Bonjour bonjour !
Je m'excuse, j'ai totalement oublié de poster, mon cerveau m'a fait défaut. Vilaine Aurore. Et j'ai pas avancé. Oups.
J'espère que j'aurais le temps de terminer avant que mes cours s'intensifient, néanmoins !
Bêta-lecteurs : Phoenix Penna, Yumeshiro
Bonne lecture à tous !
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Chapitre 4
Mignon, allons voir si la rose...
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Cullen observa le plateau en plissant légèrement les yeux. Il ignorait le chandelier assis sur le lit qui encourageait la Bête et sourit en coin, avant de déplacer une pièce sur l'échiquier.
— Échec et mat.
— Kaffas, encore ?!
Le commandant aurait dû rire de l'air à la fois stupéfait et boudeur de son geôlier. Depuis deux jours que durait son alitement, cela devait bien faire la trentième fois qu'ils jouaient aux échecs et tout autant que la Bête perdait. Parfois de justesse, l'humain l'admettait, son adversaire était retort et plutôt bon stratège. Mais lui avait exercé ses talents en dirigeant des hommes et cela faisait de lui un joueur d'échecs prudent, sans pitié et prévoyant.
Cependant, le mot étranger ne lui échappa pas et il blêmit, la pièce soudain silencieuse.
L'ancien Templier avait préféré mettre de côté son animosité et ses questions vis-à-vis de son hôte alors qu'il s'occupait de lui et l'aidait à tromper l'ennui. Néanmoins, l'utilisation de tévène ramenait toutes ses peurs à la surface et il recula légèrement, son dos butant contre la tête de lit.
— Vous… Vous venez de Tévinter ?
La Bête semblait agacé par sa question et il se releva du lit qui grinça. Il prit par la même occasion le jeu d'échecs, qu'il posa sur le bureau sans répondre. Le regard d'Anders le chandelier passa de l'un à l'autre, avant qu'il ne décide de sauter sur le bureau pour rejoindre Fenris, qui boudait dans son coin, comme toujours.
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— Je ne boude pas !
Fenris arbore un air mortellement outré, alors qu'Anders cache sa bouche derrière sa main pour rire discrètement.
— Oh, veuillez m'excuser. Préféreriez-vous "qui faisait comme à son habitude sa tête de tueur" ?
— Je n'ai pas… !
— Fen, tu penses réellement avoir le dernier mot avec Varric ?
Le guérisseur embrasse la tempe de son amant, qui croise les bras sur sa poitrine avec un regard meurtrier qui donne raison au nain. Mais, de mauvais foi, l'elfe nie la vérité.
— Merci de ton soutien, Anders, vraiment, grommelle-t-il.
— Quelqu'un devrait mettre les doigts dans les... rouages pour se faire pardonner.
L'Inquisiteur éclate de rire, sous le regard satisfait du capitaine de la Charge.
— Iron Bull ! Vous n'allez pas remplacer Sera et Isabela, tout de même ? s'enquit Aveline, massant au passage ses tempes.
Le sourire du Qunari pour toute réponse la fait lourdement soupirer.
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Ce fut ainsi l'horloge avec sa tête de tueur qui confirma les suspicions du Commandant. Fronçant ses aiguilles, il renifla, jetant un regard noir sur la Bête, qui le lui rendit. Le corps monstrueux était tendu par l'appréhension, attisant la crainte du soldat.
Il n'avait pourtant aucune raison autre que ses traumatismes d'avoir peur. Jamais son geôlier n'avait eu un geste violent envers lui et il l'avait traité avec douceur. Parfois, il était sarcastique, mais jamais rien de cruel ou de méchant. Juste une langue bien affûtée et un esprit vif.
— Oh, il est même pire que ça. C'est un Altus, siffla Fenris, avec tant de haine qu'elle sembla se matérialiser dans la pièce sous la forme d'une lourde chape de plomb.
Le jeune homme fronça les sourcils, ne comprenant pas le sens du mot. Son regard passa de l'horloge à la Bête, qui souffla avant de se diriger vers la porte. Cullen voulut le retenir pour obtenir de plus amples explications, mais une quinte de toux le secoua à cet instant.
Le battant se referma derrière l'homme-bête sans qu'il n'eût des explications. Il soupira, réarrangeant l'oreiller dans son dos avant de se tourner vers Fenris, qu'il gratifia d'une oeillade furieuse. Il n'était pas tant en colère de son manque d'informations, mais plutôt de sa désormais presque solitude.
