Bonsoir bonsoir !
... Je ne donne plus jamais d'estimation de dates, je les tiens jamais. Et j'ai plus que ce chapitre-là d'écrit. Oups...
Je sais pas si j'aurais le temps d'écrire la suite durant le Nano. Tout dépend de si je décide de m'évader de mon histoire principale...
Bêta-lecteurs : Phoenix Penna, Yumeshiro
Bonne lecture à tous !
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Chapitre 6 :
Se rattraper autour de l'échiquier
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Cullen ne ménageait pas ses efforts, dans la petite cour du château. Se battant contre un ennemi invisible, il répétait inlassablement les enchaînements que ses mentors lui avaient inculqués. Ses muscles commençaient à protester, alors que le soleil presque au zénith menaçait de brûler sa peau découverte et suante.
Pourtant, il ne s'arrêtait pas. Il souhaitait s'effondrer de fatigue, pour oublier les démangeaisons dans sa gorge sèche et la migraine qui enserrait sa tête dans un étau. Les symptômes ne feraient qu'empirer, il ne le savait que trop bien. Il refusait la déchéance qui l'attendait sans sa dose nécessaire.
Une patte se posa soudain sur son épaule, tandis qu'une ombre le recouvrait. Il tressaillit, mais abaissa son épée pour ne pas blesser la Bête dans un geste instinctif. Il sursauta cependant quand son hôte lui retira sa lame des mains, les bras de ce dernier étant presque enroulés autour de lui.
― Si j'avais su que vous seriez aussi peu raisonnable, j'aurais émis d'autres conditions.
La voix du mage était sévère sans être rude, mais Cullen se sentit tout de même comme un enfant pris en faute. Ses joues rougirent de gêne et il se balança d'un pied sur l'autre. Puis, il reprit sa respiration, qu'il n'avait pas conscience d'avoir coupé, quand le Tévintide s'éloigna pour ranger l'arme dans son fourreau.
― Je… souffla le soldat.
Les mots s'emmêlaient sur sa langue, tels une pelote de fils, et aucun ne voulait sortir. Il baissa la tête en soupira, passant une main dans ses cheveux humides de sueur. Des excuses ne seraient pas sincères, mais il n'arrivait pas pour autant à expliquer pourquoi il avait besoin de se pousser dans ses retranchements.
― Vous n'avez pas besoin de vous justifier. Je m'inquiète pour votre santé, mais vous connaissez mieux votre corps que moi.
Cullen resta silencieux alors qu'il se dirigeait vers le puits dans le coin nord de la cour. Sur la margelle reposait son haut. Il le décala, avant de tirer sur la chaîne pour remonter le seau. Il s'en saisit une fois qu'il fut à portée et le renversa sur son crâne.
Le froid soudain le fit frissonner, alors que des gouttelettes sinuaient sur sa peau pâle. Mais le contact était délicieusement rafraîchissant et il poussa un soupir de bien-être, s'étirant pour éviter les courbatures du lendemain. Les os de son dos craquèrent et il grimaça, avant de jeter un coup d'oeil en direction de son hôte, se demandant ce qu'il était en train de faire.
Le jeune homme manqua de choir au sol quand il croisa le regard de la Bête fixé sur lui, une drôle de lueur l'illuminant. Son estomac se retourna et il déglutit, sans pour autant pouvoir se détacher de l'autre. Il recula d'un pas alors qu'un frisson courait le long de sa colonne.
― Qu'est-ce… Ne m'observez pas comme ça, ordonna-t-il.
Les yeux noirs le troublaient, comme s'ils perçaient jusqu'au plus profond de son âme. Mais il ne s'agissait que d'une impression, alors le Féreldien secoua sa tête pour se reprendre, attrapant d'une main son haut pour l'enfiler. Il repassa une main dans ses cheveux humides pour les discipliner quelque peu, avant que sa vision ne se trouble soudain. Il vacilla, mais fut rattrapé par le Tévintide.
Cullen se retrouva à nouveau coincé contre le large torse. Sa première intention fut de se débattre ; il était assez grand pour tenir debout seul, par le souffle du Créateur ! Mais sa tête le lançait de plus en plus fort et il savait à quoi il pouvait imputer sa subite faiblesse. Le manque de lyrium. Si son hôte ne l'avait pas retenu, il aurait pu se blesser contre la margelle, ou même tomber dans le puit. Alors, il ne bougea pas, posant même sa tête contre la poitrine en poussant un soupir fatigué.
