Chapitre 26: À Malin, Malin et Demi.

Bonjour à tous,

Avant-dernier chapitre de Désir et Jalousie. Oui je pense réellement que ce sera l'avant-dernier chapitre si tout se passe comme prévu :)
Ce chapitre est long, comme d'habitude au final.
Le dernier chapitre arrivera rapidement je l'ai presque écrit entièrement, du moins la trame… et un peu de texte… si si je le jure…
ça me fait quand même bizarre de finir cette histoire, bon il reste un chapitre mais il va vraiment arriver vite…
ça me rend un peu triste…

Bonne lecture à tous, n'hésitez pas à commenter!

Musiques:
Oops… I did it again (version Grey's Anatomy).
Injection (Hans Zimmer).


Chapitre 26: À Malin, Malin et Demi.

Au bout d'un quart d'heure, Albus ouvrit les yeux. Il eut l'impression d'avoir dormi des heures. Une douce somnolence engourdissait ses membres. Les draps avaient été tirés sur leurs corps et il se tourna. Deux perles grises le regardaient. Scorpius le fixait, le visage serein mais absent.
- Hé, souffla Albus, encore endormi, ça va?
- Hum.
Scorpius lui sourit puis porta son regard sur le plafond. Il faisait glisser les ongles de sa main gauche sur sa poitrine, pensif, la respiration profonde. Inquiet, Albus s'approcha et posa les lèvres sur son épaule. Sa peau était brûlante.

- Tu es sûr?
Il craignait que Scorpius ne regrette le sexe, mais celui-ci acquiesça sans le regarder, tapotant son torse de son index.

« J'ai l'esprit clair en fait. Je réfléchissais. » Sa voix était roque et Albus savait que les cris et gémissements en étaient la cause. Cela l'excita à nouveau.
« Je crois qu'il a réalisé mon pire cauchemar. Et je n'en suis jamais sorti. »
Albus fronça les sourcils, perdu.
- De qui parles-tu?
- William.
Albus sentit la colère montait en lui avant même qu'il n'en connaisse la cause. La fureur l'envahissait par goulets brulantes, inconnue et puissante. La mémoire lui revint. Ce nom, c'était celui qu'il avait entendu dans la pensine. Le prénom du professeur.
- William comment? demanda-t-il avec toute la légèreté qu'il pensait capable de feindre à l'instant.
Scorpius sourit doucement et se tourna vers lui.
- Tu me prends pour un imbécile?
Il se redressa doucement, laissant le drap glisser jusqu'à ses hanches. Albus resta allongé et fit glisser ses doigts le long de son dos et la colonne d'os bien trop apparente. Malfoy releva ses genoux vers son torse et les entoura de ses bras.

« Il est trop joli pour son bien ». Sa voix douce se perdait. Il semblait parler au vide. « C'est ce que disait mon grand-père quand j'étais enfant. « Trop joli pour son bien, il attire trop de regards et n'a pas les muscles pour se défendre. » Ma mère disait que je n'étais pas défini: trop fragile, je demandais trop d'attention, un garçon trop frêle ». Albus se redressa à son tour et approcha pour passer ses bras autour de lui. Et Scorpius poursuivit. « Je l'ai entendu dire à ma tante qu'on abandonnait les enfants chétifs comme moi dans d'autres temps. Je croyais que c'était une légende. Et puis j'ai appris que non. Ceux qui ne pourraient surement pas survivre, les Sang-purs les laissaient en forêt, livrés à la faim et aux bêtes. C'était courant de se débarrasser de ses enfants quand ils étaient déshonorants: les cracmols, les attardés, les fragiles… et dans un système où la consanguinité était chose commune, ils étaient nombreux ces enfants… Et c'est ce qu'elle aurait voulu pour moi. Mais comme l'accouchement s'était mal passé, elle ne pouvait avoir que moi. Elle devait s'en contenter. » Ses yeux ne cillaient pas. Il ne pleurait pas. Comme si ces propres paroles ne l'affectaient pas alors qu'elles provoquaient des ondées électriques dans la poitrine d'Albus. « Elle l'a dit il y a longtemps, elle était amère. Je ne sais même pas si elle le pensait réellement. Mais je l'ai entendu. » Il eut un demi-sourire, désabusé et triste. « C'est ainsi que l'on m'a décrit depuis mon enfance: joli, indéfini, fragile. Mon corps m'affichait comme faible et c'est ainsi que le monde me percevait. Même Dorian me serrait et m'embrassait trop quand on était petit. J'y étais habitué et pourtant j'ai été soulagé quand il a arrêté. Il me serrait comme une petite chose fragile. C'est moi qui l'ai trouvé dans cette ruelle. Je l'avais sauvé, et pourtant je restais le faible. »

