Merci pour vos reviews et désolée de la longueur, je n'avais vraiment pas envie de couper ce chapitre.

Bonne année !


En rentrant, Henry refit le tour à l'endroit même où ils avaient trouvé le corps de Roxanne.

Il étudia minutieusement le sol et les quelques traces qu'il pouvait comporter. Pour l'instant; il n'avait pas de réponse concrète à donner concernant les poils qu'il avait trouvés sur la victime, mais il savait que ce n'était pas de l'épiderme humain. Il se trouvait ridicule à penser qu'une bête sauvage aurait pu attaquer la jeune fille, mais dans le fond, n'était-ce pas les hommes qui se conduisaient ainsi ? Et au beau milieu de New York, à part le zoo de Central Park, il n'y avait absolument aucune bête qui se baladait et certainement pas en hiver.

Jo avançait d'un pas mou dans la salle de photographie. Elle avait des flashs de ces souvenirs qu'elle aurait préféré oublié.

Elle se souvenait être venue quelques fois avec sa seule amie dans la salle, sur l'heure du déjeuner.

Elles prenaient beaucoup de plaisir à faire des clichés avec les polaroids présents. Elles avaient parfois laissé certains clichés dans les tiroirs, sans doute pour laisser une trace de leur personnage. Jo regrettait que cette jeune fille soit partie aussi rapidement. Ses parents ne l'avaient mis là que temporairement histoire qu'elle ne rate pas trois semaines de cours, mais ils étaient en plein déménagement.

Pendant qu'Henry étudiait la scène de crime, la jeune femme avança vers les tiroirs où elle revoyait sa propre petite silhouette et celle de son amie dont elle avait oublié le nom, se tenant l'une à côté de l'autre, rigolant et juste profitant de l'innocence de l'enfance. Ce fut sans doute pour Jo les seuls moments heureux qu'elle eut connus dans cet établissement.

Elle ouvrit un des tiroirs et fouilla un peu dedans. Henry pensait qu'elle recherchait des indices, mais elle était encore un peu distraite par ce qu'elle avait vécu.

Il y avait plein de documents d'archives et diverses photographies remontant de bien avant sa naissance. Certains clichés étaient en noir et blanc. À son époque, les clichés couleur de polaroids commençaient tout juste à se développer.

Elle finit par tomber sur une pochette plastique où différentes photos de jeunes filles des classes de 6e à la terminale étaient éparpillées. La salle de photographie à l'époque était partagée avec toute l'école. Peut-être, cela avait changé maintenant et le côté lycée disposait de sa propre salle. Dans le fond, Jo s'en fichait pas mal.

Elle trouva trois photos qu'elle avait prises avec son amie. Elle voyait sa propre souffrance dans ses yeux, une souffrance qu'elle tentait de cacher lorsqu'elle était en compagnie de cette jeune fille.

Henry se releva jugeant qu'il ne trouvait rien de pertinent et vit Jo qui ne bougeait pas devant le tiroir. Elle était figée. Un peu à la manière dont elle l'était l'an passé quand elle avait revu le visage de Sean au travers une vidéo.

Il avança doucement derrière elle et regarda par-dessus son épaule. Il caressa doucement son bras et elle se détendit.

- Excuse-moi ! Je voulais voir si je retrouvais les photos que j'avais prises lorsque je venais ici avec mon amie.

Elle les tenu de sorte qu'Henry les voit clairement. Effectivement, Jo n'était pas bien grande à cette époque et elle était quasi méconnaissable maintenant. Et en bien. Il les prit délicatement de ses mains et sourit.

- Vous étiez très mignonnes toutes les deux.

Jo esquissa un sourire et resta quelques minutes à cogiter. Elle reprit les photos et les regarda longuement. Henry sut qu'elle avait quelque chose derrière la tête à la minute où elle ouvrit la bouche pour prendre une grande respiration.

- Je sais que cette affaire ne me concerne pas et qu'il faut que j'arrête de me laisser distraire par ces souvenirs, mais après cette enquête, j'aimerais retrouver cette jeune fille. Je ne connais plus ni son nom ni son prénom. Je n'ai jamais eu le temps de la remercier pour ce qu'elle avait fait pour moi à cette époque. Et maintenant que je suis flic et avec la technologie dont on dispose, je me dis que je ne perds rien à essayer.

Henry lui secoua rapidement la main et lui fit un baiser sur le front, avant de l'attirer contre lui.

- Je trouve que c'est une très bonne idée. Et comme tu le dis, à mon avis, tu n'auras aucun problème à retrouver cette jeune femme maintenant. Au pire des cas, je suis sûr que Lucas serait ravi de te donner un coup de main.

Jo ne répondit pas, mais fut touchée de voir qu'elle était bien entourée désormais. Elle laissa sa tête reposer sur l'épaule de son légiste, le temps qu'elle se remette de ses émotions.

En frottant son dos, Henry finit alors par remarquer quelque chose, juste derrière le bureau d'où Jo avait sorti les photos.

Il la repoussa délicatement et avança vers les traces.

- Qu'est ce qu'il y a ? – demanda la détective

Henry se pencha et mit ses gants et posa ses doigts dans les traces qu'il venait de voir.

- Hmm !

Jo s'accroupit à ses côtés en faisant la même manipulation et murmura

- C'est de la terre !

Henry acquiesça

- Et regarde ! Les traces ne s'arrêtent pas simplement ici.

Ils se relevèrent et suivirent les traces de chaussures assez grossières, il fallait le dire.

Ils furent bloqués par un tas de caissons et en relevant les yeux, ils virent une porte arrière. Ils s'échangèrent un regard.

- La personne qui a commis ce crime a soit pris la fuite par cette porte…

- Soit, a voulu se débarrasser de ses chaussures, et est revenu pour tenter de condamner l'accès en s'imaginant que les flics ne seraient pas assez malins pour voir la porte.

Jo haussa des épaules

- Certains n'auraient rien vu ! Tout le monde n'a pas notre sens de l'observation.

Elle regarda la porte

- Mais je suis certaine que cette porte n'était pas là avant. Ils ont dû en faire une pour créer une sortie de secours au cas où. Parce que crois-moi que je m'en serais servie si j'avais été au courant de son existence.

Henry la regarda d'un air sceptique, mais avec un petit sourire en coin. Jo en voyant qu'il la jugeait, leva les yeux au ciel.

- C'est une blague. J'avais déjà suffisamment d'ennuis comme ça.

Elle poussa les caissons et ouvrit la porte en appuyant d'une simple pression sur la poignée pas le moins du monde, verrouillée.

Jo prit les devants, Henry sur ses talons.

Les traces les conduisirent vers un grillage qui annonçait une sortie alternative de l'école. Le grillage n'était pas visible des élèves et cette arrière-cour non plus. Il s'agissait donc bien sûr d'une sortie de secours en cas de danger imminent.

