Merci, merci, merci pour vos reviews, ça me fait tellement plaisir ! :3 Ca me donne vraiment envie d'écrire et puisque vous avez été si gentils, la suite vient vite ^^ Un chapitre un peu différent des autres, peut-être un peu moins romantique mais qui continue de percer le mystère de la mort d'Eiko :) J'espère qu'il vous plaira ^^

Breaker : la L c'est trop génial ! Moi-même j'ai fait un bac L et franchement, j'ai adoré cette filière :D Pour Phèdre, au moins, si tu l'étudies cette année, tu seras en avance pour l'année prochaine parce que normal, ce devrait rester au programme de litté ;) Je suis contente que tu trouves Tokito attachante ^^ (j'aime tellement ce personnage !).

Yuya82 : contente que ma fic te plaise toujours autant :) Tu auras d'ailleurs la réponse à ta question dans ce chapitre :D

Neliia : Haha c'est vrai que c'est chiant qu'on te reproche d'être coincé si tu ne bois pas xD Ensuite je suis d'accord, pour le moment je cherche plus à installer les différents éléments qu'à mener les personnages au front. Mais dans mon fil rouge, ma fanfic relève plus de l'enquête que de l'action pure et dure (même s'il y en aura quand même un peu. Même en vacances, il faut que les samouraïs se battent ;)).

Tytania : eh oui, on avance peu à peu, pas à pas :D Un peu plus d'informations dans ce chapitre-là ^^

Ridelliz : je suis tellement d'accord : les fanfics Akira/Tokito sont assez rares. Pourtant, ils formeraient un si joli couple ! (mon couple favoris, d'ailleurs :p). C'est pour ça que j'aime beaucoup écrire sur eux. Et je suis contente si cette fanfic te plaît. Ce chapitre est assez centré sur ces deux personnages ^^

Yakyo : héhé oui, Kyo aime embêter Yuya, c'est sa preuve d'amour ;) J'espère que ce nouveau chapitre te plaira :D

Très bonne lecture à tous !


Tokito ouvrit brusquement les yeux. Il faisait encore nuit noire. Elle ne savait pas bien ce qui l'avait réveillée. Une sensation, un pressentiment. Un bruissement presque imperceptible mais qui avait alarmé ses sens aiguisés.

Elle se redressa et scruta dans l'ombre la silhouette de Yuya. Celle-ci semblait dormir profondément. Sa respiration était lente et régulière. Pas le moindre mouvement. Silencieuse, Tokito s'extirpa de ses couvertures. Elle ne savait pas bien ce qu'elle faisait. Mais la curiosité la poussait à aller mettre le nez dehors pour voir ce qui avait provoqué chez elle un tel réveil. Certainement que ce n'était pas grand-chose. Cependant, il fallait qu'elle en ait le cœur net ou elle ne parviendrait pas à se rendormir.

Sur la pointe des pieds, elle ouvrit la porte de la chambre. Heureusement, celle-ci ne grinça pas et elle put se faufiler en toute discrétion dans le couloir.

Tout était calme. Personne en vue. Pas le moindre souffle, le moindre mouvement. Pendant un instant, elle pensa qu'elle se faisait des idées, qu'elle était encore bien trop sur ses gardes, comme elle en avait l'habitude quand, avec Akira, ils campaient dans des zones non sécurisées, perdues au fin fond de la campagne.

Néanmoins, après quelques secondes, elle détecta tout de même une ombre, qui descendait les escaliers silencieusement. Intriguée, elle la suivit à distance, tentant de se fondre dans la nuit.

L'ombre arriva dans le hall vide, sans se douter qu'elle était suivie de loin (Tokito se félicita en passant de ses capacités à filer un inconnu). Elle se dirigea vers le comptoir et sembla chercher quelque chose en dessous. La jeune Mibu l'observa en plissant les yeux pour essayer de mieux voir. Pendant un court instant, elle regretta de ne pas être nyctalope. La personne avait pris quelque chose que Tokito ne parvenait pas à identifier. Ne pouvant reconnaître l'objet, elle tenta alors de reconnaître l'inconnu. Si elle ne voyait pas énormément dans le noir, elle pouvait cependant le confondre par son aura. Elle se concentra afin de pouvoir poser un visage et même un nom sur ce qu'elle ressentait. Et soudain, elle sut.

