Hello !
Sans plus attendre, voilà la suite :3 Très inspirée que je suis. Et comme j'ai un peu de temps pour écrire aussi...
AlexHM, contente que mon histoire de plaise et de te voir dans mes reviews ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira tout autant.
Neliia toujours fidèle au poste ! Contente de te retrouver :D Merci pour ton commentaire ; voilà donc la suite, accrochez-vous pour prendre le tournant !
Bonne lecture à tous :3
Tokito ne parvenait pas à calmer les battements de son coeur. Elle n'avait pas l'habitude de se sentir dans cet état. Elle, l'ancienne taishiro, la grande Tokito au caractère si sûr d'elle, un poil arrogant, d'où elle se sentait aussi fondante qu'une gamine dans ses premiers émois ?! Ca devait être l'effet que produisait le sentiment de bientôt parvenir à son but.
Cette réflexion lui fit prendre conscience d'une chose.
Jusque là, elle avait évolué sans but ni conviction. Elle s'était accrochée à du vent et n'avait jamais rien cherché de la Vie ou du Destin. Elle ne trouvait une raison à son existence que dans la souffrance des autres.
Et maintenant...
Elle avait bien changé, depuis l'irruption de la Kyo-team dans sa vie. Etait-elle devenue plus forte ? Elle n'en savait trop rien, à dire vrai. Elle savait seulement qu'elle courait, enfin, après quelque chose. Et cette chose lui donnait la force et la hargne de continuer. Malgré les réticences de ses amis. Malgré leurs conseils -peut-être sages.
En s'éveillant, elle avait remarqué un bout de papier coincé dans sa fenêtre. Elle avait réussi à s'en saisir avant qu'il ne s'envole. C'était une écriture qui lui était inconnue. Et le message était simple.
A force d'appels, les Ombres t'ont entendue.
Viens et marche.
Tu nous trouveras.
Sans réfléchir plus longtemps, elle s'était habillée, elle avait pris son sabre, ses cartes, elle était partie. Elle avait filé par la fenêtre pour ne pas risquer de tomber sur un membre de la Kyo-team. Elle était persuadé qu'au moment où ils s'apercevraient de son absence, elle serait déjà loin. Trop loin pour être ramenée.
Elle avait voulu partir sans un mot.
Puis, sans qu'elle parvienne à s'expliquer pourquoi, elle avait pensé à Akira. A sa sincère inquiétude de la veille. Elle avait pensé aux années qu'ils avaient passées ensemble, à parcourir le monde. Elle n'avait pu se résigner à partir sans rien lui laisser.
Alors elle s'était contentée d'un mot. Aussi simple que celui que les Ombres lui avaient adressé. Elle savait parfaitement que son message visant à le rassurer, lui comme les autres, ne serait pas entendu. Qu'ils ne l'attendraient pas sagement en continuant leur petite vie de vacanciers. Ils étaient têtus, Akira le premier. Kyo avait flairé le danger, tous avaient commencé à s'inquiéter depuis l'attaque de la veille. Ils viendraient, ils marcheraient vers les Ombres, eux aussi.
Mais elle, elle serait déjà loin.
Ils ne pourraient plus l'arrêter, qu'importe leur détermination.
Elle suivait ce qui lui avait été dit. Un peu sceptique, elle devait bien l'avouer.
Elle marchait. Sans trop savoir où. Tout ce qu'elle cherchait, dans un premier temps, c'était s'éloigner de l'auberge. Mettre le plus de distance possible entre elle et les autres. Elle ne voulait pas les embarquer là-dedans. Surtout, elle ne voulait pas qu'ils la retiennent comme Kyo avait essayé de la faire par ses mots la veille.
Elle marchait.
Kyoto était toute agitée, comme d'habitude. Le marché était dense, parfait milieu pour se fondre dans la foule et disparaître.
