Merci de vos reviews ! Je vais allonger mes chapitres pour éviter de trop étirer les enquêtes (je sais, ça vous est égal mais ça sera mieux comme ça).
Bonne lecture;
Petit rappel: nos amis sont en quarantaine.
New York – 1912
Tout ceci se passait après l'énorme et triste tragédie qu'avait été le Titanic et dont Henry avait fait partie, évidemment. Il s'était toujours demandé comment à l'avenir, il avait pu continuer de monter dans un bateau vu son sort à chaque fois qu'il embarquait dessus. Mais enfin, tout ceci était une histoire pour un autre moment.
Naturellement, étant plus près des États-Unis que de l'Angleterre, le jeune immortel qu'il était à l'époque était revenu dans le East River au moment où le bateau avait coulé.
Il se félicitait de ne s'être pas enregistré sous son nom habituel au moment de la tragédie, car cela voudrait dire officiellement sur le papier il aurait été mort deux fois en un siècle et tous les historiens et autres médecins auraient fini par se poser des questions.
Il travaillait dans un petit hôpital de Manhattan pour quelques mois, avant de retourner en Angleterre.
Ce jour-là, l'hôpital était vraiment bondé. Surtout depuis ce qui était arrivé sur le Titanic, Henry put reconnaître quelques survivants, mais vraiment très peu, qui s'étaient retrouvés là.
Tout le personnel était débordé et même pour lui, il était difficile d'en voir le bout.
Il y avait de nombreuses maladies qui courraient, mais lorsqu'un patient s'était présenté avec une énorme fièvre qu'il avait transférée à au moins dix autres personnes du service, y compris le personnel, ce fut Henry qui se chargea de les examiner et qui découvrit qu'il s'agissait donc du champignon de la fièvre du désert et ordonna à ce que l'hôpital soit mis en quarantaine.
Il n'y avait pas de douche de décontamination dans l'hôpital, alors Henry et chaque infirmier ou docteur qui avait approché les personnes atteintes, devait se rendre dans la plus proche salle de bain et prendre une douche d'au moins 30 minutes et laisser reposer un produit désinfectant pendant une vingtaine de minutes et rincer abondamment 10 minutes, par la suite.
Malheureusement, la technologie et les médicaments de l'époque étant moins avancés, beaucoup y avaient laissé la vie, y compris les employés qui avaient été touchés.
La quarantaine avait duré pas moins d'une semaine, tout le monde qui avait été présent à l'hôpital au moment où elle avait été déclenchée n'avait jamais quitté l'établissement avant la fin de la période désignée par les services sanitaires et cela avait été particulièrement difficile pour tout le monde.
Les plateaux-repas de l'hôpital devaient servir à nourrir deux fois plus de personnes et les salles de bain et chambres étaient à peine suffisantes pour que chacun puisse y trouver son compte.
Et tout ceci n'était même pas en période de guerre. Henry n'aurait pas imaginé si cela avait été le cas.
Ils repartirent tous s'asseoir au milieu de la morgue, en attrapant chacun un tabouret.
Ils se regardèrent dans le blanc des yeux pendant de longues minutes.
- Je sens que ça va vite me casser les pieds de rester là sans rien faire et attendre de voir ce qu'on va nous dire – railla Hanson.
Jo lui lança un regard sarcastique
- Tu sais, on est quatre dans la même situation, plus le peu d'assistants d'Henry qui sont présents. Après tout, on se doit de respecter le protocole.
Lucas ajouta
- Si les gens évitaient de se mettre n'importe quoi dans le nez, peut-être qu'on n'en serait pas là.
Henry les trouva tous assez gonflés
- Je pense que ce monsieur n'a rien demandé – affirma-t-il d'une voix calme.
Jo admirait sa patience et son calme. Elle se doutait bien qu'Henry s'était déjà retrouvé dans des situations similaires, mais elle n'osait pas lui poser la question. Même si elle sortait avec lui, elle savait parfaitement qu'il y avait encore un gros mystère à percer sur cet homme.
- Certes – avoua Hanson –, mais on va avoir du mal à travailler dans de telles conditions.
Henry secoua la tête
- Je peux toujours pratiquer l'autopsie. S'ils font ce que je leur ai demandé et m'envoient les photos du corps, sous toutes ses parties pour que je puisse déterminer si oui ou non il s'agirait bien d'un meurtre déguisé en suicide.
Si autant Lucas et Jo n'étaient pas surpris que le mec puisse pratiquer une autopsie via de simples photos, Hanson en resta bouche bée. Ce personnage n'aurait jamais fini de le surprendre et il se demandait comment il pouvait voir autant de choses qui leur échappait à eux simples mortels… Et il n'avait pas idée de la précision de sa pensée.
