Chapitre 10: A vif

Title: Désir et Jalousie
Author: kill_titi
Pairing:
AS/S, Albus Severus/Scorpius
Rating:
R maybe M later

Bonjour à tous,

Voici la suite de Désir et Jalousie.
Je ne suis pas encore une folle de la rapidité mais avouez que je suis sur la bonne voie :)
Bon ok je peux mieux faire, je vais encore m'améliorer c'est sûr j'ai de la marge!

D'un autre côté je ne me moque pas de vous, « word » dit que ce chapitre fait 17 pages… Je n'ai pas le talent des chapitres courts.
J'ai eu quelques personnes qui se sont inscrits pour suivre cette histoire, je les remercie, c'est une preuve de confiance pour la suite qui m'encourage énormément, car j'avance un peu dans le noir. Pas en ce qui concerne l'histoire, bien sûr, pour ça je sais où je vais. Mais je ne sais pas trop ce que vous en pensez donc je continue sur ma lancée. :)

N'hésitez pas à m'envoyer un petit review pour me dire si la tournure que prend l'histoire vous plait. Et c'est le meilleur des encouragements :)

Pour écrire ce chapitre; j'ai écouté:

Mon corps: Ariane Moffatt (un régal pour écrire sur Scorpius tel que je le vois.)
Anna: Gunnar Madsen (pour que ça fasse bien mal quand j'écris...)

Et si vous voulez connaître la chanson qu'Albus chante sous la douche c'est Gold Dust de Jonathan Jeremiah.

Bonne lecture à tous.


Chapitre 10: A vif

Albus ouvrit les yeux sur la nuit. Toujours la nuit. Il pouvait bien être 3h ou 6h du matin, il faisait toujours nuit dans les cachots. Impossible de voir filtre la moindre lueur sous le lac. Vers midi bien sûr l'eau verdâtre absorbait les rayons du soleil, qui la transperçaient de reflets jaunis, mais si tôt dans la lueur du matin, les dortoirs étaient plongés dans une obscurité profonde. Mais il n'était pas 7h00, car la symphonie des réveils n'avait pas commencé, cette suite insupportable de sonneries différentes, décalées et entrecoupées de silence, selon les habitudes des élèves et leur emploi du temps de la journée. Un tintamarre irritant mais nécessaire. Pas de réveil avec le soleil, les réveils sont indispensables pour les Serpentards. Albus avait toujours trouvé cela gênant de ne jamais voir le ciel. Les étoiles lui manquaient. Pourquoi avoir creusé la Chambre Communes des serpents dans les cachots? Ils étaient réputés être ambitieux, et celui qui veut ressentir pleine son ambition lève toujours les yeux vers les étoiles non? Il attrapa sa baguette et murmura un sort de lumière, réduisant son intensité pour ne réveiller personne et regarda sa montre. 6h15. Une heure idéale pour profiter pleinement de la douche, sans craindre l'invasion de serpentards, encore assoupis. Il se redressa, repoussant les couvertures et s'assit sur le bord du lit, la tête dans les mains, les yeux clos.
Trop tôt, encore fatigué, mais dois prendre ma douche, trop de monde après, trop fatigué, veux dormir encore.

Les pensées classiques d'un jour de classe l'assaillaient. Il savait que dès le petit déjeuner engloutit il serait prêt à affronter le monde, peut-être même à affronter deux ou trois Voldemort. Il pouffa à cette idée, glissa une de ses mains contre le bois de son lit, et tapa trois fois. Un simple acte de protection enseigné par sa grand-mère. Touches du bois trois fois pour conjurer le sort. Superstition, mais si cela pouvait lui permettre de ne jamais vivre la Grand Guerre, il aurait volontiers râpé sa main à vif sur le bois. Il entendit qu'on frappait trois coups et il leva la tête vers le lit à côté du sien. Scorpius, encore allongé sur le ventre sous les couvertures, la joue collée à l'oreiller, l'œil à demi clos, avait lui aussi tapé sur le bois, un petit sourire aux lèvres. Il le lui rendit. Malfoy se racla légèrement la gorge.

- T'essaie de te protéger contre quoi? demanda-t-il d'une voix enrouée, encore endormie.

- Une connerie.

- Ah.»

Il leva légèrement la tête et continua:

«T'as raison, on est jamais à l'abri de la connerie. Surtout celle des autres.»

Il se repoussa du matelas avec ses deux bras, la couette glissant sur son dos et resta assis sur ses talons, les mains sur l'oreiller, comme un chat prêt à s'étirer. Il n'était pas encore vraiment réveillé, Albus s'en rendit compte quand il le vit descendre du lit et tituber sur ses jambes fines, mal assurée, les cheveux lui tombant devant le visage. Potter pouffa.

- Un alcoolique marcherait plus droit que toi.

- La ferme. Toi non plus, t'es pas du matin, rétorqua Malfoy en se dirigeant vers les douches.

Albus n'allait pas le contredire. Il se serait bien remis au lit sous la couette chaude. Et il avait froid aux pieds en plus...Il suivit son ami mais celui-ci avait déjà disparu dans l'une des douches. Il s'y engouffra lui-même et ouvrit les robinets, trouvant une température idéale, presque brulante. Ce matin, il s'était réveillé en rêvant du match de samedi. Son premier match en tant que Capitaine. Son premier match depuis qu'il avait reçu sa lettre de nomination. Dès lors il avait rêvé de la victoire. Le match de samedi serait une rencontre amicale, certes, mais contre son frère. Il pouvait gagner, il le savait. Au bout d'une dizaine de minutes, alors qu'il rinçait ses cheveux, il se laissa aller à ses rêveries.

- You are the gold dust, you are the you and us. » Il prit des bouchées d'eau de douche et se gargarisa bruyamment la gorge avant de recommencer à chanter de plus belle. « You are the sunrise, the love of my life. »

- Potter.

Albus ferma rapidement l'eau en entendant Scorpius l'appeler de l'autre côté de la porte.

- Ouais, dit-il, essuyant les gouttes qui ruisselaient sur son visage.

- C'est toi qui chante une chanson d'amour sous la douche ?

-… non.

- T'avais oublié que t'étais pas tout seul c'est ça ?

-… oui.

Il entendit Scorpius qui s'éloignait en ricanant, et il ralluma la douche mais il savait que son humiliation n'était pas terminée.

S'enroulant la taille d'une grande serviette, il sortit pour rejoindre Scorpius devant les lavabos, s'attendant à quelques remarques railleuses de sa part. Il trouva le garçon penché sur la pointe des pieds vers le miroir, occupé à passer minutieusement du crayon noir sous son œil gauche.

- Tu te maquilles. C'est une première. Ici en tout cas.

- J'ai le teint blafard. Je ne veux pas donner une raison aux professeurs de se mettre du côté de madame Pomfresh. Elle serait trop contente de me remettre sur un lit d'hôpital. Donc j'ai mis du fard à joues, et du coup mes yeux faisaient fatigués donc... réaction en chaine. Et puis, j'en ai profité pour masquer les traces sur mon cou. Regarde.

- Ah.

Tout en se brossant les dents, Albus observait les produits qui trainaient sur le bord du lavabo. Il reconnut du rouge à lèvre, du mascara, un crayon noir, un truc qu'utilisait sa sœur aussi, pour peindre la paupière d'un trait.

Il détourna les yeux et continua son brossage. Il se demanda s'il devait se peigner aujourd'hui. Il aimait bien l'effet produit par la douche et il ne retrouverait pas ça avec du gel. Il tourna sa tête de gauche à droite. Non décidément, le peigne ne serait pas une option aujourd'hui. Il cracha, nettoyer la brosse à dent et prit une serviette pour sécher son visage.

-Verdict? demanda Scorpius, derrière lui.

Albus se retourna et se figea devant le garçon. Il déglutit, inspira tout en se séchant les mains et posa la serviette sur le rebord du lavabo, cherchant ses mots. Qu'avait-il à dire? Scorpius était sublime. Le rouge à lèvre était à peine plus foncé que la couleur naturelle de ses lèvres. Ses yeux étaient soulignés au-dessus et en dessous par deux traits noirs, et un mascara noir intensifier son regard. Rien d'extravagant mais sous les effets sombres, le gris-bleu de ses yeux illuminaient son visage, déjà encadré par la cascade de ses cheveux blonds qui tombait sur ses épaules, la courbe de ses lèvres était accentuée, et sa bouche attirait irrésistiblement le regard. Oui il était sublime. Mais Albus n'aimait pas cela. Il ne voulait pas que Scorpius ressemble aux photos qu'il avait vues dans les magazines, il ne voulait pas le voir ainsi à Poudlard. Son cœur se serra.

