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Jo et Henry aperçurent Lucas bien occupé à lire un roman graphique à côté du corps. Ils s'échangèrent un regard. Lucas ne changerait jamais.

- Lucas ! – gronda Henry

Ce dernier manqua de déchirer son roman graphique en deux en se levant en double vitesse, en voyant le couple qui avançait vers lui.

- Quoi ? Qu'est ce que j'ai fait ?

Jo se retint de rire tandis qu'Henry leva les yeux au ciel

- Tu n'as rien fait. Enfin, j'ai envie de dire que c'est ça le problème, mais qu'importe. Jo et moi revenons de l'école où Roxanne était scolarisée et où elle a été trouvée. Nous avons fait quelques fouilles et j'ai retrouvé quelques petits indices qui pourraient nous emmener au meurtrier.

Lucas regarda le couple à tour de rôle et balança la tête comme un pantin articulé

- Chouette ! Et alors ? Qu'est-ce que vous avez trouvé ?

Jo vit les épaules d'Henry retomber et remarqua qu'il se retint de pousser un soupir. Lucas restait quand même toujours enfantin quand il le voulait.

- J'ai trouvé du pollen sur des chaussures que nous avons récupéré dans une benne à ordures en extérieur de la salle de photographie où Roxanne a été trouvée.

Il déposa les contenants sur la table à côté du cadavre de la jeune fille. Lucas les regarda d'un air curieux.

- Du pollen ? Comment vous avez réussi à extraire ça ?

Jo lui lança un regard évident

- Je te signale qu'on parle d'Henry !

Ce dernier lui fit un petit sourire en coin et répondit à la question de Lucas qui continuait de le regarder bêtement

- J'ai gratté les chaussures. C'est du pollen qui a servi pour le vernis des chaussures. Mais il n'y a que trois sortes qui sont utilisées pour ça, je ne suis pas certain encore de laquelle il s'agit, d'où le fait que j'ai besoin de ton aide.

Jo remarqua bien que Lucas semblait ravi à l'idée de faire autre chose que de lire des romans graphiques. Elle se demandait combien il en avait lu depuis qu'ils étaient partis le matin même.

- Oui, alors en quoi je peux être utile ?

- J'ai besoin d'isoler les composants chimiques du pollen pour trouver duquel il s'agit. De plus, nous venons d'aller rendre visite à la sœur de la victime et il y en avait également sur ses chaussures.

Il sortit l'autre contenant dans lequel il avait mis et le déposa à côté du reste.

- Il faudrait comparer ce qu'on a trouvé sur les chaussures dans la benne avec celui trouvé sur les chaussures de Christina. Cependant, nous avons encore des visites à faire et j'ai espoir qu'on trouvera sans doute encore du pollen chez d'autres personnes. On les analysera toutes et on comparera tout ceci avec le résultat principal qu'on aura obtenu.

Lucas se gratta le menton. Jo se sentit un peu désolée pour lui, cela faisait quand même beaucoup de travail.

- Doc, mais ça va prendre du temps.

Henry acquiesça en se pinçant l'arête du nez

- Je le sais Lucas ! Mais Jo et moi avons beaucoup de personnes à interroger. Surtout que l'histoire de Roxanne est assez compliquée. Enfin bref, on va devoir s'attaquer à tout ceci parce que c'est bien le seul indice pour l'instant qui pourra nous aider.

Jo repensa alors

- Mais pour les poils noirs ? D'où ça peut provenir ?

Henry allait répondre, mais Lucas suggéra

- Un singe ?

Il eut le droit à un charmant regard de la part des deux. Il prit les contenants hermétiques et s'éloigna le plus rapidement possible pour commencer l'analyse des échantillons de pollen.

Henry se retourna vers sa petite amie

- Certainement un animal et non pas un singe, mais je ne sais pas, on verra bien pendant nos visites, mais ce ne sont pas des poils humains… À moins que vraiment nous ayons affaire à quelqu'un qui a une pilosité extrême…

Il s'arrêta en faisant un petit sourire. Jo le regarda d'un œil suspect. Il la regarda intensément.

- Pendant mon adolescence, j'avais beaucoup de pilosité donc j'imagine que ça peut exister.

Jo essaya de chasser cette image de son esprit, mais elle eut chaud d'un seul coup. Son regard dévia automatiquement vers son bas ventre... Pourtant, elle avait eu le droit d'y jeter un coup d'œil, mais ce n'était pas comme si ce fut le détail qui avait retenu son attention.

Jo leva des épaules

- Je suis brune et hispanique alors imagine quand la puberté a commencé.

Elle lui fit un clin d'œil et retourna vers Lucas, qui resta pantois.

- Combien de temps ça va prendre, tu penses ? – demanda-t-elle au jeune assistant

- Je ne sais pas trop. Comme Henry l'a dit, il faut isoler les composants chimiques donc c'est la partie la plus difficile. Une fois qu'on aura fait ça, il ne restera qu'à mettre ces composants à part, l'analyse se fera automatiquement avec l'informatique, mais pour extraire les composants…

Henry qui arriva derrière eux acheva la phrase

- Il faut le faire manuellement, d'où le fait que ça peut être long.

Il s'arrêta et regarda son assistant qui avait revêtu ses gants et commençait à s'attaquer à la tâche.

Il se mordilla l'intérieur de la lèvre

- Hmm… Je me rends compte que ça va faire beaucoup de travail… C'est peut-être un peu égoïste de ma part de te laisser faire tout ça seul.

Lucas releva rapidement les yeux et fit un sourire

- Ne vous en faites pas doc, moi je ne suis pas utile sur le terrain, vous avez un meilleur œil que n'importe qui dans le service. Jo a besoin de vous et tous les deux vous êtes une équipe.

Henry se gratta l'arrière du crâne

- J'adore être sur le terrain, mais parfois il faut que je me rappelle que je ne suis pas un flic. Hanson doit se sentir un peu mis à l'écart.

Jo pouffa

- Je te rassure, il est bien content parfois de pas être sur le terrain. Par contre, il aime moins remplir des rapports, mais il ne t'en veut pas. De toute façon, tu peux dire que tu n'es pas flic, tu es tout comme.