De son regard méfiant, Tokito surveillait chaque personne passant dans ses pupilles. Elle ignorait quel visage pouvaient prendre les Ombres. Elle n'avait pas vu à quoi ressemblait l'inconnu de la veille. N'importe qui pouvait être suspect. Peut-être se cachaient-ils parmi ces badauds d'apparence banale ? Parmi ces gens venus faire leur marché le matin ? Ou ces mendiants, sur le bord du chemin ?
Crispée, tendue, la jeune Mibu se tenait prête à dégainer son sabre au moindre mouvement suspect.
Néanmoins, elle traversa les longues artères de la ville sans encombre. Personne ne l'attaqua ou tenta de lui adresser la parole.
D'un pas vif, elle chercha alors à sortir de l'aire urbaine. Après réflexions, elle s'était dit que si les Ombres devaient l'attendre quelque part, c'était loin de la foule et des regards. Loin des témoins. Que ces personnes veuillent simplement discuter avec elle ou chercher à la tuer, il leur fallait un terrain vide de toute présence. Ils ne pouvaient pas se terrer au beau milieu de Kyoto.
D'un pas vif, elle emprunta le chemin qu'ils avaient tous emprunté la veille pour se rendre à leur pique-nique.
-Tokito est partie !
Tous se levèrent d'un même mouvement à l'annonce de Yuya. Cette dernière était pâle, angoissée. D'un geste fébrile, elle remit une de ses mèches blondes derrière l'oreille.
-Partie où ? interrogea Kyo.
-Aucune idée. Elle a simplement laissé un mot pour dire de ne pas s'inquiéter.
Elle agita la feuille qu'elle avait trouvée dans la chambre. Le samouraï aux yeux rouges s'en saisit brusquement et parcouru les quelques mots.
-Les ombres ? Quelles ombres ? reprit-il.
-Nous n'en avons aucune idée, répondit Akira qui venait d'apparaître derrière Yuya. Mais il faut qu'on la retrouve. Luciole a peut-être raison : elle est en danger.
-J'ai toujours raison.
Personne ne reprit le maître du feu sur ce propos qui ne faisait pas l'unanimité. Y'avait clairement des fois où il n'avait pas raison, notamment parce qu'il était compliqué de comprendre ce qu'il racontait et donc d'en évaluer la véracité ou non.
Les préparatifs ne s'étendirent pas tout le monde fut prêt en un rien de temps. Ils se séparèrent en plusieurs petits groupes afin de sillonner de façon la plus large possible la ville. Tokito avait forcément été remarquée par quelqu'un, non ?
En sortant de l'auberge, les différents groupes se séparèrent, chacun partant dans une direction bien précise.
Il y avait du monde à cette heure-là dans les rues. D'autant que le ciel était un magnifique bleu, annonçant une nouvelle belle journée.
Yuya interrompit une mère qui marchait avec ses deux bambins agrippés à son kimono.
-Nous cherchons une amie qui a dû passer il y a peu de temps par ici -en vérité, Yuya n'en savait rien mais elle improvisait. Blonde, pas très grande, les cheveux coupés courts. Fort probablement avec un sabre. Jeune. Euh... pas toujours très polie.
-Elle jure carrément, ouais, renchérit Kyo.
La femme leur fit un sourire désolé :
-Je viens de sortir de chez moi et je n'ai croisé personne correspondant à votre description. Interrogez plutôt les commerçants qui sont en poste depuis ce matin. Ou des soldats, ils font souvent des rondes pour assurer la tranquillité publique.
Yuya la remercia des conseils et elle passa son chemin, en compagnie de Kyo. Celui-ci, fidèle à lui-même, proposa d'entrer dans le premier bar en vu et d'y interroger tout le monde.
-Ca m'étonnerait que Tokito soit passée dans un bar, fit remarquer Yuya d'un air un peu blasé. C'est pas parce que toi, tu irais là-bas qu'elle...