«Je... je ne suis pas sûr que ça passe avec les autres».

Scorpius parut surpris, et son visage s'assombrit.

Albus continua: «Enfin, tu attires déjà assez l'attention comme ça, même si tu ne la demandes pas alors...

- Attends, le coupa Scorpius qui recula d'un pas, troublé. Je t'ai demandé si tu aimais, pas ce qu'en penseraient les autres.

- J'aime bien les deux. Sans maquillage aussi, insista Albus. Et c'est plus classique,... pour un garçon.

Scorpius se mordilla la lèvre, expira bruyamment et se tourna vers le miroir. Il s'appuya sur l'acrylique du lavabo, scrutant son reflet.

- Moi j'aime bien comme ça, fini-il par dire, hautain. Et il quitta la salle de bain, emportant la trousse.

- Super... murmura Albus quand la porte claqua. Il détestait déjà cette journée.


Albus avait eu raison de s'inquiéter. L'arrivée dans la salle commune des Serpentards lui confirma la suite de la journée. A peine les yeux se posèrent sur Scorpius que des chuchotements se firent entendre. Les filles principalement. Hélèna Cray, petite peste parmi les serpents s'était penchée à l'oreille de son amie pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille et la jeune fille avait à son tour regardé Scorpius d'un œil noir.

Rien d'étonnant pour le moment, les femmes étaient souvent jalouses de Scorpius. A tort d'une certaine façon, la physique du garçon n'avait pas bouleversé pour toujours les appartenances sexuelles des élèves de Poudlard! C'est du moins ce qu'Albus pensait jusqu'à ce qu'il vit Aaron Briani, son propre batteur de Serpentard, déglutir péniblement à la vue du jeune Malfoy. Faisant mine d'ignorer ce qui troublait son ami, Albus le salua, lança deux trois mots sur le prochain entrainement et ensemble ils suivirent Scorpius qui sortait de la Chambre Communes.

Potter l'observait du coin de l'œil. Quelque chose avait changé. Une insolence nouvelle émanait de lui. Il regardait les gens qui l'entouraient avec hauteur, mais sans émotion, une parfaite indifférence, ce qui conférait à ses mouvements une grâce particulière. Il ne semblait ne plus vouloir s'effacer parmi les autres élèves. Albus était le premier à savoir que cela était de toute façon un échec. Mais maintenant, Scorpius semblait libérer. Et Albus se demanda de quoi. Qu'est ce qui avait changé depuis hier? Certes, il y avait eu l'histoire avec Kyle Goyle et son séjour alité. Et puis cette autre chose... pour laquelle Malfoy disparaissait. Cette chose qu'il avait refusé de lui révéler. Etait-ce réellement terminer, comme il le lui avait dit ?

Ils croisèrent un groupe de sixième année dans le couloir et instinctivement Albus se serra contre Malfoy qui ignora superbement leurs regards lascifs.

- Tu pourrais mettre ton pull faute de mettre ta robe, dit Albus en jetant un coup d'œil sur les vêtements que Scorpius portait négligemment sur son bras.

- Pourquoi ? Il ne fait pas froid.

- Il a raison, l'automne est doux, ajouta Aaron, moi non plus je ne porte pas la robe. Tu parles d'une horreur en plus. Fringue de sorcier à la con…

Mais Albus n'écoutait pas, il observait Malfoy, sa cravate verte desserrée et sa chemise retroussée et soupira alors qu'ils pénétraient dans le grande Salle.

Quand Dorian aperçut Scorpius, il haussa les sourcils puis sourit. Il gratifia l'entrée de Malfoy d'un clin d'œil et lui désigna des places libres à ses côtés à la table des Gryffondor à côté de Nicolas Greengrass. Le cousin de Scorpius tenait la jolie Sally par la main, tandis que Lily leur montrait un « compacteur de musiques tactile » comme celle-ci avait appelé la chose qu'elle tenait dans sa main. Une manière détournée de dire qu'elle se vantait de son nouvel Ipod touch Apple devant des enfants de Sang Pur qui n'avaient aucune idée de la révélation technologique de ce produit moldu.
- Très joli, souffla Dorian quand Scorpius s'assit à ses côtés.

- Merci. » Il jeta un coup d'œil vers Albus et ajouta : « apparemment tout le monde n'aime pas.

- Ou tout le monde aime trop, répliqua Albus en esquissant le même faux sourire vers Scorpius.

- Plutôt discret, dit Dorian en écartant une mèche du visage de Scorpius qu'il plaça derrière son oreille. J'ai vu bien pire. »

Albus se demanda ce que pire pouvait bien signifiait alors qu'au bout de la table de Gryffondor, un type qu'il ne connaissait pas donna un coup de coude dans les côtes de Ross Finnigan en lui montrant Malfoy. Ross porta un œil méprisant sur Scorpius, un sourire mesquin sur son visage disgracieux.

- C'est bizarre quand même, s'enquit Aaron, les hormones dans cette salle à manger sont en ébullition… comme quand Sophia Creevey est passée du bonnet B au D en sixième année.

- C'est surtout qu'elle n'avait pas mis de sous-tif sous sa chemise blanche… OUCH ! dit Nicolas et arracha sa main de celle de Sally pour échapper aux ongles qu'elle avait plantés dans sa peau.

- Elle est où d'ailleurs Sophia ?, demanda Aaron en scrutant la table des Poufsouffles.

- T'es con où quoi ? dit Albus en attrapant un toast. Elle a fini Poudlard en juillet dernier.

- Et merde, mon rayon de soleil !

- A la puberté ! » dit Dorian en portant un toast avec sa tasse de café, « et à l'exploration complète et nouvelle de notre sexualité qui fait que deux bouts de seins - ou dans le cas présent deux coups de crayon noir - font tourner à la tête à tous les hommes.

- Sympa… » grinça Scorpius et Dorian approcha sa tasse de la sienne. « Non, je ne trinquerai pas à ça.

- T'es pas drôle le matin », bouda Nott, mais Malfoy l'ignora, regardant du coin de l'œil la mine agacée d'Albus. Voir le jeune garçon ainsi énervé l'humiliait. Sa réaction dans la salle de bain était vexante. Mais son refus à présent de le regarder et sa mine renfrognée devant son apparence propageait une onde de honte dans le corps de Scorpius. Il se mordilla la lèvre et détourna les yeux, attrapa son pull et le passa, croisant ses bras. Il n'avait pas froid, mais il se sentait ridicule. Il baissa la tête et laissa ses cheveux tomber devant son visage. Qu'avait-il espéré? Qu'Albus le regarde avec le même désir que celui qu'il portait à Kate Davies et son jean serré? C'était ridicule. Il était désiré par beaucoup, sauf par celui dont il voulait le regard.

Il ne réussit pas à avaler quoique ce soit et se rabattit sur une grande tasse de café qu'il enserra de ses doigts pour les réchauffer.

Un bruissement d'ailes attira les regards. Scorpius garda les yeux rivés sur le liquide noir pendant que des colis tombaient des serres des dizaines d'hiboux qui envahissaient le Grande Salle.

Du coin de l'œil, il aperçut une lettre cachetée tomber près de Dorian, qui ne fit aucun geste pour la prendre. Ils connaissaient tous deux ce sceau. La mine de Dorian s'assombrit.

« Il veut que je revienne habiter chez lui. ».
Il parlait de son père, Scorpius le savait. Il attendit que Nott parle d'avantage mais il n'en fit rien.
- C'est idiot, ta maison c'est Poudlard et après ton examen final, tu auras ton propre appartement.
- Disons qu'il veut s'approprier mes vacances.
- Mais…
- Mon Grand-père est malade, expliqua Dorian et ses yeux trahissaient plus l'agacement que la compassion. Mon père a peur.
- Peur de quoi ?

