Bon, comme le monde entier semble être en quarantaine... Je risque de poster doublement cette semaine histoire de rattraper un peu mon retard à ne poster qu'une fois tous les 36 par moment... Disons que je n'ai plus trop d'excuses LOL. Alors, ironiquement on retrouve nos amis en voyage :)))). Merci pour vos reviews et bonne lecture.
Cette fois, ils ne purent sortir de l'aéroport sachant qu'ils avaient un transit de trois heures avant leur vol pour Perth.
Ils décidèrent donc de se détendre dans un petit salon de thé.
En marchant dans les couloirs de la salle d'embarquement et voyant le tarmac chaud et sec à l'extérieur, Henry se rappela de la dernière fois qu'il avait mis les pieds dans le coin.
Cela était il y a bien longtemps, encore plus longtemps que la plupart de ses souvenirs. Naturellement, il se déplaçait toujours en bateau et non pas en avion alors il ne pouvait pas faire la comparaison avec l'aéroport qu'il voyait maintenant et l'époque où sa construction avait commencé.
Ce petit voyage d'époque avait été bien après Nora, mais aussi bien avant Abigail. Il avait fait une rencontre assez surprenante pendant son séjour.
Il jeta un regard en biais à Jo et chassa rapidement les souvenirs passés qui refaisaient une nouvelle fois surface. Il valait mieux qu'il apprenne à avancer.
En s'installant au salon de thé, Hanson soupira
- J'ai vraiment cru que ce voyage n'allait jamais finir. Et dire qu'on a encore un autre trois heures de vol.
Jo répliqua
- Mais au moins, le plus gros est fait. Les prochaines trois heures devraient passer vite. Même si je vous avoue que je suis déjà cassée !
Lucas hocha vivement la tête et ajouta
- En plus, je ne sais même pas quel jour on est. J'ai l'impression d'être dans une autre dimension.
- Bienvenue en Australie - grogna Hanson
Chacun trouva qu'Henry était bien silencieux et telle ne fut pas leur surprise quand ils le virent en train de pianoter sur son cellulaire. Ne les entendant plus, il releva lentement la tête et constata les regards béats.
- Si on m'avait dit que je serais témoin de ça un jour – balança Lucas avec un petit sourire en coin
Henry sentit ses joues devenir cramoisies et se racla la gorge
- Désolé ! Je ne voulais pas paraître impoli. Mais le décalage m'a rendu confus aussi. Je voulais m'assurer non seulement du jour, mais aussi pour les États-Unis, car je voulais envoyer un texte à Abe.
- Alors ? – demanda Hanson
- Il n'est que 18h passées là-bas et ils sont encore hier. Ici, nous sommes vendredi.
Jo remarqua qu'il avait l'air assez perturbé
- Il y a autre chose ?
Le légiste se mordilla la lèvre inférieure
- Eh bien, nos billets d'avion n'ont pas précisé l'heure locale sur Perth à notre arrivée.
Jo sentit vraiment le mal de crâne se pointer
- Attends, quoi ? Il y a encore un décalage ?
Henry acquiesça
- Il y a deux heures en moins que Sydney donc
Jo acheva sa phrase
- On va revivre deux fois la matinée !
Henry hocha la tête. Jo roula des yeux.
- Ugh ! On a intérêt à avoir une prime après tout ça.
Le commentaire fit sourire. Lucas demanda aux deux détectives.
- Est-ce qu'on sait comment ça va se passer une fois sur place ?
Jo regarda vite fait l'itinéraire et les explications que Reece lui avait envoyées par email.
- Alors, on devrait avoir une escorte jusqu'à notre appartement et ensuite, soit un des flics vient nous chercher, soit on doit prévenir qu'on est arrivé ou éventuellement prendre un taxi pour se rendre.
Personne ne savait trop comment anticiper cette mission. Ils n'étaient pas sur leur territoire et les méthodes étaient sans doute bien différentes des leurs. Ils allaient devoir s'adapter.
Henry parvint à envoyer un message à Abe pour lui dire qu'ils étaient en transit et qu'il ne leur restait qu'un avion à prendre.
Son fils lui répondit de faire attention et de prendre soin de lui. Il termina le message par des émojis plutôt grossiers, mais Henry ne comprit pas leur signification. Il fronça des sourcils.
- Mais qu'est ce que c'est que ce langage ?
- De quoi tu parles ? – demanda Jo
- Abe m'a envoyé de drôles de symboles, et je ne sais pas ce que je dois comprendre !
Jo lui prit délicatement le téléphone des mains
- Laisse-moi voir !
À peine, elle regarda le message que ses yeux s'écarquillèrent en gros. Elle se pinça fortement les lèvres et n'osa pas regarder le légiste. Lucas et Hanson n'en avaient pas manqué une miette.
- Mais y'a quoi dans ce message ? – demanda Hanson qui subtilisa rapidement le téléphone, malgré les protestations de sa collègue.
Il le regarda et Lucas en profita également, avant d'éclater de rire. Henry fut froissé et croisa des bras.
- Mais enfin, quelqu'un va m'expliquer ?
Hanson commençait à être hilare et Jo aurait souhaité disparaître sous terre. Ce qu'ils pouvaient être enfantins, et tous. En commençant par Abe.
- Tu vas lui dire ou pas ? – pouffa Hanson
Jo secoua la tête et regarda Henry
- Des fois ce qu'on ignore, ne peut pas nous faire de mal.
Lucas rigola juste de plus belle et Henry voulait le fin mot de l'histoire.
- Mais allez, dis-lui. Il n'y a rien de mal. Je suis certain que tous les deux, vous faites exactement ce qu'il a mis dans le message.
Jo lança un regard noir à son collègue
- Je t'en pose des questions, moi ?
Elle regarda rapidement Henry qui était toujours perdu. Lucas ne put se retenir.
- Ça veut dire que vous allez jouer à saute-mouton !
Jo le regarda de travers et se demandait s'il valait mieux ne pas faire deux cadavres directement.
Henry rougit jusqu'à la racine de ses boucles brunes et récupéra rapidement le téléphone et le fourra dans sa poche
- Bref - reprit Jo, avant de tuer tout le monde - focus sur ce qui nous attend !
Ils n'expliquèrent pas à quel point ils furent doublement soulagés lorsque finalement ils mirent le pied sur le sol de l'aéroport de Perth.
Ils n'étaient pas sûrs d'avoir la bonne notion du temps. La journée commençait juste de ce côté, l'avant-midi était proche à Sydney et aux États-Unis, la soirée de la veille commençait. Tout un remue-ménage que c'était là.
Ils avaient l'impression de se traîner comme des robots. La journée serait très longue et ils allaient devoir apprendre à vivre sous le décalage avant que leur horloge interne ne se rétablisse d'elle-même.
Ils récupérèrent leurs bagages pour la dernière fois et passèrent l'immigration et ils purent enfin respirer l'air australien et son soleil tropical.
Jo ferma les yeux quand la brise qui sentait bon l'océan lui chatouilla les narines
- Hmm ! Je sens que je vais apprécier ce petit dépaysement.
Tout le monde approuva. Vraiment, tout ceci allait les changer de New York.
