Nous voilà repartis avec ce chapitre 7 ! J'espère qu'il sera à la hauteur de vos attentes ^^
Breaker : tu travailles sur Phèdre ? Tu es en Terminale L ? (simple curiosité parce que je sais que les TL de cette année travaillent sur Phèdre et Madame Bovary en litté :3 Enfin, je crois que c'est Phèdre ^^'). Et sinon moi aussi, en écrivant, je voyais bien la bouille de Tokito après avoir vexé Akira. Ah, elle est tellement maladroite parfois !J'espère que tu aimerais autant cette suite.
Neliia : contente que tu veuilles savoir ce qui s'est passé ;) Mais les choses son émiettées au fur et à mesure, patience et longueur de temps... Oui, je compatis aussi avec Akira qui, pour une fois, essayais de faire bonne figure ! Si seulement Tokito savait s'excuser spontanément ! (mais bon, quand on s'est toujours cru supérieure à tout le monde, on n'a pas beaucoup appris à s'excuser :p). Quant à Yuya, je crois que les autres aiment bien la charrier, elle qui a toujours essayé de nier ce que tout le monde savait (son amour fou pour Kyo :3).
Yakyo : contente que cette fic te plaise beaucoup, beaucoup, beaucoup comme tu dis :D J'espère que tu apprécieras ce nouveau chapitre !
Bonne lecture à tous !
Les discussions allaient bon train mais à voix basse. Chacun émettait des opinions sur ce qui avait pu se passer. Sur le pourquoi du comment. Personne n'avait rien vu venir.
-En même temps, disait Tigre, avec tout ce qu'on a bu hier, pas étonnant qu'on n'ait rien entendu !
-Ne nous mets pas tous dans le même panier ! répliquait Yuya. On n'a pas tous bu autant que vous, les ivrognes !
-Pff… tu ne sais pas t'amuser, hein, planche à pain ? répondait Kyo, passant un bras autour de sa taille.
-Je ne vois pas en quoi ne pas vouloir finir aussi dépravée que vous est signe d'un non amusement !
Akira observait la joute verbale des deux amants en silence. Ca lui faisait drôle de se dire que Kyo était casé comme on dit. Il avait toujours connu le samouraï aux yeux de démon comme allant perdre son temps dans les bordels, entouré de femmes dont il ne savait même pas le nom et d'alcool. S'il était désormais avec Yuya (et cela était prévisible depuis un bon moment), il trouverait certainement une stabilité nouvelle. Kyo ne serait plus tout à fait le même que celui d'avant. Le tueur solitaire, froid, désigné comme étant sans cœur. D'un côté, Akira avait peur que cela rejaillisse sur ses capacités au combat. S'il voulait toujours un duel contre lui, ce n'était pas pour affronter un Kyo affaibli par ses sentiments. En même temps, il ne pouvait que se réjouir pour celui qu'il considérait comme son grand frère de cœur, son modèle et son mentor. Il n'avait pas le droit de se montrer jaloux de Yuya ! De toutes les façons, Kyo s'en ficherait. Le « regard » d'Akira glissa sur Tigre qui était plongé dans une argumentation comme quoi il fallait se lâcher dans le vie et qu'une bouteille de saké n'avait jamais fait de mal à personne.
-Quand même, répondit timidement Mahiro, qui s'était approchée du groupe, il faut avouer que vous avez un peu abusé hier…
-Ah, tu vois ! s'écria Yuya. Même Mahiro est d'accord avec moi !
Satisfaite, elle croisa les bras sur sa poitrine alors que Tigre répliquait, à l'adresse de la femme-araignée :
-Toi non plus, tu ne sais pas t'amuser, hum… ? Tu devrais te détendre un peu et être moins sur tes gardes !
-Mais… ma mission est de vous protéger !
-Arrête avec ça ! Oublie un peu le devoir et éclate-toi ! Personne ne peut m'en vouloir ici !
Sourire idiot aux lèvres, il approcha son visage de celui de Mahiro et la fixa dans les yeux. Elle rougit fortement et allait répondre amis Yuya fut plus rapide :
-Eh, dites-le, si vous voulez plus d'intimité, les amoureux !
