Chapitre 28: Par Amour et Par Culpabilité
Bonjour à tous,
Bon ok, à nouveau ce n'est pas le dernier chapitre de Désir et Jalousie. Ce n'est pas de ma faute si j'ai trop de choses à dire, cela n'en finit pas et pourtant il faut que cette histoire se termine!
Il y aura encore un chapitre après celui-ci…. et un épilogue… et après j'arrête… si si il faut que j'arrête, même si mon coeur menace d'éclater, il faut que j'arrête!
Musique d'écriture:
The Beginning is the End (Watchmen OST)
Chapitre 28: Par Amour et Par Culpabilité
Ils marchaient côte à côte, en silence, à travers les couloirs et les escaliers, n'accordant aucune attention aux personnes qu'ils croisaient, ombres parmi les ombres, sans consistance. A plusieurs reprises, Albus eut envie de demander à James pourquoi il l'accompagnait mais il se ravisait. La présence de son frère le soulageait, il avait besoin de lui à ses côtés, même s'il se refusait à lui avouer.
Au fur et à mesure de leur avancée, les rencontres se firent plus rares, les corridors se vidaient et le silence envahissait les lieux.
Ils avaient monté deux étages et traversaient un couloir pour atteindre une lourde porte noire qui donnait sur un long escalier au bas duquel on ne distinguait pas le sol. Albus entendit James prendre une profonde inspiration alors qu'ils commençaient leur descente, et il comprit que son frère aurait préféré être ailleurs. Ils descendirent une multitude de marches, s'enfonçant en dessous des fondations de l'hôpital, toujours plus profondément. L'air était froid, et la lumière se raréfiait.
C'est pour cela qu'on les appelles les Limbes », expliqua James qui ne supportait plus le silence. Sa voix était tendue, son regard s'agitait dans la pénombre. « Un monde entre celui des vivants et celui des morts. On raconte beaucoup de choses sur cet endroit et personne n'aime y descendre… Certains guérisseurs passent leur carrière en évitant soigneusement d'y mettre les pieds. »
Sa voix se répercutait contre les murs, dans le vide et dans le noir et Albus sentit son coeur accélérer, le sang quittait ses membres supérieurs et tombait dans ses jambes, réflexe quand le corps se préparer à prendre la fuite. Il se retint d'agripper la main de son frère.
Au bas de l'escalier, un autre couloir et au bout une lumière douce leur parvenait. Ils avancèrent, puis finirent par arriver dans une grande pièce au plafond bas et Albus eut un hoquet de stupeur.
Il s'attendait à découvrir une sorte de chambre de veille comme les autres salles de l'hôpital, mais ils pénétrèrent dans un musée de corps. Une immense salle s'étendait devant eux, grande comme un terrain de Quidditch. Des plaques sans draps étaient alignées en quatre rangées, sur lesquelles reposaient les corps. Une lumière tamisée était projetée au-dessus de chaque lit et douchait les patients immobiles, semblables à des cadavres.
Ils s'arrêtèrent sur le seuil de la porte, pétrifiés. Une odeur suave leur parvenait, un mélange de médicament et de sueur.
- On y est. » James frissonna mais ce n'était pas à cause du froid. « Putain… De tous les endroits de l'hôpital, il a fallu que ce soit celui-là. »
Albus sentit ses jambes défaillir, et il inspira profondément, le noeud dans son estomac se serrait d'avantage.
- Tu penses que c'est de la folie? demanda-t-il à son frère.
James ne le regardait pas, ses yeux parcouraient les plaques et leurs occupants.
Je pense que toute cette histoire est de la folie, finit-il par dire, les lèvres pâles.
Albus acquiesça.
On avance, murmura-t-il et il pénétra dans la salle, James hésitant une fraction de seconde avant de prendre sa suite.