Albus avait parlé. Il rougit instantanément, honteux de son intervention, convaincu d'avoir interrompu un échange où il n'avait pas sa place.

- De finir seul, dit-Dorian qui ne semblait pas offusqué. Il continua d'un ton lassé, presque méprisant. De perdre de la tête, ou de devoir avouer à mon grand-père et à lui-même que la famille n'est plus du tout ce qu'elle était. Il resserre les faibles liens que nous avons. Une illusion.

- J'adore t'avoir avec moi Dorian, mais tu devrais peut-être lui laisser une chance. Des fois ton père semble…

Il hésita.

- Devenir fou ?

Scorpius sentit son cœur se serrer. Oui c'était cela. Et Dorian semblait indifférent.

- C'est la solitude qui le rend comme ça.

- Ou sa lâcheté.» Le même mépris dans la voix du garçon. «Mais moi je suis sensé faire quoi ? Le sauver de lui-même?

- C'est ton père, souffla Malfoy.

- Ca les bouffe, ce putain de souvenir de grandeur. Mais on ne peut pas leur en vouloir. Il parait qu'on était tous de prestigieuses familles. Il faut sortir de cette idée sinon elle vous ronge, comme pour mon père… et la plupart des familles de Mangemorts en fait.

Scorpius ne sut le contredire. Sa famille s'en sortait plus tôt bien quand il y pensait. Mais c'est parce qu'ils avaient gardés leur richesse. Beaucoup de possession de grandes familles ayant servi Voldemort avait été «redistribuées» en «compensation». Une partie de cet argent avait financé les hôpitaux pour les victimes de guerre. Les familles dépossédées avaient parfois du mal à admettre leur déchéance sociale, ou même la perte du statut et de l'estime de leur lignée. C'était le cas pour les Nott, qui s'accrochaient à une gloire passé. Sa mère était aussi un peu comme cela…

- Tu ne la liras pas ? demanda Scorpius.

- Pas tout de suite, dit Nott en se resservant une tasse de café. Sans sucre, noir, amer.

Scorpius regardait le profil d'Albus, ces longs cils qui prolongeaient son regard. Il semblait hors du temps et des choses, étrangers aux sons de la salle, pourtant bondée et bruyante. Soudain Malfoy voulut s'approcher, rentrer dans son espace, là où Potter semblait s'être réfugié, il voulait une place dans cet univers et chasser les ombres de contrariété qui marquaient le visage du garçon depuis ce matin.

Il tendit la main.

- Excuses-moi, entendit Scorpius derrière lui. Il sursauta et se retourna.

Une élève, de deuxième année sans doute, était campée dans son dos, accompagnée de deux amies, une qui semblait aussi extatique que la première et une autre qui semblait prier pour se trouver ailleurs.

- heu voilà… nous sommes toutes les deux fans d'Adam Rice et enfin… il va bientôt faire son nouveau film c'est écrit ici !» Elle brandit soudain un people magazine devant le visage de Scorpius qui recula contre la table, effrayé par la jeune fille qui crispait ses doigts à la page où l'image animée montrait le jeune acteur se frayant un passage au milieu de groupies hystériques. « et heu… nous voulions lui souhaiter bonne chance pour le tournage et aussi lui dire que nous avions adoré son dernière film ! »

- Oui « La malédiction » c'est notre film préféré ! s'exclama la deuxième fille, d'une voix si stridente qu'une partie de la tablée de Gryffondor sursauta et Scorpius recula d'avantage vers Dorian qui fixait les jeunes filles comme si elles étaient des bêtes à cinq yeux.

Seul Albus ne bougeait pas. Il ne s'était pas retourné vers les jeunes filles, il ne semblait même pas écouter ce qu'elles disaient. Il semblait loin, insaisissable.

- Et nous aimerions savoir si, enfin si par hasard tu… Si tu avais son adresse personnelle ?

- Oui son adresse personnelle !

Scorpius sentit Albus se crisper à ses côtés et entendit clairement l'expiration agacée de son ami, de même qu'il sentit la colère monter dans son propre corps. Tout cela était grotesque.

- Scorpius, donne-leur l'adresse d'Adams Rice qu'elles s'en aillent ! intervint Briani.

- Je ne l'ai pas, dit Scorpius, avec plus d'agacement qu'il ne pensait mettre dans sa voix. Son timbre était clair et cinglant, il attira d'avantage de regards vers lui.

- Mais je croyais...

- Et bien tu t'es trompé. Je vous répète que je n'ai pas cette adresse. Pourquoi est-ce que je l'aurais? Je me fiche d'Adams Rice. Maintenant, dégage, toi et tes folles, barrez-vous !

Les jeunes filles étaient pétrifiées. Il se retourna, les ignorant et attendit qu'elles partent. Il distingua leurs pas, leurs murmures courroucés et il crut bien entendre qu'on le traitait de «sale con ». La journée était vraiment délicieuse…

- Je ne sais pas si ça valait vraiment le coup, demanda Dorian en observant sa feuille de planning.
- Je t'avais dit que sortir la veille de la rentrée c'était une mauvaise idée.
- Oh tu te calmes, ce n'est pas moi qui ait pris cette photo. Je serais toi, j'accuserais la vraie responsable de la soirée: la bouteille de rhum. » Il se leva, et prit son sac. « En plus, Rice est un mec sympa. Il a couvert ma mise à la table de jeu. Et moi j'ai son adresse. »

Les regards se levèrent vers lui. Même Scorpius parut surprise.

Dorian hausse les épaules, innocent.
- Bah oui, pour lui rembourser la mise.


Ils arrivèrent au cours de charme les premiers, pour avoir les places du fond. C'est ce qu'ils faisaient toujours. Malgré ce que lui avait dit Potter, Scorpius était un peu stressé, car ils n'avaient toujours pas trouvé d'objet à enchanter pour leur devoir, notamment à cause de son séjour à l'hôpital. Teddy avait glissé à Albus qu'il ne demanderait pas le devoir tout de suite, qu'il n'y avait donc pas besoin de s'inquiéter, même si Rose avait pesté en disant que ce genre de traitement de faveur ne leur rendait pas service. Son opinion s'était adoucie quand elle avait vu l'état de Scorpius, inconscient sur le lit de l'infirmerie.

- Dernier cours de la journée, j'ai cru qu'on en finirait pas aujourd'hui, s'exclama Albus en se laissant tomber sur la chaise.
Le cours n'avait pas commencé, mais Scorpius feuilletait nerveusement son livre de charme.
- Et un miroir enchanté ? proposa-t-il soudain.
- Comme dans Blanche-Neige ?
- Blanche-Neige… ce n'est pas le conte de fée moldu où le prince est nécrophile.
- Il n'est pas nécrophile ! s'indigna Albus.
- Tu tomberais amoureux d'une femme étendue morte dans son cercueil ?
- Il l'aimait avant !
- …Avoues que c'est quand même bizarre.

Albus se mit à rire en secouant la tête. « T'es pas croyable », murmura-t-il. Il prit une mèche de ses cheveux et la plaça dernière son oreille. Scorpius le regarda, surprit par sa tendresse et du sourire dessiné sur le visage du garçon.
Le premier sourire de la journée et Scorpius sentit son cœur se gonfler.

Un bruit près de la porte attira Albus et ses yeux s'assombrirent. Scorpius vit Goyle rentrer dans la classe avec Mulciber et Avery.
Goyle croisa son regard et Scorpius lui sourit gentiment, tout en se grattant doucement la joue. Un geste qui crispa Kyle qui portait encore des faibles marques bleues sur sa propre joue où Malfoy l'avait mordu.

« Les professeurs pensent que c'est lui qui t'a envoyé à l'infirmerie. dit Albus en regardant les serpentard. A cause de la morsure que tu as laissée dans sa joue. Tu lui as arraché de la chair.
- Et failli m'étouffer avec ton sang si tu veux savoir. » Il sentit Albus se crisper à ses côtés.
« Comment il a justifié les traces de dents ?
- Il a dit qu'il avait été attaqué par le sinistrose et qu'il avait réussi à lui échapper mais que la bête lui avait mordu le visage.

- Le sinistrose?

