Bonjour bonjour !
Comme promis, voici le deuxième chapitre !
(et va falloir que je me bouge les fesses, j'en ai plus que trois d'avance !)
Bêta-lecteurs : Phoenix Penna, Yumeshiro
Bonne lecture à tous !
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Chapitre 2
La Bête
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Cullen venait de pénétrer dans le château. Une grimace gênée s'esquissa sur son visage, alors que l'eau ruisselait de ses vêtements pour s'échouer sur le sol. Malgré ses doutes grandissants, il avança de quelques pas, ses yeux observant avec attention le grand hall vide. À part le porte-manteau, aucun meuble richement orné n'encombrait les murs à la peinture écaillée.
Il s'arrêta finalement devant un grand escalier de marbre blanc, flanqué de deux statues de mabari et aux marches drapées d'un tapis de velours rouge. Il hésita un bref instant, sa main se posant sur la rampe exempte de poussière.
Tout ce luxe terni le mettait mal à l'aise. Si les couleurs semblaient vieilles et passées, sans doute par manque d'entretien, la bâtisse n'était pourtant pas en ruine. Aucune goutte de pluie ne filtrait malgré la tempête qui se déchaînait à l'extérieur et il ne voyait aucune toile d'araignée, ni aucune couche épaisse de poussière. Pourtant, aucun serviteur ne s'était présenté à la porte, ni n'avait été alerté par le bruit qu'il avait fait. Le lieu devenait de plus en plus étrange à ses yeux et son ventre se resserrait sous l'anxiété exacerbée qui le prenait aux tripes.
— Mia ? Mia, où es-tu ?
L'écho de ses paroles résonna entre les murs de pierre et un frisson le parcourut, sans qu'il ne puisse l'attribuer au froid qui le tenaillait ou à l'angoisse.
Il commença à monter les marches alors que ses yeux se plissaient, tentant de s'habituer à la pénombre. Il atteignit le palier et aperçut alors un chandelier sur une petite commode en bois. À ses côtés se trouvait une horloge, dont le bois était étrangement veiné de bleu. Il en approcha les doigts, puis sursauta alors que les marques s'illuminaient à son contact et que son sang se mettait presque à bouillir dans ses veines.
Du lyrium. Du foutu lyrium. De ses années lointaines de Templier, avant qu'il ne quitte la Chantrie pour se mettre au service du roi Alistair, il avait gardé une forte addiction à cette substance. Si le roi veillait à lui en fournir régulièrement et qu'il avait commencé son sevrage pour pouvoir s'en passer, il n'était néanmoins pas à l'aise avec et il rétracta ses doigts immédiatement.
Il préféra inspecter le chandelier à côté, vérifiant qu'il n'était pas gravé de lyrium. S'il pouvait trouver des allumettes dans le tiroir de la commode, il aurait de quoi s'éclairer. Il se saisit alors de l'objet et manqua de le relâcher aussi brutalement lorsqu'il s'alluma tout seul.
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— Oh, je me souviens de ça… Vous avez une sacrée poigne, Commandant, commente Anders.
Une lueur bleue vient soudain concurrencer les torches de la taverne et Varric prend une gorgée de sa bière, avant de désigner le guérisseur de sa chope.
— Vous devriez vous taire, Blondie, un elfe commence à luire de jalousie.
— Il s'enflamme comme Anders dans l'histoire ? demande innocemment Merrill.
— Daisy, ne rajoutez pas de l'huile sur le feu, ils s'embrasent vite, ces deux-là.
Anders soupire et se penche sur son compagnon pour ravir ses lèvres. Ses tatouages de lyrium cessent de luire, au grand soulagement de l'auditoire.
— Ils s'embrassent vite, surtout, conclut Hawke avec un ricanement.
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Un seul mot vint alors à l'esprit de Cullen. La magie. Cela ne pouvait être que l'oeuvre de magie. Or, il était un survivant de l'incident de la Tour de Férelden, il y avait presque dix ans auparavant à l'époque. Il avait vu le pire de la magie et en était ressorti totalement traumatisé et terrifié. Il avait même quitté les Templiers pour ne pas avoir à encadrer de nouveau des mages, partant sur les routes avec le Garde et celui qui deviendrait le roi Alistair dans leur quête pour arrêter l'Enclin.