La soif tenaillait sa gorge sans qu'il ne puisse l'assouvir. Depuis qu'il avait entendu le lyrium rouge chanter, il avait l'impression de revenir à ses tous débuts sans cette substance, comme si elle avait balayé des années de retenue et de tentatives de sevrage.
― Définitivement, je mettrais d'autres conditions à l'utilisation de votre épée.
― Vous ne pouvez pas !
Cullen n'osait pas imaginer comment il pourrait lutter contre les murmures et les visions qui ne tarderaient pas à envenimer son état s'il ne s'épuisait pas. Mieux valait s'endormir de fatigue pour tenter d'y échapper que de subir de trop longues et douloureuses nuits blanches.
Il redressa la tête, tentant de croiser le regard de Pavus. Il devait le convaincre de le laisser s'entraîner à sa guise, ou le manque finirait par avoir sa peau !
― S'il vous plaît. Vous ne pouvez pas m'enlever ça…
― Vous préférez mourir bêtement ? Si je n'avais pas été là, votre soeur m'aurait tué, répliqua Pavus.
La Bête relâcha cependant son étreinte, continuant à le soutenir d'une patte dans le dos au cas où ses jambes le lâcheraient sans prévenir. La lueur étrange dans son regard avait disparu, au profit d'une angoisse que le Féreldien ne pouvait pas accuser d'être fausse. Mais ce dernier ne comprenait pas pourquoi son hôte s'inquiétait tant pour lui, alors que son secret serait gardé s'il disparaissait.
Et Mia, tout aussi terrifiante qu'elle était lorsqu'elle était furieuse, ne lui faisait certainement pas assez peur que sa santé passât avant sa tranquillité.
― Mais je cesserai d'être une menace pour vous… souffla-t-il.
― Je vous préfère en bonne santé. Je peux ranimer des cadavres, mais ils ont malheureusement peu de conversation, répliqua le mage. Allez, venez vous reposer.
Cullen voulut encore argumenter, mais sentit que ce n'était pas le moment. Son hôte ne semblait pas disposé à l'écouter, entêté sur l'idée qu'il devait faire attention à son bien-être à sa place. Cela l'agaçait en peu qu'il pensât mieux savoir que lui ce qui le soulageait, mais il ne pouvait nier que c'était agréable.
Le Tévintide lui semblait soudain une ligne de survie, une corde pour l'empêcher d'aller trop loin pour oublier le manque. Seul le roi Theirin s'inquiétait parfois de son état, le général mettant un point d'honneur à ne pas mettre au courant les soldats sous ses ordres.
Le soldat pouvait se reposer sur lui pour s'arrêter à temps, pour ne pas se tuer afin de tenir loin de lui la soif de lyrium. C'était plus qu'il n'avait jamais espéré de quelqu'un. Même Samson, qui était Templier à la Chantrie locale et qu'il avait côtoyé fut un temps, ne comprenait pas à quel point il menaçait de sombrer. Il connaissait la soif autant que lui, mais il avait le droit à ses rations régulières.
Peut-être était-ce une des raisons qui l'avait fait s'éloigner de lui, aussi.
― On pourrait… On pourrait jouer aux échecs ? proposa le Féreldien avec un maigre sourire. Dans la bibliothèque.
La bibliothèque était un endroit plus neutre que sa chambre. Entre les murs de ses appartements, ses cauchemars restaient et alourdissaient l'air ambiant. Et si jamais il s'endormait sous l'action de la fatigue, les meubles entre les rayonnages étaient plus capitonnés que le trône du roi lui-même.
― Je suppose que je peux au moins céder sur ce point, souffla l'Altus.
La Bête leva les yeux au ciel pour appuyer son mécontentement. Mais lorsque leurs regards se croisèrent à nouveau, Cullen put apercevoir les coins de ses lèvres se lever avec une douceur rare. Son coeur rata un battement et il baissa la tête vers le sol, alors que ses joues rougissaient sans qu'il ne sût pourquoi.
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― Sans vouloir vous offenser, Varric, ou même vous accusez d'extrapoler, je m'étonne que Samson ait été un Templier de la même localité que le Commandant. Cela m'avait déjà interpellé quand vous aviez parlé de lui, le second jour…
Rainier passe ses doigts dans sa barbe, fixant le conteur qui ne semble pas une seule seconde déstabilisé.