-T'es pas maligne, planche-à-pain, répondit le samouraï avec un petit sourire narquois. J'ai pas dit qu'elle y serait entrée. Mais les gens qui y sont viennent d'horizons et de rues différentes. Ils ont peut-être pu la croiser. Les bars sont par excellence les meilleurs lieux de réunion, notre meilleure chance de pouvoir interroger plein de personnes diverses en même temps. Puis de toutes façons, t'es mon esclave, tu me suis, un point c'est tout.
Yuya s'énerva, rouge comme une tomate, agitant le poing face au samouraï qui reprenait tranquillement la route, toujours armé de son sourire narquois.
Finalement, elle courut sur quelques mètres pour le rattraper et ils se mirent en quête du premier bar qu'ils pourraient trouver.
-Elle est comment vot' demoiselle ?
-Blonde, cheveux courts, je pense qu'elle doit avoir son sabre avec elle, répondit Shinrei d'un ton pensif.
-Elle doit mesurer comme ça, ajouta Luciole, d'un ton évasif, levant haut son bras.
-Keikoku ! Elle n'est pas aussi grande ! Elle est plus petite que toi, en plus.
-Ah bon ?
Le maître du feu eut un haussement d'épaules.
-Ah, je sais pas. Alors elle doit pas mesurer comme ça.
Le vieux commerçant à qui ils s'adressaient les regarda d'un air dubitatif.
-Vous êtes sûrs que vous cherchez tous les deux la même personne ?
-Oui, ne faîtes pas attention à mon frère, il est un peu à l'ouest parfois.
-Vous êtes frères ?
-Oui, en gros, mais euh... ce n'est pas la question ! Nous sommes à la recherche...
-J'ai compris : d'une blonde aux cheveux courts avec un sabre et grande comme on sait pas trop comment. Mais franchement, ça me dit rien.
-Les fiiiiilles, vous êtes sûres que vous ne l'avez pas croisée ?
-Huhu non, puisqu'on te le dit, beau gosse. Elle n'est pas venue frapper à notre porte.
-Oh, bien dommage, pourtant j'ai vraiment cru...
-T'as vraiment cru que Tokito passerait pas un quartier des plaisirs ? coupa Akari d'un air soupçonneux, regardant Yukimura en fronçant les sourcils.
-Je pense qu'on est plutôt là parce que TOI tu avais envie de venir ici, renchérit Sasuke en levant les yeux au ciel.
-Mais voyons, mon petit Sasuke, quelles intentions tu me prête là !
-Vraiment désolées, reprit une des filles qu'ils interrogeaient. Mais si tu veux, on peut te consoler de cette déception. Allons, viens beau gosse !
-Non non et non ! répliqua la chamane. On a une Tokito à retrouver, hors de question que tu perdes ton temps dans un bordel !
-Je ne savais pas que tu tenais à Tokito à ce point, remarqua le Sanada.
-Je ne retrouverai pas mon Kyo avant qu'on sache où est passée Tokito, expliqua Akari d'un air abattu. JE VEUX MON KYO !
-...
-Ceci explique cela, se contenta de dire Sasuke.
-Alors ?
-Rien de ce côté-ci, répondit Kyoshiro en secouant la tête.
-Ce marchand pense l'avoir vue passer mais sa description est beaucoup trop vague pour qu'on soit sûrs qu'il s'agisse bien de Tokito, expliqua Mahiro en revenant vers le groupe.
Elle était partie avec Tigre, Kyoshiro et Sakuya. Ils avaient décidé d'écumer une bonne partie du marché ensemble, interpellant passants et commerçants. Mais, dans le flot des personnes qui défilaient depuis le matin, il était assez compliqué pour les personnes de se rappeler qui elles avaient vu. D'autant qu'apparemment, Tokito s'était faite discrète. Pas de vagues, pas d'injure mémorable, pas de dispute. Elle avait dû passer comme n'importe qui dans la foule. Et rien ne la distinguait particulièrement d'une autre personne. Comme beaucoup, elle tenait un sabre. Elle était habillée d'une façon tout à fait banale. N'avait pas un physique plus ou moins quelque chose que la moyenne. Bref, si elle n'avait provoqué aucune esclandre, ni attiré l'attention de personne, il était fort probable qu'elle ait réussi à se volatiliser sans alerter personne.