Elles s'arrêtèrent au niveau d'une grosse berne à ordure qui se trouvait juste à la sortie du grillage en question.

Ce chemin ramenait vers le parking des professeurs par un raccourci entre quelques buissons.

Henry resta devant la benne, en attendant que sa jeune collègue s'assure que personne n'était dans les parages pour entraver leur enquête.

Elle trottina rapidement vers lui

- Bon, la voie est libre et personne de suspect ne va nous mettre des bâtons dans les roues.

Ils se regardèrent et regardèrent la benne

- Tu crois qu'on va trouver quelque chose là dans ?

Henry acquiesça

- Je dirais plutôt deux fois qu'une. Roxanne a été tuée ce matin et automatiquement la benne n'a pas encore été vidée. Et puis ce n'est même pas le jour donc forcément s'il y a des preuves là dans, on va en trouver.

Ils ouvrirent la benne en même temps, tout en gardant leurs gants. Ils fouillèrent pendant quelques secondes, mais n'eurent pas besoin de beaucoup avant de soulever divers débris et de trouver une paire de chaussures plutôt épaisse.

Henry les prit délicatement et les déposa sur le sol mouillé. La pluie n'étant tombée que la veille, cela avait facilité la tâche pour aller jusqu'à la benne. De plus, la terre était relativement fraîche par les traces qu'elle avait laissées dans la salle.

- On dirait des chaussures de randonnée – constata Jo

Henry les regarda sous tous les angles

- Oui ! Elles peuvent servir à la randonnée, effectivement. Mais la terre était encore fraîche. Il a pu marcher n'importe où.

Jo fronça des sourcils

- Il ?

- Oh ! je ne fais que présumer. Normalement, on dit toujours le « tueur », mais une femme aurait tout aussi bien pu porter ces bottes. Il est difficile pour moi d'établir quel gabarit a pu la tuer surtout si Roxanne a simplement été poussée après avoir été asphyxiée. Les traces de strangulation ne sont pas visibles, la personne devait probablement porter des gants comme nous. Certaines personnes savent ce qu'elles font.

Jo hocha la tête. Elle en avait vu suffisamment dans sa vie pour le savoir.

- Donc, ton verdict ?

- Déjà; il va falloir les ramener au labo pour pièce à conviction. Mais je peux dire une chose, ces chaussures ont été modifiées.

Jo fronça des sourcils

- Comment ça modifiées ?

- Elles ont une teinture qui n'est pas une teinture d'origine. On dirait un produit pour entretenir les chaussures et leur donner un nouveau look. Mais il y a encore mieux.

Il déposa les chaussures sur la benne et regarda les cheveux de Jo

- Est-ce qu'à tout hasard tu aurais une de ces barrettes qui te servent tant à crocheter toutes les serrures du monde ?

Jo le regarda d'un air sarcastique et sortit une épingle de ses cheveux

- Tu vas en faire quoi avec ?

- Je vais gratter les chaussures

Jo grimaça. Bon. Eh bien, elle pouvait oublier l'idée de la remettre dans ses cheveux.

Henry s'exécuta à sa tâche, tandis que Jo le regardait faire, toujours en sentant son cœur battre comme tambour. Il n'y avait que lui pour être aussi sérieux.

En grattant, Henry releva la véritable couleur des chaussures, qui était un peu marron/verte. La teinture n'avait simplement qu'à les rendre plus brillantes.

Il sortit un contenant hermétique rond de sa poche. Jo ne cherchait même pas à savoir pourquoi il se promenait avec ça. Mais en tant qu'expert dans son domaine, l'immortel prévoyait toujours sa petite panoplie.

Il déposa quelques petites graines, vraiment minuscules et quasiment invisibles à l'œil nu, dans le contenu. Jo s'avança pour mieux voir et regarda son petit ami comme s'il était parti dans un autre délire que lui seul comprenait.

- Tu m'expliques ?

- C'est du pollen. Un peu rare vu que le printemps n'est pas tout à fait rentré, mais ça se trouve. Notamment dans des plantes d'intérieur ou autre… Mais aussi dans certaines teintures de chaussures qui sont faites avec la base de pollen.

Jo se frotta le menton et regarda de plus près et elle reconnut les graines de pollen.

- D'accord ! Mais en quoi ça va nous aider ? Le pollen on en trouve partout dans la nature à part ça.

Henry approuva

- C'est vrai ! Mais ce n'est pas toutes les sortes qui sont utilisées pour faire des teintures de chaussures. J'hésite entre trois sortes de pollen, le cèdre, le lin et la fougère. L'analyse risque de prendre un peu de temps. C'est complexe et je dois isoler les composants chimiques pour trouver le bon résultat. Mais peut-être que pendant nos visites aux principaux suspects, on trouvera quelque chose de similaire et nous pourrons être en mesure de relier tout ça au meurtrier.

Jo avait confiance en ses instincts. Il n'avait fait qu'aider à trouver les bonnes pistes depuis un an et demi. Elle savait que tout ceci ne changerait pas.

- Bon ! Je sais que tu as du nez, tu l'as prouvé suffisamment de fois depuis qu'on travaille ensemble. Alors, embarquons tout ça, si ça peut nous aider.

La sonnerie retentit pour indiquer l'heure de déjeuner.

- Timing parfait ! – ajouta la jeune femme en tapant dans ses mains – allons trouver Alexander, le petit copain de Roxanne.

Ils rangèrent toutes leurs preuves dans des sacs imperméables, Henry se proposa pour aller les déposer dans la voiture pendant que Jo se renseignait par où trouver Alexander.

La réponse qu'elle eut fut assez déconcertante et Henry remarqua bien que quelque chose la perturbait, enfin en dehors du fait que cette affaire ne cessait de la plonger 20 ans en arrière.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Euh, on vient de me dire qui était Alexander pour qu'on puisse l'interroger.

- Oui ! Alors pourquoi tu as l'air si déroutée ?

Jo pointa un jeune homme qui sortait du bureau de la vie scolaire et qui n'avait pas du tout l'allure d'un élève.

- Parce que c'est lui !

Henry se retourna lentement et constata que le jeune homme était plus âgé que Roxanne. Mais pas beaucoup plus. Cependant, il devait être majeur et elle non. Jo et Henry se regardèrent. Les suspicions pouvaient d'ores et déjà porter sur lui.

- D'après ce qu'on vient de me dire, il est surveillant ici, j'ose espérer que c'est un job étudiant et qu'il n'a pas 15 ans de plus qu'elle.

Henry pouffa. Elle aurait peut-être un avis différent en apprenant l'énorme différence d'âge entre eux.

- Quand même. C'est évident qu'il n'a pas plus de 20 ans. Mais bon, c'est vrai que j'imagine que dans une telle école ce genre de relation est bannie.

