Le train finit par s'arrêter à la gare et je me sens fébrile tandis que j'essaye de me convaincre qu'il faut que je sorte de cette cabine.

Cette journée n'a aucun sens et j'ai peur de ce qui peut encore m'arriver. Pourtant, je suis dans une situation où l'on pourrait se dire "ça peut difficilement être pire", mais… On m'a toujours appris que dire ça, créer souvent des péripéties plus grandes encore. Alors, autant éviter de tenter le diable. Surtout que je pense que ce dernier c'est déjà, de toute façon, assez bien amusé avec moi. J'espère donc qu'il va trouver une autre âme à importuner maintenant.

Je fixe sans but, le siège maintenant vide, qui se trouve devant moi. Remus, même si j'ai vraiment beaucoup de mal à l'appeler ainsi, est sorti du wagon depuis quelques minutes déjà. Est-il possible que le sosie parfait de David Thewlis s'appelle Rémus ? Franchement, je n'y crois pas. Je veux bien accepter qu'il y ait des nombreuses preuves de hasard dans la vie, mais… Non, ici, cela va un peu trop loin. Mais alors, pourquoi s'être présenté sous le nom de son ancien personnage ? C'est incompréhensible…

Le train ne bouge toujours pas, j'avais pourtant espéré, dans un coin de ma tête, qu'il finirait par faire demi-tour pour me ramener à Londres. Mais il faut croire que je ne dois pas prendre mes rêves pour une réalité.

Cette fois, au moment de sortir de mon compartiment, je fais bien attention à ce qu'il n'y ait plus personne. Je n'ai pas envie de rentrer encore dans quelqu'un aujourd'hui. Mais de toute façon, l'endroit semble entièrement désert. Je dois être la seule à ne pas m'être précipitée en dehors du train, pour courir je ne sais où.

Une fois sur le quai, je me stoppe de nouveau. En regardant autour de moi, je ne peux nier que l'endroit m'est familier. Comme si j'étais déjà venu auparavant, alors que je suis sûre du contraire. La seule fois de ma vie où j'ai pris le train, c'était hier pour aller à Londres. Donc il est impossible que je sois déjà venu sur ce quai. Et ce n'est définitivement pas la capitale autour de moi, ni le petit patelin où j'ai passé toute ma vie jusqu'ici.

Puis, une pensée fugace prend possession de moi. Mais… c'est impossible. Pourtant, elle ne me quitte pas. Alors, sans attendre, je ferme les yeux brusquement, tout en retenant ma respiration, puis je fais un demi-tour sur moi-même. Je n'ai aucune idée de ce à quoi je dois m'attendre, une fois que j'aurais rouvert les yeux. Ou plutôt… Si, j'ai une très bonne idée de ce que je vais voir, mais je ne suis pas sûre d'y croire. Ou même de vouloir l'espérer…

Ne pouvant pas repousser le moment indéfiniment, je finis par regarder ce qui se trouve face à moi et… mon souffle se bloque de nouveau sans que je puisse m'en empêcher. Les larmes me montent aux yeux, tandis que j'essaie de comprendre comment cela est possible.

Juste devant moi, se trouve un magnifique train d'un rouge flamboyant et où il est écrit, en lettres noires : Poudlard Express.

C'est absolument impossible que ce soit vrai. Et je ne suis définitivement pas aux Studios Harry Potter, alors… Pourquoi ce train est-il ici ?

— Je savais que je vous trouverais ici.

Le souffle tremblant, je me retourne doucement vers la personne qui vient d'arriver sur le quai. Je me retrouve face à un homme d'un certain âge déjà, qui porte une très longue robe de sorcier assez pâle, caché en grande partie par sa barbe blanche qui touche presque le sol. Il est aussi difficile de ne pas remarquer le chapeau pointu ou encore les lunettes en demi-lune qui ornent son visage. Même sans être une fan hardcore de la licence, j'aurais reconnu Dumbledore sans aucun problème. Tout ce qui rend le personnage iconique est présent, même son air mystérieux qui le rend si difficile à déchiffrer.

— Je…

— Vous devez être sous le choc, je le conçois bien mademoiselle Maur.

— Vous… commençais-je en bégayant. Vous savez qui… qui je suis ?

— Évidemment.

Cette fois, il me fait un clin d'œil et, j'en suis sûre, rien de tout cela n'est réel. C'est totalement impossible que je sois face à Dumbledore, ou Michael Gambon. Peu importe, dans tous les cas, c'est totalement irréaliste. Et le fait qu'il semble me connaître le prouve. Donc ma théorie sur mon coma, ou ma mort certaine, devient de plus en plus plausible…

— Détendez-vous mademoiselle Maur, vous êtes en très bonne santé. Mais vous devez sûrement vous demander comment vous êtes arrivé jusqu'ici.

Est-ce que cela vaut vraiment le coup que je lui réponde ? Pff… Je ne suis plus à ça prêt.

— Et… c'est où au juste, ici ? dis-je en regardant autour de moi.

— Oh, je suis sûr que vous avez déjà une petite idée de la réponse.

Pour le coup, je ne peux pas retenir mon éclat de rire. Sans surprise, il ne me rejoint pas dans mon hilarité, au contraire, il reste stoïque, et semble même attendre que je lui réponde. Il continue de me fixer pendant de longues secondes, tout en restant bien droit et en gardant ses mains croisées devant lui.

— Évidemment, dis-je en continuant à rire, on est à Poudlard, comment pourrait-il en être autrement ?

Je n'hésite pas à lever les yeux au ciel, face à ma réplique totalement stupide. Car… cela l'est, n'est-ce pas ? On ne peut pas, véritablement, être à Poudlard ! L'endroit n'existe que dans les livres, les films ou alors en maquette dans les différents Studios lié à la licence.

De son côté, Dumbledore esquisse juste l'ombre d'un sourire, rendant la situation encore plus incompréhensible. Est-ce qu'il se moque gentiment de ma réponse, ou veut-il me faire comprendre que, si, c'est possible ? Au lieu de me dire quoi que ce soit, il se retourne et commence à avancer, tout en m'invitant à le suivre.

Pendant un moment, j'hésite. Mais je finis par aller avec lui. Qu'est-ce que je risque de toute façon, soit c'est un rêve complètement loufoque, soit je suis déjà morte. Ou alors, je suis tombé dans une secte. Aie, là, par contre, je risque beaucoup. Tant pis, qu'à cela ne tienne, je peux difficilement faire machine arrière. Cela se confirme d'autant plus quand, au bout de quelques pas, j'entends le train démarrer.

Je n'ai plus aucune chance de faire demi-tour maintenant…