BBonsoir bonsoir !
Comme promis, voici le premier chapitre.
Bêta-lecteurs : Phoenix Penna, Yumeshiro
Bonne lecture à tous !
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Chapitre 1
Le retour de Cullen
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La pluie tombait à tout rompre, créant un rideau qui semblait séparer la petite ferme du reste du petit village de Cordoan. Le tonnerre grondait de temps à autre, expression de la colère du Créateur sur ses ouailles, tandis que les éclairs déchiraient le ciel.
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— Pourquoi le Créateur serait en colère ?
Merrill penche la tête sur le côté sous l'incompréhension. Varric lui offre un petit sourire, habitué.
— C'est une métaphore, Daisy.
— Oh, d'accord ! Je suis désolée de vous avoir interrompu.
La Dalatienne esquisse une moue contrite, que le nain efface d'un geste vague de la main dans les airs.
Puis Sera profite de la trop belle occasion.
— C'est là que Cullen apparaît, sur son beau destrier blanc, c'est ça, Varric ?
— Drakon est gris, Varric, avant que votre esprit n'oublie ce détail.
Cullen fronce les sourcils et jette un regard méfiant au conteur, qui se contente de ricaner.
— Donc pas de prince sur son cheval blanc pour sauver sa princesse. Dommage.
— Si vous continuez, Sera, je vous donnerai une bonne raison de craindre les mages. Une très bonne raison, réplique Dorian en haussant un sourcil.
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Cullen Rutherford, Commandant de l'armée de Férelden, sous les ordres directs du roi Alistair Theirin, revenait dans son village natal pour quelques semaines. Dans la tempête qui faisait rage, il entra dans la petite cour de sa maison d'enfance. Il ramena d'une main les pans de son manteau sur lui et arrêta son cheval fourbu en tirant sur les rênes. La terre s'était transformée en une boue marronâtre et son étalon renâcla, frappant le sol de ses sabots et éclaboussant les poils de ses paturons.
— Calme, Drakon.
Il flatta de la main l'encolure de la bête, avant de mettre un pied à terre. Un tressaillement le parcourut lorsqu'un nouvel éclair traversa les cieux, dans un bruit de boulet se fracassant contre la pierre. Son esprit se perdit alors un instant dans ses souvenirs de bataille et ses yeux se perdirent dans le vague. Il enroula par automatisme les rênes autour de sa main gauche, les serrant contre sa paume alors que son épée battait contre son flanc.
Il sortit néanmoins de ses pensées lorsqu'une voix enfantine cria son prénom et il se retourna vers la porte d'entrée de la petite ferme. Un sourire éclaira son visage fatigué lorsqu'il aperçut son neveu courir vers lui, faisant fi de la boue qui maculait son pantalon. Un léger rire échappa au commandant lorsqu'il songea à la colère de sa soeur aînée, Mia, dès qu'elle le verrait dans cet état et il s'accroupit pour l'accueillir dans ses bras.
— Franz, comme tu as grandi ! le complimenta-t-il alors que l'enfant se jetait dans son étreinte.
Cullen se releva en le maintenant contre lui, mais son sourire se figea avant de disparaître quand il sentit des gouttes d'eau glacées couler le long de son cou. Il passa une main dans le dos de son neveu, qui leva un visage trempé de larmes vers lui, ses yeux exprimant une détresse sans nom.
Aussitôt, le ventre du militaire se noua d'angoisse alors que son visage devenait pâle. Il serra un peu plus l'enfant contre lui, essayant de lui apporter un peu de chaleur réconfortante malgré le métal de son armure. Il leva la tête en entendant une autre personne marcher dans la boue et il aperçut son frère Brandson, les yeux rougis et les mains tremblantes.
— Bran, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il d'une voix inquiète.
— Je… Je vais m'occuper de ton cheval, Mère t'expliquera. Mais je suis heureux que tu sois enfin rentré.
Le cadet donna alors les rênes au père de famille, serrant brièvement son épaule d'une main, avant de rentrer précipitamment chez lui. Dès qu'il passa le pas de sa porte, sa plus jeune sœur Rosalie reprit Franz de ses bras pour qu'il puisse enlever ses vêtements humides. Elle aussi semblait avoir pleuré, même si ses yeux brillaient d'une impatience mal contenue plutôt que de tristesse.
