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Il était déjà près de 21h quand Henry et Lucas arrivèrent à l'appartement. Jo et Hanson avaient dîné et regardaient un programme australien à la télé.

En les voyant arriver avec leur tête de six pieds de long, les deux comprirent que la journée avait dû être particulièrement rude pour les deux médecins.

Jo se leva en double vitesse pour traverser l'appartement et déposer un bécot sur les lèvres d'Henry comme si elle ne l'avait pas vu depuis des siècles.

- Vous tirez une de ces têtes tous les deux. La journée a dû être affreuse.

Lucas dépassa le couple pour rejoindre Hanson, dans le canapé et souffla bruyamment

- Vous n'avez pas idée. Ces deux gamines sont des vrais petits monstres. On peut comprendre que Nicole en ait eu assez et c'est mal ce que je vais dire, mais je pense que qui que ce soit a assassiné Ethan, lui a rendu service avec de pareils énergumènes.

Il sentit le regard pesant de tout le monde dans la pièce et ne fit qu'un haussement d'épaules en portant son attention sur la télé.

Jo regarda son petit ami

- Est-ce qu'il dit vrai ?

- Il a raison – approuva Henry – elles sont très difficiles et insupportables. J'ai trouvé le moyen de les calmer en menaçant de briser leur tablette tactile. Le reste de la soirée s'est passée dans le calme et j'ose espérer que c'est toujours le cas à l'heure où l'on discute.

Jo mordilla machinalement ses lèvres

- Ça tombe bien que tu nous en parles. Parce que Mike et moi on regardait les vidéos tout à l'heure et dedans, les témoins parlaient beaucoup des filles de Nicole. Est-ce que tu te sens d'attaque à les regarder ou bien tu préfères laisser ça pour demain ?

Henry regarda Lucas qui se laissa fondre dans le canapé. Il resta quelques minutes à cogiter et se disait qu'effectivement, il avait toute la matinée le lendemain pour les regarder, mais peut-être passerait-il au poste avec Lucas, voire si le sergent n'aurait pas besoin d'autre chose. Mais en même temps, il était bien curieux de savoir ce qui se racontait.

Il rejoignit Hanson et Lucas, en prenant la main de Jo

- Je suis assez fatigué. Le décalage finalement a l'air de faire encore de l'effet, mais je suis assez lucide pour regarder les vidéos, du moins je l'espère.

Jo sourit et attrapa son ordinateur, qu'elle posa sur la table basse, une nouvelle fois.

Hanson qui se disait qu'il en avait bien trop vu plus tôt se leva en faisant craquer son dos.

- Bon ! Eh bien, pendant que vous faites ça, je vais en profiter pour appeler ma femme et mes deux fils qui apparemment sont de véritables anges à côté de ces gamines et je vais prendre une douche. Si quelque chose vous interpelle, l'un de vous vient frapper à la porte de la salle de bain.

Ils lui firent comprendre que ça serait fait et Jo s'installa contre Henry, le temps qu'il regarde les vidéos, avec Lucas qui mangeait un paquet de M&Ms.

Avant que Jo ne démarre la vidéo, Lucas s'écria, faisant sursauter le couple. Il eut le droit à un regard noir.

- Tu pourrais éviter de hurler comme ça ? – tempêta Henry – tu ne crois pas qu'on ait eu assez de cris dans les oreilles pour le reste de nos vies ?

Le paquet de bonbons en était presque retombé sur le tapis et Lucas se confondit en excuses, surtout que le regard de Jo lui fit comprendre que si son arme était attachée à elle à ce moment précis, la balle serait partie toute seule.

- Désolé ! Je… Je pense que j'ai eu trop de stress toute la journée, ça ne me réussit pas. Le décalage non plus. Je ne voulais pas crier comme ça.

Henry le regarda d'un air évident

- Je te connais ! – il leva les yeux au ciel, la dernière fois que Lucas avait crié de la sorte, il avait pris une épée dans le ventre. Heureusement, rien de tranchant n'était dans sa main à cet instant – quand tu cries, c'est que tu as quelque chose d'important à dire… Ou du moins qui te semble « méga génial de la mort qui tue », alors accouches !

Jo se retint de rire devant la mine déconfite du jeune assistant. Surtout qu'Henry venait de le citer et de l'imiter avec une voix qui ne lui ressemblait guère.

- Alors ? Qu'est ce qu'il y a ? – s'impatienta Henry

- J'allais faire une blague pourrie donc je vais me retenir avant que vous me passiez au laser, tous les deux.

Le regard pesant lui fit comprendre d'aller jusqu'au bout de sa pensée. Lucas se fondit davantage dans le canapé.

- Je vous promets que vous ne voulez pas entendre ça. On ferait mieux de se concentrer sur les vidéos, Henry aura sans doute beaucoup de choses à dire par rapport à ça.

Il se racla la gorge. Il savait qu'il parlait beaucoup trop par moment et il se demandait qui avait bien pu lui donner un tel sens de l'humour.

Jo lui donna un coup de coude

- Allez ! Dis-nous, on ne se fâchera pas.

- C'est ça ouais ! Si je devais croire à chaque fois que vous me dites ça tous les deux. Vous êtes pires que mes parents. Vous avez oublié l'année dernière quand vous avez failli m'étouffer quand je suis partie faire une biopsie sur Gloria Carlyle.

Henry fit un sourire carnassier

- Elle a failli t'étouffer. Moi j'étais fier de toi.

- Oui… mais vu votre tête sur le moment, j'ai cru que j'allais y passer avec vous deux.

Jo leva les yeux au ciel. Enfantillages. Henry la taquina.