Son cœur sembla alors tomber au fond de son ventre et il reprit sa route, courant presque en montant les marches. Il appelait toujours sa sœur, d'un ton de plus en plus désespéré, ouvrant chaque porte sur son passage pour la trouver. L'idée qu'elle fût tombée entre les mains d'un maléficien lui donnait la nausée et chaque seconde qui passait semblait de plus en plus longue.
Puis soudain, alors qu'il poussait une énième porte, il découvrit Mia dans une chambre éclairée par un grand feu provenant d'une cheminée en pierre, surmontée d'un blason qu'il ne reconnut pas au seul regard qu'il y jeta. Elle était assise devant une coiffeuse vert anis décorée de fleurs, occupée à coiffer ses longs cheveux blonds bouclés. De dos, elle ne semblait pas blessée, étant même vêtue d'une robe simple, mais dont le tissu était encore neuf.
Sa peur retomba comme un soufflé et il soupira, ses yeux étincelants de joie de revoir sa sœur, entière et vivante.
— Mia ? l'appela-t-il doucement.
Celle-ci tressaillit soudain et se retourna brusquement, lançant sa brosse en direction de l'embrasure comme s'il s'agissait d'une arme de jet. Il la rattrapa au vol en riant légèrement, faisant retomber la pression qui l'assaillait encore quelques minutes auparavant.
— Mia, je suis tellement heureux de…
— Cullen, va-t'en, tout de suite !
Sa soeur ne semblait visiblement pas partager son enthousiasme et il se figea quelques secondes, quelques secondes de trop pour la jeune femme qui s'empressa de poser ses mains sur ses épaules pour le pousser en dehors de la chambre.
— Mais, qu'est-ce…
— Ne pose pas de questions et file ! Tu dois partir avant qu'il ne se rende compte de ta présence !
Malheureusement, Cullen restait figé, incapable de comprendre. Son cerveau tournait à vide alors que sa sœur tentait de le faire bouger. Il recula d'un pas, laissant glisser la brosse à cheveux sur le sol, alors qu'elle l'enjoignait à nouveau à partir le plus vite possible avant qu'il ne fût repéré par le maître des lieux.
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— C'était déjà fichu à ce moment-là. Sans vouloir t'offenser, amatus, tu avais été aussi discret qu'un mabari dans une boucherie.
— Les mabaris sont bien élevés ! s'indigne le Commandant.
— Contrairement à vous ? Dorian a-t-il dû vous éduquer ?
Le Hérault de Kirkwall ricane, une lueur taquine dans les yeux, avant que Varric ne lui donne une tape sur l'avant-bas.
— Hawke, il suffit.
— … T'es pas drôle, Varric.
— Jamais quand ton intégrité physique est menacée par ta bêtise.
Le mage soupire et esquisse une moue boudeuse, avant de se tendre en voyant l'air carnassier de Cullen.
— Et c'est moi qui suis censé avoir été éduqué... Il vous tient bien en laisse.
— Fermez-la, Commandant, se contente-t-il de rétorquer.
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Le militaire se reprit finalement et il saisit par les épaules la jeune femme, refusant de partir sans de plus amples explications. Il avait plus peur pour elle que pour lui et il avait fini par saisir quelque chose de ses paroles : quelqu'un la retenait ici, quelqu'un qui lui ferait peut-être du mal. Même si la chambre semblait agréable, qui savait les sévices qui attendaient peut-être la douce Mia ?
Il ne pouvait supporter cette idée et déjà, il mettait la main sur la poignée de son épée. Ses yeux se plissèrent et son regard se durcit, alors qu'il se mettait sur ses gardes, prêt à combattre.
— Qui est ce "il" ? Mia, t'as-t-il fait du mal ? Est-ce qu'il t'a menacé ?
— Cullen, espèce d'idiot, je te promets qu'il ne m'arrivera rien, mais tu dois partir !
Cependant, il était déjà trop tard pour le militaire. Le bruit qu'il avait fait avait attiré l'attention de la Bête, maître du château. Prévenu par Fenris, transformé en horloge par la malédiction des lieux, il s'était aussitôt dirigé vers la chambre où il avait installé sa jeune invitée.
Cullen sentit soudain une présence derrière lui, alors que Mia laissait échapper un juron agacé. Alors que le militaire se retournait, dégainant à moitié son épée, sa soeur se mit devant lui, ramassant la brosse à cheveux pour la serrer fermement entre ses mains. Elle empêchait ainsi son frère de dégainer complètement sa lame et de représenter une réelle menace, alors qu'elle-même brandissait l'objet comme une arme mortelle.
