Voilà ce cinquième chapitre pas très sérieux (il n'y a qu'à voir le titre xD). Merci pour vos reveiws (je crois que le bug est passé et qu'on peut enfin les voir depuis le site ! :D) et je suis très contente que cette fanfic vous plaise. J'espère que le reste de mon histoire saura vous plaire tout autant ;) Bonne lecture !


« Depuis quand tu te préoccupes des affaires des autres ?! pensait Tokito, énervée. Laisse-les donc batifoler à leur aise, ce ne sont pas tes affaires. Et profite plutôt du fait que tout le monde soit là, dans la joie et les bonne humeur ».

En parlant de bonne humeur, ce n'était pas l'état qui caractérisait le mieux la jeune Mibu à cet instant précis. Si le bain de nuit lui avait fait un bien fou, le fait d'avoir croisé cette femme au kimono parme, observée, dans l'ombre, par un père de famille, la rendait soucieuse et en colère d'être aussi soucieuse.

« Ce ne sont pas tes affaires, se répétait-elle. Tu ne t'es jamais préoccupée de qui que ce soit. Pourquoi ça commencerait maintenant, hein ? ».

Se soucier des autres lui faisait presque peur. C'était vrai, elle avait toujours vécu que pour elle. Elle avait commencé à s'intéresser à autrui quand la Kyo-team avait déboulé dans sa vie. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle était habituée à prendre soin d'une personne extérieure à elle-même. Et puis surtout que cette femme et cet homme, dont elle ne connaissait même pas les noms, étaient de parfaits étrangers pour elle. Alors à quoi bon vouloir veiller sur eux ? A quoi bon vouloir percer leur secret ? Cela ne la concernait pas et risquait de gâcher le bon temps qu'elle comptait s'offrir pendant ces deux semaines (déjà qu'elle avait rarement l'occasion de s'offrir du bon temps).

Elle débarqua dans le salon, l'air maussade et passablement énervé. Elle ne s'était pas trompée : tout le monde était rentré. Bien évidemment, les mecs n'étaient pas revenus les mains vides. Une belle collection de bouteilles, vides ou pas, trônait au milieu du cercle. Akari semblait raconter un truc très intéressant car elle s'exprimait avec des grands gestes et tout le monde riait. Sauf Shinrei, qui tentait vainement de terminer son bouquin, Sasuke, qui écoutait d'une oreille distraite, et Akira, qui était plus pâle que la mort et semblait concocter dans son esprit une mort lente et douloureuse pour la chamane. Les autres filles, en dehors d'Okuni qui ne se gênait pas, rigolaient sous cape. Tokito ne savait absolument pas de quoi il s'agissait et elle ne désirait pas outre-mesure le savoir. Elle ne capta que les derniers mots d'Akari :

-…sauvé sa virginité ! Si ce n'est pas beau, ça !

La virginité de qui ? Elle s'en foutait, à dire vrai. Tout ce qu'elle voulait, c'était s'enlever de la tête l'image de la femme au kimono parme. En la voyant arriver, Yukimura s'exclama :

-Hey ! T'as entendu ça, Tokito ?

La blonde posa son regard sur lui en levant un sourcil, d'un air interrogateur. Elle haussa les épaules et n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit car Akari s'exclama :

-Akira ne t'a jamais raconté la fois où il a trop bu et où…

Dans une tentative désespérée pour sauver son honneur (qui était déjà bien entaché), le samouraï tenta de faire taire la jeune femme, mais cette fois-ci, celle-ci ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin. Elle l'envoya valdinguer au loin. Le pauvre samouraï ne savait plus quoi faire. Tout le groupe était désormais au courant de cette terrible histoire. Son unique consolation résidait en le fait que Tokito n'était pas présente et n'avait pas pu entendre ce récit. Au moins, à ses yeux, son honneur était plus ou moins sauf. Néanmoins, la chamane semblait déterminée à mettre l'ancienne Taishiro au courant.

Cependant, la jeune blonde ne sembla pas très concernée par ce que voulait lui raconter Akari car elle passa sous son nez sans s'arrêter et alla directement vers les bouteilles de saké. Elle en saisit une avant de s'asseoir là où elle avait repéré une place, entre Tigre et Yukimura.

