Salut, merci de vos reviews ! Cette affaire sera plus courte que les autres, donc les chapitres seront un peu réduits pour faire durer le suspens. Sorry, not sorry ;). Mais ne vous inquiétez pas, cela ne sera que pour vous apporter une bonne satisfaction au moment du dénouement.
Chapitre 9: Contre la montre
Le mois de décembre arriva bien plus vite que prévu et avec tout le rush des fêtes de fin d'année.
Et il semblait que le crime ne s'arrêtait pas le moins du monde pendant cette période, si ce n'était pas pire. Bien sûr, il se pouvait qu'il ne s'agisse pas de grosses affaires, mais avec toute cette euphorie des fêtes, les petits braqueurs de rues en profitaient grandement et le FBI ne pouvait pas être derrière tout le monde, ils avaient des choses bien plus importantes à régler.
De ce fait, la plupart des commissariats de New York se retrouvaient en prise avec des idiots du style, alors qu'ils s'en seraient bien passés.
Depuis l'affaire d'Annie, le 11 n'avait plus connu quelque chose d'aussi tordu, mais devait faire face à des cas complètement hors de contrôle, ce qui avait le don d'exaspérer le lieutenant, qui se demandait si à chaque fin d'année, les mêmes bêtises se reproduisaient sans cesse.
Et justement, il fallait penser aux fêtes, aux cadeaux et à la bouffe. Il semblait que cette année, chez les Morgan, il y avait beaucoup plus de cadeaux à offrir, depuis que Jo était presque part entière de leur vie, enfin plus ou moins, si Henry se décidait un jour à finalement lui demander un rendez-vous et peut être bien lui dire la totale vérité, ça ne serait pas plus mal. Voilà le seul cadeau qu'Abe espérait, mais il pouvait toujours attendre longtemps. Il ne connaissait que trop bien son père et c'était un lâche quand il le voulait.
Pour une journée tranquille, Jo traînait à la morgue, pour ne pas changer, Lucas lisait un roman graphique et Henry trifouillait sur un corps, sans aucune raison particulière, juste histoire de faire passer le temps.
Hanson les tira tous de leurs occupations
- Hey ! Vous allez l'air de vous ennuyer comme des rats morts tous les trois.
Lucas secoua la tête
- Pas du tout ! J'ai eu le temps de finir deux romans graphiques depuis ce matin.
Hanson regarda Henry qui avait à peine relevé la tête vers lui et Jo, assise sur un tabouret, à ses côtés, semblant particulièrement émerveillée par ce qu'il faisait. Il haussa un sourcil, accompagné d'un semblant de grimace.
- Mais qu'est-ce que vous faites doc ?
Henry releva la tête
- Oh ! Euh, rien de bien intéressant.
Hanson se retint de vomir en voyant la manière dont le corps d'un homme qui leur était parvenu après un accident était assez charcuté.
- Vous êtes en train de jouer les bouchers sur ce pauvre cadavre et vous ne faites rien ?
Henry leva les épaules. Jo ne clignait même pas des yeux.
- Il voulait juste s'assurer que ce n'était pas un meurtre – confirma Jo, qui ne détournait pas plus la tête.
Hanson se disait que sa collègue avait dû sacrément s'habituer, car moment il avait du mal à ne pas tourner de l'œil devant ce qu'il voyait. Il soupira.
- Bon ! OK ! En gros, vous ne faites rien de toute façon. J'ai une question à vous poser.
Lucas déposa son roman graphique et rejoint Jo et Henry, en avançant sur son tabouret.
- On est à l'écoute détective – répondit-il d'une voix enjouée
Hanson se tourna et retourna les mains dans tous les sens
- Je sais que c'est une fête de famille, mais est-ce que ça vous dit de venir passer les Noël à la maison avec Karen et les deux énergumènes qui me servent de fils ? Comme Jo le sait, la baraque est assez grande pour accueillir pas mal de personnes, nous avons un deuxième salon exprès pour ça. Cette année, nous ne pouvons pas visiter nos familles donc je me disais que ça pouvait être intéressant de vous le proposer.
Jo hocha vivement la tête. Les Hanson n'étaient pas non plus aisés, mais leur petite maison était assez grande pour les fêtes de famille et il y avait surtout beaucoup de place dans le jardin, ce qui était l'idéal pour les barbecues d'été. Mais l'intérieur n'était pas trop serré et l'espace supplémentaire permettait les dîners de fête en toute tranquillité. Jo le savait, Hanson et Karen les avaient souvent conviés lorsque Sean était encore présent.