-Personne ne parle, constata Okuni en se dirigeant vers les premiers qu'elle avait repérés, autrement dit Akira et Bontenmaru.
-Comment ?
-J'ai fait le tour de la ville, j'ai écouté, j'ai cherché. Tokito n'a pas dû marquer les esprits parce que je n'ai rien entendu sur elle.
-Mais c'est toi l'informatrice, oui ou merde ? s'énerva le jeune Shiseiten.
-Eh, je ne peux pas récolter une information que personne n'a ! Je ne fais écouter ce que disent les gens. Mais si personne ne dit rien, j'peux pas inventer pour eux !
-Akira, je sais que tu es inquiet, répondu doucement Bontenmaru. Nous sommes tous inquiets, mais nous devons garder notre sang-froid.
-Pourquoi elle a fait ça ? laissa échapper le samouraï. Kyo lui avait pourtant dit...
-Après tout ce temps passé avec elle, tu devrais le savoir mieux que quiconque : elle est incroyablement butée, c'te fille. Mais surtout... je crois que c'est parce qu'elle a enfin trouvé quelque chose après quoi courir, pour quoi agir. C'est comme toi : quand tu as ton but, tu ne le lâches pas. On n'a pas à lui en vouloir parce qu'on aurait peut-être tous agi de la même façon. La seule chose qu'on puisse faire, c'est la retrouver. L'aider. La protéger.
Akira digéra un instant les paroles de l'autre Shiseiten. Il savait que tout ce qu'il disait était vrai. Il fallait qu'ils continuent. Ils ne pouvaient pas laisser tomber. Ils devaient retrouver Tokito.
Alors ils reprirent leur route. Posant leurs éternelles questions aux passants.
Alors qu'ils essuyaient un énième échec, une voix rauque les interpella. La voix venait d'en bas. C'était un homme d'un certain âge, assis sur le bord de la route. Ses sandales paraissaient usées par le temps et le voyage. Il portait un chapeau en pointe sur la tête et un baluchon reposait à côté de lui.
-On ne nous demande jamais rien à nous, les invisibles de la société, commença-t-il de sa voix rauque. Mais moi je l'ai vue, votre amie.
Ni une ni deux, Akira était sur lui. Accroupi pour être à sa hauteur, il se saisit de ses épaules et commença à le secouer :
-Où ça ?! Parle !
Okuni s'interposa et fit lâcher prise au samouraï des glaces.
-Elle est partie, reprit l'homme après avoir épousseté son vêtement. Elle a pris le chemin pour sortir de la ville. Elle était étrange. Tendue. Méfiante. Je pensais qu'elle guettait quelque chose. Ou quelqu'un.
-Les ombres, murmura Akira, se souvenant subitement du message laissé.
C'était les ombres -quelle qu'elles soient- qu'elle guettait. Qu'elle craignait, peut-être aussi.
Qui donc étaient-elles ?
Tokito était passée près de l'endroit où ils avaient pique-niqué. Depuis la colline, elle voyait s'étendre le paysage en contrebas.
Elle observa un court instant le petit bois qui bordait l'espace où ils avaient déjeuné. Par où devait-elle continuer ? Où les ombres étaient-elles les plus susceptibles de l'attendre ?
Après un court instant d'hésitation, elle se dirigea vers le bois.
Tout à coup, ses sens pleinement en alerte la prévinrent d'un danger immédiat.