Il se retourna brusquement, emprisonnant les épaules d'Albus de ses bras, serrant leurs torses l'un contre l'autre. Sa joue caressait celle du garçon et il le serra plus fort. Potter se rendit compte qu'il tremblait. « C'est pour cela qu'il a réalisé mon pire cauchemar. Ce n'était pas les caresses, sa bouche sur moi ou le sexe. C'était la prison de mon propre corps. Il m'a piégé dans ce corps, il a figé mon regard, et il a retiré ma voix. Une carcasse vide. Un objet indéfini, impuissant, inutile. Sans voix pour appeler à l'aide, pour dire que j'avais mal, que je crevais de peur. De l,à j'ai perdu pied. Je n'avais plus confiance, ni en moi-même ni en d'autres. C'est difficile d'avancer quand on déteste sa propre peau. » Sa voix devint un murmure. « Depuis ce jour, j'ai arrêté de crier. J'ai arrêté d'appeler à l'aide. Je n'ai plus retrouvé ma voix… et je suis toujours paralysé. »

Albus imprima ses doigts dans sa peau et le serra plus fort encore. Il ne savait quoi dire pour le rassurer. Il avait attendu tellement longtemps que Scorpius lui parle et maintenant qu'il le faisait, il était démuni. C'est lui qui se sentait inutile, accroché à ce corps tremblant sans trouver les mots pour le soulager, pour le soigner.

On frappa à la porte et les deux garçons sursautèrent. Scorpius échappa à ses bras. Il avait retrouvé son air impassible et il était à nouveau de glace. Albus sauta du lit et enfila son pantalon et un t-shirt et fit signe à Malfoy de faire de même, avant d'entrebâiller la porte. Il aperçut son frère, il en fut presque soulager et ouvrit la porte.

- Qu'est-ce que tu veux?
- P'pa veut que vous descendiez, il doit emmener Scorpius à Sainte Mangouste. Malfoy ne peut pas venir le chercher apparemment.
- Maintenant? demanda Scorpius qui apparut soudain au côté du garçon. Le visage de James s'assombrit. Il passa son regard de l'un à l'autre, comme s'il essayait de résoudre une énigme intérieure, et il jeta un coup d'oeil derrière eux. La chambre devait sentir le musc et la transpiration. Le lit était défait. Ses yeux revinrent sur eux, durs.

« Oui, maintenant. »

Scorpius s'empressa de remplir son sac des quelques vêtements qui trainaient dans la chambre. Albus prit la fiole de lubrifiant qui était tombé au sol et ignora le regard que lui lança James, sourcil levé, quand il passa à côté de lui dans le couloir pour rapporter la fiole dans la chambre de ses parents.
Scorpius entendit James rentrer dans la chambre mais n'y prêta pas attention, occuper à appliquer fortement son genou sur le sac pour faire glisser la fermeture.

- Alors? Comment c'était?

Scorpius se figea et se tourna doucement. Potter le jaugeait, impassible.
- Je vais oublier que tu as posé cette question.
Il recommence à s'acharner sur la fermeture, ignorant superbement le garçon.

James passa la langue sur ses lèvres, et il s'approcha doucement de Scorpius. Le garçon eut presque l'impression qu'il humait ses cheveux ou sa peau. Il voulut se tourner à nouveau pour lui demander de foutre le camps, quand il sentit les bras de James s'enrouler autour de sa taille et son front se coller à sa nuque alors qu'il le plaquait doucement contre lui, avec une telle tendresse que Scorpius se sentit paralysé.

- C'est vrai, c'était vulgaire, et malvenu, » souffla James dans son dos. Ses lèvres glissèrent l'espace d'une seconde sur sa gorge. « Je suis juste jaloux. »

L'étreinte s'arrêta aussi vite qu'elle avait commencé, James le relâcha. Scorpius se tourna et il la vit, cette lueur de tristesse et de folie, qui rendait les yeux de James plus brillants et troubles. Une douleur lancinante qui se reflétait dans ses pupilles, qui grandissaient encore et rendaient son regard noir.

« ça va passer. »

Sa voix était infiniment douce, presque mélancolique. D'une main ferme, il poussa Scorpius sur le côté et ferma le sac avant d'en attraper la anse et de la mettre sur son épaule.

- T'as rien oublié?

Scorpius hocha la tête, muet et il suivit James qui sortait de la chambre. Alors qu'il rentrait dans le couloir, il fut surpris de sa propre perception, de sa sensation de réel. La perception de sa propre présence. Pour la premier fois, il se sentait vivant, et non un fantôme qui bougeait d'un lieu à un autre. Le bois de la rambarde sous sa main lui semblait étrangement concret et il resserra ses doigts autour d'elle. Il guérissait. Tout doucement, de manière imperceptible, il était sorti du brouillard. Il se demanda quand cela était arrivé. Etait-ce parce qu'il avait parlé? Poser des mots sur ses blessures, et accepter l'existence dans lesquelles elles s'inscrivaient? Une main se glissait dans ses cheveux. Albus se tenait à côté de lui, le regard tendre et à son tour il lui sourit.