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— Aaaah, quand même, ça a dû rappeler de bons souvenirs à Sébastian, de se faire tenir le manche, ricane Hawke.
— Par une si jolie femme qui plus est ! enchérit Isabela avec un clin d'oeil au Commandant.
— Pas un mot de plus sur ma sœur. Sauf pour Varric.
Cullen se tend et les foudroie du regard, alors que les deux sourient innocemment.
— Amatus, ça ne te va pas d'être si tendu, ne les écoute pas et laisse-moi te détendre…
— Pas de cochonneries en public, vous deux ! les prévient Anders en riant.
— Blondie, vous n'êtes peut-être pas le mieux placé pour dire ça, avec Fenris.
Varric rit à son tour des rougeurs qui apparaissent sur le visage du guérisseur.
— Ça s'astiquait bien l'argenterie, hein ?
Sera se penche vers le couple avec un air intéressé. Fenris fronce les sourcils, porte la main à son épée.
— Sera, ne vous engagez pas dans cette pente glissante, lui conseille le conteur.
— Surtout quand on parle d'argenterie, ajoute le Hérault.
— Hawke, ne les encourage pas.
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Mia brandissait donc sa brosse à cheveux, faisant face à un monstre qui semblait sorti des pires cauchemars du commandant. De la taille d'un humain et accoutré comme un noble, il dominait la jeune femme de trois têtes, tandis que la peau découverte était recouverte d'une fourrure brune abondante. Une queue battait dans son dos, tandis que son visage avait le faciès d'un félin, surmonté de deux cornes noires et d'oreilles rondes. Une marque de poils blancs semblait figurer une moustache sous sa truffe et cela aurait pu être comique, si le militaire ne ressentait pas la magie qui émanait de lui.
Le bras de Cullen trembla, alors que des souvenirs de démon torturant ses frères d'armes et son esprit dansaient dans sa tête. Il recula d'un pas et rangea sa lame presque malgré lui, alors qu'il aurait aimé ramener Mia derrière lui. Mais il se sentait soudain faible et tremblant, bien qu'il ne lâchait pas la garde de son épée, et il était presque certain que le monstre le sentirait.
La Bête croisa ses bras sur son torse, dévoilant ses sombres griffes effilées et longues, là où aurait dû se trouver des ongles, avant d'ouvrir sa gueule, flanquée de dents aiguisées. Mia ne lui laissa cependant pas le temps de parler, le coupant immédiatement.
— Laissez mon frère partir. Je vous jure qu'il tiendra sa langue à votre propos et que les Templiers ne seront pas prévenus. Mais laissez-le rentrer à la maison.
— Ce que j'ai dit pour vous vaut aussi pour lui, dame Mia. Je ne peux malheureusement pas prendre le risque que ma nature ne s'ébruite.
Cullen frémit à la voix chaude et presque caressante du monstre. Puis il secoua la tête, alors qu'il saisissait enfin ce qui s'était passé. Mia avait trouvé refuge ici et le… La Bête devant lui avait refusé de la laisser partir, de peur que son secret ne soit dévoilé. Mais l'un d'entre eux devait rentrer avec le remède pour leur père.
Il prit alors le poignet de sa soeur et l'obligea à baisser son bras. Il déglutit, fermant brièvement les yeux, avant de repasser devant elle pour fixer droit dans les yeux ce qu'il savait être un être doué de magie.
— Mon père a besoin du remède que transportait ma soeur. Laissez-la partir et gardez-moi en otage. Si elle dit quoi que ce soit… Si elle dit quoi que ce soit, je vous laisserai me tuer.
— Cullen, non, cesse cette folie, il est hors de question que je parte sans toi !
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— Bon sang, que j'aime sa fougue. Je suis sûre qu'elle en aurait autant en réserve entre des draps bouillants et qu'elle serait délicieuse.
Isabela arbore un sourire gourmand, qui immédiatement fait monter Cullen au créneau.
— Approchez-la, Isabela, et je vous jure que…
— Que Mia serait totalement accro à ses nombreux et passionnés talents ? Pour avoir test-
— Ne finis pas cette phrase, Hawke, ou tu dormiras tout seul ce soir.
Varric lance un regard éloquent à son compagnon, qui se tait immédiatement, l'air penaud.
— Qu'est-ce que je disais. Parfaitement domestiqué, lui décoche sans aucune pitié Cullen.
— La ferme.
