Cela faisait maintenant une bonne heure que Tris faisait les cents pas dans la chambre de Tobias. Matthew était passé la voir et elle lui avait raconté ce qu'il s'était passé. Il lui confirma alors qu'il allait mettre un avis de recherche sur la tête de David et qu'il ne s'en sortirait pas. Tris, n'étant pas vraiment concentrée sur ce sujet, acquiesça puis le jeune homme repartit pour organiser la chasse à l'homme. Tris, elle, s'assit par terre dans la chambre de Tobias puis elle vit la porte s'ouvrir et le brancardier, ainsi que le médecin, entrèrent en poussant le lit de son homme qu'ils réinstallèrent. Elle se leva et le regarda, constatant qu'il n'avait plus de tube dans la gorge. Elle se rapprocha lentement, se demandant si elle n'était pas en train de rêver.

- Madame Prior ? dit le médecin.

- Oui, dit-elle en sursautant. Il respire seul ?

- En effet.

- Mais pourquoi les alarmes se sont enclenchées ? J'ai cru qu'il faisait une attaque.

- En réalité, son corps reprend doucement le dessus et de par le fait, lorsqu'il a compris qu'il y avait un corps étranger dans sa trachée, il a réagi. Nous l'avons donc extubé.

- Vous êtes en train de me dire qu'il va se réveiller ?

- Auparavant, il était dans un coma sévère, autrement dit, il ne réagissait à aucuns stimuli et ne parvenait pas à respirer seul. Actuellement il est en coma léger.

Le médecin, plutôt que de lui expliquer en quoi cela consistait, se rapprocha de Tobias et avec son poing fermé, il frotta le long du torse du jeune homme qui plissa les yeux mais les garda tout de même fermés.

- Il réagit à la douleur. Il va certainement ouvrir les yeux d'ici peu mais il ne sera pas encore en mesure de communiquer. Il faut bien comprendre que ce genre de cas est exceptionnel. Se réveiller après plusieurs mois de coma est peu commun. Pour tout vous dire, nous doutions qu'il puisse se réveiller un jour mais il nous a prouvé que nous avions tort.

- C'est un battant.

- En effet. Nous avons fait une batterie d'examens et tout nous montre qu'il ne va pas tarder à reprendre connaissance. Alors ce sera peut-être dans quelques jours, une semaine ou deux, mais il est sur la bonne voie.

- Merci docteur !

Le médecin lui sourit puis il sortit. Tris observa Tobias car cela faisait plusieurs mois qu'elle n'avait pas vu son visage sans le respirateur relié à sa trachée. Elle posa sa main sur les joues de son homme et ferma les yeux, profitant de ce moment, pensant qu'il avait encore une fois prouvé à quel point il était fort. Maintenant qu'il n'avait plus cet appareil, la jeune femme en profita pour s'allonger à ses côtés et le serra fort dans ses bras lorsqu'elle l'entendit soupirer, comme s'il aimait qu'elle soit contre lui, ce qui la fit sourire.

Le lendemain matin, la jeune femme attendit que l'infirmière ait fini son contrôle puis elle réalisa les mouvements de kiné passive pour stimuler les muscles des jambes et des bras de Tobias. Elle savait qu'il allait bientôt se réveiller et qu'il aurait du mal à supporter que son corps ne lui obéisse pas tout de suite. Le médecin l'avait prévenu qu'il ne récupèrerait pas ses capacités musculaires dans l'immédiat et qu'il devrait être patient, ce qui n'était pas forcément le meilleur adjectif pour décrire Tobias ! Mais même s'il serait grincheux, il serait réveillé et en vie ! Alors elle se moquait un peu de devoir supporter ses humeurs mais elle serait là pour lui à chaque étape donc en attendant, elle faisait ces exercices pour lui.

En fin de matinée, une fois que les infirmières l'eurent aidé à lui faire sa toilette, elle envoya un message à Evelyn pour la prévenir de l'évolution de l'état de santé de son fils. Même si elles étaient loin d'être les meilleures amies du monde, chacune avait compris qu'elles devaient faire front pour aider Tobias à revenir parmi eux. Alors elles étaient rarement ensemble dans la chambre mais elle se devait de la tenir au courant pour maintenir cette cordialité qui s'était installée. Une fois qu'elle eut répondu à toutes ses questions par sms, elle s'installa sur le fauteuil qu'elle rapprocha au maximum du lit puis sortit des dossiers qu'elle devait terminer pour son travail. Elle se servit du lit comme bureau ce qui lui permettait de travailler tout en ayant toujours sa main sur celle de Tobias. Au bout d'un moment, elle souffla et ferma les yeux, fatiguée de ces dossiers quand elle sentit une pression sur sa main. Aussitôt, elle ouvrit les yeux et se demanda si elle n'avait pas rêvé.