― Avant, il était Templier à Kirkwall. Il a merdé, le Chevalier-Capitaine Mérédith a voulu le virer et la Grande Prêtresse Elthina lui a accordé une seconde chance là où il pourrait se faire oublier, c'est aussi simple que ça.
Varric hausse les épaules pour appuyer son propos, alors que l'Altus autour de la table grogne discrètement. Cullen le gratifie d'un regard d'avertissement, que son compagnon ignore.
― Oh, pour se faire oublier, c'était réussi, grommelle Dorian. Vous n'avez pas vu son ignominie arriver.
Le Féreldien soupire, alors que Hawke laisse échapper un ricanement amusé. Dès que Samson revient sur la table, le Tévintide est toujours sur les dents. Alors Varric ne lui laisse pas le temps de s'épancher plus.
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La Bête et Cullen s'étaient ainsi rendus à la bibliothèque. Pavus avait installé le jeu sur une table basse, s'assurant ensuite que l'ancien Templier fût bien installé, au grand dam de celui-ci. Il n'insista cependant pas pour être dispensé de tant d'attentions, sentant qu'il n'aurait pas gain de cause sur ce point-là.
Le soldat eut le privilège de commencer la partie et il déplaça un pion sur l'échiquier, dardant un oeil pensif sur l'être massif en face de lui. Il se rendait compte qu'il ne savait pas grand-chose de lui, ce qui ne l'aidait pas à lui accorder un peu de sa confiance pour l'aider à gagner la sienne. Il était un mage, sans doute un mage du sang même, alors pourquoi était-il venu s'enterrer dans un pays qui craignait les gens comme lui ? Pourquoi avoir quitté son pays, même ? Il n'était le bienvenu nulle part ailleurs.
― Alors comme ça, vous venez de Tévinter ? Qu'est-ce qui vous a amené jusqu'ici ?
L'Altus ne répondit rien, déplaçant à son tour une pièce. Cullen craignit d'avoir dépassé une limite non-verbale et passa une main derrière sa nuque, nerveux. Il s'apprêtait à s'excuser, quand son vis-à-vis ouvrit finalement la bouche.
― Mon… mon père m'a chassé à cause de nos divergences d'opinion sur un certain sujet.
Le militaire esquissa une grimace désolée au ton plein d'amertume et teinté de tristesse. Son hôte ne méritait sans doute pas un tel rejet, surtout de la part de sa propre famille. Mais soudain, il était curieux de connaître les raisons profondes de la mésentente. Était-ce parce qu'il se refusait à utiliser la magie du sang, ou pour une toute autre décision qui le différenciait du schéma habituel des mages de Tévinter ?
Il ignorait cependant comment aborder le sujet sans braquer Pavus. Il lui offrait une distraction bienvenue et il refusait de la perdre bêtement parce qu'il n'avait pas su retenir ses interrogations. Il se mordilla la lèvre inférieure en prenant un pion adverse avec son cavalier, réfléchissant à une stratégie d'approche.
Il se déconcentra ainsi du jeu et l'Altus finit par le mettre échec et mat, à leur étonnement respectif. Cullen s'attendit alors à ce que le mage exulte de l'avoir battu pour la première fois, mais en relevant la tête, il ne rencontra qu'un regard encore plus inquiet que dans la cour.
― Vous êtes sûr que vous ne voulez pas vous reposer ?
La migraine du féreldien le lançait toujours, à vrai dire, mais il craignait plus encore les ombres qui l'assailleraient dans son sommeil que la douleur habituelle et supportable. Il secoua doucement la tête, adressant un sourire qu'il voulait rassurant à son hôte.
― Tout va bien. J'avais seulement l'esprit ailleurs. Une autre ?
― Cullen… S'il vous plaît, ne me mentez pas. Il y a quelque chose qui vous tracasse. Vous vous mordez la lèvre inférieure depuis le début de la partie. Ce n'est pas dans votre habitude.
Le soldat frémit en entendant son prénom prononcé par la voix de velours, avant que son sourire ne se transforme en grimace gênée. Il s'était fait griller en pleine réflexion. Instinctivement, ses doigts se dirigèrent vers l'intérieur de son poignet.