Henry fut flatté, mais savait très bien qu'il n'avait pas la compétence d'un flic. Même s'il avait presque prouvé le contraire plus d'une fois. Mais il avait un certain instinct de survie quand il s'agissait d'un danger qui menaçait sa petite amie, il ne pouvait tout simplement pas se contrôler.

Henry regarda l'heure sur sa fameuse montre de poche

- De toute façon, Jo et moi on doit attendre la fin des cours avant de retourner interroger le petit ami qui n'est pas le petit ami et ensuite nous aurons aussi l'ex.

Jo acquiesça

- Et il faudra rendre visite aux parents aussi… Je me disais qu'il vaut mieux se pointer avec un mandat, je comptais faire une fouille dans la chambre de Roxanne.

Henry approuva totalement

- J'y ai pensé aussi, mais est-ce que tu crois qu'on aura le temps de faire tout ça aujourd'hui ?

- Négatif ! On doit déjà attendre la fin des cours, ils se terminent vers 15h30 et on doit parler à deux personnes à intervalle donc on garde la visite pour demain.

Henry se frotta le menton

- Parfait, mais nous avons aussi Fanny à interroger ? Est-ce qu'on va devoir faire la route jusqu'à Philly ?

Jo se mordilla la lèvre avec un certain goût de frustration

- Christina nous a dit qu'il y avait des chances qu'elle vienne à New York comme elle a appris pour Roxanne. Mais je ne sais pas, ça dépendra si oui ou non elle peut se libérer. J'ai demandé à Christina de nous prévenir si c'est le cas, sinon effectivement on ne va pas attendre qu'elle vienne à nous.

Jo regarda son téléphone

- Je vais tenter de chercher son numéro de téléphone dans la base de données de la NYPD. Christina m'a donné son contact. Je vais bien voir ce qu'elle me dit.

Lucas était perdu dans la conversation

- Qui est Fanny et qui est le petit ami qui n'est pas le petit ami ?

Jo et Henry se regardèrent, ils n'avaient pas le temps pour les explications, mais en même temps, ils devaient attendre la fin d'après-midi pour faire leurs interrogations.

- Longue histoire – dirent-ils d'une seule et même voix

Jo se retourna pour aller à l'étage

- Je vais voir ce que je trouve sur Fanny.

- D'accord ! Je reste avec Lucas pour lui donner un coup de main, je remonte dans une heure pour qu'on déjeune, si ça te tente ?

Jo fit un large sourire

- Ça me tente très bien, à tout à l'heure.

Jo était remontée dans la salle des détectives et avait briefé Reece au détour d'un couloir.

Elle retrouva Hanson un peu affalé sur son bureau, en train de siroter ce qui semblait être son 3e café de la matinée.

Elle roula vers lui sur sa chaise, une fois qu'elle eut posé ses fesses à son propre bureau

- Tu as l'air de t'amuser dis donc !

Hanson la regarda d'un air sarcastique

- Je suis en train de remplir ces fichus rapports, comme d'habitude. J'espère que toi et le doc, vous avez appris quelque chose d'intéressant ce matin ? En plus de ce qu'on a déjà dit.

Il regarda sa collègue qui était déjà partiellement frustrée compte tenu d'où le meurtre avait eu lieu et les souvenirs que cela lui rappelait.

- On doit interroger de nouveau Alexander en fin de journée, chez ses parents. Et l'ex-petit ami de notre victime. Enfin, il y a toute une histoire là-dessous, c'est compliqué, mais je pense qu'on a plusieurs suspects en liste et il faudra décortiquer tout ça.

Hanson hocha simplement la tête

- Et ton ombre n'est pas derrière toi ?

- Il est en bas pour faire des analyses par rapport à du pollen qu'on a retrouvé suivant des traces qu'on a vues dans la salle de photo. Il dit que ça va être long, mais qu'on devrait avoir plus de chance de remettre la main sur le meurtrier grâce à ça.

Hanson se sentait assez mis de côté par moment, car à eux seuls, Jo et Henry avaient prouvé plus d'une fois qu'ils n'avaient besoin de personne d'autres pour résoudre des crimes.

La venue d'Henry dans leur vie avait mis fin à toute la liste de crimes non résolus qui était accrochée au tableau depuis des années.

- Et toi ? Tu vas faire quelque chose en particulier ?

- Je dois chercher le nom d'une personne qui se trouvait être la petite amie de Roxanne, je vais voir si je peux trouver son numéro de téléphone et savoir si elle compte venir sur New York ou on va devoir faire la route jusqu'à Philly.

Hanson souffla. Il y avait deux heures de route jusqu'à Philadelphie et cela faisait quand même 4 heures l'aller-retour.

- Attends une seconde, tu viens de dire la petite amie ? Mais je croyais que...

Jo lui fit simplement un signe de la main

- Oublie, c'est trop galère à comprendre. Enfin, je dois la contacter, si elle ne peut pas se déplacer, on le fera, on sert à ça. C'est pour les besoins de l'enquête.

Hanson regarda son rapport devant lui et suggéra

- Franchement si toi et Henry êtes trop occupés, autre, qu'à vous galocher toute la journée...

Jo le regarda de travers

- Quoi ? Quand j'ai appelé ce matin vous aviez l'air occupés. Je dis ça, je dis ça, je dis rien.

Jo soupira

- Bon, viens-en aux faits !

- Je me disais que je pourrais me charger de l'aller-retour et interroger cette Fanny si besoin ? Si ça peut vous alléger ?

Jo trouva que l'idée était brillante et cela les arrangerait s'ils devaient se couper en deux pour interroger les proches. Sachant qu'ils avaient aussi les camarades de classe de la jeune fille, surtout pour les cours des matières principales.

- Je te dirais ça au moment venu. On va déjà voir ce que Fanny me dit si je parviens à trouver son numéro.

Hanson acquiesça. La jeune femme s'apprêtait à repartir avec sa chaise, mais il l'interpella, la manquant de faire une belle cabriole.