- Tu n'as pas idée !

Ils avancèrent vers le jeune homme qui s'imaginait aller déjeuner tranquillement. Il sursauta en les voyant arriver, l'empêchant de passer.

- Alexander Sanvers ?

Il acquiesça. Jo montra son badge.

- Jo Martinez, NYPD. Voici Henry Morgan, mon légiste. Vous avez appelé ma boss ce matin en lui disant que vous aimeriez pouvoir nous parler au sujet de votre petite amie Roxanne, qui a été tuée hier soir ?

Il regarda autour de lui comme s'il était traqué. Il apparaissait que personne n'était au courant de sa relation avec une élève.

- Effectivement ! Mais est-ce qu'on peut en parler ailleurs ? Je n'ai techniquement pas le droit de fréquenter une élève.

Jo le regarda d'un air sarcastique

- Figurez-vous qu'on avait bien compris ! Il y a des salles vides pendant l'heure du déjeuner. Prenons-en une et on vous laisse tranquille.

Henry suggéra

- Comme elle a été retrouvée dans la salle de photographie, peut-être qu'on pourrait mener l'interrogation là dans ?

Alexander allait répondre, mais ce fut Jo qui s'en chargea

- Non ! Comme je te l'ai dit, il a des élèves qui viennent pendant l'heure du déjeuner. Donc on risque d'être pas mal dérangé. On va prendre une salle vide, ça fera parfaitement l'affaire.

Alexander demanda

- Vous connaissez les activités de l'école ?

Jo sentit ses doigts se crisper sur son jean

- J'ai été élève dans ce taudis pendant trois mois il y a 20 ans et la salle de photographie était ma préférée en plus de la bibliothèque – elle cligna des yeux devant l'air goguenard du jeune homme – enfin, cessez de tergiverser et trouvez-nous une salle si vous voulez avoir le temps de manger.

Il s'exécuta rapidement et ils se retrouvèrent un étage plus haut et ils rentrèrent dans une salle qui était tout aussi bien familière à Jo.

Elle soupira. C'était la salle de classe principale. Elle avait eu la plupart des cours de base là dans. Elle avait été repeinte et agrandie, mais elle restait la même. Et Jo pouvait se revoir à l'avant de cette salle, sur une chaise où ses pieds touchaient à peine le sol.

Elle reprit ses esprits quand la voix d'Henry commença l'interrogation, à la manière d'un véritable flic.

- Alors, Alexander. Tout d'abord, expliquez-nous pourquoi vous fréquentiez une lycéenne ?

Jo n'aurait pas pensé qu'Henry aurait posé la question cash, mais elle était légitime. Et elle pouvait tout à fait constituer un motif de meurtre.

Le jeune homme ravala sa salive

- On s'est rencontré pendant que je cherchais le bureau du directeur au moment de mon entrevue ici. Elle était dehors et j'étais perdu et donc je lui ai demandé les directions. On a peu discuté et quand j'ai eu le poste, on s'est fréquenté peut-être quelques semaines après. Mais bien sûr, l'un comme l'autre on devait taire notre relation. C'est vraiment tragique, je n'arrive pas à croire qu'elle a été tuée.

Jo avait du mal à le croire. Il ne semblait pas si touché, mais après elle était bien placée pour savoir que parfois la première réaction était de rester indifférent. Henry n'en pensait pas moindre. Il avait plutôt une tête de coupable, mais cela faisait un peu gros si directement ils mettaient la main dessus.

La jeune femme demanda alors

- Depuis combien de temps étiez-vous ensemble ?

- Je dirais un an ? Je sais elle était encore plus jeune et je suis majeur, mais je n'ai que 20 ans, la différence n'est pas énorme.

Jo et Henry se regardèrent

- Pour vous peut être, mais au niveau de la loi, essayez de vous expliquer si jamais les parents avaient porté plainte.

Alexander resta quelques minutes, silencieux avant de dire

- Ses parents m'apprécient et ils se fichaient pas mal qu'elle me fréquentait. D'après eux, je suis quelqu'un de bien et apparemment Roxanne se portait mieux avec moi que dans sa précédente relation.

Ceci mit à la puce à l'oreille de Jo et Henry. Une précédente relation. Et elle n'avait que 17 ans. Les choses allaient apparemment bon train dans cette école.

- Une idée de ce qu'elle faisait dans la salle de photographie si tard dans la nuit ? – demanda Henry

Alexander haussa des épaules

- Je sais qu'elle voulait participer à un concours et elle restait parfois plusieurs nuits d'affilée au lycée pour travailler davantage sur ses clichés. Et surtout qu'elle voulait être tranquille. Donc j'imagine que c'était une soirée comme tel.

Jo n'arrivait pas à trouver la paix intérieure avec elle-même. Sans doute qu'elle ne voulait croire aucun mot du personnel qui pouvait travailler dans cette école.

- Vous ne restiez pas avec elle ? – continua le légiste, qui se disait que comme ouverture de crime, on ne faisait pas mieux. Et qu'à la place du jeune homme, il n'aurait jamais laissé sa petite amie seule, tard le soir, peu importe que l'endroit soit sécurisé ou pas.

- Je suis resté les deux premiers soirs, mais elle a fini par me dire de rentrer, car elle avait besoin d'être seule. Vous savez, ces ados quand ça tient absolument à finir un projet pour réussir, ça vous pousse dehors.

Jo haussa un sourcil comme si le jeune homme était déjà un grand adulte alors qu'il était presque techniquement encore lui-même un adolescent.

Henry avait du mal à être convaincu. Le jeune homme mentait bien trop comme il respirait. Trop serein pour quelqu'un qui venait de perdre une femme qu'il aimait ou en tout cas avec qui il avait eu une aventure, peu importe sa jeunesse.

- Admettons – capitula Jo – où étiez-vous hier soir entre minuit et 5h du matin ?

- J'étais chez mes parents ! Ils habitent dans le coin alors quand je travaille à l'école soit trois jours dans la semaine, je reste chez eux. J'étudie dans le New Jersey, ça me facilite la tâche plutôt que de faire une longue tous les jours.

Au moins, il semblait un peu plus honnête sur ce point. Jo et Henry eurent un échange silencieux. Ils iraient interroger les parents pour confirmer l'alibi du jeune homme.

Henry trouva bon alors d'aborder l'annulaire manquant

- Je ne voudrais pas rendre ça plus macabre que cela est déjà, mais quelqu'un a pris le soin de couper l'annulaire de Roxanne… Nous ne l'avons retrouvé nulle part. L'annulaire gauche – il trouva bon d'ajouter la précision au vu de la mine du jeune homme qui devint rapidement blême – donc, en tant que scientifique qui se respecte, j'en ai déduit qu'elle portait sans doute un bijou important et un annulaire ne dispose que soit d'une bague de fiançailles ou d'une alliance. Comme elle me semble un peu jeune pour la seconde option…

Henry n'acheva pas sa phrase, Jo le fit à sa place

- Étiez-vous fiancé à cette jeune femme par le pur des hasards ?