— Maman, Cullen est rentré ! cria-t-elle.
Le commandant essuya ses bottes sur le paillasson alors que Rosalie reposait l'enfant au sol. Celui-ci cacha son visage dans ses jupons, avant d'imiter son oncle à la demande de ce dernier. Connaissant le petit, il mettrait sinon de la boue partout dans la maison.
Cullen enleva finalement son manteau dégoulinant et le déposa sur une des patères qui se trouvait derrière la porte, défaisant aussi son armure pour se délester de son poids, avant d'avancer dans le couloir pour rejoindre la pièce à vivre. Sa mère s'y trouvait, assise dans son fauteuil devant le feu ronflant de la cheminée. Ses cheveux encore méchés de blond lorsqu'il était parti avaient totalement viré au blanc et il put voir des rides supplémentaires sur son front lorsqu'elle tourna son visage vers lui.
— Cullen, mon chéri ! Approche-toi donc du feu, il ne faudrait pas que tu prennes froid !
L'homme eut soudain l'impression d'avoir à nouveau dix ans devant l'amour qui brillait dans les yeux fatigués de sa mère. Rosalie le héla soudain pour lui lancer une serviette et il la rattrapa d'une main, avant de commencer à essuyer ses cheveux mouillés.
Il essora une dernière fois ses mèches avant de poser la serviette sur le dossier d'une chaise. Puis il se rapprochera du fauteuil, s'y accoudant. Sa mère se saisit alors de ses mains pour les placer dans les siennes afin de les réchauffer et son ventre se dénoua un peu. Il restait tout de même inquiet et il tapa nerveusement du pied sur le plancher.
— Que s'est-il passé en mon absence, Maman ? Pourquoi tout le monde semble si… désemparé ?
Elle détourna son regard du sien, se concentrant sur ses mains gelées qu'elle frottait entre les siennes pour leur redonner des couleurs. Puis elle soupira, semblant prendre encore un peu plus de l'âge alors que ses épaules s'affaissaient.
— Ton père est tombé malade il y a une quelques jours. Mia est partie en ville de nuit pour aller chercher un remède malgré nos recommandations d'attendre le matin… Son cheval est rentré peu avant ton arrivée. Sans elle.
Cullen eut l'impression que son sang se figeait dans ses veines, alors que ses yeux s'écarquillaient. Non, ce n'était pas possible, il n'avait pas pu arriver quelque chose à sa grande sœur !
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— J'aimerais bien que Carver s'inquiète pour moi comme ça, de temps en temps.
Hawke a le regard dans le vague et sa voix n'est presque qu'un murmure. Pourtant, Cullen l'entend et ne peut s'empêcher d'être curieux. Il ne lui connaissait qu'une mère.
— Vous avez un frère, Hawke ?
— Il dirait malheureusement, mais oui.
Le mage soupire, passe une main dans ses cheveux ébouriffés.
— Vous êtes inquiet pour lui, n'est-ce pas ? devine le Commandant.
— Depuis que je l'ai tenu dans mes bras.
Le silence qui suit est presque pesant et Varric pose une main sur le bras de Hawke, le caressant doucement pour l'apaiser. Puis il tourne la tête vers le militaire, secouant la tête.
— Bouclette… Évitez le sujet. Hawke, je peux reprendre ?
Les deux hommes échangent un regard et un sourire taquin éclot sur les lèvres du Hérault, tandis que ses yeux brillent par anticipation.
— Je pourrais me taire des heures rien que pour t'entendre, Varric !
— Alors commence maintenant, rit le nain.
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La respiration de Cullen s'accéléra alors qu'il fermait les yeux, essayant de reprendre son calme. Son cœur semblait vouloir sortir de sa poitrine à battre comme un fou contre sa cage thoracique, tandis que ses mains se serraient sur celles de sa mère.
— Je pars à sa recherche, déclara-t-il sombrement.