C'était celui qu'elle guettait depuis des heures. Il était enfin sorti de sa tanière. Le renard montrait enfin son museau.

Tokito sortit de l'ombre alors que l'homme, qui avait abandonné ses riches vêtements occidentaux pour un simple kimono, introduisait une clé dans la serrure de la baie vitrée conduisant au jardin.

« La réceptionniste gardait un double des clés caché sous le comptoir, pensa la jeune fille. Elle s'est bien gardée de révéler ça aux gardes ce matin… ».

-Où croyez-vous que vous allez ? demanda Tokito à voix basse, afin de ne pas réveiller toute l'auberge.

L'homme eut un sursaut et crut que son cœur allait s'arrêter. Qui était là ? Qui l'avait démasqué ? Lentement, il se retourna. Quelle ne fut pas sa surprise quand il vit, face à lui, une jeune fille, presque une gamine, qui l'observait de ses yeux verts perçants.

L'homme fut décontenancé par la puissance de ce regard. Sa main trembla ainsi que ses lèvres. Pourquoi l'avait-elle suivi ? Avait-elle quelques soupçons envers lui ? Où avait-il gaffé ?

Tokito fit un nouveau pas vers l'homme avant de reprendre, puisqu'il ne semblait pas vouloir répondre :

-Avouez tout de même que vous avez un comportement suspect. Une femme se fait assassiner et vous voulez fuir de nuit ? Sans compter que cette femme, vous la connaissiez, je me trompe ?

Le tressaillement qui anima son interlocuteur ne lui échappa pas. Elle avait touché le point faible. Elle était entrée dans la brèche. A présent, il fallait qu'elle continue de creuser jusqu'à ce qu'il parle.

-La nuit de son meurtre, vous observiez Eiko dans la nuit. Je vous ai vus, tous les deux, dans le jardin.

-N…non… vous ne pouvez…

-Si, je vous l'assure. Elle était assise sur un banc en train de fumer. Vous étiez à quelques pas d'elle, dans le noir, en train de l'observer. Pourquoi ? Je l'ignore. Mais je suppose que vous allez me le dire.

Il y eut un petit silence. Les tremblements de l'homme reprirent. Il ne savait pas qu'il avait été remarqué dans le jardin. Avec un tel témoignage, il devenait immédiatement suspect n°1. Cependant, la jeune fille n'avait pas mentionné ce détail aux gardes. Cette idée lui fit reprendre espoir. Si elle ne l'avait pas dit, c'était parce que ce n'était pas vrai. Elle ne l'avait pas réellement surpris dans le jardin. Elle avait peut-être vu Eiko, mais pas lui. Elle avait inventé ce mensonge pour le coincer. Et il se trouvait, par une totale coïncidence, que ce qu'elle disait fût vrai : oui, il était là, tapis dans l'ombre, à l'observer. Mais jamais cette gamine ne l'avait remarqué. Tout cela n'était qu'une farce destinée à lui faire porter le chapeau !

Reprenant quelque peu confiance en lui, il répliqua :

-Puisque vous êtes aussi sure de vous, pourquoi n'avoir rien dit de tout cela aux gardes ce matin ?

-Ces gardes sont des abrutis. Des putain de sales abrutis ! Ils ne savent rien faire d'autre que poser des questions ritournelles et draguer des filles. Ils ne méritaient pas d'avoir une telle information. Parce que celui qui a empoisonné Eiko, c'est moi qui vais le coincer.

Elle afficha un large sourire flippant à l'homme qui, d'un seul coup, perdu toute contenance. Il lisait dans son regard qu'elle disait vrai. Elle pensait entièrement ce qu'elle affirmait. Elle n'aimait pas ces gardes et elle était déterminée à résoudre cette affaire seule.