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Un frisson parcourut néanmoins la colonne vertébrale de Cullen, alors qu'il se perdait dans le regard expressif de la Bête. Il lui semblait presque humain, déserté de toute bestialité. Le jeune homme cligna des yeux, tandis que les orbes noires passaient de sa sœur à lui.
— Vous seriez prêts à vous enfuir pour aller le soigner, n'est-ce pas ?
Sa voix semblait presque de velours, comme pour les caresser jusqu'au plus profond de leur âme. Un nouveau frisson parcourut le corps du militaire, qui ne se laissa pas déstabiliser pour autant. Il acquiesça simplement, continuant à soutenir son regard. Quelques secondes, une minute peut-être, passa dans un silence pesant. Le jeune homme serra fortement ses doigts autour de la garde de son épée, songeant qu'il devait faire quelque chose, quand la Bête soupira.
— Et vous essayerez de me tuer dès que j'aurais le dos tourné, bien évidemment. Malheureusement, je tiens à ma vie et à ma tranquillité.
Cullen sentit sa gorge se nouer alors que les yeux noirs semblaient refléter toute la tristesse de leur propriétaire. Son bras trembla, alors qu'une petite voix lui chuchotait qu'il devait le tuer tout de suite, que la Bête ne méritait pas de respirer, qu'elle puait la magie…
Mais son vis-à-vis n'avait pas tué Mia alors que cela aurait été la solution la plus pragmatique. Il lui avait fourni une chambre et des vêtements propres, et sans doute l'avait-il aussi nourri. Il n'était pas comme les autres mages qu'il avait pu rencontrer. Il n'essayait même pas d'user de magie du sang pour les retenir captifs !
Alors le commandant n'arrivait pas à prendre la décision fatale. Malheureusement, le temps de réflexion fut stoppé brutalement par une nouvelle prise de parole de l'homme-bête.
— Votre soeur peut repartir avec son remède. Vous, vous restez et vous me donnez votre épée. Pas un mot ne doit filtrer sur cet endroit et ses occupants, et comme vous vous êtes si gentiment proposé pour servir d'otage… Vous êtes ma garantie qu'elle ne dira rien.
La Bête tendit sa main en direction du militaire. Cullen se figea brutalement. Malgré toutes ses belles paroles, il était terrifié à l'idée de rester captif d'un mage. Mais son père avait besoin de soins et il ne supporterait pas que Mia souffre. Lui avait déjà tellement enduré que le monstre devrait faire preuve d'imagination pour le torturer.
Il soupira finalement, avant de défaire la mort dans l'âme sa ceinture et remettre l'épée et son fourreau à son désormais geôlier. Néanmoins, son aînée s'interposa entre eux, reprenant un court instant l'arme.
— Jurez-moi que vous ne lui ferez aucun mal et que vous prendrez soin de lui.
— Dame Mia, il sera aussi bien traité que vous. Et… Et si je m'aperçois que je peux lui faire confiance, je vous le rendrai. Je vous le promets.
La jeune femme hésita un long moment, avant de fermer les yeux et de reposer l'arme dans la main de la Bête. Elle soupira, défaite, malgré l'air de défi qui allumait encore son regard bleu. Cullen le savait, elle serait sans pitié si son gêolier ne tenait pas son étrange promesse de prendre soin de lui. Il était même certain qu'elle viendrait vérifier de temps en temps comment il se portait, même si cela lui était interdit.
Il la prit dans ses bras pour la serrer contre lui, prenant une inspiration tremblante. Comme d'habitude, elle lui manquerait terriblement, mais ce qui nouait encore plus son ventre, c'était d'ignorer quand il pourrait la revoir, quand il pourrait retrouver les siens. Peut-être dans quelques mois, peut-être jamais. Cette incertitude commençait déjà à le consumer et il fit tout pour le dissimuler à son aînée.
— Je vais m'en sortir, Mia. Rentre à la maison, tout le monde s'inquiète pour toi.
— Tu as intérêt à m'envoyer plus de lettres que ce qui est dans ton habitude. Tu ne pourras pas arguer le manque de temps. Et s'il te fait du mal, je débarque dans la journée qui suit pour lui botter les fesses.
Cullen n'eut même pas le coeur à rire et un silence tomba sur la pièce. Il voulait profiter de chaque seconde qui lui restait avec sa soeur et enfouit son visage dans son épaule. Il remarqua au passage du coin de l'oeil que la Bête avait reculé, restant dans le couloir pour leur laisser un peu d'intimité. Il se jura alors de tout faire pour obtenir sa confiance, même s'il s'agissait d'un mage. Il ne pouvait rester des mois ici ; il avait sa famille et son métier, et il se refusait à les abandonner. Il était un battant, il ne se rendrait pas sans avoir lutté pour obtenir ce qu'il voulait.