- C'est le chien noir qui porte malheur quand on le voit au fond des tasses de thé. » Albus sourit devant le regard incrédule de Scorpius. « Si tu avais potassé tes cours de troisième année en divinations tu le saurais.
- On n'a pas tous eu Trelawnay en divinations en troisième année. » ironisa Scorpius. Il était nouveau à Poudlard mais la réputation de la vieille folle de divination lui était rapidement venue aux oreilles. « Des tasses de thé? La divination concerne les étoiles principalement, pourquoi des tasses de thé?
- Excuses-nous de ne pas avoir eu des professeurs aussi incroyables que les tiens.
Scorpius se raidit à cela, et gémit lorsque ses muscles encore endoloris se contractèrent. Il espérait être totalement remis pour le match.

- Un chien? C'est vrai que j'ai les canines pointues... Mais il existe vraiment ce clebs?
- Non, c'est juste un symbole de mauvais présage. Goyle est encore plus débile que je ne le pensais. Mais vu la guigne que je vais lui donner après ce qu'il a fait, il va regretter de ne pas l'avoir vu le chien des enfers.
- Je t'ai dit que je préférais qu'on en reste là, dit Scorpius en appuyant ses doigts derrière sa nuque. Son dos lui faisait encore mal. Les doigts d'Albus passèrent sous ses cheveux et remplacèrent les siens, caressants. Le cœur serré, Scorpius sentit des frissons délicieux le parcourir.
- Tu es sensé être remis pour le match contre les Gryffondor, murmura Albus, ses doigts glissaient sous le col du garçon. Je veux mon attrapeur en forme.
- Oui Capitaine, souffla Scorpius, les joues rougies.

Monsieur Lupin entra dans la classe, et les doigts d'Albus quittèrent sa peau. Le cours commença. L'avantage de partager une classe avec des Serdaigles c'était qu'il n'y avait jamais d'interrogation d'élèves au hasard, puisque les élèves de la maison bleue levaient sans arrêt la main pour répondre aux questions. Leur refuser ce droit était un véritable scandale. Ce qui permettait aux étudiants de se détendre ou encore de s'avancer sur un devoir de « défense contre les forces du mal », comme le faisait Albus. Il n'aurait pas le temps de le finir ce weekend.

Scorpius avait cessé de feuilleter son livre.
- Teddy est pas mal, dit-il, pensif.
- Teddy est ton cousin, répondit Albus en faisant courir sa plume sur le parchemin.
- Cousin éloigné. Je disais ça comme ça, t'énerve pas. Il a une élégance, celle des Black. Même si le côté Lupin a méchamment enlaidit ses traits. C'est vraiment dommage.
- Ce n'est pas très gentil ça.
- Je ne suis pas très gentil.

Albus s'arrêta un instant d'écrire, et tapota sur la table. Il hésita.
- Avec ce qu'il s'est passé, je n'ai pas eu le temps de t'en parler, mais... la raison pour laquelle tu t'absentais…
- C'est terminé, le coupa Scorpius.
- Mais tu ne me diras rien?... » Scorpius gardait le silence. « Il y avait quelqu'un? Dis-moi simplement si c'était un garçon ou une fille.
- Pourquoi veux-tu savoir ça ? grimaça le garçon visiblement gêné.
- Je croyais qu'on était amis.
- Ce n'est pas en tant qu'amis que tu me demandes ça.
- Je ne vois pas pourquoi ça te gène de m'en parler. Ce n'est pas comme si on était...
Scorpius expira, et se tourna vers Albus, le scrutant.
- Justement nous sommes quoi?
Albus ouvrit la bouche mais ne sut quoi dire et finit par détourner le regard.
- J'n'en sais rien, mais…
- Albus ! Le garçon sursauta. Teddy le regardait ainsi que la plupart des élèves. « Ça ne t'intéresse pas ce que je dis ?
- Heu si, si Monsieur Lupin.
- Vraiment ? Alors lis-nous la suite de la page 56 du manuel sur le sortilège d'attraction. »

Heureusement que Scorpius avait un peu près suivi pour montrer le passage à Albus. Après la lecture le garçon reprit son devoir, mais le cœur n'y était plus. Un silence lourd les enveloppait et aucun d'eux ne semblaient vouloir le briser. Albus essayait de se concentrer sur son devoir mais la plume menaçait de déchirer le papier à chaque lettre. Il avait lu un jour que la colère ne disparaissait pas mais s'accumulait et qu'à un moment elle devait sortir d'une façon ou d'une autre. Potter espérait qu'il pourrait la contenir jusqu'à samedi pour qu'il puisse l'exprimer à un moment utile.

Une oie en papier vola vers Scorpius. Un mot d'insulte, d'admiration ou un dessin lubrique, peu importait. Il y en avait eu toute la journée. Malfoy tendit la main mais Albus la fit flamber en vol.
A nouveau, Lupin le rappeler à l'ordre.
« On fait de la théorie pour ce cours Albus, ranges ta baguette. »

Albus l'ignora et reprit son écrit.
- C'était pas pour toi, dit Scorpius
- J'm'en fous. Ça devient un peu lourd.

- Ce n'est pas la première fois.

Depuis son arrivée, des lettres, il en avait reçu beaucoup de tous styles, plaisantes et déplaisantes. Il les avait de toute façon traité avec indifférence. Mais cela ne regardait pas Albus. Il n'avait jamais brûlé les lettres que les Potter-fanatiques lui envoyaient.
- La journée a quand même fait sauter les moyennes, répondit Abus presque méprisant.
- C'est pas moi qui aie un fan club. Pourquoi ça t'énerve autant ?
- Parce que j'ai l'impression que tu l'as cherché.
Scorpius crut avoir mal entendu.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Un garçon ne se maquille pas.
Scorpius eut l'impression d'avoir été giflé. Son visage s'échauffa. Il déposa les mains à plat sur son livre. Et il se détestait, car les mots d'Albus lui faisaient mal et il ne supportait pas cela.
- La première fois qu'on s'est parlé, tu m'as dit que ça m'allait très bien.
Sa voix était pale, faible.
Albus cessa d'écrire et plaqua sa plume sur le papier. Il passa sa langue sur sa lèvre supérieure comme s'il se concentrait pour garder son calme. Il se tourna vers Scorpius.
- Il ne s'agit pas de mon avis ici. Tu n'es pas en train de poser devant un photographe ou en sortie un vendredi soir. Tu es dans une école. Je ne comprends pas, qu'est ce qui a changé depuis hier? Le maquillage, l'attitude. Je croyais que tu voulais te faire oublier.

- J'ai essayé, et ça n'a pas marché.
- Pour que ça marche, il aurait fallu que tu saches te faire discret.

- Oh et me donner le poste d'attrapeur, c'est discret ça? Je n'ai pas cherché à me faire remarquer, pas par eux en tout cas...

- Je déteste tout ça, souffla Albus, et la colère était palpable dans sa voix.

- ça quoi ?

- Tout ça ! Je n'aime pas l'image que ça donne de toi.

- Je n'ai rien demandé.

- Mais putain, tu as une réputation. On te voit sur les genoux d'un acteur, sans compter l'histoire avec Danilovitch et les photos du pont de Londres.

- Comment tu sais pour les photos du Pont de Londres ?

- Tout le monde les a vus, dit Albus, en haussant les épaules, presque gêné.

- Non, pas tout le monde. Ce sont les premières photos que j'ai fait et peu de gens les ont vu dans le monde des sorciers. T'es bien renseigné pour quelqu'un qui déteste les journaux de variétés ...

- Bon, on s'en fout, ce n'est pas ça le problème! Tu traines un passif, vrai ou non. Un joueur de Quidditch de renommé mondial! Avec ça, même les mecs que tu n'intéresses pas deviennent curieux. Merde, même Briani.

- C'est ça ton plus gros problème? Que ton pote amateur de grosse poitrine bave devant moi?

- Peut-être bien oui. J'aimerais que mon batteur se concentre sur le match et non sur tes fesses.

Scorpius serra les poings. Il sentit déjà les larmes de colère lui montaient. Il détourna le regard.
- C'est dégueulasse ce que tu dis, souffla-t-il.
- Surtout ne pleures pas, tu vas faire couler ton maquillage.

C'était trop. Scorpius ferma son livre et attrapa son sac.