- Que veux-tu Lucas ? Parfois je suis le papa cool, et Jo la maman sévère et parfois c'est le contraire.

Jo lui fit comprendre de ne pas l'encourager. Mais il n'avait pas tort. Cependant entre les deux, elle était tout de même celle qui menait plus à la baguette. Elle était celle qui avait l'arme.

- Bref, dis-nous vite ta blague avant qu'on commence.

- Je voulais juste dire que je mange des M&Ms… Vous savez, c'est comme vos initiales à tous les deux. Martinez et Morgan… M&M… Vous êtes évidemment faits pour être ensemble.

Il y eut un long silence. Très long silence. Jo et Henry se regardèrent en se demandant à quelle sauce il fallait cuisiner Lucas. Ce dernier se rattrapa avant de se faire jeter aux requins.

- Comme je vous l'ai dit, blague pourrie. On passe à autre chose maintenant ?

Jo se retint de dire que le nom de son défunt mari était Moore et qu'elle ne voyait pas le rapport, mais enfin, elle en avait assez d'essayer de comprendre les délires de Lucas. Elle préférait largement perdre sa raison avec son légiste.

Jo démarra les vidéos et personne ne parla pendant l'heure où elles furent diffusées. Entre temps, Hanson était sorti de la salle de bain et les avait rejoints de nouveau.

Il avait raté le plus gros, mais il avait déjà eu sa dose dans la journée.

Une fois les vidéos terminées, Lucas à moitié avachi contre l'appui-bras du canapé, Jo écroulée sur Henry, ce dernier se redressa mollement et se frotta sa petite barbe de trois jours

- Hmm !

- Quoi ? – demanda Jo, qui se redressa difficilement

- C'est difficile d'établir une théorie parmi tout ça. Ils sont tous embrouillés dans ce qu'ils racontent. Ce qui me laisse penser que tout le monde a vu ce qui s'est passé, mais qu'ils ne savent pas comment l'aborder.

Jo hocha la tête

- Ou bien que tout le monde protège nos trois femmes d'une façon ou d'une autre, mais pourquoi feraient-ils ça ?

Henry tenta d'établir une théorie

- Déjà par rapport à la relation d'Ethan et Nicole. Cet homme avait du pouvoir et apparemment, ils sont le couple qui offrent le plus à l'école et autre charité. De ce fait, on pourrait comprendre que personne ne voudrait avoir d'ennuis en accusant Nicole de quelque chose qu'elle n'aurait peut-être pas commis.

Il repensa ensuite au fait que dans la vidéo, la mention de ses filles revenait souvent. Qu'elles s'étaient battues le jour de leur première rentrée avec le fils de la meilleure amie de Nicole et, que Shailey était mal perçue de Rania.

- On aura juste besoin des interrogations des trois. On aura celle de Nicole en fin de semaine, donc ça nous donnera une idée. Mais elle m'a un peu parlé de sa relation avec Ethan et elle n'a encore rien dit à ses filles. Par contre, le beau mensonge qu'elle a monté sur sa mort…Donc ça dit bien qu'elle ou ses copines ont quelque chose à se reprocher de près ou de loin.

Jo hocha la tête.

- Tu penses que Rania pourrait avoir cherché à se venger également ? Je ne sais pas, son fils se fait casser le nez par deux brutes, je pense qu'elle a peut-être voulu que Nicole apprenne une leçon.

- Je n'écarte rien du tout pour le moment. Mais cette école et tous les parents ont tous l'air sortis droit d'un soap opéra avec tout leur drama.

Jo ne put qu'approuver. Et elle en avait vu des soaps opéra dans sa vie, merci à sa mère et son côté 100% hispanique, qui ne pouvait pas s'empêcher de regarder des télénovélas, chaque soir avant le dîner.

Henry resta perplexe

- Mais Nicole ne dit pas tout vis-à-vis de son mari, c'est évident. Le sergent nous avait dit qu'ils comptaient divorcer, donc j'aimerais en savoir plus. C'est le fil rouge pour qu'on remonte à celui ou celle qui l'a tué. Mais pour moi c'est une main féminine, c'est presque évident.

Hanson demanda

- Comment vous pouvez savoir ça ?

- La délicatesse du corps peut-être – suggéra Jo

- Non… Pas vraiment délicat, mais juste une intuition pour l'instant. On verra un peu plus tard, avec d'autres éléments.

Il se leva à son tour et fit craquer ses vieux os. Lucas semblait soulagé de pouvoir enfin trouver son lit.

- Ah bah dis donc quelle journée. J'espère que ça va ne pas être comme ça pendant le reste du mois – avoua le jeune homme – sur ce, je vais à la douche et au dodo. Bonne nuit, tout le monde, je suis épuisé.

Ils le regardèrent disparaître dans la salle de bain. Hanson regarda le couple, qui semblait être sur le point de se sauter dessus. Il n'avait vraiment pas signé pour ça.

- Bon ! Je vais rejoindre mon lit aussi. Ne faites rien que je ne ferais pas. J'espère que nous de notre côté, on aura plus d'action – dit-il en s'adressant à Jo – Bonne nuit !

Le couple se retrouva seul dans le salon. Jo se blottit contre Henry et ce dernier lui caressa l'épaule d'un air absent. Elle était déjà en pyjama ce soir. Elle avait pris sa douche, direct après le dîner. Elle était aussi fatiguée même si sa journée n'atteignait pas le niveau d'Henry, mais le décalage horaire était encore bien trop présent.

- Tu m'as manqué aujourd'hui – avoua-t-elle quand ils montèrent les escaliers – ça fait bizarre d'être sur le terrain sans toi.