Les quatre objets enchantés de la pièce étaient plutôt sympathiques, mais à petites doses. Très petites doses même, en ce qui concernait le chandelier lubrique et son horloge bougonne.
— Très bien joué, vous l'avez fait fuir, bravo, lâcha-t-il en croisant les bras sur son torse. Vous me devez des explications.
— Je ne vous dois rien, humain.
L'horloge se mua dans un silence dédaigneux et Anders leva les yeux au ciel. L'armoire ricana - ce qui perturbait toujours autant Cullen après deux jours à l'entendre rire à chaque fois que la Bête perdait - avant de claquer une de ses portes.
— Un Altus est la classe noble à Tévinter et ce sont donc des mages. Fenris a été l'esclave de l'un d'eux.
— Heureusement qu'on l'a fait exploser, ce connard ! cracha soudain Anders, entourant de ses bras Fenris.
— Y'avait du sang partout, ricana l'armoire. L'Auberge du Pendu a eu un ravalement de façade gratuitement.
Le Commandant percuta soudain que les objets enchantés avaient vécu en dehors du château et qu'ils semblaient avoir vécu une vie humaine. Il écarquilla les yeux, hoquetant alors qu'il croyait comprendre. Il passa une main devant son visage et un haut-le-coeur le secoua, avant qu'il ne retrouve suffisamment ses esprits pour demander d'une voix faible :
— Vous… Vous étiez humains ? Mais… Comment ? C'est la Bête qui vous a transformé ?
Les quatre objets s'entre-regardèrent, semblant réfléchir à quoi dire ou non. Le bureau finit par soupirer, déclarant qu'il se chargeait des explications. Il se présenta officiellement comme Varric Tethras un nain de la Guilde Marchande, embarqué dans les ennuis par l'armoire à glace… qui se révélait être le célèbre Hérault de Kirkwall.
Cullen en resta un instant stupéfait, avant de secouer la tête pour reprendre ses esprits et continuer à écouter Varric avec un intérêt non-dissimulé. Le nain expliqua alors les raisons qui les avaient fait venir en Férelden, dans cette région paumée.
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— Ma région n'est pas un trou paumé ! se vexe Cullen.
Il adresse un regard mauvais au nain, qui se contente de hausser les épaules avec un sourire moqueur. Dorian toussote, avant d'intervenir.
— Amatus, sans vouloir te vexer… Pourquoi crois-tu que j'ai choisi de m'y installer ?
Le militaire se pince les lèvres, ne trouvant rien à répondre. Hawke lui adresse un sourire compatissant.
— Lothering était encore plus perdu, si ça peut vous consoler…
— Non, ça ne me console pas.
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Le conteur apprit donc à Cullen l'existence du lyrium rouge, ses effets, et du morceau qui se trouvait dans le château. Le soldat se sentait mal rien qu'à l'idée qu'une telle abomination existe, d'autant plus qu'elle se trouvait sur les lieux. Tout près de lui.
— Sauf que ce foutu morceau de lyrium porte une malédiction, grogna Hawke, claquant une de ses portes pour marquer son propos. On a voulu la faire sauter et BOUM ! Transformés en meuble.
L'ancien Templier avait perdu toutes couleurs sur son visage et il se sentait immensément désolé pour les aventuriers devant lui. Néanmoins, une peur plus insidieuse enserrait son cœur, l'empêchant presque de respirer.
— Est-ce que… la Bête est responsable de cette malédiction ? demanda-t-il d'une petite voix.
— Non, il la subit aussi, juste de façon différente. C'est un mage agréable, quoi qu'en dise Fenris. Il est différent des Altus que j'ai rencontré jusqu'à présent.
Cullen ramena ses genoux vers lui et entreprit une longue réflexion avec les informations qu'il venait de récupérer. La Bête était donc un mage tévintide… Il comprenait encore moins pourquoi il n'avait pas usé de magie du sang sur Mia, ou sur lui, pour garder son secret. Avait-il plus de cœur que ses compatriotes et répugnait-il à l'utiliser ? Cette option le fit grimacer tellement elle était peu probable.
Il avait appris dans la douleur qu'aucun mage ne résistait à l'utilisation de la magie du sang une fois qu'il y avait goûtée. La puissance était trop délectable pour s'en passer. Comme celle fournie par le lyrium…
Il sentit un picotement désagréable dans ses veines et il se retint de se gratter, sachant pertinemment que la sensation fantôme ne disparaîtrait pas aussi facilement. À son entrée au service du roi, il avait appris à repousser toujours plus longtemps les débuts du manque de lyrium. Il avait fini par entamer son sevrage, mais l'inactivité dans laquelle il se trouvait l'empêchait de se noyer dans le travail pour tenir à l'écart sa faim. Il savait qu'elle ne tarderait plus à revenir le tenailler, les démangeaisons étant un signe avant-coureur.