D'un bond, la Bête se redressa, le faisant sursauter, avant de saisir son avant-bras pour l'empêcher de gratter à nouveau la peau fragile. Il le surplombait presque et l'homme déglutit, se sentant soudain en position de faiblesse. Mais il ne se sentait pour autant en danger et il soupira, fermant lourdement les paupières. Sa main libre vint masser sa tempe et le Tévintide relâcha sa prise, se rasseyant en silence.
― À vrai dire, je m'interrogeais sur les raisons profondes de… commença Cullen.
― Je vois, le coupa Pavus. Mais je n'ai pas envie d'en parler.
Le militaire ressentit une étrange déception à l'annonce de ce choix, pourtant peu étonnant. Il cessa de se masser et entreprit de remettre les pièces en place sur le plateau sans plus insister. Il aurait pourtant aimé en savoir plus sur son hôte, plus qu'uniquement pour gagner sa confiance, même s'il ne se l'avouait pas.
― Pas sans une contrepartie, plus exactement, ajouta la Bête.
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― Qu'il le laisse le reluquer !
― Qu'il puisse lui peloter les fesses !
Les propositions fusent soudain, au grand étonnement de Varric, qui cligne un bref instant des yeux. Hawke ricane sans se cacher, alors que Cullen a ses yeux au fond de sa chope. Dorian esquisse un sourire, tandis que des flammes s'allument et dansent au bout de ses doigts, nonchalantes.
Les spectateurs se taisent alors, presque penauds, comme des enfants pris sur le fait. Aveline soupire, puis dirige son regard vers l'Altus.
― Je donnerai beaucoup pour faire taire ainsi mon capitaine.
― Mon aide peut se négocier, noble dame.
― Ooooh, notre très droite garde voudrait-elle recourir à…
Isabela n'a pas le temps de terminer sa phrase. Pressentant à nouveau la discorde arriver, le seul nain de la Charge, Rocky, décide de prendre les devants sous les paroles enchanteresses de l'alcool. Assis à côté d'elle, il se tourne et saisit le chemisier de la pirate, avant de l'embrasser à pleine bouche.
Le conteur a à peine le temps de cligner à nouveau des yeux que sa camarade a embarqué le mercenaire hors de la Taverne.
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Le Féreldien tressaillit alors et ouvrit de grands yeux ronds, un mince filet d'espoir mêlé de crainte illuminant son coeur. Il s'assit au fond de son siège, délaissant pour l'instant l'échiquier, avant de poser ses mains sur ses genoux. Il frotta le tissu du creux de sa paume, se demandant ce que le Tévintide exigerait de lui en échange de ses réponses.
― Que… Puis-je savoir laquelle ?
― Une question pour une question. Vous n'êtes pas le seul à vouloir en apprendre plus.
Un sourire amusé étira les lèvres du Tévintide et Cullen se détentit en soupirant. Il ne voyait pas en quoi sa vie pouvait être intéressante, mais s'il fallait en passer par là pour obtenir des informations, il n'y couperait pas.
Cependant, il ne s'attendait pas à ce que Pavus termine de mettre en place les pièces, lui redonnant les blancs. Il haussa un sourcil, avant d'esquisser à son tour un rictus.
― Chercheriez-vous à profiter de cette discussion pour me déconcentrer à nouveau ? Vous ne gagnerez pas une seconde fois, le prévint-il en déplaçant un pion.
― Je n'oserai pas.
Le ton du mage était taquin et l'invité n'en croyait pas un mot. Il passa outre, réfléchissant pendant le tour de son adversaire comment aborder de nouveau le sujet sensible. Il déplaça une autre pièce, avant de s'estimer satisfait de la tournure de sa question.
― Pourquoi votre père et vous étiez en désaccord ?
― Mes choix de vie ne lui plaisaient pas, il a tenté de me changer avec de la magie du sang, j'ai claqué la porte. Je suis un paria dans mon pays.
La Bête haussa les épaules comme si cela ne l'affectait en rien, mais Cullen sentit que cela ne le laissait pas aussi indifférent qu'il le laissait paraître. Lui-même assimilait avec difficulté l'information, horrifié qu'un père puisse vouloir utiliser la magie du sang sur son propre enfant.
À nouveau, le visage d'Heli lui apparut, souriant et affectueux, avant de se transformer en figure de démon. Il blêmit et ses doigts tremblèrent lorsqu'il déplaça son fou sur l'échiquier. Il secoua la tête pour se reprendre et chasser les souvenirs douloureux, quand la patte de Pavus se posa sur la joue, comme pour l'aider à reprendre ses esprits. Il se concentra sur la source de chaleur réconfortante, fermant brièvement les yeux alors qu'il reprenait une profonde inspiration.
