Coucou coucou !

Voilà le petit (long) chapitre 14 enfin né !

Neliia pour te répondre sur la taille de Tokito, c'est vrai que ça doit être suivant son apparence. Mais en me basant sur les données que j'ai récolté sur internet (notamment sur le wiki), Tokito fait 1m60 contre 1m76 pour Luciole (1m66 sans ses chaussures). Donc elle reste plus petite :p

Bonne lecture à tous et toutes pour ce nouveau chapitre où on commence à castagner !


La campagne était relativement calme. La Kyo-team ne vit aucun passage à l'exception d'un vagabond qui les croisa sans leur accorder un regard.

D'une manière presque naturelle, leurs pas les portèrent sur un chemin familier : celui qu'ils avaient emprunté la veille, sous la direction de Yuya, pour aller pique-niquer.

Personne ne savait quand, précisément, Tokito avait quitté l'auberge. Personne ne pouvait donc évaluer l'avance qu'elle pouvait avoir sur eux. Les indications qu'ils avaient reçues de la part du vagabond assis sur le trottoir et des gens de l'auberge étaient trop floues pour réussir à établir une timeline satisfaisante.

Pour l'heure, aucun indice en vue. Pas de trace d'une quelconque lutte ou d'objet laissé au sol pouvant les guider.

Okuni était partie devant, dans l'espoir d'obtenir quelques informations des villages alentours. Kyo avait confiance en ses talents d'informatrice. Même si, comme elle le disait elle-même, elle ne pouvait pas inventer une information que personne n'avait.

Personne ne parlait. Tous étaient très concentrés, à la fois à l'affût du moindre indice et méfiants. Peut-être qu'on les attendait. Peut-être que l'ennemi, quel qu'il soit, avait préparé pour eux un guet-apens, persuadé -et à raison- qu'ils viendraient chercher Tokito.

-Attention ! s'exclama soudainement Kyoshiro, brisant le silence qui flottait sur le groupe.

D'un geste brusque, il fit reculer Sakuya qui se trouvait à côté de lui. Juste à temps. Une flèche vint se planter sur le sol, entre eux deux.

Kyo dégaina immédiatement son sabre, suivi des autres samouraïs. Ses yeux rouges cherchèrent d'où provenait la flèche. La vaste forêt à l'orée de laquelle ils avaient pique-niqué s'étendait devant eux. Sans doute que l'archer était dissimulé quelque part dans les feuillages. Impossible de déterminer sa position exacte avec le jet d'une seule flèche. Et il n'y en eut pas d'autres.

Le cœur de Sakuya battait la chamade. Si Kyoshiro n'avait pas été là, sans doute qu'elle aurait été blessée par le projectile. Elle le remercia intérieurement tout en se rendant compte que c'était elle, qui avait été prise pour cible. Pourquoi ? Un pur hasard ? Et pourquoi une seule flèche ?

Tandis que tous avaient le nez levé en l'air, à la recherche de l'archer, Yuya reporta son attention sur le projectile. Et elle comprit son utilité :

-C'est message, murmura-t-elle.

Aussitôt, Kyo lâcha son observation des arbres pour revenir à l'objet planté dans le sol. En effet, accroché avec, un petit bout de parchemin roulé. Il s'en saisit sans plus attendre et lut à voix haute.

Onime no Kyo et compagnie,

Si vous voulez revoir la gamine en vie, venez à nous. Nous vous attendons au château Kuru. Dépêchez-vous. Le sablier commence déjà le compte à rebours.

Onihiro Daisuke

La tension, déjà présente au sein du groupe, ne fit que se renforcer. Kyo se quittait pas le court message des yeux. Il le lut, le relut. Jusqu'à ce que la voix de Yukimura ne le sorte de ses pensées :

-Tu le connais ?

-Daisuke, murmura le samouraï aux yeux de démon. Il était censé être mort.

-Qui est-ce ? interrogea vivement Yuya.

-Un homme de l'ombre. Qui a construit son empire sur tout ce qui se fait d'illégal. Un homme imbus de son propre pouvoir à la morale douteuse et aux méthodes sans scrupules. Il a trempé dans tout. Corruption de hautes entités politiques, trafic en tout genre notamment d'êtres humains, détournement d'argent... Il avait des espions et des alliés partout, sur toutes les échelles de la société. Son but ultime étant de contrôler l'entièreté du pays en manipulant toutes ses marionnettes. Mais la bataille de Sekigahara est venue mettre un grand coup de pied dans tout ça en perturbant l'ordre politique établi. Il est sorti de l'ombre à cette occasion-là et s'est battu. Et il est mort sur le champ de bataille.