« Qu'est-ce que tu fais? murmura Albus, plus décontenancé qu'il ne l'avait été quelques seconde plus tôt.
- Je change de place.
- Arrête ça! T'es ridicule. »

Albus le suppliait presque mais Scorpius ne l'écoutait pas. Il ignora les regards, il quitta sa place du fond et prit place sur un siège dans la rangée du milieu sur une table à trois places vers les premiers rangs, aux côtés de Rose Weasley.

- Salut!
- Salut… répondit Rose, surprise de voir Scorpius placer ses affaires à sa table.
- ça te dérange si je m'installe à côté de toi?
- C'est fait non ? sourit-elle.
Scorpius lui rendit son sourire. Il aimait bien Rose.

Lupin se rendit compte que Scorpius avait changé de place, mais se décida à ne rien dire, Albus serait beaucoup plus concentrer sur son cours maintenant.

- Vous avez décidé de l'objet que vous allez charmer? demanda la jeune fille.
- Non pas vraiment, c'est ce que je cherche.
- Si tu as besoin d'aide, n'hésites pas.
Scorpius sourit à nouveau. Il pensait en effet demander l'aide de Rose pour ce devoir. Albus n'avait pas été d'un grand soutien jusqu'ici.

- Un problème avec Al? demanda Rose en se tournant vers le fond de la salle, où Albus semblait fulminer en silence.
- Il est infecte.
- Je crois que c'est de la jalousie.
- Il n'a pas de raison d'être jaloux.
- Hum sans doute. Mais je crois que tu ne fais pas ressortir ses meilleurs côtés.
- Ah génial. C'est encore de ma faute ? Ça ne peut pas venir du gentil Potter. Ecoute Rose, je t'aime bien. Mais ça ne te regarde pas.
- Inutile de me sauter à la gorge. Tu me crois aveugle ? Je sais qu'Albus n'est pas quelqu'un de lisse. Il a une profondeur, quelque chose de plus sombre, qui fait qu'il s'attarde un peu trop sur ce qui est noir. Bien sûr il le cache, il l'a toujours caché. Même quand on était enfant, il essayait de cacher sa mélancolie, ça n'allait pas avec le style de la maison. Ici c'est pareil, il a pris l'habitude de feindre. Mais Albus a une fascination pour ce qui est sombre, triste ou cassé. Il suffit de voir comment il te regarde. Il a toujours eu un vide à combler, quelque chose d'incomplet en lui. Et il a cru, à tort, que tu pourrais combler ce vide. » Elle sembla hésiter un instant. « Scorpius… Toi et Al. Ce n'est sain. Ça ne marchera pas. Je te dis les choses clairement, je n'aime pas le couple que vous formez. Albus s'est imaginé beaucoup de choses te concernant et je crois qu'il déchante. Dans un duo, il en faut un plus fort que l'autre. Il en faut un plus équilibré que l'autre. Pour le moment, Albus joue le rôle du stabilisateur, mais il est peut-être plus fragile que toi encore. Ça me brise le cœur de le voir tant se démener pour cacher cela à Poudlard et se battre d'autant plus pour cacher ton mal-être à toi. C'est épuisant pour lui.
- Je ne lui ai jamais rien de demandé !
- Je sais, c'est lui qui voulait te rencontrer. Il s'est imaginé que tu pourrais lui apprendre à être libre… Mais tu sembles avoir encore plus de chaines que lui. Vous auriez dû vous fuir l'un l'autre. Mais maintenant, il est trop tard.
- Alors je dois faire quoi ? Le laisser tranquille et m'éloigner ?
- Non. Mais sois un ami pour lui et seulement un ami. Là… tu prends trop de place.
- Je retire ce que j'ai dit Rose, je ne t'aime pas du tout.
- Je suis désolée.
Et son sourire mélancolique était charmant.
- Lui aussi prends trop de place, murmura Scorpius.
Il entendit Rose inspirait tristement.
- Je sais.


La fin du cours arriva, trop tôt au goût de Scorpius. Il imita les autres élèves et se leva pour ranger ses affaires, ne sachant pas s'il devait sortir ou rejoindre Albus. Il ne savait pas quoi lui dire.
Il vit le garçon du coin de l'œil et fut presque rassurer de n'avoir pu eu à prendre l'initiative d'aller sa rencontre.

« C'est bon? T'es calmé. »

Scorpius se crispa sous le ton aigre. S'il avait hésité à faire la paix, il venait de reconsidérer sa décision. Il ignora le garçon, plaçant son livre dans son sac.
Albus continua :
« Si tu ne veux plus me voir, il va falloir que tu développes ton réseau d'amis.
- ça veut dire quoi ça?
- Je sais pas. On s'engueule et tu cours voir ma cousine. C'est un peu pitoyable non? »

Quand il vit le regard blessé de Malfoy, Albus perdit son air cynique.
« Excuses-moi », souffla-t-il. Mais le garçon ferma rapidement son sac et suivit les autres élèves hors de la salle de classe. « Scorpius! Attends. Attends je te dis! »

Il attrapa le bras de Malfoy et se figea devant le regard haineux que lui lança Scorpius.
- Rose a raison, murmura le garçon. Je ne fais vraiment ressortir le meilleur chez toi.

Malfoy le repoussa et sortit. Il entendit Albus l'appeler mais il l'ignora et s'échappa par un couloir dérobé. Quand il crut s'être enfoncé suffisamment dans le château, les larmes se mirent à couler, et il se frotta les yeux pour les essuyer. Il regarda ses mains et des traces noires souillaient ses doigts.
« Et merde ! » grinça-t-il. Il se rappela la phrase moqueuse d'Albus. Il n'aurait pas dû pleurer les yeux maquillés.
Il entra dans des toilettes, et essaya d'enlever le maquillage. Il ne connaissait pas de sort pour cela et se frotta les yeux avec de l'eau et du savon. Ses yeux rougis lui faisaient mal et il les soigna avec un sort rapide pour les éraflures, espérant que cela marchera sur les irritations. Les picotements cessèrent. Il inspira plusieurs fois. Il voulait se calmer avant de sortir, il refusait de se remettre à pleurer. Il resta une bonne dizaine de minutes dans les toilettes, se maudissant pour sa faiblesse, réduit à se cacher pour ne pas chialer dans les couloirs.
Quand il fut sûr de pouvoir se contenir, il décida d'aller à la bibliothèque. Albus ne devait pas y être. Il n'avait pas envie de le voir.

Au détour d'un couloir, il fut tiré en arrière. On serrait son bras jusqu'à lui faire mal. Il se retourna vers son assaillant qui l'emmenait vers un couloir étroit.

- Oh pitié! grinça-t-il, maudissant l'univers. Lâches-moi Potter!
- Dépêches-toi, avant que quelqu'un nous voit ensemble.

Il essaya par deux fois d'arracher sa main à la poigne de James, et quand il se dit qu'un coup de pied dans le genou marcherait mieux, il entendit qu'on venait du bout couloir. Et il n'avait pas envie d'être vu avec James. Potter entendit les pas à son tour, ouvrit une porte et il les fit entrer dans une salle de classe vide. Il sortit sa baguette et Scorpius entendit la serrure cliqueter.

James se tourna vers lui. Ses cheveux bruns étaient ébouriffés, ces yeux cernés. Scorpius fut ravi de voir que la journée n'avait pas été pénible que pour lui seul.

Potter leva la main, montrant un papier froissé qu'il tenait entre deux doigts.

Le mot de Scorpius.

- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Tu ne sais pas lire?
- Si, putain, je sais lire merci, ça ne m'explique pas ce que tu as voulu dire!
- ... ce qu'il y a d'écrit, insista Scorpius, comme s'il parlait à un enfant attardé.

James inspira, furieux, mais Malfoy n'avait pas peur. En fait, il ne ressentait rien. Il aurait presque envie de remercier Goyle pour cela.

- Tu as eu une semaine difficile, dit soudain Potter, comme s'il essayait de convaincre le garçon et de se persuader lui-même. Tu n'as pas les idées claires.
- Rien à voir. Je pense ce que j'ai écrit. C'est fini James.

Potter le dévisagea, semblant indécis. Il mordillait nerveusement sa lèvre inférieure.

Une habitude qu'a aussi Albus, se dit Malfoy.

