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Et pendant ce temps, du côté d'Hanson et Jo, la matinée s'était passée calmement, même trop. Ils avaient hâte d'avoir un peu plus d'action. Parce que pour le moment, ils ne pouvaient pas vraiment observer ce qui se passait avec Nicole. Jo avait pris quelques pauses aux toilettes, pour tenter de voir si elle argumentait avec quelqu'un ou planifiait quelque chose en particulier, mais elle avait l'air simplement très malheureuse… Ce qui était assez agaçant, car ce genre d'attitude rendait presque désolée la détective, de devoir la mettre sur leur liste de suspects.
Ce pour quoi, ce fut simplement à la pause déjeuner que Jo aurait l'occasion de discuter davantage avec Nicole, pour tenter d'en savoir plus sur ses habitudes, savoir pourquoi ses filles étaient de telles terreurs et parler innocemment de la vie dans le quartier.
Il n'y avait évidemment pas beaucoup de personnel comme les vacances n'étaient pas officiellement commencées alors le réfectoire était plutôt calme. C'était à peine s'il comptait une dizaine de personnes qui devaient toutes faire partie de l'administration.
En balayant la salle du regard, Jo et Hanson se firent remarquer, mais ils n'y prêtèrent pas attention.
Jo remarqua alors que Nicole ne déjeunait pas seule, mais qu'une jeune femme rousse l'accompagnait. D'un pas, pas très subtile, les deux amis s'installèrent à deux tables des deux jeunes femmes.
Jo s'était mise de sorte à voir le visage de l'interlocutrice dans le but d'entendre ce que Nicole disait en étant à ses côtés. C'est alors qu'elle fronça des sourcils. Hanson était de dos aux deux alors il ne pouvait voir ce qui se passait.
Jo attrapa une frite dans son assiette et murmura à son collègue
- J'ai cru que c'était Shailey Morton !
Hanson ne comprit pas
- De qui tu parles ?
- Il y a une jeune femme rousse avec elle. Pendant une seconde, j'ai pensé que c'était Shailey Morton, une de nos suspectes. Thomson, nous a dit qu'elles sont amies donc si elles avaient déjeuné ensemble, ça n'aurait pas été surprenant.
Hanson tourna rapidement la tête, sans se faire remarquer
- Tu crois qu'elles parlent de ce qui s'est passé ?
Jo tendit l'oreille. Ils étaient vraiment chanceux que le réfectoire était calme. Nicole semblait frustrée en tous les cas.
- Écoute Nicole, tu sais que moi je peux t'aider si tu as besoin avec toute cette paperasse qui te tombe dessus.
Nicole se frotta le visage
- Je sais, mais ça ira. N'oublie pas que j'ai fait des études de droit et que je voulais être avocate donc je vais m'en sortir. C'est juste qu'avec tout ce qui est arrivé, je suis encore remuée, mais ça finira bien par rentrer dans l'ordre.
Sa collègue souffla bruyamment dans la paille de son jus de fruits
- Vois les choses du bon côté, tu vas pouvoir respirer comme il faut. Ce n'était pas juste tout ce qui se passait et tu le sais. Maintenant, tu auras la paix.
Nicole avala rapidement son brocoli et détourna les yeux pour ne pas regarder son amie
- Oui, à condition que les flics nous laissent tranquilles. Tu sais aussi bien que moi qu'ils vont continuer de nous observer et certainement nous poser davantage de questions. Et ils ont toutes les raisons de croire que je…
La jeune femme leva les yeux au ciel, en posant une main sur le bras de Nicole et Jo la maudit de son interruption
- Arrête de croire plein de choses débiles, Nicole. Dis-toi que tout ce qui est arrivé est le karma, et tant pis si les flics sont derrière vous. Maintenant, il faut qu'on se concentre, on a beaucoup à faire d'ici mercredi et on va en avoir des enfants pour ces vacances d'automne.
Nicole hocha la tête et se rendit alors compte de la présence d'Hanson et Jo qui reportèrent rapidement leur attention sur leur assiette.
Nicole regarda longuement les deux jeunes gens et fit un sourire
- Jo, Mike ! Venez donc vous asseoir avec nous !
Les deux détectives se regardèrent en espérant qu'en l'espace de cinq minutes, Nicole ne les avait pas grillés.
Comme ils ne voulaient pas paraître impolis, ils se joignirent donc aux deux femmes.
La jeune femme qui accompagnait Nicole releva la tête vers les nouveaux arrivants et fronça des sourcils
- Je ne vous ai jamais vu par ici vous deux. Surtout qu'on ne voit que très peu d'hommes dans le coin, sans offense.
- Oh, ne vous inquiétez pas pour moi – rassura Hanson, qui savait pertinemment que travailler dans un centre de loisirs, voyait passer beaucoup plus de femmes que d'hommes.
Nicole regarda son amie d'un air sarcastique
- C'est normal que tu ne les aies jamais vus, Louise. Ils sont nouveaux, ils sont de passage sur Perth, un genre de PVT qu'ils ont, et pour l'instant, ils vont travailler au centre en tant qu'agents de sécurité. Je te présente Mike Hanson et Jo Martinez, ils sont américains.
Louise leur serra rapidement la main et répondit amusée
- Je l'aurais deviné ! De quelle partie des États-Unis venez-vous ?
Hanson et Jo furent un peu pris au dépourvu par la question, mais se prêtèrent au jeu
- On vient de New York – répondirent-ils d'une seule et même voix
Jo remarqua le regard en oblique que Louise lança à Nicole et le tressaillement de cette dernière en entendant le nom de la ville. Jo se demandait ce que Nicole ne disait pas. Que se passait donc-il entre elle et son mari ?
- C'est génial – ajouta Louise d'un ton qui sonnait si faux que même Mike qui était généralement long à la détente le remarqua de suite – Nicole avait bien besoin d'agents de sécurité, nous avons des gens bizarres qui se baladent des fois devant l'établissement surtout quand les enfants sont là, ce n'est pas une bonne chose.
