Merci de vos reviews ! J'espère que vous continuerez d'aimer. Un peu plus court mais croyez moi, c'est pour le bien de tous par rapprt au prochain chapitre ;).

ll y a une référence à l'épisode 11: Skinny dipper ( ͡° ͜ʖ ͡°) et une mini one à l'épisode 21: The night in question


Jo prit un numéro en sélectionnant l'objet de leur visite et ils partirent s'installer dans la première rangée où il y avait quelques personnes qui avaient l'air fatigués par l'attente. D'autres qui vérifiaient leurs papiers et d'autres qui pianotaient tout simplement sur leur téléphone.

Henry trouvait ça toujours triste de voir qu'au 21e siècle, plus personne ne discutait en face à face ou ne lisait plutôt qu'un bon livre ou une coupure de journal, au lieu d'avoir la tête constamment baissée sur un cellulaire ou autre outil technologique, pour lesquels il avait une énorme aversion. Même Jo, qui était pourtant une femme encore bien jeune, n'était pas autant accroc à son téléphone et généralement, elle prenait le temps de toujours discuter avec lui lorsqu'ils étaient coincés à attendre ou qu'exceptionnellement, ils devaient prendre les transports en commun.

C'était ce qu'il appréciait le plus de la jeune femme. Parmi le peu de personne qui discutait, notamment des familles, il entendait parfois des mots de français avec un accent assez prononcé. Il savait qu'il y avait pas mal de québécois qui venaient s'établir à New York pour le travail ou les affaires.

Jo avait regardé autour d'elle et susurra à Henry

- Ils ont l'air tous tellement si calmes. Moi à attendre pendant une heure, je pète déjà un câble alors pour ceux qui sont sans doute de là depuis ce matin, je ne sais pas comment ils font.

Henry sourit. C'était dans la nature des canadiens en général d'avoir beaucoup de patience et de bonté. Apparemment, vivre à New York, ne changeait pas ce côté.

- Le Canada est connu pour être un pays très chaleureux et amical donc ça ne m'étonne pas qu'ils soient calmes. De plus, je suis certain qu'une fois tous les comptoirs seront ouverts, tout ira beaucoup plus vite et ils prennent leur mal en patience.

Jo haussa des épaules

- Je pense qu'on aurait quelques leçons à tirer d'eux… Enfin moi de toute façon j'y peux rien, je suis américaine et j'ai du sang espagnol donc voilà.

Henry pouffa, peut-être un peu trop fort, au vu du regard que la secrétaire leur lança. Il se fondit sur sa chaise et regarda ses doigts.

- Je te trouve plutôt patiente malgré ton sang espagnol. Plus que la normale en tout cas.

Jo ne put empêcher cette fameuse couleur à laquelle elle était abonnée, de prendre le contrôle de ses joues. Elle remit délicatement une mèche de ses cheveux derrière ses oreilles et lui sourit, en le remerciant d'un signe de tête.

Ils attendirent environ 45 minutes, ce qui n'était pas si pire considérant le nombre de personnes avant eux, mais les pauses déjeuners se terminaient et d'autres comptoirs s'ouvraient.

Ils furent accueillis par une certaine Christine. Les comptoirs étaient divisés par un séparateur en vitre, de ce fait, le reste des clients présents n'entendaient pas les conversations et il en était de même pour les agents affectés.

- Bonjour ! En quoi puis-je vous aider aujourd'hui ?

Jo montra son badge

- Police ? Vous auriez peut-être dû le spécifier pour que quelqu'un vous reçoive plus rapidement.

Jo sourit

- On ne voulait pas paraitre impoli ! Et puis techniquement, c'est l'Ambassade canadienne, donc nous deux en tant que citoyens américains, on ne possède pas les droits.

Christine répondit à son sourire

- Si vous le voyez comme ça. Alors détectives ? En quoi je peux vous être utile ?

Henry rectifia

- Je suis médecin légiste. C'est elle la détective.

Christine réalisa alors

- Médecin légiste ? mais attendez, est ce que vous êtes là pour ?

- Pour enquête de meurtre – acheva Jo – et cela concerne un de vos citoyens, qui était établi à New York depuis au moins une vingtaine d'années. Et on aimerait avoir quelques informations sur elle.