-Et puis, reprit-elle après un temps, si j'avais dit ce que j'ai vu l'autre soir, ces crétins auraient sauté sur l'occasion pour bâcler leur enquête. Ils vous auraient déclaré coupable et tout serait fini. Sans que le réel meurtrier ne soit arrêté.

-Cela veut dire que vous ne me croyez pas coupable ? demanda l'homme, méfiant.

-Cette idée m'a effleurée, en effet. Cependant, vous êtes trop empoté, trop maladroit pour avoir pu commettre cet acte.

L'homme prit sur lui les critiques que lui avait balancées la jeune fille. Lui, empoté et maladroit ? Comment pouvait-elle dire une chose pareille d'un riche entrepreneur, hein ? Néanmoins, il ne fit aucune remarque. Elle ne le tenait pas pour responsable, alors…

-Lorsque vous agissez, vous prenez trop de précautions. Tellement, qu'elles sautent aux yeux de tout le monde. Après le meurtre, vous ne vous êtes pas pointé une seule fois hors de votre chambre. Si vous étiez réellement le coupable, vous auriez agi tout autrement. D'abord faire comme si de rien n'était. Reprendre une vie normale, avec votre femme et vos enfants. Continuer de déjeuner dans la salle à manger. Le meurtrier est quelqu'un de plus professionnel, à mon avis. Vous n'êtes qu'un aristocrate qui n'a jamais vu un champ de bataille en vrai, qui n'avez jamais été confronté à la mort. Le sang, la peur, la vie qui s'écoule comme l'eau entre les doigts… vous ne connaissez pas tout ça.

Son regard était dur alors qu'elle fixait l'homme droit dans les yeux. Son assurance était telle que celui-ci se sentait tout petit face à elle. Elle était peut-être une gamine, mais elle avait de la présence. De la confiance en elle-même. Et lui, Keichi Odura, autrefois si fier de sa fortune et de son statut social, se sentait à présent si ridicule.

Sans plus pouvoir se contrôler, il se mit à fondre en larmes :

-Je ne voulais pas… il… m'a obligé… je devais… je devais juste la surveiller ! M'assurer que… qu'elle ne quitterait pas l'auberge avant… avant qu'il ne vienne…

Il renifla alors que son corps était secoué de spasmes.

-Qui ça, il ? demanda Tokito.

-Je… je ne sais pas. Il est venu un jour. Il m'a trouvé sur mon lieu de travail. Il m'a dit que… qu'il avait une mission pour moi. Que son maître avait une mission pour moi.

La jeune fille fronça les sourcils. Quelqu'un dans l'ombre qui orchestrait tout ça ?

-Et que si je refusais… il… il tuerait ma femme et mes enfants puis tous ceux qui me sont chers…

Avec rage, il essuya les larmes qui roulaient sur ses joues creusées par les rides.

-Votre mission était de surveiller Eiko ?

-Je devais venir ici, avec ma famille. Il a bien insisté sur ce point. Je pense que c'était… c'était pour nous avoir tous à l'œil. Bien sûr, je ne devais pas en parler à ma femme. Ca devait être un secret. L'homme m'a décrit celle que je devrais surveiller. Pour que je la reconnaisse bien, il a dit qu'elle portait toujours un pendentif au cou, représentant un dragon, et que sur sa joue gauche il y avait une légère balafre. Il ne m'a pas expliqué d'où elle venait.

Tokito hocha lentement la tête. Elle avait remarqué le pendentif lorsqu'elle avait pris son pouls. Mais pas la balafre. A croire que la femme avait réussi à la dissimuler totalement sous son maquillage.

-Ensuite… ensuite…

Keichi déglutit avant de reprendre :

-Il a terminé en disant que je devrais la surveiller et m'assurer qu'elle ne quitte pas l'auberge jusqu'à ce que le bras armé de l'ombre vienne la trouver.

-Le bras armé de l'ombre ?