-Apparemment, pas tellement mort, fit remarquer Yukimura d'une voix sombre.

-C'est impossible. Il ne peut pas être encore en vie.

Un court silence tomba. L'incompréhension se lisait sur chaque visage. Et Kyo termina d'asséner :

-C'est moi qui l'ai tué à Sekigahara. Avant de me confronter à Kyoshiro.

-Eh bien soit quelqu'un se fait passer pour lui, commença Yukimura.

-Soit il est vraiment toujours en vie, continua Sasuke.

-Mais une chose est sûre : cette personne a un lien avec Tokito, acheva Bontenmaru. On n'a pas le choix, on doit suivre ses instructions. C'est notre seule piste.

D'un signe de tête unanime, tous tombèrent d'accord. Ils allaient y aller. Ils allaient sortir Tokito de là. Et aviseraient ensuite quant à cette mystérieuse personne de Daisuke. Leur motivation remonta en flèche, tous prêts à mettre une dérouillée à ces ennemis de l'ombre. Ce fut Akira qui les fit redescendre sur terre :

-Et quelqu'un sait ce qu'est le château Kuru ?

Il y eut un blanc. Tous se regardèrent. La question était, en effet, on ne peut plus importante. Et personne n'avait de réponse. S'ils repartaient en ville, quelqu'un pourrait sans doute les renseigner, pour peu que ce soit un lieu un peu connu de la région. Mais cela leur ferait également perdre un temps précieux. La missive ne précisait-elle pas un compte à rebours -sans pour autant s'étendre sur ses modalités ?

-C'est un château à quelques kilomètres d'ici, répondit une voix.

Perchée sur la branche d'un arbre, Okuni les observait.

-Longtemps abandonné, il a été racheté il y a quelques années par un mystérieux propriétaire. Personne ne sait trop qui il est car personne ne l'a jamais vu. A croire qu'il ne quitte jamais ses terres. Toujours est-il qu'une partie a été rénovée, permettant ainsi d'y vivre quotidiennement.

Kyo eut un sourire en coin.

Il savait bien que laisser Okuni partir devant à la recherche de quelques informations utiles leur apporterait quelque chose.

-Guide-nous jusque là-bas, lui commanda-t-il.

L'informatrice sauta au sol et pris la tête de la petite troupe.


Lorsqu'ils arrivèrent en vue du château, ils ralentirent le pas. Ils savaient bien que rien ne serait simple. Que l'ennemi les attendait sans aucun doute à l'intérieur. Sinon, à quoi bon la missive ? Néanmoins, ils n'avaient pas, non plus, le choix.

-Ceux qui ne se sentent pas prêts à se battre, restez ici, ordonna Kyo d'une voix sombre. Une fois que nous serons à l'intérieur, nous n'aurons plus la possibilité de faire demi-tour. Nous ne savons pas ce qui nous attend dedans. Nous devons être prêts à tout.

Kyoshiro se tourna vers Sakuya :

-Je ne veux pas que tu prennes de risques, lui murmura-t-il en serrant ses mains dans les siennes.

-Ecoute, je vais veiller sur elle, répondit Okuni. Nous irons ensemble chercher plus d'informations sur ce Daisuke et qui que soit la personne propriétaire de ce lieu. Trouvez Tokito, ramenez-la et revenez. Avec un peu de chance, d'ici là, nous aurons éclairci les points obscurs qui entourent nos ennemis.

Kyohiro hocha la tête et Sakuya lui fit un doux sourire :

-Fais attention à toi. Ne prends pas de risques inutiles.

-Ne t'en fais pas.

Il la serra contre lui avant de se tourner vers Kyo, l'air déterminé. Le groupe se sépara. Tandis qu'Okuni et Sakuya retournaient sur leurs pas, les autres avancèrent à pas prudents vers l'immense édifice.

Personne ne les attendait à l'entrée. Raison de plus pour se montrer méfiants.

Tous tenaient leurs armes bien en main. Yuya avait chargé son pistolet et se tenait prête à attaquer. La tension qui enrobait leur groupe l'oppressait plus qu'elle ne le montrait. Il lui tardait que cette histoire se termine.