La fierté qu'Alexander avait eu tout le long, sembla retomber aussi sec et il se mordilla la lèvre inférieure. Il hocha lentement la tête.

- Effectivement ! J'avais eu la bénédiction des parents – il vit la tête de Jo et Henry qui avaient plutôt le rôle de deux parents stricts et il s'expliqua –, mais je vous rassure, on ne comptait pas se marier avant quelques années, mais c'était simplement une preuve de notre engagement.

Jo posa la question qui lui brûlait alors les lèvres

- Alors, vous l'aimiez réellement ?

Alexander se sentit particulièrement offensé

- Bien sûr que oui ! Vous me croyez si insensible ?

Ils ne purent qu'acquiescer. Alexander porta les mains à sa tête.

- Écoutez ! En apprenant sa mort ce matin, j'ai explosé, j'ai voulu demander un jour de congé, mais je me suis dit qu'il fallait que je reste professionnel alors, oui il se peut que j'aie l'air froid par rapport à ce qui s'est passé. Mais dites-vous que je suis en train de tout canaliser au fond de moi, mais si j'explose, je ne vais pas pouvoir retourner bosser cet aprèm et j'ai besoin de ce salaire.

Il poussa un long soupir et avala un peu d'eau. Jo et Henry commençaient peut-être finalement à voir le personnage. Il n'aurait fallu que d'un petit commentaire pour le faire craquer.

- La bague que je lui ai offerte appartenait à ma grand-mère… Et elle était assez serrée. Roxanne ne s'en séparait jamais. J'imagine que celui qui a coupé son annulaire était intéressé par le bijou, vu le prix qu'il vaut et n'a pas réussi à le lui retirer.

Jo et Henry se demandaient si un simple bijou pouvait être motif de meurtre, mais ils savaient qu'ils avaient déjà vu plus ridicule au cours de leur carrière.

Cependant, Jo ne croyait pas trop aux coïncidences, compte tenu du type d'école dans lequel la jeune femme avait été scolarisée et qu'apparemment les plus forts gouvernaient toujours au-delà des plus faibles.

Elle voulait à tout prix ne pas relier sa propre mauvaise expérience à ce qui était arrivé à Roxanne, mais elle ne put s'en empêcher. Elle avait besoin de connaître le fin mot de l'histoire.

- Et connaissez-vous la nature de la relation que Roxanne entretenait avec ses camarades de classe et l'école en général ? Était-elle appréciée ? Avait-elle des ennemis particuliers ? Des profs qui ne l'appréciaient pas peut-être ?

À voir le changement d'expression sur le visage d'Alexander, Henry sut qu'il y avait bien plus que la relation amoureuse qu'il avait tenté de cacher avec la jeune fille. Cela ne semblait pas être le premier de ses soucis.

Il agitait ses doigts dans tous les sens. Jo en tant que bon détective qu'elle était, ne manqua pas de le remarquer.

- Alexander, si vous avez quelque chose à nous dire, dites-le-nous. Parce que si vous ne dites rien, vous pourriez être considéré comme principal suspect. Vous êtes celui qui était le plus proche d'elle dans l'établissement. Sauf s'il y a autre chose.

Le jeune homme regarda son téléphone

- Écoutez, sachez que jamais je n'aurais fait du mal à Roxanne, mais dans cette école c'est… C'est la loi du plus fort qui l'emporte. Si on n'entre pas dans le moule ou qu'on refuse de faire partie de telle ou telle élite…les gens se… Ils…

Les poings de Jo se fermèrent sur ses genoux. Certaines choses ne changeaient pas.

- Ils s'en prennent à vous – acheva la détective

Alexander acquiesça lentement

- Je sais que Roxanne n'avait pas la meilleure des relations avec les gens de sa classe notamment les filles, qui peuvent vraiment être cruelles.

Jo se demandait si la jeune fille avait subi exactement la même chose qu'elle. Avec une différence d'âge plus importante. Il fallait en savoir plus, cela n'aiderait pas à avancer l'enquête s'ils devaient constamment résoudre des charades.

- Alexander, dites-nous ce qui se passait exactement ici ? – demanda Henry qui voyait bien que Jo commençait à devenir nerveuse de voir que cette affaire l'obligerait indirectement à revivre ce qu'elle aurait souhaité oublier, 20 ans auparavant.

- Je ne peux pas vous en parler sur mon lieu de travail, je risque de me faire virer. Il faudra que vous repassiez plus tard pour m'interroger chez mes parents si vous le souhaitez.

Jo se leva quand Alexander fit de même

- Très bonne idée ! De toute façon, on comptait s'y rendre pour confirmer l'alibi que vous étiez bien chez eux hier soir. Vous avez intérêt à nous dire la vérité parce que si j'apprends que vous faites partie de ceux qui l'auront intimidé pendant sa scolarité…

Henry se leva pour poser sa main dans le bas du dos de Jo qui se détendit presque immédiatement. Il lui dit d'une voix douce.

- Jo ! Je sais que ça te rappelle de mauvais souvenirs, mais ce jeune homme n'a peut-être rien à voir. On repassera chez vous, mais soyez vraiment honnête.

Alexander acquiesça

- Je le serais ! Et je suis loin d'être le genre à intimider les gens pour le propre plaisir d'humilier.

Il commença à sortir de la salle, mais revint sur ses pas

- Je vous en parlerais davantage quand je serais chez moi, mais en attendant, vous devriez peut-être aller parler à Jack… C'est son ex-petit ami. Il a le même âge qu'elle et apparemment ils étaient ensemble depuis qu'ils avaient 14 ans. Il était dans l'école jusqu'à la 1ere.

Henry le regarda d'un air dubitatif

- Donc depuis l'année dernière ? Quand vous-même êtes arrivé pour travailler dans l'école ?

- Ce n'est qu'une coïncidence. De plus, ce n'était pas comme si j'étais arrivé le jour même de son départ. Je suis arrivé trois mois après donc je n'ai rien provoqué. C'est là qu'ils se sont séparés, mais je crois que ça faisait longtemps que Roxanne voulait mettre fin à leur relation.

Jo et Henry se demandaient s'ils allaient devoir affaire à un adolescent possessif. Pour s'en assurer, il valait mieux l'interroger en présence de ses parents, pour voir un peu le genre de figure maternelle et paternelle qui lui servait d'exemple pour prendre les filles pour acquis. Enfin, d'après ce qu'Alexander disait. Le couple l'interprétait de cette façon en tous les cas.