Jo haussa un sourcil et Nicole se racla fortement la gorge. Apparemment, Louise était une vraie pipelette. Dommage qu'elle ne faisait pas partie des suspectes car elle aurait certainement pu en dire beaucoup et semblait bien au courant de la situation dans laquelle Nicole se trouvait.
Louise baissa rapidement les yeux et effaça son air de poupée Barbie, pour le remplacer par un étincelant sourire
- Je suis désolée, j'en oublie mes bonnes manières australiennes. Moi je suis Louise Taylor, je suis la gestionnaire du centre. Je m'occupe de tout ce qui est planning d'activités pour ces petits loups, et je veille aussi aux bonnes finances du centre. C'est moi qui gère également les inscriptions chaque saison et en parallèle de ça, je m'occupe du club de théâtre.
Hanson la coupa
- En gros, vous êtes la tête du centre en dehors de madame la directrice, vous faites absolument tout ici ?
Louise hocha vivement la tête, toujours avec cet implacable sourire
- Absolument ! Et j'adore ce boulot. Très prenant, mais cela me permet de faire vivre ma famille. Avec trois enfants, ce n'est pas toujours facile.
« Intéressant » - songea Jo. Même si Louise n'était pas au top des suspects, elle pourrait faire partie des alibis potentiels pour couvrir les arrières.
Hanson décida d'y mettre son grain de sel
- Je vous comprends parfaitement. J'ai deux garçons et ils sont loin d'être faciles à vivre. Je crois que cela va me faire des vacances d'être temporairement loin d'eux, j'avais besoin d'un peu de nouveauté.
Louise tapa dans ses mains
- Je vous comprends très cher. J'ai également deux garçons et une seule fille et comme elle est l'enfant du milieu, elle n'est pas toujours satisfaite des choix que je fais, ainsi que ceux de ses frères.
Leur faire parler de leur famille semblait être une très bonne idée. Peut-être que quelque chose finirait par ressortir, mais bien sûr, avant qu'elles ne puissent réellement se confier, il fallait créer le climat de confiance et Jo comptait sur son instinct de flic, pour tenter d'y aller en douceur.
Nicole était assez silencieuse, peut-être même trop. Lui arracher les vers du nez ne serait sans doute pas une mince affaire, mais Jo se promettait de tout faire pour y arriver.
- En tout cas – reprit Jo – en mâchant machinalement son steak – c'est un pays qui semble très chaleureux et sympathique. On pense qu'on se fera de bonnes expériences ici.
- C'est certain – confirma Louise
Jo devait tenter de faire parler Nicole, ne serait-ce qu'un petit peu… Mais de quelle façon aborder le sujet sans vraiment griller leur couverture de flics ?
Elle tenta de chercher de l'aide dans les yeux de son collègue, qui n'avait aucune idée de comment s'y prendre également.
Il décida alors de jouer sur la sécurité
- Et comment c'est de sortir le soir ici et de rentrer après une certaine heure ? Est-ce que c'est sécuritaire, je veux dire pour vous en tant que femme ? Il y a beaucoup d'agression ou pas ?
Jo remarqua la vitesse à laquelle Nicole baissa des yeux. Il y avait anguille sous roche. Elle se demandait si dans ce coin de Perth, les gens avaient un grain.
Ce fut Louise qui répondit une nouvelle fois
- Oh non, il y a souvent très peu de crime et une femme peut marcher tranquillement… Mais bien sûr, il y a toujours des exceptions... Et disons que… enfin, récemment notre quartier est un peu sous tension à cause de certaines mauvaises choses qui s'y sont passées.
Il n'y avait aucun doute pour les deux détectives que Louise faisait référence au meurtre d'Ethan. Nicole ne pipait mot et semblait plus intéressée par sa salade que la conversation. Il était trop tôt pour embarrasser la directrice et en tout cas, son amie Louise n'avait pas l'air contre l'idée de raconter sa vie. C'était tout ce dont ils avaient besoin pour récupérer le maximum d'indices.
Jo s'apprêtait à demander quelles mauvaises choses avec son air le plus innocent, mais Nicole se leva poliment
- Bon, j'ai beaucoup de dossiers à préparer, des coups de fil à passer à certains parents alors je vous souhaite une bonne fin d'après-midi. Je sais que c'est calme, mais ne vous inquiétez pas, d'ici mercredi nous aurons de l'action digne de ce nom.
Elle regarda Louise qui comprit le message. Elles allaient sans doute discuter toutes seules, sans personne dans leurs pattes.
- Ravie de vous avoir rencontré tous les deux. Si un jour vous voulez vous joindre à nous, après le boulot on se retrouve de temps en temps au café du coin, ça si nous avons quelqu'un pour récupérer nos enfants ou s'ils sont en études ou en punition comme c'est souvent le cas des filles de Nicole.
- Louise ! – gronda Nicole d'un ton frustré
La petite femme rousse se leva en double vitesse
- Oui oui désolée ! Je viens ! Mais pensez à mon offre.
- On le fera – assura Jo
Les deux amis regardèrent les deux femmes s'éloigner et se fixèrent pendant quelques secondes en finissant leur déjeuner
- Au vu de leur manière d'agir ? il est évident qu'elles ont quelque chose à cacher. Nicole déjà par rapport à sa relation avec son mari… Et cette Louise, je trouve bizarre qu'elle ne soit pas dans notre liste de suspects mais elle sait quelque chose aussi – attesta Jo.
Hanson fut d'accord avec elle
- C'est vrai ! Mais il ne faut pas qu'on les brusque ou elles vont rapidement découvrir notre identité. Je suis bien content qu'on n'ait pas notre tête de flic parce qu'à New York, on nous reconnaît direct.
Jo pouffa
- C'est normal, on a nos badges et les tenues qui vont avec. Là, on n'est pas vraiment dans notre élément. Enfin, on est au moins sûrs que ces femmes savent quelque chose sur le meurtre et elles y sont liées de près ou de loin. On verra bien avec les deux autres au moment de les observer.
Ils débarrassèrent leurs plateaux et sortirent dans le couloir pour marcher jusqu'à leur poste et s'installer sur le banc dehors, en attendant l'heure de la fin de leur pause.