En posant la question, Hanson craignait un peu les réponses, sachant que Jo avait renoué avec sa famille et qu'Abe et Henry ne s'éloignaient jamais l'un de l'autre, quant à Lucas, sa mère pouvait toujours lui couper les vives de ne pas être présent chez eux à chaque fête. Mais il fut le premier à répondre.
- Franchement Mike, c'est gentil de proposer et j'accepte avec joie.
Henry et Jo le regardèrent avec une seule et même expression
- Mais et tes parents ? – demandèrent-ils
Lucas haussa des épaules
- Depuis Thanksgiving, je n'ai plus très envie de manger les repas de ma mère. En plus, cette année ils ont prévu d'aller je ne sais pas où au Nebraska ou je ne sais quoi. Bref, sachant qu'on n'a pas vraiment de congés dans tous les cas, je leur ai dit que je les appellerais pour leur souhaiter un joyeux Noël et une bonne année, mais que je devais rester là, dans le cas le crime sévit.
Tout le monde comprit qu'il s'agissait d'une excuse. Et ils ne pouvaient pas vraiment le blâmer.
- Mes parents sont cool quand ils veulent, mais encore trop collants. Je commençais à faire des plans pour voir si je pouvais vous inviter, mais c'est gentil de proposer détective, donc je suis de la partie.
Hanson fut ravi d'entendre ça et mit une note sur son téléphone. Il regarda Jo et Henry.
- Vous deux ? Ça vous tente ? Je sais que vous avez la famille, mais comme je l'ai dit, on peut accueillir tout le monde donc Jo si tu veux dire à ta mère, ton frère et ta sœur et toute la panoplie, tu peux les inviter. Et Henry, vous pouvez venir avec Abe, ça ne me dérange pas.
Henry et Jo s'échangèrent un regard comme s'ils avaient besoin de l'approbation de l'autre, ce qui n'échappa pas à leurs deux amis. À cette allure-là, ils n'auraient pas besoin de se passer la corde au cou, ils agissaient déjà comme tel.
Jo hocha la tête
- Eh bien si tu es prêt à supporter ma folle de mère, mon frère si on le laisse sortir, Clara et ses deux petits monstres qui vont certainement être de mèche avec Donnie et Matt, et son mari… Moi je ne vois pas d'inconvénient. Ma mère ne m'a rien dit de ce qu'elle comptait faire pour les fêtes donc je vais lui en parler et j'appellerais l'établissement de Luis pour savoir s'ils le libèrent pour Noël et le jour de l'an.
Le sourire d'Hanson s'élargit et il n'attendait plus que la réponse d'Henry. Ce dernier n'avait absolument rien de prévu non plus et effectivement, comme souvent, il comptait rester seul avec Abe qui pourtant était juif, mais bon, certaines traditions demeuraient, peu importe ce qu'il en était.
- Ma foi, Abe et moi n'avons rien de mieux de prévu. Je lui en parlerais ce soir, mais je ne pense pas qu'il y verra un seul inconvénient. Sa petite amie Fawn passe les fêtes avec le reste de sa famille donc nous serons tous les deux.
Cela faisait bizarre à Henry de mentionner Fawn comme la petite amie d'Abe, mais c'était bel et bien ce qu'elle était.
Son regard dévia vers Jo. Il serait vraiment peut-être temps qu'il fasse quelque chose avec cette belle Latina, avant qu'elle ne finisse vraiment par lui échapper. Même si cela ne semblait pas être dans ses plans, récemment.
Hanson se tapa dans les mains, ravi
- Génial ! Bon eh bien, je préviendrais Karen ce soir pour lui dire que la maison va être remplie le 24 au soir. On installera les enfants à une table à part pour éviter qu'ils nous cassent trop les pieds. J'ose espérer qu'ils n'entraîneront pas trop tes neveux à faire des bêtises.
Jo pouffa, au même titre qu'Henry
- Crois-moi, avec Clara comme mère, ils n'oseront même pas, sinon ils pourront rapidement dire adieu à leurs cadeaux.
Ils se regardèrent tous. Lucas se sentit particulièrement submergé par l'émotion. Ils allaient tous passer les fêtes ensemble, comme une vraie famille. Cela faisait plaisir à voir et lui réchauffait le cœur. Il avait passé tellement les trois dernières années à tenter de faire sortir Henry de sa tanière sans grand succès… S'il avait su qu'une certaine Jo Martinez basculerait toutes ses habitudes, il aurait tenté de la contacter bien plus tôt.
