entre elles qui a trouvé le corps ?
Jo haussa des épaules. Non seulement elle n'arrivait pas à se faire comprendre, mais encore moins à les comprendre. Henry lui fit un sourire compatissant.
- Laisse-moi essayer ! Je pense avoir deviné de quel pays elles viennent !
Il se mit à débiter d'une langue que Jo n'avait pas l'habitude d'entendre et immédiatement les deux femmes semblaient beaucoup plus à l'aise.
- Alors Sofia, celle à gauche nous dit que c'est elle qui a trouvé le corps d'Annie et que rien ne laissait présager qu'on aurait eu envie de la tuer.
Jo resta entièrement bouche bée
- Natacha nous dit qu'Annie était quelqu'un de très solitaire et qu'elle ne sortait pas beaucoup. Elle donnait un peu d'argent à des œuvres caritatives, mais en dehors de ça, elle ne sortait que très peu. Pas depuis la mort de son mari.
Jo en fut encore plus estomaquée
- Attends attends, temps mort ! Elle était mariée ? Mais pourquoi ils disent que ce n'était pas le cas dans son dossier ?
Henry posa la question aux deux femmes. Jo se disait qu'elle pouvait très bien aller faire un tour dans la maison, chercher quelques indices, elle ne verra pas la différence. Clairement, elle n'était d'aucune utilité pour le coup.
- Apparemment, son mariage ne se passait pas si bien que ça, mais sa mort l'a quelque peu affectée. Vraisemblablement, elle est devenue encore plus distante et froide qu'elle ne l'était déjà, comme si elle cachait quelques souffrances dont personne ne pouvait imaginer.
Jo et Henry se regardèrent et se demandèrent bien ce que cela signifiait. Et puis, est-ce que cela avait vraiment une importance dans leur affaire ? Bien sûr, il ne fallait pas lésiner sur les indices, mais cela semblait bizarre. De plus, vu que le mari était mort, il n'y avait aucun moyen de savoir réellement comment leur relation avait été.
- Et qu'est-ce qui s'est passé dimanche soir après les restes du repas ?
Henry leur posa la question. Jo se disait qu'un jour ou l'autre, cet homme devrait lui apprendre toutes les langues qu'il parlait, surtout avec son accent qui la rendait si faible. Elle se mordilla l'intérieur joue jusqu'au sang. Elle avait déjà une première langue à apprendre de lui et cela n'avait rien à voir avec un langage. Elle cligna des yeux. Il fallait qu'elle se concentre.
- Elles me disent que comme toujours, Annie a pris sa douche et elle est partie directement dans sa chambre. Personne n'a entendu de bruit jusqu'à ce que Sofia trouve Annie en bas de l'escalier ce matin.
Jo se frotta le menton. Tout ceci n'avait aucun sens.
- Elle avait une raison de traîner dans la bibliothèque dès le matin comme ça ? Et ils sont sûrs qu'ils n'ont pas vu quelqu'un rentrer ou qu'elle n'aurait pas discuté avec quelqu'un ? Il n'y avait pas d'invités pendant le repas ?
Henry posa toutes les questions que Jo demanda et les deux filles semblaient hésiter pendant quelques secondes, mais rien ne leur revenait.
- Elle n'allait pas à la bibliothèque le matin, elle était plutôt le genre à y aller dans l'après-midi pour décompresser. Et personne n'a été invité pendant le repas, excepté tous les domestiques.
Henry réfléchit et demanda donc dans la langue des deux jeunes filles l'heure à laquelle elles prenaient le service et elles dirent vers 6h et Sofia avait vu la bibliothèque ouverte alors elle est descendue pour vérifier et voilà. Mais personne n'avait rien vu, rien entendu… Henry ajouta en note.
- Avec la grandeur de la maison, j'imagine que si quelqu'un avait voulu s'infiltrer pendant que tout le monde dormait, il aurait pu le faire.