- Je dois y aller, sinon je ne vais pas pouvoir manger et j'aimerais ne pas faire de malaise dans l'après-midi avec tout ce que je viens d'apprendre. Mais repassez plus tard à la maison, je vous dirais tout.

Jo et Henry n'eurent pas d'autres choix que de le laisser partir. Ils ne pouvaient pas retenir les gens contre leur gré, ils savaient qu'ils n'en avaient pas l'autorisation. De plus, ils étaient sur le terrain, pas directement au poste.

Jo se mordilla la lèvre et se retourna vers son petit ami

- Tant qu'il ne demande pas un avocat, j'imagine que ça peut être bon signe ?

Henry approuva

- C'est vrai qu'il aurait eu une réaction sans doute différente s'il avait voulu cacher quelque chose. Mais sa peine le rend assez…

- Robotique – acheva la jeune femme

Il acquiesça et la regarda. Elle était déjà partiellement frustrée et ils n'étaient pas près de voir le bout du tunnel.

- Alors j'imagine qu'on va devoir rendre visite à Jack plus tard aujourd'hui. Après l'école sans doute.

Ils avaient également la sœur de la victime à aller voir. Ce qui devait impliquer le reste de la famille. Il suggéra.

- On doit rendre visite à la sœur de notre victime de toute façon. Peut-être qu'elle pourra également nous en dire plus.

Jo regarda longuement Henry

- Tu sais… Quand tu es victime d'intimidation, tu n'en parles à personne. Je l'ai fait avec Clara parce que j'étais très proche d'elle et qu'elle était capable de lire en moi comme dans un livre, mais je n'en ai pas parlé à ma mère pendant longtemps… Jusqu'à mon accident.

Henry n'avait pas pensé à ce détail. Il baissa les yeux, mais Jo esquissa un sourire, en passant une main sous son menton.

- Je comprends ton point de vue et je suis totalement pour le fait que les victimes d'intimidation ne devraient pas se laisser arrêter par la peur de se faire chicaner davantage, mais d'avertir ses parents et si l'école ne veut rien faire, de faire prendre les mesures nécessaires. Si je n'avais pas dit à ma mère de laisser tomber, elle aurait entamé une poursuite contre eux.

Henry n'en fut pas surpris. Il avait bien vu de quoi Isabel était capable et elle n'aurait laissé personne marcher sur les pieds de ses enfants. En sortant, il enroula un bras autour des épaules de la jeune femme.

- Ta mère n'avait pas réussi à cadrer Luis alors elle a sûrement voulu faire quelque chose de bien en te surprotégeant toi et Clara.

Jo ne put le contredire

- Surtout moi plus que ma sœur.

Henry sourit

- Tu es la petite dernière, c'est normal !

Henry repensa à son propre côté protecteur envers ses petites sœurs, leur père avait été particulièrement attentif à ça même si le chagrin d'avoir perdu sa femme lui avait fait plus de mal que de bien en faisant grandir ses deux filles.

Mais dans le fond, peu importe les femmes qui étaient dans sa vie, Henry possédait constamment un côté protecteur. Il avait trouvé la mort en faisant le malin à vouloir protéger Abigail, avait manqué plusieurs fois d'y rester pour protéger Jo et il n'avait certainement pas fini… Alors il pouvait se mettre dans la peau d'Isabel, il aurait eu la même réaction envers Abe ou si un jour d'autres enfants biologiques lui étaient accordé.

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Ils décidèrent donc d'aller rendre visite directement à Christina qui était la sœur de la victime.

La route jusqu'à la maison de la jeune femme avait été particulièrement longue. En effet, l'adresse qu'on leur avait donnée se situait à Staten Island, soit l'île la plus connue pour voir la statue de la Liberté. En sortant de la voiture et marcher jusqu'à la grande maison, Jo s'imaginait bien dans quel type de famille cette pauvre Roxanne avait bien pu vivre.

Elle murmura

- Tu sais, de mes 30 ans d'existence, je n'étais encore jamais venue ici.

Henry n'était pas sûr de saisir

- À Staten Island ? Ou bien dans le quartier ? parce que je ne pourrais pas te blâmer sur ce dernier point.

Jo pouffa

- Oui dans l'arrondissement lui-même. Enfin, quand j'étais en 4e, on nous a emmenés à la fin de l'année pour une sortie scolaire pour visiter la statue de la Liberté, mais c'est tout. Je ne me souviens pas vraiment avoir pris le temps de bien apprécier la visite. Je vis à New York depuis ma plus tendre enfance et j'ai l'impression de ne rien connaître de ce qui l'habite.

Henry rigola et la serra rapidement contre lui

- Si ça peut te rassurer, généralement nous ne connaissons que très peu les villes ou pays dans lesquels nous avons pu grandir, parce que pour nous ce n'est qu'une simple banalité. Des touristes ou des personnes immigrantes vont mieux les connaître puisqu'ils auront fait toutes les attractions touristiques et auront visité plus de lieux que nous qui y vivons depuis longtemps.

Jo se disait qu'il exagérait à peine, pour la simple et bonne raison qu'il connaissait la ville bien mieux qu'elle… Mais elle ne savait pas qu'il y vivait depuis bien longtemps avant sa naissance.

- C'est vrai que de ce point de vue-là. Mais bon, ma mère n'avait pas trop les moyens de nous emmener faire du tourisme non plus.

Henry sourit poliment

- Honnêtement, il n'y a franchement pas grand-chose à voir dans le coin à part la statue de la Liberté. Et il n'y a que des personnes plus ou moins aisées qui y vivent.

Jo posa la main sur son menton avant de sonner à la porte

- Maintenant que j'y pense, ma grand-mère voulait venir vivre ici pendant un temps, quand ma mère a décidé de partir pour les États-Unis, mais finalement ils sont restés à Mexico.

Jo n'avait encore jamais mentionné ses grands-parents. Henry la regarda alors.

- Tes grands-parents sont toujours en vie ?

Jo acquiesça lentement

- Ma grand-mère oui ! Mon grand-père est mort alors que je n'étais qu'une enfant. À cause du manque de moyens, je pense ne les avoir vu qu'en chair et en os officiellement que deux fois quand maman a pu nous emmener au Mexique, mais depuis je n'ai pas encore eu l'occasion. Mais je sais que ma grand-mère se porte bien et que ma mère prend régulièrement des nouvelles d'elle… Par contre, elle ne parle pas un mot d'anglais.

Jo ne releva pas le petit sourire en coin de son petit ami. Elle avait encore en tête tous les commentaires déplacés de sa mère la première fois qu'elle avait rencontré Henry et qu'elle débitait en espagnol en espérant être discrète, ce qui bien sûr n'était pas du tout le cas.

Elle frappa deux petits coups à la porte et une voix fatiguée, à l'intérieur leur cria qu'elle arrivait.