Il espérait simplement que, loin de sa famille ou de ses activités, il arriverait à tenir bon. Sinon, il risquait de devenir fou avant d'avoir gagné la confiance de son hôte, ce qui était loin d'être aisé.
La Bête devenait de plus en plus mystérieuse au fur et à mesure qu'il apprenait à la connaître. Tévintide qui n'utilisait pas la magie du sang, atteint par une malédiction, prévenant sous ses airs de monstre…
Il passa une main agacée dans ses cheveux, puis toussa. Les chuchotements des humains maudits à proximité finirent par lui déclencher un début de mal de tête et, après un instant d'hésitation, s'assit au bord du lit dans l'intention d'en sortir. Aussitôt, les discussions se turent et quatre paires d'yeux se posèrent sur lui.
— Je n'en peux plus de rester au lit et je vais mieux, se justifia-t-il, mal à l'aise. Alors je pensais…
Il pensait à s'éloigner d'eux pour retrouver un peu de calme et d'intimité. Il en profiterait pour explorer le château et peut-être même remettre la main sur le maître des lieux pour tenter d'y voir plus clair dans ses intentions.
— Pavus a demandé à ce qu'on ne vous laisse pas seul, fit remarquer le chandelier. Je vous accompagnerai si vous sortez de votre chambre.
Le Commandant leva les yeux au ciel, mais ne chercha pas à protester, sentant qu'il n'aurait pas gain de cause et qu'il s'épuiserait pour rien. Il se leva, avant de se souvenir qu'il ne portait qu'une chemise et que les meubles n'était pas de simples objets.
Le sifflement appréciateur de Hawke le fit rougir comme une tomate et Varric donna un coup de pied de bureau à son camarade.
Cullen se dépêcha alors de s'habiller, toujours écarlate, récupérant pour cela ses habits nettoyés et repassés qui l'attendaient sur la chaise devant le bureau. Anders et Fenris eurent la décence de ne faire aucun commentaire sur son apparence et, lorsqu'il fut prêt, le chandelier sauta sur le sol avant de se diriger vers la porte.
L'homme ne reprit pas sa couleur normale avant quelques minutes, tandis qu'Anders le dirigeait entre les murs immenses. Il lui montra la bibliothèque regorgeant d'ouvrages, les cuisines, la cour intérieure, et le soldat finit par sentir son corps s'alourdir, fatigué. Peut-être avait-il trop forcé… Il voulait néanmoins connaître un dernier endroit du château.
— Et les appartements de… Pavus ?
Il avait retenu le nom que les habitants du domaine donnaient à la Bête et il trouvait cela plus respectueux que de le ramener sans cesse à son état monstrueux.
Anders esquissa néanmoins une grimace et frotta un de ses bras derrière sa bougie centrale, vaguement ennuyé par sa demande.
— Je ne suis pas certain qu'il voudrait que je vous y emmène…
— Je pourrais trouver sans vous, par déduction, contra le Commandant.
Il préférerait cependant ne pas devoir se débrouiller tout seul. Le château était un dédale de couloirs qui se recoupaient sans trop de logique, comme s'il avait été conçu pour devenir un labyrinthe pour Orlésiens en manque de sensation.
… En fait, si le monument datait d'avant la libération de Férelden du joug de l'Empire, cette idée était tout à fait possible.
Anders soupira et accepta finalement, sautillant vers l'aile Ouest du château.
Néanmoins, à peine eurent-ils atteint l'escalier pour monter à l'étage qu'un plumeau se laissa glisser sur la rampe, sautant en bout de piste sur l'épaule de Cullen. Ce dernier observa le plumeau lui sourire et sentit une sueur glacée couler le long de sa nuque alors qu'un regard de braise lui était adressé.
— Ooooh, c'est lui l'invité ? Il est à croquer, susurra d'une voix féminine l'objet.
Il n'eut aucun doute sur le fait qu'il s'agissait auparavant d'une femme, quelle que soit sa race, vu le sourire désolé et un poil amusé d'Anders.
— Vous voudriez bien m'aider à me faire les plumes, joli coeur ?
Le Commandant gagna quelques teintes de rouge et lança un regard désespéré au chandelier qui se retenait visiblement de ricaner. Sa camarade maudit continua à lui susurrer des sous-entendus qui le rendaient toujours plus rouge, quand un aboiement retentit.