En bas des escaliers, Harry Potter les attendait. Il portait un blouson de cuir épais doublé en fourrure, des clés à la main.

- Prêt à partir? demanda-t-il. Je te laisse dire au revoir, tu nous rejoins à la voiture.

Scorpius fut d'abord surpris de savoir qu'il irait à Sainte Mangouste en voiture, mais après tout l'hôpital se trouvait au centre de Londres et était accessible par la route moldue. Les adieux furent très courts, Scorpius chercha Ginny Weasley pour la remercier de son accueil, puis Rose qui lui glissa doucement à l'oreille de dire à Dorian qu'elle pensait à lui. Il ne s'attarda pas auprès d'autres convives même s'il accorda un sourire timide à Evan quand celui-ci lui fit un clin d'oeil. Le froid le gifla quand il ouvrit la porte d'entrée et il resserra sa veste autour de lui sans la fermer avant de rejoindre les trois hommes qui l'attendaient. Si la maison des Potter n'avaient aucune prétention, leur voiture rappelait que leur famille était plus qu'aisée. Il ne saurait dire la marque, mais le bolide était imposant et Harry Potter semblait en prendre grand soin. Une faiblesse dans la vie humble du Sauveur.
- Je vais devant, déclara James à son frère en se laissant tomber sur le siège avant. Quand leurs yeux se croisèrent, il n'y avait aucune hostilité, peut-être une appréhension, le malaise quand on se sait pas comment agir face à un autre. Mais la colère avait disparu.

- Pourquoi il vient avec nous? glissa Scorpius en ouvrant la porte arrière.
- Il profite du trajet pour déposer une demande d'internat pour les vacances d'été, répondit Albus en fronçant le nez.
Installés sur les sièges de cuir, Albus prit la main de Scorpius et entremêla leurs doigts. C'est à ce moment que Scorpius se rappeler qu'Albus ne faisait que l'accompagner et qu'ils allaient se quitter. L'idée lui fit mal. Il ne se pensait pas aussi sensible, et il essaya de repousser cette sensation. Quelle sensiblerie! Mais il serra la main d'Albus un peu plus fort. Il leur fallu moins d'une demi-heure pour atteindre le centre de Londres, la voiture enchantée et invisible passer entre les files d'automobiles comme une moto, sans que les moldus ne se doutent de quoique ce soit.
Ils arrivèrent devant le magasin Purge&Pionce qui dissimulait l'hôpital et Harry gara la voiture sur le parking de la boutique.
Dès qu'ils eurent parlé à l'un des mannequins, la porte magique révéla l'entrée de Sainte Mangouste. Une odeur camphré embaumait les lieux, mêlé aux souffles des malades et aux potions malodorantes.
- Je déteste les hôpitaux, grinça Albus, en réprimant un frisson.
A ses côtés Scorpius ne faisait pas bonne figure.

- Pareil.
- Je n'en raffole pas non plus, dit Harry, qui même adulte passait beaucoup trop de temps dans ses couloirs, en tant que patient ou en tant que visiteurs. Regardez James, il a les yeux plus brillants qu'un jour de match de Quidditch.
A son nom, le garçon se tourna vers eux.
- Home Sweet Home, sourit-il.
Un brancard passa devant eux, la patient avait le visage bandé, sa main et son bras étaient lacérés, une odeur de pourriture s'élevait de son corps et ses vêtements tachés de sang sentaient l'urine.
- Je ne sais pas comment tu peux aimer cet endroit, grimaça Albus, alors que Scorpius porta la main à sa bouche, retenant des hauts-le-coeur.
- Tu nous emmène dans le centre de traumatologie James? demanda Harry.
James réfléchit un instant, indiqua un couloir.
- Quand il est sorti du coma, ils ont dû le garder en salle de réveil. C'est par là.
Scorpius sentit son coeur perdre un battement et il s'arrêta au milieu du couloir, lâchant la main d'Albus.
- Dorian était dans le coma?
Harry ouvrit la bouche et la ferma, soucieux.
- Ton père ne t'a rien dit du tout? finit-il par dire.
- Non rien!
- Son père l'a poussé dans l'escalier, expliqua James, sa tête s'est cognée aux marches. Son bras a arrêté sa chute mais ça l'a cassé, et…
- James! interrompit son père. ça suffit il vaut mieux que Dorian lui raconte.
Scorpius bouillonnait. Même James était au courant! Il se tourna vers Albus, l'oeil brillant.
- Tu savais?
- Je te jure que non! » Il semblait aussi sonné que lui. « Vous auriez dû nous le dire. Ou au moins à Scorpius. Rose aussi s'inquiète! ».
- Je pensais que son père l'avait mis au courant.
Scorpius secouait la tête, ivre de colère. Typique, c'était typique de son père de cacher les choses, de le protéger encore et encore, parce qu'il le croyait trop faible pour encaisser.
- On ne va pas en débattre au milieu du couloir. » Harry posa la main sur son épaule. « Je suis que Drago a agi au mieux pour toi Scorpius. Du moins c'est ce qu'il pensait. » Scorpius secoua la tête et repoussa sa main.