Jo eut une lumière
- Mais attends voir ! Une telle baraque doit bien avoir un système de sécurité quelque part. On aura peut-être ce qu'on recherche avec des caméras. Demande-leur.
Il s'exécuta et les filles confirmèrent qu'il y avait bien un système de surveillance.
Jo se leva
- On va de suite aller le vérifier. Avec un peu de chance, la personne qui l'a tuée n'a pas été assez maligne.
Henry n'en était pas si sûr
- Sauf si bien sûr il s'agit d'une personne présente dans la maison et qui connaît tous les recoins où sont placées les caméras… Et qui serait capable de les désactiver.
Jo leva les yeux au ciel
- Ne pars pas déjà négatif.
Elle remercia les deux jeunes femmes d'un signe de tête et entraîna Henry dans une arrière-salle, qui se trouvait entre deux couloirs et d'où se passait tout le système de surveillance.
En rentrant dans la salle, Jo demanda
- Au fait ! Quelle langue Sofia et Natacha parlaient ?
- Bulgare ! Elles ne sont pas là depuis longtemps et avec Annie, elles parlaient un peu français, mais apparemment cette dernière avait des notions donc suffisamment pour se faire comprendre.
Jo le regarda d'un air dubitatif
- Il faudra vraiment que je prenne quelques cours particuliers de n'importe quelle langue, avec toi.
Il fit un petit sourire en coin, en passant sa langue sur ses lèvres. Ses paroles étaient interprétées de toutes les manières qui ne sonnaient pas du tout saines.
Jo s'en rendit bien compte et resta là à quelques mètres de lui, à sentir cette énorme vague de tension sexuelle se dessiner entre eux, avec une certaine électricité dans l'air qui pourrait faire griller toutes les ampoules du manoir.
Elle se racla la gorge avant qu'ils ne sortent jamais de cette pièce
- Bon ! On a du boulot ! Voyons ce qu'il y a dans ces ordinateurs.
Elle prit place parmi toute cette technologie qui lui donnait un mal de crâne parfois. Dommage que Jess ou Lucas n'étaient pas là pour lui donner un coup de main et fouiller dans ses ordinateurs comme si de rien n'était.
Elle parvint à trouver les derniers enregistrements et Henry la regardait faire sans rien comprendre aux manips qu'elle effectuait.
Elle rentra dans les fichiers des vidéos depuis dimanche soir jusqu'à lundi matin… Et elle grogna quand elle tomba sur toutes celles qui étaient diffusées entre 4 et 6h du matin.
Elles avaient toutes été brouillées ou coupées
- Évidemment ! Comme d'habitude.
Henry la regarda d'un air compatissant.
- Je te l'avais dit ! Rares sont les gens si stupides. Surtout pas dans une si grande maison.
Elle le regarda sarcastiquement
- L'espoir fait vivre !
Hanson débarqua comme un bourrin dans la salle, les faisant sursauter. Jo lui lança un regard noir, avec sa main sur son arme.
- Tu pourrais au moins prévenir quand tu arrives au lieu de faire tout ce boucan. J'ai bien failli t'en mettre une entre les deux yeux.
Hanson fit simplement de grands gestes avec ses mains pour s'excuser
- Pardon ! Mais ne sois pas si parano. Il n'y a pas grand monde dans cette maison. Vous avez obtenu quelque chose ?
Le couple secoua la tête
- On a tenté les vidéos surveillances, mais rien du tout. Naturellement, comme d'habitude, ils ont pensé à tout – expliqua Jo – et toi ?
Il secoua la tête
- Les cuisiniers, une fois leur service fini sont rentrés chez eux. Ils ne restent pas ici la semaine donc ils n'ont rien vu et n'ont pas vu quelqu'un de suspect rôder en sortant. Donc on fait chou blanc.