- Franchement… Évite de faire ça s'il te plait. On n'est déjà pas dans un circuit de Mario Kart, mais j'ai l'impression que tu viens de me lancer une peau de banane.

Hanson pouffa. Il avait deux fils donc la référence à Mario, il pouvait très bien la comprendre.

- Désolé ! J'avais une question à te poser.

Elle n'aimait pas trop quand Hanson fourrait son nez dans ses affaires parce qu'elle sentait d'ores et déjà la question arriver.

- Henry me disait ce matin que tu avais été intimidée dans cette école. Tu ne m'as jamais raconté ça.

Jo haussa des épaules

- Tu sais Mike, on se connaît depuis près de 11 ans, je suis très reconnaissante de t'avoir comme ami, mais parfois il y a certaines choses que j'aimerais garder pour moi. Je n'ai pas eu une enfance facile et certains souvenirs font particulièrement mal.

Hanson lui fit un regard compatissant. Il lui secoua rapidement la main.

- J'imagine ! Je ne te force pas à me le raconter, mais je suis juste curieux de la façon dont tu t'es retrouvée là vu que…

Il n'osa pas terminer sa phrase, mais Jo le comprit

- Que je vivais dans un quartier assez défavorisé ! Je sais. Mais mes résultats excellents en primaire m'ont permis d'avoir la bourse pour suivre mes cours dans le collège, mais les choses ne se sont pas passées comme je l'aurais espéré. Que veux-tu, les enfants surtout les filles peuvent être des vraies pestes.

Hanson se rappelait du fait que le directeur semblait déjà être là au moment où la jeune femme avait été élève à l'école.

- Et ce directeur n'a jamais rien fait pour empêcher ça ?

- Comme tu l'as entendu, pas le moins du monde ! Je pense qu'il ne s'occupe que de voir l'argent rentrer et sachant le quartier d'où je venais, que j'étais financée par la bourse, il ne devait pas se préoccuper de moi. Je ne rentrais pas dans le moule de ces petits bourgeois.

Elle repensa au fait qu'elle souhaiterait retrouver la trace de cette jeune fille avec qui elle avait été amie pendant les trois semaines avant qu'elle ne déménage et que Kim en profite pour la pousser dans les escaliers.

- J'avais une amie qui a déménagé très vite. Je ne me rappelle plus de son nom, mais sachant que je travaille pour la police, j'imaginais que je pouvais tenter de la retrouver. Sinon je jetterais un œil dans les archives de l'école, je suis certaine que sa fiche d'inscription doit y être encore.

Hanson lui tapota doucement l'épaule

- Tu fais ce que tu as à faire. Si tu sens le besoin d'aller la remercier pour avoir été une amie dans cet enfer. En tout cas, je suis vraiment désolé que tout ça te soit arrivé. Tu es une fille géniale Jo et tu ne mérites que l'amour et le bonheur alors je trouve ça vraiment ingrat de la part de ces enfants et de ce directeur de t'avoir martyrisé de la sorte. Je suis content que les choses se passent mieux pour toi désormais.

Jo fit un petit sourire et le taquina

- Ne t'enfonce pas trop dans l'émotion, tu vas finir par me faire pleurer.

Il lui lança un regard. Elle rigola et repartit vers son bureau, toujours sur la chaise. Hanson se disait qu'elle avait quand même bien appris de lui, à refaire les mêmes gestes que lui.

Jo regarda le papier qu'elle avait en main avec le nom et prénom de Fanny et elle commença à ouvrir la base de données de la NYPD.

Elle savait que même si chaque personne était sur liste rouge, ils disposaient toujours de cette petite faille qui permettrait d'avoir accès à certaines données que des citoyens lambda ne pouvaient voir.

Elle trouva rapidement ce dont elle avait besoin et vit que la jeune femme étudiait en féminisme à l'université de Philadelphie et qu'elle travaillait dans une association pour les droits des personnes homosexuelles et autres orientations en rapport avec la communauté LGBTQ.

- Gentille petite personne on dirait, très impliquée.

Elle remarqua le numéro et le rentra rapidement dans son téléphone. Elle appuya sur la touche appel, sans même avoir le contrôle sur quoi que ce soit. Elle voulut raccrocher, car elle n'était pas sûre que la jeune femme n'était pas en cours, mais elle savait que désormais, la plupart des étudiants prenaient quand même leur appel, même s'ils étaient en cours. Ils sortaient simplement dans le hall pour le faire.

Elle attendait trois sonneries et fut sur le point de se raviser, mais Fanny décrocha et elle avait une voix fatiguée

- Allo ?

- Huh Fanny Griffin ?

- Oui ! À qui ai-je l'honneur ?

Jo sentait bien que la jeune femme avait une boule dans la gorge. Un peu la même qu'elle avait eue à chaque fois que quelqu'un l'appelait suivant la mort de Sean.

- Détective Jo Martinez, NYPD. Écoutez… Je ne veux pas vous faire de peine, mais je vous appelle par rapport à…

- À Roxanne – acheva-t-elle d'une voix brisée, tellement que Jo aurait du mal à croire qu'elle pourrait être la responsable de sa mort.

Jo hocha la tête comme si Fanny pouvait la voir. Elle se rendit compte de la stupidité de son geste.

- Nous avons appris que vous aviez une relation avec elle, mais par rapport déjà à votre âge et sa famille, vous deviez vous cacher et monter tout un bobard pour réussir à la voir ?

- C'est exact !

- J'imagine que vous n'êtes pas d'humeur, mais nous aurions besoin de votre témoignage pour en savoir plus sur vos habitudes avec elle et d'autres questions de routine.

Il y eut un long silence. Si long que Jo dût vérifier que la ligne était toujours connectée. Puis elle finit par entendre une grande respiration. Fanny devait sans doute jouer des pieds et des mains pour ne pas laisser sa peine l'envahir.

- Je me suis doutée que de toute façon la police remonterait à moi d'une façon ou d'une autre. Je voulais venir en personne, mais je n'ai pas le courage, si je vois son corps, je ne vais pas tenir. Est-ce qu'on peut faire ça par téléphone ?