- Il faudrait qu'il arrête de me surprotéger. Je ne suis pas aussi fragile qu'il le pense! Et je n'ai pas besoin qu'on me couve.
Il les dépassa et suivit le couloir que James avait indiqué, sans les attendre. Il se sentait coupable d'avoir repousser Harry Potter comme il l'avait fait. Mais la colère était plus forte.
Il pensait s'être perdu quand il aperçut son père en conversation avec un guérisseur au milieu d'un couloir. Malfoy avait le visage fatigué et tendu, les cernes marquées. Quand il vit son fils, il interrompit sa conversation et vint à sa rencontre, les bras tendus.

- Tu aurais dû m'en parler! »
- Bonjour à toi aussi mon fils, soupira Drago, en baissant les bras. Il passa la main sur ses yeux. Il semblait épuisé, porté par ses nerfs.
- Tu m'as dit que tout allait bien! insista Scorpius, les poings serrés.
- Tout allait bien quand je t'ai parlé, il était sorti du coma et nous devions le garder réveiller pour qu'il ne replonge pas.
- Tu aurais dû me dire que c'était aussi grave.
- Je ne voulais pas t'inquiéter.

Du coin de l'oeil, Drago aperçut Harry et ils se saluèrent d'un hochement de tête, tous deux gênés.

- Alors tu as préféré me mentir pour me protéger!
- C'est pour moi que j'ai menti! » Scorpius se tut, sidéré et Drago poursuivit: « Je ne voulais pas avoir à gérer ta peur et la mienne. Il fallait que je reste concentrer sur Dorian. Ce n'est pas toi que je protégeais, c'était moi. »
Le garçon fut sur le point de répliquer, quand il aperçut Dorian dans l'encadrement de la porte, le torse, le bras et la jambe bandés, un côté du visage bleuté et boursoufflé, et Scorpius se sentit défaillir.
Malgré ses blessures évidentes, la garçon souriait, appuyé contre le chambranle.

- Sérieux mec, on entend que toi.

Scorpius sentit les larmes couler sur ses joues avant qu'il puisse les stopper et il plaqua la main sur sa bouche pour étouffer un sanglot.

- C'est si moche que ça? se moqua Nott, toujours amusé.
- Dorian, tu ne dois pas te lever! dit Malfoy en passant un bras autour de la taille du garçon pour le maintenir. « Ta jambe n'est pas guérie. »
Albus attrapa son bras et le passa au dessus de son épaule. Ils ramenèrent Dorian jusqu'à son lit et l'y allongèrent. Scorpius suivait doucement, les bras serrés autour de son propre corps. Nott gémit quand les draps frôlèrent les pansements sur son torse, Scorpius pleura encore plus fort.

- Oh pitié, et tu te demandes pourquoi ton père ne t'a pas prévenu! s'exclama Dorian.

Scorpius tenta de se calmer, ou au moins de contrôler les sursauts de ses épaules. Il essuya son nez de revers de sa manche. Albus passa la main dans son dos et l'approcha du lit.

- Bravo, un vrai petit dur, lui souffla-t-il avec un sourire.

Scorpius s'assit à côté de Dorian et lui prit la main. Il fit des cercles sur la peau avec son pouce, les yeux larmoyants.

- Et ben, il ne t'a pas raté, dit Albus en observant les marques sur son visage.
- Il n'a pas fait grand chose au final. Le grand escalier du manoir s'en est chargé.

Albus grimaça, observant la blessure sur le côté de la tête, c'est sans doute pour cela que Dorian était tombé dans le coma. La plaie était fermée maintenant mais elle restait impressionnante, partant de la tempe jusqu'au milieu du crâne, comme si le bord de la marche avait laissé une ligne horizontal sur tout le côté gauche de sa tête. Sous le choc,s il aurait pu se briser le cou.
Le visage de Dorian s'assombrit.

- Qu'est ce qu'il fait là? siffla-t-il en montrant James qui entrait dans la pièce suivi de son père.
- C'est cool, Dorian, souffla Scorpius en serrant sa main.
Dorian se tourna vers lui comme s'il était devenu fou.