- Mon cœur, c'est moi. Si tu m'entends, tu peux me serrer la main ?

Après une poignée de secondes, elle sentit la main de Tobias faire à nouveau une légère pression sur la sienne. Tris ne put s'empêcher de pleurer de joie, il allait enfin revenir vers elle après tous ces mois ! Elle était en manque de lui et savoir qu'il serait là pour la naissance de leur enfant, la remplit de bonheur ! Elle sentit alors des coups venant du bébé. Elle prit la main de Tobias et la posa sur son ventre. Le bébé réagit aussitôt à ce contact et donna un autre coup.

- Oui bébé, papa va être bientôt avec nous, ne t'inquiète pas !

Dans l'après-midi, alors que Tris s'était assoupie dans le fauteuil, Evelyn entra et sourit de voir que son fils pouvait enfin respirer seul. Elle s'approcha alors du lit et prit la main de son fils lorsqu'elle le vit ouvrir les yeux. Elle ne bougea pas, comme pétrifiée quand elle le vit tourner la tête vers elle. Malgré le fait qu'il ait ouvert les yeux, elle ne voyait aucune émotion y transparaitre.

- Tris ?

- Oui, quoi ? dit-elle en sursautant légèrement.

- Regarde.

- Oh mon dieu, continua-t-elle. Tobias, mon cœur ?

- Il ne réagit pas, c'est normal ?

- Le médecin a dit qu'il allait prendre son temps pour s'éveiller. Il revient progressivement.

- Lorsqu'il était enfant, il avait l'habitude de faire semblant de dormir lorsque je venais le réveiller. Il ne faisait cela que lorsque Marcus n'était pas là. Il savait que cela m'amusait car je finissais toujours par le réveiller avec des chatouilles.

- Tobias, chatouilleux ? C'est une première, ça.

- Il l'était à l'époque. J'imagine qu'il a vite perdu cette manie après mon… départ.

- Je sais qu'il n'est pas du genre « tactile » et je comprends pourquoi mais ça me fait drôle d'imaginer Tobias, enfant, avec des insouciances innocentes que cet âge vous procure.

- C'était un enfant joyeux mais je pense qu'il ne s'en rappelle pas. Moi oui. Lorsque je l'ai eu, j'étais très jeune et bien évidemment pas prête à cela. Marcus s'en est aperçu immédiatement et a profité de cette brèche pour s'y immiscer. Il m'a persuadée que le rôle de mère n'était pas pour moi. Malgré cela, j'ai vu Tobias grandir et j'ai appris à aimer mon fils mais la pression de Marcus était trop forte et j'étais trop faible.

- Evelyn, vous n'avez pas à me dire cela si c'est trop dur pour vous.

- C'est ton côté altruiste qui ressort ? dit-elle en souriant.

- Vous l'avez dit à Tobias ?

- Je n'en ai pas eu le temps. Lorsqu'il est venu me chercher à Chicago, il m'a dit qu'il voulait qu'on apprenne à se connaître à nouveau mais à son rythme et puis il a fini dans cette chambre avant qu'on ait pu recommencer à avoir une relation mère/fils. J'aimerais revenir en arrière et dire à la jeune Evelyn qui venait d'être maman qu'elle serait capable de s'occuper de son fils même si elle était jeune.

- Je ne vous cache pas que je suis contente qu'il se réveille pour être là pour notre bébé, dit-elle en caressant son ventre.

- Tu es forte Tris, tu aurais tenu le coup de toute façon.

- Vous l'êtes aussi.

- J'ai appris à le devenir mais chez toi c'est inné. C'est ton côté audacieux je présume.

Les deux femmes sourirent puis regardèrent Tobias qui avait fini par refermer ses yeux. Tris devait admettre que depuis qu'Evelyn avait appris sa grossesse, elle était bien plus amicale, moins menaçante dans ses regards et ses gestes. La jeune femme ne lui faisait pas encore confiance mais elle appréciait ce changement de comportement. Actuellement, elle avait bien assez à faire avec l'état de Tobias et le sien donc cela faisait un problème de moins à gérer !

Dans l'après-midi, elles recommencèrent les exercices de kiné et constatèrent que lors de certains mouvements, quelques muscles de Tobias se contractèrent.

Les signes de réveil se multiplièrent les jours suivants. Tris avait décidé de rester à ses côtés et travaillait ses dossiers dans la chambre de Tobias. Elle était en train de lire le rapport de la dernière réunion lorsqu'elle entendit Tobias gémir. Elle reporta immédiatement son attention sur lui et vit qu'il tentait d'ouvrir les yeux.

- Hey Tobias, c'est bien, continue ! Il est temps d'ouvrir les yeux maintenant.