Au bout d'une heure à tourner en rond, Reece redescendit à la morgue avec les informations qu'ils convoitaient tant.
Ils la rejoignirent, toujours avec cette barrière pour les séparer
- J'ai du nouveau !
- Concernant la victime ou son corps ? – demanda Jo
- Juste le nom de la victime pour le moment ! Lionel Goodman ! Il était citoyen américain. Il a changé plusieurs fois de job, apparemment il n'était pas très stable et en faisant des recherches plus poussées, j'ai appris qu'il y a deux ans, les fédéraux ont saisi sa maison.
Les quatre amis se regardèrent.
- Pourquoi ? – demanda Hanson
Reece tourna les pages du dossier d'où elle venait d'imprimer tout ce qu'elle avait trouvé.
- Apparemment, la cave de sa maison comportait des bijoux et de l'art volés. Je ne sais pas trop ce que cela signifie, mais c'est ce qui aurait conduit à ce qu'il devienne sans abri et que plus personne ne l'engage.
Tout le monde compris qu'il devrait y avoir plus sous cette histoire et que naturellement, il fallait pousser plus loin pour tenter de comprendre et reconstituer la totale jusqu'à son fatal sort.
Henry se gratta la petite barbe
- Ça me paraît un peu gros tout ça. Il ne portait aucun objet de valeur sur lui et enfin, il n'apparaît pas comme un voleur surtout s'il n'a fait que cumuler les petits boulots.
Reece haussa des épaules
- Certaines personnes ne peuvent joindre les deux bouts et trouveront tous les moyens pour s'en sortir. Je ne sais pas ce qu'il en est de cette affaire d'art et de bijoux. Je n'ai pas les renseignements des bijouteries ni des musées, pour parler au personnel et tenter de comprendre.
Jo leva la main et Reece lui fit un signe de tête
- Étant donné que pour l'instant, nous sommes tous les quatre coincés ici, on va peut-être mener les recherches pour vous concernant cette histoire. Henry a demandé à ce qu'on lui envoie des photos du corps pour qu'il conduise quand même son autopsie et nous, on ne peut rien faire de plus à part attendre alors autant qu'on se mette à faire les recherches en ce qui concerne le plus profond de cette histoire d'art et de bijoux.
Reece acquiesça. Elle savait que coincés dans la morgue, ils n'auraient rien de mieux à faire.
Henry ajouta alors
- Jo a aussi trouvé des billets d'avion pour Paris dans la poche de la victime. Il n'y avait pas de date particulière et donc on ignore à quel moment ils ont pu être achetés.
Lucas se permit
- Mais avec ce que le lieutenant vient de nous dire, peut être que du coup, il les aurait chipés à quelqu'un d'autre ?
Henry n'exclut pas la possibilité, mais il y avait sans doute autre chose dans tout ça. Et naturellement, ils ne possédaient aucun élément pour tirer des conclusions hâtives.
Au moment où il avait prononcé le mot « Paris », Reece s'était bien rendu compte qu'il avait viré rouge tomate au même titre que sa petite amie. Le lieutenant se disait qu'il fallait vraiment qu'ils fassent quelque chose avec cette histoire s'ils voulaient arrêter de constamment repenser à l'an passé.
- Bien ! Vous avez raison Jo ! Faites des recherches si cela vous occupe. Je pense retourner sur la scène de crime avec le CSU et d'autres détectives pour tenter de trouver des indices. Si cela est le cas, je vous ferais transférer une partie pour qu'on observe tout ça ensemble.
Ils firent un signe de tête à Reece qui remonta. Ils se regardèrent et au même moment, le téléphone de la morgue sonna.
Lucas se précipita pour répondre et se fit entourer par les trois autres. Il n'avait jamais senti autant d'amour depuis bien longtemps.
- OCME !
Il mit le haut-parleur
- Oui, je suis le docteur Niles, de l'institut scientifique de Morning Side Heights. Je vous appelle par rapport au corps que nous avons reçu ce matin et qui a déclenché la quarantaine dans votre établissement.
Henry se mit à la place de Lucas
- Docteur Niles. Je suis le docteur Morgan. Je suis le chef légiste de l'OCME. Alors, quel est le verdict ?
- En ce moment, une équipe est en train de nettoyer et désinfecter le corps. Vous devriez d'ailleurs recevoir les photos dans la journée. Malheureusement, nous avons évalué le taux de poison bien trop élevé pour risquer de vous renvoyer le cadavre pour l'instant et nous devons être certains que plus rien ne restera sur lui-même à l'extérieur. La moindre particule pourrait être fatale à n'importe qui rentrant en contact avec.