-Je ne savais pas que tu buvais, dit le Sanada, avec un large sourire. Je vois que tu as décidé de grandir. Si mon petit Sasuke pouvait suivre ton exemple !

Le ninja lança un regard foudroyant à son maître qui rit de plus belle. Tokito ne répondit rien, se contenta d'ouvrir la bouteille et d'en boire de longues gorgées. Peut-être qui si elle se saoulait, elle en oublierait la scène dans le jardin.

Voyant que la jeune Mibu n'était pas très intéressée par son récit, Akari fit la moue et se promit de le lui raconter une autre fois. Kyo énuméra alors tous les bars qu'ils avaient visités. Les nombreux râteaux que Bonten avaient pris. Le scandale qu'avait fait Luciole quand un client avait osé écraser un cafard en partant. L'échec de Kyoshiro qui avait essayé de guérir une jeune fille prise d'un malaise et qui, en débouchant un de ses nombreux flacons, l'avait fait exploser.

-Pourtant je ne comprends pas, dit le pharmacien d'un air dépité, je pensais m'être amélioré ! Ce remède devait marcher !

Sakuya rit en posant sa tête sur son épaule, d'un air amoureux.

-On sera habitués à tes potions foireuses, répondit Yuya, avec un air amusé.

Kyo termina en disant que c'était lui, qui avait gagné le concours face à Yukimura mais celui-ci nia :

-Le concours n'est pas encore terminé ! Les bouteilles qu'on descend ici sont aussi comptabilisées ! Et je suis sûr que je t'ai dépassé ! N'est-ce pas, Kyoshiro ?

-Heum… ? Je dois avouer qu'après le dernier bar, j'ai oublié de compter.

Le Sanada eut un air désespéré :

-On ne peut plus faire confiance à personne, hein ! Mais moi je dis que je t'ai dépassé, Kyo aux yeux de démons !

Le samouraï secoua la tête :

-Personne ne peut me vaincre, même sur ce plan-là. Pas même toi, Yukimura Sanada. Tout simplement parce que je suis le plus beau, le plus époustouflant, le plus fort, bref, le meilleur quoi.

Un rire, franc et sincère, qu'ils avaient tous oublié, leur fit tourner la tête vers Tokito, dont les joues avaient pris un joli couleur rouge et qui tenait, à la main, une énième bouteille qu'elle avait chipée à Kyo.

-Wah, c'est t-trop drôôôôle ! T-toi le p-plus… plus fort ? Hips… Voui… T-tu veux te ba…battre ?

Elle se leva difficilement, s'appuyant sur l'épaule de Tigre, sous l'air victorieux de Yukimura qui chantonna :

-Elle est des nôôôtre ! Elle a bu son verre comme les auuuutre !

Tokito le regarda avec des yeux ronds avant de repartir dans un nouvel éclat de rire :

-Viiii ! T'es dr-drôle toi aussi, hein ! Tu chantes bien ! Hihi…

-Oh mon dieu ! s'écria Akari, comme paniquée. L'heure est grave : Tokito trouve que Yuki chante bien (elle appuya sur ce dernier mot). Mais tu ne te rends pas compte de ce que tu racontes, ma pauvre ! Quel affront tu fais au monde de la chanson ! Oh làlà, ce que tu peux être cruelle quand tu es bourrée !

La chamane prit l'air d'une femme éplorée, sur jouant son rôle :

-Ciel, je défaille ! Comment as-tu pu me trahir ainsi ?!

Se levant à son tour, elle mima une scène tragique à coup de grands gestes et de grands cris. Tous la regardaient, se demandant si c'était son état normal ou si l'alcool y était pour quelque chose (parce que, si elle donnait l'impression de ne pas boire énormément, en comptabilisant les différentes consommations dans chaque bar, on en arrivait à un chiffre assez élevé). Tokito, sourire béat aux lèvres, tenant difficilement sur ses deux jambes, ne dit rien tandis que Kyo riait et que Yuya commençait à lui dire qu'il avait bien assez bu pour la soirée.