Hanson repéra leur escorte en voyant écrit sur le panneau que la personne tenait « NYPD, 11th precinct team ».
- Hey ! Regardez ! Notre chauffeur est là !
Ils se dirigèrent vers l'homme qui les accueillit avec un grand sourire et un accent encore plus prononcé que celui d'Henry.
- Bonjour ! Content de vous voir à bon port ! J'espère que le voyage a été agréable ?
Leur cerveau n'était pas encore remis et il semblait que pour l'instant, personne n'arrivait à se faire à l'accent. Tout le monde sauf Henry, naturellement.
Il répondit pour tout le monde
- Le voyage a été long, mais tout s'est bien passé. Nous sommes ravis d'être ici.
Le chauffeur continuait de faire des grands sourires. Les Australiens étaient eux aussi connus pour être chaleureux.
- Je m'appelle Parker et je serais votre chauffeur pendant votre séjour. Vous n'aurez qu'à m'appeler quand vous en aurez besoin. J'ai été engagé par le Sergent Thomson qui sera votre boss pendant votre mission.
Au moins, le problème de transport pour aller jusqu'au poste de police semblait être réglé.
Henry réalisa également que le grade qui correspondait au lieutenant était exactement le même que dans son Angleterre natale. Enfin, d'une façon, ceci ne devait pas être une grande surprise.
Ils le remercièrent et déposèrent leurs bagages dans le coffre. Parker les avisa que l'un d'eux pouvait s'installer devant.
Lucas se désigna, tout excité. Mais dans son brouillard, il oublia que dans le pays, ils ne conduisaient pas du même côté et hurla comme une fillette quand il ouvrit la portière du côté conducteur, en voyant le chauffeur déjà installé.
Les trois autres le regardèrent avec des yeux ronds
- Désolé… J'ai oublié qu'on n'était pas du même côté ici… Je.. Je vais prendre place.
Hanson, Jo et Henry se lancèrent un regard complice. Ce séjour promettait sans doute beaucoup.
Le trajet jusqu'à leur logement dura une vingtaine de minutes, ce qui était plutôt correct, compte tenu de l'immensité de la ville.
En arrivant devant la façade, ils restèrent tous bouches bées. On pouvait dire que cette fois-ci, la NYPD ne s'était pas fichue d'eux et faisait en sorte que visiblement ils travaillent dans de bonnes conditions.
Le chauffeur sortit leurs bagages et pouffa en voyant leurs têtes
- Bienvenue au Browater Resort Como. Vous êtes chanceux, parce que des personnes lambda ne peuvent pas s'offrir un tel luxe, mais heureusement pour vous, votre séjour est tout frais payé.
Henry regarda Lucas dont la bouche était incapable de se fermer, au même titre que les trois autres. Il sourit. Héritier d'une riche famille, il avait forcément vu des choses bien plus impressionnantes dans sa vie, mais il devait reconnaître la beauté du bâtiment, qui donnait vraiment un air de vacances.
Hanson demanda
- Mais c'est un hôtel ou des logements ?
- Ce sont des appartements hôtels. Il n'y a pas de résident qui y vit, ce n'est vraiment que pour les touristes. Cependant, vous aurez tout le nécessaire d'un appartement. Ce ne sont pas que des chambres.
Jo qui n'avait pas du tout vécu dans de telles conditions pendant toute sa vie, se sentit toute chose de se retrouver face à un tel complexe. Ce n'était sans doute pas des vacances, mais il y avait une certaine tentation de vouloir faire la farniente malgré elle.
Le personnel de l'établissement accueillit tout le petit monde et prit en charge leurs bagages.
Henry donna rapidement un pourboire à leur chauffeur qui lui dit que ce n'était pas nécessaire, mais il insista en disant que ce fut la moindre des choses.
En rentrant dans le hall, Jo lui demanda
- Quand as-tu eu le temps de changer tes dollars américains ?
- Oh ! Je l'ai fait en rentrant à la boutique hier soir, je suis passé dans le quartier, j'ai un ami dans une bijouterie qui tient un bureau de change et il a un bon taux alors j'en ai profité à ce moment.
Jo ne posa pas plus de questions, mais se disait que cet homme n'avait certainement pas fini de la surprendre.
À la réception, ils se présentèrent et on leur remit la clé magnétique de leur appartement et ils furent conduits au 2e étage.
Le bagagiste ouvrit la porte pour eux et se poussa sur le côté pour les laisser rentrer et ils restèrent complètement ébahis par ce qu'ils voyaient.
- Bah merde alors ! – s'émerveilla Lucas – c'est le genre d'endroit où je n'aurais jamais pu poser les pieds dans ma vie
- On est deux – ajouta Jo, presque remplie d'émotion de voir qu'ils avaient la possibilité d'être dans un tel luxe. Elle adorait son métier.
Comme l'avait dit Parker, il s'agissait d'un appartement, en style loft. C'est-à-dire qu'il y avait une chambre, située sur un étage mezzanine et l'autre chambre était en bas.
La première chose qu'ils virent en arrivant fut l'escalier sur la droite, la table à repas juste devant celui-ci et le coin salon derrière la table à dîner, ainsi qu'une porte coulissante donnant directement sur le balcon.
Le frigo, le four et tout le nécessaire de cuisine étaient dans un coin, délimité par du plancher, tandis que le reste de l'appartement était entièrement recouvert de moquette.
Juste dans un angle entre le salon et le couloir, il y avait une première chambre ainsi qu'une salle de bain à côté.
Cette chambre avait deux lits simples. Lucas et Hanson s'y précipitèrent sans demander l'avis de qui que ce soit, et y déposèrent leurs bagages.
- Quelle bande de gamins – railla Jo – ça ne sert à rien de faire ça. Pas comme si, Henry et moi on ne comptait pas dormir dans le même lit.
Elle secoua la tête et monta les escaliers, en laissant sa valise en bas. Henry la suivit rapidement et la vit, plantée devant l'encadrement de la deuxième chambre. Il regarda par-dessus son épaule et vit l'immensité du lit.
- Wow ! Ça, c'est un lit – affirma Henry.
Jo hocha lentement la tête
- Effectivement ! Il y a suffisamment de place pour nous deux, on ne pourra pas dire le contraire.
Elle déposa son sac à main dessus et se laissa tomber dedans. Elle poussa un soupir de plaisir.
- Et c'est bien moelleux en plus. Tu ne devrais pas à t'en faire à ce que je m'étale sur toi cette fois.
Henry sourit et la rejoignit et l'attrapa dans ses bras en la basculant par-dessus lui. Elle rigola aux éclats.
- Ça ne m'avait pas dérangé la dernière fois et on n'était même pas en couple.
- C'est vrai !
Elle s'appuya sur son torse et lui donna un rapide bécot, avant de se lever et de prendre connaissance d'une autre pièce dans la chambre et elle vit qu'il s'agissait d'une autre salle de bain.
- Henry ! Regarde, si c'est pas la grande classe. Nous, on a notre propre salle de bain.
Henry fit un large sourire et resta derrière elle en glissant ses bras autour de sa taille, avant de lui déposer des baisers le long du cou, ce qui lui fit râler un soupir de plaisir.