Jo reçut un texto d'Henry avec un smiley qui criait au secours, suivi d'une photo du rez-de-chaussée de la maison. Elle gloussa et Hanson s'en trouvait presque écœuré. Ses collègues amoureux étaient pires que deux gamins.
- Henry et Lucas sont aux prises avec le nettoyage de la grande baraque de Nicole et Henry est au bord de la syncope. Ils ne vont pas pouvoir retourner à Connington, donc il me dit que s'ils peuvent pendant qu'ils font à manger, ils auront les vidéos des interrogations d'aujourd'hui.
Hanson fut un peu plus rassuré d'entendre qu'au moins le message avait un rapport avec l'enquête. Pendant, un instant, il aurait pensé qu'Henry qui prenait peut-être trop un malin plaisir à envoyer des textos avait commencé à flirter avec sa collègue d'une manière qu'il ne voulait même pas imaginer.
- Bon eh bien, ils ont les cartes en main. Au pire, tu penses qu'on aura des ennuis si on les rejoint un peu plus tard dans la soirée pour visionner avec eux si jamais ils ne peuvent pas le faire ?
Jo haussa des épaules
- Je ne sais pas ! Mais dans le doute, je pense qu'il vaudrait mieux respecter nos couvertures parce que si jamais Nicole rentre et nous surprend tous ensemble ou bien si ses jumelles parlent, on sera mal. On les attendra, ils nous feront leur rapport, on verra bien si on apprend quelque chose.
Hanson acquiesça
- Tu as raison, on fonctionnera comme ça.
Finalement, les vidéos des interrogations des témoins avaient été envoyées sur la boîte mail de Lucas, mais bien évidemment, lui et Henry étant très pris dans le nettoyage et l'ordre de la maison, ni l'un ni l'autre n'eut l'occasion d'y jeter un œil.
Alors pour faciliter la tâche de tout le monde, le jeune homme transféra le tout sur la boîte mail de Jo. Il n'y avait aucun doute qu'elle et Mike auraient bien plus de chance pour les regarder quand ils auraient terminé leur journée.
Vu la rapidité avec laquelle elle répondit à son texto; il put en déduire que ses deux collègues avaient l'air de s'ennuyer ferme.
Toutes ces tâches ménagères amenèrent rapidement à 15h et Henry et Lucas reçurent un coup de fil de Nicole leur disant qu'elle serait à la maison sous peu, pour aller chercher ses filles.
Henry qui était plutôt fier de l'ordre qu'ils avaient mis toute la matinée espérait sincèrement que les enfants n'allaient pas tout détruire une fois de retour.
Quand Nicole arriva et qu'elle sentit la délicieuse odeur qui s'échappa de la maison, la pensée qu'elle avait finalement sans doute trouver les personnes parfaites pour l'aider, lui traversa l'esprit.
- Henry ! Lucas ! Merci beaucoup pour votre aide. Vous ne pouvez pas savoir à quel point vous m'allégez. Cette maison n'a jamais été autant en ordre depuis bien longtemps et cette odeur – elle ferma les yeux pour se laisser enivrer – je n'en avais pas connu de telle depuis mon enfance.
Lucas et Henry lui firent simplement un signe de tête et pensèrent que sa vie ne devait vraiment pas être drôle tous les jours. Il suffisait d'avoir un homme d'affaires pour que tout change et que plus aucune habitude d'antan ne soit gardée.
Après des remerciements chaleureux, Nicole invita les deux hommes à la suivre pour qu'ils se rendent tous ensemble à l'école qui était environ à une dizaine de minutes en voiture.
Jusqu'à présent, Henry et Lucas avaient pu se faire une petite idée de comment pouvaient être les jumelles. Ils avaient vu Donnie et Matt au réveillon et si ce n'était pas pour Isabel à les regarder de travers au moindre débordement, ils auraient certainement fichu une sacrée pagaille. Même Abe n'avait jamais été un enfant aussi turbulent, mais Henry ne l'aurait jamais permis. Mais ce fut en arrivant à l'école qu'ils comprirent pourquoi Nicole semblait si dépassée par ses propres progénitures.
En effet, les deux petites filles se ruèrent sur leur mère et tout ça sans discrétion moindre, chahutant si fortement, que de nombreux regards se tournaient vers eux.
En jetant un œil à son collègue, Henry vit Lucas virer aussi blanc qu'un linge. Le regret pouvait d'ores et déjà se lire dans ses pupilles. Il semblait chercher l'échappatoire parfaite pour ne pas avoir à subir ceci tout le long d'une semaine.
Henry se mordilla l'intérieur de la joue. Ces deux gamines avaient besoin de bien plus qu'un recadrage et il n'était pas sûr d'être celui en bonne position pour le faire.
Nicole souffla
- Les filles ! Calmez-vous un peu. Tenez-vous tranquilles juste deux minutes. J'ai deux personnes à vous présenter.
Elle les avança vers Henry et un Lucas qui n'avait jamais tant souhaité être de retour dans la morgue.
Les jumelles les regardèrent d'un air curieux, mais avec un fond hautain. Filles de bourgeois.
- Je vous présente Henry et Lucas. Ils vont aider maman à s'occuper de vous quand elle ne sera pas à la maison.
L'une des deux demanda alors d'un air méfiant
- Mais il est où papa ?
Lucas et Henry se regardèrent. Pourquoi Nicole cacherait-elle à ses enfants qu'elles ne reverraient plus jamais leur père ?
Après, bien sûr, leur âge rentrait en compte, mais tout de même.
Peut-être avait-elle plus à se reprocher qu'elle ne voulait le laisser paraître. Et il semblait qu'elle ne savait pas trop de quelle façon aborder le sujet.
- Les filles ! Je vous l'ai dit ! Pour l'instant, il voyage.
« Au cimetière » - pensa Lucas, en feignant une quinte de toux, ce qui lui valut un regard pesant d'Henry.
Nicole retint un soupir, en se frottant les sinus et reporta son attention sur les deux hommes
- Henry, Lucas, je vous présente donc mes deux filles, Liz et Kelly.