- Tu détestes ça, n'est-ce pas? demanda Potter, incertain.
Scorpius faillit éclater de rire, la désillusion de James lui semblait ridicule.
- James... tu te fous de moi?
- Depuis combien de temps tu couches avec moi? Presque deux mois?

Scorpius haussa les épaules. Il n'avait pas coché la date de leur première baise dans un calendrier...

- Alors pourquoi maintenant ? Tu aurais pu arrêter avant.
- Je ne me souviens pas avoir eu tellement le choix.
- Arrêtes ça, cracha-t-il. Tu aurais pu dire non.
- Ta mémoire est mauvaise. Tu as négocié la sécurité de Dorian contre une baise régulière.

James grimaça
- Présenté comme ça... Un peu mélodramatique non?

Scorpius sentit la colère monter en lui en vagues furieuses. La façon qu'avaient les Potter de tourner toutes ses réactions en ridicule le rongeait. Ils lui donnaient l'impression d'être dément, démesuré. A nouveau il se sentait humilié.

- Je m'en vais.
- Je n'ai pas fini, dit James en l'attrapant par le col, mais le garçon le repoussa.
- Moi j'ai fini! Je ne sais pas quel jeu tu joues James, mais j'en ai marre de ces conneries.
- Je ne joue à rien du tout.
- Oh pitié, arrêtes! Tu es en train de me dire que j'aurais pu arrêter n'importe quand? Comme si on avait été tous les deux d'accord au départ! Arrête de te donner le bon rôle.
- Je sais qu'au départ je t'ai fait du chantage...
- Du chantage? Tu m'as mis une putain de menace sur la tête!
- Je te voulais ! cria James. Et je t'aurai eu d'une autre façon si celle-ci n'avait pas marché. Mais coup de bol pour moi, Dorian s'est fait amoché au bon moment, et par des amis. C'est dégueulasse, oui c'est vrai, mais j'ai saisi ma chance.
- Oh! Et tu n'as pas provoqué les événements bien sûr! Ni toi et ni ta bande de tarés?
- Comme si toi et Nott aviez besoin de moi pour vous faire casser la gueule! Tu vas dire que pour Goyle aussi c'était de ma faute?

Scorpius expira bruyamment, agacé.
- Tu me dégoûte!

Il poussa James, et se dirigea vers la porte.

- C'est Albus ?

Scorpius l'ignora et attrapa la poignée mais le verrou était mis. Il pesta et prit sa baguette dans sa poche mais James lui arracha de la main. Quand il voulut la récupérer, Potter le repoussa en arrière. Il pointa la baguette sur le garçon.

- C'est Albus c'est ça?

Scorpius secouait la tête, la respiration saccadée.

- Laisses-moi partir!
- C'est à cause de lui que tu veux arrêter?!
- Ouvres la porte, James!
- Réponds-moi!

Scorpius inspira profondément, fixant James droit dans les yeux, supportant son regard.
- Ton frère est important pour moi... murmura Scorpius.
Soudain, James le poussa contre le mur, furieux. La pointe de la baguette s'enfonça dans sa gorge.

- Fermes-là! dit-il et Malfoy pouvait sentir son souffle sur son visage. «Ne redis jamais ça! Tu ne mérites pas quelqu'un comme mon frère!»

Et ça faisait mal. Car c'était sans doute vrai. Albus et lui, c'était malsain. C'est ce que lui avait dit Rose non?

- Il t'idéalise, continua James, mais dès qu'il aura compris qui tu es, il te dégagera de sa vie, et tu peux compter sur moi pour ne pas lui dépeindre ton plus beau portrait.

- Vas-y! Dis-lui! Là maintenant, tu peux tout lui raconter. Tu as de la chance, je ne suis pas dans une aura de sainteté aujourd'hui. Il sera sûrement d'accord avec tout ce que tu lui diras. Tu peux te faire plaisir et cracher toute ta bile! Vas-y ! Qu'est-ce que tu attends!?

Sa voix s'était brisée et il sentait d'honteuses larmes lui montaient aux yeux, mais il refusa de les laisser glisser.
James recula, baissant la baguette. Sa colère semblait s'éteindre. Il prit sa propre baguette et déposa les deux sur la table de classe. Il passa les mains sur son visage et sembla réfléchir.

- Ecoutes, dit-il d'une voix douce. On n'est pas obligé d'en arriver.

Scorpius secoua la tête, ne parvenant pas à comprendre les paroles de Potter.

- Qu'est-ce que tu racontes?

- Je te laisse le temps pour réfléchir. On va tous les deux se concentrer sur ce putain de match. Mais après on recommencera... comme avant.

- Je ne viendrai pas.

- Je te ferais savoir quand et où, comme d'habitude.

- Je ne viendrai pas!

- Ecoutes!» James agrippa les épaules du garçon en une poigne douloureuse et enfonça ses doigts dans la chair. «Je t'ai vu baigné dans ton sang, crois le ou pas, je n'ai pas aimé ça. Mais si tu me cherches.» Il caressait les marques sur sa gorge. «Je te promets que tu le regretteras.»

- Tu es un grand malade, James Potter, murmura Scorpius.

Potter l'embrassa. Sa bouche était chaude contre la sienne, persistante, la goûtant avec une avidité effrayante. Scorpius sentit la langue de James sur ses lèvres, essayant d'entrer dans sa bouche. Le baiser s'intensifia encore quand James prit son visage dans ses mains, glissant les doigts dans ses cheveux, appuyant trop fort sur sa mâchoire. Scorpius appliqua ses deux mains sur le torse du garçon pour le repousser, la pression sur son visage se fit plus forte et quand il voulut protester, James glissa sa langue dans sa bouche, le repoussa violemment contre le mur, imposant son érection contre son ventre. Les mains de Scorpius s'agrippèrent aux poignets de James pour qu'il lâche sa tête. Ce qu'il fit sans cesser de l'embrasser, et fit glisser ses mains sur la poitrine et les hanches du garçon, tout en intensifiant le frottement de son sexe contre lui. Les doigts de James trouvèrent sa ceinture, tirèrent sur la boucle.

Alerté, Scorpius essaya de repousser la main qui glissait dans son pantalon, griffant le bras et le poignet.

Il libéra sa bouche.

« James! Non James.»

Il détestait sa propre voix qui suppliait. Potter rattrapa ses lèvres, et reprit son assaut et Malfoy perdit.

Des doigts brulants serrèrent son sexe, Scorpius cria puis se figea, haletant, le corps raidit. James se pressa contre lui, appliquant des lèvres chaudes et douces sur sa tempe, alors que ses doigts commençaient à masser; doucement d'abord, puis le poigne se fit plus dure et les à-coups plus longs, plus étendus et rapides. De son autre main, James caressait la joue du garçon, glissant ses doigts sur sa nuque, observant tour à tour les yeux gris qui devenaient fiévreux et humides, et le sexe qu'il tenait dans la main, appliquant la pression de ses jointures au rythme saccadé et crescendo des râles du garçon qui se détendait lentement sous les assauts tandis que sa respiration se transformait en gémissements.

«Regardes toi, tu es si...» La voix de James vibrait d'émotion, ses lèvres glissaient sur son visage, s'attardaient sur sa bouche, laissant l'empreinte chaude de son souffle sur ses joues.

L'esprit de Scorpius était blanc, tout son être se concentrait dans cette partie honteuse d'où la main de Potter lui arrachait des cris. Jamais James n'avait fait cela. James voulait jouir. L'extase de Scorpius, quand il en connaissait une, n'étant qu'une conséquence. James prenait, James possédait. Mais en cet instant, le plaisir était pour lui seul et cette sensation l'emplissait de fantastiques tressauts, des tremblements délicieux qui ne le blessaient pas. Aucune douleur ou possession. Le plaisir et rien que le plaisir l'irradiait.