Hanson ajouta
- Et ne vous fatiguez pas à acheter des cadeaux pour les gosses, pour moi, pour Karen. Votre présence nous suffit.
Jo leva les yeux au ciel
- Mais enfin quand même Mike. On ne va pas faire nos malpolis. Tu nous invites, c'est la moindre des choses.
- Je suis d'accord avec Jo – ajouta Henry – c'est déjà bien gentil à vous de nous inviter donc ce n'est que la moindre des choses et puis c'est Noël.
Hanson leva les bras en signe de rémission
- Comme vous voulez, mais par pitié ne gâtez pas trop mes deux terreurs, ils ont déjà assez de conneries comme ça et ils jouent avec, trois fois dans l'année donc, moi j'en peux plus. Hâte qu'ils grandissent ces imbéciles.
Jo gloussa, sa tête retombant à moitié sur l'épaule d'Henry, qui ne bougea pas d'un pouce.
Elle avait déjà vu Matt et Donnie, plusieurs fois et effectivement, ils étaient quand même deux éléments perturbateurs. Apparemment, avoir un père flic ne suffisait pas à les faire tenir tranquille. Même la pauvre Karen était épuisée par moment, mais heureusement elle avait une certaine autorité qui faisait que même Mike restait tranquille.
Hanson et Lucas s'échangèrent un regard complice. Il y allait avoir du gui qui allait se perdre pendant ce dîner de Noël.
Leurs piaillements de basse-cour amenèrent apparemment Gates jusqu'à eux. Tout le monde se leva en la voyant marcher dans la morgue.
- Sir – accueillit Jo – qu'est-ce que vous faites là ? Est-ce qu'on aurait un corps ?
- Ça serait pas trop tôt – bougonna Lucas, dans son coin, ce qui lui valut tous les regards sur lui et il se fit tout petit derrière son roman graphique.
Gates secoua la tête
- Non ! Pas de corps ! En fait, j'aurais un petit service à demander à l'un de vous deux… - elle s'adressait à Hanson et Henry, mais elle regarda tout de même Lucas et se disait que cela ne marcherait sans doute pas… Mais bon, elle ne voulait pas se prendre une remarque style préférentiel – en fait, ce matin, nous recevons la visite d'une école maternelle de la ville, plus précisément celle de la 2de South avenue. Et nous n'allons pas montrer comment tuer des gens ou quoique ce soit dans le style, non. Nous allons leur distribuer des petites friandises et quelques cadeaux, qui ont déjà été préparés par leurs professeurs et une partie de la NYPD. Tous les cartons sont dans la salle des archives, mais le Père Noël qui devait être présent, nous a lâchés à la dernière minute… - elle leva les yeux au ciel – apparemment il a un contrat au Pôle Nord.
Elle déclencha l'hilarité générale. Lucas demanda.
- Ne me dites pas que c'est l'excuse qu'il vous a donnée ?
- Très précisément. C'est du n'importe quoi. Mais enfin bref, je n'avais pas le temps d'argumenter donc j'aurais besoin d'un de vous trois pour faire le Père Noël. Et vite, ils arrivent dans une heure.
Tout le monde tomba des nues et les trois hommes se regardèrent affolés.
- Mais Sir, pourquoi vous ne nous avez pas prévenus avant de leur visite ? – demanda Jo
Gates haussa des épaules
- Parce que tout était déjà réglé ? – elle soupira – bon, alors qui de vous trois veut avoir l'honneur ? Pour les petits enfants.
Henry et Lucas regardèrent Hanson
- Quoi ? Vous êtes sérieux ? Je vous signale que c'est moi qui aie deux enfants ici et je passe ma vie à jouer le Père Noël depuis les six dernières foutues années donc lâchez-moi la grappe un peu, je sens que je vais encore y avoir le droit.
Gates regarda alors Henry et Lucas
- Un de vous deux veut se sacrifier ?
Lucas explosa de rire
- Moi je dis non ! Je ne suis pas assez doué avec les enfants. La dernière fois que je l'ai fait, ça a fini avec des cris et des pleurs dans tous les sens et les parents m'ont détesté donc franchement, je laisse ma place, merci.