-C'est exactement ce qu'il m'a dit. J'avais tellement peur que je n'ai pas demandé ce que c'était ou qui c'était. J'ai juste dit que j'obéirai. Et j'ai obéi. Depuis quatre jours, je la surveille. Je crois qu'elle était au courant que quelqu'un serait là, pour contrôler le moindre de ses mouvements. Elle ne m'a pas posé de problème. Elle restait calme, à attendre. Mais… je ne pensais pas que ça tournerait aussi mal ! Je ne pensais qu'elle se ferait… qu'elle se ferait…

Les mots se perdirent dans sa gorge. Le regard de Tokito passa de l'homme à la baie vitrée dans la serrure de laquelle la clé était toujours présente.

-Et maintenant, vous fuyez, murmura-t-elle.

Comme si elle venait de lui rappeler ses intentions premières, Keichi essuya ses joues avec la manche de son kimono et son regard se durcit :

-N'essaie pas de m'en empêcher.

Tokito nota le ton qui était radicalement différent. En plus, il la tutoyait. Non mais, pour qui il se prenait, cet abruti d'humain ?! Néanmoins, elle n'en fit aucune remarque à l'homme.

-Vous abandonnez votre femme et vos gosses, répondit-elle à la place.

-Ils seront plus en sécurité si je ne suis plus là.

-Vous allez laisser votre femme dans l'ignorance.

-Et alors ? A-t-elle réellement besoin de savoir ? Elle me croira mort ou coupable, je m'en fiche. Elle finira par m'oublier. De toutes les façons, même quand je suis là, elle m'oublie. Elle ne se gêne pas pour aller fricoter ailleurs. Cette salope, ajouta-t-il entre ses dents.

« Mon Dieu, vive la famille… ! » songea Tokito en tentant d'imaginer d'un côté le vieil aristo qui passe ses journées à admirer sa position sociale et son fric, la femme, délaissée qui va se trouver quelques amants par-ci par-là et les gosses qui gueulent un peu partout dans la maison.

Prise dans ses pensées, elle ne remarqua pas de suite que l'homme s'était approché d'elle. Avec une force qui la surprit, il la plaqua contre le mur opposé. Son visage, moitié dans l'ombre, moitié dans la lueur de la lune devenait quelque peu effrayant :

-Tu ne me livreras pas, gamine. Maintenant que tu sais ce que tu voulais savoir, tu vas retourner tranquillement te coucher et me laisser faire ce que j'ai à faire. Sinon…

Il n'acheva pas sa phrase. Tokito allait l'expédier s'encastrer dans la baie vitrée quand elle sentit quelque chose changer dans l'air. Tout s'était refroidi subitement. Cela surprit grandement Keichi qui relâcha sa prise. D'où provenait ce froid intense ?

La jeune fille poussa un soupir d'agacement. Pourquoi avait-il toujours le don d'apparaître aux moments où elle avait le moins besoin de lui, se donnant à nouveau le rôle du sauveur alors qu'elle se serait très bien débrouillée sans lui. Ce n'était pas un vieil aristo froussard et lâche qui allait lui faire peur !

Akira apparut dans les escaliers. Vêtu d'un kimono simple et les cheveux en bataille, il venait, à priori, tout juste de se réveiller.

-Qu'est-ce que tu fous là, toi ? demanda Tokito, mécontente de le voir arriver subitement.

-Je pourrais te retourner la même question.

-Oui mais c'est moi qui l'ai posée en première alors c'est à toi de répondre !

-On dit en premier. Apprends à parler avant de donner des ordres.

-Que… ? Sale minable ! Tu crois pouvoir me donner des leçons ?

-En tout cas, je suis bien plus en position de donner des leçons que toi. Je te rappelle que tu as quand même perdu face à moi.

-Tu n'as jamais voulu m'accorder de revanche, triple abruti ! Sinon, je t'aurais mis au tapis depuis longtemps et tu aurais enfin ravalé ta fierté pourrie !