La Bête finit néanmoins par se rappeler à eux, toussotant pour attirer leur attention. Cullen relâcha difficilement sa soeur, fermant les yeux alors que ses bras retombaient le long de son corps. Il se détourna en lui murmurant un au revoir et Mia fut tentée de le secouer pour ce manque soudain de courage. Mais elle ne lui en voulait aucunement et, après avoir récupéré son sac qui traînait sur une commode contre le mur et reposé la brosse à cheveux, passa la porte pour que le maître du château la raccompagne à la grille.
Cullen se laissa alors tomber sur le lit, s'enfonçant dans le matelas mou dans un soupir. Il posa son avant-bras sur ses yeux, se mordant la lèvre alors que l'étreinte glacée de la solitude se refermait sur lui. Il avait l'impression que son monde s'écroulait autour de lui. Il était désormais coincé loin de sa famille et de son travail, aux mains d'une Bête qu'il craignait bien plus qu'il ne l'aurait jamais avoué à Mia.
Il tressaillit néanmoins violemment et se redressa alors qu'une voix brisait le silence de la pièce.
— Faut pas déprimer comme ça !
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— Ah, ça, c'est mon entrée triomphale, s'exclame Anders.
— Votre sortie triomphale surtout, Blondie.
— Varric. Vous n'oseriez pas… ?
Le blond pâlit soudain, alors que le regard du nain pétille d'amusement.
— Quelle question.
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Le commandant scruta alors la chambre, ses yeux passant d'un objet à l'autre pour trouver ce qui avait parlé.
— En bas !
Cullen obéit avec suspicion, avant de sentir son souffle se couper. Ses yeux s'écarquillèrent en voyant un chandelier animé, le chandelier qu'il avait pris tout à l'heure, se tortiller au-dessus du sol, tenant un pan du couvre-lit entre deux de ses branches.
Dans un réflexe hérité de ses années de Templier, il s'en saisit et le balança au loin. Le chandelier vola à travers la pièce et passa l'embrasure de la porte, restée ouverte. Il frotta ensuite sa main contre son pantalon, comme pour l'essuyer, ses yeux restant fixés sur la zone où il avait lancé l'objet.
Sa curiosité le poussa cependant à se relever et il se rapprocha avec prudence de la porte, posant par habitude sa main là où aurait dû se trouver son épée. Il regretta soudain son absence, alors qu'il avançait sur le parquet ciré.
Il se pinça fortement l'intérieur du poignet en voyant l'horloge de lyrium aux côtés du chandelier échoué sur le tapis écarlate du couloir, lui tenait une branche de ses ornementations dorées latérales, comme s'il s'agissait de sa main.
— Tout va bien ? Tu as mal quelque part, Anders ?
— Aaah, partout, Fenris ! Mais rien que des baisers ne sauraient… Aïe !
L'horloge venait de lui donner un coup sur la bougie centrale pour le faire taire, avec un air mi-exaspéré mi-attendri terriblement humain. Cullen cligna à nouveau des yeux, croyant s'être endormi et s'être perdu dans les méandres de l'Immatériel, alors que l'horloge - Fenris, semblerait-il - aidait le chandelier à se redresser.
— N'empêche que j'ai mal au fondement maintenant, grommela le chandelier nommé Anders en se frottant l'arrière de son pilier central.
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— Pourtant, je suis sûre que vous avez l'habitude d'avoir mal au fondement, très cher…
— … mais pas pour les mêmes raisons !
Comme d'habitude, Isabela engage les hostilités et Hawke la suit sans hésiter, tant pis pour le regard noir que leur adresse soudain Fenris.
— Hawke, Isabela, ne vous engagez pas sur ce chemin, les prévient-il, menaçant.
— À ce propos, ne jamais suivre la route tracée par Fenris : elle est parsemée de cadavres d'esclavagistes, réplique le Hérault.
— La vôtre n'est pas moins encombrée, Hawke.
— Touché.
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Le commandant reprit finalement ses esprits et s'accroupit devant les deux objets, intrigué et méfiant. Il toucha du doigt l'horloge, qui se retourna vers lui d'un air courroucé vers lui, avant de l'invectiver dans une langue qu'il ne reconnaissait pas.