Christine les regarda tour à tour. Elle ouvrit la bouche et regarda autour d'elle, en se rapprochant de son bureau

- Vous savez que normalement je ne suis pas autorisée à faire ça, surtout sans mandat ?

Jo fit un petit sourire angélique

- Ne vous inquiétez pas. On gardera le secret.

Christine se mordilla la lèvre et accepta.

- Bon, alors, quel est le nom de cette personne ?

- Une certaine Annie Lamont – répondit Jo, en toute confiance

Henry ajouta

- On ne sait pas exactement de quelle partie du Canada elle vient, j'aurais tendance à dire la partie francophone, mais il n'y a que vous pour nous le confirmer.

Christine effectua ses recherches dans sa base de données. Pendant qu'elle le faisait, elle demanda

- Si vous venez ici j'imagine que vous n'avez pas beaucoup d'informations sur elle, en étant établit ici ?

Jo et Henry acquiescèrent

- C'est pour ça qu'on a décidé de vous payer une visite. On se disait qu'il n'y a que son pays d'origine qui peut posséder tout ce que nous recherchons.

- N'importe quoi qui pourrait nous être utile – souligna Henry

Christina tapota pendant plusieurs minutes. Elle semblait assez confuse et Henry s'en rendait bien compte

- Quelque chose ne va pas ? – demanda t-il

Elle se mordilla l'intérieur de la joue

- Je ne sais pas ! Généralement, on trouve assez rapidement les résultats dans notre base de données et ce, malgré le nombre de personne présents dedans. Mais là, le chargement est incroyablement long et je n'ai pas encore trouvé un seul résultat.

Jo et Henry s'échangèrent un regard. Que cela signifiait-il encore ? Christine finit par relever les yeux vers eux

- Vous êtes sûrs qu'elle est canadienne ?

Jo qui avait le dossier de la victime sur elle, l'ouvrit et vérifia en deux fois. Henry également.

- Oui ! C'est écrit sur son dossier.

Christine ne voulait vraiment pas les décevoir, mais les résultats n'étaient pas du tout concluants.

- Je suis désolée ! J'aimerais vraiment pouvoir vous aider davantage, mais regardez

Elle tourna l'écran vers eux et il n'y avait absolument aucun résultat concernant Annie.

Ils froncèrent des sourcils. Comment cela pouvait être possible ? Elle ne venait tout de même pas de nulle part, c'était ridicule.

Ou il y avait un mensonge quelque part. Était-ce le dossier américain qui était monté de toute pièce ou bien le dossier canadien qui n'était pas réel ?

- C'est vraiment bizarre ça – songea Jo

Même Henry n'avait pas plus de réponses que ça. Il resta à observer l'écran, vide de tout résultat.

Christine leur fit un regard désolé

- Je suis navrée ! Je vous crois totalement, mais qui qu'elle était, apparemment elle souhaitait couper court avec son ancienne vie au Canada.

Henry suggéra

- Mais même si c'était le cas, il y a toujours des archives non ?

Christine acquiesça

- C'est vrai ! Rien ne disparaît vraiment. Mais ici nous n'avons pas tout ça. Peut-être que madame Lamont ne s'est juste pas enregistrée avec nous en arrivant aux États-Unis. Mais je peux vous donner directement le numéro des bureaux des citoyens au Canada. Ils en sauront sans doute plus que vous.

Jo accepta. Ils n'avaient sans doute pas mieux à faire. Christine gribouilla sur un post-it et le tendit à la détective. Le couple se retint de soupirer simultanément en se levant.

- Merci de votre aide quand même – affirma Jo

Christine fit un signe de tête

- De rien ! J'aurais vraiment souhaité pouvoir vous aider à trouver vos informations, mais j'espère que vous aurez plus de chance avec le pays lui-même.

- On espère aussi. Merci bien !

Jo et Henry quittèrent l'Ambassade, bien bredouilles. Jo regarda le post-it dans sa main.

- Je ne comprends pas comment il n'y aucune information dans une ambassade concernant son pays et que nous en tant qu'Américains on a tout un dossier sur elle.

Henry haussa des épaules

- Comme Christine l'a suggéré, possible qu'Annie n'ait pas créé de dossier ici, ce qui expliquerait beaucoup de choses.