Les deux hommes se montrèrent le plus courtois possible, mais les deux gamines ne firent que les regarder de haut et ils se firent littéralement snober par des petits monstres de six ans, qui décidèrent que commencer un caprice était ce qu'il y avait de mieux à faire.
Le reste de la soirée risquait d'être très longue.
Jo et Hanson n'avaient pas à se plaindre de leur côté, la journée était passée bien trop lentement à leur goût vu le peu qu'ils avaient eu à faire, mais au moins, ils avaient un peu de temps libre.
Hanson voulait en profiter pour se balader un peu sur la plage, mais Jo lui rappela qu'ils avaient d'autres priorités, comme de regarder les vidéos des différents témoins.
Hanson bougonna un peu, mais accepta de joindre sa collègue pour une observation peu ordinaire.
Jo posa son ordinateur sur la table basse du salon. Hanson attrapa deux bières dans le frigo et en lança une à sa collègue, qui la réceptionna parfaitement bien.
Il se laissa tomber comme une masse à ses côtés et la jeune fille sélectionna tous les fichiers vidéo et les lança.
La première personne qu'un des détectives ou du moins l'équivalent d'un détective, avait interrogé s'appelait Rania et elle était une amie proche de Nicole, enfin d'après ce qu'elle disait.
« Où étiez-vous le soir du meurtre ? »
« On est sûr que c'est un meurtre ? Parce que moi je ne vois pas ça comme ça… Enfin après, je ne sais pas, Nicole a toujours eu l'air très heureuse dans son mariage… Qui sait ce qui a bien pu se passer »?
« Vous venez de me dire que vous étiez une amie proche… »
La jeune femme grimaça
« Oui c'est vrai… Pendant un temps. Puis cette Shailey, et Louise sont arrivées et mes enfants ne s'entendent pas avec les leurs donc disons que je me suis éloigné de Nicole. Mais d'après ce que je voyais, elle était heureuse, elle et sa petite famille, ils font rêver beaucoup de monde à l'école, vous savez ».
« Rania, est-ce que vous avez quelque chose d'intéressant à nous dire concernant cette soirée ? Parce qu'on dirait plutôt que vous essayez de tergiverser ».
Jo ne put qu'approuver le commentaire
« Oui oui… Non en réalité, si vous voulez savoir si j'ai vu quelque chose. Non. Je n'ai rien vu. Tout ce que je sais, c'est que ça n'allait pas fort dans la soirée entre Nicole et Ethan, ils se sont beaucoup disputés, mais tous les couples le font. Enfin, après, Shailey et Zoé se sont retirées sur le balcon et je ne sais pas, je suis retourné sur la piste de danse et c'est après que j'ai entendu les ambulances et policiers que j'ai compris qu'il y avait eu un drame ».
Hanson pouvait jurer de voir le policier lever les yeux au ciel. Avec des personnes aussi vagues, il y avait de quoi virer fou rapidement ! Il semblerait que personne n'était habitué à se faire interroger par la police dans ce pays, parce qu'ils avaient l'air de se croire dans un talk-show.
« J'ai entendu dire qu'il y avait quand même pas mal de témoins, pourquoi me dites-vous que vous n'avez rien vu dans ce cas ? »
Rania rigola jaune
« Beaucoup de témoins ! Mais officier, réfléchissez un peu… C'était une soirée costumée avec des parents et des enfants. Il y avait de la musique à fond et... Un peu d'alcool... Je pense personnellement que c'était une très mauvaise idée parce que voyez ce qui est arrivé. Mais j'ai un doute sur les beaucoup de témoins. Il y avait énormément de monde à l'intérieur au moment où tout ceci est arrivé. »
Hanson et Jo comprenaient une chose. C'est que le meurtre s'était passé en plein public et certainement que beaucoup avaient vu qui était la ou le responsable. Certains avaient sans doute entendu des choses avant le drame et c'était ces personnes-là qu'il fallait trouver et convaincre de raconter toute la soirée. Mais il semblait que d'emblée, personne n'avait grand-chose à dire. De plus, le sergent leur avait dit qu'Ethan et Nicole ne s'étaient pas vus depuis longtemps, mais apparemment, Ethan s'était quand même présenté à la soirée costumée, certainement pour faire bonne figure.
Au cours des interrogations, ils entendirent des choses qui allaient au-delà de l'entendement.
« Ce n'était pas une question de qui est le plus riche, le plus connu, qui réussit le plus, mais ces histoires de fêtes costumées, c'est le meilleur endroit pour se vanter et je ne sais pas, peut être que Nicole et Ethan avaient envie de prouver à l'école entière qu'ils finançaient cette fête »
Ils finançaient la fête ? Eh bien voilà, pourquoi Ethan avait fait acte de présence ce soir-là.
« En fait, il faut avouer que les filles de Nicole sont des petits démons, mais il y a toujours eu quelque chose de bizarre entre elle, ces deux petites jeunes, Shailey et Zoé, je pense ? recrutées tout juste sorties de l'école ».
« Que voulez-vous dire par là ? »
« Je pense que toute cette suite d'événements n'est que le résultat du premier jour d'école des jumelles l'année dernière »
Hanson et Jo se regardèrent. En quoi cela aurait-il un rapport avec les filles ? Ces histoires de plaintes et bizarreries auquel on reliait les trois femmes ?
« Ces deux gamines n'étaient jamais allées à l'école et on peut comprendre pourquoi. Il aurait été mieux que Nicole continue de les garder chez elle pour les éduquer, mais apparemment elle s'était mise d'accord avec son mari, ils avaient besoin d'un peu d'air et les filles de faire de nouvelles rencontres. Croyez-moi qu'elles en ont fait, dès le début, elles se sont battues avec un peu tout le monde, y compris le fils de Rania, qui était la meilleure amie de Nicole, soi-disant ».
Jo mit la vidéo sur pause et regarda son collègue
- Alors pourquoi Rania aurait-elle menti à l'officier qui l'a interrogé, en disant que le problème était Shailey et en parallèle Louise, si les filles de Nicole ont attaqué son fils, si je puis dire ça ainsi ?