Le grondement du tonnerre s'intensifia un peu plus au-dehors et le vent rugit, faisant claquer violemment le volet contre la fenêtre. Sa mère posa un regard inquiet sur lui, mais il avait déjà enlevé ses mains des siennes pour se diriger à nouveau vers l'entrée d'un pas militaire.
— Cullen, tu viens à peine de rentrer et la tempête fait rage dehors ! Reste au moins le temps qu'elle se calme ! l'implora sa mère.
— Mia est peut-être sous cette même tempête ! rétorqua-t-il. Ce n'est pas un peu de pluie qui me retiendra !
Il saisit de nouveau son manteau et l'enfila. Le froid le reprit soudain et il frissonna, sentant l'humidité s'infiltrer partout où elle le pouvait. Mais il ne se laissa pas arrêter par cette sensation peu agréable, alors que Brandson poussait la porte. Lui ne dit pas un mot en le voyant prêt à repartir et s'effaça de l'entrée, le laissant sortir à nouveau dans la tourmente.
Cullen rejoignit les écuries attenant à la ferme et ouvrit la porte brusquement. Un courant d'air fit claquer son manteau et le cheval de Mia, une jument à la robe grise, hennit et renâcla bruyamment au bruit, alors que son étalon releva à peine la tête, exténué par son trajet. Les deux animaux ne semblaient pas en état de ressortir, mais il ne pouvait pas rester sans rien faire alors que son aînée avait disparu.
Il hésita un bref instant, avant de se tourner vers le mur et de saisir la bride d'Arabesque. Elle avait eu droit à un peu plus de repos que Drakon et elle devait savoir à peu près où elle avait désarçonné Mia. Il lui passa le harnachement, avant d'ouvrir la barrière pour la faire sortir du paddock. La jument souffla et lui donna un coup de tête, ses grands yeux noirs semblant comprendre ce qu'il ressentait. Il lui adressa un sourire désolé, avant d'attacher les rênes à un anneau.
Il se saisit du tapis de selle et le posa sur le dos, quand un bruit de sabot lui parvint. Il fronça les sourcils et leva la tête, plissant les yeux alors qu'il apercevait une silhouette derrière le rideau de pluie. Arabesque renâcla et tira alors sur sa bride, avant de taper du sabot contre le sol meuble.
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— En voilà un cheval intelligent.
— Dorian…
Cullen esquisse un sourire amusé, alors que le Tévintide croise les bras sur sa poitrine, la bouche pincée.
— Amatus, il a tenté de me tuer, je te rappelle ! se défend-t-il.
— Le cheval ? Pourquoi Arabesque a tenté de vous tuer ?
Merrill ouvre de grands yeux surpris. Le mage lève les yeux au ciel, avant d'expliciter son propos.
— Dame Merrill, je parlais de Samson. La silhouette.
— Oh.
— Oui, oh. Dorian, vous êtes prié de ne pas gâcher mon histoire. Bianca n'aime pas qu'on contrarie son papa.
Varric ricane en tapotant l'arbalète et l'homme se tait sans plus attendre, de crainte que le conteur ne mette réellement ses menaces à exécution.
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Le militaire soupira lourdement en comprenant de qui il s'agissait au comportement de la jument et il lui flatta doucement l'encolure pour la calmer. Il se saisit ensuite de sa selle, tandis qu'un homme d'une trentaine d'années entrait dans l'écurie avec un pas de conquérant.
— Je n'ai pas le temps, Samson, lâcha sèchement Cullen, sa langue claquant contre son palais.
Chaque minute de perdue mettait un peu plus en danger la vie de sa sœur et il refusait de la perdre ainsi. Il finissait de sangler la selle quand l'homme passa derrière la jument, le plus loin possible pour éviter toute ruade, pour se glisser dans son dos.
— En voilà des façons de m'accueillir depuis tout ce temps…
Les mains calleuses se posèrent sur ses hanches, tandis que le souffle chaud du Templier terminait ses jours dans la courbe de sa nuque. Cullen ne put empêcher un frisson de parcourir son dos et il le mit de mauvaise foi sur le compte de son manteau humide. Mais ses joues gagnèrent quelques rougeurs alors que le corps musclé de son vieil amant se collait contre le sien.