- Il y'a rien de cool!
- Fais gaffe Nott, dit-James en approchant du lit. Vue ta tronche, si je te pète la mâchoire, personne ne verra la différence.
- Tu me menaces!
- On se calme! s'exclama Drago, surprit par l'hostilité entre les deux équipiers. Il lança un regard incrédule à Harry qui observait la scène en silence.
Scorpius se tourna vers Potter.
- Tu ne devais pas déposer une demande à l'administration de l'hôpital.
James croisa son regard et il comprit que Scorpius lui demandait de partir. Il acquiesça et sortit.
- Sérieux qu'est ce qu'il est venu faire ici? s'enquit Dorian en le regardant quitter la pièce.
Scorpius fit rouler sa langue dans sa joue, ses yeux évitaient ceux de Nott.
- Je crois qu'il s'inquiétait pour toi, dit doucement Albus, mal à l'aise.
- Je le crois aussi. Il est juste venu voir comment tu allais, dit Scorpius.
- J'en ai rien à foutre! Sérieux l'année prochaine si je suis Capitaine, il ne mettra pas un pied sur le terrain. Pas question qu'il soit dans mon équipe. » Il se rendit compte que Harry le regardait sans ciller et il rougit. « Désolé Monsieur Potter… »

Harry sourit et leva la main en signe d'apaisement. Il savait que la relation entre Scorpius et James était difficile. Il était normal qu'il en soit de même avec Dorian. Il ne s'attendait pas à autant de colère…

Albus approcha une chaise à côté de celle de Scorpius et s'assit alors que Dorian leur racontait ce qu'il s'était passé. Après quelques verres, Nott était devenu violent, reprochant à son fils de l'abandonner alors que son propre père allait mourir, qu'il allait se retrouver seul à cause d'un fils ingrat. Dorian l'avait laissé parler et c'est son indifférence qui avait tout déclenché. Théodore l'avait frappé et Dorian n'avait pas répliqué ce qui avait enragé l'homme déjà ivre et il l'avait poussé sans doser sa force. Il n'avait pas pu rattraper son fils à temps et celui-ci avait dévalé les escaliers, jusqu'à ce que son bras se coince dans la rambarde de fer et casse net, stoppant sa chute. Il s'était réveillé sur ce lit d'hôpital.

- Il est complètement fou, souffla Scorpius, secouant la tête.
- Le pire dans tout cela c'est qu'il ne l'a pas fait exprès » soupira Nott, « c'est un imbécile. »
- Un imbécile dangereux, soupira Harry. Tu peux faire une demande d'émancipation, tu en as l'âge.
- A quoi cela me servirait?
- Nott est ton tuteur légal. Drago m'a dit que tu ne voulais pas le dénoncer, c'est comme si rien ne s'était passé. Si ton père veut te réclamer et souhaite que tu rentres à la maison, il en a parfaitement le droit.
- Il peut le forcer à vivre chez lui? s'exclama Albus, outré.
- Evidemment. Si Dorian ne rapporte pas l'agression, du point de vue de la loi, Théodore n'a rien fait de mal.
- Il l'a poussé dans l'escalier! s'écria Scorpius. Ce n'est pas juste!
- Personne ne dit le contraire Scorpius.
- Il peut aussi se faire soigner, murmura Dorian, mais lui même semblait peu convaincu. Il regardait ses mains égratignés, et les doigts blancs de Scorpius accrochés à son poignet. Il se remémora l'effroi sur le visage de son père quand il tombait dans l'escalier et la main qu'il avait tendu vers lui sans parvenir à l'atteindre. Il cilla, inspira profondément.

- Alors c'était comment Noël? demanda-t-il à Scorpius, désireux de changer de sujet. Il fut surpris de voir Scorpius rougir et Albus pincer les lèvres en comprimant un sourire.

Intéressant… se dit Dorian.

Drago et Harry se retrouvèrent à la machine à café, murés dans le silence en commandant des boissons chaudes. L'un évitant de croiser le regard de l'autre. Ils avaient voulu laissé un peu d'espace aux adolescents mais le malaise était palpable. Jamais ils ne s'étaient retrouvés seuls, dans un moment de détente, ou entamer la conversation serait la chose la plus simple du monde. Mais pas pour eux, pas avec un passé épais et rugueux comme le leur. Ils attrapèrent leur café et se posèrent face à face sur un mange-debout, sans mot. Les minutes défilaient. Accablé par le silence, Drago craqua et se mit à rire.
- Quoi? demande Harry interloqué, serrant ses mains autour du carton de son café.
- De tous les gamins de Poudlard, il a fallu que mon fils s'entiche du tien!
Harry réfléchit un instant.
- Je ne pense pas que c'était un hasard. Albus a toujours été intrigué. Beaucoup d'histoires circulent sur notre compte.
Drago acquiesça, perdant doucement son sourire et Harry savait qu'il revivait des épisodes de leur propre enfance, essayant de garder l'innocence des moments sans les mêler à des images d'horreur. Il faisait de même, très souvent.
- Tout s'est bien passé? finit par demander Drago, soufflant sur le café, avant de le porter à ses lèvres.
Harry expira avant de répondre. La question était difficile. Au final, il n'en était pas certain.
- Oui, dans l'ensemble ça s'est bien passé.
Le silence s'installa à nouveau.
- D'accord, tenta Drago. Mais tu vas m'en dire plus ou…
Harry passa la main dans sa masse de cheveux, et se gratta l'arrière du crâne.

