Je me trouve maintenant devant l'escalier qui va me mener au bureau de Dumbledore.
Le buffet était délicieux, même si j'ai fait de mon mieux pour ne me mêler à personne. Tout cela est toujours trop… bizarre, à mes yeux. Dès que j'avais le malheur de vouloir parler à quelqu'un, je me retrouvais face à un visage connu. Sauf que… logiquement, ces visages, je les vois dans ma télévision ou sur mon ordinateur, pas en vrai. Les seules fois où s'est déjà arrivé, c'était lors de conventions où j'avais eu la chance de pouvoir parler à quelques acteurs de la franchise, mais… ce n'était jamais dans ce décor-là, ni dans ces tenues si particulières, ni… dans de telles conditions totalement inexplicables !
C'est pourquoi je n'ai pas attendu avant de venir jusqu'ici. Dès que les premiers élèves ont commencé à quitter le banquet, j'ai fait de même. J'ai besoin d'avoir des réponses. Je sais déjà que je ne dors pas, la douleur est bien trop présente dans mon bras pour ça. Et je doute vraiment que le paradis, ou l'enfer, ressemble à Poudlard. Même si ça serait une idée intéressante. Dans tous les cas, je doute d'être morte. Alors… que me reste-t-il comme option au juste ?
Pour le savoir, il va me falloir monter quelques marches. Chose que je fais de suite.
Une fois en haut de la tour, je remarque, avec tout autant d'étonnement, que l'endroit est exactement comme dans les films. Certains des nombreux portraits au mur, représentant les anciens directeurs de l'école, me saluent. Je remarque aussi le choixpeau, et face à moi se trouve Fumseck, le magnifique phénix de Dumbledore.
— Déjà là, mademoiselle Maur ?
— Oui. Je veux comprendre ce que je fais ici, dis-je sans attendre et en masquant au mieux le sursaut que j'ai eu en l'entendant parler dans mon dos. Que se passe-t-il au juste ? Et…
— Doucement, une question à la fois.
Dommage, c'est la première fois, depuis mon réveil dans le train, que j'arrive à aligner une phrase aussi longue sans le moindre problème. Il faut croire que le fait d'avoir bientôt des réponses me motive.
— Pour commencer, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, il y a au Ministère de la Magie une prophétie à votre nom. Il était dit qu'une étrangère à notre monde, viendrait cette année, le jour de la rentrée.
— Une étrangère à… votre monde ?
D'accord, je voulais des réponses, mais… je suis censé comprendre ce que cela veut dire ?
— Si je ne m'abuse, vous avez dû être touché par une formule ou une potion très ancienne, qui a été oubliée avec le temps. Avez-vous fait un vœu par hasard ?
Le passage dans la gare, et notamment le vendeur ambulant, me revient en mémoire. Ça ne peut quand même pas être ça… Si ?
— Je vois que vous avez trouvé quelque chose dans votre mémoire.
— Oui, mais… Ce n'était qu'une farce. Enfin, plutôt, un concept pour vendre sa marchandise. Pas… pas quelque chose de… réel.
Le dernier mot n'est qu'un murmure, mais je vois à son regard qu'il a très bien entendu ce que j'ai dit.
— Et pourtant vous voilà ici.
Sans demander la permission, je m'assois sur le siège le plus proche. Ça serait… mon vœu qui m'aurait amené… ici ?
— La prophétie disait aussi que vous connaîtriez notre monde, même si vous n'en étiez pas native.
Ça coïncide beaucoup trop à mon goût… Après, "connaître" s'est vite dit. Oui, la plupart des gens présents dans ce château sont des têtes connus à mes yeux, mais… Dans les livres, et dans les films, leur scolarité s'arrête au bout de sept ans, à la fin de l'histoire. Et, même si l'épilogue et la pièce de théâtre, nous permettent d'en voir un petit peu plus, il n'en reste pas moins que tous ceux présents ici aujourd'hui, ne devraient pas être là. Car, je suis sûre d'une chose, ceux que j'ai réussi à reconnaître ont le même âge que moi. Pour dire vrai… ils ne devraient donc plus être à l'école…
— Vous semblez vous poser beaucoup de questions. Peut-être pourrais-je vous aider ?
Il me faut quelques secondes pour trier mes pensées, mais au final je décide simplement de lui dire ce que je sais de ce monde. Que tout cela est tiré d'un livre, qu'il y a aussi eu des films derrière, et même plus encore. Je continue en lui expliquant que, dans cet univers que je connais et dont je suis fan, les élèves quittent l'école au bout de la septième année, une fois qu'ils ont passé leurs ASPIC.
— Je vois. Notre fonctionnement est très proche de celui que vous connaissez. Tout ce que vous avez dit est vrai, mais simplement nous proposons un cursus scolaire plus long. Pour ceux qui voudraient approfondir leur connaissance avant de découvrir le monde extérieur à travers un travail quelconque. Évidemment, cela n'a rien d'obligatoire.