Jo se frotta les sinus

- Ça ne risque pas de nous avancer si on ne possède pas grand-chose sur cette pauvre femme. Qui déjà n'avait pas des masses de contact. Pfiou, l'argent rend vraiment débile parfois.

Henry était toujours amusé des petits commentaires de Jo lorsqu'il s'agissait de la petite bourgeoisie. Il pouvait la comprendre, si elle avait été malmenée pendant son enfance, en étant dans une grande école.

En rentrant dans la voiture, il en profita pour lui demander alors qu'elle continuait de regarder le post-it, en se demandant si oui ou non cela valait la peine d'appeler.

- Au fait, je vois que tu as toujours une certaine amertume en ce qui concerne toute la bourgeoisie. Tu m'avais raconté pour cette petite blonde qui t'avais poussé dans les escaliers, mais tu ne m'as jamais dit tout le contexte ?

Jo se pinça les lèvres et le regarda. Elle hésita. Elle n'en avait pas beaucoup parlé. Elle l'avait dit à sa sœur et à sa mère qui avait littéralement cassé le nez du directeur en apprenant le fait que sa fille se faisait malmener, après tous les efforts qu'elle avait faits pour réussir à avoir la place dans cette grande école... Cela avait encore moins donné une bonne image de Jo, mais au moins, le directeur avait tout fait pour qu'elle soit de retour dans son voisinage après tout ça.

Le souvenir était quand même quelque peu douloureux.

- Euh… Je t'en parlerais… Dès qu'on pourra, dès qu'on aura un peu de temps. Parce que c'est assez long et je n'aime pas trop ressasser ce souvenir, je…

Henry la coupa, compréhensif

- Oh non non ! Jo ! Je n'insiste pas. Si tu ne veux pas me la raconter, je comprends. Je ne chercherais pas plus loin.

Jo sourit. Il était bien placé pour être secret, mais elle se disait que si un moment donné, il lui racontait toute l'histoire qui l'entourait, c'était tout à fait normal qu'elle s'ouvre également.

- Non Henry ! Ce n'est pas ça. Il n'y a aucun souci. Je te le dirais, mais là, on est juste un peu trop débordés.

Henry acquiesça

- Je suis d'accord !

Il regarda alors le post-it dans ses mains

- Veux-tu que j'appelle ? Je te vois hésitante depuis tout à l'heure.

Elle secoua la tête

- Non ! Ça ira ! En réalité, je n'ai pas le pouvoir de faire ça. Ce sont des histoires qui se passent au-dessus de mon autorité, donc je vais devoir demander à Gates si elle veut bien s'en occuper.

- Vous êtes certains qu'il n'y a pas d'autres informations et d'autres solutions pour l'instant ? – demanda le lieutenant, une fois qu'ils furent de retour au 11

Jo et Henry acquiescèrent. Au moment où Jo avait fait sa demande, Gates avait haussé un sourcil si haut qu'ils se demandaient s'ils allaient rapidement se faire éjecter de la pièce.

Mais elle avait pris le post-it et l'avait déposé sur son bureau.

- Si cela peut nous permettre un avancement dans cette affaire alors je veux bien le faire.

- Merci Sir ! – répondit Jo

Ils s'apprêtaient à rebrousser chemin pour lui laisser de l'air, mais elle leva un doigt en attention

- Hep hep ! Je veux bien appeler, mais cette enquête est la vôtre donc vous restez ici, le temps que je termine la conversation. Je ne vais pas perdre mon temps à vous courir derrière pour vous donner les informations dont vous avez besoin.

Jo et Henry n'insistèrent pas et s'installèrent dans le canapé à l'entrée du bureau.

Gates attrapa son téléphone et composa le numéro. Jo et Henry la regardèrent sans dire un mot.