Hanson perdit son regard sur l'écran de la vidéo qui était en pause. Il s'enfonça un peu plus dans le canapé et fut à court d'arguments.
- J'en sais rien ! Rien ne fait du sens dans cette histoire.
Jo redémarra la vidéo et une autre interrogation avec Rania avait lieu
« Pourquoi avoir dit que le problème venait de Shailey et Louise la dernière fois que je vous ai interrogé, quand clairement ce sont les filles de Nicole qui ont attaqué votre fils ? »
Il y eut un long silence et on vit Rania se renfrogner
« Attaquer est un mot quand même fort… Je veux dire, ce sont des enfants, ils jouaient brutalement ».
« Votre fils a eu le nez cassé »
Rania décida de ne pas répondre davantage. Jo avait pris son calepin et notait tous les petits détails et éléments qui pourraient aider. Outre que les trois autres étaient suspectes, Rania pour l'instant, en faisait une belle également. S'attaquer à des enfants était complètement inhumain alors, peut-être avait-elle trouvé une autre façon de se venger.
« Louise s'occupe du théâtre et de la gestion. Quand Shailey et Zoé sont arrivées, avant qu'elles ne deviennent animatrices, c'est Nicole qui a recruté les filles de son plein gré, car elle leur devait une chandelle apparemment. C'est ainsi qu'on est à Perth n'est-ce pas ? Tout le monde est gentil et aide son prochain… Jusqu'au…
« Jusqu'au meurtre – acheva l'officier »
La personne interrogée ne fit qu'acquiescer. Alors tout le monde savait qu'il s'agissait d'un meurtre, mais chacun essayait d'agir normalement.
« Est-ce que vous pouvez me parler de Nicole Wilson ? D'autres collègues et amis ont dit qu'à cause du comportement de ses filles, elle ne faisait pas bien voir du reste de la société avec l'école et le centre de loisirs ».
« Nicole est ambitieuse, très volcanique et toujours très élégante. Même trop je dirais. Son mari l'a toujours pourri gâtée. On peut comprendre que certains ou certaines devaient jalouser l'un des deux pour en arriver là ».
« Et qu'en est-il de son amie, Louise ? »
« Louise n'a juste pas la langue dans sa poche, vraiment pas. Et si elle met son nez dans vos affaires, vous pouvez être sûr que rien ne va bien se terminer ».
Jo fut frustrée
- Je ne comprends vraiment rien ! Il y avait des enfants à cette soirée. Qui sait le traumatisme qu'ils ont pu subir si l'un d'eux a vu toute la scène. Et là, nous avons des adultes tout grandis qui cherchent par tous les moyens à se rejeter la faute dessus, mais jamais pour parler clairement de ce qui est arrivé à ce pauvre Ethan.
Elle fit comme son collègue et s'enfonça dans le canapé, en croisant ses bras. Cela faisait bien une heure qu'ils regardaient les vidéos et c'était incroyable avec quelle précision, chacun déformait les choses ou se renvoyait la balle. Le policier qui avait fait toutes les interrogations, en plus du sergent en avait par-dessus la tête. S'ils n'étaient pas habitués à des cas aussi difficiles, Jo ne pouvait le blâmer. Ils n'avaient sans doute pas la même capacité qu'eux à gérer des grosses affaires avec des milliards de témoins.
Hanson regarda l'écran maintenant vide et tenta d'établir une théorie
- Tu as entendu ce qu'ils ont dit à propos de Louise également ? Quand on a discuté avec elle ce midi, elle me semblait... Je ne sais pas, il y a quelque chose qui n'allait pas dans son comportement.
Jo se frotta les sinus
- Il n'y a rien qui va dans le comportement de personne, Mike ! S'ils savent tous qui est le responsable, mais qu'ils tentent de le ou la protéger, on n'est pas sortis de l'auberge. Louise n'est pas dans leur groupe mais à mon avis elle devrait. Surtout si les trois se sont mis d'accord pour raconter la même affaire. Déjà avec le peu qu'on a vu, on a du mal à établir une liste de suspects ou démêler le faux du vrai.
Mike savait qu'elle avait raison. Peut-être qu'ils auraient plus de chance une fois qu'Henry serait de retour. Lui seul pouvait être en mesure de lire les expressions faciales et savoir qui disait la vérité ou pas. Enfin, en tant que détective, lui et Jo pouvaient très bien le faire aussi, mais Henry avait juste simplement son petit sixième sens qui le rendait unique.
Jo se leva et ferma l'ordinateur. Elle le déposa sur la table de la cuisine et s'appuya contre les comptoirs, en regardant son cellulaire, comme si ce dernier allait lui apporter une réponse.
Hanson sembla lire dans ses pensées
- Tu ne songes pas à appeler Henry pour avoir son avis, n'est-ce pas ?
Jo fit un simple sourire crispé
- Je sais que s'il avait eu l'occasion, il aurait regardé ces vidéos. J'aurais aimé avoir son opinion avant ce soir, mais j'imagine que lui et Lucas doivent être bien occupés. Surtout si les deux filles ne savent pas se tenir.
Hanson sourit et se leva pour la rejoindre
- On n'apprendra rien de plus pour l'instant. On ne peut pas jouer les flics, pas directement alors vaut mieux qu'on passe inaperçu. Même dans cet établissement, on ne sait jamais sur qui on peut tomber.
Jo savait que son collègue avait raison. Ils étaient en Australie pour une raison, mais en même temps, ils travaillaient sous couverture, ce qui faisait que personne ne devait découvrir qu'ils étaient flics. Ils savaient que cette enquête n'était pas du tout ordinaire, ils ne faisaient pas avec leurs méthodes de métro-boulot-dodo. Ils devaient jouer un autre personnage, avant de laisser exploser la bombe une fois que toutes les pièces du puzzle seraient réunies.
- Alors, comme on n'a rien à faire et que je commence sérieusement déjà à fatiguer, ce décalage n'est visiblement pas encore terminé, ça te dirait qu'on aille faire un tour à la piscine de l'hôtel ? – demanda Mike
Jo leva des épaules
- Eh bien tant qu'à faire, allons-y. Et tu as raison, vivement que ce décalage passe.
