La communauté autour d'Harry Potter est assez unique. Évidemment, comme partout, il y a des bons côtés et des mauvais côtés. Mais je préfère me concentrer sur ce qu'il y a de positif dans cet ensemble de personnes qui ont tous une passion commune. Comme les cosplays, les rencontres avec les acteurs, les conventions ou encore les créations d'artistes en tout genre.
Et, au milieu de tout ça, il y a notamment un événement qui m'a toujours impressionné, fait rêver et surtout intéresser. C'est le rassemblement qui a lieu, chaque année, pour le 1er septembre à King Cross. À cette date, tous les fans qui le veulent se retrouvent dans la gare pour fêter dignement le départ, fictif malheureusement, du Poudlard Express. Ce sont des centaines et des centaines de personnes qui se réunissent au même endroit grâce à un amour de la licence.
J'ai toujours trouvé ça spectaculaire, mais pour autant, je n'y suis jamais allé. Je me suis toujours contenté de suivre ça de loin, à travers des vidéos que les gens filmaient sur place ou encore via les articles qui sortaient dans la presse durant les jours qui suivaient tout ça. Et, jusqu'ici, cela m'allait de vivre cet événement par procuration. Même si j'avais toujours cette envie irrépressible de m'y trouver aussi, je ne me voyais pas faire le voyage jusque là-bas, uniquement pour ça.
Mais cette année, j'ai pris la décision de changer cela. Rien ne va dans ma vie en ce moment, j'ai donc décidé que j'avais besoin de changer d'air. Et quoi de mieux qu'un bain de foule de fans en délire, pour se changer les idées ? J'ai donc pris, il y a quelques jours, un ticket pour Londres et me voici maintenant dans le lieu où toute la magie a commencé.
Il est encore tôt, le soleil n'a pas encore pointé le bout de son nez, et pourtant, il y a déjà beaucoup de gens. La plupart se dépêchent d'aller dans la boutique officielle qui se trouve dans la gare et ils en ressortent ensuite en tenue de sorcier. D'autres, préfèrent simplement parler ensemble, autour d'un café, d'un thé ou d'un chocolat chaud pour faire connaissance.
La joie de chaque personne se ressent autour de moi et je sais déjà que je ne vais pas regretter d'être venue. Je me sens déjà moins abattu que lorsque je suis arrivé la veille en ville. Ici, entouré de gens qui partagent ma passion, je me sens revivre. Et, comme bonus non négligeable, je n'ai personne qui me connaisse et qui me répète sans cesse que j'ai fait la pire erreur de ma vie.
Tandis que je slalome entre les autres visiteurs, je bouscule malencontreusement quelqu'un.
— Je suis désolé, je ne vous avais pas vu…
— Ce n'est pas grave, avec autant de monde présent au même endroit, c'est normal d'être un peu bousculé.
Je ne peux qu'aller dans son sens. Et dire que d'ici une heure ou deux, cela sera encore plus bondé.
Je vais pour partir, avec un dernier sourire contrit envers l'homme que j'ai bousculé, mais il me retient.
— Attendez. Voulez-vous goûter à une de ces merveilles ? dit-il en me désignant son petit étalage de pâtisserie. Ces gâteaux sont magiques.
Son sourire est contagieux, alors je l'imite. Évidemment, "magique". Après tout, c'est un rassemblement de sorciers donc il est normal que les vendeurs ambulants jouent le jeu, eux aussi.
— Pourquoi pas, je n'ai pas encore pris de petit déjeuner après tout.
Je lui prends deux viennoiseries et lui donne ce que je lui dois.
— Merci, vous ne le regretterez pas. Faites un vœu en les mangeant et vous pourriez être surprise par ce qui arrivera.
Il me fait un clin d'oeil, sans se départir de sa bonne humeur, et part de son côté tandis que je ne bouge pas. Un vœu ? Vraiment ? Pourquoi pas après tout, c'est vendeur comme concept.
Je range les pâtisseries dans mon sac, ne comptant pas les manger tout de suite, avant de reprendre mon chemin. Il faut que je me trouve un endroit intéressant pour admirer ce qui va suivre. Et, miraculeusement, j'arrive à aller jusqu'aux voix 9 et 10. Je souris en me rappelant, mot pour mot, le passage où Harry arrive ici dans le premier tome. Il était perdu et, sans l'arrivée de Molly, il aurait peut-être raté l'heure de départ du train vu qu'il ne savait pas comment aller jusqu'au Poudlard Express.
Je me trouve un endroit assez calme, tandis qu'autour de moi les gens continuent de se rassembler et de parler entre eux. Je n'ai jamais été très bonne pour aller vers les gens, mais j'ai toujours excellé dans l'art d'observer tout ce qui m'entoure.
Sentant que je commence à avoir faim, je sors sans attendre un des deux croissants que j'ai achetés plus tôt. À vue d'oeil, ils m'ont l'air sommes tout ce qu'il a de plus classique. Je me demande si ce vendeur va réussir à faire croire à quelqu'un qu'ils sont vraiment magiques. Je ne peux que rire doucement à cette idée.
Alors que j'allais croquer une première bouchée, je me souviens quand même de ce qu'il m'avait dit. Il fallait faire un vœu, si je ne me trompe pas. Et, même si je trouve l'idée assez stupide, je suis dans un rassemblement autour d'Harry Potter. Alors c'est sûrement le meilleur moment pour croire un tant soit peu à la magie. Je ferme donc doucement les yeux, et réfléchis à ce que je pourrais vouloir. Des dizaines d'idées me traversent l'esprit, mais je fais le choix de rester dans l'ambiance de la journée.
Si seulement… si seulement Poudlard pouvait existait. Évidemment, je ne suis plus une enfant, j'ai eu vingt ans il y a quelques semaines, alors je n'y aurais pas ma place… Mais avec la magie, tout n'est-elle pas possible ? Alors, peut-être qu'il serait possible pour moi d'y aller, malgré mon âge. Cela serait quand même vachement magique si je pouvais y faire un tour et être, enfin, quelqu'un d'extraordinaire et vivre une vie qui vaudrait vraiment le coup d'être vécu.
Sur ces pensées douces-amères, je mange enfin la viennoiserie qui me donne tant envie. Ce n'est pas le meilleur croissant de ma vie, mais il se laisse manger. Je sors le second de mon sac, pour pouvoir le déguster, mais au même moment, je me sens étourdie. Ma tête me tourne et ma vision se trouble soudainement. Alors que je vais pour demander de l'aide à quelqu'un, ma voix se bloque dans ma gorge. Instinctivement, je porte ma main à cette dernière, mais rien y fait, je suis incapable de parler.
Mes jambes me semblent être du coton et je suis incapable de bouger. Tout est maintenant brouillé autour de moi, comme si le monde s'était mis à bouger en oubliant que j'étais là. Je ressens comme une bouffée de chaleur et un instant plus tard, c'est comme si j'étais dans un froid hivernal en plein pays nordique. Rapidement, la panique me submerge et les bruits autour de moi sont de moins un moins distinct. Puis, le brouhaha ambiant s'amplifie, tandis que ma respiration se fait haletante.
Finalement, mon calvaire prend fin quand, au bout de quelques secondes, qui m'ont paru durer des heures, je perds connaissance.