Henry pouvait dire qu'il avait été grandement impressionné par Reece, c'était peu de le dire. Le lieutenant était parvenu à le faire flipper plus d'une fois, ce qui n'était pas une mince affaire dans son cas. Il devait être honnête avec lui, il avait craint plus facilement Reece qu'il ne craignait sa belle partenaire, à qui il pouvait rapidement faire fondre avec des yeux doux. Cela ne marchait pas souvent avec les lieutenants. Un peu avec Reece, surtout le jour où il lui avait fait croire qu'il dormait nu. Sa tête était si épique, qu'il se disait s'il avait possédé un de ces téléphones portables, il n'aurait pas hésité à la prendre en photo. À revoir cette image dans son grand cerveau de scientifique, il se retint de rire et feint une quinte de toux. Jo le regarda d'un air incrédule, en se demandant ce qui lui prenait encore.

Mais Gates était une femme qui ne se laissait écraser les pieds par personne et elle avait une très grande expérience à force d'être passée d'un commissariat à l'autre. Et sa dernière place l'avait rendue d'autant plus forte, enfin d'après ce que Jo lui disait. Elle n'avait jamais ménagé les deux partenaires qui fonçaient presque autant tête baissée que Jo et lui.

Gates débitait au téléphone, en prenant des airs frustrés et impatients. Personne n'avait idée de ce qui se disait, mais jusqu'à présent, les résultats ne semblaient pas concluants, vu le nombre de fois que Gates avait dû expliquer clairement la situation, ainsi qu'épeler le nom d'Annie et dire depuis combien de temps elle était établie aux États.

Après de longues minutes au téléphone, elle finit par raccrocher et croisa ses bras en regardant le couple, qui sentait bien la mauvaise nouvelle arriver.

- Laissez-moi deviner – commença Jo – rien du tout ?

Gates hocha lentement la tête

- Ils m'ont passé de service en service, comme vous l'avez entendu, je n'ai fait que me répéter et expliqué de bout en train, ce qu'il en était d'Annie, mais personne n'a d'informations sur elle. Maintenant, ça m'amène à me demander s'il y a quoi que ce soit de légitime chez elle !

Jo et Henry n'en pensaient pas moindre. Cela était très mystérieux. D'abord, elle donnait sa fortune à un homme qu'elle ne connaissait que depuis deux semaines. Évitait de sortir en public. D'après les domestiques, ne parlait que très peu… Dans des cas comme celui-ci, il était difficile de voir qui aurait pu vouloir la tuer si jamais elle ne fréquentait personne en dehors de ses domestiques et ce Jean qu'elle avait rencontré… Comme disait Hanson, peut-être qu'il jouait la comédie, mais Jo trouvait ça un peu abusé de tout lui mettre sur le dos directement. Il n'avait sans doute rien demandé.

Henry pensa à quelque chose, mais il ne pouvait pas en faire part devant Gates. Elle serait capable de le séparer de son partenariat de Jo, pour l'entraîner toujours dans toutes sortes de folies… Souvent très illégales.

Gates le tira de ses pensées

- Franchement, si l'un de vous a une solution, je suis ouverte à toutes les propositions. Notre enquête n'avancera pas si on n'a pas plus d'informations sur notre victime et que tous ceux qui ont été interrogés jusqu'à présent n'ont pas l'air assez suspects.

Henry regarda Jo en oblique. Cette dernière n'eut pas besoin d'un décodeur pour comprendre. Elle tourna lentement les yeux vers Gates, en se levant.

- Pour l'instant, on n'a pas d'autres solutions, mais on va y travailler. Il y a forcément quelque chose qui sortira quelque part. Et si Annie voulait être discrète, je dirais que seul notre pays en possède plus sur elle. On va essayer de se renseigner, possiblement sur les charités où elle aurait donné de l'argent.

Gates acquiesça. Le couple sortit un peu trop rapidement à son goût. Ils pensaient la berner, mais elle pensait bien qu'ils avaient autre chose derrière la tête, mais qu'ils ne pouvaient pas en parler. Elle secoua la tête. Ils étaient impossibles. Tout comme Richard et Kate.

Henry avait rapidement entraîné Jo à la morgue et ils étaient passés comme des flèches dans l'OCME, sous le regard éberlué des autres assistants, qui eux-mêmes faisaient des paris sur le couple fétiche, depuis l'année passée.

Ils rentrèrent dans le bureau du légiste et Jo referma la porte. Il n'était pas question d'avoir des oreilles baladeuses.

- Bon ! J'ai vu ton petit regard qui veut dire « je viens d'avoir une idée malveillante et j'ai besoin de ton support ». Qu'est-ce que tu veux faire ?