Henry n'eut même pas le temps de protester que Gates céda
- Parfait alors ! Docteur Morgan, vous êtes le Père Noël désigné pour cette année. Un costume vous attend dans la salle des archives, avec un peu de rembourrage dedans parce que vous êtes particulièrement maigre pour rentrer dedans. Bref, ne traînez pas trop, vous savez que j'ai horreur de ça.
Il ne put même pas donner son opinion que le lieutenant leur tourna le dos. Tout le monde regarda alors Henry. Jo se pinça les lèvres, pour s'empêcher de rire.
- Pourquoi c'est toujours sur moi que ça tombe ? On ne m'a même pas laissé trois secondes de réflexion.
Jo lui tapota l'épaule d'un air compatissant
- Allez, ça va bien aller ! Je suis sûre que tu feras du bon travail, je sais que tu es très à l'aise avec les enfants.
- Oui, mais enfin, il y a une différence entre jouer les Pères Noël et juste s'en occuper. Je n'ai jamais fait ça de ma vie.
Ce qui était vrai. Même s'il avait élevé Abe, ce dernier avait trouvé bien trop rapidement que le Père Noël n'existait pas, surtout lorsqu'Henry avait tenté de passer par la cheminée, qui était allumée et la suite, tout le monde peut très bien l'imaginer. Il espérait que cette année, Noël le lâcherait un peu et qu'il n'allait pas encore finir dans la rivière. À cette époque de l'année, il avait autre chose à faire.
Il n'avait pas vraiment le choix, ou Gates pourrait être celle qui l'enverrait à coups de pied y faire un tour. Il soupira. Être un homme si classique ne présentait pas toujours des avantages.
- De toute manière, le lieutenant Gates me l'a carrément imposé, donc je doute que je puisse passer au travers. Elle avait déjà l'air assez irritée que ni Hanson ni Lucas ne veuillent accepter.
Hanson lui donna également une tape amicale
- Un jour, vous me remercierez doc.
Henry regarda l'heure. Gates avait dit que les enfants seraient là dans ce qui serait désormais dans moins d'une heure. Il fallait donc qu'il se prépare de suite, surtout s'il voulait parvenir à faire rentrer le costume, sans trop s'enfoncer dedans.
Jo lut dans ses pensées et descendit de son tabouret.
- Allez viens, je vais t'aider avec le costume. Ce n'est jamais évident de le mettre seul.
Ils se firent siffler par leurs deux collègues. Jo leur lança un regard sarcastique en entraînant son collègue par le bras, avant d'entendre d'autres jérémiades.
- Henry va certainement lui faire un joli strip-tease – s'extasia Lucas
Hanson hocha la tête
- Peut-être qu'il en profitera en effet même si je sais que c'est inutile de retirer ses vêtements quand on enfile le costume du Père Noël.
Lucas le regarda avec un air de petit chien battu
- Ne brisez pas mes rêves comme ça, détective.
Jo avait accompagné Henry jusqu'à la salle des archives où il y avait un bordel que même Jo n'avait jamais vu et qu'elle n'avait pas dans son appartement ou sur son bureau. En rentrant, elle vit parfaitement comment le visage d'Henry tourna au blême. Elle pouffa et le tira pour qu'il ose rentrer.
- Mais allez, ne fais pas la mauviette là ! Ce ne sont que des cartons et un peu de poussière. En même temps, ça ne s'appelle pas la salle des archives pour rien.
Henry avança comme un automate et regarda le costume qui trônait sur une chaise. Il l'attrapa et se perdit à moitié dedans.
- Quel genre de personne a été pris pour porter ça ? On peut en mettre deux de mon gabarit dedans.
Jo passa de l'autre côté pour l'aider à retrouver le bout et lui dit d'une voix douce
- C'est pour ça que généralement, ce sont des personnes qui ont un embonpoint et qui ont une taille au-dessus de la nôtre, qui ont le droit de jouer ce rôle.
Il enfila la chemise et Jo l'aida en tenant un côté. Elle pouvait à peine cacher le rouge similaire à celui du costume, qui ornait ses joues, mais ce petit moment leur appartenait et elle ne voulait le briser pour rien au monde.
Quand il prit le pantalon, il le regarda et commença à rire nerveusement.
- Je suis vraiment censé enfiler ça ? Mais à tous les coups, un enfant va s'accrocher à moi et il va glisser, forcément.
Jo regarda la ceinture qui était avec.
- Je pense que la ceinture va t'aider, mais tu vas mettre un peu de rembourrage, et ça devrait mieux tenir.