Après avoir passé la porte, il se trouvèrent dans une cour délabrée, complètement vide. Pas un souffle, pas une présence en dehors de la leur.

-Le type qui nous a envoyé le message s'est peut-être moqué de nous, suggéra Tigre.

-Non, répondit simplement Kyo. Il nous attend. Quelque part. Dans l'ombre. C'est tout lui.

Akira se concentra sur ce que ses yeux du cœur pouvaient percevoir. Il ne sentait rien, à part ses compagnons. S'il y avait quelqu'un en plus parmi eux, il parvenait à rudement bien cacher son aura.

-Kyo, il n'y a rien ici, commença-t-il, on devrait...

Mais le samouraï aux yeux rouges l'interrompit d'un geste. Dans cette même fraction de seconde, le cœur d'Akira sursauta. Il avait entendu, à peine, infime, un léger bruit de déplacement. Mais pas d'aura. Seulement le bruit.

L'instant d'après, des dizaines et des dizaines de guerriers surgirent des allées de promenade qui entouraient la cour délabrée.

Tous se mirent en garde pour faire face à l'attaque imminente.

Akira ne comprenait pas comment ils avaient pu échapper à ses sens aiguisés si longtemps. Il avait pourtant l'habitude de sentir la présence des gens. Alors comment... et le plus étrange était que, même maintenant, alors qu'ils se précipitaient sur eux, il ne sentait qu'une présence froide sans aura. Comment était-ce possible ?

Il para la première attaque, riposta.

Autour de lui, il entendait que tout le monde se mettait à l'oeuvre.

-Akira !

La voix de Kyo l'atteignit par-delà le tumulte des armes qui s'entrechoquent et des coups de feu de Yuya.

-Pendant qu'on se débarrasse de ces guerriers, va chercher Tokito. Akari, tu l'accompagnes. Comme ça, si elle est blessée, tu pourras lui administrer les premiers soins.

La chamane acquiesça, en même temps que le samouraï des glaces. Il n'eut même pas le temps de se demander pourquoi c'était à lui, d'aller chercher Tokito. Et à la fois, ça lui paraissait évident. Après toutes ces années à parcourir le monde ensemble, il était sans doute la personne de la bande la plus proche de la jeune Mibu.

Akari et lui parvinrent à s'extraire du combat sans que les guerriers anonymes ne s'en formalisent. Akira se fit l'énième remarque que ces ennemis étaient étranges. Puis il sentit la chamane se diriger au pas de course vers un endroit bien précis.

-Une porte, dit-elle entre deux souffles. Ca va forcément nous mener quelque part !

Ladite porte fut ouverte à la volée par la jeune femme. Et ils se retrouvèrent dans un long couloir sombre. Ils n'eurent d'autre choix que d'avancer. Akari plissait les yeux, pour tenter de prévenir toute attaque surprise tandis que son coéquipier se concentrait sur ses sensations. Même si, comme il l'avait vu quelques minutes plus tôt, leurs ennemis semblaient avoir la mystérieuse capacité à masquer leur aura, même en plein combat.

Au bout du couloir, une autre porte.

Derrière, un jardin. Entretenu.

Plusieurs possibilités pour entrer dans le bâtiment.

Akari en choisit une au hasard. Ils n'avaient pas le temps d'hésiter. Il fallait y aller.

L'intérieur était d'une neutralité dérangeante. Personne ne peut habiter un lieu et le laisser si vide. Les murs aux pierres apparentes étaient nus. Aucun mobilier. Un escalier de pierres. Quelques torches accrochées permettant d'éclairer le lieu aux fenêtres condamnées. Quel était ce drôle d'endroit ?

D'un commun accord, ils décidèrent d'écumer tout le rez-de-chaussée avant de fouiller l'étage. Ils ne devaient laisser passer aucune pièce, aucune possibilité.

Ils s'acquittèrent de leur tâche, passant d'enfilade de couloirs en enfilade de couloirs. Toutes les pièces qu'ils traversèrent étaient quasiment aussi vides que celle par laquelle ils avaient commencé.

Jusqu'à ce qu'ils débouchent sur un vaste hall. Un homme était là. Il semblait les attendre. Il ricana en les voyant arriver.