-Que… ce n'est pas ce que tu crois ! s'écria Mahiro en version pivoine.
-Pff… ce que tu es prude, ricana Kyo. Qui a dit qu'ils avaient besoin d'intimité ? C'est toi qui interprète tout mal, planche à pain.
A ces mots, il attrapa sa jolie blonde par le poignet et l'amena vers lui pour l'embrasser. Yuya ne savait plus que penser. Bon, maintenant, allez trouver un bon argument pour démentir ce qu'avaient dit Bonten et Luciole au petit déjeuner ! D'accord, elle avait perdu cette bataille. Cependant, ce n'était pas sans récompense. Elle se sentait tout simplement bien dans les bras de son démon adoré.
-Tu crois que moi j'ai besoin d'intimité pour faire ça ? ajouta Kyo, lorsqu'il se sépara d'elle, avec son éternel sourire.
-Yuyaaaaaa… ! gémit Tigre, comme s'il venait d'avoir la râteau de sa vie.
Un peu en retrait, Mahiro ne put s'empêcher d'avoir un regard légèrement triste. Tigre était donc encore amoureux de Yuya, malgré tous les vents qu'elle lui avait envoyés. Pourquoi ne laissait-il pas tomber ? Pourquoi ne comprenait-il pas qu'il n'avait aucune chance, qu'elle aimait Kyo et que Kyo l'aimait ? Pourquoi ne passait-il pas à autre chose ? Et ne parvenait-il pas à saisir que si elle était toujours là, près de lui, à le protéger et à veiller sur lui c'était peut-être parce qu'elle…
-Ca va, Mahiro ? Tu es bizarre.
La jeune kunoichi sortit de ses songes. L'homme qui occupait ses pensées la scrutait avec une certaine inquiétude. Elle se força à esquisser un sourire :
-Non, ça va…
Personne ne prêta plus d'attention à cette petite scène. Personne sauf Akira, qui observait toujours en silence. Ses yeux du cœur lui permettaient de voir des choses que les autres ne voyaient pas et de ressentir pleinement ce que les autres ne ressentaient qu'en surface. Il sentait la tristesse de Mahiro et comprit rapidement ce qui animait son cœur.
« Même cet abruti de Tigre a réussi à la charmer… Comment peut-elle être tombée amoureuse d'un abruti pareil ? ».
Il fronça imperceptiblement les sourcils, avant de se dire que malgré tout, l'abruti en question n'était pas si bête que ça et que, même s'il passait son temps à se disputer avec lui, il devait bien lui reconnaître une gentillesse et un courage à toute épreuve pour ceux qu'il appréciait. Il se rappela les dangers qu'il avait affrontés pour lui apporter son deuxième sabre, lors de son combat contre Tokito. Comment il avait affronté seul la gigantesque armée pour lui permettre à lui, Akira, de terminer ce qu'il avait à faire.
Tiens en parlant de Tokito, où était-elle ?
Elle n'avait pas bougé de son banc et n'avait pas changé de position. Pour peu, on aurait pu croire qu'elle avait été foudroyée raide sur son siège. Mais non, elle était bel et bien toujours en vie. Ses pensées turbinaient à cent à l'heure et elle ne faisait plus attention à ce qui se passait autour d'elle. Akira repensa à sa froideur qu'il ne s'expliquait pas. Pourtant, il ne lui avait rien fait ! Ou alors elle le suspectait secrètement d'actes qu'il n'avait pas commis mais qui expliqueraient son coup de gueule subit.
« Eh, oh, pensa-t-il comme pour se réveiller, depuis quand tu essaies de comprendre ses coups de gueule ?! Tu devrais y être habitué, non ? Elle a toujours été comme ça et il n'y a aucune raison pour que ça change. Et puis, pourquoi cela t'affecterait plus qu'autre chose ? Qu'est-ce que tu en as à faire, d'une gamine pareille ? ».
En même temps, une autre chose l'énervait chez Tokito : c'était qu'il n'arrivait pas à la percer entièrement à jour. Il avait du mal à comprendre ce qu'elle pensait, ce qu'elle voulait, ce qu'elle ressentait. Autant il avait rapidement compris que Mahiro s'exaspérait du manque d'attention que Tigre avait pour elle, autant il ne parvenait toujours pas à saisir la réaction de Tokito. Lui, dont la plus grande fierté avait longtemps été de voir les choses mieux que quiconque, il se retrouvait là face à un obstacle de taille.