Il leva les yeux pour apercevoir en haut des marches un repose-pied, qui aboya une nouvelle fois avant de descendre les marches en courant. Le plumeau jura et prit la fuite, pourchassée par l'objet qui venait de sauver la mise au soldat.
— Isabella et Nym ne se sont jamais bien entendus, Nym aimant un peu trop sauter sur les gens pour leur baver dessus, ricana cette fois sans se gêner Anders.
— C'est… un chien ? demanda le Féreldien pour tenter d'occulter son malaise.
— Isabella est une pirate et Nym le mabari de Hawke, confirma le chandelier. Allons, avançons !
Cullen posa un pied au premier étage avec toute trace de gêne disparue de son visage, même si son accompagnateur riait encore. La poussière était moins présente qu'à d'autres endroits, sans doute à cause de la présence constante du Tévintide dans la zone.
L'ancien templier observait les tableaux sur les murs, quand un murmure lui parvint, comme une chanson douce et agréable.
Il suivit sans s'en rendre compte ce murmure envoûtant, délaissant son guide. Le chandelier en resta un instant éberlué, alors que l'invité avançait sans crainte dans le couloir. Un terrible pressentiment fit courir un frisson sur ses branches de laiton et il sautilla derrière l'humain, essayant de le rattraper pour comprendre ce qui se passait dans sa tête.
Cullen poussa une porte alors que la chanson se faisait de plus en plus mélodieuse, de plus en plus forte, l'appelant encore et encore. Devant ses yeux se dévoila soudain une rose taillée dans une pierre précieuse, sous une cloche de verre, et il sut que la mélodie venait d'elle. Il s'approcha un peu plus, tendit ses mains, alors que sa gorge s'asséchait…
Soudain, deux bras puissants et poilus le retinrent, le stoppant dans ses mouvements. Il voulut se débattre, avant de se souvenir avec difficulté des mots de Varric. Il blêmit en comprenant qu'il se trouvait face au lyrium rouge qui l'appelait et il savait qu'il ne résisterait pas. La chanson était belle et puissante, au point de lui donner mal à la tête, et il avait soudain soif, trop soif. Même ses lèvres étaient sèches.
— É… éloignez-moi… souffla-t-il.
Il ferma les yeux, avant de glapir quand il sentit les deux bras le soulever de terre pour le ramener contre du velours râpeux. Non, la Bête n'avait quand même pas osé… Il était néanmoins trop épuisé pour dire quoi que ce soit, même s'il sentait qu'Anders s'empresserait de le raconter aux autres et qu'ils ne lui laisseraient jamais l'opportunité d'oublier.
La chanson finit par s'apaiser jusqu'à disparaître dans l'esprit du Commandant, alors que les bras le maintenaient contre le torse de Pavus. Il se sentait nauséeux, mais moins mal qu'il ne l'aurait pensé. La présence de son geôlier était… elle n'était pas rassurante, mais en tout cas assez apaisante et silencieuse pour que son mal de tête n'empire pas.
La Bête le ramena à sa chambre. Hawke claqua une de ses portes et voulut ricaner, avant que le maître des lieux ne le réduise au silence d'un regard d'avertissement.
— Restez tranquille, ou je vous change de pièce. Il a besoin de calme, gronda le Tévintide.
Il déposa le soldat sur le lit avec un regard inquiet, qui semblait lire jusqu'au plus profond de son âme. Cullen racla sa gorge, gêné, avant de remercier son hôte d'un léger hochement de tête. Ses lèvres étaient toujours sèches, mais c'était tenable.
Un flash passa devant ses yeux et un haut-le-coeur le secoua.
Des cris. Du sang. Les yeux vides de ses camarades. La chanson faisait remonter après coup des souvenirs qu'il aurait préféré garder enterrés.
La douleur. La solitude et ces voix qui lui promettaient mille morts et mille tourments.
— Bouclette… On dirait que vous avez vu un fantôme, souffla Varric.
— Ce…
Il voulait les rassurer pour avoir la paix, mais aucun mot ne sortait plus de sa bouche. Il ramena ses genoux contre lui, espérant que la Bête partirait vite pour pouvoir s'effondrer avec le minimum de témoins. Peut-être pourrait-il convaincre Hawke, Varric et Fenris de ne rien dire à Pavus. Il refusait que le mage connaisse ses faiblesses. Il pourrait s'en servir contre lui et Créateur, il préférait mourir que de revivre la torture de cette terrible nuit.
Le maître des lieux saisit soudain ses mains et Cullen redressa la tête pour croiser son regard toujours aussi anxieux. Son mal de tête revenait peu à peu, lancinant et il savait que cela ne ferait qu'empirer durant les prochaines heures.