Akira sentit clairement sa présence imposante. Et son aura qui paraissait grandir de seconde en seconde. Rien à voir avec les guerriers de tout à l'heure qui se faisaient presque fantômes. Celui-là voulait se montrer.

-Je pensais qu'Onime no Kyo viendrait en personne, fit remarquer l'homme d'un ton sarcastique, pas qu'il enverrait ses larbins faire le boulot.

L'atmosphère se refroidit lorsqu'Akira se mit en garde. Il avait compris que l'inconnu ne les laisserait pas passer. Pas sans un combat. Akari également, se tint prête à attaquer. Mais une voix les interrompit :

-Je suis là.

Le samouraï aux yeux rouges venait d'apparaître par une autre porte.

-Kyo, mais tu devais, commença Akira.

-On était trop nombreux pour des guerriers si faibles, répondit le concerné avec un sourire narquois. Fallait bien que je leur en laisse un peu.

-Oh, mes guerriers sont faibles ? répéta l'inconnu, d'un ton tranquille en se tournant vers Kyo.

-Vous deux, filez. Je m'occupe de celui-là. Nous avons de vieux comptes à régler.

Sans rien ajouter face au ton du samouraï, Akari et Akira se remirent en route. Leur ennemi ne tenta pas de les arrêter, trop occupé avec son nouvel adversaire.

-Merde mais elle est où ? jura Akira après un nouvel échec. Il y a des geôles ici ?

-Je n'ai rien vu de tel. Il n'y a pas de donjon non plus, les tours n'ayant pas été refaites. Cherchons à l'étage !


Du côté de Kyo

-Alors c'est vrai ? Tu es toujours en vie ?

-Tu as l'air étonné, Kyo.

La mâchoire du samouraï se crispa en entendant son nom prononcé par son ennemi.

-Je t'ai tué, répondit-il calmement.

-Et... ?

Daisuke semblait réellement s'amuser de la situation. Il avait, sur les lèvres, un sourire d'amusement enfantin qui agaçait passablement l'homme aux yeux rouges.

-Tu es mort, reprit ce dernier, serra un peu plus fort son sabre.

-Tu as la preuve devant toi que ce n'est pas le cas. Non seulement je ne suis pas mort, mais j'ai également une terrible envie de me venger de ce que tu m'as fait subir à Sekigahara.

Kyo eut un sourire sarcastique :

-Je t'ai vaincu ce jour-là. Je t'ai tué. J'ignore par quel miracle tu es encore sur cette terre, mais cela ne change rien : tu penses vraiment pouvoir renverser l'issu du combat aujourd'hui ?

Daisuke ne répondit rien, dégainant lentement son propre sabre.

-Ecoute-moi bien, reprit Kyo, d'un ton froid. Quels que soient tes plans actuels, ils ne verront jamais le jour. Tes stupides guerriers qui sont venus nous attendre vont être massacrés jusqu'au dernier. Nous allons retrouver Tokito saine et sauve. Et moi, je vais te tuer encore une fois.

Daisuke partit d'un grand rire :

-Tu es bien sûr de toi, Onime no Kyo. Et si nous mettions à l'épreuve ta dernière théorie ?

Sans rien ajouter de plus, il se jeta contre le samouraï. Leurs sabres s'entrechoquèrent en un grand bruit. Ni une ni deux, ils repartirent à l'assaut.

Leurs deux auras mêlés explosèrent d'un même souffle, balayant l'ensemble du hall. Le combat de deux puissances qui se retrouvent.


Du côté du reste de la Kyo-team

Luciole était en train de faire cramer comme une torche l'un des derniers guerriers encore debout. Celui-ci se consuma bien vite tandis que les autres regardaient l'ensemble du travail accompli.

-Eh bien, commenta Bonten, on peut dire qu'on a bien bossé !

-Pfiou, j'ai cru que la vague ne s'arrêterait jamais, soupira Yuya en lâchant un peu sa prise sur son arme.

-On s'est plutôt bien amusés, non ? fit remarquer Yukimura, tout sourire.

-Mais peut-être avez-vous envie de vous amuser encore ?

Cette voix inconnu les figea tous et, d'un même mouvement, ils se retournèrent. L'homme qui s'avançait vers eux leur était étranger. Il était jeune, longiligne, regard gris, vêtu d'une cape ample qui s'agitait derrière lui. Dans sa main droite, il portait un bâton sculpté et surmonté d'une pierre aux reflets violets.