Le mage retira bien trop tôt sa main, alors que Cullen ne savait plus trop où se mettre. Il frotta à nouveau ses mains contre ses cuisses, tentant d'échapper au regard de son vis-à-vis. Il avait honte de laisser ses souvenirs empiéter sur l'instant présent, pendant ses journées, comme si l'attaque du Cercle de Férelden datait d'hier.
― Je n'aurais pas dû vous raconter ça. Si j'avais su…
Son hôte souffla et le militaire se sentit d'autant plus coupable. Il hésita quelques secondes, avant de secouer négativement la tête et de la relever pour croiser le regard sombre.
― Ne vous excusez pas. C'est moi qui ai posé la question et je vous remercie de votre sincérité à ce sujet…
― Et vous, seriez-vous sincère si je vous demandais ce qui vous tourmente ?
L'ancien Templier en resta bouche-bée, avant de déglutir. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même : il avait initié ce petit jeu, il ne pouvait pas en vouloir à l'Altus d'avoir attaqué directement le sujet le plus sensible. Mais que pouvait-il lui dire ? Il ne voulait pas, il ne supporterait pas de parler d'elle, pas alors qu'il n'en avait même jamais parlé à Mia, sa seule confidente. En même temps, que lui avait-il avoué, après les événements du Cercle ?
Rien, absolument rien. Il avait même cessé d'écrire à sa famille après cela, trop honteux et hanté. Et son hôte voulait qu'il lui révèle de but en blanc ses démons ? N'était-ce pas pour pouvoir ainsi plus aisément le manipuler ?
Mais Cullen lui-même n'arrivait pas à croire ce qu'il venait de penser. Cela lui semblait tellement... tellement absurde venant de Pavus. Il avait beau le tenir prisonnier entre les murs du château, jamais il n'avait abusé de ses capacités de mage pour le dominer. Il ne pouvait l'imaginer capable d'une telle ignominie.
― Je… Je l'ignore, Pavus.
― Appelez-moi Dorian, Cullen. Je ne suis pas votre ennemi.
Un silence s'installa entre eux, allongeant les secondes, mais l'atmosphère n'était pas pesante pour autant. Le soldat ne se sentait pas acculé par le mage. Ou plutôt, par Dorian, puisqu'il avait enfin son prénom. Et il se laissait de plus en plus séduire par l'idée qu'il n'était pas son ennemi. Bien au contraire. Il avait vu plus de ses faiblesses que n'importe qui d'autre, pourtant, il n'en profitait pas.
Il n'était son adversaire qu'aux échecs, Cullen ne pouvait pas se voiler la face. Peut-être… Peut-être était-il même plus un ami. Depuis quand n'avait-il plus eu quelqu'un pour disputer de longues parties d'échecs, ou pour lui offrir une épaule s'il allait mal ? Même enfant, finalement, il avait été assez solitaire, rêvant de devenir Templier alors que les autres voulaient reprendre le métier de leur père. Il ouvrit la bouche et sa langue se délia d'elle-même :
― Pavus... Heu, pardon, Dorian, je… Par où commencer ?
Il frotta sa main contre sa nuque, gêné, quand un rire léger échappa à son vis-à-vis. Le féreldien plissa les yeux, incertain de la raison de cette hilarité soudaine. Mais il attendit patiemment, en profitant pour jouer négligemment sa reine et prendre le cavalier noir.
― Est-ce que c'est votre deuxième question ? À ce rythme, je saurais jusqu'aux noms de vos arrière-grands-parents avant que vous ne connaissiez ma ville de naissance.
― Vous n'êtes pas possible !
Le général d'armée ne put empêcher cependant ses lèvres de s'étirer, une bulle de joie venant chatouiller le fond de sa gorge, avant d'éclater et qu'il ne rit franchement. Sa tête bascula et heurta le dossier du fauteuil, lui arrachant un gémissement de douleur, avant qu'il ne reparte dans son rire, qui devenait de plus en plus incontrôlable. Sa tension s'évanouissait à chaque expiration, alors que les muscles de son ventre devenaient douloureux.