Féline et agile, elle évita sans mal les fléchettes lancées dans sa direction. Une nouvelle salve suivit, une fraction de seconde plus tard. Tokito esquiva à nouveau l'attaque, sans pour autant sortir son sabre de son fourreau. Néanmoins, elle garda la main sur le manche, position prête à l'attaque. Elle ne voyait pas son ennemi. Mais sentait sa présence. Sans, pour autant, parvenir à le localiser avec précision.
Contre toute attente, une troisième attaque ne suivit pas les deux premières.
« C'était seulement pour me tester » songea la Mibu.
Son ennemi n'avait pas la réelle intention de combattre.
Un bruissement de feuilles et le craquement d'une branche se dirent entendre. Bientôt, une silhouette sortit du bois.
Tokito ne s'élança pas mais resta néanmoins sur ses gardes. Elle ne savait rien de ses ennemis. Ni leurs intentions ni leur puissance. Elle était en territoire totalement inconnu. Cela suffisait à renforcer davantage sa méfiance.
-Bien esquivé, lança une voix féminine dans un petit rire.
La personne qui venait d'arriver était en effet une femme. Un air suffisant sur le visage, un regard sombre à la dureté d'acier. Des cheveux bruns relevés en chignon. Elle portait un sabre accroché à son dos et une sarbacane dans la main.
-Je vois que tu as répondu à l'appel des Ombres.
Tokito ne répondit rien. Malgré l'air peu menaçant de la femme -elle n'était même pas en garde- la jeune fille n'en restait pas moins tendue. Ne jamais baisser sa vigilance. Toujours être à l'affût.
-Viens et marche. Tu nous trouveras, récita la femme.
-Le mot, c'était toi ?
-Je suis Astuko, se présenta-t-elle.
-...
-Et tu es Tokito Mibu.
-On s'connaît ?
-Je ne pense pas. Mais je sais des choses sur toi. Sur le clan Mibu. Les Ombres ont leur propres archives et leurs propres bases de connaissance. Puis les Mibu, c'est pas exactement le petit clan de base inconnu au bataillon.
-...
-N'as-tu pas envie de savoir pourquoi les Ombres se sont si soudainement intéressées à toi ?
-Je pense que c'est l'inverse. C'est moi, qui suis venue m'intéresser à vous, répliqua Tokito d'un ton froid. C'est moi, qui ai commencé à venir marcher sur votre territoire. Eiko, Yoko, sa mort il y a quelques jours... et Keichi... pourquoi ?
-Oh, voilà bien trop de questions d'un coup, se moqua Astuko. Et puis, ce n'est pas à moi d'y répondre. Les Ombres t'attendent et t'accueillent. Suis-moi. Tu auras tes réponses.
Elle afficha un mystérieux sourire et tourna les talons, s'enfonçant dans la forêt.
Tokito songea un instant qu'il était bien imprudent de tourner le dos à un ennemi. Qu'elle pourrait l'attaquer par derrière, en surprise.
Oui, mais après ? A quoi cela l'avancerait-il ? Elle n'aurait pas plus de réponses que maintenant. De plus, si Astuko se permettait une telle assurance, il était fort à parier que ce n'était pas sans raison. Tokito préféra se méfier de cette étrange femme. Sa trop grande confiance en elle trouvait forcément sa source dans une certaine réalité.
Autant faire profil bas le temps d'avoir tous les éléments.
Et, surtout, d'avoir toutes ses réponses.
Elle emboîta donc le pas de l'étrange Astuko.
-Tokito n'est plus en ville !
Okuni avait rassemblé toutes les troupes après la découverte qu'ils avaient fait grâce au mendiant-voyageur du bord de la route.
-On a eu la même information, acquiesça Yuya. Après avoir visité trente-six-mille bars...
-Tu exagères, on en a visité que sept, répondit Kyo, stoïque.
-Avec un verre de saké dans chacun, au minimum ! répliqua la chasseuse de prime.