Elle lui tendit tout le matériel. Henry soupira et retira ses chaussures pour enfiler le pantalon par-dessus celui qu'il portait, il avait mis un peu de rembourrage dedans et également dans la chemise. Jo passa la ceinture autour de lui et la boucla avec des mains quelque peu tremblantes. Henry avait la gorge sèche et une pensée assez perverse lui traversa l'esprit en voyant les mains de la jeune femme sur la ceinture.
Elle releva les yeux vers lui, en arrangeant un peu le costume et ses yeux brillaient toujours autant de cet éclat qu'il voyait depuis plusieurs mois.
Ils restèrent de longues minutes à se regarder dans le blanc des yeux sans rien dire jusqu'à ce que la jeune femme reprenne ses esprits et attrape le bonnet avec la fausse barbe.
- Tu ne serais pas un vrai Père Noël sans ta barbe.
Il bougonna Dieu sait quoi, mais se laissa faire. Jo tira un peu dessus pour être sûre qu'elle tiendrait.
- Bon ! Tu es paré.
Henry voyait bien qu'elle se retenait de ne pas rire. Mis à part quand il sortait du East River, il n'avait pas tant l'habitude de se ridiculiser.
- Le principal c'est que tu ne fais pas peur. Tu flottes un peu dans le costume, mais vu la grandeur, ça ne m'étonne pas. Cependant, tu devrais avoir la côte auprès des enfants. Tu as un air adorable et tout doux… Enfin pas que ça te change de l'habitude.
Il haussa un sourcil et elle se rattrapa avant de continuer de se faire griller
- Bref ! On ferait mieux de remonter, on va finir par faire parler tout le monde.
Henry regarda les cadeaux, mais Jo lui dit que d'autres personnes de la NYPD viendraient sans doute les apporter au moment où les enfants seraient tous épatés par le Père Noël.
Après une heure, ils entendirent des grands bruits dans les couloirs et pas des plus discrets, donc tout le monde sut que l'école était arrivée.
Gates les accueillit et les conduit jusqu'au centre de la salle où chaque détective regardait les petites bouilles d'un air attendri.
Jo était assise à moitié sur son bureau et regardait les petites têtes qui avançaient lentement dans la salle, en se tenant la main. Ils avaient été particulièrement bruyants en arrivant, mais il n'y avait plus eu un bruit, dès qu'ils avaient été entourés de tout ce monde.
Quelques bureaux avaient été poussés pour faire une place où les enfants pourraient s'asseoir en rond, sur un petit tapis qui avait été mis là pour l'occasion. Un fauteuil était également posé devant le tapis. Les quelques décorations présentes dans le commissariat plongeaient vraiment tout le monde dans l'ambiance festive. Quelques détectives discutèrent avec les instits et expliquèrent aux enfants le programme.
Gates s'approcha de Jo
- Où est votre ombre ? Je vous ai vu revenir ensemble de la salle des archives.
Jo se retourna vers l'ascenseur où Henry s'était caché dans la salle de repos.
- Je lui ai dit d'attendre dans la salle de repos. On a besoin de lui tout de suite ?
Gates hocha la tête
- C'est un petit peu la raison pour laquelle ils sont là. Mais il faut qu'il arrive avec les paquets.
- Oh, j'ai croisé quelqu'un qui m'a dit qu'il se chargerait de les transporter et de les amener pour Henry.
Ce dernier semblait complètement dépassé par le chariot de cadeaux qui se trouvait devant lui. Il ne se sentait pas particulièrement à l'aise dans son costume, mais il se voyait mal tirer ce chariot, à lui tout seul.
L'ombre de la jeune détective lui fit lever la tête. Elle pouffa.
- Tu ne vas jamais pouvoir tirer ce chariot avec ton costume trop lâche.
- C'est exactement la réflexion que je me faisais.
Jo regarda le chariot. Ce n'était pas sorcier et puis les enfants ne comprendraient pas forcément la différence.
- Allez Père Noël, je vais te donner un coup de main. Passe devant, ils n'attendent que ça.
Henry se retrouva très rapidement débordé par tout ce lot d'enfants qui d'un seul coup n'arrêtait pas de hurler et de crier, excités comme pas deux de recevoir leurs cadeaux.
Et personne ne faisait quoi que ce soit pour le tirer de là. Jo était hilare, au même titre qu'Hanson et Lucas et personne n'allait lui faire oublier ce moment. De nombreux téléphones étaient braqués sur lui et le pauvre se disait que c'était sans doute la première et la dernière fois qu'il jouait les Papa Noël. En tout cas, jusqu'à ce qu'il ait des enfants à son tour, s'il était béni d'en avoir d'autres et biologiques, d'ici là.