Elle vit qu'il réagit à sa voix puisqu'il tourna la tête vers elle et à force de persévérance, elle finit par apercevoir ses beaux yeux bleus. Il ne parlait pas mais son regard était bien présent contrairement aux jours précédents où il était absent bien qu'il la suivait quand elle lui parlait et qu'il l'observait. Non, là c'était autre chose, là elle avait récupéré son Tobias qui était bel et bien réveillé ! Tris appuya immédiatement sur le bouton d'appel et le médecin arriva quelques instants plus tard.

- Il est réveillé cette fois-ci ! dit-elle au médecin.

- On va voir ça. Vous pouvez attendre dehors s'il vous plait ?

Bien sûr qu'elle ne voulait pas attendre dehors ! Cela faisait des mois qu'elle voulait revoir les yeux de l'amour de sa vie mais elle réfléchit ensuite, comprenant qu'elle devait le laisser faire son travail. Elle accepta, fit glisser la porte vitrée et les observa de l'autre côté. Le médecin vérifia les réflexes de Tobias, lui demanda de serrer sa main droite puis sa gauche, d'essayer de lever les bras puis il prit un stylo et les passa sous les plantes de pieds de son patient qui réagit lentement aux stimuli. Le médecin sembla content des résultats puis Tris vit qu'il s'assit face à Tobias et qu'il lui parla longuement. Son homme sembla écouter mais il paraissait confus, ce que comprit rapidement le docteur. Il lui sourit puis retourna vers Tris. Il sortit de la chambre et lui fit face :

- Il est bien réveillé mais il a encore du mal à communiquer. Je lui ai expliqué les blessures et le coma duquel il vient de sortir. Je pense qu'il a bien compris mais la confusion est normale au début. Nous allons le surveiller et je pense que d'ici demain, ça devrait aller mieux. Il risque de beaucoup dormir, c'est normal. Tout est en train de se remettre en place dans sa tête et c'est épuisant donc ne le surmenez pas, ok ?

- Ça fait des mois que j'attends qu'il se réveille, je ne suis pas à un jour près ! Je peux retourner auprès de lui ?

- Oui mais encore une fois, laissez-le revenir à lui, évitez les grandes marques d'affection, ça pourrait le perturber.

- Très bien, merci.

La jeune femme retourna donc dans la chambre de son homme et s'aperçut qu'il s'était rendormi. Elle constata qu'il était déjà tard et décida de ne prévenir Evelyn que le lendemain afin qu'il n'ait pas trop de monde dans sa chambre. Elle avait bien compris que cela pourrait le rendre encore plus confus et elle ne voulait surtout pas que son réveil soit perturbant. Elle voulait lui laisser le temps de revenir doucement à lui. Elle se mit donc confortablement dans le fauteuil à proximité du lit et posa sa main sur celle de Tobias. Elle savait que le médecin lui avait demandé d'éviter les gestes d'affection mais elle avait besoin de sentir la chaleur de sa peau, comme pour s'assurer qu'il ne partirait plus, qu'il ne l'abandonnerait pas. Elle finit par s'endormir, le cœur léger.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux le lendemain matin, elle vit qu'il l'observait. Elle retira sa main et lui sourit.

- Bonjour Tobias, dit-elle en lui souriant.

Elle vit qu'il voulait répondre mais rien ne sortait.

- Inutile de forcer, soit patient.

Tris vit qu'il comprit qu'il n'avait pas le choix et se résigna en baissant les yeux. Elle se perdit dans son regard mais ce qu'elle vit la perturba. D'habitude, elle voyait de l'amour, de l'envie, de la passion dans ses yeux mais là elle n'y voyait que de la confusion et cela la troubla au plus haut point puis elle y réfléchit. Si elle, était confuse, que cela devait-il être pour lui ! Elle fit mine de ne pas y prêter attention quand l'infirmière entra.

- Alors j'ai entendu la nouvelle, dit Kate. Notre grand malade est réveillé !

- En effet.

- Je dois vérifier ses constantes.

- Vas-y, en attendant j'emprunte la salle de bain.

Pendant que l'infirmière s'occupa de Tobias, Tris alla se rafraichir. Elle se passa une lingette sur le visage quand elle entendit l'infirmière lui parler.

- Bonjour Tobias. Je suis Kate, votre infirmière. Ça fait un petit moment que je m'occupe de vous maintenant et ça fait vraiment plaisir de voir la belle couleur de vos yeux !

- Kate ? dit-il.

- Oui, c'est ça. Le médecin a dit qu'on pouvait tenter un petit déjeuner alors je vais vous apporter ça.

Entendre sa voix depuis tant de semaines bouleversa Tris. Elle pleura de joie en entendant le seul mot qu'il put prononcer mais cela lui suffit dans l'immédiat. Elle resta un instant puis s'essuya les yeux, se changea et retourna dans la chambre. Au même moment, l'infirmière entra dans la chambre avec un plateau.