-Qui es-tu ? grogna Sasuke, sur ses gardes.

-Yukio, premier bras armé de l'Ombre.

Il leur adressa un sourire peu rassurant. Il était d'un calme déconcertant. Sasuke l'entendit marmonner des mots incompréhensibles sans les lâcher du regard. Puis :

-Amusez-vous bien.

Il rit, se recula doucement dans la pénombre du bâtiment en ruines. Le jeune ninja voulut le poursuivre mais un mouvement derrière lui attira son attention.

Les guerriers qu'ils avaient abattus se relevaient comme s'ils n'avaient rien. Leurs blessures n'étaient plus.

-Que...

La Kyo-team se remit en formation, abasourdie.

-Comment c'est possible... murmura Yuya, braquant son pistolet devant elle. Ils étaient morts...

-Ce type maîtrise la nécromancie, répondit alors Mahiro d'une voix blanche.

-La nécromancie ?!

-Il peut faire revivre les morts à l'infini ?!

-En gros, oui.

L'attaque fut imminente. Tels des automates sans âme, les guerriers fondirent sur eux, sabre en main. Ils n'étaient pas extrêmement puissant. Mais si ce type pouvait réellement les faire revivre comme il le voulait, il finirait par les avoir à l'usure. Il faut couper le mal à sa racine, songea Bonten en se débarrassant d'un guerrier.

Mais, d'un simple coup d'oeil, il constata que le dénommé Yukio avait disparu.


Du côté d'Akira et Akari

Ils avaient écumé une bonne partie des pièces que contenait l'étage rénové. La plupart, des chambres, un peu plus fournies en mobilier que le rez-de-chaussée.

Ils commençaient à désespérer quand Akari fit coulisser, avec brutalité, une énième porte. Une sorte de laboratoire qui lui rappela les terres Mibu et Hishigi.

A première vue, la pièce était vide.

Mais, au milieu des divers flacons de verre étiquetés et du matériel de laboratoire, Akira sentit une faible présence. Une aura qui n'en était presque pas une. Rien à voir avec la quasi inexistence des guerriers qui les avaient attendus dans la cour délabrée. Car cette présence-là lui était familière.

Il se précipita dans le laboratoire, Akari sur ses talons.

La pièce n'était pas large mais toute en longueur. Plusieurs pièces le composaient. Ils les traversèrent toutes. Jusqu'à la dernière. Au fond. Jusqu'à une table jonchée de matériel divers. Akira poussa d'un geste vif le mobilier les objets en verre s'entrechoquèrent en un bruit caractéristique.

Derrière la table, il découvrit Tokito, allongée à même le sol, à priori inconsciente.

Il se pencha au-dessus d'elle. Sa présence était faible, ce n'était pas bon signe. Jamais elle n'avait été ainsi, même lorsqu'elle dormait. Il effleura doucement sa joue pour se rendre compte qu'elle était anormalement froide. Son cœur se figea un court instant et il s'empressa de prendre son pouls au creux de son cou. Il battait. C'était déjà ça. Elle n'était pas tout à fait morte. Il battait mais faiblement.

Akari le poussa sans ménagement.

Elle constata que quelqu'un avait glissé une seringue dans la pliure du bras de la jeune Mibu. Le tout relié à une poche contenant un étrange produit.

-Merde, ils l'ont droguée. Avec un truc que je ne connais pas.

-Droguée à quel point ?

-Au point que si on n'arrête pas la chose de suite, elle risque bien de nous claquer entre les doigts.

La chamane retira consciencieusement l'aiguille. Elle sentit la peau froide de Tokito sous ses mains lorsqu'elle toucha son bras.

Son cœur battait fort.

Il fallait faire quelque chose.

Ses yeux parcourent à toute vitesse le laboratoire. Il devait bien y avoir quelque chose ici qui pourrait l'aider. Quelque chose qui...

-Toi, reste avec Tokito. Surveille son état. Parle-lui. Il faut pas qu'elle lâche, il faut qu'elle se batte pour revenir. Je vais voir si je trouve un truc utile.

La voix de la chamane était empressée, pleine d'angoisse.

Elle s'éloigna, fébrile, regardant toutes les étagères, les fioles étiquetées, les seringues rangées dans des boîtes.