Il gémissait, sa voix étrangère à ses propres oreilles. La moiteur de l'excitation collait à son corps et une odeur plus musquée, l'odeur de James, s'attardait sur sa peau et sur sa bouche. Ses genoux cédèrent mais il ne tomba pas. Aveuglé, il sentait James le maintenir contre le mur, et sa respiration enflait contre son oreille, comme le frottement de son sexe contre son ventre et la main serrée autour de son membre. Son front était humide et des perles de sueur glissaient le long de son dos. Il se repoussa du mur, et saisit James par les épaules, l'entourant de ses bras, rassuré par la dureté de son torse contre le sien. Le visage enfouit dans son cou, il porta le poids de son corps fiévreux sur le garçon qui le maintenait d'une main ferme, imprimée dans le creux de son dos alors que ses doigts glissaient toujours plus vite sur son sexe. Il ne sut pas quand James avait libéré son propre sexe de son pantalon, il lui semblait que ses mains n'avaient jamais quitté sa peau. Il sentait la texture moite du membre dure contre le sien, à chaque coup lascif et précis des hanches de James. Le garçon embrassait sa gorge, mordiller la chair, envoyant des picotements douloureux et délicieux dans le corps de Malfoy qui pressa ses ongles dans le dos du garçon, s'accrochant et tordant la chemise, indifférent au tissu qui se déchirait. Soudain la respiration lui manqua et tout son corps se raidit alors que l'extase l'emporta, en goulées furieuses, blanches et brulantes. Des cris de plaisir jaillirent de ses lèvres et il se répandit sur la main et le sexe de James. Secoué de tremblements, la vue troublée, Scorpius sentit une puissante langueur envahir ses membres alors que les vibrations de l'orgasme quittaient son corps. Ses jambes défaillirent et des bras puissants le serraient alors qu'il tombait.


Il s'éveilla contre la pierre froide. Il dodelina de la tête contre le matériau dure, désorienté. Il était toujours dans la salle de classe, allongé sur le sol. Non loin de lui, assis et le dos appuyé contre le mur, James faisait tourner une montre de poche. Elle semblait en or, tout comme la chainette par laquelle James la faisait tournoyer, comme hypnotiser par sa vue. Scorpius reconnut le sceau des Black sur le dos du métal. Potter semblait concentrer et d'infimes rides se dessinaient sur son front. Malfoy observait le jeune homme, sa peau hâlé et saine, sa lèvre inférieure généreuse qu'il coinçait nerveusement en ses dents. Ses yeux bruns avaient les mêmes reflets que ces cheveux, un cuivre brute. Scorpius voulait s'approcher de lui, cherchant son odeur.

- Tu t'es évanouis, dit James sans regarder le garçon.

Cela le stoppa. Il détourna les yeux.

- Quelle heure est-il?

- 21 heures. Le couvre-feu va bientôt commencer.

Malfoy se redressa et se rendit compte qu'il portait la veste de James. Il retira le vêtement et le tendit à son propriétaire, interloqué.

- Tu ne portais pas ta robe, dit James, j'ai pensé que tu aurais froid.

- Tu t'attends à ce que je te dise merci?

- Je n'attends rien de toi, dit Potter dans un sourire mauvais. Contrairement à Albus, je ne suis pas assez con pour croire que tu puisses être reconnaissant pour quoique ce soit.

- Alors arrête de passer du salaud au chevalier si tu es sûr que ça ne t'apportera rien. ».

Scorpius réfléchit, la mine renfrognée, essayant de résoudre un dilemme intérieur, observant Potter du coin de l'œil. «Tu étais là quand j'étais à l'infirmerie?». Il semblait se souvenir de James, ou plutôt d'entendre Albus lui parler.

Potter parut surpris de la question. Il enfila sa veste.

- Non, juste le premier jour. J'étais avec mon frère quand on t'a trouvé. Il est resté avec toi pendant que j'ai été cherché du secours.

- Et ensuite tu as été cherché Dorian pour qu'il soit avec moi? Et puis tu m'as pisté dans les couloirs pour me branler dans une salle de classe? Qu'est ce qui ne va pas chez toi?

James se leva, essuya la poussière sur son pantalon et glissa sa baguette dans sa poche. Il lança celle de Scorpius à terre, près de sa jambe.

- Toi et moi, j'ai envie que ça continue, dit-il soudain.

- Il n'y a pas de toi et moi.

Mais Potter ne l'écoutais pas. Il s'accroupit près du garçon.

- Et je ne veux pas te donner le choix. Parce que tu es une saleté, une plaie. Une sucrerie empoisonnée. Plus on t'étrangle, moins tu mords. Je ne te fais pas confiance.» Il sembla réfléchir un instant. «Mais je ne suis pas le dernier des salauds contrairement à ce que tu penses. Je ne t'aurais jamais laissé par terre baignant dans ton sang. Et je suis assez... gentleman pour ne pas te sauter n'importe où et te laisser dans les vapes sur le sol.

-Tu le fais avec d'autres non? Alors pourquoi pas avec moi? »

James ne répondit pas. Il attrapa le bras de Scorpius et le mit debout. Le garçon se rendit compte que son pantalon était encore ouvert.

- Habilles toi, les préfets vont commencer leurs rondes.

Scorpius s'exécuta. Il vit quelques traces sur le tissu et il se demanda s'il s'agissait de son sperme ou de celui de James. Un frisson le parcourut.

- J'ai presque aimé aujourd'hui, dit-il lentement plus pour lui-même que pour James. Il ferma la boucle de sa ceinture. «Peut-être parce que tu n'étais pas en moi. C'est moins écœurant.

James expira bruyamment, levant les yeux au ciel, puis regarda Scorpius tout en passant la langue sur sa lèvre.

- T'aimerais me mettre ton poing dans la figure, c'est ça? demanda Malfoy.

- Ça me démange, oui.

- Taré, souffla Scorpius, assez fort pour que Potter l'entende.

James l'ignora et déverrouilla la porte.

- Je sors d'abord. Attends quelques minutes avant de suivre. Et la prochaine fois que tu utilises un putain d'oiseau pour me passer tes mots, ne me l'envoie pas avant sept heures du matin. Cette saloperie m'a réveillé à l'aube.»

Scorpius lui sourit et fit un doigt, que James rendit avant de sortir.


Il attendit dix minutes avant de partir à son tour. Comme il n'était pas du tout dans la bonne aile du château, il accéléra le pas, tout en se faisant discret à chaque croisement des couloirs.

Alors qu'il marchait une odeur le fit défaillir, l'odeur de James qui collait à ses vêtements, la même senteur qu'il avait recherché un peu plus tôt alors qu'il observait Potter à son réveil. Une odeur excitante, qui lui rappeler son orgasme. Il avait jouis avec toute la masculinité de l'acte. Sans que James soit en lui. Il n'y avait rien d'humiliant dans ce qui s'était passé. Il ne s'était pas senti souillé ou possédé. Le plaisir l'avait transpercé, sans culpabilité, sans regret.

Cela ne changeait rien pour lui, il ne retournerait pas vers James. Il était seulement confus et un peu troublé par ce qui s'était passé, par les réactions de son propre corps qui était tellement passif, désintéressé par le sexe. Lui-même ne se touchait jamais. Il entendait pourtant les autres garçons, la nuit. Ceux qui ne savaient pas lancer un sort de silence ou qui le rataient simplement. Leurs râles de plaisir l'intriguaient, mais il n'était pas intéressé. Jusqu'à maintenant. Ces sensations nouvelles le laissaient perplexes, mais elles le rassuraient aussi. Il y avait un soupçon de normalité dans ce corps après tout.

Il arrivait aux sous-sols des Serpentards. Il atteignit presque la porte quand des formes emmêlées attirèrent son regard. Son cœur s'emballa et il s'arrêta un instant, plissant les yeux.

Là, dans un coin près de l'entrée, à peine caché dans l'ombre, Albus embrassait Kate Davies. Ses doigts caressaient les longs cheveux noirs de la jeune fille qui avait passé les bras autour de son corps. Serrés si forts, occupés à leur étreinte, ils ne firent pas attention au garçon qui les observait.

Scorpius sentit la nausée lui monter aux lèvres. La tête baissée, il murmura le mot de passe et traversa la salle commune.

Son esprit était vide, mais son ventre lui faisait mal. Il ne savait pas ce que c'était mais la nausée était encore là. Dans la salle de bain, il chercha un linge humide qu'il appliqua sur sa nuque.