Elle grimaça et Henry fut amusé en voyant sa petite bouille

- Enfin, on n'est pas vraiment sur le terrain, mais tu vois ce que je veux dire.

Il lui baisa le front

- Ne t'inquiète pas. J'avais compris. Ça m'a fait bizarre aussi de ne pas avoir ma partenaire pour me donner quelques coups de pieds aux fesses parce que je n'aurais pas été prudent.

Elle le regarda de travers et elle parvint à lui déclencher l'hilarité. Elle s'installa sur le rebord du lit et Henry s'accroupit devant elle, en posant ses mains sur ses genoux.

- Méfie-toi que je n'en fasse pas vraiment une habitude – prévint-elle, en le regardant avec des yeux brillants

Il remonta sa main sur sa joue et la caressa doucement

- Tu peux ! Je suis certain que mes fesses apprécieraient.

Jo fit un petit sourire en coin. Il faudrait sans doute qu'il arrête de flirter de cette façon, ou toute cette histoire allait mal finir pour l'un comme pour l'autre.

Elle passa sa langue sur ses lèvres et le regarda avec envie… Mais elle n'avait pas la force et Henry avait encore besoin de passer dans la salle de bain.

Une partie d'eux voulait vraiment être avec l'autre de cette façon, mais l'autre partie, savait également que Mike et Lucas dormaient juste en dessous et même la porte fermée, ils n'étaient pas sûrs que les deux n'entendent pas… Les choses qu'ils pourraient faire à deux.

Jo ne pouvait pas non plus prévoir si elle serait bruyante ou pas, cela dépendrait d'Henry, mais à le voir… Elle savait qu'il était le genre d'homme avec qui elle ne pourrait se retenir et qu'elle n'allait certainement pas simuler comme beaucoup de ses coups d'un soir.

Henry se releva à moitié et se pencha pour lui donner un long baiser sur les lèvres, elle gémit au travers du baiser, mais il s'arrêta avant qu'ils n'aillent plus loin.

- On est beaucoup trop fatigués Jo. On va attendre d'être un peu plus remis avant… Avant d'aller plus loin.

Jo hocha lentement la tête

- Je me faisais la réflexion. De toute façon, Mike et Lucas sont en bas donc pas dit qu'on puisse être assez tranquilles… Enfin, je ne veux pas précipiter les choses… Je n'ai pas envie de passer pour la fille perverse qui n'attend que ça.

Henry rigola

- Mais Jo, ne t'inquiète pas. On est en couple donc il est tout à fait normal qu'on y pense.

Avant de partir dans la salle de bain, il lui susurra à l'oreille, lui provoquant la chair de poule sur les bras

- Entre toi et moi, je pense qu'on se désire depuis le premier jour alors il faudra bien faire redescendre la tension un jour ou l'autre.

Jo se mordilla les lèvres jusqu'au sang, en fermant les yeux, laissant son after-shave l'enivrer de toute part, imaginant déjà où ce désir allait les emmener… Et il allait les emmener loin, très loin, il n'y avait aucun doute quand le moment arriverait, il serait très intense et fusionnel.

Il l'embrassa rapidement de nouveau avant de la laisser pantoise pour prendre sa douche. Elle lâcha le soupir qu'elle retenait. Ce séjour allait être une véritable torture physique et émotionnelle, dans tous les sens du terme.


Le lendemain leur laissait donc environ 24h avant que les enfants ne soient en vacances et ne débarquent en masse dans le centre, occupant certainement bien plus Jo et Hanson qui en avaient un peu assez de faire les statues devant la devanture du centre.

Ils ne voyaient pas grand monde passer, à part certaines personnes qui venaient inscrire leurs enfants à la dernière minute et réalisaient qu'ils étaient nouveaux et comprenaient directement qu'ils étaient américains dès qu'ils ouvraient la bouche.

Lucas et Henry n'avaient rien de plus à faire. Ils avaient rapidement discuté avec le Sergent en passant au poste et exposer leurs théories qu'ils avaient faites en regardant les premières interrogations et aussi l'impression que Nicole leur avait donnée, mais à part ça, ils ne pouvaient pas trop rester dans la station, puisque l'enquête continuait pour les officiers et que d'autres membres du personnel que ce soit de l'école ou du centre se présenteraient au cours des prochains jours.

Alors, tandis que Jo et Hanson s'ennuyaient à jouer les agents, les deux hommes décidèrent donc d'explorer le centre-ville, qui était immense mais Henry n'était pas certain qu'il était plus grand que celui de New York, cela restait à voir. Les buildings étaient sans doute moins impressionnants.

Tout le long de la matinée, ils déambulèrent dans l'architecture australienne. Henry retrouvait quelques trucs typiques d'ici et là, et d'autres qui avaient été en construction au moment où il était passé dans le pays.

Pour lui le séjour fut agréable… Ce fut des années après que les choses s'étaient gâtées. Il avait vécu en Australie pendant de longues années et n'en avait rien dit à personne. Même Abe n'était pas au courant, mais il avait ses raisons. Même si le souvenir de Nora continuait de le hanter et qu'il s'agissait là de la pensée la plus douloureuse qu'il eut, ce qu'il avait vécu pendant sa vie australienne, lui laissait un certain goût amer dans la bouche. Mais ce n'était pas de la faute du pays ni rien du tout, au contraire. La vie et la sienne particulièrement, étaient juste ainsi faites.

Il secoua la tête. Il fallait qu'il arrête de penser à de tels souvenirs. Son vieux passé était derrière lui et il devait avancer vers un brillant futur avec une belle Hispanique à ses côtés.