Jo ne croyait pas si bien dire. Henry et Lucas n'en pensaient pas moindre de leur côté. Ils étaient au bord de la crise de nerfs et cela ne faisait que deux heures qu'ils étaient revenus de l'école et qu'ils devaient s'occuper de Liz et Kelly.
Dès qu'ils étaient rentrés à la maison, Nicole n'avait pas tardé avant de leur expliquer la routine des enfants et de filer pour son rendez-vous chez le notaire. Il ne devait pas habiter dans le coin pour qu'après deux heures, elle ne soit toujours pas revenue.
Deux heures à vivre un véritable enfer, avec des enfants qui ne cessaient de courir, hurler à tout bout de champ, briser le canapé ou presque et si Henry et Lucas ne parvenaient pas à rattraper les deux petites pestes, c'était au bas du grand escalier en béton qui menait à la demeure, qu'ils pouvaient les retrouver. À deux doigts de se carapater dans l'océan.
Henry avait toujours eu beaucoup de patience avec les enfants. Il adorait s'en occuper. Il avait toujours un bel instinct paternel, personne ne pourrait lui enlever ceci. Mais à cet instant précis, malgré toutes les sommations que Lucas et lui tentaient de faire entendre, rien n'y faisait, les deux petites n'écoutaient pas et continuaient de les tester, Henry n'avait qu'une envie, celle de les prendre et les étouffer avec un oreiller.
Lucas était en train de transpirer. Henry crut le voir sangloter, en regardant les deux filles se tirer les cheveux, soi-disant pour s'amuser.
- Comment cette femme ne s'est pas encore suicidée avec de telles pestes ? Ce sont de vraies calamités. J'ai envie de tout plaquer et retourner à la morgue, croyez-moi que je verrais plus d'utilité à parler avec des cadavres.
Henry lui fit signe de parler moins fort
- Lucas ! Je sais que c'est difficile ! – il soupira – crois-moi, l'envie de leur flanquer une bonne raclée est très forte. Mais ce ne sont pas mes enfants et en plus, c'est interdit.
Lucas leva les yeux au ciel
- J'ai pris des coups de ceinture dans mon enfance, j'en suis pas mort. Ils sont tous pourris gâtés maintenant. Et voilà le résultat !
Henry se retint de dire que pour sa part, il avait pris bien plus que des coups de ceinture. Sans compter tout ce que son corps d'immortel avait bien pu subir au fil des siècles. Ce n'était pas le moment d'embêter le jeune homme avec ses déboires de vieillard.
Henry avança vers les deux filles et les sépara
- Bon ! Ça suffit maintenant ! Ça commence à bien faire !
Nicole avait expliqué comment différencier les jumelles. Liz avait un grain de beauté plutôt voyant sur le front et sa sœur, l'avait sur la joue droite. Henry avait vu pire. Ses petites sœurs n'avaient quasiment rien eu qui permettaient de les différencier.
D'un seul coup, leur souvenir lui voilà les yeux. Il regarda Liz et Kelly qui n'arrêtaient pas de se chamailler pour autant. Dans le fond, il retrouvait un peu de ce qu'ils voyaient de ses sœurs à l'époque. Deux petites blondes qui se battaient pour pas grand-chose. Au moins, Margaret et Élizabeth étaient des petites filles très polies et bien élevées. Il n'y avait pas de raison que Liz et Kelly ne soient pas de même.
Il ignorait ce qui pouvait les calmer. Au 18e siècle, il suffisait de donner des bonbons à ses sœurs pour qu'elles se calment et se fassent un câlin après une grosse dispute. Les punitions pour des bêtises plus importantes étaient nettement plus sévères également alors il y avait de quoi faire tenir tout le monde en place. À l'époque actuelle, les bonbons étaient inutiles. Il regarda alors la tablette tactile qui traînait dans le canapé et avec laquelle les filles étaient en train de se battre. Voilà ce qui rendait la nouvelle génération complètement stupide.
Il se dirigea vers le canapé et attrapa la tablette et s'en suivirent de nouveaux cris de terreur, à tel point que Lucas fut obligé de se boucher les oreilles. Personne ne pouvait sortir vivant d'un tel carnage. Il plaignait le pauvre mari. Sans doute que la personne qui l'avait tué n'avait fait que lui rendre service après tout.
- Rends-nous la tablette ! – cria Kelly
- Elle est à nous ! On veut jouer avec – ajouta Liz.
Henry les regarda et regarda l'appareil dans sa main et fit un petit sourire sadique, en la levant le plus haut possible, prêt à la briser sur le sol. Aussitôt, il vit le visage des deux filles changer, s'adoucir et se calmer lentement… Elles avaient les yeux rivés sur l'outil et savaient qu'au moindre faux geste d'Henry, leur tablette serait perdue à tout jamais.
- Maintenant que j'ai toute votre attention, vous allez m'écouter bien sagement !
Les deux filles relevèrent lentement les yeux vers lui et attendirent. Lucas n'en crut pas ses yeux. Henry devait vraiment avoir un don. Un don de grand-père, il n'y avait pas d'autres solutions. Comme les remèdes.
- Je vous rendrais cette tablette uniquement si vous faites absolument tout ce que Lucas et moi on vous dit, pendant le reste de la soirée. Si vous n'en faites qu'à votre tête, que vous vous battez, que vous tentez de sortir de la maison et que vous brisez tout sur votre passage, cette tablette ne reverra plus jamais le jour. Je ferais en sorte que votre mère vous l'enlève et ne vous la redonne plus. Je suis certain que d'autres enfants qui n'ont pas tous ces moyens seraient ravis d'en avoir une.
Lucas put jurer de voir le visage des gamines se décomposer. Elles allaient céder et allaient sans doute se conduire comme des petites filles exemplaires. Chose qu'elles n'avaient probablement jamais faite depuis leur naissance.
Henry regarda Lucas et lui donna la tablette. Il croisa ses bras.