Leur joute verbale continua un moment. Tokito était énervée qu'il se soit encore mêlé de ses affaires. En même temps, elle ressentait toujours ce malaise qu'elle avait depuis le matin. Depuis qu'elle n'arrivait pas à présenter ses excuses. Alors pour étouffer ce malaise, elle l'insultait encore plus, histoire d'oublier, de se cacher derrière ses injures et de fuir, encore et toujours.

Ce fut Akira qui mit fin à leur dispute lorsqu'il s'exclama :

-Merde, il se barre !

En effet, Keichi avait profité de leur moment d'inattention pour ouvrir rapidement la baie vitrée. A présent, il traversait le jardin à grands pas. Akira s'apprêtait à le geler sur place pour le retenir quand Tokito posa une main sur son épaule :

-Laisse-le. Je suis persuadée qu'il m'a dit la vérité. Ce n'est qu'un lâche qui, à présent, veut fuir ses responsabilités. Mais il n'a pas commis ce meurtre –même s'il pourrait être considéré comme complice. Laissons-lui sa chance.

Le samouraï se retourna, surpris, vers la jeune fille. Depuis quand était-elle si magnanime ? Depuis quand laissait-elle des chances de survie aux autres ? Cependant, il obtempéra et laissa l'homme courir pour s'échapper.

Lorsque le calme revint, Tokito s'aperçut qu'elle avait toujours la main posée sur l'épaule d'Akira. Aussitôt, elle la retira, s'attendant à des remarques sarcastiques de sa part. Mais il ne dit rien, son attention de nouveau tournée vers le jardin. Elle se laissa tomber sur une des marches de l'escalier. Ni l'un ni l'autre ne parla.

La baie vitrée ouverte laissait passer l'air froid de la nuit. Mais ils ne la refermèrent pas. D'un commun accord silencieux, ils décidèrent de tout laisser tel quel. Que personne ne sache qu'ils étaient là, qu'ils avaient assisté à la fuite sans rien faire pour retenir le suspect.

Tokito se demandait pourquoi Akira s'était, lui aussi, réveillé. Pourquoi il était sorti de sa chambre. Leur joute verbale n'ayant absolument pas avancé les choses, ni l'un ni l'autre n'avait répondu à la fameuse question « qu'est-ce que tu fous ici ? ».

Un mouvement sortit Tokito de ses pensées. En levant les yeux, elle vit que le samouraï s'était désintéressé du jardin. Il n'y avait plus rien à observer. Il s'apprêtait à retourner se coucher. Il ne lui adressa pas une parole, pas un geste.

La jeune fille repensa aux paroles de Yuya, qui l'avaient tant réconfortée. Et au moment où il passa près d'elle, elle l'arrêta :

-Attends.

Il s'immobilisa et baissa la tête –à défaut du regard- dans sa direction.

Elle prit une grande inspiration avant de se lancer :

-Excuse-moi pour ce matin.

Voilà, c'était dit. Elle l'avait dit. Elle s'était excusée. Peut-être que le malaise qu'il y avait entre eux pourrait enfin passer.

-Je ne voulais pas être aussi froide, continua-t-elle sans le regarder. Je suis désolée…

Quelques secondes s'écoulèrent pendant lesquels il n'y eut aucun mouvement, aucun bruit. Puis doucement, Akira s'assit à côté d'elle. Elle en fut surprise. Sur son visage, elle vit un léger. Pas moqueur, ni sarcastique. Plutôt sincère. Elle en avait rarement vu des comme ça chez lui. Cela eut don de l'alarmer encore plus.

-Content que tu t'excuses enfin, dit-il simplement.

Tokito détourna le regard. Quand même, comment elle, une Mibu de haut rang en tant que ex-Taishiro, avait-elle pu s'excuser face à un minable pareil ? Bon, elle devait avouer que ça la soulageait un peu mais en même temps, elle n'avait pratiquement jamais présenté d'excuses à quelqu'un. Elle avait bien changé…

Un peu amusé par sa réaction, Akira posa doucement une main sur ses cheveux blonds :

-Ce n'est pas grave, tu sais, tout le monde peut s'excuser sans avoir honte.