- J'en sais rien. Ils sont… ça va mieux. Enfin ça a l'air de rouler. Jusqu'à ce que ça craque à nouveau. Ils sont vraiment…
Il passa la langue sur ses lèvres, hésitant.

- Fusionnels? proposa Drago.
- Oui, et du coup leur relation est tantôt idyllique tantôt …

- Violente?
- Si tu sais déjà tout pourquoi tu me fais parler!
Malfoy haussa les épaules.
- ça me plait de te faire passer pour un idiot.
Harry grimaça.
- Qui est-ce que tu traites d'idiot?
Mais Malfoy ne l'écoutait pas, les yeux rivés sur l'autre bout du couloir.
- C'est une blague! murmura-t-il. Il laissa son café sur l'un des manges-debout et traversa le couloir.
Face à lui, un homme grand et maigre avançait dans le couloir, son manteau trop grand flottait autour de lui comme une cape. Quand il le reconnut, Harry étouffa un juron et prit la suite de Malfoy.

- Je viens voir mon fils, dit Théodore Nott, le visage émacié et blanc, les yeux rougis.
Malfoy secoua la tête, bloquant le passage.
- Il ne veut pas te voir.
- C'est mon fils, Drago, tu veux m'empêcher de voir mon fils?
Malfoy eut un rire sans joie, désabusé. Tout son corps semblait tendu.

Pendant des années je t'ai demandé de venir le voir, et tu l'as complètement ignorer. Même pendant qu'il était dans le coma, par ta faute, tu ne t'es pas présenté à son chevet. Et maintenant tu le réclames! T'as complètement merdé mon pauvre vieux. Il va demander à être émancipé. Et c'est tout ce que tu mérites.
Le pâleur verdâtre de son visage tourna au rouge cramoisi, maladif.

Je veux voir mon fils. Ecartes toi, Malfoy! Ou j'appelle la sécurité de l'hôpital.
Drago serra la mâchoire, et fit un pas de côté. Nott passa à côté de lui en tapant dans son épaule.
Harry se posta devant lui et lui attrapa le bras, l'obligeant à le regarder.

Si je vous entends juste hausser le ton, je vous embarque, vous m'avez compris?
La commissure de ses lèvres fines se releva en un demi sourire qui provoqua une sensation désagréable dans la colonne vertébrale de l'auror.

« Mais bien sûr Monsieur Potter. Je viens juste voir mon fils. »
A contre coeur, Harry le lâcha et Nott pénétra dans la chambre avant de fermer la porte derrière lui.