Pendant toute la matinée, à aller et venir entre les buildings et s'arrêter dans quelques squares pour faire des photos souvenirs, à l'heure du déjeuner, Lucas et Henry se rendirent compte qu'ils étaient tous les deux biens rouges.

- Est-ce que c'est des coups de soleil qu'on a attrapés ? – demanda Lucas, en regardant leur reflet dans un miroir, alors qu'ils étaient posés à une table dans un des centres commerciaux.

Henry observa longuement leurs visages et ne put qu'approuver

- En effet ! On les a attrapés rapidement. À mon avis, c'est lorsqu'on est passé entre l'ombre et le soleil et qu'on s'est arrêté plusieurs fois dans des squares.

Lucas se frotta les bras, qui étaient bien rougis sur sa peau claire.

- Bizarre ! Je sais que j'ai une peau à coups de soleil, mais même en été à New York je ne brûle pas aussi vite. C'est incompréhensible.

- Notre peau n'a pas été exposée au soleil depuis des mois donc ça se comprend. Surtout qu'on est dans un pays où nous ne sommes pas habitués…

Il s'arrêta. Lucas savait qu'il allait encore lui sortir quelque chose alors il ne fit qu'attraper son cellulaire et se connecta au wifi du centre pour regarder ses mails.

- Ça m'était complètement sorti de la tête – chuchota Henry

- De quoi ? – demanda Lucas, sans lever les yeux de son écran

Henry regarda les gens autour de lui. Ils étaient recouverts ou avaient une casquette. De plus, il pouvait sentir l'odeur d'écran total à des kilomètres.

- L'Australie a un trou dans la couche d'ozone.

Cette fois-ci, il obtenu l'attention de son assistant

- Quoi ?

Henry fit des gestes évidents

- Un trou dans la couche d'ozone. Ça veut dire que le soleil passe au travers et qu'il…

- Et qu'il nous brûle davantage – coupa Lucas – je sais doc. Je ne suis quand même pas si inculte. Ça explique tout alors. Ça explique pourquoi Jo a bronzé si vite la dernière fois qu'on s'est baladé.

Henry fit un petit sourire en coin

- Jo a une peau hâlée, peu importe, où elle est, elle prendra rapidement des couleurs.

Lucas savait qu'il avait raison. Elle avait au moins cette chance.

Et pendant que Lucas et Henry comparaient leurs coups de soleil, Jo et Hanson avaient passé la matinée à parler des différences entre leur station et celle australienne. Ils aimaient plaisanter en disant que dans le pays ils étaient vraiment trop chill et cool, alors qu'à New York, toutes les stations étaient constamment sur le qui-vive.

Pendant le déjeuner, les deux détectives se retrouvèrent dans le réfectoire où ils virent de nouveau Louise et Nicole en grande conversation. Ils restèrent près des deux femmes pour tenter d'écouter en faisant semblant de s'occuper de ce qu'il y avait dans leurs assiettes.

Jo était toujours celle bien placée pour avoir la meilleure vue sur les deux

- Nicole a continuellement l'air nerveuse. Enfin, elle a l'air plus reposée qu'hier déjà. J'imagine que l'autorité d'Henry sur les enfants a eu du bon.

Hanson avait du mal à imaginer le doc être vraiment très autoritaire avec les enfants. Il n'avait vraiment pas la tête pour. Ou sans doute parce qu'il avait été très doux avec les neveux de Jo et ses propres enfants. Il devait avoir ses propres méthodes et le connaissant, des méthodes assez dégoûtantes de sorte à faire rester les filles en place. Il avait du mal à croire que seul le coup de la tablette ait pu marcher, mais bon, il était Henry.

- Pour sa défense, elle a quand même beaucoup à faire. Entre couvrir, soit elle-même, soit ses amies ou ses collègues pour le meurtre de son mari et faire croire entre autres à un accident pour d'autres…

- Je serais nerveux aussi à sa place – répliqua Hanson.

Jo ne releva pas son commentaire à peine macho. Ne pas avoir Karen dans les pattes pendant un mois allait faire ressortir son côté bad boy si personne ne le redressait.

Pendant que Nicole écoutait à peine ce que Louise, qui effectivement devait avoir la langue bien pendue, Jo remarqua alors les bras de la blonde ! Elles ne les avaient pas encore découverts jusqu'à présent, mais les manches légèrement remontées laissaient entrevoir des hématomes qui avaient une vilaine couleur assez bleutée. Elle fronça des sourcils. Les deux bras en étaient recouverts. Ce n'était pas des tatouages et ce n'était pas quelque chose qu'elle aurait pu avoir en faisant la cuisine ou autre tâche ménagère, certainement pas.

Jo resta interdite. Se pourrait-il que ses deux gamines soient violentes à ce point ? Non, ce n'était pas possible. Un enfant n'aurait jamais la force de provoquer de tels hématomes. Ils étaient bien trop voyants.

Elle ouvrit la bouche, mais Nicole se leva et passa devant eux en les gratifiant d'un rapide sourire. Louise ne tarda pas à la suivre, mais leur chemin se sépara dans le hall.

Jo remarqua que Nicole se dirigea à l'extérieur. Il fallait qu'elle trouve une excuse et qu'elle puisse la faire parler.

- Qu'est ce qu'il y a ? – demanda Hanson qui avait bien remarqué le changement de sa partenaire

- Quelque chose me tracasse avec Nicole. Il faut que je lui touche deux mots et que je parvienne à la faire parler un petit peu pour qu'on avance. Sinon on va stagner.

