Quand j'ouvre les yeux, je sens que le sol sous mes pieds est en mouvement. Ce qui, logiquement, ne devrait pas être le cas. Cela suffit à me réveiller totalement et je me redresse si vite, que j'en attrape des étoiles devant les yeux. Ma tension est loin d'apprécier mon réveil brutal.

Il me faut quelques minutes avant de réussir à reprendre mes esprits. Que sait-il passer ? Où suis-je ? Et surtout, où est-ce que je m'en vais ?

Bon, il vaut mieux que je procède dans l'ordre. D'abord, je me souviens être arrivé à Londres, puis… Ah oui, j'ai été jusqu'à King Cross pour le rassemblement autour d'Harry Potter. Il était tôt, et je crois me souvenir que j'ai acheté deux croissants à un vendeur ambulant. Puis, je me suis éloigné et… Est-ce que j'ai été drogué ?! Je me souviens avoir mangé une des viennoiseries puis… le trou noir !

Malgré la peur qui s'insinue de plus en plus en moi, je prends une minute pour inspecter ce qui se trouve non loin de ma personne. Je me trouve clairement dans le compartiment d'un train. Le paysage qui défile à travers la fenêtre et les bruits ambiants me le confirment.

Mais, la question à se poser c'est… Qu'est-ce que je fous dans un train, bordel de m… Non, il faut que je me calme. S'énerver ne sert à rien.

Réfléchissons. J'ai mangé quelque chose qui n'était, vraisemblablement, pas très net et maintenant, je me trouve dans un wagon en direction de je ne sais où. Tout va bien… Très bien même… C'est vrai, pourquoi est-ce que ça n'irait pas… ?! On se le demande !

Je respire un grand coup pour tenter, en vain, de récupérer mon calme.

Bon, rester ici, seule, ne m'apportera aucune réponse. Requinquer, je me lève de façon décidée pour, je l'espère, trouver quelqu'un qui pourra m'éclairer sur la situation actuelle. Ou, au moins, me dire jusqu'où nous allons pour que je puisse ensuite, prévoir mon voyage dans le sens inverse. Le tout, en espérant ne pas tomber sur un contrôleur. Je ne sais pas comment j'ai pu atterrir ici, alors bien évidemment, je n'ai pas payé mon ticket…

Plus encore, si vraiment j'ai été drogué, alors il vaut mieux que j'évite de me retrouver face à face avec la personne qui m'a fait ça. Serait-ce le vendeur ? Ou quelqu'un d'autre a-t-il eu le temps, ou le moyen, de toucher aux viennoiseries que j'ai mangées ? Dans tous les cas, qui que ce soit, je doute que cette personne apprécie de voir que je suis réveillé et en pleine possession de mes moyens.

Alors que j'ouvre la porte de ma cabine, je manque de rentrer dans quelqu'un. Décidément, ce n'est pas ma journée…

— Je suis désolé, commençais-je d'une voix peu confiante, je…

— Non, c'est moi qui devrais m'excuser. Je pensais que ce compartiment était libre.

Minute… Je connais cette voix ! Je suis sûre que je l'ai déjà entendu quelque part.

Je relève la tête rapidement et, cette fois, j'en suis sûre, j'ai été drogué. Et, peut-être que je ne suis pas autant en forme que je l'ai cru il y a quelques secondes. Ou alors je suis soit dans le coma, ou morte. Car c'est impossible que je sois véritablement face à lui !

J'ouvre la bouche à plusieurs reprises, de façon ridicule, tout en cherchant quelque chose à répliquer. Mais rien ne me vient. Je dois ressembler à un poisson hors de l'eau comme ça, c'est ridicule… Le seul bon point, c'est que ma situation semble amuser mon vis-à-vis. En effet, il mord doucement sa lèvre inférieure, pour se retenir de rire. Je lui accorde un point de gentillesse pour le fait qu'il essaye de ne pas exploser face à moi. Mais, malgré tout, je retiens qu'il est prêt à se moquer de moi à tout instant.

Ses pensées doivent avoir suivi le même chemin que les miens, car un sourire pataud trône maintenant sur son visage.

— Désolé, dit-il d'un air contrit, je n'aurais pas du rire, mais…

— Mais, j'étais ridicule ? dis-je en lui coupant la parole.

— Euh…

— Vous pouvez le dire, je le sais. C'est juste que vous… enfin…

De nouveau, je sèche sur mes mots. Qu'est-ce que je suis censé dire dans cette situation ? "Vous n'auriez pas joué dans un film ?" ou encore "On vous a déjà dit que vous ressembliez vachement à un acteur connu ?". Non, dans les deux cas, j'aurai l'air encore plus ridicule. Soit, c'est vraiment lui, et alors il doit en avoir marre d'être reconnu à tout bout de champ. Soit, c'est un sosie parfait, et dans ce cas-là, j'aurais l'air idiote.

Et, évidemment, dernière théorie : je suis définitivement dans le coma, ou pire encore, et tout cela n'est pas réel. Dans un sens, si c'est ça, au moins je n'ai pas à avoir peur d'être ridicule.

— Je vais vous laisser.

Il amorce un mouvement de recul, tout en parlant.

— Oui. Euh… Non ! Attendez, vous… Eh bien, vous pouvez rester si vous voulez, le compartiment est assez grand pour deux, vous savez.

Mon Dieu, c'est possible de choisir l'option "mourir" maintenant ? Non, car vraiment, j'ai l'air tellement stupide ! Je me sens comme l'une de ces midinettes écœurantes dans les comédies romantiques qui passent tous les week-ends à la télé. Beurk…

— Merci.

Cette fois, son sourire est simplement courtois et il prend place, avec moi, dans la cabine. Du coup, me voici assise de nouveau, et je ne suis pas plus avancé qu'auparavant. En fait, je suis même encore plus perdu ! Ce n'est pas possible…

Et, maintenant, je ne me vois pas quitter le wagon, peu importe le prétexte. Et, je ne peux pas non plus lui demander à lui où se dirige le train. Dans tous les cas, je sens que le voyage va être long…

— Au fait, je peux vous demander votre nom ?

— Bien sûr. Je m'appelle Elena.

Là, j'hésite. Ça peut paraître con dans ma situation, mais est-ce que je dois vraiment lui demander son nom ? La politesse, et la logique, voudraient que oui, mais… Bon, aller, je me lance.

— Et vous ?

— Je m'appelle Rémus.

Ok… Là, c'est sûr, quelque chose ne va pas. Pourquoi CE nom-là en particulier ?! Pourquoi pas son véritable nom ?! Pourquoi se présente-t-il comme étant son personnage ? Je ne comprends pas…

Je vais pour répliquer, et aussi pour lui demander des explications, quand je sens que le train commence à ralentir. Aussi, avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, c'est lui qui reprend la parole.

— Vous devriez préparer vos affaires Elena, nous n'allons pas tarder à arriver.

À arriver ? D'accord, mais… où ?! Oh la la… Je sens que la journée va être très longue…