Le temps s'arrêta, un silence pesant les entourait, le bruit de leur pas brisant à peine le calme du lieu. Les lumières du plafond glissaient sur leurs épaules et propageait une chaleur troublante, à température humaine, de sorte qu'ils avaient l'impression que des mains les frôlaient quand ils passaient devant chaque plaque.
On ne trouvera jamais la bonne patiente… souffla James devant la centaine de corps qui s'étendaient devant eux. Albus fut surpris qu'il utilise le terme « patient » alors qu'il lui semblait être entouré de morts.
Ils avaient parcouru une vingtaine de mètres quand Albus fit un tour sur lui-même pour observer les alentours.
Il n'y a personne, conclut-il, le lieu lui donnait une impression claustrophobique, les murs semblaient se rapprocher et les corps formaient une foule prête à bondir sur lui.
Non, attends, dit James en montrant une forme, plus une ombre, un peu plus loin dans l'allée parallèle.
Ils pressèrent le pas et aperçurent un vieil homme dont les sourcils gris ne formaient qu'une seul ligne au-dessus d'un nez crochu. Le dos vouté, il avançait d'un pas décidé bien que sa démarche soit boiteuse. Un badge accroché à sa veste le désignait comme le gardien.
- Excusez-moi monsieur? appela James.
L'homme ne leva pas la tête. Il ne semblait même pas avoir remarqué leur présence.
Albus insista:
- Monsieur, oh monsieur! Vous êtes le gardien n'est-ce pas?
- Oui c'est moi.
Sa voix était roque, comme s'il avait perdu l'habitude de l'utiliser.
Ils lui emboitèrent le pas, car le vieil homme ne semblait pas vouloir s'arrêter et continuait sa marche lente au milieu des dormeurs. Les frères s'échangèrent un regard perplexe, Albus perdit patience et se posta devant l'homme.
- Oh! Nous avons besoin d'aide. Nous cherchons une femme, Estella Clayborne.
- Ils sont rangés par ordre alphabétique, dit le gardien en le contournant, sans le regarder.
- Ce ne sont pas des livres! souffla Albus, indigné. Mais l'homme ne l'écoutait pas et continuait sa promenade macabre de son pas claudiquant. James attrapa son frère par l'épaule et lui fit signe de le suivre. Il tourna autour d'une plaque, observant les inscriptions et finit par tapoter sur le verre. Le nom des patients était inscrit sur le côté gauche de chaque plaque.
Ils remontèrent l'allée en suivant l'ordre alphabétique, en prenant soin de ne pas s'attarder sur les corps dont la proximité les rebutaient tous deux. C'est lorsqu'ils tombèrent sur l'inscription « Estella Clayborne » qu'ils osèrent lever les yeux vers la forme allongée sur la plaque et Albus eut un mouvement de recul. Devant eux se trouvait une jeune femme, qui ne pouvait pas avoir plus de 20 ans, le visage pâle, de légers cernes bleutés sous les yeux et les lèvres roses clairs. De longs cheveux blonds encadraient son visage. Elle reposait sur la plaque de verre, endormie, vêtue d'une robe fine en flanelle.
- On dirait… commença James.
- … Une poupée, acheva Albus, en détournant les yeux, incapable de soutenir la vue de la jeune femme, emprisonnée dans cette enveloppe congelée. Elle lui rappelait Scorpius et la nausée lui monta. Il jeta son regard autour de lui, évitant soyeusement de regarder le corps devant lui. Aucun signe de William Clay.
- Qu'est-ce qu'on fait? demanda James qui ne quittait pas Estella des yeux.
- Il n'y a rien à faire, grinça Albus, amer. Il est parti.
- Au moins, on a son vrai nom et il reviendra surement, dit James en prenant le chemin de la sortie, pressé de quitter le lieu. Albus acquiesça doucement, la mâchoire serrée.
Ils gardèrent le silence alors qu'ils sortaient de la salle. Ils furent presque rassurés en retrouvant l'obscurité du couloir glacé.