-Vous ne me dites rien ? reprit Akari, en s'adressant à la jeune Mibu qui semblait totalement larguée, Quel accueil ! Quelle glace !

Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce ?

Parlez. Nous sommes seuls. Notre ennemi trompé (elle désigna d'un geste Yukimura)

Tandis que je vous parle est ailleurs occupé. (1)

L'alcool devait y être pour quelque chose, quand même. Akari ne déclamait pas des vers en temps normal !

-Voulez-vous donc que je vous raconte ? continua-t-elle en s'agitant.

Car je peux vous le dire sans aucune honte.

Ce fameux soir, doux, d'été,

Où notre jeune était un peu trop bourré,

Et où nous l'avons vaillamment sauvé,

Lui, son honneur et sa virginité !

Ah, Ciel, de grâce !

Faites que plus jamais notre samouraï des glaces,

Dans le but de nous quitter et de nous fuir,

Ne trouve refuge dans un quartier de plaisirs !

Cette situation…

Elle n'eut pas le temps d'achever sa belle tirade improvisée car Akira venait de l'attraper par le col et tentait de l'éloigner sous les rires de l'assemblée qui, à l'exception de Tokito trop paumée pour comprendre quoi que ce soit, connaissait déjà cette histoire.

-Ah, mon Akira, tu refuses que je versifie

Mes belles paroles de petite génie ?

Veux-tu donc que je raconte

Cette tâche dont tu as si honte ?

Cette belle tâche bleue,

Qui va si bien avec tes yeux !

Elle fit une courte pause avant de rependre :

-Ah non, cette rime était nulle, puisqu'on ne peut pas parler de tes yeux. Crotte alors !

Cependant, le bruit d'un corps qui heurte le sol l'empêcha de continuer sa versification. Tokito venait de s'emmêler les jambes en voulant avancer et était à présent étalée de tout son long. Le bras droit levé, elle brandissait sa bouteille :

-Ai pas fait tomber ! s'exclama-t-elle en secouant l'objet encore en bon état.

-Euh… ça va ? demanda Tigre. Tu ne t'es pas fait mal ?

-Viiii !

Rigolant, elle se releva avant d'articuler :

-Moi, z'ai une idéééée !

Difficilement, elle se traîna jusqu'à un canapé, saisit un coussin et le lança maladroitement en direction de Kyo :

-Tu va v-voir, hein ! Si t'es le plus… plus fooort !

Le samouraï eut un sourire narquois, avala une autre gorgée de saké avant de renvoyer le coussin vers la jeune fille qui, voulant parer l'attaque, s'emmêla dans ses gestes et se retrouva à nouveau à terre, la bouteille cette fois-ci brisée.

-Oooooh… se lamenta-t-elle en voyant la boisson se répandre au sol.

-Ce serait bête de perdre tout ça ! ajouta Yukimura en tentant de récupérer ce qu'il pouvait à l'aide des morceaux de bouteilles pouvant encore servir quelque peu de récipient.

Tokito l'observait faire avec de grands yeux quand soudain, elle se reçut un coup derrière la tête. Elle laissa échapper un grognement suivi d'un hoquet avant de découvrir Tigre, qui avait ramassé le coussin et déclarait :

-Je crois que ton initiative de combattre avec ces charmants trucs était bonne. En tout cas, elle m'a beaucoup inspiré !


Ainsi commença une bataille avec pas seulement des coussins, mais aussi un peu tout ce qui passait sous la main. Bien évidemment, Yuya tenta de calmer le jeu avant de se faire rabrouer par un Kyo taquin. Akari, au milieu de tout ce bazar, tentait de retrouver de l'inspiration pour dire plein de petits secrets bien gênants sous forme de vers. Bonten tapait sur le crâne de Luciole avec sa bouteille pour le faire réagir et participer mais le samouraï s'était pris d'affection pour une simple tâche au mur. Sakuya, bien que riant, s'écartait un peu avec Kyoshiro, qui aurait bien aimé participer mais n'osait quand même pas se montrer aussi débraillé devant sa belle ! Okuni ne se fit pas prier deux fois : elle fonça dans le tas et écrasa le visage de Tigre avec un coussin bien placé. Mahiro resta un moment interdite, voyant son vénéré maître en position de faiblesse. Après avoir pesé le pour et le contre, elle se décida d'aller le secourir mais fut arrêtée en milieu de course par Akari qui venait de lui lancer le livre de Shinrei.