Aussitôt, elle s'emporta, retirant avec brusquerie la main du samouraï :

-Qui a dit que j'avais honte ?

-Je vois les choses mieux que quiconque, je te rappelle, rit le jeune homme, sans oser compléter qu'en ce qui la concernait, il y avait tout de même des traces d'ombre.

-Pff… t'es qu'un minable. Je ne comprends pas comment j'ai pu m'excuser face à toi !

-T'es vraiment une fille bizarre, toi.

Tokito grommela quelque chose et repartit dans son mutisme. Le menton appuyé dans les paumes de ses mains, elle faisait la moue. Non, elle n'avait pas honte ! Enfin si… peut-être un peu… Elle était surtout effrayée par ses propres changements. Petit à petit, elle remarquait à quel point la Kyo-team avait su modifier son comportement et même sa personnalité. En particulier Akira. Comment pouvait-on réussir à la changer à ce point ?

-Au fait, tu n'as pas répondu à ma question de tout à l'heure, dit soudainement Tokito. Qu'est-ce que tu fous ici ?

-Une envie de bouger, répondit Akira en haussant les épaules. Je n'arrivais plus à dormir. Et toi ?

-Un pressentiment. Et je suis arrivée à temps sinon cet abruti d'aristo se serait barré et je n'aurais même pas eu son témoignage.

-Il a dit des trucs intéressants ?

-Ouais. Il a parlé d'une main armée de l'ombre et d'un homme qui est venu le chercher sur son lieu de travail. Ainsi que d'un autre individu appelé Maître. Mais ça ne donne pas grand-chose.

Akira laissa échapper un « ah ». Il ne comprenait pas pourquoi Tokito semblait s'être focalisée sur cette femme. Elle ne la connaissait même pas alors pourquoi chercher à tout prix la vérité ? Il comprit que depuis le matin, c'était l'image d'Eiko qui tournait et se retournait dans son esprit. Que c'était son image qui la hantait et qui occupait toutes ses pensées. L'image d'une morte presque inconnue. Sans comprendre pourquoi, il ressentit une espèce de jalousie. Elle ne lui avait jamais accordé un regard sauf pour réclamer une revanche. Et maintenant, elle courait après une morte à qui elle n'avait jamais parlé mais qui occupait déjà une grande place dans sa vie.

« Je ne peux quand même pas lui dire que c'est son aura qui m'a réveillé et m'a poussé à aller voir », songea-t-il.

En effet, c'était en sentant l'aura de la jeune fille qu'il s'était levé. Il s'était demandé comment cela se faisait qu'elle soit si présente et pourquoi Tokito ne dormait pas à l'heure qu'il était. Pendant un court instant, avec ce qui s'était passé, il avait eu peur qu'il lui arrive quelque chose. Il s'était rapidement repris, se disant qu'elle n'était pas n'importe qui et que le premier qui tenterait de lui faire du mal goûterait à ses fameuses cartes. Cependant, il était déjà à l'extérieur de la chambre et la curiosité l'avait poussé à avancer.

Tokito lâcha un bâillement suivi d'un frisson. Mine de rien, quand on reste assis à rien faire près d'une baie vitrée ouverte, il fait rapidement froid.

-On devrait retourner se coucher, dit alors Akira en se levant.

Il tendit la main à Tokito pour l'aider à se remettre sur ses deux pieds. Celle-ci fronça les sourcils, peu habituée à tant d'attentions de sa part. Néanmoins, elle accepta son service.

Ensemble, ils remontèrent au premier étage. Mais cette fois-ci, Akira n'avait pas à soutenir une Tokito titubante et celle-ci se rappellerait parfaitement cet épisode.

Chacun regagna sa chambre en silence. Ils avaient une nuit de sommeil à compléter.


Ce fut Yuya qui, quelques heures plus tard, la réveilla :

-Tokito ! Tokito ! Réveille-toi, y'a du nouveau !

-Hein ? Quoi ? Qu…

La jeune Mibu ouvrit des petits yeux encore ensommeillés.