Jo se pinça les lèvres

- Je suis désolée, mais il faut que nous vous voyions en face. On pourra passer vous voir dans la semaine, nous ne sommes qu'à deux heures de route. Je ne sais pas encore si je serais de la partie, mais dans tous les cas, sachez que mon collègue, le détective Mike Hanson devrait être là et il vous posera les questions nécessaires.

Cela l'obligerait à résumer rapidement la situation à Mike par rapport à la relation des deux femmes, mais ce n'était qu'un détail. Enfin, un gros détail mais une fois qu'il aurait compris, le reste n'avait pas d'importance.

Fanny poussa un long soupir

- D'accord ! J'attendrais votre visite ! Je ne vais pas en cours cette semaine, j'ai vraiment besoin de me remettre de tout ça… J'ai du mal à croire qu'on ait pu la tuer si froidement… J'avais déjà tout prévu pour nous pour quand elle serait majeure et…

Jo se sentit tellement désolée pour elle. La jeune femme avait besoin d'un câlin et ne semblait pas avoir grand monde pour lui en donner.

- Mes condoléances Fanny. Ne vous inquiétez pas, on fera tout pour savoir qui a pu l'assassiner, mais nous avons besoin de vous poser des questions quand même.

Fanny renifla

- Je comprends ! Vous avez parlé à Alexander ?

- Oui, mais il a été assez vague, mais apparemment les relations de Roxanne avec ses camarades n'étaient pas au top.

- Effectivement ! C'est surtout par rapport à nous deux, vous savez une petite école comme ça, tout se sait. Mais il ne vous a pas tout raconté ?

- Déjà concernant votre relation, c'est Christina, la sœur de Roxanne qui nous en a parlé. On doit retourner voir Alexander plus tard dans la journée, pour avoir une confirmation d'alibi avant toute chose.

Jo entendait la jeune femme qui continuait de renifler et elle pouvait parfaitement imaginer l'état dans lequel elle était. Une boîte de mouchoirs à ses côtés, et probablement en boule sur le lit.

- Très bien ! J'espère que vous aurez plus de réponses à vos questions. Et ses parents ? À ce que je sache, ils ne sont au courant de rien.

Jo se demandait si oui ou non cela valait la peine de provoquer une crise cardiaque sur le couple qui avait des valeurs qui dataient de l'an 14.

- Non, pas d'après ce que Christina nous a dit. Mais ne vous inquiétez pas, je ne pense pas que mon collègue et moi allons leur en toucher deux mots. Nous avons besoin de leur parler, parce que c'est important dans le cadre d'une enquête et je ferais une petite fouille dans la chambre de Roxanne, mais c'est tout. Je respecte le secret de votre relation et je suis consciente qu'ils pourraient porter plainte contre vous à cause du détournement de mineur.

La jeune femme semblait soulagée, car il était évident que c'était tout ce qu'elle craignait depuis le début de sa relation avec Roxanne. Il y avait de quoi. Et il était sans doute facile d'influencer lorsqu'on avait de l'argent. La loi du plus fort était toujours d'actualité.

- Merci beaucoup détective ! Je… Je tenterais de répondre le plus clairement à vos questions lorsque vous viendrez me rendre visite.

Jo sourit

- Merci, Fanny, et encore vraiment désolée pour la perte de Roxanne

- Merci !

Les deux femmes raccrochèrent et Jo regarda son cellulaire d'un air curieux. Hanson se pointa à ses côtés.

- Quelque chose te tracasse ?

- Je viens d'appeler la petite amie de Roxanne. Elle est bouleversée, il n'y a pas à dire, mais Henry et moi, on la mettait quand même dans la liste des suspects.

- Ce qui est parfaitement normal à mon sens ! Mais ?

- Mais elle est trop brouillée donc j'aurais un peu de mal à le croire. Elle ne viendra pas sur New York, on devra donc faire la route. Je te tiendrais au courant si Henry et moi on peut le faire sinon …

Hanson leva les bras au ciel

- Je m'en occuperais, Jo ! Ne t'inquiète pas pour ça. En plus ça va me faire sortir un peu alors crois moi que je ne demande que ça.

Jo sourit. Mike était parfois grognon, mais elle était bien soulagée d'avoir un tel ami.

Pendant le déjeuner, Jo semblait complètement ailleurs. Elle regardait à travers la grande baie vitrée du restaurant d'un air morose.

Elle avait une main sous son menton et avait à peine touché à son assiette

- Jo ? – la voix et la main d'Henry sur la sienne la tirèrent de sa torpeur.

Elle cligna rapidement des yeux

- Excuse-moi ! Je suis distraite. Je n'arrête pas de penser à cette histoire. Entre le probable harcèlement de Roxane et le fait qu'elle ne doit pas rentrer dans la norme vis-à-vis de la société. Il y a trop de possibilités sur le coupable.

Henry ne put qu'approuver. Surtout que pour l'instant ils ne disposaient pas de grand-chose, à part l'annulaire manquant et le pollen des chaussures.

Mais au vu de ce qu'ils avaient appris, il était vrai que la liste de suspects était plus longue que prévu.

Il caressa doucement la paume de la main de la jeune femme.

- Mais il n'y a pas que ça qui te tracasse, n'est-ce pas ?

Elle ne répondit pas, mais elle avait cette lueur dans les yeux. Celle qu'elle avait lorsqu'elle avait une idée derrière la tête.

- À quoi est-ce que tu penses ?

- Comment tu peux savoir que je pense à quelque chose en particulier ?

- Chérie ! Ça va bientôt faire deux ans qu'on se connaît. J'ai appris tes mimiques !

Elle sentit ses joues virer au rouge et elle esquissa un sourire gêné.

- Je me disais que cette école aurait besoin d'un certain recadrage. Et ce qu'il faudrait serait d'instaurer des règles contre le harcèlement, mais de manière discrète.

Henry sentait bien qu'elle ne voulait pas plus de cas comme le sien, où un accident était ce qu'il fallait pour faire réagir. Et encore, comme l'avait montré son passé, le directeur avait toujours tout fait pour étouffer les affaires. La preuve en été avec Roxanne. La moindre des choses aurait été de suspendre les cours pour la journée.