Quand tout le monde eut reçu ses cadeaux et qu'Henry avait eu le droit à de nombreux câlins et bisous bien baveux, il sortit de là avec l'impression que toute son énergie venait d'être drainée. Jo avança vers lui et lui retira délicatement le bonnet.
- Bravo ! Tu as super bien joué ton rôle. Cette patience que tu as est admirable.
Henry la regarda comme si elle parlait tout, sauf sa langue. Elle fit un petit sourire en coin et lui fit une rapide bise sur la joue, histoire d'ajouter à tout ce qu'il avait déjà eu et bien sûr cela n'échappait pas à Gates, Hanson et Lucas qui les regardaient de loin. Gates reçut un coup de téléphone dans son bureau et s'éloigna pour répondre.
Henry se débarrassa rapidement du costume, parce qu'il commençait à avoir chaud et se dirigea automatiquement vers la salle de repos, Jo sur ses talons, ainsi qu'Hanson et Lucas.
Il se versa une très grande tasse de café.
- Vous comprenez maintenant pourquoi je ne voulais pas me sacrifier aujourd'hui – avoua Hanson, qui regarda Henry avaler le litre de café d'une seule traitre.
Il hocha vivement la tête. Il savait mieux que quiconque, à quel point cela était fatigant de s'occuper d'enfants, mais lorsqu'il y en avait une vingtaine, cela était sans nul doute, encore pire.
Lucas ajouta
- Moi je trouve que vous avez bien géré. En tout cas bien plus que moi.
Jo sentit le rouge à ses joues et le complimenta davantage
- Henry a vraiment un don avec les enfants. Je le sais, je l'ai vu avec mes neveux.
Une fois son litre de café avalé et qu'il eut repris ses esprits, Henry lui sourit et rajouta
- Ne sois pas si modeste. Tu n'es pas mal non plus dans ton genre. Je t'aurais bien vu en petite Mère Noël.
Ils se regardèrent de nouveau si intensément qu'ils en oubliaient une nouvelle fois qu'ils n'étaient pas seuls.
Lucas cria ouvertement
- Si vous voulez faire des bébés, personne ne vous retient
Hanson le regarda de travers
- Euh oui, juste non… Pas ici ou tout de suite quand même.
Jo secoua la tête
- Vous êtes devenus un tantinet impertinents tous les deux, depuis que vous traînez ensemble.
Les deux amis se regardèrent et se firent un high five. Même Henry avait vraiment du mal à comprendre tout leur délire et préféra plutôt ne pas s'y essayer.
Mais il n'en pensait pas moindre… La seule personne avec qui il se voyait élever une famille dans un avenir proche n'était autre que la jeune femme qui se tenait face à lui, tout en secouant la tête. Une mimique qu'il adorait chez elle.
Une nouvelle fois, ce fut Gates qui interrompit toute la petite joie.
- Hey ! Pardon d'interrompre.
Lucas s'excita
- Oh ! Cette fois-ci, on a un corps… C'est forcément ça, hein ?
Gates le regarda si sévèrement qu'il préféra se cacher derrière Hanson, qui pour une fois, compatit énormément à la douleur du jeune homme. Même Henry et Jo avaient mal pour lui.
- Non ce n'est pas un meurtre. On dirait que de ce côté-ci, les bad boys se tiennent à carreau. J'ai une autre faveur à demander.
Henry protesta cette fois
- S'il vous plaît Sir, si je dois encore jouer le Père Noël, demandez à quelqu'un d'autre. Ces petits m'ont épuisé.
Gates leva les yeux
- Non ! Il ne s'agit pas de ça. Le juge a besoin d'une déposition pour l'une de nos affaires.
Jo sauta presque sur l'occasion
- Eh bien si ça peut nous occuper et nous faire sortir un peu, je veux bien m'en occuper – elle regarda Henry – tu m'accompagnes ?
L'immortel hocha rapidement la tête, comme s'il ne demandait pas mieux.
- Avec grand plaisir. Je crois que j'ai grandement besoin d'air de mon côté aussi.
Gates tendit la déposition à Jo qui la parcourut rapidement et réalisa que l'affaire datait de deux ans auparavant. Elle fronça des sourcils.