Deux pattes encadrèrent soudain son visage, l'obligeant à rester immobile et lui évitant un nouveau coup. Il inspira, humant par la même occasion l'odeur florale qu'il associait à l'Altus, alors que ce dernier passait une de ses pattes dans son dos pour y dessiner des cercles et l'apaiser peu à peu.
― Vous devriez rire plus souvent, ça vous va bien. Et ça vous détend.
Un simple murmure. Un chuchotis imprévu, que Cullen n'était sans doute pas censé entendre. Mais la confidence le fit rougir jusqu'à la racine de ses cheveux, éteignant son hilarité comme une bougie qu'on soufflait. Il baissa la tête et posa le haut de son crâne contre le torse dur de son hôte, inspirant le plus profondément possible pour que son rire nerveux ne reprenne pas.
Dorian relâcha finalement son étreinte, le fixant encore quelques instants pour s'assurer qu'il allait bien, avant de regagner sa place. Le Féreldien passa ses mains devant son visage, espérant qu'il n'était plus écarlate quand il redressa la tête. Il la hocha légèrement en direction du Tévintide, en remerciement silencieux.
Il n'avait plus envie de parler de l'attaque du Cercle, mais il était plus serein et moins tendu. Peu importait finalement qu'il ne lui confiât rien cette fois-ci. Le temps viendrait, où il sentirait à nouveau assez en confiance pour en discuter. Dans un contexte plus propice, sans doute.
― Pour vous répondre, c'était effectivement une seconde question… Mais n'avez-vous pas posé la vôtre en confirmation ? Donc, c'est encore à moi.
― Et c'est moi qui est impossible ? Kaffas !
Le soldat laissa échapper à nouveau un rire léger, décontracté, avant de poser ses coudes sur ses genoux, son regard illuminé d'une lueur amusée soutenant celui de son adversaire. Après le coup de ce dernier, il déplaça sa reine, se sentant presque pousser des ailes alors qu'il lisait la même joie pétillante dans les yeux sombres. Il n'avait plus de craintes à propos des questions qu'il pourrait poser.
― Alors, comme ça, vous ne cautionnez pas la magie du sang ?
― Vous savez qu'officiellement, cette pratique est interdite par le Magisterium ?
Dorian retint à grand-peine un ricanement devant l'air éberlué de Cullen, qui s'empressa de demander plus d'informations, qu'il se fit un plaisir de lui donner. Petit à petit, ils oublièrent le jeu entre eux, alors qu'ils débattaient avec passion de la situation en Tévinter.
Et, lorsque le militaire s'assoupit sous le coup de la fatigue, la Bête le prit dans ses bras pour le ramener dans ses appartements, en remerciant Andrasté et le Créateur de l'avoir mis sur sa route.
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― Ce n'est pas comme ça que ça s'est déroulé ! J'ai commencé à bâiller et Dorian m'a forcé à aller me coucher, il ne m'a pas porté !
Cassandra lève les yeux au ciel, alors que Sera ricane depuis le dessous de la table, où elle a roulé après avoir bu une chope de trop.
― Bouclette, je raconte l'histoire, donc je procède à des remaniements scénaristiques pour plaire à mon public !
Le Commandant soupire, tandis que Dorian passe une main dans son dos pour l'inciter à se calmer. Il ne sert à rien de chercher à influencer le conteur. Il aurait de toute façon raconté leur histoire, avec ou sans leur autorisation, alors ils peuvent bien laisser couler sur quelques menus détails comme celui-ci.
― Puis l'image plaît trop à Cassandra pour que Varric s'en prive, ricane l'Inquisiteur.
La Chercheuse adresse un regard noir à Cadash, qui se fait soudain petit sur son tabouret. L'Altus esquisse alors un sourire carnassier, désignant tour à tour du pouce la guerrière et l'ancien membre du Carta.
― Vous nous raconterez ensuite l'histoire de ces deux-là ?
― N'y pensez même pas une seule seconde, le nain ! s'emporte Cassandra. Je vous interdit de…
― Vous n'avez rien nié, Chercheuse, je n'étais pas au courant, la taquine l'aventurier, avant de voir à ses yeux furieux qu'il est allé un peu trop loin.
― Messieurs, mesdames, à demain pour la suite, s'empresse-t-il de déclarer, avant de sauter de son tabouret pour échapper à la colère de la combattante.
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N'hésitez pas à laisser un commentaire si ça vous a plu, si vous avez ri ou non et surtout... Faites vos spéculations X)
