— Merci d'être resté, je voulais simplement m'assurer que vous commenciez à trouver vos marques ici.

Oh… mon… Dieu ! Remus Lupin s'inquiète pour moi ! Je ne suis pas sûre que mon coeur puisse s'en remettre un jour.

— Oui, enfin, je fais de mon mieux.

— Je n'en doute pas. Le professeur Dumbledore m'a parlé de la façon dont vous êtes arrivé ici. Je comprends un peu mieux vos réactions dans le train.

— Oui… Quand j'étais entièrement ridicule.

Je ris doucement, mais cette fois le coeur n'y est pas. Il doit le sentir, car il me tapote doucement l'épaule.

— Je comprends, la situation a dû vous sembler assez folle, non ?

— C'est le cas de le dire.

Et, je suis toujours dans cet état d'esprit, d'ailleurs. Même si je fais de mon mieux pour le cacher, rien que le fait d'être à Poudlard, pas une réplique, mais le vrai château, ça reste dingue ! Et je ne parle même pas des gens que je croise à chaque instant !

— Si vous avez la moindre question, n'hésitez pas surtout. Moi, et tous les autres professeurs d'ailleurs, sommes là pour vous aider. Même si je vois que vous avez déjà réussi à bien vous intégrer.

Il jette un regard par-dessus mon épaule, et sans pouvoir me retenir je me retourne pour voir à mon tour. Dans le couloir, appuyé négligemment contre le mur, Draco et Blaise ne me quitte pas du regard.

— Oui, ils sont gentils avec moi. Dans un sens, ils m'ont un peu pris sous leurs ailes.

Je me retourne ensuite vers Remus, et alors qu'il continue à me parler pendant quelques minutes, je finis par sentir mes yeux se remplir de larmes. Je suis très mauvaise pour cacher mes émotions et là, je pense que j'ai atteint ma limite.

— Excusez-moi.

J'essuie au mieux mes larmes, mais elles ne s'arrêtent pas de couler. Je me sens ridicule, mais c'est comme si j'étais en train de me perdre dans le torrent de mes émotions.

— Tenez.

Il me tend un mouchoir et je l'accepte avec plaisir.

— Vous voulez en parler ?

Je me doute qu'il veut juste être gentil et savoir pourquoi je pleure, mais de nouveau j'hésite. Ça serait si étrange de lui dire et pourtant, je n'arrive pas à m'en empêcher.

— Vous savez que… eh bien, de là d'où je viens, tout ça, dis-je en montrant tout ce qui nous entoure, c'est censé être tiré d'un livre.

— Oui, Dumbledore m'en a parlé.

Je hoche la tête, me doutant que c'était ce qu'il allait me répondre. Je vais pour continuer mon explication, mais ma voix se bloque dans ma gorge. C'est encore plus difficile que ce que j'aurais cru.

— Vous… J'étais très fan de votre personnage. Vous étiez si gentil, prévenant avec Harry et j'ai toujours adoré vos cours. D'ailleurs, vous êtes toujours avec Tonks ?

Je ne sais pas vraiment si j'essaye de changer de sujet ou si je veux simplement me rassurer sur le sort de la métamorphomage.

— Oui, en effet nous sommes toujours mariés. Et je doute que ça change un jour.

— Bien, ça fait plaisir à entendre. Et je suis sûre que vous êtes des parents formidables ! Et ce, peu importe ce que vous pouviez en dire au début.

Il sourit doucement, tout en me jetant un regard qui me montre qu'il a compris à quoi je faisais référence.

— Je l'espère en tout cas.

Un court moment de flottement a lieu, avant qu'il ne reprenne la parole.

— Dans l'histoire que vous connaissez, je ne survis pas, c'est bien cela ?

Je retiens mon souffle devant sa question, tandis que mes yeux se remplissent de larmes à nouveau. Ce n'était pas bien compliqué à deviner je suppose, mais ça me fait mal au coeur de l'entendre quand même.

— Non…

— Et Tonks ?

Je hoche négativement la tête et cette fois, lui aussi commence à être mal. L'idée de sa propre mort ne semble pas lui faire grand-chose, mais le fait que celle qu'il aime meurt, lui est insupportable.

— Et…

— Ted survit. C'est la mère de Tonks qui l'élève, avec l'aide d'Harry d'ailleurs.

Cette fois, son sourire est resplendissant.

— Mais, pour dire la vérité, je préfère cette version-ci. Celle où vous restez vivant.

Il acquiesce doucement, ne voyant sûrement pas quoi rajouter d'autres à cela. Puis, sans pouvoir me retenir de nouveau, j'explose de larmes en reprenant la parole.

— C'est dur… Je vois quasiment tout le temps, quelqu'un que je croyais mort, rire à une blague, mangé dans la Grande Salle ou… ou faire cours. Je ne pensais pas que je m'étais autant attaché à vous tous avant d'arriver ici. Pourtant… j'avais déjà bien pleuré alors qu'à mes yeux vous n'étiez que des personnages fictifs, mais… Vous voir tous ici, c'est dur car je ne cesse de me souvenir des mauvais moments… Je n'arrive pas à m'en empêcher…

Il me prend doucement dans ses bras, et comme moi avec Draco hier, il me caresse doucement le dos pour que je me calme. Mes larmes ne tarissent pourtant pas.

— Je me doute que ça doit être compliqué, mais peut-être que vous avez, aujourd'hui, l'occasion de changer tout ça, en de bons souvenirs.

Je relève la tête, m'écartant doucement de lui, pour pouvoir le regarder en face.

— Oui, je n'avais pas vu ça sous cet angle.

Pourtant, c'était assez logique. Il est vrai qu'ici, beaucoup semblent encore vivants. Alors, je pourrais tout faire pour me souvenir d'eux comme ça, quand je serais rentré chez moi.

À cette pensée, j'ai un pincement au coeur. C'est vrai… Il faudra bien que je rentre un jour. C'est plutôt comique, il y a quasiment quarante-huit heures, j'étais dans le bureau de Dumbledore, à lui dire haut et fort que je voulais rentrer chez moi. Et maintenant, cette idée ne me semble plus si joyeuse que ça.

— Je suis désolé professeur Lupin, je n'aurais pas dû… enfin…

— Ne vous excusez pas d'avoir du coeur. Et n'hésitez pas à revenir me voir si vous avez à nouveau besoin de parler. Ma porte vous sera toujours ouverte.

— Merci beaucoup. Je… Je ferais mieux d'y aller.

— Oui, vous devez sûrement avoir faim. Et puis, cela empêchera vos amis de rentrer en trombe dans ma salle de classe pour s'assurer que je ne vous ai pas fait de mal.

Je rigole doucement à sa plaisanterie. Puis, quand je me retourne, je remarque les mines renfrognées de Draco et de Blaise et je me dis que Remus n'a peut-être pas vraiment exagéré.

— Oh et, tenez, ça devrait vous faire du bien, même si ce n'est pas l'idéal avant d'aller déjeuner.

Il me tend un morceau de chocolat et je ne peux que sourire à cette vision.

— Vous avez vraiment toujours du chocolat sur vous ?

— On ne sait jamais quand on peut en avoir besoin, me dit-il en me faisant un clin d'oeil.

Après un dernier au revoir auprès de Remus, et une fois que j'ai eu croqué le morceau de chocolat qu'il m'a tendu, je rejoins mes deux amis dans le couloir.