Intérieurement, Akira pria pour que la chamane fasse vite. Il le sentait : ils avaient peu de temps. Et rien que l'idée qu'ils puissent échouer à sauver Tokito lui faisait mal.

Doucement, il releva la jeune fille inconsciente. Il sentait sa peau froide contre la sienne. Il agrippa son petit corps, le serra contre lui comme pour lui montrer qu'il était là. Son cœur battait à tout rompre.

-Tokito, tu m'entends, appela-t-il. On est là, on est venus te chercher. Allez, tu vas pas tout laisser tomber maintenant, hein ? Accroche-toi, Tokito. S'il-te-plaît.


Encore

Je suis toute seule.

Et il fait noir, si noir. Pourquoi j'ai froid ? Qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai l'impression d'être si loin de tout. Peut-être que je suis morte, en fait ?

Non

Je ne peux pas ne veux pas

Je suis idiote. Depuis quand la vie -ma vie- a-t-elle une si grande importance pour moi ? De toutes les façons, à quoi ça sert ? J'ai tout perdu. Tout mon passé n'a été que mensonges sur mensonges. Et mon présent...

Non, je ne veux pas mourir. C'est bête. Mais il y a lui, il y a eux. Qui m'ont offert une nouvelle vie après l'Ex-Roi Rouge.

-Tokito

Je relève la tête. Il fait noir, où que je regarde. Pourtant, au milieu de tout ça, j'ai entendu une voix.

-Tu m'entends ?

Sa voix.

-On est là, on est venus te chercher. Allez, tu vas pas tout laisser tomber maintenant, hein ? Accroche-toi, Tokito. S'il-te-plaît.

Je sens mon cœur battre un peu plus fort. Par quel miracle puis-je entendre sa voix, dans ces ténèbres qui m'entourent ? Je me relève, je n'ai aucune notion de l'espace, ici, tout est pareil, tout est sombre, on ne voit rien d'autre que l'infini néant.

-Reviens avec nous. On t'attend.

Je me sens troublée. Touchée.

On t'attend

Des gens m'attendent

En fait, je ne suis peut-être pas seule.

-T'as pas le droit de tout laisser tomber. Tu... tu te rappelles, tu as encore une revanche contre moi à assurer.

Je souris.

J'ai envie de crier son nom.

Mais aucun son ne traverse mes lèvres. Pourtant, tout mon cœur et toute mon âme hurlent pour lui.

J'ai envie de courir vers lui.

Mais j'ai beau avancer, rien ne change dans ce décor uniforme. Je ne sais pas où il est. J'entends seulement sa voix qui me parle. Qui résonne, partout et nulle part tout en même temps.

-Tokito... tu es forte. Je sais que tu peux te battre contre tout ça. Tu peux te battre pour revenir. On.. je... j'ai besoin de toi alors, s'il-te-plaît, n'abandonne pas.

Prisonnière d'une sorte d'encre noire venue colorer davantage le paysage, je me bats et me débats. Je sais à présent pourquoi je ne veux pas mourir. Pourquoi je veux revenir. Ne serait-ce que pour lui. Parce que, moi aussi, j'ai besoin de lui.

J'ai envie de lui crier que j'arrive.

A nouveau, impossible de prononcer le moindre mot.

Alors je me débats en silence. M'accrochant à ses mots, à ses phrases qui résonnent en moi comme une douce mélodie.

-Laisse pas tomber. Je me sentirais si vide sans toi. Tu sais, voyager à tes côtés, au début, ça m'a perturbé et presque agacé parce que je n'en avais pas l'habitude. Et puis, tu as ton caractère bien particulier aussi. Mais petit à petit, je m'y suis habitué. J'y ai pris goût. J'aime ton sale caractère, tes manies de jurer à tout va et tes idées têtues. J'aime savoir que tu es là. Je ne me vois plus voyager sans toi. Alors, s'il-te-plaît, Tokito, reviens. On a tous besoin de toi.


Serrant le petit corps de Tokito contre lui, Akira lui parlait. L'encourageait à lutter, remonter à la surface. Les mots sortaient tout seuls, d'une facilité déconcertante pour lui qui n'avait pas l'habitude de s'arrêter sur ses propres ressentis et sentiments.

