Merci pour les reviews !

Ceux qui ont lu les livres constateront que je continue d'y faire allusion !


Un mois plus tard, Tobias avait bien progressé pour récupérer sa masse musculaire. Il était indépendant pour ses membres supérieurs cependant, il se déplaçait encore avec des béquilles, la convalescence étant plus longue pour ses jambes. Tris voyait bien que cela agaçait prodigieusement son homme mais il n'avait pas le choix et elle devait même parfois le ménager car il voulait à tout prix être à nouveau entièrement valide. Il supportait mal de devoir dépendre des autres pour les gestes du quotidien. Le médecin avait parlé, aux vues de ses progrès, d'une éventuelle sortie de l'hôpital. Dès lors, Tris avait fait le nécessaire pour se renseigner afin d'obtenir un logement sur Chicago mais n'en avait pas parlé à Tobias, voulant lui faire la surprise. Ce soir-là, elle arriva tard, le travail l'ayant retenu avec des réunions qui n'en finissaient pas mais elle avait promis à Tobias de venir le voir et diner avec lui donc elle avait récupéré le repas puis était venue dès qu'elle avait pu se libérer. Lorsqu'elle approcha de la chambre, elle vit à travers la porte vitrée qu'il était endormi. Elle s'arrêta un bref instant, l'observant, quand l'infirmière Kate l'aborda :

- La journée a été compliquée pour lui, commença-t-elle.

- Que veux-tu dire ?

- Il veut aller plus vite que la musique ! C'est un éternel impatient qui ne comprend pas pourquoi il ne peut pas encore tenir seul debout. Il a passé la journée à la salle de rééducation malgré le désaccord du kiné. Il a un sacré caractère.

- En effet, répondit Tris, le sourire aux lèvres.

- Il a une volonté de fer ! En général, il faut aux patients plusieurs mois pour en être là où il en est aujourd'hui. Du coup, dès qu'il est sorti de la douche, il s'est allongé et s'est endormi.

- Dans ce cas, je ne vais pas rester longtemps, termina Tris. Merci Kate.

La jeune femme entra alors dans la pièce et s'assit sur le fauteuil comme elle l'avait fait tant de fois ces derniers mois, même si elle savait maintenant qu'il n'était plus dans le coma mais ces temps sombres lui revenaient inlassablement en mémoire quand elle se retrouvait là et qu'il n'était pas conscient. Elle attendit une demi-heure, le temps de consulter quelques mails quand elle vit qu'il avait à nouveau le sommeil agité. Elle pensa à ce moment que Marcus devait être encore le bourreau de son cauchemar mais ce qu'elle entendit la perturba. Il chuchotait des paroles :

- Nos lois nous autorisent à t'exécuter… Pourquoi ? … Il n'y aura pas de culpabilité…

Tris écouta attentivement ce qu'il disait. Sa voix était ferme et posée mais elle reconnut ces paroles subitement.

- Eric, sois courageux.

Soudain, Tobias se réveilla en sursaut, en nage, le souffle court, le regard affolé quand il finit par apercevoir Tris, assise sur le fauteuil à côté du lit. Il n'arrivait pas à ralentir sa respiration, ce que comprit tout de suite la jeune femme. Elle s'assit à ses côtés et posa ses mains sur celles de Tobias :

- Tobias, tout va bien, c'est fini, tu as dû faire un cauchemar.

- Ça semblait si réel, répondit-il en calmant sa respiration.

- Tu veux m'en parler ?

- Il y avait un homme, assit sur une chaise, visiblement blessé et je le visais avec une arme puis je l'ai tué sans aucune forme de remords, continua-t-il en passant une main sur son visage. Quel cauchemar !

- Ça n'en était pas un, réagit Tris, sur la retenue.

- Que veux-tu dire ?

- C'était un souvenir.

- Attends, tu veux dire que j'ai tué quelqu'un ? Il était blessé et je l'ai exécuté ! dit Tobias, paniqué. Oh mon dieu…

- Eric n'était pas un innocent ! Il a provoqué un certain nombre de morts chez les Altruistes !