Henry hocha la tête. Il était très bien placé pour le savoir. Il l'avait vu et vécu 104 ans auparavant.
Lucas ravala sa salive. Il n'imaginait même pas si Henry n'avait pas eu le réflexe de tout de suite dire à tout le monde de s'éloigner du corps pour qu'il ait le temps de prévenir les services sanitaires.
- Donc qu'est-ce que cela veut dire ? – demanda le légiste
Le docteur de l'autre côté de la ligne poussa un soupir
- Je suis désolé, mais nous allons devoir garder le corps trois jours.
- Trois jours ! – s'écria Hanson, bien plus fort qu'il ne l'aurait pensé, ce qui lui valut trois paires d'yeux sur lui.
Le docteur Niles fut un peu pris au dépourvu par le cri d'Hanson, mais tenta de rester professionnel.
- Je suis désolé ! C'est ce que nous avons établi. Pour l'instant, ce corps représente bien trop de danger. Et tant que nous ne donnerons pas l'autorisation, nous le garderons. Trois jours sont un minimum. J'espère que d'ici là, tout sera OK, mais je vous préviens, si jamais il devait y avoir une prolongation.
Henry sentit sa bouche se tordre. Il n'espérait, ne pas revivre une semaine entière de quarantaine ou plus, parce qu'il n'avait pas signé pour ça. Il regarda Jo qui devait sans doute penser la même chose et surtout penser au fait que leur dîner, venait de tomber à l'eau. Vraiment par moment, l'univers devait sans doute avoir un don à mettre les pieds dans le plat.
Henry capitula
- Très bien ! De toute façon, nous n'avons pas le choix. Merci docteur et donnez-nous des nouvelles dès que possible.
- Je le ferais ! Désolé de vous imposer ça, mais nous n'avons pas le choix. Nous ferons de notre mieux pour rapidement nettoyer le corps et évacuer tout le poison.
Henry raccrocha et regarda ses trois amis, qui étaient suspendus à ses lèvres. Chacun se doutait bien de ce qu'il allait dire, mais peut-être espéraient-ils autre chose.
- Je suis au regret de vous dire que jusqu'à ce que l'institut nous donne l'autorisation, nous sommes coincés à la morgue pour les prochaines 72 heures.
Hanson leva les yeux au ciel
- Oh génial ! Manquerait plus que ça. J'aurais dû rester dans mon lit ce matin.
Jo répliqua
- Tu n'es pas le seul dans cette situation je te signale. On est tous dans le même bateau. Ce n'est que trois jours. On survivra. D'ici là, on trouvera un moyen de s'occuper et au moins comprendre une partie de cette histoire avant de retrouver les coupables.
Henry approuva
- Jo a raison ! De plus, je suis certain que le lieutenant Reece ne se reposera pas non plus et contactera le plus de personnes qui auraient pu fréquenter Lionel de près ou de loin. Un moment donné, quelqu'un finira bien par ressortir du lot. On ne pourra pas aider physiquement, mais faisons-le à distance, notre travail ne sera pas moins efficace si nous faisons ce que nous avons l'habitude de faire.
Hanson savait que lorsque le couple s'y mettait à deux, il n'y avait pas grand-chose qu'il pouvait dire de plus pour tenter d'argumenter avec eux. Surtout qu'il savait que dans tous les cas, il avait tort ou presque.
Il dut accepter son sort. Pas comme s'il avait vraiment le choix. Il se laissa tomber en masse sur le plus proche tabouret.
- Mais pendant trois jours, dans une morgue où il fait très froid, où va-t-on dormir ? Pour notre toilette et tout ?
Henry désigna le couloir
- On pourra toujours utiliser les douches qu'on a prises tout à l'heure. Ça ne nous tuera pas. Il y a également des toilettes et je dois avoir une ou deux brosses à dents dans le tiroir de mon bureau avec du dentifrice, donc ne vous en faites pas, tout se passera bien.
Personne n'osa lui demander ce qu'il faisait avec tout ça, mais Lucas savait que de nombreuses fois, le légiste était resté à la morgue pour des nuits blanches. Surtout par le passé.
Henry devait reconnaître qu'Hanson n'avait pas tort sur un point. Ils étaient dans un frigo et ils ne pouvaient pas couper le courant qui alimentait la morgue où ils allaient devoir supporter les odeurs de cadavres pendant les trois jours.
- Pour dormir, nous utiliserons mon bureau et nous fermerons la porte. Je pense que nous pourrons demander au lieutenant Reece de nous apporter des matelas ou plutôt des sacs de couchage. Ce n'est que temporaire et c'est une solution comme une autre.