Les conversations se turent peu à peu quand les gardes entrèrent dans la salle à manger. Ils étaient suivis d'un quatrième homme, petit, aux cheveux grisonnants et aux rides marquées. Ils allèrent directement vers la réceptionniste, qui était en larmes entre Sakuya et Okuni tandis qu'Akari tentait de la faire rire avec des petites histoires rigolotes entrecoupées de secrets croustillants.
-Madame, commença l'un, voici un de nos meilleurs médecins qui a ausculté le corps retrouvé chez vous.
Le petit homme hocha lentement la tête avant de déclarer :
-La victime a été empoisonnée. Peu de chance de survie, la mort semble être survenue rapidement. Elle doit remonter à minimum dix heures, je dirais.
-Donc vers deux heures, ce matin, au plus tard, compléta le garde.
La réceptionniste eut un petit hoquet suivi d'un « oh mon dieu ! » et n'ajouta rien.
-Connaissez-vous le nom de la victime ?
La femme essuya ses larmes et se leva difficilement tant ses jambes tremblaient. Sakuya l'aida et la conduisit dans le hall, tenant son bras d'une poigne ferme.
Tokito, qui avait observé toute la scène, se leva à son tour et les suivit avec une certaine distance. Tous se demandaient ce qu'ils étaient censés faire. Petit à petit, ils reprirent un peu les conversations pour jouer les désintéressés, bien que leurs oreilles traînassent discrètement dans le coin, pour entendre au moins le nom.
Seule Tokito sortit de la salle à manger pour s'approcher un peu plus du comptoir. Elle passa devant Akira qui stationnait à côté de la porte mais ne dit rien. Elle ne sembla même pas l'avoir remarqué. Cependant, comme pour l'homme tapis dans l'ombre du jardin, il en était tout autrement.
« Faudrait peut-être que je m'excuse, quand même, pensa-t-elle alors qu'elle continuait son chemin comme si de rien n'était. Ce… ce n'était pas très juste et puis… je ne suis pas si méchante que ça, hein ? Faudra que je lui dise que… Oh et puis merde, on verra plus tard ! ».
Elle avait vraiment l'art d'échapper même à ses propres pensées…
-Elle était ici depuis quatre jours, dit la réceptionniste alors qu'elle ouvrait, de ses mains tremblantes, le registre.
Sakuya, près d'elle, s'assurait qu'elle ne tombe pas.
-Elle attendait un homme, continua-t-elle en reniflant. Mais je ne sais pas qui. Elle s'appelle euh… s'appelait… Eiko Tôga.
Celui qui semblait commander les gardes eut un hochement de tête :
-Merci beaucoup. Nous nous chargeons de prévenir sa famille. Nous emmenons le corps avec nous pour plus d'expertise et pour qu'ensuite la famille puisse lui donner des funérailles dignes de ce nom. Nous nous occupons également de remettre la pièce dans l'ordre et d'arrêter le salaud qui a fait ça.
Il eut un sourire compatissant pour la pauvre femme.
-Il vaudriez mieux que vous vous reposiez aujourd'hui. Vous avez eu beaucoup d'émotion. Et l'auberge devra être fermée le temps de l'enquête.
-Oui, je comprends…
-Seuls resteront les clients déjà présents, qui sont tous suspects.
Sakuya eut un tressaillement qui n'échappa pas à l'homme. Il la dévisagea un court instant avant de reprendre, d'une voix douce :
-Ne vous en faites pas, madame, ce n'est que la procédure normale. Cela ne signifie pas que vous soyez accusée de quoique ce soit. Comment une aussi jolie femme comme vous aurait pu commettre un acte d'une telle barbarie ?
« Je rêve ou il la drague ? » se demanda Tokito en se retenant pour ne pas rire.
Elle jeta un coup d'œil derrière son épaule pour voir où était Kyoshiro. Celui-ci était au seuil de la porte, certainement qu'il avait tout entendu et qu'il se tenait prêt à réagir au cas où l'autre aille trop loin. Cependant, rien de tout cela n'arriva.