- Tris, je lui ai tiré une balle dans la tête !

- Si Eric est mort, c'est à cause des actes qu'il a commis. Il méritait ce qui lui est arrivé.

- Qui sommes-nous pour juger qui a le droit de vivre ou mourir ?

- Ce sont les règles des Audacieux. Quand tu as rejoint cette faction, tu t'es soumis à leur mode de vie et leurs règles, tout comme moi. Cet homme était vil et cruel. Tu n'as pas à t'en vouloir pour ce que tu as fait. Moi-même, je l'aurais fait si j'en avais eu l'occasion. D'ailleurs, s'il était blessé, c'était à cause de moi.

- Toi ? demanda-t-il, surpris.

- Je ne suis pas une petite chose fragile.

- Ce n'est pas comme ça que je t'aurai décrite, dit-il en souriant. J'ai une question à te poser.

- Je t'écoute.

- Est-ce que je t'ai déjà fait du mal ?

- Pourquoi me demandes-tu cela ?

- Tu n'as pas répondu à ma question.

- Ce n'est pas si simple.

- Grand dieu, la réponse est donc oui. Comment peux-tu encore être à mes côtés si je t'ai fait du mal ?

- Tu n'étais pas toi-même quand c'est arrivé.

- Je suis devenu ce que je craignais le plus… ajouta-t-il, confus.

- De quoi parles-tu ?

- Je suis devenu… lui, répondit-il, troublé.

- Qui ?

- Marcus, termina-t-il en la regardant dans les yeux, horrifié.

- Tobias, je veux que tu m'écoutes attentivement, commença-t-elle en posant ses mains sur le visage du jeune homme pour l'obliger à la regarder. Tu ne ressembles en aucun cas à Marcus. Depuis que je te connais, je n'ai jamais vu de cruauté ni de violence gratuite venant de toi.

- Et pourtant tu viens de me dire que tuer n'est pas un problème pour moi.

- Je n'ai pas dit ça, continua-t-elle en rompant le contact. Tu ne supportes pas de tuer des innocents, contrairement à un grand nombre d'Audacieux. Cela est même une de tes quatre peurs !

- Quatre peurs ?

- Et bien lorsque tu es initié chez les Audacieux, tu dois traverser ton paysage des peurs grâce à un sérum. Et toi, tu en as quatre, un record dans cette faction.

- Quelles sont-elles ?

- Oh et bien tu as le vertige, tu es claustrophobe, tu ne supportes pas de tuer des innocents et la dernière concerne… Marcus.

- Et c'est un record, tu dis ?

- Oui, en moyenne on en a dix à quinze. C'est d'ailleurs ce qui t'a valu ton surnom.

- Lequel ?

- Tu risques d'entendre tes amis t'appeler Quatre. A vrai dire, il n'y a que moi qui t'appelle Tobias. Les autres, même s'ils connaissent ta véritable identité, continuent de t'appeler Quatre. La force de l'habitude, j'imagine.

- J'aime bien l'idée que les autres ne me voient pas comme Tobias Eaton, le fils battu du leader des Altruistes.

- Ce n'est pas non plus comme ça que je te voie et pourtant j'adore t'appeler Tobias, même si c'est toi qui me l'a demandé.

- Ah oui ? Quand ça exactement ?

Tris ne savait pas quoi répondre puisque c'était le jour de leur premier baiser qu'il le lui avait demandé. Elle chercha un moyen de lui donner une réponse sans lui avouer le reste quand le médecin entra dans la chambre.

- Mr Eaton ! Comme promis je viens faire le point sur votre état. Comment vous portez-vous ce soir ?

- J'irai mieux le jour où je pourrais marcher seul.

- La patience n'est pas votre fort, je me trompe ?

- Désolé, répondit-il, penaud.

- Bien, j'ai une bonne nouvelle ! Nous sommes prêts à vous laisser sortir à une condition.

- Laquelle ? demanda-t-il, enthousiaste.

- Que vous ne viviez pas seul. Vous êtes encore en convalescence et vous ne devez pas être seul, ce n'est pas prudent.