Arrivé dans la chambre, il ouvrit la malle au pied de son lit, cherchant la fiole jaune qu'il avait pris à l'infirmerie, un anti-vomitif pour que l'estomac ne rejette pas les autres potions de guérison. Il ne l'avait jamais utilisé, elle était donc dans cette malle. Son ventre le lançait encore, il finit par jeter hors du coffre tous objets qui s'y trouvaient, les étalant sans ménagement. Il lui sembla que du verre se brisait. Il ne réfléchissait plus. Il voulait seulement que la douleur s'arrête. Le coffre avait été enchanté, un sort de minimalisme, de sorte qu'il pouvait contenir dix fois plus de choses que son volume réel. Et tout ce contenant se retrouvait projeté dans la pièce. Arrivé à bout, Scorpius se leva, attrapa la malle à bout de bras et la renversa sur le sol. Il se mit alors à chercher la fiole parmi les livres, les vêtements, les lettres, les cahiers et magazines, les chaussures, les bijoux, et les paquets de cigarettes. Il la trouva enfin, l'ouvrit et la vida presque d'une gorgée, se fichant de la posologie.

Un duvet recouvrit son estomac, presque instantanément et les nausées cessèrent. Il voulut profiter de ce réconfort mais la tête lui tourna et sa vue se brouilla. Laissant tomber la bouteille, il appuya son dos contre le bois du coffre, remonta ses genoux à sa poitrine pour y appliquer son front et il attendit que cela passe.


Scorpius ?
La voix d'Albus le réveilla.

Il s'était endormi à genoux contre la malle. Sa tête était sur son bras qui reposait sur le rebord de bois. Le sang avait quitté le membre, la marque du coffre était imprimée dans la chair. Il gémit quand il voulut bouger. Ses genoux aussi lui faisaient mal.

- ça va? demanda Potter qui s'approchait pour l'aider à se relever, slalomant autour des objets.

Scorpius le repoussa. Il ne voulait plus le regarder. Ses lèvres étaient gonflées, encore rouges du baiser et Malfoy était écœuré.

- Des nausées. Rien de grave.

- Rien de grave?» s'enquit Potter, en regardant le champ de bataille qui fut un jour son dortoir. «Tu veux que je t'emmène à l'infirmerie?

- Non.»

Il vit Albus ramasser la bouteille jaune et la reboucher. Une partie du liquide avait coulé. Potter fronça les sourcils, abasourdit par le désordre, aux vêtements et aux livres jetés hors de la malle. Un cliquetis sous ses pieds et il recula. Un miroir s'était brisé parmi les objets jetés. Albus ramassa le contour en argent et le posa sur le lit.

La porte du dortoir s'ouvrit.
- Et Al, c'est vrai ce qu'on dit sur toi et Davies? Ouah le bordel, y'a eu un ouragan localisé dans la piaule?
- On en parle après Carlson, ok?

Potter sourit brièvement, gêné, le rouge aux joues.

- J'espère bien, répondit Linz, absent tout en regardant Scorpius. Il savait bien que le désordre venait de lui et ne n'avait pas envie d'être présent quand Scorpius piquait une crise. Il cogna dans l'épaule d'Albus, lui fit un clin d'œil et sortit.

Devant l'état de la chambre, Potter aussi aurait préféré être ailleurs.

- Tu veux en parler ou..?
- Non.
- Non bien sûr que non, pourquoi je demande encore?

Albus passa la main dans ses cheveux, lançant des regards furtifs au garçon qui ramassait les livres. Il attrapa un pull le plia et s'approcha pour le ranger dans le coffre. Il se racla la gorge.

- J'étais avec Kate, annonça-t-il platement, observant les réactions du garçon. Je l'ai embrassé.
- Je sais, je vous ai vu.
- Oh.

Albus s'était attendu à plus... d'éclat de la part de Malfoy.

Mais le voyant calme, il continua:
«Elle m'a proposé de sortir avec elle. Elle me l'avait déjà demandé, le jour où tu es sorti de l'infirmerie.»

Scorpius ne le regardait toujours pas, rangeant un objet après l'autre, les gestes contrôlés. Il lui sembla que le garçon mordait l'intérieure de sa lèvre.

«Je n'ai pas encore répondu. Kate est...»
- Albus, l'interrompu Malfoy, sèchement, lâchant brutalement le livre qu'il tenait. Tu veux que je te dise quoi là?

- J'en sais rien, dit Albus en haussant les épaules, et Scorpius se remit à ranger, crispé. «Que tu me conseilles, ou que tu me dises que je vais faire une connerie. Le genre de trucs qu'on se dit entre potes.

- Tsss... Entre potes? siffla Scorpius.

- Génial, merci.» Albus jeta le livre dans le coffre et se leva, époussetant ses genoux des deux mains. «Tu sais quoi, démerdes toi ! Ce n'est pas mon bordel après tout. Tu es vraiment...»
Il cherchait ses mots, désabusé.
«Si tu étais mon ami, tu serais.. Je sais pas... heureux pour moi…
- Tu avais raison, dit soudain Scorpius, lui faisant face. Quand je partais, j'étais avec un garçon. Et oui, j'ai couché avec lui. A chaque fois.»

Potter cligna plusieurs fois des yeux. Il ne sembla pas comprendre. Puis les mots prirent sens et sa respiration s'accéléra, sa bouche s'entrouvrit mais aucun son ne sortit. Ses épaules s'affaissèrent.

Scorpius sourit, méprisant, et continua:
«Si tu étais mon ami, ça ne ferait pas aussi mal.»

Quand il vit le visage d'Albus pâlir, Scorpius sut qu'il l'avait blessé. Quelque chose en lui se déchirait, il pouvait presque le voir. C'était ce qu'il avait voulu, et même si son cœur saignait, il aimait cette victoire. Il avait le talent des mots acerbes, même si les prononcer lui faisait mal maintenant. Il ne reconnut pas la lueur qui passa dans les yeux d'Albus. De la colère? De la déception? Du chagrin? Peu importait, il avait gagné. Il détourna les yeux, feignant l'indifférence, et retourna à son rangement. Il ne voulait pas pleurer avant qu'Albus ne parte.

Soudain, il fut projeté contre le mur; il trébucha sur les livres répandus et se cogna la tête contre la pierre. La douleur le sonna et il tomba par terre, son coude râpant le mur, les mains plaquées contre son crâne. Un instant étourdi, il leva faiblement les yeux vers celui qui l'avait poussé. Vers Albus.
Le garçon le scrutait, le regard humide et perçant, la mâchoire contractée, serrant et desserrant les poings. Sa lèvre inférieure tremblait.

«Tu as essayé de me faire mal pour la dernière fois.» Sa voix vibrait de colère, tout son corps tremblait. «Je me fous de ce qu'il avait entre nous. Toi et moi, c'est terminé.»

Scorpius resta figé, regardant Albus traversa la chambre et disparaître derrière la porte. Il sembla que tout son corps était endormi, incrédule et indifférent. Il comprenait la colère du garçon. Quitte à avoir mal, autant partager la douleur. Il n'avait rien contre ce principe. Ses yeux fixaient la porte. Il sentait les mots d'Albus s'insinuer dans ses veines comme un poison. Ca faisait mal mais il se dit que cela passerait. Il n'avait pas besoin de Potter. Impétueux, encombrant Potter, qui était rentré dans sa vie sans prévenir. Qu'il parte de même!

Un frisson le parcourut alors qu'il se levait. Il se sentit étrange, vacillant. Il regarda encore la porte. Il ne sut pas combien de temps il resta là, à la fixer, ni même pourquoi. Il cligna des yeux, portant la main à son crâne, pensant que le choc avait été plus fort qu'il ne l'aurait cru, car il se sentait abasourdit, comme si un poids très lourd s'était posé sur ses épaules frêles. Il grimpa sur son lit et tira les rideaux, laissant la malle ouverte et les possessions étalées.

Les frissons étaient encore là, et le fil invisible cousu à son cœur tira et s'étira encore, insupportable. Les palpitations enflaient, le cœur se serrait puis cognait et les larmes glissèrent de ses yeux.

Soudain, il n'était plus sûr de ne pas l'avoir aimé, ce garçon impétueux et encombrant, et il regrettait tout d'un coup de ne pas l'avoir compris quelques minutes plus tôt ou même depuis plus encore, car il lui semblait que cette amour existait depuis longtemps déjà.

Il attendit longtemps ainsi, allongé sur la couverture, sursautant dès que la porte s'ouvrait et jamais sur celui qu'il attendait.

Mais cette nuit-là, Albus ne revint pas.


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