-Du nouveau sur quoi ? demanda-t-elle en se redressant difficilement.

-Des soldats sont revenus à l'auberge. Le dragueur abruti d'hier et puis trois autres qu'on ne connaissait pas. Ils ont dit à la réceptionniste qu'ils avaient intercepté, dans la nuit, un type qui semblait fuir l'auberge. Ils lui ont demandé s'il y avait un Keichi Odura dans son registre. Et en plus tu ne sais pas la meilleure ? Ce type était installé à l'auberge avec sa femme et ses deux enfants et il les a abandonnés pour fuir !

A ces mots, Tokito se leva.

« Merde, comment cet abruti a réussi à se faire prendre ? Il n'est vraiment pas malin… ».

Sans prendre le temps d'enfiler sa tenue habituelle, elle dévala les escaliers, pieds nus et seulement vêtue de son yukata de nuit. Elle ralentit l'allure en arrivant dans le hall. Le soldat de la veille discutait avec la réceptionniste. Cette dernière demandait :

-Vous avez contacté la famille d'Eiko ?

-Non, pas encore. Mais vous savez, ça peut parfois prendre du temps pour les localiser surtout s'il s'agit d'une petite famille de campagne.

-Oui… je comprends. Enfin, l'essentiel est que vous ayez attrapé le coupable. L'auberge pourra bientôt être rouverte ?

-Nous ne sommes pas encore surs qu'il soit le coupable, précisa l'homme. Mais si cela peut vous rassurer, je suis intimement persuadé qu'il l'est. Dans ce cas, votre auberge pourra, en effet, bien rouvrir ses portes.

« Quel abruti, pensa Tokito. Avec quelles preuves peut-il être aussi intimement persuadé qu'il est coupable ? Ca se voit qu'il ne l'a pas observé de près. Empoté comme il est, il n'aurait pas fait de mal à une mouche. Il est juste bon à surveiller les proies avant que les réels chasseurs ne viennent ».


Keichi était assis par terre, dans sa petite cellule. Il faisait froid et les murs étaient humides. Sa tentative d'évasion avait raté assez rapidement. Il était un bureaucrate, un homme d'affaire, pas un ninja. Escalader un mur était, pour lui, épreuve difficile. Il n'était ni assez rapide, ni assez agile. Très vite, il avait été repéré par des patrouilles. Il avait essayé de fuir. Il avait couru aussi vite qu'il avait pu. Mais son corps était si peu entraîné qu'il s'était rapidement essoufflé. Et on l'avait pris. Il avait été emmené au poste. Et le voilà dans cette cellule humide et inconfortable, en attendant le verdict. Cela pouvait durer plusieurs jours. Il pensa un instant à sa femme et à ses enfants. Même si sa femme le trompait, même si ses enfants semblaient lui porter que peu d'affection, il les aimait. Il savait que tout cela était de sa faute. Il n'était pas assez présent. Il était toujours dans ses comptes et son argent. Toujours à participer à des réunions avec des puissants, histoire d'accroître son rang social. Il avait délaissé sa famille qui l'avait délaissé en retour.

Des bruits de pas se firent entendre. Keichi releva la tête. Quelqu'un allait vers sa cellule. Lorsque cette personne se rapprocha, son sang se glaça. Il avait toujours ce même manteau sombre, qui cachait son visage. Cette même démarche légère et gracieuse. Cette même aura terrifiante.

-Qu… que faites-vous ici ? demanda Keichi lorsque l'homme ne fut plus qu'à quelques pas de sa cellule. Comment avez-vous fait pour rentrer ? Il y a des gardes postés partout.

-Pff… ne me fais pas rire. Ces gardes sont si idiots qu'un éléphant pourrait passer sous leur nez sans qu'ils le remarquent.

Une sueur froide coula le long du dos de Keichi.

-Qu'est-ce que vous voulez ? J'ai fait ce que vous m'avez demandé. Pourquoi êtes-vous là ?

-Je de nouveaux ordres du maître. Il a appris votre situation. Il en a beaucoup ri, d'ailleurs. Puis il s'est dit que cette situation comportait du positif.