Jo demanda alors timidement
- Et pour la bouffe ? Parce que si je mange pas, je vais être rapidement sur les nerfs.
Henry ouvrit la bouche, mais Lucas le devança
- On aura qu'à commander. En passant par le commissariat, on prêtera forcément une combinaison aux livreurs et on pourra prendre les repas sans contaminer qui que ce soit.
Jo regarda les deux autres assistants qui semblaient autant perdus qu'eux, assis à discuter dans la morgue.
- Et pour eux ? On ne rentrera pas tous dans ton bureau.
- Il y a une salle de repos un peu plus loin. Elle est toute petite et ils ne sont que deux, alors ils pourront l'utiliser. J'ai juste besoin qu'on reste tous les quatre ensemble, d'où le fait que je proposais pour mon bureau.
Jo hocha la tête. Lucas reprit alors.
- Mais et pour la bouffe ! Est-ce que ça va à tout le monde ?
Hanson et Jo ne bronchèrent pas, mais Henry tira une longue grimace qui naturellement n'échappa pas à sa petite amie.
- J'ai une meilleure idée – proposa-t-il – je vais appeler Abe et le tenir au courant de cette situation indépendante de notre volonté et je vais lui demander de nous préparer des petits plats pour les trois jours à venir. La nourriture sera conservée sans problèmes vu que nous sommes dans une morgue. Je suis certain que cela lui fera plaisir.
Il entendit Jo ronronner à côté de lui et il essaya de faire abstraction de ce que son cerveau voulait faire du corps de cette femme.
- Je suis totalement d'accord – approuva-t-elle – la nourriture d'Abe surpasse tous les restaurants de la ville et en plus ça va nous faire économiser.
Lucas haussa les épaules et l'accepta, Hanson de même.
- Eh bien, de toute façon au point où on en est !
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- Okay ! Tu me tiens au courant de l'avancement des choses. Et je vous apporterais de quoi manger pour votre garde de 72 heures.
Henry venait de contacter Abe pour lui parler de ce qui allait se passer pour les trois prochains jours. Ce dernier avait été surpris d'apprendre dans quelle situation lui et toute sa bande de joyeux lurons étaient, mais il ne les laisserait pas mal se nourrir pendant ce temps et Henry ne le permettrait jamais également.
- Merci Abe ! J'espère que ça sera vite terminé et on se reverra à la boutique d'ici là.
Il raccrocha et regarda ses trois amis qui discutaient. Enfin, son regard dévia vers Jo qui était en train de pianoter d'un air frustré, sur son téléphone. Elle semblait autant blasée que lui du fait qu'ils étaient coincés et qu'ils n'auraient pas un moment à eux. Pas devant Hanson et Lucas.
Cela étant, tout le monde savait qu'ils étaient ensemble alors une de plus ou de moins.
Il avança vers ses amis pour les rejoindre et profiter d'être au plus près de la femme qui faisait tant battre son cœur, mais il eut à peine le temps d'ouvrir la bouche que le lieutenant Reece les interpella de nouveau, avec sa combinaison anti contamination, se tenant devant les barrières.
Elle tenait une valisette dans ses mains.
- Alors, je reviens de la scène de crime avec le CSU et en fouillant un peu plus en profondeur dans la ruelle où Lionel a été trouvé et où certains disent l'avoir vu traîné, nous avons trouvé cette valisette parmi les décombres. On ignore si elle appartient à la victime. Je ne l'ai pas ouverte, dans le but de vous tenir un peu occupés. Si ça vous intéresse de jeter un œil.
Elle fit passer la valise au travers des barreaux. Henry l'attrapa délicatement et la fit passer à Lucas qui partit la déposer sur l'une des plus proches tables d'observation.
Jo la remercia et lui demanda
- Vous êtes au courant qu'on est consigné ici pendant 72h, le temps qu'on soit sûrs que le corps est sécuritaire pour tout le monde et que le poison ne représente plus une menace ?
Reece acquiesça.
- Je sais ! Je viens d'en être informé par le chef sanitaire. Il m'a aussi dit qu'avant de ramener le corps à l'OCME, une équipe passera pour désinfecter le labo, pour être certaine que rien ni personne n'ait été touché.
Henry espérait avoir agi assez rapidement pour éviter à ses amis une infection liée au champignon, mais normalement, cela n'avait pas eu le temps d'atteindre qui que ce soit. Du moins, il espérait.
- Il m'a aussi chargé de vous dire que si l'un de vous commence à se sentir malade ou avoir des nausées, des poussées de chaleur ou autre, de tout de suite l'en aviser pour que le nécessaire soit fait et les médicaments adéquats envoyés.