Approcher le lyrium rouge avait été la pire chose à faire avec son sevrage en cours.
— Je n'avais pas remarqué que vous aviez les mains froides… murmura la Bête pour elle-même.
Le Tévintide croisa son regard et plissa ses yeux sombres, avant de les écarquiller, comme sous le coup d'une brusque compréhension. Il relâcha ses mains, reculant d'un pas.
— Vous êtes Templier. Le lyrium… Il vous a appelé.
— J'étais, corrigea-t-il difficilement, s'obligeant à parler malgré sa gorge sèche. Je suis dans l'armée du roi, désormais. J'ai commencé à me sevrer de lyrium, mais cette fleur… Son chant n'était pas le même.
Il se recroquevilla encore un peu plus sur lui-même, les yeux dans le vague. Il savait qu'il ne devait pas retourner vers les appartements de Pavus, qu'il ne devait plus approcher de la fleur, mais il entendait encore la chanson dans sa tête, en écho, enjôleuse.
— Je vais la ranger à un endroit où vous ne pourrez pas tomber dessus par hasard. Je ne permettrai pas qu'elle vous fasse perdre votre esprit.
La voix de la Bête était dure, intransigeante, mais infiniment soulageante. Le Commandant n'aurait pas pu espérer autant. Lui qui s'attendait à devoir se battre seul contre ses démons, il était surpris par le geste gentil et réconfortant. À moins de se rapprocher du lyrium, il n'entendrait plus la chanson. Il hocha doucement la tête pour le remercier, avant de s'allonger sur le matelas.
— Voulez-vous que je reste ?
La question le fit tressaillir et le premier réflexe de Cullen fut de refuser. Il ne voulait pas que Pavus puisse profiter de cette faille grandissante qu'était son addiction ! Puis, il songea qu'il était de toute façon fichu. Il ne pouvait pas partir et son hôte finira bien par entendre ses cris durant la nuit, ou Hawke et Varric le renseigneraient sur son état.
Sa tête se fit plus douloureuse et il massa ses tempes, avant de souffler à voix basse son approbation. Au moins, il ne resterait pas seul, songea-t-il alors que la Bête s'installait sur la chaise, saisissant un livre dans les tiroirs de Varric pour s'occuper.
Peut-être - Cullen disait bien peut-être - que le Tévintide était réellement différent de ses compatriotes.
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— L'addiction est si terrible ?
Merrill n'est pas vraiment au courant des effets du lyrium. Les Dalatiens ont très peu accès à cette substance, contrôlée par la Chantrie et les nains.
— Vous n'imaginez pas à quel point, Dame Merrill. Mais le sevrage l'est tout autant, sinon plus, lui explique Cullen.
Des ombres dansent au fond de son regard et ses doigts viennent gratter machinalement l'intérieur de son poignet. Dorian saisit délicatement sa main pour le stopper, avant de la serrer dans la sienne.
— N'y pense plus, amatus. Moi vivant, je t'empêcherai d'en reprendre.
— J'imagine que vous avez de bons moyens de l'empêcher, non ?
La Dalatienne semble inquiète pour le couple, ses yeux passant de l'un à l'autre.
— Un long moyen, Merrill, et un bon bureau, s'exclame joyeusement Cadash pour briser l'atmosphère lourde.
Son sourire narquois ne laisse cependant aucun doute sur le sous-entendu, qui est suivi par un bref silence. Le nain à la marque de l'Immatériel ne s'en soucie guère, descendant son verre d'un trait.
— Je m'attendais à une telle réplique de la part du plumeau ou de Sera, mais absolument pas de vous, Inquisiteur, finit par lâcher Dorian.
— Il fréquente trop Hawke, c'est mauvais pour la retenue.
Bull ricane et échange un regard avec son amant. Cadash acquiesce en riant, tandis que le concerné s'indigne.
— Je ne suis absolument pas d'accord, regardez Merrill !
Cette dernière fronce d'ailleurs les sourcils, l'air aussi perdue qu'un chiot sous la pluie.
— Serah Pavus, Commandant… Je ne vois pas de quoi parle l'Inquisiteur.
Varric la prend en pitié et tapote gentiment son avant-bras.
— Daisy, ne cherchez pas à comprendre, pour votre propre bien. Prenez donc un dernier verre avec moi avant que tout ce beau monde s'éparpille !
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N'hésitez pas à laisser un commentaire si ça vous a plu, si vous avez ri ou non et surtout... Faites vos spéculations X)