- Pour commencer, vous allez ranger tout ce que vous avez dérangé, car Lucas et moi on s'est tué à tout faire briller pour vous ce matin. Vous allez ramasser les coussins et tous ces cubes que vous vous êtes lancés dessus depuis que vous êtes arrivées.
Lucas manqua de faire tomber la tablette à son tour, quand il vit avec quelle obéissance, les deux petites se dirigèrent vers le canapé et ramassèrent tous les coussins qu'elles avaient faits tombé. Elles ramassèrent tous les cubes qu'elles avaient pris un malin plaisir à se lancer et en parallèle à lancer sur les deux hommes, et les remirent dans une boîte qui leur était destinés.
Elles revinrent vers Henry, le teint rouge. Rouge de colère ou de honte, ou bien les deux, personne ne le savait, mais la méthode du légiste semblait fonctionner.
- Maintenant, vous allez vous installer à la table et faire vos devoirs. On va vous aider. Dans le calme et le silence.
Elles hésitèrent, mais Henry leur désigna la tablette et Lucas prit un malin plaisir à la secouer devant elles.
Elles soupirèrent, attrapèrent leur cartable et prirent leur agenda pour commencer les devoirs qu'on leur avait donnés pour le lendemain.
Lucas et Henry s'installèrent chacun à un côté des deux
- Quand tout ça sera terminé, vous mangerez et ensuite, on attendra votre maman pour qu'elle vous mette au bain et vous avez intérêt à être sages avec elle lorsqu'elle vous dira d'aller au lit, sinon, on va le savoir quand on reviendra demain.
Les jumelles se lancèrent un regard et n'ouvrirent plus la bouche jusqu'au retour de Nicole, qui n'avait jamais entendu un tel calme dans sa maison depuis que ses enfants y étaient.
Elle ouvrit grand la bouche quand elle les vit tranquillement assises à manger leur plat de tortellinis au jambon. Elles ne se lançaient pas la nourriture dessus, la télé n'était pas allumée, elles ne mangeaient pas dans le canapé ou sur le tapis. Elles étaient assises, sans bouger, avec Lucas et Henry qui les supervisaient.
Elle avança lentement dans la cuisine comme si elle peinait à croire qu'elle voyait les mêmes personnes devant elle.
- Je ne sais pas ce que vous avez fait ou dit à mes enfants, tous les deux, mais par pitié, ne partez jamais.
Henry fit un petit sourire en coin et répondit
- Il faut simplement savoir se montrer très persuasif par moment et je pense avoir trouvé la meilleure solution pour ça.
Lucas montra subtilement la tablette, lui faisant comprendre que c'était sans doute là le meilleur moyen d'avoir des enfants qui pourraient repartir dans le droit chemin.
Nicole fit un signe de tête et embrassa ses deux filles sur le sommet du crâne. Elles ne bronchèrent pas. Elle n'avait jamais eu l'occasion de le faire. Ses filles gigotaient beaucoup trop et n'étaient tactiles que lorsqu'elles le souhaitaient… Donc en gros, lorsqu'elles avaient envie de l'étrangler…
Elle cligna des yeux et poussa un soupir de soulagement.
- Vous devez vraiment avoir un don ! Merci beaucoup. J'espère qu'elles vont se tenir comme ça toute la semaine.
Lucas rigola
- Avec les méthodes d'Henry, je suis certain que vous n'aurez pas de soucis à vous faire. On va vous ressortir deux petites filles parfaites à la fin de cette semaine.
Henry leva les yeux au ciel. Lucas en faisait vraiment beaucoup trop par moment. Mais cela semblait avoir l'effet escompté sur Nicole en tous les cas.
Elle se dirigea vers le comptoir et sortit une liasse de billets pour les deux. Ils furent sur le point de refuser, mais elle ne leur laissa pas le choix.
- Merci encore ! Chaque soir, je vous payerais pour votre gardiennage. Je ne sais pas comment j'aurais retrouvé ma maison si quelqu'un d'autre était là pour surveiller mes enfants.
Les deux petites débarrassèrent leur assiette, sous le regard éberlué de leur mère. Elles partirent s'installer dans le canapé et continuaient de regarder Henry, d'un œil un peu méfiant tout de même.
Ce dernier ne fit que sourire. Deux gamines auraient appris une leçon aujourd'hui. Même si ça ne durait que quelques heures.
- Je vais les mettre au bain – exprima Nicole – ce soir, ça devrait être beaucoup plus facile. Vous pouvez quitter, ça devrait aller maintenant.
Henry et Lucas n'avaient encore rien mangé et la faim et surtout la fatigue commençaient à les gagner. Lucas regarda son boss.
- On va rester encore un peu – affirma Henry – si ça ne dérange pas, on va manger un morceau rapidement et on va vous aider à faire la vaisselle.
Nicole secoua la main
- Ne vous en faites pas pour ça, il y a le lave-vaisselle. Mais oui, mangez, n'hésitez pas. Je vais les mettre au bain et je redescends.
Quand elle disparut de leur champ de vision, les deux hommes se regardèrent et furent soulagés d'avoir survécu à la soirée. Heureusement qu'Henry avait certains réflexes.
- Je crois que je ne vous remercierais jamais assez d'être comme vous êtes Doc, parce que vous nous rendez vraiment service là.
Henry lui répondit par un sourire sarcastique
- Crois-moi que c'était délicat, mais je me dis qu'elles vont se tenir un peu à carreau. Elles ont l'air de tenir à cet appareil électronique de malheur, bien plus qu'à leur propre santé alors si cela peut permettre une trêve à tout le monde, je ne vais pas hésiter.
Lucas resta à fixer l'étage
- Vous avez décidé de rester encore quelques minutes pour lui parler, n'est-ce pas ?
Henry esquissa l'ombre d'un sourire. Son assistant commençait à bien connaître ses méthodes.
- Absolument ! Je voudrais lui toucher deux mots par rapport à Ethan. On verra bien ce qu'elle nous dit ou ne nous dit pas.
Après avoir mis ses filles dans le bain, dans un calme plutôt plat et inhabituel, Nicole redescendit et poussa un long soupir. Elle s'épongea le front avec une petite serviette à mains et s'installa en masse au bar de la cuisine.