Albus stoppa au milieu de son récit du match des vacances, quand le père de Dorian entra dans la pièce et les regards se figèrent vers la porte d'entrée.
Nott admira un instant le tableau des trois amis, la tête légèrement inclinée et s'écarta de la porte.
- Bonjour. » Son regard passa d'Albus à Scorpius. « Je vais vous demander de sortir, j'aimerais m'entretenir avec mon fils.
- Pardon!? » En fraction de seconde, Scorpius était sur ses pieds, tremblant de rage. « Redis-moi ça espèce de pourriture!
- Scorpius, doucement, souffla Albus dans son dos. La lueur dans les yeux de Théodore l'inquiétait. Il n'était pas dans son état normal, un léger balancement l'animait à chacun de ses pas, la démarche mal assuré d'un verre de trop. Il se tourna vers Dorian et il comprit que le garçon avait la même sensation, les muscles tendus, les pupilles rétrécies.
- J'ai dit que je voulais parler avec mon fils, répéta Théodore en s'approchant, nonchalant. Et je vous demande de sortir de cette chambre.
- Ce n'est pas le moment, dit Dorian en se redressant sur le matelas et Scorpius se posta entre le lit et le père de Dorian.
- On ne te laissera pas seul avec lui, Nott.
Nott eut un sourire mauvais, jaugeant Scorpius de haut en bas. Il approcha doucement.
- Tu ne comprends pas grand chose Scorpius. Tu n'es pas de la famille. Tu n'es rien. » Ses mots glissaient comme du poison. « Tu es toléré dans cette chambre. Si tu peux voir Dorian c'est parce que je n'ai pas interdit les visites. Alors toi et ton petit-copain, dehors!
Scorpius sentit sa colère expirer par tous les pores de sa peau.
- C'est toi qui ne comprends rien. Si tu approches de ce lit Nott, je te jure que je te saigne.
Théodore dévisagea attentivement Scorpius, s'attardant sur chaque trait de son visage, comme s'il essayait de mettre les pièces d'un puzzle ensemble et y parvenait enfin en observant le garçon.
- C'est toi, grinça-t-il doucement, en faisant un pas en avant. C'est à cause de toi. C'est de ta faute si Dorian ne veut plus vivre avec moi.
Scorpius eut un rire mauvais et hautain.
- Non, Nott, s'il te veut plus vivre avec toi c'est parce que tu es fou à lier!
Théodore attrapa son bras, agrippant sa chair comme si ses doigts étaient des serres, et tira violemment, tordant le poignet. Scorpius griffa la main qui le tenait mais Nott semblait ne rien sentir, il le trainait vers le couloir, tirant si fort que les pieds de Scorpius glissaient sur le sol.
« Lâche-le! dit Dorian avant de crier quand il tomba du lit sur sa jambe blessée, rattrapé Albus qui accompagna sa chute vers le sol.
- Sors de cette chambre, tout de suite! hurlait Nott en tirant Malfoy qui lui assenait des coup de pieds.
Les cris alertèrent Drago et Harry qui ouvrirent la porte, suivis de deux aides-guérisseurs.
Avant même qu'Harry ait pu attraper le bras de Nott, Scorpius attrapa la seringue qui se trouvait sur le plateau à côté près de l'entrée et frappa, dans les bras, les mains, perçant la peau. L'aiguille se cassa et resta planter dans la chair du poignet.
Drago attrapa Scorpius par la taille et lui fit lâcher la seringue tandis que les guérisseurs accouraient vers Théodore, et déchiraient sa manche tachés de sang.

- Ne bougez pas, monsieur je vais vous retirer l'aiguille, dit l'un d'eux, mais Nott se débattait dans sa fureur.
« Appelez la sécurité, ces gens n'ont rien à faire dans cette chambre! » Il lança un regard noir à Malfoy « Je porte plainte, petit con! »
- Je t'avais dit que je te saignerai si tu approchais! » Les bras de son père l'entravaient, serrés autour de sa taille.
- Tais-toi Scorpius! intervint Harry, ça suffit!
Entendre Harry Potter le gronder eut l'effet d'un calmement sur Scorpius. Drago déserra son étreinte et aida Albus à remettre Dorian au lit.
Assis sur une chaise, Théodore laissait l'aide-guérisseur panser ses bras et mains, son oeil noir ne quittait pas Scorpius.
Le second aide-guérisseur réapparut suivi de deux hommes en uniforme, un petit râblé et un grand aux épaules larges. Le petit jaugea rapidement la situation et s'approcha de Drago.
- Monsieur Malfoy, nous allons emmener votre fils au bureau des aurors, vous pouvez l'accompagner.
- Vous plaisantez? s'insurgea Drago, « c'est hors de question! »
- Agression devant témoin, nous devons prendre sa déposition.
Le jeune officier aux épaules larges passa la main de sa ceinture et produisit une paire de menotte.
Albus sentit son estomac se nouer.
- Papa ne laisses pas faire! s'écria-t-il en voyant l'homme approcher de Malfoy qui reculait, le corps tendu comme un chat prêt à griffer.
- Vous n'allez pas lui mettre des menottes, c'est un gosse! intervint Dorian depuis son lit.
Harry Potter se posta à côté de l'officier qui avait une tête de plus que lui.
- Attendez, ce n'est pas nécessaire.
- Il a agressé un homme, Monsieur Potter, dit le jeune officier à l'uniforme impeccable, c'est la procédure.
- Je sais mon garçon mais si tu ne veux pas que je m'énerve tu vas ranger ces menottes, tout de suite! » L'officier hésita une seconde et céda devant le chef du département. « Merci, dit Harry sèchement. Il se tourna vers Scorpius et passa une main dans son dos.
« Je t'emmène. » Scorpius leva les yeux vers Harry et acquiesça doucement, puis lança un regard vers son père, démuni à ses côtés. Sur le lit Dorian se tenait la tête, déboussolé.
- On se voit très vite Dorian, dit Scorpius en se laissant emmener hors de la chambre. Et le garçon lui adressa un signe de la main, malgré son visage triste.
- Ne compte pas la dessus, s'écria Théodore, les deux bras bandés.
Harry se tourna vers lui.
- Tu viens avec nous, Nott!
- C'est moi la victime Potter!
- Justement, la déposition se fera au poste des aurors. Tu nous suis!
Albus leur emboita le pas, mais Harry le stoppa.
- Al, toi tu restes.
- Je veux venir avec vous!
- Impossible, tu ne seras pas autorisé dans le bureau, il vaut mieux que tu restes ici.
Absorbant le choc, Albus se tourna vers Scorpius.
- ça va aller, murmura-t-il sans doute plus pour lui que pour Malfoy. Celui-ci lui sourit et passa ses bras autour de son cou, ignorant les regards.
- Je sais, souffla-t-il contre les lèvres d'Albus, et il captura ses lèvres. Le monde disparut un instant et Potter passa ses bras autour des hanches du garçon, intensifiant le baiser.
Harry se racla la gorge et les garçons se séparèrent, hésitant et honteux, mais le sourire aux lèvres. Potter posa la main dans le dos de Scorpius pour l'entrainer avec lui et se tourna vers son fils.
« Je repasse te prendre. Essaie de trouver ton frère! »
Scorpius lui fit un signe de la main et Albus lui sourit. Il paraissait minuscule au milieu de tous ses hommes. Pourtant il avançait sans peur, détaché, invincible.