Tobias, qui jusqu'ici ressemblait à un gamin qui s'apprêtait à découvrir ses cadeaux de Noël tellement il était heureux de pouvoir enfin sortir de cet hôpital, perdit tout entrain, ce que remarqua Tris.

- Qu'y a-t-il Tobias ?

- Rien, merci docteur, répondit-il. J'aimerais me reposer si ça ne vous dérange pas.

- Euh, non, bien sûr. On en reparlera demain. Bonne soirée.

Le médecin sortit mais Tris n'avait pas bougé, sachant pertinemment qu'il y avait un problème.

- Je t'écoute, dit-elle.

- Tris, je suis vraiment fatigué. Merci d'être venue mais tu dois aussi aller te reposer, continua-t-il en se couchant sur le côté, dos à elle.

La jeune femme se leva alors, bien décidé à savoir ce qui lui avait causé cette soudaine mélancolie. Elle s'assit à ses côtés et posa une main sur l'épaule de son homme.

- Tu peux peut-être berner le médecin mais pas moi. Même si tu as oublié ce qu'on a vécu, j'aurai cru que tu commençerais à me connaître. Je ne bougerais pas tant que tu ne m'auras pas répondu, finit-elle en croisant ses bras.

- Tris, où veux-tu que j'aille vivre ? Je n'ai nulle part où aller et je ne connais personne à part toi dans cette ville.

- Tobias, il n'y a rien qui nous retienne dans cette ville.

- Comment ça, « nous » ? demanda-t-il en se rasseyant dans son lit.

- Nous avons grandi et vécu à Chicago alors il est temps qu'on y retourne. Tu croyais vraiment que j'allais te laisser tomber ?

- Je ne mérite pas ta sollicitude.

- Tobias, je suis suffisamment grande pour savoir en qui je peux croire, ajouta-t-elle en posant une main sur celle de Tobias. Je sais de quoi tu es capable, je te connais, mieux que toi-même.

- Ce n'est pas bien difficile de l'être en ce moment…

- Je comprends que ce soit troublant pour toi mais je te demande de me faire confiance.

- J'ai confiance en toi, Tris. C'est juste que j'aie l'impression d'être un poids pour toi.

- Ma proposition n'est pas désintéressée si tu veux tout savoir.

- Que veux-tu dire ?

- Ma… condition actuelle fait que cela va devenir de plus en plus compliqué pour moi de vivre seule. D'ici peu je ne serai même plus capable de nouer mes lacets ! continua-t-elle en souriant. Voyons cela plutôt comme de la colocation. Ça te va ?

- D'accord, répondit-il, enjoué.

- Je sais que tu es fatigué mais tu ne veux pas manger un morceau avant ? J'ai pris des sandwichs en venant.

Tobias sourit à Tris qui lui donna son repas. Le silence qui s'en suivi fut confortable. Le jeune homme observa son amie, reconnaissant de tout ce qu'elle faisait pour lui. Il la regarda manger, amusé de la voir se réjouir de grignoter un simple sandwich. Lorsqu'il croisa son regard, Tobias porta rapidement son attention ailleurs, comme pris en flagrant délit. Suite à cela, il n'osa plus la regarder et se sentit subitement comme un adolescent qui avait le béguin. De mémoire, il ne se rappelait pas avoir vécu cela. Il se doutait qu'il y avait une connexion entre eux, compte tenu qu'elle ne le quittait presque jamais mais il ne savait pas quoi et cela le rendait fou. Petit à petit son corps reprenait le dessus mais pas le reste. Deux ans de sa vie manquaient et personne ne voulait les lui raconter. Même s'il comprenait pourquoi, cela n'en était pas moins frustrant !

- Tu as l'air bien songeur, dit Tris.

- Oh, ce n'est rien.

- Laisse-moi reformuler la question : à quoi tu penses ?