Henry se racla la gorge et en voyant le regard de Reece sur lui, Jo crut qu'il allait se faire passer au laser.
- Vous avez quelque chose à reprocher Henry ?
- Non pas du tout lieutenant ! Mais je voulais dire que si quelqu'un se sent malade, je sais de quelle façon il faut soigner la fièvre du désert donc je pourrais m'en charger.
Reece acquiesça
- C'est ce que je leur ai dit parce que je me doute bien que vous êtes capable de soigner tout le monde. Cependant, il m'a assuré que ce n'était pas une bonne idée que ce soit une personne qui est déjà exposée à un tel risque qui se charge de soigner quiconque pourrait être malade. Ne le prenez pas mal.
Henry se sentit un peu froissé, mais pas tant que ça. Il le comprenait et l'acceptait. C'était tout à fait compréhensible.
Hanson demanda alors
- On va devoir passer nos nuits à camper dans le bureau d'Henry. Vu comment il fait froid ici-bas, est-ce qu'il serait possible d'avoir des sacs de couchage et surtout des couvertures supplémentaires ?
Reece hocha la tête
- Il n'y a pas de soucis. Je vais faire en sorte que tout se passe bien pour vous ici et si vous avez besoin de quoi que ce soit pour l'enquête, vous me faites signe. Je descendrais tout le nécessaire pour la fin de journée. Je vous apporte un truc à manger ou à boire en attendant ?
Henry la remercia poliment
- C'est gentil lieutenant, mais Abe se chargera de la nourriture. Quant au reste, le distributeur de l'OCME fera l'affaire le temps qu'on sorte de là.
Reece n'aimait pas trop les savoir dans une telle situation, mais être en quarantaine pourrait arriver à tout le monde. Bien sûr, elle aurait souhaité que ceci ne se passe pas dans un frigo géant, car après cette aventure, tout le monde ne voudrait certainement pas redescendre de sitôt, surtout que l'hiver était de plus en plus rude depuis le début du mois de janvier… Elle comprenait que leur imposer ça n'était pas du tout le bienvenu, mais ils n'avaient pas tant de choix que ça.
Elle soupira
- On va faire de notre mieux et accrochez-vous ! Avec un peu de chance, peut être que vous pourrez sortir avant.
Henry n'y croyait pas trop. La fièvre du désert demandait tout de même un certain temps avant d'être évacuée d'un corps, même mort. Mais le délai de 72h paraissait tout à fait raisonnable.
Reece les quitta de nouveau et le trio se retourna pour rejoindre Lucas, qui était planté devant la valise.
- L'a tu déjà ouverte ? – demanda Henry
Le jeune assistant secoua la tête négativement
- Non, pas le moins du monde ! Je vous attendais. On ne sait jamais ce qu'il y a dedans. Et de plus, elle a l'air scellée.
Jo se mit entre les hommes et regarda le cadenas de la valise. Elle leur lança un regard sarcastique.
- Les hommes ! Laissez faire les experts.
Henry fit un petit sourire en coin. Il adorait lorsque Jo crochetait des serrures. Cela avait tellement un côté excitant. Il se racla rapidement la gorge quand il se rendit compte que son pantalon commençait à se resserrer autour de lui.
Jo attrapa l'épingle qu'elle avait dans les cheveux et ouvrit le cadenas avec une telle facilité que même Hanson en resta bouche bée. Apparemment, il n'avait pas été au courant que la jeune femme possédait un tel talent.
- Euh, attends… Martinez, c'est quoi ça ?
Elle haussa un sourcil
- C'est quoi, quoi ?
- Depuis quand est-ce que tu sais crocheter des serrures ?
Elle secoua ses bras comme si cela était évident
- Depuis toujours ! Comme si tu ne le savais pas.
Elle leva les yeux au ciel et plongea son nez dans le contenu de la valise. Hanson se sentit particulièrement offensé.
- Beh non ! Apparemment pas ! Si tu as déjà crocheté une serrure, ce n'était pas en ma présence.
Henry se fit tout petit et Hanson semblait mieux comprendre. Il se demandait combien de choses il ignorait encore à leur propos. Il n'y avait vraiment qu'avec Henry que Jo se laissait ouvertement aller.
Il y avait des tas de papiers et de bibelots sans aucun intérêt ou qui n'allaient pas leur dire qui était l'homme décédé, mais Jo trouva une pile de lettres. Elle en déplia une au hasard et trouva que le papier était ancien.
Elle le montra à Henry
- Toi qui es expert dans les vieilleries. Corrige-moi si je me trompe, mais ce genre de papier n'est plus utilisé à notre époque, n'est-ce pas ?