- Qu'est-ce que tu as remarqué ? – demanda son collègue, paré à se lever quand la jeune fille prit son plateau pour aller le déposer

- Tu peux rester finir ton lunch ! C'est juste un détail, mais je voudrais m'en assurer. Je te revois tout à l'heure.

Elle quitta son collègue un peu trop précipitamment et rejoignit Nicole, qui était dehors, appuyée contre la pancarte du centre.

Elle avait l'air blasé et Jo fut surprise de la voir dans la position dans laquelle elle était.

- Vous fumez ? – demanda la détective, qui fit sursauter Nicole. Jo se disait qu'il n'en fallait pas beaucoup pour lui faire peur. Ses pas sur le gravier étaient pourtant sonores.

Nicole lui sourit et écrasa sa cigarette sous son pied

- Uniquement quand je suis stressée. C'est mauvais, je sais.

Jo haussa des épaules et s'appuya contre la pancarte à son tour

- J'ai fumé aussi dans ma vie. Une vraie petite rebelle que j'étais. J'ai voulu avoir l'air cool quand j'ai eu 16 ans. Je ne venais pas du quartier le plus charmant de Manhattan alors je me suis laissé entraîner… Je me suis calmé après quelques années.

C'est-à-dire, quand elle avait rencontré Sean. Sa mère n'avait jamais su qu'elle avait fumé sinon elle l'aurait descendue rapidement si elle l'avait surprise. Jo s'était toujours arrangé pour ne pas avoir l'odeur de cigarette sur elle lorsqu'elle rentrait.

Nicole se gratta les bras. Jo fit mine de rien

- Et le stress vous donne également ce genre d'eczéma, ma foi, spécial ?

Nicole se sentit mise à nue et recouvrit rapidement ses bras, comme si elle avait fait quelque chose de mal. Jo sembla comprendre quel était le problème.

- Ce n'est rien ! Mes enfants jouent de façon un peu brutale, par moment.

Le regard de Jo lui fit comprendre qu'elle ne la croyait pas le moins du monde. Jo fit comme si elle n'était pas au courant de la situation pour Ethan, ni qu'elle était désormais mère célibataire à élever ses enfants.

- Excusez-moi Nicole. Peut-être que ça ne me regarde pas, mais je doute que des enfants soient capables de faire tout ceci. Qu'en est-il de votre mari ? Est-ce qu'il « joue » de façon violente avec vous également ?

Jo vit qu'elle touchait la corde sensible. Des gouttes de sueur perlèrent rapidement le long du front de Nicole, comme si elle était traquée et qu'on allait rapidement l'envoyer dans un purgatoire.

Jo posa délicatement sa main sur son bras

- Je ne vais pas vous manger et si vous craignez que je parle à la police, je ne le ferais pas. Vous n'avez pas à vous inquiéter de ça.

Jo se trouva particulièrement ironique. Elle était la police et savait très bien quoi faire dans de telles situations. Même si pour le coup, la justice avait un peu été faite d'elle-même.

Nicole s'appuya de nouveau contre la pancarte et poussa un long soupir

- Le père de mes enfants est mort il y a peu. Je me dois d'élever mes filles toute seule et ce n'est pas toujours facile.

- Comment est-il mort, si ce n'est pas indiscret ?

Nicole joua nerveusement avec ses mains. Jo savait qu'elle allait raconter un énorme bobard, mais elle n'était pas là pour rentrer en jeu. Pas tout de suite. De toute façon, ce n'était pas à elle de le faire. Elle n'était pas non plus sur son territoire. Elle ne faisait qu'assister.

- Un accident de voiture. Mes filles ne sont pas encore au courant, mais votre petit ami, m'a conseillé de leur dire rapidement pour éviter qu'elles l'entendent de la bouche de quelqu'un d'autre.

Jo eut un petit sourire amoureux qui flotta sur ses lèvres. C'était tout Henry.

Elle remarqua que Nicole voulait continuer de parler. Jo regarda le banc et lui prit le bras.

- Nicole, comme je vous l'ai dit, je ne vais pas vous juger. Je vois bien qu'il y a autre chose. On peut discuter, on dirait que vous en avez besoin.

Nicole se sentit mise en confiance

- Vous êtes différente des Américains que j'ai croisés. Certains n'ont pas autant d'empathie.

Jo comprit bien qu'elle se référait à son mari, mais préféra se taire. Sa relation avec ce dernier devait être explosive, et ça dans le sens propre du terme.

Nicole suivit donc Jo sur le banc et elles discutèrent longuement.


Après la journée, Nicole adressa un petit sourire timide à la détective qui la regarda quitter le centre quand elle et Mike avaient terminé leur journée.

Ce dernier regarda son amie

- Jo ?

Elle ne répondit pas et resta perplexe à regarder Nicole, jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans son bolide. Hanson réitéra plus fort.

- Oh ! la Terre à Martinez !

Elle obtenu toute son attention et cligna rapidement des yeux

- Oui, quoi ?

- Qu'est-ce qui se passe ? Tu as à peine dit quelques mots après le déjeuner. Nicole, t'as dit quelque chose qui t'a perturbé ?

Jo revoyait sa discussion avec la blonde et se disait qu'il y avait pire qu'elle en termes de vie pourrie. Mais elle se rappelait également que pour l'instant, elle ne voulait rien avancer tant qu'elle n'avait pas de confirmation de quoi que ce soit. Et par confirmation, cela voulait dire… Attendre l'avis d'Henry.

- Il se pourrait que oui. Mais je ne veux pas tout dévoiler pour l'instant. J'avais déjà des doutes à cause de son comportement, mais nous avons besoin d'Henry… Il verra sûrement plus que nous et on pourra en parler ce soir.