- Je… comment nous sommes-nous connu ? avoua-t-il, voyant que Tris se demandait si elle devait lui en parler. Tris, lors de ma vie, en tout cas, celle dont je me rappelle, j'ai toujours été seul et pour une fois, j'ai envie de mettre ma confiance en quelqu'un… en toi, en fait. Si tu me connais si bien, tu dois savoir que pour moi, ce n'est pas une mince affaire. Alors s'il te plait, réponds à ma question.

- Très bien. Lorsqu'on commence l'initiation chez les Audacieux, tu dois sauter d'un toit dans un trou. On ne sait pas ce qu'il y a plus bas, on doit juste sauter et c'est ce que j'ai fait. On atterrit dans un filet et c'est toi qui m'en as sorti. Tu étais mon instructeur.

- Moi, instructeur ? répéta-t-il, le sourire aux lèvres.

- Je te l'ai dit Tobias, tu es capable de faire beaucoup de choses, tu n'en as simplement pas encore conscience.

- C'est facile pour toi de dire ça.

- Pardon ?

- Ce n'est pas toi à qui il manque deux ans de sa vie. Je fais tout ce que je peux mais rien ne me revient, rien ! J'essaie d'encaisser et d'avancer mais ce n'est pas si simple.

- Cet hôpital n'aide pas. Lorsque nous allons revenir sur Chicago, on ira dans des endroits qui te sont familiers, on pourra revoir nos amis, cela va forcément t'aider à te souvenir. Tu ne dois pas baisser les bras, s'il y a bien une chose que tu sais faire, c'est persévérer et pas besoin d'être instructeur chez les Audacieux pour ça après tout ce que tu as vécu chez les Altruistes, tu es encore là. Regardes, après peu de temps, tu peux presque déjà marcher seul, ça relève quasiment du miracle ! Ce n'est pas le moment de douter de toi car moi, je crois en toi.

Tobias regarda à nouveau Tris dans les yeux et finit par lui sourire timidement. Elle avait tellement foi en lui qu'il se devait de continuer, si ce n'était pas pour lui, il devait au moins le faire pour elle. Il avait tellement de chance de l'avoir mais lorsqu'il regarda son ventre arrondi, il comprit subitement que cela prendrait fin le jour où le père de l'enfant reviendrait. Tris n'en avait pas beaucoup parlé mais il voyait de l'amour dans ses yeux lorsqu'elle abordait le sujet. Il ferma alors ses yeux, préférant lutter contre le sentiment qui était en train de l'envahir en pensant à Tris. Non, il ne pouvait pas tomber amoureux d'elle, elle ne méritait pas ça ! Il devrait se contenter de son amitié qui comptait plus que tout à ses yeux et profiter des moments qu'ils partageaient ensemble.


Le lendemain, Tris avait fait le nécessaire pour préparer la sortie d'hôpital de Tobias. Le médecin lui avait donné toutes les directives pour trouver un kiné et lui avait donné un programme qui devrait lui permettre de retrouver toute sa motricité. Il lui avait demandé de revenir d'ici deux semaines pour une visite de contrôle mais qu'il pouvait tout autant être dorénavant suivi par les médecins de Chicago. La jeune femme avait alors organisé le chemin du retour qui fut fatiguant pour tous les deux. En effet, Tris ne faisait plus ce trajet puisque l'état chaotique de la route n'était pas vraiment recommandé pour sa condition physique de femme enceinte. Quant à Tobias, ses membres inférieurs étant encore douloureux, il souffrait tout autant que Tris mais aucun des deux ne l'avoua à l'autre, ce fut la raison pour laquelle ils se trouvèrent soulagés de voir la ville de Chicago dans leur champ de vision. Rapidement, ils arrivèrent au pied de la tour Hancock. Tris descendit de voiture et aida Tobias à en sortir puis lui donna ses béquilles. Le jeune homme leva la tête, impressionné par la hauteur du bâtiment. Immédiatement, Tris le vit avaler sa salive lentement, signe d'anxiété chez lui.

- Nous n'allons pas habiter en haut, je sais que tu n'aimes pas l'altitude. Mais la plupart de nos amis habitent dans cette tour et l'ascenseur fonctionne, ce qui est indispensable dans ta condition, tout comme la mienne ! Tu es prêt ?