Henry attrapa le papier et fut surpris également de la texture. Il y avait bien des années qu'il n'en avait plus vu de tel.
- C'est un véritable papier de parchemin. Ça me surprend. Je ne pensais même pas que cela existait encore.
Tout le monde pouvait voir une gousse d'émotion dans les yeux d'Henry, comme s'il venait de faire la plus belle trouvaille du millénaire.
Hanson le taquina
- Vous pouvez pleurer doc. Si voir un bout de papier ancien vous émeut à ce point.
Henry préféra l'ignorer. Personne ne pouvait comprendre sa passion pour les antiquités. Il déplia la lettre et se mit à la lire et son expression changea au fur et à mesure que ses yeux parcouraient les lignes. Chacun remarqua une certaine gêne sur le visage du légiste.
Jo se mit à demi sur la pointe des pieds, avec son menton reposé sur son épaule, pour lire la lettre et eut exactement la même réaction. Elle n'osa pas regarder son petit ami.
- Bon, qu'est-ce qu'il y a dans cette fichue lettre ? – demanda Hanson, en voyant que ni l'un ni l'autre ne pipait mot
Il leur arracha presque des mains et les lut à son tour et passa rapidement le papier à Lucas, comme pour s'en débarrasser au vu de ce qu'il venait de lire.
Comme prévu, Lucas éclata de rire et ne manqua pas le commentaire grossier
- Wow ! Dis donc ! Cette lettre est très poétique. Je ne sais pas qui est cette femme qui lui écrivait, mais dit donc, à mon avis, elle était chaude comme de la braise et ils ne devaient pas s'ennuyer tous les deux.
Jo prit une mine de dégoût. Les commentaires masculins étaient ce qu'il y avait de plus désobligeant par moment.
- C'est vrai que la lettre n'est pas signée – affirma Henry – alors j'aurais tendance à penser qu'elle lui a été délivrée, soit en main propre, soit directement dans sa boîte aux lettres, enfin à l'époque où il avait un toit.
- C'est quand même surprenant que ce soit écrit sur un tel papier ancien – raisonna Jo
Henry essaya de réfléchir longuement à cette raison. Pour le peu qu'il avait vu du corps, il tenta d'établir une théorie.
- Je ne peux pas en être certain, mais j'ai comme l'impression que notre ami avait travaillé dans une papeterie. Peut-être une ancienne qui produisait encore ce genre de parchemin.
- Un genre de boutique de collection ? – demanda Lucas
Henry acquiesça
- Et comment tu pourrais t'assurer de ça ? – demanda Jo
Henry repensa au corps et se rappela d'une bosse sur le sommet du front de leur victime.
- Je sais que ce que je vais dire va vous sembler complètement incohérent.
Hanson le coupa
- Pas avec vous doc !
Le légiste lui fit un sourire ironique et continua sur sa lancée
- Mais Lionel avait une bosse sur le front. Les personnes qui travaillent dans des papeteries doivent souvent être en hauteur pour faire du rangement sur les étagères ou bien le contraire, se baisser pour ramasser des boîtes. Il est possible qu'il se soit cogné à plusieurs reprises. Il nous faudrait une liste de tous les jobs qu'il a faits.
Hanson texta rapidement le lieutenant pour obtenir ce qu'Henry demandait. Jo suggéra.
- Il va donc aussi falloir retrouver l'auteur de ces lettres. Peut-être qu'elle nous mènera sur la piste des œuvres d'art et des bijoux volés…
Henry proposa encore autre chose
- Ou peut-être justement avait-il fait ça pour l'impressionner et lui offrir tout ce qu'elle désirait.
Jo ne s'opposa pas à la théorie
- Possible ! Parfois, on est prêts à tout par amour.
Sa voix se perdit au fond de sa gorge et elle releva les yeux vers Henry qui ne la lâchait pas du regard depuis que la quarantaine avait été déclenchée. Même s'ils n'étaient pas seuls, rien ne disait qu'il pourrait être en mesure de contrôler ses envies à l'embrasser et la serrer contre lui.
L'ordinateur d'Henry bipa. Après près de dix minutes, il parvint à ouvrir la boîte mail avec les photos qu'il avait demandé.
- Bon, parfait ! Je vais pouvoir me mettre à mon autopsie virtuelle. Je vais au moins pouvoir confirmer si oui ou non le monsieur a travaillé dans une papeterie.
Hanson s'agita
- Euh Doc, vous aviez raison ! C'est bel et bien le cas. Reece vient de me le confirmer. Il a travaillé pendant cinq ans dans une petite papeterie vers Brooklyn Heights.
Jo échangea un regard complice avec Henry. Il avait toujours le dernier mot.