- Au fond, c'est aussi bien, déclara James en passant la main dans ses cheveux. Il semblait plus détendu maintenant qu'ils avaient quitté les Limbes.
- Qu'est-ce que tu veux dire? demanda sèchement Albus.
- Qu'est-ce que tu aurais fait si on l'avait trouvé? Ce n'est pas comme si on était des aurors, on n'a aucun moyen de pression.
Albus attrapa son frère par le bras et l'obligea à lui faire face.
- Cette femme lui ressemblait! Tu l'as vu non? Elle ressemblait à Scorpius! Ce type a le même penchant pervers que son père, son fantasme c'est de transformer les gens en poupée! Il est malade! Dorian a raison, il n'y a pas eu que Scorpius, ce mec est dangereux.
James se dégagea d'un coup sec.
- Et vous avez surement raison! Mais si Scorpius ne l'accuse pas, il n'y a rien que tu puisses faire. » Il reprit la montée des escaliers.
- On aurait au moins pu l'empêcher de s'enfuir à nouveau, dit Albus, désabusé.
Du coin de l'oeil, il vit James secouait la tête.
- On est pas des héros, Albus, souffla-t-il. On en a seulement le nom. »
Albus sentit un gonflement dans sa poitrine, une étrange sensation suite aux paroles de James. Elles lui paraissaient vraies, étrangement authentiques, le constat que James et lui ne connaitraient jamais la gloire de leur père et resteraient dans l'ombre de sa victoire pour toujours. Et qu'il était inutile de vouloir l'égaler ou de tenter de fuir. Il réfléchissait encore quand il sentit James sursauter à ses côtés. Il le regarda, surpris, mais James fixait le haut de l'escalier, le corps tendu.
- Regarde, murmura-t-il et Albus suivit son regard.
William Clay était là. William Clay descendait les escaliers, face à eux. C'était lui, un peu plus maigre, de lourds cernes creusés sous ses yeux, le visage maladif et pâle. Mais c'était lui.
Albus sentit son coeur tambouriner sans sa poitrine, et le sang bourdonner à ses oreilles. Il serra les poings et reprit la montée des marches, le visage dénué de toute expression.
- Al, qu'est-ce que tu fais? demanda James qui s'agitait à ses côtés.
Potter l'ignora et continuait à monter, hypnotisé, son frère à sa suite. Il se concentrait sur le bruit des pas de Clay qui se faisait de plus en plus fort, tentant de garder son calme. Ils n'étaient plus qu'à une dizaine de marches l'un de l'autre maintenant. Il lui semblait entendre la respiration de James s'accélérer.
T'es un bon guérisseur, n'est-ce pas? murmura Albus. James lui lança un regard, perplexe, presque paniqué. Albus continuait de monter, indifférent et glacé, le regard fixe.
Quand Clay fut à sa hauteur, Albus leva la tête, observant son visage, imprimant chaque trait dans sa mémoire et Clay ne croisa pas son regard, l'oeil vide. Quand il le dépassa d'une marche, Albus stoppa sa montée et se retourna soudain, posant les mains sur le dos de Clay et en un coup violent, il le poussa dans l'escalier. Il eut un premier cri, un premier choc, puis plus rien, sauf le bruit lourd du corps qui rebondissait sur les marches, encore et encore, avant de s'immobiliser au sol.
T'es complètement fou! hurla James à son frère, tremblant de tous ses membres.
Albus regardait le corps de Clay, la main crispée sur la rambarde de l'escalier, la jointure des doigts blanche.
Va voir s'il est vivant, dit-il, la voix calme.
Albus!
D'une main, le garçon attrapa James par le col et le tira vers lui, le visage à quelques centimètres du sien.
J'ai dit: va voir s'il est vivant. » La lueur dans ses yeux effraya James, car il la connaissait. Il l'avait déjà vu dans son propre reflet.