- Allons-y, répondit-il en mettant son sac en bandoulière.

Le jeune homme suivit son amie mais instinctivement, il se retourna et vit un homme les observer. Il s'arrêta pour en faire autant mais Tris l'appela. Il se retourna vers elle puis il redirigea son regard vers l'homme mais il ne le vit plus. Il pensa alors qu'il devenait paranoïaque. Tris avança pour le guider jusqu'à l'ascenseur mais une fois à l'intérieur, elle vit immédiatement que ses muscles se contractèrent et bien qu'il essaye de toutes ses forces de ne rien laisser paraître, sa respiration commença à devenir saccadée. Elle se mit donc devant lui et prit son visage dans ses mains :

- Tobias, ne pense pas à l'endroit où tu te trouves et regarde-moi dans les yeux.

Elle prit la main droite du jeune homme et la posa sur sa cage thoracique.

- Suis mon rythme pour ta respiration. Inspire, dit-elle en joignant le geste à la parole, et expire.

Tobias suivit ses instructions et se détendit lorsqu'il sentit l'ascenseur s'arrêter à leur étage puis les portes s'ouvrir. Tris ne perdit pas un instant et le fit sortir en premier. Elle lui indiqua de quelle porte il s'agissait.

- C'est là. On peut remercier Christina qui connaît des personnes haut placées car les appartements disponibles sont rares dans cette tour.

- C'est ta meilleure amie, c'est ça ?

- En effet, dit-elle en mettant la clé dans le barillet pour déverrouiller la porte.

Tandis qu'elle tourna la clé, Tobias entendit du bruit de l'autre côté de la porte. Instinctivement, il se mit devant Tris, tous ses sens en alerte. Même s'il n'était pas au meilleur de sa forme, il refusait que Tris risque d'être blessée si jamais ils se retrouveraient devant des voleurs. La jeune femme ne comprit pas pourquoi Tobias se comporta de la sorte. Elle s'apprêta à le lui demander quand il se tourna vers elle en mettant un doigt devant sa bouche pour qu'elle garde le silence. Elle le vit mettre la main sur la poignée de la porte et l'ouvrir sans bruit. Même s'il ne se rappelait pas de ses deux dernières années, il était flagrant que son corps, lui, s'en souvenait puisqu'il se comportait purement et simplement comme un Audacieux. Il avança puis alluma la lumière, prêt à en découdre quand il vit une dizaine de personnes lui souhaiter la bienvenue tous ensemble. Tobias, ne comprenant pas qui ils étaient, ne laissa transparaitre aucune émotion et se retourna vers Tris.

- Ce sont nos amis Tobias. Visiblement, ils ont cru qu'un accueil chaleureux te plairait, dit-elle en faisant les gros yeux à Zeke.

- Hey, salut Quatre ! répondit Zeke, ignorant le regard de Tris. Moi, c'est Zeke, on était dans la même initiation d'Audacieux. A vrai dire, je pense que je suis ce qui se rapproche le plus d'un meilleur ami pour toi !

- Ravi de te connaître, rétorqua Tobias, un peu perdu.

- C'est gentil d'avoir organisé ça Zeke, finit par dire Tris. Le voyage du retour a été épuisant pour nous deux. Ça ne te dérange pas qu'on écourte un peu les retrouvailles ? Tu auras tout le temps de parler à Quatre les prochains jours. A vrai dire, j'aurai besoin de ton aide pour l'accompagner à ses séances de kiné.

- Vous êtes au courant que je suis là ? ajouta Tobias.

- Il est hors de question que tu restes seul et malheureusement, je vais devoir prendre mes fonctions dans mon nouveau bureau en ville. J'ai pas mal de retard…

- A cause de moi j'imagine, dit le jeune homme.

- Hey, ça nous donnera l'occasion de refaire connaissance mon pote ! répondit Zeke. Bon, je vais rapidement te présenter tout le monde et on se reparlera demain, ça vous va ?