— Fen, pas besoin d'être aussi agressif avec l'invité de Pavus, j'ai dû le surprendre…
— Beaucoup, avoua Cullen. Qu'est-ce que vous êtes ?
— C'est... compliqué, fit le chandelier, en se frottant l'arrière de la bougie centrale.
— Nous sommes le résultat de la bêtise d'un ami et d'une malédiction, c'est très simple, au contraire, rétorqua l'horloge d'un air froid.
Le militaire voulut en savoir plus, quand les deux objets tressaillirent et se redressèrent soudain pour filer comme s'ils avaient un mabari baveux aux trousses. Il tourna alors la tête et sa mâchoire se crispa lorsqu'il vit la Bête arriver au bout du couloir. Il n'avait guère d'informations entre ses mains et, pour l'instant, il était trop ébranlé par ses souvenirs et le départ de sa soeur pour lui faire face. Il ne voulait pas lui cracher sa rancoeur à la figure, pas s'il voulait gagner sa confiance pour rentrer chez lui un jour.
Il se demanda brièvement ce que raconterait Mia à sa famille et à Samson, avant de se lever. Il tourna le dos à son hôte involontaire, s'apprêtant à rentrer dans ce qui lui servirait sans doute de chambre, avant d'être rattrapé.
Une main velue se posa sur son épaule sans pour autant la serrer avec force, comme pour lui laisser toute latitude de s'éloigner. Mais Cullen se sentait tout de même surplombé et un frisson d'angoisse le parcourut. Une goutte de sueur glissa le long de sa tempe, venant glisser dans son cou, mais il refusa de se retourner.
— Cette chambre était temporaire pour votre soeur, le temps que mes domestiques nettoient les appartements des invités. J'ose espérer qu'ils vous conviendront mieux. Puis-je vous montrer le chemin ?
Le militaire sentit ses dents grincer malgré lui alors qu'il lui semblait reconnaître les manières ampoulées des Orlésiens. Par le souffle du Créateur, qu'il détestait leurs phrases et tournures alambiquées !
— Vos domestiques pourraient tout aussi bien le faire, la Bête.
— Certes. Si cela vous sied… Sébastian, s'il vous plaît, pourriez-vous me rendre ce service ?
La brosse auparavant tenue par Mia maugréa sur la commode sur le fait qu'il n'était pas un domestique, avant d'accepter. La Bête recula alors et Cullen respira soudain un peu mieux. Mais, avant de s'en aller, la voix charmeuse s'éleva à nouveau.
— Aurais-je le plaisir de vous avoir à ma table pour dîner ?
Le Féreldien voulut refuser en arguant qu'il n'avait pas faim, pour rester tranquillement dans sa chambre et calmer sa colère avant de faire face au monstre, mais son ventre gronda comme une dragonne en rut. Il rougit, passant sa main devant ses yeux, et se retrouva obligé d'accepter du bout des lèvres.
La Bête s'en alla alors et la brosse à cheveux sauta sur le sol, avant d'avancer en sautillant pour montrer le chemin à Cullen. Ce dernier la suivit en bâillant, ses paupières se faisant de plus en plus lourd au fur et à mesure qu'il marchait. Ce fut presque avec soulagement qu'il arriva à ce qui serait sa chambre pour les prochains mois, et il s'avança en somnolant à moitié vers le lit.
Il prit à peine le temps d'enlever ses bottes avant de s'écrouler comme une masse sur le lit, la fatigue de ses chevauchées lui retombant soudain dessus.
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— Attendez, Varric… Il a fait un trajet sous la pluie et il ne s'est pas changé ?
Hardings est la première à comprendre ce que cela sous-entend. Elle jette un regard curieux au Commandant, qui hausse les épaules, gêné.
— J'étais épuisé, éclaireuse Hardings.
— Et ça a bien arrangé les affaires de Dorian pour se faire apprécier, ajoute Anders.
— Vous voulez peut-être raconter l'histoire à ma place ?
Varric hausse un sourcil. Le mage Garde des Ombres secoue négativement la tête, un léger sourire aux lèvres.
— … Non. Mais Hardings et les autres sauront bien assez vite les conséquences des actes de Serah Rutherford.
— Demain soir seulement, Blondie. Laissez-les donc mariner un peu.
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N'hésitez pas à laisser un commentaire si ça vous a plu, si vous avez ri ou non et surtout... Faites vos spéculations X)
Prochain chapitre : lundi 27/07