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— Ces détails sont obligatoires, Varric ? bougonne Dorian
— Ils sont essentiels. Vous pouvez toujours vous boucher les oreilles.
Varric est plutôt fier de lui et le mage s'apprête à répliquer, quand le faux Garde des Ombres de leur équipe se permet de ricaner.
— Et qu'il manque les mots doux que lui chuchote le Commandant ? J'en doute.
— Rainier, si vous vous la fermiez, je vous en saurais gré.
Les deux hommes s'échangent un regard noir et l'aventurier décide de mettre le holà tout de suite avant que cela ne dégénère.
— Pas de chamailleries les enfants, ou je m'arrête là.
Un silence suit ses propos et il sourit, satisfait.
— Bien, je n'aurais pu espérer mieux.
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Soudain, Arabesque secoua violemment sa tête et Samson recula précipitamment d'un pas. Le militaire ne broncha pas, même s'il se réjouissait intérieurement de l'intervention de la jument. Il défit les rênes qui la maintenaient en place et monta dans la foulée sur son dos, se mettant hors de portée des mains baladeuses du chasseur.
Cullen lui adressa néanmoins un sourire teinté de tristesse. Son amant avait certes des défauts et la jument de sa sœur ne l'avait jamais apprécié, mais il était heureux de le revoir. Sa présence chassait un peu le froid qu'il ressentait. Il avait envie de le prendre dans ses bras et d'oublier entre les siens ce qu'il avait vu durant la guerre. Mais ce n'était pas le moment.
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— Je doute qu'il aurait réussi, cette brute sans cervelle, grommelle Dorian.
Les yeux de l'auditoire se tournent vers le Tévintide renfrogné, puis glissent vers Cullen.
— Bouclette, je crois que votre mari vous fait une crise de jalousie.
— Varric, je me passerai de vos commentaires, s'agace le militaire. Continuez plutôt.
— Moi, je veux bien les faire taire…
Les lèvres d'Isabela s'ourlent en un sourire charmeur et gourmand, qui fait grincer des dents le Commandant.
— Approchez-vous de Dorian ou de moi et je vous ferais une visite guidée des magnifiques prisons de Fort Céleste, pirate.
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Donc, ce n'était pas le moment pour une étreinte torride et passionnée.
— Samson, je… Je suis heureux de te revoir, mais Arabesque est rentrée sans Mia, je pars à sa recherche sans plus tarder.
— Tu veux que je t'accompagne ?
La question était venue spontanément, le militaire le lisait dans les yeux de Samson. Si Mia et lui ne s'entendaient pas, il était pourtant prêt à braver la tempête pour lui porter secours. Mais son ventre se tordit à cette idée sans qu'il ne sût pourquoi, alors qu'une étrange lueur dansait dans le regard noir. Il chercha soudain un moyen de refuser sans que le Templier ne s'en offusquât, quand son regard tomba sur son étalon épuisé. Il ne pourrait pas supporter la tempête une fois de plus et lui-même n'aurait pas la patience que le brun aille chercher le sien.
— Drakon serait bien incapable de ressortir maintenant. Je m'en sortirai, ne t'inquiète pas.
Il enfonça ses talons dans les flancs d'Arabesque et la dirigea à pas lents vers la sortie. L'orage semblait s'être légèrement calmé et, s'il continuait à pleuvoir diluviennement, Cullen n'entendait plus la foudre gronder.
Samson ne le laissa cependant pas s'en tirer à si bon compte et rattrapa la jument en quelques enjambées, saisissant les rênes pour l'empêcher d'avancer plus. Le militaire lui adressa un regard suppliant, alors que la bête renâclait et piaffait d'agacement.
— Je n'aime pas laisser ce qui m'appartient sans surveillance. Fais attention à toi, veux-tu ?
— Je te le promets, lâcha le commandant. Laisse-moi partir, maintenant.
Sa voix baissa d'un ton et devint plus dure, comme lorsqu'il dirigeait ses troupes. Il n'appréciait pas que Samson le retînt alors que la vie de Mia était en jeu. Avait-il toujours été si égoïste ? Si oui, il ne s'en souvenait pas.