Alors que les quatre hommes allaient laisser ces deux charmantes demoiselles, l'un d'eux reprit, une subite idée en tête :
-D'ailleurs, je voulais savoir, à quelle heure fermez-vous les portes de l'auberge ?
-La porte d'entrée est fermée à onze heures et demie. Mais le jardin reste ouvert jusqu'à minuit.
-Cela signifie donc qu'après minuit, plus personne ne peut entrer ou sortir ?
La réceptionniste hocha la tête.
-Les clients ont-ils un double des clés ?
-Non. S'il y a un problème, mes appartements de fonction communiquent avec l'auberge par un couloir, près de la salle à manger. Ils peuvent donc venir m'y trouver. Tout comme ils peuvent venir sonner chez moi de l'extérieur si jamais ils ont raté l'horaire de fermeture. Cependant, cette nuit, personne n'est venu me déranger.
-Si la personne est extérieure aux clients de l'auberge, elle avait jusqu'à minuit pour repartir, murmura le garde en réfléchissant.
-Ce n'est pas possible !
Cette voix les fit tous se retourner. Yuya était là, plantée au milieu du hall, face à quatre hommes abasourdis par cette intervention et dos à une Tokito qui se demandait ce qui lui prenait.
-Comment cela, ce n'est pas possible ? interrogea le chef de gardes, très intéressé, en se tournant vers elle.
-Elle n'a pas pu mourir avant minuit parce que…
-Parce que ?
Yuya commençait à se demandait si elle ne faisait pas une grossière erreur. Cependant, le regard de l'homme était tellement insistant et presque menaçant qu'elle acheva :
-Parce qu'à minuit, nous étions encore dans le salon.
« Génial… songea Tokito. Comment nous faire passer pour des suspects numéro 1 ! ».
La chasseuse de prime se mordit la lèvre en réalisant l'ampleur de sa gaffe.
-Intéressant… à minuit, vous étiez dans le salon ? Qui ça, vous ?
-Euuuh…
-Vous et tout votre groupe qui nous observe avec attention depuis la salle à manger ? suggéra un second garde.
Yuya ne répondit pas.
« Pitié, que quelqu'un dise autre chose ! Pourquoi me suis-je laissée emportée, hein ?! ».
Le chef se planta face à la jolie blonde :
-Tu sais que tu te mets, toi et tous tes amis d'ailleurs, dans une situation délicate. Si personne n'a pu agir avant minuit, c'est que le coupable est toujours ici. Ou alors qu'il est reparti dans la matinée. Mais j'en doute, n'est-ce pas ? ajouta-t-il en se tournant vers la réceptionniste.
-Hein ? Euuuh…
-Combien de personnes ont-elles quitté l'auberge ce matin ?
-Personne n'a quitté l'auberge… pas que je sache…
L'homme se concentra de nouveau sur Yuya :
-Puisque vous semblez être restés assez longtemps dans le salon, pourquoi n'auriez-vous échafaudé cet empoisonnement à plusieurs ?
-Mais vous êtes fous ? répliqua la jeune fille en reculant de quelques pas, effrayée par cette proximité. Pourquoi on l'aurait fait, d'abord ? On ne la connaissait même pas, cette fille !
-Tut, tut, tut… plus tu essaies de te défendre, ma jolie, plus tu t'enfonces. Ce pourrait être justement un crime sans mobile. Certains fous font bien cela, non ?
Yuya sentit la panique la gagner quelque peu. Soudain, une main chaude et rassurante se referma sur son épaule et la calma. Elle leva les yeux. Kyo. Il ne souriait plus. Il fixa le garde de ses yeux rouges :
-Elle vous dit la vérité. Nous n'avons pas touché à un cheveu de cette femme. Nous ne la connaissions même pas. Nous avons été aussi surpris que vous de découvrir son corps.
-Je vous connais, commença l'homme en fronçant les sourcils. C'est bien vous, Onime no Kyo ?
Le samouraï ne répondit pas de suite mais tira son sabre du fourreau :
-Vous avez vu juste. Et si vous ne voulez toujours pas croire au récit de ma planche à pain (Yuya rougit très fortement) on peut régler ça.