- Tant mieux ! Ça évitera que tout le monde se batte au moment des douches et ça nous laissera à tous les deux un peu d'intimité.
Elle se retourna et vit qu'il la dévorait des yeux. Elle lui donna une tape dans l'épaule.
- Pervers !
Elle se dégagea lentement de son étreinte et fit volte-face pour aller chercher sa valise en bas, mais s'arrêta dans l'embrasure avant de lui faire un clin d'œil
- Mais je suis entièrement d'accord avec toi !
Henry secoua la tête, en passant sa langue sur ses lèvres. Rien ne disait qu'il allait pouvoir jouer les gentlemen pendant ce séjour, lorsqu'ils ne seraient pas occupés à chercher des indices sur cette affaire.
Après avoir déposé leurs bagages, découvert leur palace et le reste de la résidence, ils durent contacter le sergent Thomson.
Comme Henry possédait un forfait international, Jo lui demanda à emprunter son cellulaire.
Elle passa quelques minutes au téléphone, et ce malgré la fatigue. Après son appel, elle redonna l'outil à Henry et fit le topo.
- Alors, vu qu'il est tôt, le Sergent aimerait nous voir de suite, qu'on puisse discuter de l'affaire et faire la présentation des principales suspectes.
Elle regarda Henry et Lucas
- Et aussi, il a besoin que l'autopsie soit faite !
Les deux hommes acquiescèrent
- Ça me semble pas mal pour un début – affirma Henry
- Ça nous changera de notre routine – ajouta Hanson
Chacun avait hâte de voir ce que cette mission allait leur apporter. En tout cas, cela allait faire joli sur leur CV. Ils appréhendaient également, car ils ne savaient pas ce qui les attendait sur ce territoire inconnu.
Leur chauffeur, Parker, se proposa une nouvelle fois de les emmener.
Tout comme aux États-Unis, la police était divisée dans les différentes banlieues et différents noms.
Pour leur part, ils avaient à faire à la Police de Kensington, qui se retrouvait sur une bonne partie du territoire et le nom du district était Connington. Ils étaient appelés communément la WAPOL (Western Australian Police).
Contrairement aux États-Unis, ils n'étaient pas répartis par numéros.
La route leur parut interminable, sans doute parce qu'ils en avaient assez d'être dans les transports depuis deux jours.
La station n'avait rien à voir avec le 11. Le bâtiment ne possédait pas une dizaine d'étages comme la leur.
Ils étaient chanceux si celui-ci en comptait trois. Hanson fit alors remarquer, en s'adressant à Parker
- C'est vraiment une petite station !
Parker acquiesça
- La police n'est pas autant en nombre que chez vous et les équipes sont largement inférieures aux vôtres.
Lucas chuchota à Henry et Jo
- M'étonne pas qu'ils n'aient pas le temps de prendre notre affaire si dans une si petite station, ils doivent s'occuper de tout ce qui est local déjà.
Jo et Henry ne purent qu'approuver.
Ils rentrèrent dans la station et eurent l'impression d'être accueillis comme des rois. En effet, tout le monde les saluait avec des grands sourires et disait qu'ils n'entendaient que du bien sur le 11.
Ils furent conduits dans le bureau du sergent. Ce dernier se leva immédiatement et leur serra chaleureusement la main chacun leur tour.
- Bonjour ! Bienvenue à Perth ! C'est un véritable plaisir que de vous avoir parmi nous. Je suis le sergent Garrett Thomson. Votre excellent travail fait le tour du monde, sachez-le.
Ils sourirent. Ils ne pensaient vraiment pas que toutes leurs arrestations faisaient bonne impression ailleurs qu'à New York. Mais un compliment faisait toujours plaisir à entendre. Ils se présentèrent chacun leur tour.
- Je ne vous retiendrais pas trop aujourd'hui, parce que j'imagine que vous devez tous être épuisés.
Ils gesticulèrent et Jo répliqua doucement
- Oh ! Vous savez, on est là pour une raison, donc ne vous inquiétez pas.
Hanson pointa Henry
- Et puis le doc ne dort presque jamais, alors une de plus ou de moins.
Henry lui lança un regard sarcastique
- Ça ne veut pas dire que je n'ai pas besoin de sommeil, détective.
Jo leva les yeux au ciel et interrompit les débats. Même Lucas se tenait à carreau pour une fois.
- Bon ! Ne commencez pas à faire mauvaise impression. Ça serait dommage avec ce qu'on vient de nous dire.
Le sergent parut surtout amusé de la situation
- Ne vous en faites pas ! Je ne suis pas du tout offensé. Nous sommes très ouverts d'esprit par ici. Mais j'insiste grandement. Je vous donne les détails ! Si le docteur Morgan peut jeter un œil à l'autopsie et vous revenez lundi pour la mise au point.
Ils n'insistèrent pas. Ils savaient qu'ils avaient besoin de se reposer complètement s'ils voulaient être fonctionnels, surtout avec un tel décalage horaire.
Le sergent les invita alors à prendre place dans une salle de réunion pour établir les faits
- Voilà ! Comme vous le savez, un New Yorkais du nom d'Ethan Smith a été assassiné sur notre territoire et nous suspectons ces trois femmes.
Il projeta le portrait des femmes en question. Il y avait une blonde : Nicole Wilson, une rousse avec un teint plus foncé qu'on aurait pu le pensé: Shailey Morton, et la dernière était bien brune, bien plus que Jo: Zoe White.
Henry fronça des sourcils
- Les deux dernières ont l'air vraiment jeunes – remarqua Henry
Le sergent acquiesça
- Elles ont respectivement 26 et 24 ans !
Jo surprit Lucas à baver sur Shailey qui était la plus âgée. Il était incorrigible.
- Quel est leur point commun ? – demanda Hanson
- Elles sont amies et travaillent toutes dans le même centre de loisirs, mais vous saviez déjà le dernier point.
- Et pourquoi sont-elles suspectes ? – demanda Jo qui ne voyait pas en elles, une âme de tueuses, mais bon, elle en avait déjà vu d'autres.
Le sergent se frotta rapidement le visage
- Il se passe toujours des choses bizarres avec ces trois-là. Il y a eu des plaintes de ci et là chez chacune d'elle avec parfois les mêmes personnes… C'est à se demander pourquoi. Bien sûr, ce n'était que des plaintes pour des choses futiles, mais d'une façon ou d'une autre, elles se retrouvent toujours impliquées dans de nombreux conflits. Et, elles sont les dernières à avoir vu notre homme en vie.
Lucas parla pour la première fois depuis longtemps
- Et on sait où il a été retrouvé ?
- Au bas d'un escalier, après une fête costumée, comme on vous l'a sûrement mentionné au moment de vous confier l'affaire.
Les quatre amis se regardèrent
- Vous les avez déjà interrogés ? – demanda Jo
- Bien sûr ! Mais elles nous ont toutes les trois dit la même chose et c'était tellement synchro, qu'on aurait dit qu'elles….
Henry acheva pour lui
- Qu'elles avaient préparé leurs réponses !
Le sergent hocha lentement la tête. Pour l'instant, personne ne pouvait se faire une idée sans avoir vu le corps et les trois suspectes en question. Le sergent continua.