- J'en discuterais avec Alexander en fonction de ce qu'il va nous raconter, mais je pense qu'un seul meurtre suffit.

Henry acquiesça et était d'avis qu'une école réputée comme celle-ci méritait de montrer une meilleure image de ce qu'elle appelait grossièrement « éducation ».

- Cette école aurait tellement mieux à faire. Ce fut un temps où ils avaient une excellente réputation, sans histoire moindre. En tout cas, pas à ma connaissance.

Henry n'entendait que du bien à l'époque où il avait failli y envoyer Abe. Mais peut-être que les choses étaient bien différentes avec une femme.

Il finit par s'apercevoir que Jo le regardait étrangement suite à son dernier commentaire.

Il se racla la gorge

- Il faudrait une figure beaucoup plus stricte et qui ne pense pas qu'à l'argent, éventuellement.

Jo le regarda longuement et soupira

- Oui ! Il faudrait quelqu'un comme ma mère ou ma sœur, ça en calmerait certains !

Cette idée sembla frapper Henry. Il ouvrit la bouche, mais le téléphone de Jo vibrant sur la table, le fit sursauter. Elle venait de recevoir un message texte.

- Oh ! Bonne nouvelle. Alexander a demandé à quitter plus tôt. Il peut nous recevoir avec ses parents, dans une heure.

Henry se disait que c'était une excellente chose. Cela leur laisserait sans doute le loisir de visiter les parents de Roxanne.

- Bon tant mieux ! On va certainement gagner du temps.

Jo approuva

- À qui le dis-tu ? Mangeons ! Excuse-moi d'avoir été entièrement distraite tout le long.

Henry lui sourit tendrement en lui répondant qu'il n'y avait pas de troubles.

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Après leur déjeuner, ils se rendirent donc comme prévu chez Alexander. Ils avaient discuté du fait que le remords vis-à-vis de Roxanne avait dû le tirailler davantage.

Ce fut la mère d'Alexander qui leur ouvrit et elle les regarda de la tête aux pieds.

- On n'a rien à acheter !

Jo leva les yeux au ciel et montra son badge

- NYPD, détective Jo Martinez. Et voici le docteur Henry Morgan. On a parlé à votre fils ce matin et il nous a dit de repasser.

- Oh ! Il fallait le dire tout de suite.

La femme se poussa sur le côté pour les laisser passer. Le couple lui trouvait un air assez extravagant.

Ils retrouvèrent Alexander qui les attendait au salon et il semblait assez nerveux.

- Alors ? Vous n'étiez pas capable d'attendre la fin de la journée pour nous parler ? – commença Jo d'un ton qui se voulait sarcastique.

Le jeune homme se frottait les mains l'une contre l'autre.

- Oui… Disons que je n'ai pas arrêté d'y repenser et vous avez besoin d'entendre la vraie version de l'histoire.

Jo et Henry aperçurent les parents dans le vestibule, tentant sans doute d'être discrets.

Henry les interpella

- Joignez-vous à nous, deux petites minutes. Ma partenaire et moi aurions des questions à vous poser.

Alexander se doutait bien qu'ils avaient besoin d'avoir la confirmation de l'alibi. Ils avancèrent comme des robots.

Jo et Henry avaient vraiment l'impression qu'ils sortaient d'un décor de clips musicaux des années 70. Ils n'étaient certainement pas le genre de parents à porter un jugement.

- Que voulez-vous savoir, détective ?

- Alexander nous a dit qu'il avait passé la nuit chez vous et on aimerait savoir si vous confirmez son alibi ? C'est pour enquête de meurtre, il vous a sans doute briefés.

Jo songea qu'ils pourraient peut être le couvrir. Mais que de toute façon, ils finiraient bien par découvrir la vérité tôt ou tard.

- Oui ! Il était bien là. Il reste chez nous lorsqu'il travaille à l'école.

Jo jeta un regard en biais à Henry pour voir s'il avait une réaction quelconque, mais il ne bougea pas.

Cependant, ils avaient probablement lu les pensées de l'autre et préféraient laisser passer pour l'instant. Tout était une question de priorité.

- Parfait ! – répondit Jo

Elle regarda Alexander qui restait neutre. Henry la regarda également et lui fit un signe de tête.

- Est-ce que vos parents sont au courant de votre petite mascarade avec Roxanne ? – demanda le légiste

Alexander sembla tomber des nues

- Comment avez-vous découvert si vite ?

- C'est notre job - répondit Jo avec un large sourire, qui en disait long sur ses pensées

Pour l'instant, ils allaient le faire mariner un peu avant de lui dire de qui provenait l'info.

Les parents du jeune homme semblaient à peine réagir. Le père ouvrit la bouche pour la première fois depuis qu'ils étaient rentrés.

- Si vous parlez du fait qu'il faisait semblant d'être fiancé à cette pauvre jeune fille qui a été tuée et qui était lesbienne, alors qu'il est lui-même gay… Oui, nous savons !

Alexander semblait encore sous le choc et craignait un peu de ce qu'il pouvait prendre de ne pas avoir dit la toute la vérité à des forces de l'ordre.

Heureusement que Christina avait déjà expliqué ce qui l'avait sans doute poussé à ne pas tout raconter à l'école et Jo comprenait.

- C'est la raison pour laquelle nous sommes là également – ajouta Henry

Alexander regarda ses parents

- Occupez-vous ! C'est important que je leur parle seul.

Les parents haussèrent les épaules et trouvèrent comme excuse d'aller faire l'épicerie, pour laisser leur fils seul.

Alexander regarda Jo et Henry, avec un air parfaitement « calimérien ».

- Écoutez, je voulais en parler, mais dans cette école, il y a certaines choses qu'il ne vaut mieux pas…

Jo leva sa main

- Pas besoin de vous expliquer ! On comprend. Enfin, tout ce drama nous passe un peu au-dessus, mais on veut surtout en savoir plus sur ce qui se passait exactement pour Roxanne à l'école.

Alexander prit une profonde inspiration

- Okay, très bien !