La jeune femme s'installa à côté du doc, qui regardait attentivement les photos, avec l'aide de Lucas qui ne voulait pas sentir mis à l'écart même si l'autopsie n'était pas pratiquée de façon traditionnelle.
- On doit rester cloîtrés ici pendant qu'on aurait pu aller visiter cette papeterie et sans doute l'ancienne adresse du monsieur. On charge notre lieutenant et d'autres détectives du double de ce qu'on fait en général.
Henry lui caressa doucement le genou
- Ne t'en fais pas pour ça. Je pense que tout le monde comprend. Et même ici-bas, nous faisons de notre mieux pour donner un coup de main.
Pendant qu'Henry et Lucas faisaient leur autopsie virtuelle, Reece avait décidé d'aller visiter la papeterie pour tenter d'obtenir plus d'informations par rapport à Lionel.
Elle avait emprunté une des lettres dans la valise pour demander si cette qualité de papier avait déjà été vendue dans leur boutique.
Une fois sur place, elle fit rapidement le tour du propriétaire et se rendit compte que la boutique était bien calme et presque vide. Mais à l'heure actuelle, les gens ne traînaient plus trop dans les papeteries/librairies, avec tout ce qu'il y avait en ligne.
Elle se dirigea vers la caisse où un homme était en train de tapoter sur une tablette. Elle montra son badge.
- Excusez-moi ! Lieutenant Reece, NYPD. Est-ce que vous êtes le propriétaire ?
Le jeune homme secoua la tête, semblant assez impressionné de recevoir la visite de la police. Reece en déduit qu'il était bien trop jeune pour qu'il soit le propriétaire.
- Non ! Moi je suis son fils. Je vais aller le chercher.
Reece lui fit simplement un signe de tête et regarda tout autour d'elle, en essayant de se la jouer un peu Henry, mais elle n'avait pas son sens de l'observation. Et elle n'avait jamais eu l'occasion de voir comment il se débrouillait sur le terrain.
Elle leva les yeux au ciel. Elle savait d'ores et déjà qu'il ne valait mieux pas pour lui et pour Jo qu'elle sache ce qu'il se passe lorsqu'ils étaient sur le terrain ensemble.
Un homme d'une soixantaine d'années arriva tout jovial vers le lieutenant.
- Bonjour ! Mon fils m'a dit que vous vouliez me parler. C'est à quel sujet ?
- Oh ! Ce n'est qu'une question de routine. Ne vous en faites pas. J'aimerais en savoir plus sur un homme qui a travaillé ici. Il s'appelait Lionel Goodman. Vous le connaissez ?
Elle lui montra sa photo pour accompagner le geste à la parole. Très souvent de nom, les employeurs ne se souvenaient pas forcément. Même si Reece se disait que dans une si petite boutique, il ne devait pas y avoir de nombreux employés non plus.
Le petit bonhomme resta de longues minutes à fixer la photo et jouait un peu avec la patience de Reece, mais il finit par relever les yeux et hocha lentement la tête.
- Oui ! Je me rappelle bien de Lionel. Il a travaillé environ deux ans ici. Il était plutôt un bon employé. Il était assez maladroit aussi, toujours à se cogner partout et à oublier qu'on peut passer notre vie à genoux, à faire du rangement. Je ne compte plus le nombre de fois qu'il s'est cogné.
Il pouffa en repensant au souvenir. Reece acquiesça. Jusqu'à présent, cela concordait avec ce qu'Henry avait trouvé.
Elle déplia la lettre et le lui montra.
- Vous n'avez pas à la lire, parce que franchement, ça vous donnera plus la nausée qu'autre chose. Mais j'ai une question concernant ce papier. Avez-vous déjà vendu ce type de parchemin ? D'après le légiste de mon commissariat, il est assez ancien et il ne pensait pas que ça pouvait encore être produit.
L'homme le regarda et l'examina sous tous les angles et confirma
- Effectivement ! J'en ai vendu pendant un temps limité. J'ai retrouvé tout ceci dans les archives de mes parents. J'ai demandé de l'aide à une imprimerie pour m'aider à les produire et en vendre peut-être une centaine d'exemplaires sur une période d'un mois. C'était spécialement pour les fêtes, il y a quelques années. Pourquoi cela ?
Reece reprit la lettre et la rangea dans sa poche de manteau. Elle expliqua alors la situation.
- Parce que nous avons retrouvé ce type de papier dans la valise de Lionel. Il y a environ une dizaine de lettres écrites avec, qui lui étaient toutes destinées. Donc, possible qu'il en ait vendu ou donné à cette personne qui lui a écrit de telles lettres.