Hanson se gratta le menton

- Tu ne crois pas, sans offense, que s'il avait voulu dire quelque chose, il nous l'aurait dit hier ? Henry remarque tout au premier coup d'œil alors si toi tu vas vu quelque chose qu'il n'a pas vu, c'est que son radar est un peu en panne.

Jo leva les yeux au ciel

- Mais non ! Henry était vraiment fatigué hier. Tu dois bien savoir ce que c'est de s'occuper d'enfants toute la journée. Bonus avec ces deux filles qui n'écoutent absolument rien et testent les adultes. Donc j'imagine qu'il avait d'autres priorités que d'essayer de comprendre ce qui se passe dans la vie de Nicole.

Elle s'arrêta et croisa ses bras, en s'appuyant contre les portes battantes du centre

- Mais je le connais. Je pense qu'il a aussi son idée, mais il attend un peu avant d'en faire part. On verra bien ce qu'il nous dit ce soir.

Elle se décolla de la porte et ils marchèrent jusqu'à la voiture où comme toujours, Parker semblait de trop bonne humeur. Jo n'arriverait jamais à se faire à cette joie sudienne. On voyait bien qu'il n'avait pas l'habitude du rush typiquement américain.

- Enfin – reprit Hanson – quoiqu'elle t'ait dit, ça a l'air de t'avoir pas mal occupé l'esprit.

Jo hocha la tête

- Cette femme ne l'a vraiment pas eu facile et je pensais que j'étais à plaindre.

###

Nicole avait retrouvé Henry et Lucas à l'école, comme la veille. Seulement, cette fois-ci, les filles coururent vers leur mère, mais en voyant les deux hommes, se calmèrent immédiatement et marchèrent de façon normale.

Henry demanda à Nicole

- Comment s'est passée la soirée après notre départ ?

- Pour la première fois… Dans le calme. Dès que vous êtes partis, je les ai sortis du bain et elles n'ont pas bronché. D'habitude, c'est un véritable calvaire pour les sortir. Elles ne veulent pas y entrer, mais une fois qu'elles sont dedans, elles ne veulent pas en sortir. Hier, elles sont allées au lit, sans faire de caprices ni rien casser dans la maison. Une première, depuis des années.

Elle s'épongea le front. Henry se disait que si le mari n'était pas là tous les soirs, Nicole n'avait jamais vraiment eu appris à avoir de l'autorité avec ses filles. Les enfants avaient besoin de se défouler, ce n'était pas une nouveauté, mais d'après Henry, Liz et Kelly avaient sans doute, un syndrome d'hyperactivité. Il ne voyait pas d'autres solutions. Pour lui, il était impensable que des enfants puissent être aussi insupportables… Mais après, il n'y connaissait rien à la nouvelle génération.

Les filles arrivèrent en baissant les yeux. Menacer de briser une tablette n'avait jamais été aussi efficace. Henry regrettait un peu que ce soit là le seul moyen de faire obéir, mais s'ils n'avaient pas d'autres choix alors il fallait faire avec.

Lucas ne pouvait pas cacher sa joie de voir que les filles étaient bien plus calmes que la veille et qu'elles ne semblaient pas les prendre de haut malgré leur taille de hobbit.

Elles marmonnèrent un rapide « bonjour » et chacun put repartir dans la voiture sans cris quelconques.

De retour à la maison, Lucas prépara une rapide collation pour les filles et comme la veille, elles ne tardèrent pas à se mettre à leurs devoirs.

Profitant du calme qui régnait dans la pièce, Nicole décida de se mettre à sa paperasse en s'installant au bar de sa cuisine et passant coup de fil sur coup de fils et entre-deux, Henry crut entendre une vague conversation avec Louise, encore.

Il murmura à Lucas

- On dirait que Nicole et Louise sont très proches. Elles travaillent ensemble et s'appellent quasiment H24.

- C'est un comportement suspect d'après vous ?

Henry haussa des épaules

- Je ne sais pas ! Je ne dis pas que des amis n'ont pas le droit de s'appeler, mais il est clair que dans leur cas, ça peut être suspect quand on sait la raison pour laquelle on est là.

Les devoirs des filles n'avaient pas duré. Leur mère tenait à ce qu'elles en fassent une partie même si les vacances commençaient officiellement le lendemain à midi. Elle profitait du fait qu'elles étaient calmes et obéissantes pour leur faire faire, elle n'était pas sûre qu'une fois Lucas et Henry partis, que cela allait s'étirer.

Kelly descendit de sa chaise et avança lentement vers Henry

- Est-ce qu'on peut aller jouer maintenant ?

Henry releva la tête vers Nicole qui était occupée sur son ordinateur portable.

- Nicole ! Qu'est-ce que vous en dites ?

Elle regarda ses filles et Lucas regarda l'extérieur. Une idée lui traversa. Les petits monstres semblaient tranquilles alors peut-être qu'il n'y aurait aucun mal à tenter.

- J'ai une meilleure idée en fait. Pourquoi est-ce qu'Henry et moi, on n'emmène pas les filles faire un petit tour sur la plage en bas ? À mon avis, elles ont besoin de courir un peu et se défouler.

Nicole vit le visage de ses progénitures s'illuminer comme un sapin de Noël. Elles attendaient la réponse avec impatience. Henry aurait plutôt souhaité rester dans la maison pour écouter une conversation importante. Mais il se disait que cela ferait beaucoup trop suspect également. Tant pis. Ils auraient d'autres occasions et cela ne faisait que quelques jours qu'ils étaient sur place. Ce n'était pas encore le bon moment d'agir.