- Oui ? Je peux vous aider ?

Jo brandit son badge

- Détective Jo Martinez, NYPD, voici mon légiste Henry Morgan. Nous sommes là parce qu'on voudrait vous poser des questions par rapport à votre sœur Roxanne.

Il était évident que la jeune femme venait de passer la matinée à essayer de comprendre et probablement de prévenir le reste de la famille à la vue de la rougeur de ses joues.

Elle prit une profonde inspiration

- Oui, bien sûr ! rentrez !

En rentrant dans le hall et dans la maison un peu trop gigantesque pour une seule personne, Henry remarqua une paire de chaussures avec un vernis particulier. Avec un seul coup d'œil, il vit qu'il s'agissait de vernis en pollen tel qu'il l'avait mentionné en rapport avec le meurtre de Roxanne. Cependant, le seul moyen de savoir duquel il s'agissait exactement, il fallait passer par une analyse. En sortant ou en prétextant aller aux toilettes, il se disait qu'il pourrait tenter de récolter un échantillon du vernis des chaussures et demander à Lucas de commencer à comparer les deux pour voir s'il y avait un match quelque part. Mais bon, il espérait que cela ne serait pas aussi gros et que la sœur n'avait rien à voir là dans ou elle faisait du bon travail à jouer la comédie.

Christina était déjà dans le salon à blablater et Jo l'écoutait à peine. Elle avait bien remarqué qu'Henry était distrait. Pendant que leur hôte débarrassait un peu le salon, elle souffla à l'oreille de son petit ami.

- Qu'est-ce que tu as vu ? Un indice ?

- Elle a des chaussures vernies avec du pollen… Mais je ne peux pas encore être certain que c'est bien ce qu'on a retrouvé sur Roxanne. Beaucoup de chaussures en possèdent, mais je prendrais tout de même un échantillon discrètement pour l'analyse.

Jo acquiesça. Ce fut un temps, elle l'aurait remis à sa place pour toujours tenter de mettre son nez là où il ne fallait pas, surtout sans mandat, mais désormais elle comprenait ses méthodes et surtout comprenait le besoin de le faire. De toute façon, il avait tout son support et très souvent elle ne voyait pas d'autres solutions non plus.

La voix de Christina les tira de leurs songes

- Excusez-moi ! Il y a un tel bazar ! Je dois appeler tout le monde pour prévenir de ce qui est arrivé à Roxanne et je n'ai pas vraiment le support qu'il faudrait pour gérer tout ceci… Je m'attendais à recevoir la visite de la police de toute façon. Avez-vous des indices ou quelque chose pour comprendre ce qui s'est passé ?

Jo se pinça les lèvres et secoua négativement la tête

- Pas tellement ! Nous avons pu discuter un peu avec le directeur de l'école – elle se retint de soupirer en repensant à leur confrontation – et nous sommes supposés interroger d'autres de ses camarades de classe, mais pour l'instant nous préférons commencer par la famille.

Christina acquiesça, tentant de retenir ses larmes.

- Je comprends ! Alors que voulez-vous savoir ?

- Déjà ses relations dans cette école ? Vous a-t-elle fait part de cas... D'intimidation par rapport à ses camarades de classe depuis qu'elle est scolarisée là-bas ? – demanda Henry

Christina réfléchit longuement

- Non ! sa scolarité s'est toujours déroulée sans aucune embûche particulière. Pas que je sache… - la jeune femme grimaça – mon Dieu, personne n'aurait rien vu ? Ma sœur se faisait malmener et elle n'aurait rien dit, la raison pour laquelle elle serait morte ?

Jo ouvrit la bouche, sentant qu'elle allait y être très à cœur dans cette affaire, mais Henry répondit rapidement

- Nous ne savons pas encore exactement les causes qui auraient pu mener à sa perte. Mais son petit ami nous a dit que récemment, les choses ne se passaient pas très bien.

Henry avait réfléchi pendant le trajet et il avait conclu que la rupture avec son ex avait certainement provoqué certaines controverses, notamment au niveau de la gent féminine. Mais il fallait décortiquer le tout, ce n'était que des enfants, les ruptures ils pouvaient très bien s'en remettre… Cela faisait surtout très télé-réalité avec du drama sur drama, complètement surjoué.

Jo essaya de lire la jeune femme. Elle espérait qu'elle ne cacherait pas certaines choses tel qu'Alexander avait pu le faire.

- Pour moi, Roxanne a toujours été une élève brillante et studieuse, sans le moindre souci avec ses camarades. Mais c'est vrai que les ados peuvent être particulièrement cruels entre eux. Mais je ne me souviens pas qu'elle m'ait fait part d'une potentielle menace.

Jo haussa les épaules

- Parfois, ce n'est pas forcément prémédité. Un accident est vite arrivé, mais cela reste que c'est un meurtre. Nous l'avons retrouvé dans le labo de photographie. Alexander nous a dit qu'elle comptait passer un concours et qu'elle restait longtemps là-bas ces derniers temps. Vous a-t-elle parlé de ceci ?

Christina le confirma

- Oui ! C'est vrai ! Et elle faisait de très beaux clichés. Je pense qu'elle aurait eu toutes ses chances. Mes parents l'encourageaient et croyez-moi, avoir des parents stricts comme les nôtres, la photo n'est pas quelque chose auquel ils voudraient voir leurs deux filles s'essayer. En tout cas, pas sur du long terme. Mais il semblait que cela ne leur déplaisait pas.

Jo et Henry se regardèrent. Il y avait autre chose là-dessus. Ils pouvaient le dire à la manière dont le ton de la jeune femme avait drastiquement diminué.

- Quelles sont vos relations avec vos parents ? – demanda Jo – vous venez de nous dire qu'ils étaient assez stricts.

Henry avait vu les quelques photos à l'entrée de la maison et il pouvait dire qu'effectivement, les parents de Christina et Roxanne lui rappelaient un peu ses propres parents. Toujours un peu carrés et eux-mêmes à décider de l'avenir de leur enfant ou presque. Il était évident, que Roxanne avait été élevée par des parents avec des principes, peut être considérés comme retardés à l'heure actuelle.

- Nos relations sont plutôt bonnes, à la minute où on ne brise pas les principes qu'ils ont instaurés. Roxanne ne leur en parlait pas, mais elle comptait devenir une grande photographe professionnelle. Mes parents étaient d'accord juste parce qu'ils pensaient qu'il s'agissait d'un simple passe-temps et qu'une fois à l'université, elle ferait autre chose.

Jo regarda l'étendue de la maison et demanda

- Que faites-vous si ce n'est pas indiscret ? Compte de l'endroit où vous vivez et la maison que vous possédez.