Henry fit un large sourire

- Je sais que normalement ça ne se fait pas.

Jo n'osa pas développer le fond de sa pensée

- Qu'est-ce qui se fait légalement avec toi, je me le demande.

Henry leva des épaules

- J'avoue que tu marques un point. Bref. Comme on est déjà passé dans la journée et deux fois, pour parler au personnel, je me disais qu'ils ne voudraient sans doute pas nous en dire davantage. D'ailleurs, je doute qu'ils en sachent plus que tout ce qu'ils nous ont dit… Je pensais qu'une petite visite nocturne, juste toi et moi, pourrait éventuellement fonctionner.

Jo cligna rapidement des yeux comme si elle n'avait pas bien entendu. Combien de fois était-elle rentrée par effraction avec cet homme, depuis un an qu'elle travaillait avec lui ?

- Tu veux qu'on rentre par effraction pour fouiller chez Annie ?

Henry se gratta l'arrière du crâne

- Ce n'est pas par effraction. Ce n'est que pour un but scientifique.

- C'est ça ! Comme tout ce que tu m'auras fait faire depuis l'année dernière. Tes buts scientifiques, tu sais où tu peux les mettre.

Henry lui tira la langue et la regarda donc avec ce fameux air de cocker sans maître.

- Mais il s'agit simplement de fouiller la bibliothèque. Je suis persuadé que les réponses se trouvent là-bas. Cela devait être sa pièce secrète dans laquelle personne n'allait, surtout si elle était toujours fermée.

Jo se pinça les lèvres. Il savait parfaitement ce qu'il faisait en jouant de son charme et elle détestait ça. Elle leva les yeux au ciel. Il méritait une bonne claque.

- Bon OK ! De toute façon, je suis à court de solutions pour l'instant donc si on n'a pas le choix… On fera ça. Mais si jamais on entend un bruit, on se fait rapidement la malle et on ne cherche pas à rester, peu importe ce qu'on trouve ? Parce qu'on va sévèrement se faire remonter les bretelles, si Gates apprend qu'on a encore enquêté dans son dos.

Henry hocha vivement la tête. Il n'était pas question de prendre des risques inutiles.

- Ça me va très bien. Mais je suis certain qu'on aura des chances de trouver ce dont on a besoin.

Jo regarda l'heure sur son téléphone

- J'espère bien que tu as raison. En attendant, j'ai des rapports à remplir. Si on n'a rien d'autre à faire, je ne vais pas pouvoir les éviter. On part d'ici à 19h si ça te va, on traîne, on fait ce qu'on veut, mais on doit à tout prix faire cette entrée quand on est sûrs que tout le monde dans cette maison dort ou n'est plus là.

Henry savait qu'il y avait au moins deux gardes qui devaient faire des rondes et surtout depuis que le corps avait été trouvé. La maison était également mise sous surveillance policière, mais Jo n'avait pas le temps d'argumenter avec eux. Ils pourraient appeler Gates qui les sermonnerait et les feraient revenir au 11 vite fait bien fait. Il fallait qu'ils procèdent à leur propre façon… Toujours celle de foncer tête baissée dans le danger.

Henry approuva l'idée

- Parfait alors ! Je vais également remplir les miens. Peut-être que je referais un tour sur le corps d'Annie pour voir si j'ai manqué quelque chose et je…

Jo le regarda d'un air interrogatif

- Quoi ?

- Je viens de penser à quelque chose. Si on n'a aucune information sur Annie. Et s'il ne s'agissait pas de son vrai nom ? Si elle avait commencé une vie aux États-Unis sous un alias ? Beaucoup de personnes le font.

Le souvenir brumeux de la pauvre Abigail lui revint en mémoire et il tenta de ne pas se laisser submerger par ses émotions.

Jo n'y avait pas pensé, mais voyait où il voulait venir

- Tu veux dire si tu procèdes à un test ADN, on pourra sans doute trouver si oui non il s'agit de sa véritable identité ?

Henry acquiesça et commença à s'exciter dans tous les sens.

- Je vais faire ça de suite. Si ça se trouve, on n'aura peut-être pas besoin d'aller fouiller à la maison ce soir.