Nicole leva les épaules

- Eh bien ma foi ! Si vous avez tous besoin de prendre un peu d'air marin, allez-y. Je vais commander de la nourriture chinoise, ça vous allégera le repas quand vous reviendrez. Vous n'avez pas à jouer les femmes de ménage tout le temps. Vous n'êtes pas là pour ça.

Henry se retint de dire le fond de sa pensée. Ils étaient sous couverture et dealer avec les enfants pour les besoins de l'enquête… Ils étaient bien là pour ça. Mais il valait mieux garder tout ceci pour eux, pour le moment.

En franchissant les portes, Henry prévint les filles

- Lucas et moi on vous amène vous balader pour que vous puissiez courir, jouer et vous libérer. Mais je vous préviens, au moindre débordement, nous rentrons et cette fois-ci, je ferais vraiment en sorte que votre mère ne vous redonne plus jamais votre tablette tactile. Est-ce que c'est clair ?

Les deux petites hochèrent lentement la tête et marchèrent doucement devant les deux hommes. Lucas gloussa.

- Vous aviez raison ! Parfois, vous êtes le papa strict.

Henry esquissa l'ombre d'un sourire

- Je suis certain que Jo m'aurait suivie sur ce coup.

- N'importe qui pourrait vous suivre, je pense. Ces deux-là sont juste des calamités.

Ils descendirent les longs escaliers et se retrouvèrent sur la plage de sable blanc. La petite brise automnale se levait et bientôt il ne serait sans doute plus possible de se baigner.

Rien qu'en retirant leurs chaussures et marchant un peu dans l'écume des vagues, Henry et Lucas purent constater que l'eau n'était plus très chaude à cette heure-ci. Mais enfin, en connaissance de cause, Henry pouvait dire que cela n'avait définitivement rien à voir avec l'eau gelée du East River.

Les deux petites couraient et riaient aux éclats, avec le vent soufflant dans leurs boucles blondes, en s'éclaboussant dès qu'elles mettaient les pieds dans l'écume. Henry veillait au grain, car les courants pouvaient être traîtres de ce côté-ci.

Il n'y avait pas de barrière de corail et avec le vent qui se levait, il voyait les vagues s'agiter et s'écraser un peu plus rapidement sur la plage.

Henry entendait presque l'écho de ses petites sœurs en les regardant. Blondes, très actives même si vraiment démoniaques à côté de la sagesse d'Elizabeth et Margaret.

Il avait eu des moments où il les avait emmenées sur une des plages en Angleterre. Elles prenaient toujours beaucoup de plaisir à respirer l'air marin, que ce soit en été ou en hiver.

Henry avait vraiment passé beaucoup plus de temps avec ses sœurs que leur père ne l'avait fait.

Puis une autre vision lui passa devant les yeux, quand ils atteignirent une petite crique avec des rochers dont une ouverture se faisait à l'intérieur et que beaucoup de personnes, des couples ou autres devaient venir s'y installer pour se reposer et regarder les vagues s'abattre sur le rivage, pour un moment apaisant.

Il reconnaissait cet endroit. À l'époque, la mer était bien plus loin et les rochers n'étaient pas dans l'eau. Désormais, le réchauffement climatique faisait des ravages, mais il était déjà venu dans le coin et la vision des filles qui couraient pour se cacher entre les fentes de rochers lui rappela…

- Lucas, viens jouer avec nous à cache-cache

L'éclat de voix de Liz le fit sursauter et il vit la tête blasée de son assistant. Il dissimula un rire.

- Vas-y, pour une fois qu'elles ne veulent tuer personne – assura Henry – ça va sans doute te rappeler des souvenirs

Lucas souffla

- Ou bien elles vont en profiter pour planifier leurs prochains crimes justement. Bon sang, j'aurais vraiment aimé être à la place de Jo et Hanson par moment.

Henry se pinça fortement les lèvres. Lucas n'était vraiment pas prêt à avoir des enfants et ferait sans doute en sorte de ne jamais avoir d'accident avec sa prochaine copine.

Lucas avança à pas de loups vers les filles et leur dit

- Je vais compter jusqu'à 20 et vous allez vous cacher. Vous avez intérêt à ne pas aller trop loin !

La crique était remplie de rochers et il y avait diverses cachettes pour que les petites puissent trouver leur compte. Henry décida de s'installer dans la première ouverture qu'il avait vu et qui lui avait fait passé cette vision devant ses yeux.

Le soleil baissait quand la partie de cache-cache de Lucas et les jumelles se termina et qu'elles revenaient en courant vers Henry, le teint un peu rougi et des gouttes de sueur perlant sur leur front.

Une bonne douche ne leur ferait sans doute pas de mal, une fois qu'elles seraient rentrées.

Henry fit signe à tout ce petit monde de s'asseoir. Lucas regarda tout autour d'eux sur la plage et remarqua une petite buvette.

- Je vais chercher des bouteilles d'eau. Les filles ont soif et moi aussi.

Henry fit un signe de tête et attrapa une petite serviette pour éponger le visage des filles, dont la respiration était courte. Elles avaient dû en faire des bonds pour échapper à Lucas, plus tôt.

Liz se frotta grandement les yeux et bailla à s'en décrocher la mâchoire. Sa sœur ne tarda pas à les suivre.

Marcher sur la plage avait été définitivement une bonne idée. Au moins, elles s'endormiraient rapidement ce soir.

Quand elles ne bougeaient pas, elles pouvaient être calmes. Mais si leur comportement était ainsi, cela venait forcément de l'influence qu'elles avaient. Et ce n'était pas forcément à l'école.