Il colla son visage encapuchonné contre les barreaux, faisant reculer Keichi qui craignait cette proximité.

-Voici ses ordres : plaidez coupable.

-C…comment ?

-Vous avez bien entendu, reprit l'homme d'une voix froide, plaidez coupable. Et nous épargneront votre femme, vos enfants et tout le reste.

-N…non… je n'ai rien fait… rien fait…

-La justice se fout de savoir si vous l'avez fait ou pas. Elle veut juste un nom. Un visage. Un coupable. Offrez-lui ce qu'elle souhaite, et nous vous assurons la sécurité de tout votre entourage.

Un silence lourd s'abattit sur les deux hommes avant que celui qui était encapuchonné ne commence à dégainer son sabre, de sorte que sa lame brillât dans l'obscurité de la prison.

-Sinon, vous savez ce qui les attend, tous, sans exception. Et nous ne vous promettons pas une mort simple et rapide. Ce serait trop doux pour quelqu'un qui a désobéi au Maître…

-P…pourquoi ?

-Les ordres sont les ordres. Je ne suis que le messager. Votre vie, donnée à la justice, contre la leur. Je suis persuadé que vous ne pouvez pas refuser ça.

Sur ce, l'homme rangea son sabre et tourna les talons.

-A…attendez ! On peut… on peut s'arranger ! Je suis sûr qu'on peut trouver un accord !

Mais son interlocuteur ne se retourna pas. Bientôt, il fut comme aspiré par l'obscurité.


Dans l'après-midi, la nouvelle tomba : le meurtrier de l'auberge avait été arrêté. Il avait fini par avouer que c'était lui, qui avait empoisonné la pauvre Eiko. Son mobile ? Vengeance sentimentale. Une maîtresse qui lui a joué un sale tour. Son nom ? Keichi Odura. Sa peine ? La mort.

Tokito resta un moment immobile quand la réceptionniste rapporta la nouvelle. La Kyo-team occupait sa journée dans le salon, entre jeux, saké et discussions. Depuis l'annonce de la condamnation à mort du meurtrier, l'ambiance, déjà assez lourde, s'était nettement refroidie.

La femme de Keichi éclata en sanglots. La réceptionniste tenta de la consoler tandis que Kyoshiro cherchait quelque chose dans son sac.

-Qu'est-ce que tu fais ? demanda Sakuya.

-Je crois que j'ai emporté une solution qui soulage des émotions fortes. Si je la retrouve, je la donnerai à cette pauvre femme.

-Je doute que tes solutions soient conseillées, soupira Sasuke, un air désespéré sur le visage.

-Elle va encore exploser, ajouta Shinrei d'un ton plat.

-Et tu vas être désespéré d'avoir encore raté ton coup, acheva Sakuya avec un petit sourire.

-Que de pessimisme en vous !

Retirée dans son coin, Tokito ne parvenait pas à comprendre. Il avait plaidé coupable. Pourquoi ? Qu'est-ce qui lui avait pris de s'accuser de choses qu'il n'avait pas faites ?

-En fait, je n'aurais pas dû le laisser partir, murmura-t-elle d'un ton si bas que seul Akira, qui était à côté d'elle, l'entendit. S'il était resté ici, il aurait été moins en danger…

-Tu n'as pas à t'en vouloir, répondit le samouraï. C'est lui qui a fait le mauvais choix, c'est tout.

-Qui a dit que je m'en voulais ?

-Et voilà, tu recommences !

Il eut un rire amusé et lui adressa un sourire qui, sans qu'elle ne comprenne pourquoi, la fit rougir.


Et voilà ! Pour ceux et celles qui préfèrent un peu plus de romance, j'en réintroduirai dans les chapitres suivants ;) Peut-être un Mahiro/Tigre. Je ne sais pas trop encore... :3 Si vous avez des préférences, dites-moi ! (sauf pour Akira et Tokito parce que eux, je sais exactement quand je veux les caser ensemble :p).