Jo pouffa

- Au contraire, si jamais elle n'est pas celle qu'on pense, il va falloir trouver davantage d'informations. Et c'est certain qu'elle ne peut être que la seule à les posséder. On ne fuit jamais éternellement une identité.

Henry ne répondit pas à cette affirmation. Parce qu'au fil des siècles, il n'avait jamais arrêté de s'en créer des identités. Le fait qu'il savait qu'il était un peu fraudé lui serrait le cœur, quant à la réaction que Jo pourrait avoir quand elle découvrirait son véritable âge et sa véritable date de naissance. Il soupira mentalement. Il ne devait pas penser négativement. Les choses se feraient bien d'elles-mêmes.

Jo le coupa dans ses lointaines pensées

- Bon, est-ce que ça requiert que je reste à tes côtés ou je peux monter faire mes rapports ? Ça va prendre longtemps ?

- Quelques minutes au moins. Mais je peux venir te dire le résultat tout à l'heure si tu as besoin de travailler.

Jo attrapa un tabouret et croisa ses bras

- Tu plaisantes ou quoi ? Je préfère être mille fois ici, qu'en haut à faire ces stupides rapports qui me donnent des migraines que je n'arrive jamais à soulager.

Henry esquissa un sourire. Hanson détestait la paperasse, mais Jo n'était vraiment pas mieux. En même temps, personne n'aimait pas ça. Mais pendant les périodes creuses, ils n'avaient pas tellement le choix.

Après de longues minutes et un Henry incapable de tenir en place, tandis que Jo le regardait péter un plomb, comme très souvent, il finit par obtenir le résultat.

Il se planta devant l'ordinateur, avec une facilité déconcertante. Mais lorsqu'il s'agissait du travail, Henry oubliait parfois qu'il détestait tout ce qui était écran.

- Jo ! Viens voir !

La jeune femme se leva et traîna des pieds jusqu'au poste de travail où Henry était. Elle appuya sa main sur le dossier de sa chaise, la tête presque dans son cou. Un peu à la manière dont il avait été avec elle, quand elle était celle qui faisait des recherches pour la maman d'Abe, quelques mois auparavant.

Jo lut attentivement par-dessus l'épaule du légiste et resta assez perplexe face à ce qu'elle lisait.

- Mia Ouellet ? Attends une seconde, est-ce qu'on parle de la même personne ?

Henry se décala légèrement pour voir que l'analyse ADN matchait parfaitement avec le nom qui venait de ressortir.

Jo fronça des sourcils

- Mais ? Comment personne ne peut rien avoir sur elle si les empreintes sont les mêmes ?

Henry secoua la tête

- Changer de nom suffit. Elle n'a pas besoin de se justifier et personne n'essaiera de te retrouver. C'est simple. Tu recommences tout à zéro.

Jo l'observa longuement. Il avait l'air d'y connaître un rayon. Peut-être trop à l'entendre. Mais en même temps, on parlait d'Henry. Elle mourrait d'envie d'en savoir plus, mais ils n'avaient pas le temps de se perdre sur des détails.

- En tout cas, l'ADN la marque comme décédée.

Henry rigola

- C'est un petit peu normal, Jo. Notre victime est en effet décédée.

Il releva les yeux vers elle, car il se doutait à quel type de regard il aurait droit au moment même où les paroles avaient franchi ses lèvres. Ce sarcasme qui faisait d'elle, la femme qui l'avait charmé.

- Merci de ton éclaircissement Sherlock ! Je ne sais vraiment pas ce que je ferais sans toi.

Elle se décala de lui tandis qu'Henry continuait de sourire. Juste au moment où elle allait suggérer que soit ils rappellent directement au Canada ou refassent un tour à l'Ambassade, Hanson débarqua.

- Hey salut ! Gates m'a dit que vous n'avez pas trouvé grand-chose en allant à l'Ambassade et qu'on fait du sur place pour l'instant.

Jo et Henry se regardèrent. Hanson les observa tour à tour, en s'arrêtant dans ses pas quand il arriva à leur niveau. Naturellement, en quelques minutes, ils avaient déjà trouvé autre chose.

- Bon quoi ?

Jo se chargea de rapidement résumer la situation. Et Hanson resta autant sans voix que sa collègue

- C'est complètement… Dingue. Donc quoi ? Il faut s'assurer de tout ça après de son pays maintenant ?