Quand ils eurent disparu à l'angle du couloir, Albus expira doucement et recula contre le mur, s'y adossa de tout son long, épuisé comme s'il avait couru un marathon. Ses yeux fixés le vide. Il se disait qu'il devrait rentrer dans la chambre et parler à Dorian, le rassurer un peu, ou l'écouter le rassurer. Mais il se sentait à bout de nerfs et le silence l'apaisait. Scorpius n'avait rien à craindre, son père était à ses côtés. Harry allait tout arranger, comme toujours.

Plongé dans le silence, il faisait tourner cette pensée rassurante en boucle dans sa tête depuis quelques minutes déjà, quand deux ombres agrippèrent son regard. Il inclina la tête pour observer deux hommes qui discutaient au bout du couloir. L'un d'eux portait la blouse blanche des guérisseurs et s'entretenait avec un grand brun au corps long et élancé. Un malaise le prit alors observait l'homme, ses longues mains qu'il crispait nerveusement sur ses bras croisés, ses lunettes qui lui tombaient sur le nez, les cheveux tirés en arrière. Tout son corps se contracta. Il se détacha du mur, tremblant et ouvrit la porte de la chambre. Dorian était toujours assis sur le lit, massant sa jambe endolorie. Albus laissa la porte ouverte.
- Jamais je n'aurais pensé que cette journée aurait pu finir de manière aussi merdique, grogna Dorian et voyant Potter s'approcher de son lit. « Et si mon père porte vraiment plainte contre Scorpius, c'est moi qui l'attaquerait. »
- Dorian, l'interrompit le garçon, fiévreux. Il faut que tu viennes voir.
Dorian cligna plusieurs fois des paupières, incrédule.
- Que je vienne où?
- Dans le couloir.
- Que je me lève tu veux dire? J'ai une jambe qui n'a que la moitié des os, et je viens de tomber dessus, je te rappelle! Qu'est ce que tu fais? s'écria-t-il quand Albus prit son bras et le plaça sur son épaule.
- Je vais te porter mais tu dois venir avec moi!
Il le souleva à travers la chambre, ignorant ses plaintes et quelques injures que Dorian lui lança au visage, puis il l'appuya contre la bordure de la porte.
- Et maintenant? râla Dorian, appuyé sur une jambe, l'épaule contre le chambranle. Albus le dissimulait du couloir de droite avec son corps.
Albus lui fit signe de se taire, un doigt sur la bouche puis se pencha et murmura:
- Par-dessus mon épaule, regarde le type là-bas. Regardes le bien.
Dorian expira, agacé et leva les yeux. Albus observait ses expressions, l'exaspération d'abord, puis la perplexité à mesure que son regard s'aiguisait. Sa bouche s'entrouvrit alors qu'il le reconnaissait et comprenait.
« Putain de merde…souffla-t-il.
Albus expira à son tour et jeta un coup d'oeil derrière lui. L'homme serrait la main du guérisseur et remontait le couloir. Dorian poussa Albus, d'un mouvement sec.
« Suis-le! murmura-t-il. Il faut qu'on sache ce qu'il fait là! Je me débrouille, mais suis-le! »
L'esprit enfiévré, Potter se lança la poursuite de l'homme, et le dernier murmure de Dorian résonnait à son oreille.

« Il s'appelle Clay, William Clay! »


Review s'il vous plait!
Le dernier chapitre arrivera dans la semaine… j'espère!
Je suis encore indécise sur certains points… Une fois joyeuse ou tragique, je passe d'une idée à une autre… j'espère que le chapitre vous plaira!