Il leur raconta alors que la plupart de ses camarades de classe avaient découvert qu'elle était lesbienne et qu'elle devait subir leur homophobie.

Son ex la faisait également passer pour une traînée par le fait que Roxanne n'avait jamais voulu coucher avec lui.

Henry trouva ceci scandaleux, sachant que la jeune fille n'avait que 14 ans à l'époque. Il ne comprenait pas en quoi cet imbécile était si pressé. Jo le vit se renfrogner et elle se disait que probablement qu'il ne laisserait aucun garçon s'approcher de sa future fille. Elle pouffa intérieurement à la pensée.

En bref, Alexander continuait de raconter à quel point Roxanne se faisait bousculer, que ce soit virtuellement ou dans la vie de tous les jours. Il avait avoué que certains éditaient les photos avec son visage, sur des corps dénudés. La pression lui avait fait quitter les réseaux sociaux. De ce fait, ce fut en partie à partir de ce moment qu'ils avaient monté toute l'histoire de fiançailles et leur relation pour éviter que le bruit ne se propage jusqu'aux oreilles des parents de Roxanne.

Et surtout, pour calmer les ardeurs, sachant qu'elle sortait avec quelqu'un de plus âgé qu'elle.

À la fin du récit, Jo et Henry restèrent dubitatifs et s'échangèrent un regard. Il y avait vraiment bien trop de suspects.

À en juger par ce qu'ils venaient d'apprendre, n'importe qui aurait pu être responsable de la tuer.

Jo souffla

- Toutes ces infos… Le nombre de suspects pourrait dépasser nos attentes. Nous aurons un sacré tri à faire.

Alexander leur fit un regard désolé

- J'imagine que cela ne facilite en rien la tâche, mais au moins maintenant vous savez que rien n'était tout beau et rose.

Henry savait d'ores et déjà que pour agresser la jeune fille, il aurait fallu un gabarit légèrement plus que le sien. Mais tout ne pouvait être qu'un leurre.

De plus, dans sa logique, les chaussures retrouvées dans la benne appartenaient à une figure masculine, mais, encore une fois, cela ne voulait rien dire.

Un chat noir sauta sur leurs genoux et frotta son dos contre eux avant de retourner sur les genoux de son maître. Jo et Henry se regardèrent. Des poils noirs !

Mais ils ne voulaient pas trop y croire pour l'instant. Les coïncidences arrivaient bien trop souvent dans leur métier.

Il fallait faire avec tous les indices qu'ils avaient et établir une liste par ordre de priorité. Mais ils devaient d'abord trouver le moyen de trier tout ceci.

Avant de quitter le jeune homme, pour aller dans le Queens, Jo demanda

- Si vous saviez tout le harcèlement que Roxanne subissait au quotidien. Pourquoi à vous deux, vous n'avez pas tenté de sensibiliser les professeurs ?

Alexander gesticula

- On en a parlé au directeur, mais il a fait la sourde oreille !

Jo grogna. Ce n'était pas une nouveauté. Il serait temps qu'il dégage.

- Je sais qu'il contrôle l'école, mais je suis persuadée que si les étudiants persécutés osaient parler, peut-être de façon anonyme, via email ou quelque chose du style, l'école ne se porterait que mieux. Et ce genre de discrimination cesserait.

Alexander la regarda longuement au même qu'Henry, qui ajouta.

- Et il faudrait certainement renvoyer le directeur. Il y a longtemps qu'il aurait dû sauter, d'après ce que ma collègue me disait.

Henry avait bien une petite idée, mais il ne voulait pas en parler à Jo pour l'instant. Il fallait d'abord résoudre cette affaire.

Le couple se leva et remercia Alexander de sa coopération. Bien qu'ils imprimèrent dans un coin de leur tête, pour les poils noirs.

En retournant dans la voiture, Jo regarda son volant avec un sourcil levé. Henry avait exactement la même expression et ils se regardèrent et dirent en même temps.

- Les poils noirs !

Ils éclatèrent de rire

- On dirait qu'on a pensé à la même chose encore – taquina Jo

- Ça nous semblait évident ! Mais je t'avoue que pour l'instant, j'ai un peu de mal à y croire. Nous avons tant à faire pour aller au bout de cette histoire.

Jo repensa à Lucas dans le labo

- Et d'attendre les résultats de Lucas concernant le pollen. As-tu remarqué quelque chose de particulier avec les chaussures d'Alexander ou celles de ses parents dans l'entrée ?

Henry secoua la tête

- Cette fois-ci, je n'ai vu aucune trace de vernis en pollen. Je suis plutôt formel.

Jo hocha la tête

- Alors je te fais confiance. Tu as toujours eu un meilleur œil que moi.

Henry la trouva un peu trop modeste. Il lui caressa rapidement la cuisse.

- Mais non ! C'est toi la détective. On a tous les deux un très bon sens de l'observation. Pour ça qu'on fait une si bonne équipe.

Jo fit un petit sourire en coin

- Arrête de me draguer comme ça. On aura tout le temps plus tard !

Elle lui fit un clin d'œil et elle démarra pour aller rendre visite aux parents de Roxanne, après un passage à la cour pour récupérer un mandat. Sinon ils pouvaient être certains de rester dehors.

Le quartier du Queens était toujours très chic, ce n'était un secret pour personne. Pour le peu de fois qu'Henry y était passé dans sa longue vie.

En sortant de la voiture, ils se retrouvèrent devant une très grande demeure. Tout à fait le genre d'endroits qui donnait la nausée à Jo.

- Je sais qu'on est dans le Queens, mais vu la taille de la baraque, je ne suis que peu surprise si les parents de Roxanne sont homophobes à souhait.

Henry acquiesça. Il avait été élevé lui aussi avec des valeurs très carrées, mais il n'avait jamais été dérangé par le peu de relations du même sexe qui existaient à cette époque.

Même au 19e siècle, il avait toujours exigé que le plus important était d'être heureux.

Il regarda la bâtisse. Elle était présente depuis bien longtemps. Il était passé dans le quartier à ses débuts et pendant un temps, il avait considéré à acheter dans le coin pour élever sa petite famille.