Albus le lâcha, et James descendit les marches, avant de s'agenouiller près de Clay. Il y avait du sang et James sentit son coeur battre à ses tempes. Il ouvrit son manteau, portant ses doigts à sa gorge, massant la peau sous les vêtements, alignant les membres.
Le coeur est régulier, dit-il comme un automate. La blessure à la tête n'est pas profonde. Peut-être un bras cassé. » Il souleva son pull, palpa. « Pas d'hémorragie interne. » Il leva les yeux vers son frère, et se remit debout. « Il va vivre. »
Albus expira doucement, soulagé, et lâcha la rambarde de l'escalier maintenant que ses genoux semblaient capables de le porter. Il descendit les marches pour rejoindre son frère.
Parfait, souffla-t-il. La sueur coulait sur son front, sa respiration était saccadée. « Aide-moi à cacher le corps. »
James était fou de rage, il le savait. Il pouvait sentir sa colère irradier par tous les pores de sa peau. Mais il ne protesta pas quand Albus lui demanda de saisir les jambes de l'homme. Ils portèrent le corps dans les escaliers, firent une halte à mi-chemin pour reprendre leur souffle, comme s'ils portaient un sac de ciment et non un être humain, le posant sans ménagement quand le poids leur était pénible. Albus essayait de repousser toute pensée. Garder l'esprit blanc l'empêchait de céder à la panique, et au visage inexpressif de James, il sut que son frère essayer de faire de même. La tempe de Clay saignait, du sang coula sur le bras d'Albus et tâcha sa chemise. Le garçon se remémora des films policiers moldus qu'il avait vu et se dit qu'ils étaient sans doute les criminels les moins appliqués et scrupuleux du monde. Il eut envie de dire cela à son frère mais il se ravisa. Son frère n'apprécierait pas la remarque en cet instant.
En haut des escaliers, James lâcha les jambes pour pousser la porte noire et après un rapide coup d'oeil dans le couloir, il la tint ouverte pendant qu'Albus portait le corps par les épaules, laissant trainer l'autre moitié à terre.
Dans le couloir, ils trouvèrent une pièce qui devait servir de seconde pharmacie et de débarras. Des fioles s'empilaient sur des étagères collées au mur et des produits et matériel de nettoyage trainaient au fond de la salle. Ils entrèrent et placèrent le corps sur le sol.
- ça ira pour le moment, commenta Albus en s'époussetant les mains, mais James l'attrapa par le col et le poussa violemment contre le mur, le visage rouge de colère. Al attrapa les mains de son frère pour essayer de se dégager mais celui-ci l'écrasait de tout son poids contre la pierre.
Tu joues à pile ou face avec la vie d'un homme! Tu aurais pu le tuer.
Il ne mérites pas de vivre, répliqua Albus avec la même violence, essayant encore de repousser son frère.
James le lâcha soudain, et s'écarta, jaugeant son frère, secouant la tête comme s'il ne parvenait pas à croire ce qu'il entendait.
Ce n'est pas la question Albus! Ce n'est pas à toi de décider si un homme a le droit de vivre ou non!
Il n'a rien d'un homme pour moi, déclara Albus, la voix si calme que James sentit une sueur glacée l'envahir.
Et tu irais à Azkaban pour ça? Tu gâcherais ta vie pour lui faire payer ce qu'il a fait?
Oui! T'as pas compris encore! Je ferai n'importe quoi pour Scorpius, n'importe quoi! » La voix se répercuta sur les murs de la salle et sembla les pénétrer tous deux. Ils se faisaient face, haletants et tremblants. « Tu dois comprendre ça non? ajouta Albus avec tristesse, les yeux brillants.
Oh oui je comprends, » dit James, le regret vivace dans sa voix. « C'est pour ça que je te dis que tu perds la tête. Ressaisis-toi! »
Albus baissa les yeux et il acquiesça. James expira, et s'essuya fébrilement le front de sa manche avant de se tourner vers le corps allongé sur le sol. C'est un cauchemar se dit-il, cela ne pouvait être que cela.