Tris et Tobias acceptèrent puis Zeke posa sa main sur l'épaule de son ami avant de lui présenter sa femme, Shauna, ainsi que Christina, Amar et Georges ainsi que Caleb et Cara, et pour terminer, ils se trouvèrent devant Hana.

- Mon garçon, dit-elle en prenant Tobias dans ses bras. Je suis tellement heureuse de te voir sur tes pieds, continua-t-elle en se détachant de lui et en posant ses mains sur les joues du jeune homme. Ezekiel m'a dit que tu avais des problèmes de mémoire mais tu dois savoir que nous sommes là pour toi mon garçon. J'ai bien cru que j'allais perdre un autre de mes garçons, termina-t-elle, les larmes aux yeux.

- Merci, dit-il, visiblement gêné qu'on lui parle avec tant de tendresse. C'est très gentil à vous.

- J'aime bien ce Quatre, rétorqua-t-elle en retirant ses mains. J'habite dans cet immeuble moi aussi, et je vous ferai de bons petits plats. Entre toi qu'on doit remplumer et Tris qui mange pour deux, vous en aurez besoin !

- Merci Hana, vous êtes un amour ! termina Tris.

La jeune femme vit que Tobias commençait à avoir du mal à tenir sur ses béquilles et d'un regard, elle le fit comprendre à Zeke qui écourta aussitôt la fête. Une fois seuls, elle montra à son homme sa chambre où il remarqua immédiatement la sculpture bleue que sa mère lui avait offerte, trôner sur le bureau dans le coin de la pièce. Tris vit qu'il avait le regard bloqué dessus.

- J'ai pensé que tu voulais l'avoir avec toi, dit-elle.

- Merci, répondit-il, gêné.

- Je suis désolée pour cette petite fête, je n'en avais pas la moindre idée.

- Ce n'est rien, je préfère cela à des voleurs ! continua-t-il en s'asseyant sur le lit et en soufflant, enfin content de pouvoir se détendre.

- A ce sujet, je doute que tu t'en sois rendu compte mais tu n'as certainement pas agi comme un Altruiste ! Ton comportement gestuel était typique d'un Audacieux. D'ailleurs, merci de m'avoir protégée.

- C'est le moins que je puisse faire !

- Tu ne me dois rien Tobias, dis-toi bien ça. On se protège l'un l'autre, c'est ce qu'on fait.

- D'accord. J'ai quelque chose à te demander.

- Je t'écoute.

- Pourquoi Hana a-t-elle dit qu'elle n'aurait pas supporté de perdre un autre de ses garçons ? Et qui est Ezekiel ?

- Ezekiel ? répondit Tris en riant. C'est le doux prénom de Zeke mais il n'y a que Hana qui l'appelle comme ça. Il avait un frère, continua-t-elle soudainement sérieuse.

- Avait ?

- Oui. Je t'ai parlé de la guerre qui a eu lieu peu de temps avant que tu ne sois blessé ?

- En effet.

- Et bien il faisait partie des pertes de notre côté. C'était le petit frère de Zeke.

- Oh non.

- Et comme tu étais proche de leur famille, elle t'a rapidement pris sous son aile et elle te considère donc comme un de ses fils, voilà tout.

- Elle a l'air d'être une belle personne.

- Elle l'est. Je m'avance peut-être en disant ça mais je pense qu'elle a été comme une mère de substitution pour toi.

- Je comprends pourquoi ! Elle a l'air douce et gentille.

- Oh ne te méprends pas, elle tient Zeke par le bout du nez ! Elle est peut-être adorable mais aussi autoritaire quand il faut l'être ! Elle avait plus que sa place chez les Audacieux !

Ils rigolèrent un instant en pensant à Zeke qui obéissait bien sagement à sa mère quand Tobias se mit à bailler.

- Christina a rempli le frigo, je vais rapidement te faire une omelette et tu pourras te coucher ensuite.

- Tu dois être épuisée toi aussi. Il n'y a rien que je puisse faire pour t'aider ?

- Mets la table, ce sera déjà bien !

En un rien de temps, l'omelette fut prête et la table mise. Ils mangèrent en silence puis Tobias commença à débarrasser la table.