Le propriétaire fronça des sourcils
- Attendez une minute. Je ne suis pas sûr de comprendre… Qu'est-ce qui est arrivé à Lionel ? C'est vrai que je n'avais plus eu de nouvelles de lui depuis longtemps, mais la manière dont vous me présentez les choses, c'est comme s'il….
Reece le regarda simplement dans le blanc des yeux, sans le laisser aller au bout de sa pensée. Le bonhomme le comprit de suite et s'appuya contre le comptoir de sa boutique.
- Wow… Si je l'avais vu venir celle-là… Mais qu'est-ce qui s'est passé ?
Reece haussa des épaules
- C'est ce que nous allons découvrir, au mieux que nous pourrons. Ces dernières années il était sans abri et il a été retrouvé avec le champignon de la fièvre du désert, bloquant mon équipe en quarantaine dans une morgue pour les prochaines 72h.
Reece put remarquer que le propriétaire de la boutique compatissait grandement à cet incident. Surtout que cela allait forcément les ralentir dans leur enquête.
Le lieutenant reprit
- Enfin, nous allons nous débrouiller, tant que cette infection ne se répand pas. Mais donc vous me confirmez avoir vendu ce type de parchemin ?
Il acquiesça
- C'est exact.
Reece se mordilla la joue
- À y penser… Cela ne devait pas être donné. Vu la rareté.
- Évidemment ! On a tous besoin d'argent, donc comme vous le dites, avec sa rareté, je l'ai vendu un peu plus cher qu'un papier normal, mais je pense que ça peut se comprendre.
Reece n'argumenta pas là-dessus.
- Et vous ne sauriez pas qui serait passé dans la boutique pour en acheter ? Et que Lionel aurait servi ?
Il se gratta le menton
- Les lettres ne sont pas signées ?
Reece secoua la tête
- Non ! Sinon, je ne serais pas venue. Vous ne gardez pas un registre des clients que Lionel a servi ou des tickets de caisse, n'importe quoi ?
Il fut sur le point de répondre quand le fils de ce dernier, ayant entendu les dernières paroles, se proposa
- Il y a des caméras et on garde les archives pour au moins une dizaine d'années. Je peux tenter de les remonter et retrouver votre homme et savoir à combien de personnes il a vendu le parchemin. Peut-être que parmi tout ça, quelqu'un ressortira du lot ?
Reece s'en voulait un peu d'avoir mal jugé le jeune homme. Elle lui confia la photo de Lionel.
- Faites-en bon usage. Merci de votre coopération – elle regarda alors le père – vous m'avez dit que ces parchemins ont été vendus pour les fêtes. Pendant une période d'un mois ?
- C'est ça ! Donc toutes les ventes et toutes les vidéos ne peuvent que s'étendre sur cette période.
Reece se disait qu'avec quatre de ses éléments coincés dans la morgue pour au minimum trois jours, ils allaient certainement trouver de quoi s'occuper s'ils visionnaient ces vidéos à la place du jeune homme.
Elle lui demanda alors
- Attendez ! J'ai besoin de ces vidéos, de toutes celles sur le mois. Je vais demander à mon équipe de les analyser. Ils sont coincés et n'auront rien de mieux à faire. Moi, j'ai d'autres endroits à visiter, donc je ne pourrais pas tout faire à la fois.
Le jeune homme sembla cependant insister
- Ça ne me gêne pas de faire ça. C'est mieux que de ne rien avoir à faire dans ce trou.
Son père lui lança un regard noir, qu'il ignora superbement. Reece n'aurait vraiment pas aimé être à la place du parent. À tous les coups, le jeune homme était forcé de travailler dans l'entreprise familiale parce qu'il n'avait pas d'autre choix.
- Fais ce que la madame te dit, fiston ! Laisse la police se charger du travail professionnel.
Il soupira et revint plusieurs minutes plus tard avec une clé USB.
- J'ai copié toutes les vidéos du mois sur cette clé. Vous trouverez sans doute ce que vous recherchez dedans.
Reece fit un signe de tête
- Merci beaucoup ! Et merci à tous les deux. Restez dans le coin, on pourrait toujours avoir besoin de vos services à l'avenir.
PS: je ne me suis pas rendue compte que je n'avais pas posté depuis deux semaines (mais c'était le rush de la rentrée), à l'avenir j'essaie de poster tous les 10 jours.
PS2: J'ai trouvé ça drôle d'envoyer Henry dans le Titanic (parce que Ioan a fait une apparition dedans) et que je sais pas, ça lui ressemble d'être(toujours) dans un bateau et d'avoir la poisse partout où il passe LOOL (et étant donné que la bateau partait de Londres...)