-Mon livre ! s'écria le jeune homme.

-Oublie-le quelques instants et viens t'amuser ! répliqua la chamane avec un sourire. Ou alors aide-moi à composer mes vers, môssieur l'intellectuel de l'eau !

Autour de Tokito, tout bougeait, tout tanguait. La femme au kimono parme était bien loin. A vrai dire, ses pensées s'emmêlaient. Elle riait sans savoir pourquoi et balançait sur des cibles imaginaires des objets dont elle ne savait même pas la nature. Souvent, elle faisait deux pas avant de déraper et de se rattraper sur quelqu'un. Bientôt, Okuni vint s'écrouler sur elle en gloussant : Tigre avait réussi à se libérer de son emprise et l'avait envoyée valser un peu plus loin. L'informatrice, qui avait dû boire pas mal elle aussi depuis son bain de nuit, baragouina un truc que Tokito ne comprit pas avant de repartir à l'assaut.

-Ohlàlà, l'alcool échauffe les esprits, murmura Yuya, un peu paniquée de voir l'état de la pièce. La prochaine, faudra absolument leur interdire de revenir ici avant qu'ils ne décuvent.

-Et éloigner le saké des mains de Tokito, ajouta Sakuya avec un hochement de tête.

-Il faudrait peut-être les arrêter avant qu'ils ne détruisent tout, proposa Kyoshiro. Si tu poussais un réelle guelante comme tu sais si bien le faire, Yuya, peut-être qu'ils arrêteront !

La blonde ne dit rien, regardant le carnage. Quelle idée de les avoir laissés rentrer avec des bouteilles en plus ! Puis elle pensa au mobilier qui n'allait pas faire long feu. Et qu'il allait falloir rembourser. Et là… elle réalisa. Non, pas touche à ses sous !

-WOH CA SUFFIT MAINTENANT ! VOUS ALLEZ TOUT DETRUIRE ET APRES IL VA FALLOIR PAYER ! ALORS CALMEZ-VOUS IMMEDIATEMENT ! JE NE DEBOURSERAI PAS UN SOU DE PLUS POUR REMBOURSER TOUTES VOS CONNERIES !

Akira, qui était resté à l'écart dans un coin, à côté de Shinrei qui désespérait pour son livre, eut un air approbateur sur le visage. Cependant, il ne dit rien à voix haute parce que Kyo semblait s'amuser et que Kyo… ben c'était Kyo, quoi ! Il ne voulait pas aller à l'encontre de son sens.

Face à la grosse colère de Yuya, qui était devenue rouge à force de crier, tous se figèrent. Tigre tenta, en un vain espoir, de donner un nouveau coup de coussin à Sasuke (lequel n'avait rien demandé mais avait été attaqué par surprise par le Tokugawa) mais le regard noir de la chasseuse de prime l'en dissuada.

-Regardez dans quel état vous avez mis le salon !

-Tu ne sais pas t'amuser, planche à pain ! répliqua Kyo avec son éternel sourire provocateur.

Prenant la décision de ne pas faire attention à sa remarque, elle reprit :

-Alors ceux qui tiennent encore debout, on range le salon, on remet tout en place ! Les autres, allez décuver dehors, dans votre chambre, aux toilettes, n'importe où mais pas ici !

Il y eut un léger mouvement de foule. Comprenant que tous allaient se barrer, elle les arrêta de nouveau en roulant de gros yeux :

-J'ai dit que ceux qui tenaient encore debout restaient ici ! Et il me semble que vous êtes pas mal à être encore vaillants malgré tout ce que vous avez bu !