-Vraiment ?! Mais c'est pas juste, Kyo s'est amusé dans les bars, moi j'ai pas pu m'amuser avec les filles de tout à l'heure.
-AAAAH MON KYO, ENFIN REUNIS !
Oui, Akari venait de se cramponner au bras du samouraï enfin retrouvé, tout en tentant, au passage, de le frapper au visage, sans succès. Echec n°xxx -plus personne ne comptait le nombre d'échec que connaissait la chamane en la matière.
Yuya eut un air contrarié mais ne répliqua pas. Après quelques inspire-expire de zenitude, elle reprit :
-Un marchand ambulant arrivé en ville il y a quelques heures dit qu'il l'a vue sortir de la ville.
-Pour aller où ?
-Il n'en sait rien, il l'a perdue de vue. Il se rappelle surtout d'elle parce qu'elle lui paraissait bien jeune pour partir seule en plein milieu hostile, comme il dit.
Une pensée commune traversa tous les esprits : « Ca se voit qu'il ne connaissait pas Tokito... »
-On n'a plus qu'à ratisser toute la campagne en espérant qu'elle ne soit pas allée trop loin, conclut alors Tigre.
Pas besoin de réponse orale pour savoir que tous approuvaient. Ils ne pouvaient pas faire grand-chose d'autre, de toutes façons.
Tandis qu'ils se dirigeaient vers la sortie de la ville où avait été vue Tokito, Luciole tira sur la manche de Yuya. Celle-ci, surprise, se tourna vers lui. Il paraissait sérieusement préoccupé par quelque chose.
-Dis, commença-t-il, songeur. Tokito, elle mesure comme ça, non ?
A nouveau, il tendit le bras haut, au-dessus de sa tête. Légèrement en retrait, Shinrei eut une mine dépitée et se retint de se pas assommer son demi-frère. Yuya ne comprenait pas.
-Où veux-tu en venir ?
-Ben...
-Laisse tomber, coupa le maître de l'eau. Il ne veut en venir nulle part. Il est simplement persuadé que Tokito fait cette taille, soit à peu près une voire deux têtes de plus que lui.
-Tokito est plus petite toi, répondit la chasseuse de prime après un moment.
-Ah, tu vois ! Je te l'avais dit, Keikoku !
-...
-...
Et cette superbe conversation s'acheva sur un silence. Pendant lequel Luciole paraissait toujours fortement préoccupé par la question.
Une véritable forteresse se dessina à l'horizon. Un édifice toute en pierre, perdu au milieu de la végétation. Une partie semblait à l'abandon, complètement délabrée. Tandis qu'une autre, sans doute beaucoup plus occupée et habitée, avait été refaite.
Tokito avait suivi Astuko sans poser de question. Celle-ci l'avait guidée sans une once d'hésitation à travers la forêt. Elles avaient ensuite traversé une campagne déserte de toutes habitations et de toute présence. Elles s'étaient enfoncées dans la nature jusqu'à émerger devant cet imposant bâtiment.
Elles s'engagèrent sur le chemin qui menait à la lourde porte d'entrée. Celle-ci était gardée par deux types que Tokito ne jugea que très peu dangereux. Ils semblaient surtout s'ennuyer ferme mais reprirent leur position austère et droite lorsqu'ils aperçurent Atsuko.
Les deux femmes passèrent l'entrée et atterrirent dans une cour à l'abandon. Atsuko la traversa à grands pas, entra dans un couloir sombre et froid. Leurs pas résonnaient dans le silence presque morbide du lieu. Tokito ne baissait toujours pas sa garde, main posée sur le manche de son sabre. Prête à toute éventualité.
Au bout du couloir, une nouvelle porte, non gardée. Derrière la porte, une jardin, bien mieux entretenu. De là, elles pénétrèrent à nouveau dans le bâtiment.
Un hall éclairé accueillit les deux femmes.
En haut d'un escalier surplombant la pièce, un homme semblait les attendre.