Il pointa son sabre en direction de l'homme qui, subitement, perdit toute son assurance. Il revint vers ses compagnons en grommelant :
-C'est bon, c'est bon… on récupère le corps et on met sur place des enquêteurs. Ce n'est plus notre boulot après…
-Merci, Kyo…
-La prochaine fois, réfléchis à deux fois avant de parler, commenta le samouraï en rangeant son arme.
-Oui… promis…
Yuya esquissa un sourire soulagé. Kyo la regarda un instant avant de sourire à son tour :
-N'empêche, je l'aurais bien défiguré, ce type. D'où il croit qu'il peut appeler ma planche à pain ma jolie ?
La blonde rit :
-Ce que tu es possessif !
-Et d'où il croit qu'il peut draguer librement Sakuya, comme ça, sous nos yeux ? compléta Kyoshiro avec une moue.
La chamane, qui était revenue vers le groupe après s'être assurée que la réceptionniste allait mieux, passa un bras autour du cou de son amant et l'embrassa sur la joue :
-Sois pas jaloux comme ça !
Tokito, qui était toujours dans le hall, observa un instant les deux couples.
« Pff… c'est pathétique… Ils sont bien tous sympas mais je ne pensais pas que je les retrouverais dans ces mièvreries à l'eau de rose. Surtout Kyo… Ah, ça brise tout le mythe ! ».
Dans un soupir, elle rejoignit ses amis quand Yuya lui fit signe de venir avec un sourire.
Le reste de la journée se déroula dans le huis clos de l'auberge. Bien évidemment, personne n'avait le droit de sortir. Même le jardin était condamné pour cette première journée, le temps que des gardes prennent position afin d'empêcher toute fuite. Cependant, Tokito savait bien que ces précautions étaient inutiles s'ils avaient à faire à quelqu'un ayant un minimum de compétences. Même un ninja bas-gradé saurait, de nuit, échapper à la vigilance des gardes pour s'enfuir.
Toute la journée, elle guetta la famille aristocratique. Elle voulait savoir ce qu'il s'était passé exactement cette nuit-là, dans le jardin. Avec celle dont elle connaissait désormais le nom. Eiko Tôga. Un joli nom, Eiko. Mais cela ne lui disait rien. A priori, elle n'était pas issue d'un illustre clan dont elle aurait entendu parler. Enfin, elle pouvait poser un nom sur ce visage qui l'intriguait tant. Mais à quoi cela l'avançait-elle ? Pas grand juste. Juste une satisfaction personnelle.
A midi, elle vit la mère et les enfants. Mais pas de mari. Dans l'après-midi, elle faillit entrer en collision avec la petite fille qui dévalait en courant les escaliers. Enfermés toute la journée, les gosses avaient besoin de courir, bouger, crier. Ils voulaient sortir et ils cassaient les oreilles d'un peu tout le monde. Où donc était leur éducation impeccable qu'elle avait cru percevoir chez eux, le premier jour ?
« Mon Dieu, ce que ça peut être chiant un gamin, pensa la jeune Mibu. Rappelez-moi surtout de ne jamais en avoir… ».
Cependant, le père n'apparaissait toujours pas. Voilà un comportement bien étrange. Plus que suspect, même. Tokito songea un instant à essayer de tirer des infos de sa femme. Mais elle renonça bien vite quand la femme en question lui cria d'arrêter de fixer ses enfants comme ça. Enervée, elle avait quitté le hall, les bambins sur les talons, en la traitant de pédophile et autre nom tout aussi gentil. Tokito n'avait même pas eu conscience qu'elle regardait les enfants avec autant d'insistance. Elle soupira en s'enfonçant un peu plus dans le fauteuil qu'elle occupait. Le salon ayant été condamné, la réceptionniste avait alimenté le hall en poufs et fauteuil, pour en faire une pseudo salle de séjour, le temps que tout revienne à la normale.
L'espace était nettement plus restreint depuis qu'il n'y avait plus le jardin ni les possibilités d'aller en ville. Heureusement, il y avait peu de clients (si on ne compte pas le Kyo-team) et la sensation de vivre les uns sur les autres n'était pas trop grande.