Son ton n'offrait place à aucune discussion possible. Sasuke asséna un coup de bilboquet à Tigre pour se venger de son attaque surprise avant de se fondre dans la masse et d'aider à remettre les canapés et fauteuil en plus ou moins bon état. Avec un petit gloussement, Tokito commença à ramasser les morceaux de bouteille éparpillés un peu partout mais ses jambes se dérobèrent à nouveau sous elle et elle se retrouva en grand écart sur le sol, en train de rire bêtement de ce qui lui arrivait. Elle essaya de se relever mais à priori, elle avait quelques petits problèmes de coordination.

-'e comprends pas ! s'exclama-t-elle. 'e bouge pas d'un poil ! Hihi… C'est drôle, non ? Pff…

Elle pouffa toute seule tandis que Yuya allait vers elle :

-Tu ferais mieux d'aller te coucher. Tu as les yeux explosés et tu ne peux pas faire deux pas sans tomber. Tu as eu une longue journée de voyage, tu dois être crevée.

Elle chercha des yeux quelqu'un d'à peu près sobre qui pourrait la raccompagner, histoire de s'assurer qu'elle ne s'assomme pas dans les escaliers, pendant qu'elle resterait à surveiller les autres zouaves avant qu'ils ne détruisent d'autres choses.

-Akira, tu ne peux pas l'amener en haut ? demanda-t-elle.

« Pourquoi ça tombe toujours sur moi ? Comme si je ne l'avais pas assez supportée pendant tous ces mois, il faudrait que je la supporte encore, et bourrée en plus ! ».

Cependant, il comprit rapidement que la question de Yuya n'en était pas vraiment une et qu'il s'agissait plus d'un ordre qu'autre chose. La chasseuse de prime étant la personne qui intriguait et fait le plus peur au samouraï, celui-ci obtempéra. Il saisit Tokito par le bras et l'aida à se relever.

-Roh, t'arrive à me relever tout seul ! s'extasia-t-elle.

« C'est pas bien compliqué, t'es un poids plume », pensa le jeune homme, désespéré.

-Allez, viens.

Sans plus poser de question, la jeune fille lui suivit, s'appuyant sur son épaule pour garder son équilibre.

-Pourquoi que… que tu t'es pas battu avec les au-treee ?

Akira ne répondit pas. A force de vivre avec Kyo et surtout les trois autres Sacrés du Ciel, il avait appris à ignorer les questions souvent peu existentielles et sérieuses d'un bourré. Néanmoins, ne perdant pas courage face à son mutisme, elle enchaîna :

-Pa…parce que t'aurais vu, hein, t'aurais que… que je… bah que je t'aurais battu cette fois !

« Elle ne perd pas tant la tête quand elle est bourrée » songea le jeune homme.

-Même dans ton état, tu penses encore à ta revanche ? interrogea-t-il en soupirant.

Ils allaient attaquer les marches. Il pria pour qu'elle ne dérape pas et qu'elle sache se tenir à une rampe.

-B…bien évidoment… euh… évidemment ! T-tu crois franchement que je vais… que je vais oubiiiiier ?!

« Ca lui tient tellement à cœur que même quand on croit qu'elle est ailleurs, elle y pense toujours. Oh mon dieu, ça veut dire qu'elle ne va vraiment pas me lâcher ! ».

Etrangement, cette pensée s'accompagna d'une autre : si, depuis tout ce temps, elle continuait de le suivre, c'était bel et bien pour sa revanche. Bah oui, pour quoi d'autre ? Il se gifla mentalement quand l'idée qu'elle ait pu rester avec lui juste parce qu'elle voulait rester avec lui l'effleura.

« Ne sois pas idiot, elle te l'a assez répété : elle est là pour sa revanche. Et pas pour une quelconque attache affective ».

Cette constatation lui serra le cœur sans qu'il ne comprenne pourquoi. En vérité, il ne comprenait pas bien ce qu'il lui arrivait depuis quelques temps. Veiller sur elle la nuit dernière, faire demi-tour pour ne pas l'abandonner alors qu'il avait si souvent dit et redit qu'il voulait qu'elle lui lâche la grappe. Pourquoi agissait-il ainsi ? Pourquoi ce qu'il faisait, ce qu'il pensait et ce qu'il voulait semblaient être aussi en conflit ?

-Tu rêves Aki…kira ? demanda Tokito alors qu'ils avaient atteint le premier étage.