Rien que d'imaginer qu'elle puisse mourir là, entre ses bras, il se sentait mal. Il ne voulait pas imaginer ce que ça pouvait être, sans elle. Alors il parlait, priant pour que sa voix lui parvienne. Qu'elle sache qu'il était là. Avec elle. Qu'il l'attendait. Qu'elle devait revenir. Ce n'était pas encore temps de laisser tomber.

-J'AI QUELQUE CHOSE !

La voix d'Akari fit presque bondir Akira. La jeune femme arrivait au grand galop.

-Comment elle va ?

-Son cœur bat toujours. Mais elle ne s'est pas réveillée.

-Vas-y, maintiens-la en position assise contre toi. Je vais lui administrer ça, expliqua-t-elle en désignant une seringue.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Une substance dont les effets sont comparables à l'adrénaline qui est naturellement présente en nous. Ca devrait lui donner un regain d'énergie, assez pour revenir vers nous.

Akira resta muet, laissant la chamane faire. Celle-ci écarta un peu les pans du kimono de Tokito, afin de dégager la future zone d'impact. Sur le coup, le samouraï ne put s'empêcher de rougir légèrement mais se reprit bien vite.

-Ecoute Tokito, commença Akari d'une voix douce, ce que je vais t'injecter, tu vas sans doute le sentir passer très très fort. Mais ne t'en fais pas.

D'un geste assuré et sec, la jeune femme planta la seringue. Dans le même instant, ce fut comme si la Mibu retrouvait son souffle après de longues minutes en apnée. Akira palpa son poignet, à la recherche de son pouls, qu'il sentit accélérer. Un bon signe. Peu à peu, sa peau reprenait une température normal.

-Tokito ? Tokito, tu m'entends ? appela Akari.

Le corps de la jeune fille fut pris de quelques tremblements et Akira resserra sa prise sur elle.

-Eh, tiens bon ! T'y es presque !

Enfin, les yeux émeraude de Tokito s'ouvrirent.

Elle vit flou au début. Tout tournait autour d'elle, elle était perdue, elle ne savait plus où elle était. Puis les contours se précisèrent. Elle reconnut Akari, qui la regardait, inquiète.

-Comment te sens-tu ?

Tokito avait la gorge sèche. Elle se sentait étrange. Quand ses sens lui revinrent, elle pris conscience qu'elle était dans les bras de quelqu'un. Sans même se tourner vers lui, elle le reconnut entre mille.

Elle aurait voulu sourire. Mes ses lèvres ne lui obéirent.

Les bras d'Akira la relâchèrent et il se décala sur le côté afin d'être plus ou moins face à elle. Il continuait de l'aider à se maintenir assise d'une main. De l'autre, il saisit doucement la sienne.

-Ca va ?

-Je... je... je t'ai entendu m'appeler, commença la blonde d'une voix faible. Je voulais te répondre mais j'y arrivais pas. Et puis... et puis j'ai été comme aspiré hors des ténèbres. Et je me suis réveillée ici.

Akari soupira de soulagement :

-Tu l'as échappé belle. J'ai vraiment cru qu'on ne te ramènerait jamais.

La chamane se redressa :

-Akira, je te confie Tokito. Elle est hors de danger mais elle a sans doute besoin de temps pour se remettre.

-Où vas-tu ?

-Je vais rejoindre Kyo. Je vais voir où il en est. Je vais lui dire qu'on a retrouvé Tokito et qu'elle va bien.

Elle eut un sincère sourire soulagé.

-Rejoignez-nous quand elle sera en état.

La chamane adressa un regard complice à Akira lequel rougit et tenta de protester. Mais elle était déjà loin, faisant un signe de main de loin :

-Et pas trop de bêtises hein ! Tokito est en convalescence !

-AKARI ! s'exclama Akira.

La Shiseiten disparut au petit trot. Alors le samouraï reporta son attention sur la jeune Mibu, qui arborait un teint plus pâle que d'habitude. Elle n'était, visiblement, pas dans sa meilleure forme. Même si, clairement, c'était beaucoup plus rassurant de la voir assise, les yeux ouverts qu'inconsciente allongée au sol.

Aucun des deux ne parla.

Mais tout ce qu'Akira avait dit, tandis qu'il la tenait, presque sans vie dans ses bras, résonnait entre eux dans ce silence qui les reliait.


J'espère que ça vous a plu ;)

N'hésitez pas à me laisser vos impressions ! A bientôt pour la suite où on en apprendra plus sur Daisuke et ses sombres intentions :D