- Nous avons d'autres personnes à interroger, notamment leurs proches et leurs collègues. Nous ferons tout ceci en temps et en heure, mais en attendant, vous quatre sur place, vous allez devoir trouver des indices et en apprendre plus sur leurs habitudes pour voir si oui ou non elles ont quelque chose à voir dans ce meurtre, toutes ou bien une ou deux, peu importe.
Ils n'étaient pas sûrs de bien comprendre
- Sur place ? – répéta Jo en écho
Le sergent fit un large sourire
- Tout à fait ! Vous allez travailler sous couverture comme on ne veut pas qu'elles comprennent que vous êtes flics, alors à chaque semaine, vous allez en observer une.
Henry réfléchit si vite que tout le monde jura de voir la lumière au-dessus de sa tête.
- Trois femmes et trois semaines. Ça fait du sens.
- Vous avez tout compris Docteur Morgan. Et j'ai espoir que vous résoudrez ce mystère durant ce laps de temps.
Lucas se retint de dire au doc qu'on leur avait accordé un permis de cinq semaines, mais c'était sans doute le temps que l'affaire soit bouclée et qu'ils ne rentrent pas précipitamment en Amérique.
Cela semblait faisable dans la mesure où ils auraient tous les indices recherchés.
- Mais qu'est ce qu'on va faire ? – demanda Lucas
- Vous vous arrangez entre vous, mais j'ai besoin de vos rapports chaque vendredi soir, ici même. Mon équipe et moi continuerons d'interroger les autres potentiels suspects, mais vous ne pouvez pas vous montrer à la station, pour préserver votre couverture, étant donné que la plupart seront des collègues de nos trois amies.
Chacun acquiesça. Tout ceci était parfaitement logique.
- Bref. Vous allez commencer par observer Nicole qui est la directrice du centre. Elle a besoin de deux agents de sécurité et de deux personnes pour occuper ses jumelles après l'école, car en ce moment, elle est très débordée avec son notaire. Donc à vous de voir ce qui vous tente. On verra par la suite pour les deux autres.
Henry avait relevé le commentaire sur le notaire et se demandait si cela avait une importance. Enfin, c'était l'occasion pour eux de s'immiscer un peu plus dans la vie de chaque femme et de découvrir si l'une d'elles ou toutes, auraient pu être la responsable et quelles seraient les motivations derrière tout ça.
Le sergent tapa dans ses mains
- Est-ce que j'ai été assez clair ou il y a quelque chose que vous n'avez pas compris ?
Ils s'échangèrent des regards. Ils avaient sans doute connu pire alors, la mission semblait faisable pour l'instant. Bien sûr, il faudrait découvrir le fin mot de l'histoire, mais ils avaient un mois pour démêler tout ça.
- Tout est clair ! – affirma Hanson pour tout le monde
Le sergent leur fit un signe de tête
- Bien ! Je vous donne les dossiers de nos protagonistes. Dr Morgan, si vous pouviez procéder à l'autopsie s'il vous plaît. Nous n'avons pas encore déterminé la cause exacte de la mort, mais notre légiste a défini qu'elle n'était pas naturelle. Il a pensé qu'il avait été poussé dans les escaliers, mais votre diagnostic sera peut-être différent.
Henry hocha poliment la tête
- Je m'y mets de suite dans ce cas. Lucas m'accompagnera et j'aimerais avoir la présence des deux détectives, si possible.
Le sergent fit le moulin à vent avec ses mains
- Faites ce que vous avez à faire, travaillez comme vous en avez l'habitude, tant que les résultats sont là.
Ils visitèrent rapidement les petits locaux de la WAPOL. Ils étaient sûrs de ne pas se perdre. Les policiers qui y travaillaient étaient tout de même chaleureux et avaient une bonne joie de vivre. Ils ne semblaient pas autant sous pression que dans leur pays. Jo remarqua qu'il y avait un peu plus de femmes que dans leur unité. Elles étaient aussi bien plus bronzées qu'elle.
Comme au 11, la morgue était naturellement au sous-sol, mais l'espace était vraiment bien plus réduit. Le frigo contenant les corps ne devait comporter qu'une vingtaine de casiers. En voyant les regards dubitatifs, le sergent pouffa.
- La moitié de ces casiers ne sont pas remplis. Le crime n'est vraiment pas élevé.
Jo fronça grandement des sourcils
- On prenait ça au pied de la lettre, mais vu le peu de place qu'il y a dans cette morgue, on vous croit maintenant !
Le sergent sourit et les dirigea vers un corps recouvert, le seul de la morgue, visible en tout cas.
- Voilà notre homme : Ethan Smith…
Le sergent donna des gants et une blouse à Henry, et leur fit de l'air. Jo et Hanson se mirent d'un côté du corps, tandis que Lucas et Henry commençaient l'autopsie.
Henry le regarda minutieusement. Lucas commençait à bâiller, mais tentait de rester concentré.
- Alors, je peux confirmer déjà que la victime a subi une fracture du bassin – il regarda doucement sous la tête de l'homme – ainsi qu'une fracture à la base du crâne.
Il grimaça légèrement et Jo se demandait malgré son état comateux si quelque chose n'allait pas
- Qu'est ce qu'il y a ? Tu viens de faire une tête bizarre.
- C'est assez macabre. On peut dire que la personne qui l'a tué voulait vraiment se débarrasser de lui.
Les trois autres se regardèrent
- Est-ce que vous venez de dire la personne ? – demanda Hanson qui voulait être sûr que son cerveau n'était pas encore totalement HS.
Henry releva les yeux vers ses collègues et pouffa devant leur mine déconfite
- Oui ! Je sais que nous allons observer trois femmes, mais pour moi cet homme n'a été tué que par une seule personne. Les blessures auraient été plus importantes si plusieurs personnes s'y étaient acharnées.
Lucas restait silencieux. Le jeune homme semblait encore plus explosé que les trois autres.
Il marmonna
- En tout cas, je n'arrive pas à déterminer la cause exacte ou ce qui aurait pu provoquer la mort ?
- La fracture au crâne est ce qui l'a provoqué – affirma Henry – quant à l'arme...
Il se pencha bien trop longuement sur le corps, si longuement que ses trois collègues étaient sur le point de s'assoupir.
- Il est évident qu'il a été poussé dans les escaliers, mais juste pour faire croire à un suicide semble-t-il pour avoir provoqué la fracture du bassin ! Mais comme c'est une fracture au crâne qui est responsable de l'arrêt de son cœur, je dirais que…
Chacun le regarda. Il fallait dire qu'avec la fatigue qui s'accumulait et le fait qu'ils n'étaient pas dans leur pays, ils avaient tous très peu de patience à faire des charades.
- Je ne suis pas sûr de l'arme du crime, mais c'est certain que ce n'est pas l'escalier. Pour provoquer une fracture du crâne, il aurait fallu un coup porté, par un objet assez contondant, une batte de base-ball peut-être. Nous allons devoir étudier ça et nous verrons si l'une de nos trois suspectes possède de tels objets.
En quelques minutes, Henry avait pu établir une cause de la mort et presque l'arme du crime et tout ça avec un simple coup d'œil. Décidément, ses méthodes ne le faillaient jamais, peu importe à quel endroit du monde il se trouvait.