Le soir, personne ne fut très enthousiaste pour une nouvelle beuverie ou quelque chose dans le genre. De toutes les façons, l'accès aux bars leur était fermé. Heureusement, la réceptionniste avait obtenu le droit de sortir pour faire des courses et Kyo lui avait passé commande de nombreuses bouteilles (payées avec l'argent de Yuya, évidemment !).
Tokito jouait aux cartes dans un coin avec Akari, Sasuke et Mahiro. La chamane avait proposé que le perdant dévoile à chaque fois un secret aux autres joueurs. Proposition immédiatement refusée par les trois autres.
-Tu en sais déjà assez sur nous pour pas en rajouter, avait argumenté Tokito.
-Pff… t'es pas drôle ! Je n'en sais jamais assez sur vous !
Au bout de trois parties, la jeune Mibu se lassa et laissa la place à Kyoshiro qui les observait depuis un moment. Elle marmonna qu'elle allait se coucher et partit en direction de l'escalier. Alors qu'elle gravissait les marches, elle se dit qu'elle ne se rappelait absolument pas les avoir gravies la veille. Pourtant, si Akira disait vrai, c'était lui qui l'avait aidée à se coucher… Avec les évènements de la journée, elle n'avait pas repensé à ce fait-là. Il l'avait aidée à se coucher… Pourquoi lui, d'ailleurs, hein ?!
Elle arriva au premier étage et elle le vit, à quelques pas, qui se dirigeait vers la chambre qu'il partageait avec Kyo. Il lui tournait le dos mais bien évidemment qu'il l'avait sentie venir. Elle aurait pu partir de son côté et aller se coucher tranquillement, sans même lui adresser un nouveau regard. Cependant, elle ne comprit pas vraiment ce qui l'anima au moment où elle accéléra le pas et où elle l'appela :
-Akira !
Le jeune homme s'arrêta et mit quelques secondes avant de se décida à lui faire face.
« Merde, pourquoi je l'ai appelé ? Qu'est-ce que je vais lui dire ? Je ne vais quand même pas m'excuser, si ? Nooon, ce n'est pas mon genre… ».
-Quoi ?
Sa voix était froide, glaçante. Tokito prit sur elle et ne se laissa pas décontenancer.
-Je voulais…
« M'excuser pour tout à l'heure… »
-…te remercier pour hier soir.
« Et voilà, tu fuis encore ! Mais bon, ça aussi, c'était vrai… Il fallait que je le remercie, non ? »
Akira leva un sourcil mais ses traits ne se détendirent pas.
-C'est plutôt Yuya, qu'il faudrait que tu remercies. Je n'aurais jamais fait ça si elle ne me l'avait pas ordonné.
« Merde, c'était pas le bon truc à dire… En même temps, il ne s'attendait certainement plus à des excuses qu'à autre chose. Pourquoi je n'arrive pas à lui dire pardon ? ».
Voyant qu'elle restait muette, le jeune homme n'ajouta rien, lui tourna de nouveau le dos et regagna sa chambre. Le temps qu'elle réalise, il avait déjà déserté le couloir. Elle fut un instant tenté d'aller le chercher jusqu'au fin fond de sa tanière pour lui dire qu'elle était désolée mais se retint. Il n'apprécierait pas qu'elle entre comme ça, à l'improviste. Surtout après le ton froid avec lequel il lui avait répondu. Elle comprit alors ce qu'il avait pu ressentir lorsqu'elle-même lui avait livré une réponse cinglante et si peu emprunte de gentillesse.
En colère contre elle-même et terriblement triste, elle finit par abandonner et par aller se coucher.
Dans la chambre, elle enfila rapidement un yukata de nuit et se glissa entre les draps pour réfléchir dans le noir. Tout tournait et s'emmêlait. Des noms, des visages, des informations. Eiko. L'homme qui l'observait. Un meurtre commis à deux heures du matin au plus tard. Le fait que le corps n'ait pas pu être déposé avant minuit dans le salon puisqu'ils y étaient. Sa carte, qui représentait un comédien. Et puis Akira. Pourquoi faisait-elle un tel blocage quand il s'agissait de s'excuser ? Elle ne voulait pas qu'il la haïsse. Pas pour ça, en tout cas.