- Non, laisse, va te reposer, dit Tris.

- Tu as cuisiné alors je nettoie.

- Nous ne sommes pas chez les Altruistes Tobias. Tu es encore en convalescence…

- Et tu es enceinte. Il n'est pas question que je te laisse faire toutes les corvées sous prétexte que je ne suis pas entièrement guéri.

- Bon, laisse-moi au moins essuyer la vaisselle alors.

Tobias accepta et ils se mirent devant l'évier. On aurait dit qu'ils avaient fait cela toute leur vie tellement ils étaient synchronisés. Rapidement, la vaisselle fut lavée et rangée puis elle lui montra qu'elle avait demandé à Zeke de remplir son armoire puisqu'ils n'avaient pas vraiment eu le temps de faire du shopping. Elle lui dit de ne surtout pas hésiter à l'appeler s'il y avait le moindre problème et qu'elle laissait la porte de sa chambre ouverte au cas où. Il la remercia et chacun se retrouva dans sa chambre où ils s'endormirent rapidement.

Au cours de la nuit, Tobias fut réveillé par des gémissements. Par habitude, il avait toujours eu le sommeil léger et il comprit qu'il s'agissait de Tris. Pensant qu'il pouvait y avoir un problème avec le bébé, il se leva, s'aida de ses béquilles et ouvrit sa porte. Il traversa le couloir et se trouva à l'entrée de la chambre de Tris. Elle était apparemment ancrée dans un cauchemar. Elle était en nage et sa respiration était saccadée. Elle marmonnait des paroles que Tobias ne parvenait pas à comprendre car il s'agissait plus de murmures que de mots. Soudain, il la vit s'agiter en appelant après lui. Il ne perdit pas un instant et s'assit à ses côtés puis posa une main sur l'épaule de la jeune femme.

- Tris, tu fais un cauchemar. Tris, réveille-toi.

- Non, Tobias, ne me laisse pas, non, s'il te plait, j'ai besoin de toi, ne m'abandonne pas… Non !

Tris cria en se réveillant. Elle était essoufflée, ne se rendant pas encore bien compte qu'elle n'était plus dans son rêve quand elle vit Tobias assit sur le lit. Instinctivement, elle le serra fort dans ses bras, ne voulant pour rien au monde le lâcher. Le jeune homme se laissa faire tout en lui chuchotant de se calmer et qu'il ne s'agissait que d'un mauvais rêve. Il frotta doucement sa main dans le dos de Tris pour l'apaiser. Cette dernière profita de cet instant, les bras de son homme lui avaient tellement manqué : cette force qu'il avait lorsqu'il la prenait dans ses bras, cette odeur typiquement masculine et enivrante mais rassurante. Au bout d'un moment, elle remit en place ses idées et se sépara de lui subitement. Tobias ressentit alors une vague de froid l'envahir lorsqu'elle se retira. Tout comme elle, il avait profité de ce moment de plénitude, pensant même que sa place était là, dans les bras de Tris mais lorsqu'elle avait retrouvé ses esprits, il fut déçu et se retrouva en manque d'elle contre sa peau.

- Je suis désolée, dit-elle, comme paniquée.

- Ce n'est rien voyons. Comparé au nombre de fois où c'est toi qui m'as rassuré après un cauchemar, c'est normal que je ne te laisse pas seule ! Ça va aller ?

- Oui, même si je doute que j'arrive à me rendormir.

- Tu veux en parler ? demanda-t-il.

- Non, pas vraiment.

- Je comprends. Tu veux que je reste jusqu'à ce que tu t'endormes ?

- Ça ne te dérange pas ?

- Bien sûr que non. Dors, je me battrais avec tes cauchemars s'ils reviennent te chercher.

- Avec quoi ?

- A mains nues, évidemment, termina-t-il avec le sourire aux lèvres.

Tris s'allongea, en souriant car elle savait qu'il lui avait déjà dit ces paroles lorsqu'ils étaient chez les Fraternels. Cela lui donna du baume au cœur et l'aida rapidement à se rendormir.