Le chasseur lui adressa un regard choqué, comme si cela le surprenait de sa part, et relâcha les rênes.
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— Prends-toi ça dans les dents, vil salopard !
Cullen lève les yeux au ciel devant la virulence de son époux.
— Dorian, on ne dit pas du mal des morts.
— Je peux réanimer son cadavre pour l'insulter, amatus ?
Le Tévintide lui adresse un regard suppliant et brûlant, qui fait rougir les joues du Commandant.
— Hors de question ! Et tu l'as brûlé, je te rappelle.
La tentative de changement de sujet ne passe pas inaperçu. Anders étouffe un rire discret, alors que l'Altus sourit largement.
— Oh oui, je m'en souviens maintenant. C'était jouissif.
— Dorian…
— Moins que de te faire du bien, amatus.
Cullen cache son visage écarlate derrière une de ses mains alors que son mari sourit fièrement. Aveline soupire et se pince l'arrête du nez.
— Il y a des choses que nous ne voulions pas savoir et cela en faisait définitivement partie.
— Vous êtes d'un ennui, Aveline, la tacle la pirate.
— Vous êtes d'une vulgarité, Isabela, répond du tac au tac la garde.
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Ainsi, Cullen relança Arabesque et celle-ci s'élança au petit trop sous la pluie, suivant le sentier qui menait à la voie principale. Il y avait un bout de forêt à traverser pour rejoindre la grande ville la plus proche et il y avait de grandes chances que Mia fût désarçonnée par sa jument dans les bois.
Le jour encore présent était la seule chose rassurante. Entre le temps et la nuit qui n'était pas encore tombée, les loups ne devaient pas être de sortis. Il ne les craignait guère, armé et bon combattant. Mais Arabesque risquait de prendre peur et de tenter de le désarçonner face à ces bêtes carnivores...
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— Et ? Elle l'a désarçonné ?
Hardings se lève sur son tabouret, les yeux brillants, suspendue aux lèvres du conteur. Mais elle n'est pas la seule. Cassandra a aussi l'air plus qu'intéressé et semble trépigner sur place.
— Il fut blessé dans la chute et c'est Dorian qui l'a recueilli ?
— Oh, comme c'est mignon, Chercheuse. Vous attendez avec impatience leur rencontre, n'est-ce pas ?
Varric ne peut s'empêcher de taquiner la combattante. Elle lui en a fait voir de toutes les couleurs, ce n'est qu'un juste retour des choses.
— La ferme, le nain.
— Si je me tais, plus d'histoires, lui fait-il joyeusement remarquer.
— Je peux encore vous faire mettre en prison, il y a de la place.
— Je ne vous donne pas une journée pour m'en sortir. Avouez, vous brûlez d'impatience.
Il ricane et Cassandra croise les bras sur sa poitrine, presque vexée.
— Je ne vous ferais pas ce plaisir.
— Mais celui d'acheter mes livres, si ?
— Par Andrasté, Varric ! s'emporte-t-elle.
Conscient de flirter avec les limites de la patience de la Chercheuse, l'aventurier s'abstient finalement d'en rajouter.
— Très bien, je continue…
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Cullen s'enfonça donc dans la forêt, suivant la route avec prudence. La pluie empêchait de voir à plus de quelques mètres devant lui, alors il se laissait guider par Arabesque. La jument semblait se souvenir à peu près d'où elle avait perdu Mia et avançait sans hésitation. Le militaire fronça néanmoins les sourcils quand les pavés sous les sabots furent remplacés par de la boue. Son coeur se remplissait un peu plus d'angoisse. Si sa soeur avait quitté la route, il serait bien plus difficile de la retrouver avec la tempête.
Puis, alors que la pluie semblait avoir gelé l'homme jusqu'à l'os, l'ombre d'une grille en fer forgée émergea derrière le rideau d'eau. Le commandant souffla de soulagement. Qui disait grille disait habitation, et même en mauvais état, Mia devait être à l'abri.
Arabesque commença néanmoins à broncher et à tirer sur les rênes, épuisée, et Cullen mit pied à terre pour la décharger de son poids. Il mit sa main sur la grille et exerça une légère pression. Le battant s'ouvrit dans un grincement sinistre, alors que de faibles halos de lueur devenaient perceptibles.