La porte s'ouvrit doucement et Yuya entra. Tokito se redressa.
-Tu ne dors pas ? demanda la chasseuse de prime.
-Non, je réfléchissais.
-Tu réfléchissais à quoi ?
-A tout et à rien…
Yuya dut percevoir la tristesse dans sa voix car, tandis qu'elle se changeait dans le noir, elle continua :
-Quelque chose ne va pas ? Tu as une petite voix. Tu es triste ?
-Non, ça va.
-Tu parles, je ne m'appelle pas Akira et je n'ai pas des yeux du cœur, mais j'arrive quand même à percevoir un minimum les émotions dans la voix !
En entendant le nom de samouraï des glaces prononcé par la bouche de son amie, Tokito ne put retenir les quelques larmes qui la démangeaient de couler. Presque paniquée, Yuya vint s'asseoir au bord de son lit.
-Eh ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ? J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ? Dis-moi. Je suis ton amie, non ? Je suis là pour te consoler quand tu es triste.
Tokito sentit, plus qu'elle ne le vit, le doux sourire rassurant sur les lèvres de la blonde. Elle s'en voulut de s'être mise à pleurer comme ça, ouvertement. Mais elle devait avouer que ça faisait du bien. Elle essuya ses larmes avec la manche de son yukata.
-T'es gentille, Yuya.
La jeune fille passa un bras amical autour de ses frêles épaules :
-Raconte-moi tout ! Quelqu'un t'a fait du mal ? Si c'est le cas, il va m'entendre gueuler demain !
Tokito eut un rire. Après un instant de silence, elle se décida à prendre la parole :
-N…non, en fait… tout est de ma faute.
Après une inspiration, elle se lança de son récit. Yuya l'écouta sans l'interrompre. A la fin, elle sembla réfléchir un peu sur ce que son amie lui avait dit avant de répondre :
-C'est vrai que parfois, tu peux être blessante sans t'en rendre compte. Mais je sais qu'au fond, ce n'est pas ce que tu veux et tu as bon cœur ! Je pense qu'Akira aussi, le sait. Sauf que… c'est naturel qu'il attende que tu manifestes de toi-même tes regrets. Mais ne t'inquiète pas. Ce n'est pas le genre de type à haïr quelqu'un pour si peu. Il doit juste être… un peu froissé, c'est tout. Mais demain, tu iras lui dire que tu t'excuses, tu trouveras le courage de le dire et tout ira mieux. Je te le promets. En attendant, je crois qu'il faut que tu dormes. Ca a été une journée assez mouvementée. Tu auras les idées plus claires demain matin.
Yuya lui fit un large sourire. Elle attendit un moment avant de demander :
-Ca va mieux ?
-Oui… merci…
Petit silence. La chasseuse de prime regagna son lit.
-Tu sais, reprit Tokito après un moment, je suis contente pour toi que tu sois avec Kyo.
-C'est gentil !
-Ca faisait un moment que tu attendais, non ?
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?!
La jeune Mibu eut un sourire amusé :
-Ne crois pas que je sois idiote, je vois bien comment tu le dévores des yeux et ce petit manège dure depuis un certain moment. On vous a tous percés à jour, tu sais !
Elle rit dans le noir. Yuya fit la moue :
-Pff…
Silence. Les deux jeunes filles étaient plongées dans leurs pensées.
-Et toi, tu aimes Akira ?
La question surprit Tokito bien qu'elle aurait dû y être habituée, depuis le bain de nuit de la veille. Cependant, l'ambiance était différente à ce moment-là. Seule Yuya était présente et elle semblait très sérieuse.
-Pourquoi ?
-Oui ou non ?
-Je ne sais pas…
-Personnellement, je pense que oui, répondit la chasseuse de prime en se retournant sous les couvertures. Toi, Tokito Mibu, tu ne pleurerais pas pour n'importe qui.
-Arrête de raconter n'importe quoi !
Sur ce, les deux amies se souhaitèrent bonne nuit et s'endormirent rapidement, écrasée par la fatigue et les évènements du jour.
Ca vous a plu ? Reviews ? :D A la prochaine pour en apprendre plus ^^ (et savoir si Tokito saura s'excuser ! :3)