Et maintenant? demanda-t-il, alors qu'il essayait de repousser la peur qui menacer de le broyer entièrement.
Albus se décolla du mur et se plaça à ses côtés, frôlant son bras du sien, réconforté par sa présence.
C'est à Scorpius de décider ce qu'il veut faire. Il faut qu'on trouve un téléphone. »
Au poste des Bureaux des Aurors.
Scorpius tira la chaise sur sa gauche et y étira ses jambes avant de les croiser. Il attendait depuis presque deux heures dans la salle d'interrogatoire, où personne ne l'avait encore interrogé. On lui avait fait passer des analyses ainsi qu'à Nott pour savoir si leur « excès de violence » n'était pas dû à la consommation de potions illicites ou d'alcool. Il avait croisé un duo d'aurors alors qu'on l'amenait dans la salle d'examen.
- Malfoy, avait craché un des officiers, un gobelet fumant à la main. « Sale graine. » Et celui qui l'accompagnait avait acquiescé.
Le résultat avait été négatif et on l'avait placé dans cette salle, dont le mobilier se composait d'une table et de quatre chaises raides et inconfortables.
Un premier auror stagiaire, pas plus de 25 ans, était passé pour lui apporter un café et des tartelettes. Il l'avait observé pendant un moment, le dos appuyé contre le mur. Malfoy s'était dit qu'on l'avait envoyé pour le surveiller.
- C'est vrai ce qu'on dit? avait-il demandé au bout d'une dizaine de minutes alors que Scorpius finissait son café.
- Ce qu'on dit?
- Que tu sors avec le fils du « Grand Chef »?
Il observa l'officier et lui sourit avant de mordiller doucement sa lèvre inférieure.
- Je ne sais pas si on sort ensemble mais on a baisé aujourd'hui. » Il vit l'officier se raidir et il se pencha en avant et susurra « Tu veux que je te raconte comment c'était? » Scorpius apprécia le rouge qui partit du cou du jeune homme avant d'envahir tout son visage jusqu'à ses oreilles. Il avait tendu son gobelet en souriant. « Je voudrais un autre café. »
L'officier avait pris le gobelet d'une main tremblante mais il n'était pas revenu. Un autre gradé, plus âgé, lui rapporta le café demandée, la mine renfrognée.
- Evitez d'effrayer mes officiers, Monsieur Malfoy.
- Bien monsieur l'agent, répliqua Scorpius avec un sourire effronté. L'homme n'était pas dupe et préparait déjà sa remontrance quand Harry Potter entra dans la salle, un dossier à la main. Il salua l'officier de la tête qui se redressa comme un militaire devant son supérieur et quitta la pièce avec gravité. Scorpius eut presque envie de rire.
- Désolé de te faire attendre. Nott a subi une autre série d'analyse. » Harry parcourait les résultats, les yeux écarquillés. « Je ne pensais pas qu'il était ivre à ce point, mais c'est le problème avec les véritables alcooliques. C'est sous l'emprise de l'alcool qu'ils semblent normaux. Sinon le manque les rend imprévisibles.
- Où est-il? demanda Scorpius. Il espérait que Théodore était encore au poste et non de retour à l'hôpital.
- A l'infirmerie. On lui a donné une potion pour le dégriser. Il semble moins enclin à donner suite à sa plainte. J'attends juste qu'il signe la déclaration néant et on pourra te faire sortir. Ton père est en train de signer les papiers te concernant. » Il s'assit en face de Malfoy puis attrapa une tartelette, y planta les dents avant de la reposer avec une grimace. Il mâcha sa bouchée et sembla lutter pour l'avaler. « Je peux ? dit-il en attrapant le café. C'est infecte. » déclara-t-il en vidant le gobelet.
- Je n'y ai pas touché. Le café est bon.