- Je suis notaire. J'ai fait des études de droit dès mon bac en poche, mes parents m'ont envoyé dans une grosse université. J'ai dû passer deux redoublements pendant mes études, mais j'ai fini par avoir le concours du barreau et je me suis spécialisée en tant que notaire après. Mes parents sont fiers, surtout pour tout ce qui concerne l'héritage.

Henry la regarda longuement et lui demanda d'une voix douce

- Était-ce que vous vouliez ?

Christina haussa des épaules

- Je ne sais pas trop ! Je suppose que je ne voulais simplement pas les décevoir. J'aime mon métier, mais parfois il est pesant.

Jo sourit

- Tous les métiers en rapport avec la loi le sont. Je vous rassure.

Christina semblait déjà un peu plus légère et elle regarda le couple tour à tour et finit par regarder ses ongles

- Je ne sais pas exactement ce que Roxanne comptait leur dire. Elle en avait assez de se cacher et de continuer de prétendre beaucoup de choses et dans une école privée, les murs ont des oreilles alors j'imagine que tous ces petits secrets ont dû être entendus.

Jo et Henry commençaient à en avoir marre des charades depuis le début de cette enquête.

- De quoi voulez-vous parler ? – demanda la jeune détective – quels secrets ? Déjà que son petit ami nous a dit qu'il ne nous parlerait que ce soir pour nous raconter ce qui se passait exactement à l'école et maintenant ça.

Christina les regarda. Elle ne savait pas trop si elle pouvait leur faire confiance, mais comme tout le monde, elle savait que de garder des informations vis-à-vis de la loi, était punissable. Être notaire n'empêcherait pas ceci.

- Est-ce qu'Alexander vous a dit quelque chose d'autre ?

Jo et Henry se regardèrent d'un œil suspect

- Non ! C'est-à-dire ? Soyez plus claire ! – encouragea Henry.

Christina ne savait pas exactement par où commencer

- J'ai entendu dire que l'annulaire de ma sœur était manquant, est-ce que c'est vrai ?

Le couple fut un peu pris au dépourvu. En effet, la jeune femme continuait de répondre à leurs questions par d'autres questions et cela commençait à être assez déroutant.

- C'est exact ! – affirma Henry –, mais pourquoi toutes ces questions quand nous vous en posons d'autres ?

Christina soupira

- Parce qu'Alexander et Roxanne, prétendaient être en couple. Ils ne l'étaient pas et ne l'ont jamais été. La bague de fiançailles était vraie, mais elle n'était pas d'Alexander.

Jo sentit le mal de crâne arriver. Elle se disait que parfois interroger des témoins gagnerait à ce qu'elle ait une bouteille de whisky à ses côtés pour les jours les plus difficiles.

- Comment ça ?

- Je vous ai dit que nos parents étaient très stricts. Ils le sont non seulement sur le métier qu'on va faire, mais encore plus sur les personnes avec qui on sort. Ils ont éjecté trois de mes ex comme ça. Enfin, passons. Roxanne a eu un petit copain assez tôt et mes parents l'acceptaient parce que c'était un garçon de bonne famille, comme nous. C'est aussi le cas d'Alexander… Cependant, il nous a confié qu'il ne fréquentait plus ses parents et que ses vives étaient coupées... Mais par son nom de famille, mes parents s'imaginent pouvoir faire affaire avec eux.

Jo la coupa

- Où vous voulez vous en venir Christina ?

Ils n'avaient pas toute la journée à perdre. Si cela continuait, ils allaient dormir sur place.

La jeune femme se pinça les lèvres et leur avoua le subterfuge

- Ma sœur a rencontré quelqu'un quand mes parents l'ont envoyé dans un camp de vacances hyper sophistiqué l'année dernière, avant sa rentrée en 1ere. Mais ce n'était pas Alexander… Alors certes ils se sont rencontrés à l'école, mais au moment où elle l'a rencontré, elle connaissait déjà cette personne et elle s'est séparée de Jack après les vacances.

- Donc ? – s'impatienta Jo – quel est le rapport avec notre enquête et le fait que Roxanne et Alexander prétendent être en couple ? Le jeune homme qu'elle a rencontré dans ce camp de vacances n'était pas assez aisé pour elle ?

Christina regarda dans le vide et répondit d'une voix à peine audible

- Elle…

Jo et Henry ne comprirent pas

- Elle quoi ?

Christina releva les yeux

- Ce n'était pas un lui, mais une elle… La personne qu'elle a rencontrée.

Cela mit quelques minutes, mais l'information pénétra finalement au cerveau du couple.

- OH ! – firent-ils d'une seule et même voix, faisant pouffer leur hôte

- Ces histoires entre deux personnes de même sexe, pour une famille comme la vôtre, c'est un peu l'équivalent du mariage d'un noir avec un blanc et vice versa ? – demanda Henry, qui en avait vu des vertes et des pas mûres au cours de sa vie.

Christina acquiesça

- Et d'autant plus qu'à cette époque… Ma sœur n'avait que 16 ans et l'autre fille 24… Elle était employée aux cuisines du camp et elles se sont rencontrées quand ma sœur n'a pas voulu suivre toute la troupe pour une histoire au théâtre ou peu importe là. Elles ont passées tout l'été à se cacher et vivre leur relation en secret et c'est ce qu'elles font depuis un an.

Il y avait vraiment de quoi avoir un mal de tête avec toutes ces histoires. Cela n'aidait pas Henry à comprendre comment Roxanne avait pu se faire tuer et maintenant cette jeune personne rentrait dans la liste de suspects. Jo n'en pensait pas moindre.

- Alors vous avez trouvé un subterfuge pour que vos parents ne se doutent de rien ?

- Roxanne en a eu l'idée… Et Alexander a accepté. La bague vient de Fanny, sa petite amie. C'était son cadeau d'anniversaire et leur promesse d'engagement pour plus tard.

Henry se gratta le menton. À faire semblant, parfois les sentiments pouvaient se développer. Bon, il ne doutait pas de l'orientation sexuelle de Roxanne, il semblait qu'elle ait eu un coup de cœur pour Fanny, cela pouvait arriver. Jo lui arracha les mots de la bouche.

- Avant toute chose, Roxanne était-elle bisexuelle ou lesbienne ? Sachant qu'elle avait déjà eu une relation avec un garçon… Bien qu'à son âge, cela ne rentre pas vraiment en ligne de compte.

- Ma sœur était lesbienne ! Elle me l'a dit clairement dit, et sortir avec Jack ne lui a fait simplement que réaliser ceci. Elle n'était pas du tout heureuse avec lui et sentait qu'il manquait quelque chose, elle m'a dit sérieusement qu'elle n'était jamais tombée amoureuse même si effectivement, ils étaient bien jeunes pour parler d'amour réel.