- C'est pour l'affaire du gros baron de la drogue ? Raoul Cali ou quelque chose comme ça ?
Gates acquiesça
- J'avais eu vent de cette affaire à l'époque. Joanna m'en a également touché deux mots. Il avait été arrêté parce qu'il avait drogué des jeunes filles mineures pour les violer par la suite…
Jo en frissonna en se rappelant parfaitement de l'affaire. Une véritable horreur que ce fût-là. Henry se retint de faire un malaise en entendant les échos.
Jo resta sceptique
- Mais pourquoi est-ce qu'on doit faire une déposition maintenant ? Je veux dire, ça fait deux ans que le gars croupit en prison ?
Gates haussa des épaules
- Le juge a juste besoin des éléments par rapport à l'affaire, rien de plus. Tout est répertorié là dans. Je pense que monsieur Cali a fait appel et donc le juge a besoin de la déclaration du poste qui l'a arrêté.
Jo approuva. Cela pouvait arriver dans des affaires comme telles. Henry avait rapidement lu par-dessus son épaule et demanda.
- Est-ce qu'on a quelque chose d'autre à faire dans des cas comme ça ?
Jo secoua la tête
- Pas le moins du monde. On va au tribunal, on remet la déposition et on revient. Mais ça nous fera une petite promenade.
Gates quitta la salle en les avertissant
- Ne traînez pas trop quand même. C'est quand on s'éloigne qu'il nous arrive toujours toutes les affaires possibles et inimaginables donc vous revenez et vous n'allez pas faire un tour, sinon je le saurais.
Ils se retrouvèrent donc devant le tribunal du New York County. L'un des plus connus de la région et l'un des plus proches avec lequel le 11 faisait affaire.
C'était un mardi qui semblait particulièrement calme, même au tribunal. Jo elle-même en fut surprise.
- On voit que les fêtes approchent. C'est la première fois que je viens ici et qu'il n'y a pas une longue file d'attente ou un rush dans tout le couloir, pour des jugements ou autre plainte dans le style.
Henry regarda longuement le tribunal et eut un petit sourire. Il pouvait dire qu'il connaissait presque tous les monuments de New York sur le bout des doigts, ou presque. Il avait déjà été au moins une fois dans chacun d'eux, pour une raison ou une autre et il était ravi de voir que certains ne perdaient pas du tout de leur ancienneté.
Le New York County n'avait presque pas changé en 70 ans qu'il était là.
Jo regarda qui était le juge à qui elle devait mettre la déposition et ils attendirent devant la salle d'audience. Ils entendirent des bouts de conversation, apparemment Gates avait vu juste. Le Raoul Cali avait fait appel et passerait dans la journée même pour tenter d'expliquer son cas. Jo connaissait bien le juge et il n'allait certainement pas laisser passer, pas après les horreurs qu'il avait commises. Elle le connaissait bien, pour la simple et bonne raison qu'il était celui qui avait procédé au procès de son père et il n'avait pas été tendre. Il n'avait aucune pitié pour les meurtriers ou tout autre criminel dangereux et il avait bien raison.
Henry remarqua bien qu'elle avait l'air complètement ailleurs.
- Jo, est-ce que ça va ?
Elle sortit de sa torpeur et le regarda
- Oui… Ça va. Je pensais juste au fait que je connais bien le juge Fortes. Certains peuvent le trouver sévère, mais je pense qu'il fait justice comme il se doit. Certains méritent bien leur place derrière les barreaux.
Elle regarda ses ongles. Henry fit un sourire compatissant et se rapprocha d'elle, pour le peu d'espace qu'il y avait encore entre eux.
- Est-ce que c'est le juge qui a mis ton père derrière les barreaux ?
Elle acquiesça lentement. Naturellement. Il n'en fallait jamais beaucoup à Henry. Il passa un bras derrière son dos pour le frotter.
- Alors il fera ce qui est le mieux. Je sais que parfois tu t'en veux encore pour cette histoire, je peux le voir dans tes yeux, mais ce n'était pas de ta faute. Tu n'es en aucun cas responsable des mauvais choix que ton père aura faits. Je pense qu'il en est conscient et il en paie le prix désormais.
Jo releva les yeux vers lui et lui sourit tendrement. Il avait vraiment toujours le don pour lui remonter le moral. Elle cligna rapidement des yeux.
- Merci Henry ! Je sais que je ne devrais pas me sentir coupable, mais bon, tu sais quand tu mets ton propre père en prison, en tant qu'enfant, tu te sens un peu mal, mais bon, je suppose qu'il faut juste vivre avec.