D'un air subtil, Henry commença à poser des questions aux filles. Il savait qu'elles n'étaient que des enfants et qu'elles ne comprenaient pas tout, mais elles semblaient assez intelligentes pour comprendre certaines choses essentielles.

- Les filles ! Je sais que vous êtes encore petites et j'aimerais que vous profitiez au maximum de votre innocence, mais j'aimerais vous poser quelques questions.

Les petites filles regardèrent Henry avec une grande attention. Naturellement, depuis la menace de vendre ou briser la tablette, elles ne voulaient pas plus le froisser.

Henry ne voulait pas sous-entendre que leur père était mort alors il allait y aller en douceur

- Comment est votre papa ?

Elles se regardèrent d'un air curieux en se demandant pourquoi il demandait une telle chose, mais elles ne se méfièrent de rien

- Il est super cool – répondit Kelly

- Il nous fait rire et il fait toujours l'avion avec nous. Il joue aussi à la bagarre. Il ramène toujours plein de cadeaux pour nous et maman quand il revient de ses voyages.

Henry écoutait attentivement. Ce comportement était digne de quelqu'un qui… Kelly tout excitée de partager l'amour qu'elle avait pour son père se leva et commença à énumérer toutes les activités qu'elles faisaient avec lui.

- Il nous a appris à nager et quand il est à la maison, on joue au ballon sur la plage avec lui.

- Il nous emmène à la fête foraine aussi – continua Liz – il nous fait gagner des nounours et plein de jouets. Papa c'est le meilleur.

Elles taraient beaucoup d'éloges de leur père. Enfin, quel enfant ne le ferait pas ? Il continua, en tentant d'être toujours subtil.

- Et est-ce qu'il aime beaucoup votre maman ?

Il y eut un long silence et les filles ne semblaient pas savoir quoi répondre. Kelly plus bavarde que sa sœur en parla

- Il aime maman, mais je crois qu'ils font semblant quand on est là.

Henry haussa des sourcils

- Comment ça ?

Liz secoua la main de sa sœur, mais cette dernière continua

- Parfois… Ils crient beaucoup. Très fort. C'est pas grave. Je crois qu'ils jouent !

- Pour ça qu'on joue pareil, Kelly et moi. Maman et papa nous montrent comment faire.

Les yeux d'Henry s'écarquillèrent en gros. Il n'en croyait pas ses oreilles. Comment on pouvait faire croire à ses enfants qu'on...

Lucas revint avec les bouteilles d'eau, avec un air un peu plus jovial que tout ce qu'Henry avait pu voir depuis qu'ils travaillaient pour Nicole.

Le légiste fit un petit sourire en coin. Lucas allait se prendre d'amitié pour les deux filles, il n'y avait pas de doute.

Elles pouvaient être attachantes ces gamines, quand elles n'étaient pas incarnées en diable.

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De retour à la maison, Nicole était debout près du comptoir, en train d'arranger les boîtes de bouffe chinoise pour tout le monde.

Kelly se rua sur elle, en grimpant sur un tabouret. Nicole sursauta et hurla de peur avant d'attraper les mains de sa fille.

- Maman ! C'était tellement cool dehors ! On s'est bien amusées.

Le teint de Nicole était rouge et c'est à ce moment qu'Henry remarqua le nombre d'hématomes sur les bras de la jeune femme. Ils étaient bien trop gros pour avoir été provoqués par les enfants, même si elles étaient des brutes en puissance.

La réaction de Nicole qui s'en suivit, lui confirma ce qu'il redoutait déjà.

- Kelly ! Lâche-moi s'il te plaît. Tu m'étrangles. Kelly, ça me fait mal. Descends !

Elle avait haussé la voix comme jamais et la petite la relâcha avant de la regarder d'une drôle de façon. Henry remarqua également des griffures et des taches rougeâtres autour du cou de Nicole. Bien sûr, ce n'était pas la poigne de Kelly qui venait de les faire sortir.

Il s'agissait plutôt d'une main d'homme qui s'était enroulée autour de son cou et l'avait étranglé pendant quelques minutes.

Cela aurait pu être un jeu sado masochiste, mais avoir discuté avec Molly dans le temps, elle lui avait expliqué que jamais il ne devait ressortir de telles cicatrices ou hématomes. Si tel était le cas, c'est que le jeu était mal fait et que l'un des deux prenait un peu trop un plaisir proche de la psychose.

Alors Henry comprit. Tout devint clair. Et il n'était sans doute pas le seul à l'avoir remarqué.

Cette femme était bien trop malheureuse et désormais, on pouvait dire que son cauchemar se terminait. Quelqu'un lui avait rendu service et elle ne faisait que protéger cette personne pour que la justice soit correctement faite vis-à-vis d'un homme qui ne lui avait apporté que des problèmes, au point d'en influencer ses enfants.

Lucas remarqua bien le changement dans le regard d'Henry. Il le connaissait suffisamment bien maintenant pour savoir lorsqu'il venait de remarquer quelque chose en particulier.

Henry lui fit comprendre qu'il lui en parlerait sur le chemin du retour.


Author's note: la blague du M&Ms, je n'ai vraiment pas pu m'en empêcher et j'ai bien rigolé à imaginer la tête d'Henry et Jo, à deux doigts de tuer Lucas pour les avoir fait sursauté ainsi ;).

Parmi les trois histoires de cette enquête, je pense que c'est bien celle-ci qui s'inspire le plus de la série Big Little lies, il me fallait à tout prix un fil rouge pour lancer le reste, bien que les suivantes s'inspirent également mais ce n'est qu'un détail.

L'Australie a bien un trou dans la couche d'Ozone lol, et les coups de soleil doivent faire mal là bas