- Alors c'est tout ? – demanda Jo
Henry hocha la tête
- Pour ce que je remarque, le pousser dans les escaliers n'a servi qu'à masquer la première fracture. Il était déjà mort une fois en bas, mais simplement parce que le coup lui a été porté avant d'être balancé.
Ils décidèrent donc de remonter et de discuter avec le sergent sur ce qu'Henry avait remarqué en l'espace de littéralement une quinzaine de minutes, maximum. Il fut vraiment surpris de voir la rapidité avec laquelle le légiste avait pu établir à la fois une cause de la mort et trouver possiblement l'arme du crime. Il semblait bien que la NYPD allait les alléger pour le peu de grosses affaires auxquelles ils faisaient face.
- Alors, si tout est en place. Je vous libère. Prenez la journée et le weekend pour bien vous reposer et vous familiariser un peu avec les quartiers si vous en avez le courage. Revenez-moi en forme dès lundi matin et je vous donnerais toutes les directives dont vous aurez besoin avant de vous laisser pour une longue mission. Merci encore d'être là.
Ils le saluèrent tous d'un signe de tête et repartirent vers la voiture où Parker les attendait.
Il les ramena dans leur logement où ils allaient discuter des compromis pour les observations.
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De retour à l'appartement, ils s'installèrent dans le canapé et commencèrent à se disputer
- Moi il n'est pas question que je joue les baby-sitters – railla Lucas – la dernière fois que je l'ai fait, je vous l'ai déjà dit, je vous jure qu'il y a bien failli avoir des morts, entre moi et les enfants, je ne sais pas lequel était pire.
Henry le regarda d'un air blasé
- Lucas ! Tu sais, je crois que ni toi ni moi n'avons réellement le choix.
Lucas croisa ses bras comme un enfant gâté. Hanson tenta.
- Henry a raison ! Si Nicole a besoin de deux agents de sécurité, Jo et moi sommes quand même les mieux placés pour faire ce travail.
Lucas répondit en grommelant
- Pourtant, vous êtes le seul qui est père de famille ici, ça ne devrait pas vous poser de problèmes.
Hanson soupira. Lucas était pire que ses gamins. Jo mit son grain de sel.
- Lucas ! Est-ce que tu as une formation en arts martiaux ou autres techniques de combat ?
Il sembla longuement réfléchir à la question avant de se fondre sur le canapé
- Non… C'est vrai, je n'ai pas de formation comme la vôtre. Juste que je n'avais vraiment pas envie de courir derrière des gamins.
Henry lui tapota l'épaule
- Ça ne sera pas si sorcier et puis je serais là. De plus, il faut se rappeler que nous avons un objectif. Jo et Hanson devront chercher des indices de leur côté.
Jo réfléchit un instant
- Mais attends, le sergent ne nous a pas dit si on devait jouer les agents de sécurité à la résidence de la madame ou bien directement au centre ?
Personne n'avait pensé à poser la question évidemment, ils étaient bien trop fatigués pour se perdre sur les détails.
- On demandera lundi– souligna Henry – je pense qu'aucun d'entre nous n'a vraiment pensé à ça sur le coup
Ils acquiescèrent. Maintenant que tout était réglé et qu'il était beaucoup trop tôt, ils savaient qu'ils ne pouvaient pas trop dormir sinon ils n'arriveraient jamais à se reposer le soir.
Ils convinrent donc de laisser les deux jeunes se reposer en premier, en les avisant de ne pas faire une nuit complète pour éviter d'autant plus de décalage le soir, tandis qu'Hanson et Henry décidèrent d'aller faire quelques courses, histoire de mettre quelque chose dans leur frigo.
Les deux hommes n'avaient que très rarement l'occasion de se retrouver seuls. Malgré la fatigue, Hanson poussant le chariot et Henry marchant à ses côtés, les mains derrière son dos, à sa manière gentleman tel qu'il savait le faire. Ils discutaient de choses et d'autres.
Ils étaient un peu les deux mentors, les deux figures sages de leur équipe.
- Pour une fois que nous sommes tous les deux Doc, sans une affaire en cours, enfin pas vraiment.
Henry lui sourit et lui demanda d'un air taquin
- Alors quoi ? Vous allez me faire passer le test du grand frère protecteur pour savoir si je prends bien soin de Jo ?
Hanson le regarda d'un air béat et l'immortel éclata de rire
- Je plaisante Hanson ! Mais je suis sûr que vous n'en pensez pas moins.
Le détective haussa des épaules
- Je dois avouer que j'ai été son support après la mort de Sean et je l'ai vu faire connerie sur connerie avec des hommes, quand même bien, j'ai essayé de la convaincre que ce n'était pas la solution – il s'arrêta et repensa encore aux déboires de Jo, elle était vraiment folklorique et inarrêtable. La peine avait presque fait d'elle quelqu'un de méconnaissable – enfin, puis vous êtes arrivé dans sa vie et il y a eu un changement radical. Je sais que vous allez/prenez bien soin d'elle, je le vois qu'elle revit parfaitement grâce à vous…
Henry le fixa longuement
- Mais ?
Hanson secoua la tête
- Il n'y a pas de « mais » en soi… Je veux dire, elle a l'air heureuse, et vous aussi alors c'est tout ce qui compte pour moi. Bien sûr, je veille à que ce vous ne lui brisez pas le cœur en mille morceaux sinon…
Henry gloussa et donna une tape amicale dans le dos du détective
- Ne vous en faites pas, le message est clair et je ne compte pas la faire souffrir !
Du moins pas directement, pensa-t-il. Il ne pouvait prévoir sa réaction au moment où il finirait par lui dire la vérité. Il se mordilla l'intérieur de la joue. Cela faisait un petit moment déjà qu'il n'y pensait plus et Abe lui taperait sur les doigts de mettre ceci de côté, mais éventuellement il faudrait y arriver un jour ou l'autre… Être dans un pays inconnu pour tout lui dévoiler n'était peut-être pas la meilleure solution.
Hanson pensait bien que le doc ne ferait pas de mal à Jo. Il était bien trop attaché à elle pour tenter quoi que ce soit. Il avait l'air d'un homme fidèle et aimant et il était certain que Jo était sa petite perle rare qu'il allait chérir pendant longtemps, si leur relation fonctionnait, mais il n'avait pas de doutes sur eux.
- Comment ont réagi Donnie et Matt quand vous leur avez dit que vous partiez ?
Hanson revit la réaction de ses fils. Matt accroché à sa jambe en train de hurler à qui pouvait l'entendre, Donnie en train de taper des pieds en disant à quel point c'était injuste que lui parte en vacances tandis qu'ils devaient aller à l'école. Mike avait eu beau leur expliquer en long et en large et en travers qu'il n'y allait pas pour des vacances, ses fils n'avaient fait que hurler deux fois plus.
Il en avait eu assez et les avait tous les deux punis en confisquant leurs jeux vidéo pour la soirée. L'effet avait été escompté et les deux terreurs s'étaient tenu à carreau pendant tout le dîner.