Tokito sentit de suite son écrasante présence. Son aura imposante. Sa force. Cela ne fit que renforcer la tension qui irradiait son corps.
L'homme leur sourit lorsqu'il les vit.
-Beau travail, Atsuko, dit-il de sa voix grave.
La femme s'inclina respectueusement et s'en alla. Tokito la vit disparaître par une des nombreuses portes que comportait le hall. Elle se retrouva en face-à-face avec l'homme, sans doute maître des lieux. D'un pas tranquille et sûr de lui, il descendit une à une les marches.
-C'est donc toi, celle qui court avec le passé et vient appeler les Ombres pour la Vérité.
La blonde ne répondit rien, analysant chaque centimètre carré du lieu, chaque possibilité qui lui était offerte. Elle sentait parfaitement qu'elle était là en territoire hostile. Elle ne connaissait rien à l'endroit, elle n'en était pas maître. L'homme face à elle était d'une puissance extraordinaire. Sans doute qu'Atsuko était du même acabit. Y avait-il d'autres personnes semblables dans cette forteresse ?
-J'ai entendu parler de toi. Mais je ne m'attendais pas à voir... une gamine.
-QUOI ? s'énerva subitement la jeune Mibu. Je ne...
-Les yeux des Ombres oublient de me mentionner certains détails, coupa l'homme, d'un ton songeur. Il va falloir faire une mise au point avec eux.
Il frotta son début de barbe, pris en pleines réflexions.
-Je pensais que tu serais plus intéressante que ça, continua-t-il. Mais tu es si jeune.
C'en était trop pour la pauvre Tokito. Les provocations et les appels à la faiblesse, tout ce qu'elle avait du mal à supportait. Elle avait fini par s'y habituer lorsque cela venait d'Akira. Sans doute parce qu'au fond d'elle, elle l'appréciait plus que quiconque -mais ça, évidemment, c'était secret.
Néanmoins, venant d'un parfait inconnu, c'était plus qu'elle ne pouvait supporter.
D'un geste rageur, elle dégaina son sabre :
-Vous voulez vraiment tester ?! s'énerva-t-elle, amplifiant sa propre aura.
L'homme ne parut nullement inquiété. Il se contenta de lever une main en signe d'apaisement :
-Tu as de la chance, tu as quand même ton utilité. Mais avant cela, dis-moi : pourquoi cours-tu après les ombres ?
Il s'approcha d'elle, la regardant avec intensité.
Elle se sentait comme une proie dévisagée par son chasseur.
Elle se sentait mal à l'aise. Cet homme la perturbait. Par son calme. Ton air supérieur et dominant. Comme si rien ne pouvait l'atteindre. Il semblait persuadé qu'elle était à sa merci. Et n'avait nullement peur d'elle. Son assurance était-elle justifiée ?
-Yoko, finit-elle par lancer entre ses dents.
-Oh, je vois que tu as fini par connaître cette part de vérité.
-Qui est-elle ?
-Un pion sur un vaste échiquier. Une pauvre âme que j'ai sauvée.
-Sauvée ?! Vous l'avez tuée, plutôt, oui.
-Je l'ai sauvée, reprit calmement l'homme, continuant dans la dévisager sous tous les angles jusqu'à en être carrément intrusif. Elle n'était rien. N'avait aucun avenir. Aucune perspective. Elle vendait son corps et n'aimait même pas ça. Je lui ai proposé d'avoir un futur. Elle a accepté. Elle a elle-même enterré Yoko pour devenir Hanna. Elle est devenue l'une du clan. Elle a refait sa vie.
Il cessa de tourner autour de Tokito et prit un air embêté. Dodelinant de la tête, il continua :
-Mais un jour, elle en a eu marre. Elle ne voulait plus, disait-elle. Elle voulait une vie tranquille, loin de tout. Elle est partie. Elle a cru qu'elle pourrait échapper aux Ombres en changeant, une nouvelle fois, d'identité. Elle est devenue Eiko. Mais je l'ai traquée. Je l'ai retrouvée. Personne n'échappe jamais aux Ombres.