Finalement, Brooklyn avait eu raison de lui.

- Tu as bien le mandat ? – demanda-t-il après mûre réflexion

- Oui ! – soupira Jo – Henry, on est partis le récupérer ensemble

Henry fit un petit sourire

- Je sais ! Mais je voulais m'assurer que tu ne l'avais pas oublié dans la voiture.

Elle le regarda sarcastiquement et ils avancèrent vers la demeure. Henry appuya sur la sonnerie qui fut entendue tout le long de la maison.

Une femme qui n'était sans doute pas la mère de Roxanne leur ouvrit la porte. Jo tenait son badge.

- NYPD ! Détective Jo Martinez. Est-ce que Monsieur et Madame Cummings sont ici ?

- Eh oui…enfin, madame Cummings seulement.

Jo essaya de zieuter à l'intérieur, mais la baraque était beaucoup trop grande pour y voir ce qui se passait ou simplement voir les gens qui y étaient.

Henry lui dit

- Nous aimerions lui parler. C'est au sujet de sa fille : Roxanne.

La bouche de la domestique forma un O de stupeur

- Oh ! Eh bien, rentrez !

Elle invita le couple à la suivre dans cette grande immensité.

Henry ne se souvenait plus n'avoir rien vu de tel. L'architecture avait un air un peu britannique, voire assez proche de ce qu'était Buckingham Palace. Il pouvait faire la comparaison pour avoir visité le palais lors d'une conférence avec son concurrent de toujours : Ernest Hemingway.

Il avait également assisté à différentes rénovations du palais au fil des siècles.

La domestique les invita à prendre place dans le grand salon qui faisait sans doute deux fois la taille de l'appartement au-dessus de la boutique.

- Madame Cummings va vous recevoir ! Elle sera là dans quelques minutes.

Elle les quitta et ils restèrent silencieux devant tant de magnificence. Sur une énorme cheminée en marbre, il y avait diverses photos de Roxanne et Christina.

Henry laissa ses yeux traîner tout le long de la pièce. Il repéra diverses chaussures dans un grand placard mural. Il osa s'y aventurer. Jo le regarda d'un air blasé.

- Qu'est ce qu'il y a encore ?

Il était déjà baissé devant le placard à observer une paire d'escarpins, des converses et des bottes.

Il pencha la tête des deux côtés, sans pour autant les toucher, vu qu'il gardait ses gants pour la fouille de la chambre de Roxanne.

Jo le rejoignit, mais resta debout à ses côtés.

- Qu'est ce que tu as vu ?

- Ces trois paires de chaussures contiennent toutes un vernis à base de pollen.

Jo regarda les converses d'un œil incertain

- Euh… Je ne mets pas en doute ta parole de grand génie, mais tu es sûr de ce que tu dis pour celles du milieu ?

À la façon dont ses épaules se contractèrent, Jo se disait qu'il était légèrement offusqué.

- Je sais que ce sont des baskets, mais je confirme qu'il y a du vernis dessus.

Jo tira une moue

- Ce ne sont pas vraiment des baskets, mais bon, si tu le dis. Je veux dire que tu as l'œil pour tout et tu es un homme à chaussures.

Elle se pinça fortement les lèvres fortement pour s'empêcher de rire en voyant son regard. Il se releva en se dépoussiérant.

- Bon ! Ce vernis est différent de celui trouvé avec les chaussures de la benne.

Jo le regarda curieusement

- Est-ce que tu penses quand même que c'est l'un des trois que tu as mentionné ?

- Oh ! c'est certain ! Mais ce n'est simplement pas le même type.

Jo ne posa pas davantage de questions. Cet homme ne cesserait de la surprendre.

- En quoi puis-je vous être utile, détective ?

Jo et Henry sursautèrent en entendant la voix de Madame Cummings.

La jeune détective montra son badge. Henry la trouvait un peu trop calme pour quelqu'un dont la fille venait de se faire assassiner.

- On est là pour vous parler de Roxanne.

Henry remarqua la nervosité dans son regard. Il avait peut-être parlé trop vite.

- Oui… Je suis prête à vous écouter. Vous devez avoir besoin de toutes les pistes.

Elle invita le couple à s'asseoir et avant de commencer, Jo sortit le mandat

- J'ai également ici un mandat pour nous permettre de fouiller la chambre de votre fille. Cela nous permettra sans doute d'y voir plus clair.

À voir l'air un peu hautain de la bonne femme, d'un seul regard, Jo et Henry préférèrent taire la mascarade mise en place.

- Il y aurait-il des choses qu'elle aurait pu nous cacher à son père et moi, au point que vous ayez besoin de faire une fouille ?

Ils se sentirent particulièrement mis à nu par la question. Henry répondit en se raclant la gorge.

- C'est plus une question de routine. Les ados n'aiment pas trop qu'on en sache plus qu'il faut, parfois.

Il roula mentalement des yeux. Il en avait vu de toutes les couleurs avec Abe pendant son adolescence.

Madame Cummings m'argumenta pas ce dernier point. Jo commença à poser des questions avant qu'ils ne s'égarent trop.

- Madame Cummings, quelles étaient les relations que vous et votre mari entreteniez avec Roxanne ?

Elle chercha quelque chose d'invisible du regard

- Je dirais qu'elles étaient bonnes ! Comme vous l'avez mentionné, il est difficile de savoir ce que les ados pensent.

- Vous l'avez laissé se fiancer à 17 ans – ajouta Henry d'un ton un peu sur le reproche

Elle se mordilla la lèvre

- Eh bien, c'était plus une preuve d'engagement. Ils n'allaient pas se marier de suite. Mon mari et moi tenions à ce que notre fille finisse ses études supérieures, d'abord.

À voir la tête de Jo, Henry sut que c'était exactement le genre de discours qu'elle n'aurait jamais voulu entendre dans son enfance.

- Vous saviez qu'elle se faisait intimider à l'école ? – demanda Henry

Apparemment pas, vu la stupéfaction qui se dessina sur le visage de Madame Cummings

- Vraiment ? Pourtant, elle m'a toujours assuré que tout se passait bien.