Lucas et Henry étaient en train de manger et se regardèrent. Nicole ne remuait pas et se servit d'un grand verre d'eau. Lucas savait que cette conversation ne reposait pas sur lui et laissa Henry faire sa manœuvre.
Le légiste se leva et s'installa aux côtés de Nicole
- Est-ce que ça va être correct de laisser les filles toutes seules dans leur bain comme ça ?
Nicole hocha la tête en pointant la tablette qui était devant elle
- Leur tablette me sert de vidéo surveillance. Vu comment vous les avez remises en place, elles ne tenteront rien. Il n'y a rien de dangereux dans ma salle de bain. Je suis obligée de tout sécuriser quand vous avez des enfants comme les miens.
Henry ne put que compatir. Vivre ce qu'elle vivait depuis six années, il ne le souhaitait à personne.
Nicole portait définitivement le poids du monde sur ses épaules. Encore plus que lui avec son secret. Lucas mangeait de façon peu subtile, en écoutant leur conversation d'une oreille, prétendant de regarder son téléphone.
- Il n'y avait qu'Ethan qui pouvait les faire tenir tranquilles. Je n'ai jamais eu son autorité.
Elle semblait contrariée. Henry sentit son cerveau sur le point d'exploser. Avec ses mimiques et sa façon de dire les choses, on pouvait vraiment penser qu'elle était derrière le meurtre. Il suffisait parfois de craquer pour des choses futiles pour vous faire perdre la tête.
- Nicole ! Je sais que ça ne me regarde pas, mais que s'est-il passé avec votre mari ?
Henry trouvait ça tellement ironique, sachant qu'il avait pratiqué l'autopsie du monsieur la veille. Si jamais elle savait.
Sa crinière de feu lui retomba devant les yeux et elle n'osa pas regarder Henry.
- Il... Il voyageait énormément pour son travail alors il n'était pas souvent à la maison. Mais récemment, le temps sur Perth n'était pas à son beau fixe, nous avons eu des pluies diluviennes, dignes de l'été alors que nous approchons de l'hiver. Les routes étaient partiellement inondées et l'océan était déchaîné. Mon mari revenait d'une réunion à l'autre bout de la ville et sa voiture a glissé en contrebas d'un pont. Fracture au crâne et au bassin, il est mort sur le coup.
Au moins, elle disait la vérité pour une partie de l'histoire, c'est-à-dire la manière dont il était mort. Henry se demandait comment on pouvait faire passer clairement un meurtre dont l'arme du crime était en partie, un escalier, pour un accident de voiture.
- Je suis désolé – répondit Henry, en prenant son ton le plus emphatique qu'il trouva –, mais pourquoi ne dites-vous rien à vos enfants ?
Nicole releva des yeux larmoyants vers lui
- Henry ! Ethan était le héros de mes filles. Elles n'ont que six ans. Comment je vais leur dire que jamais leur père ne refranchira les portes de la maison ?
Henry pencha sa tête sur le côté et lui frotta doucement l'épaule
- Je ne vous juge pas sur ce choix. Je peux comprendre à quel point cela est difficile pour vous en tant que mère de dire que le père de vos enfants ne reviendra plus jamais à la maison, mais à six ans, on n'a pas vraiment le concept de la mort. Elles vont comprendre qu'il ne reviendra plus, qu'il est parti dans un autre monde, mais elles passeront rapidement à autre chose. Peut-être dans quelques années, cela reviendra, mais elles ne sont pas assez matures pour faire le deuil à la manière d'un adulte.
Nicole regarda longuement Henry. Elle n'avait jamais entendu quelqu'un parler de façon si sage.
Elle esquissa un sourire
- Vous semblez être un homme plein de connaissances et de sagesse. Est-ce que tous les Anglais sont comme vous ou ce n'est que vous ?
Il rigola et fit un signe de tête
- Nous avons une tendance à être gentlemen, mais je ne nierais pas mes connaissances. Elles comprendront et accepteront et passeront rapidement à autre chose donc vous pouvez leur dire, ne tardez pas trop. Faites-le, avant que quelqu'un d'autre ne le fasse, ça serait dommage.
Nicole hocha lentement la tête. Au moins, Henry savait qu'il était parvenu à la mettre un peu plus en confiance. Restera qu'à continuer de l'observer et Hanson et Jo feraient sans doute de même directement au centre.
Lucas termina son assiette et se leva. Henry regarda son téléphone où Nicole remarqua simplement le nom de Jo qui s'affichait sur l'écran. Elle sourit à pleines dents.
- Je savais bien que vous et la jolie Hispanique étiez ensemble. Rien qu'à vous voir dans mon bureau, j'ai vu votre attraction.
Lucas pouffa. Décidément, ils ne trompaient vraiment personne. Henry avait viré rouge vermeil et fit un sourire crispé.
- Notre relation est récente, mais oui, on est bien ensemble.
- Ne vous lâchez pas et soyez présents l'un pour l'autre. C'est très important dans une relation !
Elle détourna son regard pour déposer son verre d'eau dans l'évier. Henry donnerait tout et n'importe quoi pour être dans le cerveau de Nicole à cet instant et savoir pourquoi elle disait de telles choses. Quelle était la vraie nature de sa relation avec son mari ? D'après ce qu'il avait compris, ils étaient sur le point de divorcer donc Nicole devait sans doute bien jouer la comédie pour faire croire à ses filles que tout se passait bien.
Henry descendit de son tabouret
- Eh bien, Nicole, merci pour cette journée. J'espère que Liz et Kelly se tiendront un peu mieux après tout ça et que vous pourrez vous reposer un petit peu ce soir. On se retrouve demain ?
Nicole acquiesça
- Je vous attends pour 15h. Je serais là, mais vous me rendrez vraiment service encore une fois. J'ai beaucoup de paperasse à faire, vous vous en doutez.
Henry acquiesça. Il fit un signe à Lucas et tous deux sortirent. Nicole voulut leur appeler un taxi, mais Lucas avait déjà prévenu Parker.