Il chercha à s'en rapprocher, la jument sur ses pas. Un éclair zébra le ciel, détachant sur la toile grise du ciel la silhouette imposante d'un château. Jamais le jeune homme n'en avait entendu parler, mais sa présence signifiait que sa soeur devait être saine et sauve, il ne pouvait en être autrement !
Néanmoins, il fronça les sourcils quand il longea un bâtiment qui ressemblait à une écurie. Par curiosité, il y entra, et fut surpris d'y trouver deux magnifiques chevaux des Anderfels, dans des immenses boxs bien entretenus. Il hésita à peine avant d'installer Arabesque dans l'un des boxs, lui enlevant son harnachement pour le poser dans la paille.
Il ne voyait pas de palefreniers, ce qui était étonnant, mais peut-être le domaine avait-il été construit il y a peu de temps et que son propriétaire n'avait pas encore eu le temps de recruter tout son personnel. Assurément, Mia devait être entre de bonnes mains.
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— J'aime ce délicat synonyme de "au cachot", commente Hawke avec un sourire.
— Oh, suffit Hérault, elle n'y est restée que dix minutes !
— Dix minutes de trop, Dorian.
Le Tévintide grimace en entendant la pointe de colère dans les propos de son compagnon et se tourne vers lui.
— … Tu m'en veux encore, amatus ?
— De temps en temps, mais vous avez un don pour le lui faire oublier, il semblerait.
Le vainqueur de l'Arishak ricane, s'attirant un regard noir des deux intéressés. L'agacement est visible sur le visage du Commandant, qui clôt immédiatement la digression.
— Hawke, pas un mot de plus.
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Cullen s'occupa alors de bouchonner la jument pour éviter que Mia ne lui passât un savon plus tard. Une fois le pelage presque sec, il laissa l'animal pour ressortir et se rendre à l'entrée du château. La pluie empêchant toute admiration devant le faste des murs, il se dépêcha de monter les marches de l'escalier en forme de fer à cheval et soudain, il fit face au heurtoir en forme de lion.
Il s'en saisit, et ses doutes s'intensifièrent lorsque la porte s'ouvrit toute seule, sans même qu'il ne frappe. Il entra vite, repoussant le battant derrière lui. Il fronça les sourcils en trouvant les lieux déserts et plongés dans une semi-pénombre, avant de poser son manteau trempé sur le porte-manteau à droite de la porte.
— Excusez-moi, il y a quelqu'un ? Mia ?
Il avança de quelques pas, salissant de boue le tapis écarlate à ses pieds, alors que ses mots résonnaient sur les murs de pierre.
Il ignorait encore qu'il venait de pénétrer l'antre de la Bête.
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— J'suis sûre que Dorian aime ça, commente Sera en riant.
Le concerné glapit d'indignation, alors que les joues de Cullen reprennent une teinte écarlate. Varric voit venir les ennuis pour la jeune elfe et préfère intervenir.
— Je crois qu'il serait préférable de s'arrêter là avant que Bouclette ne se salisse les mains…
Son regard intercepte un échange de murmures entre son compagnon et leur amie pirate. Levant les yeux au ciel, il tapote du bout des doigts le bois de la table.
— Et Hawke, pas la peine de te faire discret, je t'ai vu. Ne fais pas de paris avec Isabela, tu vas encore perdre.
— Pas cette fois !
— Dix pièces d'argent qu'il perd, souffle Fenris avec un sourire.
— Fenris, ne les encouragez pas. Sinon, demain, vous restez dehors, le prévient le conteur.
— Je connais déjà l'histoire, réplique-t-il. J'étais là.
— Mais pas ma version !
Dorian lui lance soudain un regard inquisiteur, presque craintif. Varric a beau arborer un air innocent, cela ne suffit pas.
— … Amatus, je crois que nous pouvons craindre le pire.
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N'hésitez pas à laisser un commentaire si ça vous a plu, si vous avez ri ou non et surtout... Faites vos spéculations X)
Prochain chapitre : lundi 20/07