Hanson se frotta les sinus
- Pour être honnête avec vous, je ne suis pas mécontent d'être loin de ces petits monstres. Ça va vraiment me faire des vacances. C'est bête à dire, mais Karen a plus d'autorité que moi, elle me mène à la baguette, vous l'avez sûrement vu au Nouvel An.
Henry compatit. Les femmes avaient toujours le don pour bien dresser leurs enfants, ce n'était pas étonnant, elles étaient celles qui les portaient. Pourtant les figures paternelles généralement ne s'en sortaient pas trop mal.
- Vous restez quand même un très bon père et je suis sûr qu'un jour vos fils vous le rendront. Ils sont encore petits, mais ils finiront par réaliser à quel point avoir un papa flic, c'est carrément cool, comme dirait Lucas.
Hanson sourit sincèrement et le taquina
- Alors, vous savez déjà à quoi vous attendre le jour où Jo et vous déciderez d'avoir des enfants, et je vous souhaite que cette relation dure pour aller jusque-là.
Il arracha un sourire des lèvres du légiste
- Je le souhaite aussi détective !
En marchant dans les rayons et voyant des produits qui lui rappelaient son Angleterre, il se perdit dans ses pensées suite aux paroles de son collègue. Il ne pouvait pas dire qu'il ne pensait pas à ses prochains héritiers, mais il ne savait pas non plus ce qu'il adviendrait d'eux plus tard… La peine continuerait d'être immense pour lui… Enfin, c'était ce que l'expérience lui avait appris. Il cligna rapidement des yeux quand Hanson lui demanda son avis pour les repas du soir. Il l'aida à faire des choix sains et pas trop gras, car il allait passer on séjour avec trois américains qui n'avaient pas idée que dans la vie il y avait autre chose que des burgers et des frites, et Henry comptait bien bannir toute cette mauvaise bouffe le temps d'un mois.
Ils passèrent à la caisse avec un chariot vraiment bien rempli à rebord. Il fallait nourrir toutes ces bouches. Hanson voulait séparer la facture en deux, mais Henry n'entendit rien et paya la totale, sous le regard éberlué de son collègue.
Quand ils marchèrent vers la voiture de Parker, Hanson lui demanda
- Mais doc, pourquoi ne m'avez vous pas laissé faire moitié-moitié ? C'est le but d'être en groupe. Vous n'aviez pas à payer toute la facture !
Henry lui sourit sincèrement
- Ne vous inquiétez pas pour moi. Si cela me dérangeait, je vous l'aurais fait savoir. Mais ce n'est vraiment pas grand-chose.
Hanson le trouvait bien trop modeste. Pas grand-chose. Ils en avaient quand même eu pour une facture de 150 pour une épicerie, qu'il venait de payer à lui tout seul. C'était environ ce qu'il payait avec sa famille comme ils étaient également quatre, mais quand même, Karen et lui se partageaient les frais et ils avaient de plus un compte bancaire commun, cela leur était grandement nécessaire dans leur ménage.
Parker les aida à ranger les courses. Ils se sentirent un peu mal. Ils ne voulaient pas vraiment qu'il soit leur escorte comme ça partout, au pire des cas, ils pouvaient eux-mêmes louer un véhicule et aller faire ce dont ils avaient besoin, mais le chauffeur les rassura en disant qu'il était payé pour ça, qu'on lui avait confié une mission et que cela ne les dérangeait pas le moins du monde.
Ils ressentirent vraiment beaucoup plus la fatigue sur le chemin du retour et manquèrent à plusieurs fois de faire un somme dans la voiture.
Ils montèrent les sacs d'épicerie à l'appartement, Parker leur donna une nouvelle fois, un coup de main et ils le remercièrent généreusement et tentèrent de ne pas faire trop de bruit en rentrant, mais Jo et Lucas étaient déjà réveillés.
Ils n'étaient partis qu'une heure et demie.
- Oh ! Vous êtes levés – souffla Hanson en traînant les sacs dans la cuisine.
Les deux jeunes gens accoururent à leurs côtés pour leur donner un coup de main
- On a mis un réveil – avoua Jo – vu qu'on sait qu'on ne peut pas dormir plus que ça sinon ce soir, on ne va jamais pouvoir trouver le sommeil. Donc on s'est donné une heure-une heure et quinze à peu près. Ça ne fait pas très longtemps qu'on s'est levés.
Lucas acquiesça en s'étirant
- Je serais bien encore resté couché, mais Jo m'a un peu menacé, donc je me suis levé.
Elle lui lança un regard noir, sous le fou rire de Lucas
- Je n'ai menacé personne, mais tu sais très bien qu'on ne peut pas se permettre de dormir trop longtemps, sinon le décalage va vraiment nous faire mal.
Lucas grogna
- Je sais, mais bon je me sens encore fatigué
Henry le rassura
- C'est normal. Notre horloge interne est complètement déréglée et nous n'avons que très peu dormi sur les trois voyages, mais j'imagine que cette petite sieste vous a quand même bien revigoré ?
Les deux jeunes gens hochèrent la tête simultanément. Une fois les courses rangées, Hanson et Henry hésitèrent à aller se coucher. Avec tous ces allers-retours, il était déjà l'heure du déjeuner. Jo leur dit.
- Reposez-vous tous les deux, vous en avez autant besoin. En plus, vous avez fait les courses donc ne vous inquiétez pas. Lucas et moi, on va fouiller pour voir ce qu'on peut faire à manger pour tout à l'heure. Il doit bien y avoir un truc surgelé dans ce que vous avez pris.
Elle sentit le regard d'Henry sur elle et lui fit un petit sourire d'ange. Hanson pouffa.
- Le doc a tout fait pour éviter qu'on mange aussi mal que chez nous, donc les seuls surgelés que tu vas trouver sont les crèmes glacées qu'on a ramenées.
Jo se frotta le ventre
- Dommage ! Une bonne pizza à passer au four aurait été l'idéal.
Henry leva les yeux au ciel. Jo jurerait qu'il était au bord de la syncope juste parce qu'elle avait mentionné de la nourriture grasse.
- Je connais tes goûts Jo, donc on a pris ce qu'il faut. Il y a quatre pâtes déjà toutes faites, prenez-en deux et mettez ce que vous voulez dessus. Les prochaines pizzas, ça sera Hanson et moi qui garnirons.
Jo ronronna doucement. Elle aimait lorsqu'Henry prenait les devants ainsi.
- On fera ça, chef ! – consentit Lucas en mettant sa main en garde à vous comme à l'armée.
Henry secoua la tête; il était temps qu'il aille se reposer. Il passa près de Jo pour lui faire une bise sur le front et monta rapidement se requinquer, il savait qu'il en avait besoin.
Hanson leur fit un signe de main et disparut à son tour dans sa chambre. Jo et Lucas se regardèrent.
- Bon, toi et moi on va jouer les chefs cuistots, alors en attendant !
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Une fois que tout le monde eut fait sa sieste et bien manger, une pizza pepperoni et une quatre fromages, ils en profitèrent pour se balader un peu autour du domaine et prendre un peu plus connaissance du voisinage.