Jo la regarda longuement

- Tout se passe toujours bien pour les enfants intimidés !

Madame Cummings ouvrit la bouche, mais Henry la devança en caressant doucement le genou de Jo, sentant très bien qu'elle était constamment stressée dès que le sujet était abordé.

- Les choses se sont réglées avec les fiançailles, mais cette école n'est pas ce qu'elle paraît être, autant que vous le sachiez !

Les gens aisés ne semblaient jamais penser que dans le monde, rien n'était beau et rose. Et sans en faire une généralité, ils étaient sans doute les premiers à faire du mal autour d'eux.

Madame Cummings secoua la tête

- En tout cas ! J'espère que vous pourrez trouver le responsable. J'avais dit à mon mari qu'elle reste seule au lycée n'était pas une bonne idée. Je sais qu'elle tenait à ce projet, mais ça ne valait pas sa vie.

Jo et Henry se demandaient ce qu'elle penserait si elle apprenait que sa fille comptait transgresser toutes les règles que son mari et elle avaient imposées. Peut-être valait-il mieux la préserver pour l'instant.

- Vous avez interrogé Alexander ?

- On l'a fait et il était bouleversé – affirma Jo

Madame Cummings sembla réfléchir

- Vous pensez qu'il aurait pu être responsable ? Je veux dire, je sais qu'il passait beaucoup de temps avec elle, surtout ces derniers jours…

Il était souvent commun pour les parents d'accuser le « petit ami », même si dans ce cas, cela n'avait aucun rapport. Bien qu'ils n'écartaient pas la possibilité. Pour l'instant, le jeune homme avait son alibi.

- Il a un alibi qui tient la route, donc pour l'instant il n'est pas le suspect numéro 1 – affirma Jo – cependant, nous en avons toute une liste avec ses camarades de classe, nous ferons le tri là-dessus.

Madame Cummings ne réagit pas plus que ça et accepta son sort. Elle était vraiment trop calme, voire impassible. En général, le genre de comportement était plus que suspect, mais le choc pouvait dépourvoir les gens d'émotion.

Jo se leva et Henry fit de même

- Si cela ne vous dérange pas, nous aimerions jeter un œil à la chambre de Roxanne

- Allez-y ! Comme vous avez le mandat, je ne peux pas m'y opposer.

Madame Cummings demanda à sa domestique de les conduire jusqu'à la chambre de Roxanne.

Le chemin qui menait jusqu'à la pièce semblait durer une éternité. Les escaliers en spirale ne le rendaient pas plus agréable. Jo plaignait un peu le personnel de nettoyage.

Ils restèrent dans une pièce où ils furent accueillis par un mur rempli de photographies diverses et subtilement, entre deux photos de famille et avec Alexander, ils aperçurent des photos avec Fanny. Jo siffla.

- On ne pourra pas dire qu'elle n'avait pas la passion.

Ils ne s'attardèrent pas et commencèrent à fouiller dans les tiroirs, la bibliothèque et divers coins. Peut-être que la jeune fille avait reçu des menaces précises et avait fait comme si de rien n'était. Jo s'était assise sur le lit et regardait une boîte avec divers bibelots.

- Henry !

Le légiste était planté devant le placard de la jeune femme, possiblement à la recherche du vernis de pollen ou autre paire qui éventuellement pourrait correspondre à ce qu'ils avaient trouvé.

Il vint s'installer aux côtés de sa partenaire.

- Quelque chose t'a sauté aux yeux ?

- Juste les photos de Fanny et quelques petits objets personnels. Mais ce que je remarque, c'est que les photos de Fanny ont un côté assez sensuel. Je ne suis pas experte en photo, mais je pense que ces deux-là étaient très attachées à l'autre et Roxanne voulait capturer sa petite amie sous différentes formes.

Henry regarda les photos et se disait que s'il était doué pour, il aurait capturé Jo de la même façon. Jo soupira.

- À part ça, je ne trouve rien de plus. Étant donné qu'elle s'est retiré des réseaux sociaux, je n'ai pas pu obtenir plus d'infos ou de personnes menaçantes.

Henry regarda l'ordinateur portable que sa petite amie avait ouvert

- Tu as regardé les mails ?

Elle hocha la tête

- C'est l'une des premières choses que j'ai faites. J'ai regardé dans ses spams ou autres courriel supprimés, mais on dirait que virtuellement, elle était plutôt tranquille ces derniers temps.

Il semblait qu'ils n'auraient pas plus d'indices avec les affaires de la jeune fille.

- Au moins, on a bien la preuve qu'elles se voyaient couramment.

Jo demanda.

- Tu as vu quelque chose de ton côté ?

- Pas vraiment. Il n'y a rien dans le placard et au vu de comment les choses sont dans cette chambre, il est évident qu'elle avait bien joué le jeu devant ses parents.

Jo regarda les photos

- Tu crois qu'on devrait dire la vérité à ses parents ?

Henry y avait songé, mais n'était pas sûr de ne pas provoquer une crise cardiaque

- Si Roxanne avait voulu leur en parler, elle l'aurait fait. Je pense que ce n'était pas son but. Je le comprends comme quoi elle aurait juste vécu sa vie, qu'ils approuvent ou pas.

Jo ne put le contredire, Henry ajouta

- De plus, Madame Cummings a l'air bien trop impassible. Je n'arrive pas à savoir si oui ou non elle aurait pu orchestrer tout ça.

Jo répondit d'une voix neutre

- Vu son absence d'émotion, je dirais surtout qu'elle est sous Xanax.

Cela déclencha l'hilarité chez Henry

- Maintenant que tu en parles, c'est plausible. Elle était assez stone.

Jo n'osa pas avouer qu'elle en avait un peu abusé après la mort de Sean. Cela avait expliqué ses nombreux mauvais choix.

Elle rangea les photos dans sa poche

- Peu importe qui ira rendre visite à Fanny, mais je pense que ces photos lui reviennent de plein droit.

Henry approuva et ils décident pour l'instant de laisser la famille faire son deuil jusqu'à ce qu'ils aient plus d'informations.