Il eut un sourire carnassier et Tokito resserra sa prise sur son sabre.
-Et Keichi, demanda-t-elle ?
-Un autre pion. Un être stupide, corrompu, qui a profité jusque-là d'une belle vie faite de vices et de traîtrises. Il pensait qu'il n'y aurait jamais de retour de bâton. Il avait tort.
-Il ne l'a pas tuée, n'est-ce pas ? Il est incapable de tuer...
L'homme parti d'un rire grave qui ne fit qu'augmenter la fureur de Tokito. Il semblait se moquer d'elle et elle détestait qu'on se moque d'elle.
-As-tu, à un seul moment, douté de son innocence ? Ce type n'est qu'un empoté maladroit, je ne lui aurais jamais confié la délicate mission de tuer une ancienne du clan. Il aurait tout fait rater, pour sûr. Il devait simplement la surveiller, s'assurer qu'elle ne s'échappe pas encore une fois.
-Il devait attendre la main armée de l'ombre, murmura la blonde, se rappelant ce que l'aristocrate lui avait raconté.
-Exactement.
Il y eut un silence. Tokito dévisagea son adversaire longuement. Un homme entre deux âges, imposant de carrure autant que d'aura. Un regard clair tranquille, un visage plutôt lisse, sans une ombre de regret ou de doute.
-Qui êtes-vous ? murmura alors la samouraï.
-Je pensais que cette question viendrait plus tôt, répondit l'homme d'un ton empreint de sarcasme. Daisuke Onihiro, Grand Maître de l'Ombre.
-Qu'est-ce que ça veut dire ?
Le dénommé Daisuke eut un nouveau rire :
-T'es vraiment qu'une gamine ignorante.
La fureur de la jeune fille gonfla une fois de plus. Une bruit s'ouvrit alors et Astuko reparut. L'homme se tourna vers elle :
-Dis-moi, tu es certaine d'avoir ramené la bonne personne ? J'avais beaucoup d'estime pour le clan Mibu. Mais là...
N'y tenant plus, Tokito esquissa une première attaque sans prévenir. Daisuke la bloqua sans effort.
-C'est donc tout ce que tu peux faire ?
La blonde se sentait désordonnée. Tant dans ses pensées que dans ses gestes. Elle ne s'était pas attendue à rencontrer une personne aussi puissante et désinvolte. Il fallait qu'elle se reprenne. Il fallait...
Mais ses pensées lui semblaient au ralenti. Plus rien ne tournait rond dans cette histoire. Et, alors qu'elle s'apprêtait à porter une deuxième attaque, pestant contre sa propre mollesse, elle sentit comme une sensation de piqûre sur son bras. Son ennemi s'était approché d'elle à une incroyable vitesse -elle n'avait rien senti.
-Chuuuut, lui murmura-t-il au creux de l'oreille.
Plus rien n'allait dans ce monde.
Pourquoi tout lui paraissait-il si lent ?
Pourquoi n'arrivait-elle pas à réagir avec sa vitesse d'antan ?
Pourquoi tout était soudainement si lourd ?
Elle tenta de réagir une nouvelle fois mais tout son corps était comme engourdi. Dans une dernière lueur de lucidité, elle se demandait si lui ou Atsuko ne l'avait pas droguée à son insu. Elle n'aurait su expliquer comment ni quand. Mais elle sentait que quelque chose n'était pas normal.
Puis ce fut le noir. Complet.
Et voilàààà ! Comment Tokito se sortira de cette situation ? Comment les autres la retrouveront-ils ? Quelle taille fait Tokito, finalement ? Autant de mystères qui seront sans doute éclaircis dans les chapitres à venir :D
Des avis ? Des commentaires ?
A la prochaine !