Ils apprirent qu'entre 14 et 16 km, ils avaient trois plages alentour, alors quand l'envie leur prendrait et quand ils ne seraient pas sur leur affaire, ils savaient où aller pour piquer une tête.
Après le repas du soir et un peu avant d'aller se coucher, ils étaient tous autour de la table, en train de regarder le dossier de leur première suspecte.
- Au fait – commença Mike – Thomson ne nous a pas donné le dossier du gars qui est mort ?
Henry suggéra
- Leurs méthodes ne sont pas aussi efficaces que les nôtres donc il est possible que le poste n'ait pas encore obtenu toutes les informations nécessaires sur notre homme.
Hanson haussa des épaules
- En tout cas, il y en a sur cette femme – ajouta Jo – ça ne va pas être facile de les cerner si elles sont toutes les trois avec plusieurs reproches à leur actif.
Chacun parcourait les pages photocopiées qu'on leur avait remises
- Elle est directrice du centre de loisirs depuis des années maintenant – remarqua Henry, en lisant les lignes – c'est écrit que son mari est un très grand homme d'affaires
Lucas trouva bon d'ajouter
- Ça explique pourquoi elle a besoin d'agents de sécurité, et de baby-sitter.
Personne ne put le renier. Seulement les personnes qui avaient de l'argent engageaient autant de personnel.
- C'est écrit également que ses jumelles sont nées par fécondation in vitro et qu'elle avait passé des années à essayer de façon naturelle, mais sans succès. Et apparemment, les deux filles sont loin d'être des anges. Elles ont eu beaucoup de mots de leur professeur, elles se battent et insultent leurs camarades… Charmant ! Pour des gamines de 6 ans, dis donc – Jo venait de tout lire et se demandait comment cette pauvre femme arrivait à se faire respecter de ses enfants, sauf si elle-même se conduisait ainsi.
- On dirait qu'on a à faire à des sacrés phénomènes – railla Hanson – je vais finir par croire que les miens sont tous sauf des démons à côté de ça
Henry fit un petit sourire, surtout quand il se rappelait de leur conversation à l'épicerie.
- Et qu'en est-il des plaintes qui avaient été déposées ? Thompson nous en avait parlé – demanda le légiste.
Jo feuilleta rapidement les papiers
- Oui effectivement. Mais des trucs mineurs comme il le disait, comme de la nuisance sonore, certainement à cause des gamins.
La jeune détective parut perplexe. Nicole n'avait pourtant pas l'air d'une femme qui aurait pu tuer quelqu'un sans raison particulière. Elle avait l'air d'une femme ambitieuse qui avait l'air épuisée moralement et physiquement.
Jo savait par Clara qu'élever des jumeaux n'était pas une mince affaire, mais si en plus, il s'agissait de deux terreurs, la pauvre Nicole ne devait pas l'avoir facile tous les jours.
- Et j'imagine qu'on ne sait pas quelle relation elle avait avec le défunt, mis à part le fait que comme ses copines, elle fait partie des dernières à l'avoir vue en vie ? – demanda Lucas
Jo et Hanson acquiescèrent
- C'est vrai qu'on n'en sait pas plus que ça. Je pense que le sergent a certainement laissé traîner des choses, dans le but que nous-mêmes puissions mener l'enquête, sinon cela ne servirait à rien – avoua Jo –, mais on en apprendra sans doute davantage dès qu'on aura le dossier de monsieur Smith sous la main.
Ils avaient tellement l'habitude que tout leur soit servi sur un plateau, qu'ils ne pensaient pas qu'ils devaient creuser encore plus que ce qu'ils faisaient, pour tenter d'établir différentes théories et voir qui parmi les suspectes pourrait être la responsable, si jamais il s'agissait bien des coupables.
Henry dit tout haut ce que Jo pensait tout bas quelques minutes plus tôt
- En tout cas, je ne sais pas pour vous, mais Nicole a l'air d'une femme qui porte un poids sur ses épaules. J'espère qu'on pourra découvrir ce qui a l'air de la tourmenter ainsi.
Jo releva rapidement les yeux vers lui et passa sa langue sur ses lèvres. Henry sentit le regard de la jeune femme sur lui et ils restèrent à s'observer en silence, avec une tension sexuelle qui remplissait la pièce, devant Hanson et Lucas qui se demandaient ce qui était en train de se passer.
- C'est marrant que tu en parles Henry – commença Jo d'une voix qui ne lui ressemblait guère et même Hanson était bien placé pour le confirmer –, mais je me faisais exactement la même réflexion il y a quelques minutes – elle ne le lâchait pas du regard et le légiste fut obligé de déboutonner un bouton de sa chemise, sentant qu'il commençait à transpirer dans des endroits dont il n'avait pas connaissance – c'est effectivement à travailler dessus.
Elle sourit d'un air évident, un air qui démontrait bien le désir qu'elle avait pour lui. Un air qui disait que possiblement, ce séjour en Australie allait les rapprocher de façon intime. Il passa sa langue sur ses lèvres à son tour et répondit à sa parade sexuelle.
Hanson claqua des doigts pour les replonger dans la réalité
- Oh ! Revenez parmi nous ! On doit se concentrer !
Ils clignèrent rapidement des yeux et reportèrent leur attention sur le dossier. Bien évidemment, ils mirent ça sur le coup de la fatigue. Enfin, ils n'en pensaient quand même pas moins.
Après cette longue et fatigante journée de découverte, pendant que Jo et Hanson prenaient chacun une douche, Lucas rejoignit Henry dans le canapé, qui était une nouvelle fois en train de pianoter sur son cellulaire.
Lucas pouffa
- Je pense que je ne m'habituerais jamais à ce nouveau vous.
Henry releva les yeux rapidement vers lui
- Pardon ?
Lucas pointa le cellulaire
- Vous, en train d'utiliser de la technologie.
Henry fit un sourire ironique
- Ce n'est pas spécialement par plaisir. Je suis simplement en train de me renseigner sur le coin et je lisais l'article qui parlait du meurtre et de la soirée costumée.
Lucas s'enfonça dans le canapé
- Alors, quelque chose d'intéressant ?
Henry secoua la tête
- Le seul truc que je trouve aberrant, c'est de savoir qu'il y avait des enfants à cette soirée.
Lucas se frotta le menton
- Est-ce que vous pensez que l'un d'eux aurait pu être un témoin direct ?
Le légiste haussa des épaules
- Je n'écarte aucune possibilité.
Il y eut un long silence durant lequel on entendait une nouvelle une mouche voler. Lucas ouvrit la bouche, mais la referma plusieurs fois. Henry finit par sentir que le jeune homme avait besoin de débiter.
- Bon ! Qu'est ce qu'il y a ?
Lucas se mordit machinalement les lèvres
- Écoutez ! Je suis le seul de la bande à savoir pour le secret "dont on ne doit pas prononcer le nom".
Henry ne comprit pas la référence et continua de le regarder d'un air incrédule. Lucas fit un sourire crispé.
- Qu'est-ce qui se passerait s'il vous arrive une mésaventure ? Où je vais devoir vous repêcher, et surtout qu'est-ce que je vais dire à nos deux amis ?
Henry sentit le mal de crâne arriver. Il se sentait désolé. Lucas n'avait pas à subir ce poids, mais il était trop tard maintenant.