— Comme… une université ?
— C'est en effet le terme moldu qui s'en rapproche le plus.
Bon, imaginons que ce soit la vérité. Une autre question me taraud.
— Je… Non, oubliez.
— Ne vous retenez pas, parlez. Posez-moi votre question.
J'hésite encore un instant, avant d'oser lui dire ce qui me pèse depuis que j'ai commencé à comprendre que tout cela pouvait être vrai.
— Voilà, j'ai évité de trop le faire, mais en regardant la Grande Salle dans son ensemble, j'ai vu certaines personnes qui… Eh bien… euh…
Je me mords doucement la lèvre inférieure. Une mauvaise habitude que j'ai quand je suis stressé.
— Qui était mort ? finit-il à ma place.
Je hoche doucement la tête, le regard triste. L'histoire de la saga a beau avoir été écrite pour un public assez jeune, il y a des moments très forts en émotion, et c'est fou de me dire que je n'arrive même pas à en parler encore aujourd'hui. Il faut dire que certaines morts m'ont vraiment beaucoup marqué, et pas en bien…
— Je suppose que c'est logique. L'univers que vous connaissez n'est pas le nôtre, alors beaucoup de choses doivent être différentes. Même si la base est la même, chaque univers à ses propres changements.
Évidemment ses propres… Attends… Chaque univers ?! Il y en a combien au juste ?!
— Je… Je n'ai pas envie de penser à tout ça. Et, est-ce qu'il y a un moyen de me ramener chez moi ? Dans mon… monde ?
J'espère que c'est le bon mot à dire dans cette situation.
Il semble étonné de ma demande, malgré tout il conçoit à me répondre.
— Vous voulez partir ?
— Bien sûr. J'ai une vie, des amis, une famille et un co… Et beaucoup d'autres personnes encore qui vont s'inquiéter si je disparais du jour au lendemain.
— Certes, mais est-ce vraiment ce que vous voulez, au fond de vous ?
Je vais pour lui répondre oui, de nouveau, mais cette fois j'en suis incapable. Oui, j'ai envie de rentrer, je ne peux pas simplement envoyer balader ma vie d'un simple revers de la main, car un croissant magique m'a envoyé dans un autre univers, ou je ne sais pas trop quoi. Mais en même temps, je suis en train de vivre le rêve de tellement de gens, dont moi. Je suis à Poudlard, et ce n'est pas rien !
— Vous avez le temps d'y réfléchir après tout. Surtout que je ne sais pas comment vous renvoyer chez vous pour le moment.
Pause. Dumbledore ne sait pas faire quelque chose ? Ok… Là, je suis mal… C'est foutu pour moi…
Tandis que j'essaye d'assimiler cette nouvelle, quelqu'un ouvre la porte derrière moi. Dumbledore sourit, visiblement ravie d'avoir de la visite, tandis que je me retourne doucement pour voir qui est la personne qui vient d'arriver.
— Severus, mon ami, entrez. Je vous présente Elena Maur, notre nouvelle élève.
— Oui. Elle a fait une entrée… remarquée.
Ses yeux perçants ne me quittent pas et je ne peux m'empêcher de me dire que je suis la personne la plus chanceuse au monde. Je suis face à Severus Rogue ! C'est… fou. En fait, ce mot pourrait résumer tout ce que j'ai vécu aujourd'hui.
— Rappelez-vous Severus, je vous avais parlé de son arrivée imminente.
— La prophétie que vous aviez évoquée ? C'est elle ?
De nouveau son regard se pose sur moi et cette fois il est extrêmement curieux, je le sens. Il y a aussi autre chose dans son regard et je pense deviner de quoi il s'agit. Severus est loin d'avoir un bon rapport avec les prophéties, alors il ne doit pas voir mon arrivée d'un bon oeil. Peut-être que, d'une certaine manière, cela lui fait penser à Lily…
Je ne peux supporter son regard plus longtemps, aussi je me rassois face à Dumbledore pour reprendre contenance.
— Severus, vous pourriez lui montrer le chemin jusqu'aux dortoirs des Serpentard ? Je pense que mademoiselle Maur aurait besoin de se reposer un peu. La journée a été longue pour elle et éreintante.
Quoi ? Non ! J'avais encore des questions moi !
— Mais…
— Ne vous en fait pas, mademoiselle Maur, je me ferais un plaisir de répondre à vos questions, mais plus tard. Allez-vous reposer, après tout, dès demain, vous allez suivre les cours avec tous les autres élèves de cette école.
C'est une blague ?! Je vais aller en cours ? Comme… des cours de fac dans une école de magie, alors que j'ai sauté le collège ainsi que le lycée et que je n'ai AUCUN pouvoir magique ?! C'est une blague… ?!