- On va commencer doucement avec un fromage et une compote, dit Kate. J'imagine que tu veux lui donner car il ne va pas pouvoir le faire seul.

- Bien sûr.

- Je vous ai apporté du thé et quelques tartines pour toi. Tu peux lui en faire boire, la chaleur devrait faire du bien à ses cordes vocales.

- Merci Kate, c'est très gentil.

L'infirmière repartit aussitôt pour s'occuper de ses autres patients alors que Tris s'installa sur le fauteuil à côté du lit et ouvrit la compote. Elle saisit la cuillère, prit une portion et lui proposa. Il ouvrit la bouche et se laissa faire docilement. Lorsqu'elle ouvrit l'emballage du fromage, elle le découpa en petits morceaux puis les lui proposa toujours aussi doucement. Elle vit qu'il était encore un peu confus mais elle observa aussi qu'il appréciait ces petits plaisirs. Elle lui offrit alors du thé, qu'il accepta en hochant la tête. Tris en mit dans un gobelet puis souffla pour ne pas qu'il se brûle puis elle l'aida à le boire, le voyant fermer les yeux puisque le liquide chaud lui détendit en effet sa trachée endolorie. Tris prit son petit déjeuner et s'apprêta à rapporter le plateau quand elle vit qu'il s'était rendormi. Elle en profita alors pour appeler Evelyn et lui expliquer la situation. Cette dernière la prévint qu'elle se préparait pour être là dès que possible. Elle appela et réveilla même certains de leurs amis pour leur annoncer la grande nouvelle. Elle leur demanda cependant de ne pas venir dans l'immédiat tant qu'il ne serait pas complètement conscient de son réveil. Une fois toutes ces émotions terminées, elle retourna dans la chambre de Tobias et attendit patiemment qu'il se réveille.

Le médecin entra une heure plus tard dans la chambre pour faire le bilan neurologique du jeune homme ce qui, forcément, le réveilla. Tris, comme la veille, comprit qu'elle devait attendre dehors et sortit avant même que le médecin ne lui propose. Elle le vit faire les mêmes examens et l'interroger à nouveau. Elle constata que Tobias commençait à parler au médecin et était quelque peu jalouse qu'il lui parle et pas à elle mais elle décida de ne pas lui en tenir rigueur. L'attente commença à être longue quand elle vit le médecin, songeur, venir vers elle.

- Il y a un problème ?

- Ses tests physiques sont bons mais nous devons faire d'autres examens.

- Pourquoi ?

- Et bien il semble être plus confus que prévu. Il commence à s'exprimer et cherche encore un peu ses mots mais…

- Mais quoi ?!

- Il semble avoir de gros problèmes de mémoires.

- Bon écoutez docteur, arrêtez de tourner autour du pot, c'est fatiguant ! Que voulez-vous dire ?

- Je lui ai demandé de quoi il se rappelait avant de se réveiller ici et il m'a annoncé qu'il s'était endormi dans sa chambre.

- Dans sa chambre ?

- Oui, il m'a dit qu'il était dans une chambre aux murs gris où seule une petite sculpture bleue apportait un peu de couleur à la pièce.

- Mais comment…

- Je lui ai demandé quel âge il avait et il m'a répondu qu'il venait d'avoir seize ans et qu'il allait très bientôt devoir choisir à quelle faction il allait appartenir.

- Comment ? dit-elle, effarée.

- C'est pour ça que je vous ai dit que nous devons faire plus d'examens.

- Il ne se souvient pas de moi, continua-t-elle, presque à elle-même.

- Je ne pense pas. C'est pourquoi j'ai besoin que vous jouiez le jeu.

- Pardon ? répondit-elle, choquée.

- Si on lui donne trop d'informations d'un coup, il va faire un blocage et cela risque d'être encore plus compliqué. Je sais que je vous demande beaucoup mais c'est vraiment pour son bien.

Tris hocha la tête lui faisant comprendre qu'elle coopèrerait mais intérieurement, elle était dévastée. Le médecin la prévint qu'il reviendrait d'ici peu pour l'emmener faire un scanner puis la laissa. Elle le regarda à travers la porte vitrée mais elle ne pouvait pas s'écrouler ici et maintenant, elle devait paraître forte devant lui afin de ne pas éveiller des soupçons. Elle respira alors un grand coup et entra. Elle se rapprocha de lui et s'assit à nouveau sur le fauteuil. Dès qu'elle était entrée, il ne l'avait pas lâchée du regard.

- Hey Tobias, le médecin m'a dit que tout va bien. D'ici peu tu pourras toi-même prendre ton petit déjeuner seul.

- Je… Excusez-moi mais vous semblez très gentille avec… moi. Est-ce qu'on se connaît ?