Henry n'avait pas réfléchi à la question. Alors, certes, il revenait près du plus proche point d'eau et ils étaient entourés d'un océan. La plage la plus proche se trouvait à 14km, ce qui faisait un bout de chemin quand même.
Henry soupira
- Techniquement, si cela arrive, je devrais débarquer à la plage de Cottesloe vu que c'est le point le plus près. Si tu ne te sens pas capable, ne te tracasse pas pour ça, je n'ai jamais voulu que tu sois confronté à ce genre de décision. Je peux rentrer en taxi.
Lucas resta interdit
- Doc ! Ça ne me dérange pas. Savoir ce que vous êtes, au contraire, ça ne m'apporte que deux fois plus de respect pour tout ce que vous avez supporté pendant deux siècles.
Il arracha un sourire au légiste
- Je veux juste savoir comment tout ceci fonctionne et être préparé pour le moment.
Henry lui donna une tape dans l'épaule
- Merci Lucas ! J'apprécie ! Et pour répondre à ta question, généralement j'appelle Abe, soit depuis une cabine, soit avec un cellulaire prêté si je ne dors pas en prison, et après on vient me chercher.
Lucas acquiesça en levant son pouce
- OK ! Compris. Et pour les deux autres ?
Henry n'aimait pas devoir cacher davantage, mais il n'avait pas le choix.
- On avisera à ce moment.
Leur conversation s'arrêta là quand Hanson ressortit de la salle de bain
- Lucas, tu peux y aller !
Le jeune homme lui sourit et se releva en se dirigeant vers la salle de bain. Hanson attrapa son téléphone et entra le code wifi.
- Bon ! Il est 21h. Karen vient de déposer les deux monstres à l'école. Elle ne travaille pas le vendredi, alors je vais en profiter pour l'appeler et après je file au lit. Je suis explosé.
Henry hocha poliment la tête
- On a tous eu une longue journée. Je vais rejoindre Jo et faire comme vous, en profiter pour appeler Abe.
Hanson lui fit un signe de la main
- Alors, bonne nuit doc ! Et doucement là-haut avec Jo !
Henry leva les yeux au ciel
- Je vous rassure, ni l'un ni l'autre ne sommes assez en forme pour ça...
- Ouais ! C'est ce qu'on dit toujours !
Henry sourit et décida donc de monter rejoindre Jo, qui était toujours sous la douche. Les femmes !
Il s'installa sur le rebord du lit et regarda l'application de Facetime d'un air curieux.
Il appuya sur la touche appel et Abe ne fut pas long à décrocher
- Bonsoir Abe !
- Hey Henry ! Je sais que je te le répète souvent, mais t'as une sale tête !
Henry se disait que l'empathie de son fils n'allait certainement pas lui manquer.
- Je te signale que j'ai fait deux jours de voyage et que je me suis pris 12h de décalage dans la face donc pardon de ne pas être aussi charmant.
Abe fit un sourire en coin
- J'adore te taquiner ! Alors comment c'est ? Vous avez déjà rencontré votre boss ?
Henry acquiesça
- Oui ! En effet ! J'ai également pu jeter un œil à l'autopsie notre mission va consister à observer avant d'agir.
Abe se frotta le menton
- Travail sous couverture ?
- Oui, en quelque sorte !
- J'espère que vous allez vous en sortir alors
Henry n'avait aucun doute, mais seul le temps dirait ce qu'il en serait. Abe remarqua alors l'intérieur de la chambre.
- Ça a l'air d'être pas trop mal dans votre hôtel. Toi et la petite allez bien vous amuser.
Il fit un regard entendu. Henry soupira. Abe était irrécupérable.
- C'est un logement à vrai dire. Enfin, des appartements hôtels. Jo et moi on a la chambre du haut et Mike et Lucas sont en bas. On a aussi un joli balcon, une cuisine et un salon… Et l'extérieur possède une grande piscine.
Abe siffla
- Eh bien ! Profitez bien de cette mission et ramenez un peu de soleil par ici. D'ailleurs quelle température et quel temps il fait là-bas ?
- Il fait assez chaud, mais pas trop non plus. D'après ce que j'ai vu en mettant le nez dehors, il fait plutôt frais le soir, mais dans la journée, il a dû faire environ 25-26C.
Abe acquiesça
- Ça fait du sens. C'est l'hémisphère sud donc c'est bientôt l'hiver, mais bon, moi aussi j'aimerais avoir un hiver aussi « froid ».
Henry sourit et réalisa à quel point il n'avait pas l'habitude d'être loin d'Abe pendant si longtemps, mais comme l'avait souligné ce dernier, il n'était pas seul et le moindre problème, Reece était là. Le vieil homme demanda.
- Et par rapport au gamin ?
Henry repensa à sa conversation avec Lucas
- Ça ira ! J'ai confiance en lui. Au mieux que possible, je vais éviter les situations de crise.
Abe hocha la tête
- Ça serait préférable
Un déclic se fit entendre. Jo sortait de la salle de bain. Henry la vit dans sa caméra frontale. Elle n'avait que sa serviette, enroulée autour de sa taille.
Des gouttes d'eau perlaient de ses cheveux, et de sa peau partiellement déjà bronzée.
Henry resta bouche bée face à cette vue, et pourtant il l'avait déjà vu sans rien sur le dos. Il déglutit. La luxure pourrait avoir raison de lui, au cours de ce séjour.
Abe rigola intérieurement en voyant la réaction de son père. Aucune femme ne pouvait lui faire autant d'effet que Jo Martinez.
La jeune femme finit par remarquer son petit ami, ainsi que le téléphone dans sa main. Le rouge monta à ses joues.
- Salut Abe - salua-t-elle avec un petit signe de te la main
- Salut ma belle ! Ce bronzage que tu as déjà pris te va à ravir.
Elle le remercia d'un signe de tête et s'installa aux côtés d'Henry, toujours en serviette et ce dernier dut lutter pour ne pas le lui arracher.
- Bon - Abe tapa dans ses mains – je ne vous retiens pas plus. Vous avez besoin de repos. Bonne nuit tous les deux.
- Bonne journée, Abe – répondirent-ils en chœur
Abe raccrocha et le couple se dévora des yeux. Henry enroula une mèche de cheveux de Jo, autour de son doigt.
Il lui fit un rapide bécot et se leva avant de faire quelque chose de regrettable.
- Je vais me doucher à mon tour. Si tu as sommeil, ne m'attends pas.
Elle hocha simplement la tête et le regarda disparaître dans la salle de bain. Elle se laissa tomber sur le lit, en poussant un long soupir. Ses sentiments étaient vraiment en train de prendre le dessus sur elle et elle ignorait de quelle façon résister à toute cette électricité entre eux.
Quand Henry ressortit, il vit que la jeune femme s'était endormie avec sa serviette. Il sourit tendrement et en prenant que cette dernière ne se détache pas, il l'installa confortablement dans les oreillers et remonta les draps sur elle.
Il se glissa à ses côtés et ce fut comme un automatisme qu'elle roula et se blottit contre lui. Henry enroula un bras autour de son épaule nue et la fatigue l'acheva pour ce soir-là.