Sa voix le sortit de ses songes et il tourna la tête vers elle, en un réflexe bien humain quand quelqu'un s'adresse à nous. Mais il eut la surprise de voir, ou plutôt de sentir dans son cas, le visage de la jeune fille à quelques centimètres à peine du sien, en train de la regarder avec de grands yeux.

-Qu'est-ce que tu fais ?! s'écria-t-il, presque effrayé par tant de proximité inattendue.

-Baaaaah…. 'e te regarde ! Et tu r-rêves, heiiiin ?

Akira coupa court à toute suite de discussion en se plantant devant la chambre que Tokito partageait avec Yuya.

-Voilà, tu vas pouvoir t'écrouler bien sagement sur ton lit.

La jeune fille poussa la porte mais celle-ci ne bougea pas. Elle ne sembla pas comprendre qu'il fallait tourner la poignée. Elle s'énerva un peu avant que le samouraï, visiblement exaspéré, ne l'ouvre pour elle.

-Oh, t'es trop foooort !

Il allait la laisser, plantée là, et rejoindre les autres, mais son bras qui prenait appui sur son épaule ne semblait pas vouloir le lâcher. Quand elle entra dans la chambre, il fut emmené avec elle. Tokito fit quelques onomatopées bizarres avant de se laisser tomber sur le lit et de lâcher Akira.

-Ai mal à la tête, marmonna-t-elle.

-C'est normal, après tout ce que tu as avalé. Dors, et ça ira mieux demain.

Il allait partir quand Tokito attrapa sa main et leva les yeux vers lui :

-T…tu veux pas rester ? Un peu… ? Ai pas… pas envie d'être s-seule.

-Tu ne seras pas seule longtemps, Yuya ne devrait pas tarder, répondit-il.

-M…mais en… en attendant que… que qu'elle revienne !

Il poussa un long soupir mais face aux yeux presque implorants de la jeune fille, il ne put pas faire autrement. Il s'assit au bord du lit, se demandant ce qu'elle attendait de lui réellement. Elle n'était plus une enfant, elle n'avait plus besoin de quelqu'un pour veiller sur elle le temps qu'elle s'endorme ! Quoique… dans la situation présente, dans l'obscurité de la chambre, à moitié bourrée et implorante, elle avait plus l'air d'une petite fille qu'autre chose.

Tokito sembla satisfaite qu'il reste un peu. Elle se redressa sur le lit et vint poser sa tête sur l'épaule d'Akira.

-Qu… Qu'est-ce que tu fais ?!

Elle ne répondit pas et ferma les yeux. Elle marmonna encore qu'elle avait mal au crâne mais ce fut tout. Le samouraï n'osa pas bouger. Cela lui rappela leur nuit avant d'arriver à Kyoto, quand il lui avait proposé de partager sa couverture pour qu'elle n'ait pas froid. Sauf que cette fois-là, elle était lucide, dans son état totalement normal. Certainement que dans la situation actuelle, elle ne se rappellerait de rien ou de pas grand-chose en se réveillant.

La respiration de Tokito se ralentit peu à peu et devint profonde et calme. Akira comprit qu'elle s'était endormie. Doucement, il entreprit de l'allonger sur le lit, la laissant toute habillée (elle piquerait une crise le lendemain si elle apprenait qu'il avait touché à un seul de ses vêtements). Il rabattit les couvertures et s'assura que tout son petit corps était bien au chaud avant de se lever silencieusement. Avant de quitter la chambre, il se tourna une dernière fois vers la silhouette endormie de Tokito.

Lovée dans les bras de Morphée, il la trouvait étrangement attendrissante. Il esquissa un sourire avant de refermer la porte derrière lui.


(1) Vers tirés de Britannicus de Racine (Acte II, Scène VI).

Voilà la fin de cette charmante soirée ! Des remarques ? Des envies particulières pour la suite ? (bien que j'aie déjà mon fil conducteur etc. je pourrais essayer de glisser dans certains de mes chapitres quelques unes de vos idées, si elles correspondent avec ce que je veux écrire, bien sûr ^^). A bientôt ! :)