Henry demanda

- Mais toute cette mise en scène n'aurait pas fait tomber Alexander amoureux d'elle ? Il avait l'air vraiment brisé de la nouvelle…

- Aucune chance… Alexander est gay également. Elle n'aurait pas fait ça avec n'importe qui, sachant le risque que cela pouvait comporter pour un côté. Il était attaché à elle comme une sœur.

La liste de suspects maintenant continuait de s'allonger, et ni Jo, ni Henry n'était sûr de quoi penser.

- Dans ce cas, pourquoi il ne nous a pas dit la vérité au lieu de nous faire tout un charabia et nous demander de repasser ce soir ?

Christina ouvrit la bouche, mais cette fois-ci ce fut Henry qui répondit

- Pour la raison qu'il nous a mentionnée. Le fait qu'il est sur son lieu de travail et qu'on ne sait pas comment certaines choses pourraient être écoutées ou pas.

Jo acquiesça. Cela faisait plus de sens. Ils se levèrent et Jo demanda.

- Il va falloir qu'on ait le contact de cette Fanny. Maintenant, elle fait partie de la liste de suspects malgré elle. Peut-être qu'elle n'a rien à y voir, mais on ne sait jamais.

Christina haussa des épaules

- Elle ne vit pas à New York, elle faisait la route un week-end sur deux pour voir ma sœur.

Christina leur tendit une carte. La jeune femme vivait à Philadelphie. Qui n'était pas la porte à côté, mais bon tout bon motif était bon à prendre. Jo et Henry savaient que dans la semaine, ils allaient devoir l'interroger.

- Peut-être qu'elle viendra à New York vu que je viens de lui apprendre pour Roxanne…

Jo releva rapidement les yeux de la carte qu'elle avait en main

- Si tel est le cas, faites-le-nous savoir.

- Comptez sur moi !

Elle les raccompagna jusqu'à la porte et Henry regarda les chaussures. N'y tenant plus, il partagea sa pensée.

- Nous avons trouvé plus tôt des bottes remplies de terre, sur lequel j'ai pu extraire du pollen. Du pollen qui est servi comme vernis à chaussure et je vois que les vôtres en possèdent. Ce n'est peut-être qu'une coïncidence, mais pour les besoins de mon analyse de et l'enquête de ma collègue, accepteriez-vous que je gratte un échantillon ?

Jo vit le regard hésitant de Christina. Elle tenta de la rassurer.

- On ne vous relie pas au meurtre de votre sœur si c'est la question que vous vous posez. Nous avons simplement besoin de ça pour le mettre dans notre base de données et voir si le match revient avec les chaussures que nous avons trouvées, qui auraient pu être portées par n'importe qui. Mais dans une enquête, nous devons prendre en compte toutes les possibilités. Mais on ne vous accuse de rien.

La jeune femme concéda alors

- Très bien ! Faites ce que vous avez à faire. Mais moi je n'ai rien à voir là dans. Je sais que c'est fatiguant de couvrir pour sa petite sœur, mais hier soir, et surtout à l'heure à laquelle elle a été retrouvée, j'étais dans mon lit et si vous ne me croyez pas, j'ai un système de surveillance dans ma chambre et le reste des pièces de la maison, juste au cas où.

Jo se disait qu'ils n'avaient pas de temps à perdre avec des broutilles

- On repassera si besoin, mais je vais vous croire sur parole. J'espère sincèrement que vous êtes honnête.

Henry termina de récupérer son échantillon et tout comme le précédent, le mit dans un contenant hermétique. Il aurait du boulot pour Lucas si lui et Jo passaient leur journée à interroger tout le monde.

Ils remercièrent Christina et en franchissant les portes, Jo se retourna lentement

- Au fait ! Nous aurions sans doute besoin de parler à vos parents. Vu ce que nous avons raconté sur eux, nous devons connaître la nature de la relation profonde avec Roxanne. Habitent-ils dans le coin ?

- Dans le Queens. Ils possèdent toute une habitation à leur nom.

Jo et Henry la remercièrent de nouveau et retournèrent à la voiture de la jeune femme où ils poussèrent un long soupir en se regardant.

- Tu en penses quoi ? – demanda Jo

- Je suis un peu perdu avec toute leur histoire encore mieux qu'un feuilleton télé, mais maintenant je me dis que plusieurs personnes auraient pu vouloir se débarrasser de Roxanne. Ses parents pour lui avoir menti, son ex pour avoir choisi une fille, Fanny pour ne plus supporter la distance et le fait de cacher constamment la relation, surtout compte tenu de la différence d'âge assez importante… Il y a bien trop de raisons. Stupides. Mais des raisons quand même.

Jo se pinça fortement les lèvres. Henry répétait toujours qu'il était la dernière personne à porter un jugement, mais c'était souvent ce qu'il faisait sans s'en rendre compte. Mais elle n'était pas mieux placée. À eux deux, ils pourraient faire une comédie avec leur façon de toujours regarder tout le monde de travers.

Elle sourit et taquina son petit ami, en posant sa main sur le levier de vitesse prête à démarrer.

- On ne voit pas souvent des affaires avec des personnes de même sexe, mais je me disais, le jour de notre rencontre, tu as assumé que j'avais perdu mon mari. Tu aurais réagi comment si je t'avais dit que j'étais lesbienne et que j'avais perdu ma femme ?

Henry fronça des sourcils en se demandant d'où cela sortait. Il ouvrit la bouche, mais vraiment ne sut quoi répondre. Jo éclata de rire et lui fit une bise sur la joue.

- Ah ! Ça t'aurait embouché un coin ! Et malheureusement notre relation n'aurait jamais pu aboutir.

Henry sourit et enlaça rapidement ses doigts avec les siens

- Eh bien ! Le principal aurait été que tu sois heureuse peu importe la personne qui aurait pu faire battre ton cœur donc j'aurais accepté ce sort, ne t'en fais pas le moins du monde.

Elle se surprit à rougir. Elle aimait toujours autant les compliments qu'il lui donnait, aussi insignifiants pouvaient-ils être.

Il plaisanta alors

- Au pire des cas, si je te voulais comme je te veux maintenant, j'aurais changé de sexe et on en aurait plus parlé.

Jo explosa de rire et lui donna une tape dans le bras

- Ce que tu peux être bête !

Il fit un large sourire et ils démarrèrent pour retourner au 11, ils avaient besoin de donner à Lucas de quoi s'occuper avant de continuer leur tour.


Author's note: Je trouvais ça drôle d'écrire le fait que si Jo avait été lesbienne, comment Henry aurait réagi à asssummer toute sorte de choses, sans se poser davantage de questions :p

Et je ne sais pas pourquoi j'ai eu l'idée de mentionner la grand-mère de Jo.

And speaking of, for my English natives, Jo mentioned visiting Staten Island when she was in 8th grade.