La voix d'un des magistrats les tira abruptement de ce moment qu'ils partageaient.
- Détective Martinez ?
Elle se leva
- Vous pouvez rentrer, le juge Fortes va vous recevoir. Une audience va commencer, mais il n'y a aucun inconvénient.
Elle demanda alors
- Est-ce que par hasard il s'agirait de l'audience de Monsieur Cali ?
Le magistrat acquiesça
- Oui ! Vous en avez entendu parler ? Son audience a été avancée. Elle devait être cet après-midi.
- Oui j'en ai entendu parler. Mon commissariat lui a mis les menottes il y a deux ans et c'est la raison pour laquelle mon partenaire et moi nous sommes là aujourd'hui. Le juge avait besoin d'une déposition donc on vient la lui remettre et on vous laisse tranquille.
Ils rentrèrent dans la salle où il devait avoir à tout casser une dizaine de personnes, plus du côté des défendant que de l'accusé, naturellement.
Le regard de Jo croisa celui de l'accusé et il semblait la reconnaître. Elle fit comme si de rien n'était. Elle n'était pas celle qui l'avait arrêté, mais elle avait participé en tous les cas.
En la voyant, le juge Fortes fit un large sourire
- Détective Martinez ! Content de vous voir.
Elle répondit à son sourire et déposa la déposition.
- Le lieutenant Gates m'a dit de vous amener votre déposition pour l'affaire de monsieur Cali.
Il acquiesça
- Oui, c'est exact. Il y a certains éléments dont j'ai besoin pour y voir un peu plus clair, certaines choses que j'aurais peut-être manquées lors du premier jugement.
Jo déposa le tout et le juge Fortes les remercia.
- Merci beaucoup de vous êtes déplacés pour moi tous les deux. Et continuez votre bon travail, je n'entends que de bonnes choses au sujet de votre partenariat.
Ils ne purent une nouvelle fois cacher le rouge à leurs joues. Ils se faisaient très souvent flatter pour tout ce qu'ils produisaient depuis qu'Henry travaillait en collaboration avec la NYPD.
Ils s'apprêtaient à rebrousser chemin lorsqu'il y eut un remue-ménage, un bruit sourd et des tirs aléatoires un peu partout dans la salle d'audience. Par réflexe, tout le monde se coucha au sol et Jo se plaqua presque au-dessus d'Henry pour le protéger des balles.
Elle sortit son arme, mais remarqua un fusil juste devant elle et Henry, ainsi qu'un homme masqué. Henry regarda tout autour d'eux, il y avait au moins trois hommes, dont un qui se chargeait d'enlever les menottes à Cali.
L'homme qui pointait son fusil sur eux ordonna
- Je vous conseillerais d'éviter de vous servir de ça détective. Vous ne faites pas le poids. Donnez-la-moi et tout ira bien !
Jo regarda Henry qui était plaqué au sol. Si elle tentait quoi que ce soit, cela pouvait lui retomber dessus. Les criminels avaient toujours peur des flics. Elle s'exécuta et le malfaiteur leur ordonna de se lever.
- Allez ! Bougez-vous tous les deux et allez rejoindre les autres sur le banc là-bas !
Ils rejoignirent la dizaine de personnes qui étaient assises dans la salle et qui étaient tétanisées. Les portes venaient d'être barrées lourdement et il n'y avait aucun moyen de sortie. Il y avait trois assaillants plus le criminel qui devait être jugé à l'origine et à qui on venait de remettre un fusil, bien évidemment.
Ce fut alors à ce moment que Jo se rendit compte que le juge était à terre et il avait été touché.
- Oh non – murmura-t-elle
Henry regarda dans sa direction et ils s'échangèrent un regard tandis que les malfaiteurs commençaient à crier et donner leurs ordres.
Jo avait son téléphone dans sa poche et elle pouvait très bien appuyer trois fois sur le bouton pour l'appel d'urgence, mais elle ne voulait risquer la vie de personne. Il fallait que le 11 soit au courant de la situation d'une façon ou d'une autre.
Elle chuchota à Henry
- Il faut que je puisse contacter le 11… Je vais appeler sans répondre quand ils vont commencer à nous parler de leurs motivations, parce qu'à mon avis, on n'est pas près de sortir de là pour l'instant.
Ils se regardèrent. Voilà comment se passait un mardi tranquille.