Jo se leva pour se mettre aux côtés d'Henry, peut-être un peu trop près au goût d'Hanson, leurs corps étaient si collés qu'on croirait à une seule et même personne. Mais il ignora. Leur fâcheuse façon de toujours prendre l'espace personnel de l'autre leur était bien propre.
Henry relata
- Par contre, on a appris qu'elle avait été mariée et que son mari était mort aussi et que leur relation étant bancale, elle ne l'avait jamais mentionné. De plus, d'après les deux femmes de ménage, cela a l'air de l'avoir un peu hantée et du coup, elle ne disait pas grand-chose à beaucoup de monde.
Hanson les écoutait bien et demanda
- Donc … Il n'y a que cet ancien sans-abri qui a remporté le gros lot, qui la connaît mieux que personne, si on peut dire ça comme ça ?
Jo et Henry acquiescèrent
- Ça a l'air d'être ça !
Henry regarda l'heure
- Si on veut aller à l'Ambassade, on ferait mieux de se presser. Il va être midi et à mon avis, beaucoup dans l'administration vont prendre leur pause déjeuner, ce qui voudra dire une longue attente.
Jo approuva. Ils sortirent tous de la maison et Hanson les regarda.
- Ça ne vous dérange pas de me déposer chez Lucas ? J'ai promis de repasser entre midi et deux pour voir comment il se sent. Croyez pas que je vous lâche, mais le pauvre n'allait vraiment pas bien tout à l'heure et je voudrais m'assurer que ça n'a pas empiré.
Jo et Henry firent un petit sourire entendu. Hanson s'était beaucoup disputé avec Lucas l'année précédente et il y avait même une certaine rivalité entre les deux, mais il semblait que dorénavant, ils allaient veiller l'un sur l'autre comme des frères et Hanson prenait déjà soin de lui comme le père qu'il était.
- Je te dépose Mike ! Pas de soucis ! Donne-nous des nouvelles quand on se revoit plus tard.
- Je le ferais !
Le trafic pour aller en plein centre de Manhattan était comme d'habitude à cette heure-ci, une véritable horreur. Jo parfois détestait ne pas pouvoir profiter de son pouvoir de flic un peu plus souvent. Elle en abusait déjà assez et allait finir par se prendre des avertissements. Elle grimaça en voyant la longue file devant eux.
- Si j'utilise encore une fois mes sirènes pour nous sortir de là, Gates va me passer un sacré savon. D'une façon ou d'une autre, Reece a appris que je m'en servais des fois pour ma propre pomme sans urgence, j'ai cru qu'elle allait m'envoyer à l'abattoir.
Hanson et Henry rigolèrent rien qu'à imaginer la scène. Reece ne se gênait pas pour montrer exactement ce qu'elle pensait et ça sans forcément ouvrir la bouche. Ses expressions faciales parlaient pour elle. Gates n'était vraiment pas mieux, au contraire, elle était pire.
Quand ils sortirent enfin de ce trafic monstre après plus de 40 minutes, Jo déposa Mike chez Lucas et repartit aussi sec pour tenter de trouver une place de parking entre la station de métro 49e et 47eme-50 Rockfeller Center, qui étaient les deux sorties qui pouvaient éventuellement amener vers l'Ambassade.
Par chance, elle trouva une place juste pile-poil devant l'Ambassade. Elle fit un large sourire.
- Ça vraiment, ce n'est pas si mal ! Je devrais peut-être jouer au loto ce soir.
Henry pouffa ! Ces petites superstitions qui parfois avaient du bon l'amusaient toujours.
Ils rentrèrent et comme Henry l'avait souligné, c'était la pause déjeuner… De ce fait, les agents étaient tous en train de manger ou presque et il n'y en avait que deux d'occupés.
Il y avait quand même une certaine attente. Malgré son statut de flic, Jo savait qu'elle ne pouvait pas toujours transgresser toutes les règles et se devait d'attendre. Au moins, ils auraient sans doute plus de temps de discuter du cas d'Annie.