Jo acquiesça

- Ce pour quoi j'allais suggérer soit de repasser à l'Ambassade, soit de rappeler au Canada, mais Gates ne va pas vouloir faire ça deux fois dans la journée, surtout qu'elle a pris quand même longtemps avant d'obtenir une réponse.

Henry se leva en se plaçant si près derrière le dos de sa partenaire qu'Hanson se demandait s'ils étaient aimantés. Il secoua la tête. Tant de proximité ne devrait même pas être autorisée.

- Je pense qu'on pourra repasser à l'Ambassade, mais d'ici demain seulement. De toute façon, dans tous les cas notre victime est morte… Il n'y a pas grand-chose de plus qu'on peut faire.

Hanson rappela quand même

- Oui enfin bon, sauf que n'oubliez pas que nous n'avons qu'une semaine pour élucider tout ça avant que ça ne passe devant un jury donc on a plutôt intérêt à trouver tout ce qu'il faut.

Jo se sentait quand même mal vis-à-vis de Jean. Il méritait sans doute de recevoir cet argent plus que n'importe qui d'autre, mais bon, c'était la dure loi américaine.

- Vous avez bien raison détective – approuva Henry –, mais je suis persuadé que rien qu'avec ce qu'on vient de trouver, on aura sans doute le fin mot de l'histoire avant ça. Ce que je veux dire, maintenant qu'on reviendra avec un nom qui existe, l'Ambassade sera en mesure de nous en dire plus si jamais ils possèdent ce qu'il faut. Sinon, on appellera nous-mêmes directement le bureau des citoyens à Ottawa.

Jo adhéra. Mais ils ne voulaient pas trop déranger Gates, alors elle tenterait quand même de passer un coup de téléphone avec son titre de détective, même si elle n'était pas très sûre d'obtenir ce qu'elle voudrait. Enfin, il y avait l'Ambassade, qui était bien gentille et elle se reposait en premier lieu sur eux.

Henry demanda alors à Hanson

- Comment va Lucas ?

Hanson revit le jeune homme, enroulé dans une couette, devant la télé et une bassine à ses pieds.

Il soupira

- Le pauvre garçon n'a vraiment pas bien digéré ce repas de Thanksgiving. Lui qui est toujours plein de vie, il peinait quand même à me dire deux trois mots. Sa fièvre est un peu retombée d'après ce qu'il me dit, car il transpire moins que ce matin, mais sa gorge est asséchée et lui qui parle toujours non-stop, entendre des bruits à peine audibles venant de sa bouche, je vous assure que ça fait bizarre.

Jo et Henry compatirent. Henry ne se souvenait pas avoir déjà vu Lucas si « malade » depuis qu'il travaillait avec lui. Ou bien le jeune homme avait toujours tout fait pour bien le cacher.

Remarque, à ce moment, Henry passait plus son temps à l'ignorer qu'autre chose. Il se disait qu'il aurait gagné à être moins ingrat quand même à cette époque. Son regard se posa inévitablement sur Jo, qui fixait l'écran d'un air vide, comme si ce dernier allait leur apporter toutes les réponses dont ils avaient besoin. S'il était devenu plus calme, plus ouvert et moins méfiant, c'était bel et bien grâce à une certaine Hispanique qui avait bousculé le cours de sa longue vie, en rentrant dans sa morgue un certain 21 septembre 2014.

Elle sentit son regard sur elle et releva les yeux et une nouvelle fois, ils se perdirent dans les pupilles de l'autre. Hanson songea qu'il en avait assez vu pour aujourd'hui et s'éclipsa doucement en précisant qu'il allait rapporter les dernières informations à Gates.

Jo reprit ses esprits la première

- Bon ! Il faut quand même que j'aille faire ces fichus rapports ! On se retrouve ce soir pour notre mission et on verra bien si on apprend plus de choses que ce petit retournement de situation.

Henry approuva et la regarda partir. Il avait du mal à détacher ses yeux d'elle et remarqua qu'elle remuait des hanches plus qu'à l'habitude. Il sourit. Elle devait certainement le faire exprès et elle savait parfaitement bien s'y prendre.