Harry acquiesça en vidant le gobelet. Il le posa et observa un instant le garçon.
- Ce n'était pas malin ce que tu as fait, déclara-t-il, une pointe d'affection dans la voix.
- Je ne suis peut-être pas malin, répliqua Scorpius en haussant les épaules.
Harry éclata de rire en croisant les bras.
- Oh si tu l'es, tu aimes juste l'oublier pour pouvoir te comporter comme un voyou irresponsable.
Scorpius pensait qu'Harry allait le réprimander ce qui aurait été largement justifié. Et comme il ne le fit pas, il se sentit d'avantage coupable encore.
- Vous n'étiez pas obligé de m'accompagner. Je suis content que vous l'ayez fait mais…
Sa voix se perdit, il n'était pas habituer à s'excuser.
- Je t'avoue que je pensais passer cette soirée d'une autre façon, surtout pendant les fêtes de Noel, soupira Potter, en passant sa main sur ses yeux fatigués.
- Je suis désolé. » Harry leva les yeux vers lui et Scorpius lui sourit. « C'est sincère. » Et Potter hocha la tête avec un demi sourire.
La porte de la salle d'interrogatoire s'ouvrit et le jeune officier que Scorpius avait intimidé entra.
- Excusez-moi, nous avons un appel pour Monsieur Malfoy, cela semble urgent, est-ce qu'il peut le prendre ?
Harry acquiesça et l'officier apporta un vieux modèle de téléphone moldu noir, avec un boitier et un cadran rond avec la numérotation qu'il posa sur la table et il tendit le gros combiné à Scorpius, en évitant soigneusement de le regarder. Le garçon le prit en frôlant la main de l'officier qui sursauta, rougit à nouveau et s'empressa de quitter la pièce.
- Oui? » demande Malfoy en portant le combiné à son oreille. « Al ? » Harry leva la tête et Scorpius continua: « Je vais bientôt sortir. Ton père a dit… » Il s'interrompit et fronça les sourcils. « Pourquoi tu m'appelles si c'est pas pour savoir ça ? »
Un silence puis le visage de Scorpius perdit ses couleurs. Il se leva d'un coup de la table, tirant si fort sur le fil que le téléphone chuta de la table, arrachant le combiné de sa main. « Merde, jura Scorpius en ramassant le boitier et ajouta : « attends ! » en replaçant le combiné à son oreille. Il prit le téléphone dans l'autre main. Il s'éloigna et s'approcha du mur opposé, lui faisant face. « Va y dis-moi. » Sa voix devint un murmure et Harry ne distinguait plus que des bribes.
- Tu es sûr que c'est lui?.. Attends, attends, répètes ! Vous avez fait quoi?! Mais… mais!.. Où êtes-vous maintenant ?.. pas réveillé ?... complètement dingues ! » Puis il ne parla plus, le combiné collé à son oreille, ses épaules s'affaissaient légèrement. Harry l'entendit murmurer mais il ne parvenait pas à comprendre ce qu'il disait. Scorpius finit par raccrocher et resta immobile, l'esprit vide. Il se rendit compte qu'on l'appelait et il se retourna pour voir Harry qui s'était levé à son tour, et le fixait d'un air inquiet. Il se rapprocha de la table mais chaque pas semblait lui demander un effort surhumain.
Quand il posa le téléphone sur la table, Harry vit que ses mains tremblantes. Tous ses instincts de père étaient en alerte.
- Scorpius ? » Il prit place à côté du garçon, une main sur son épaule « Scorpius, tout va bien?
- Oui tout va bien… » murmura le garçon, puis il eut un sursaut comme si ses propres mots l'avaient réveillé et il secoua vivement la tête, les poings serrés. « Non » admit-il finalement, « non ça ne va pas. Cela fait longtemps que ça ne va pas. Et j'en ai assez… » Il se tourna vers l'auror, le regard perçant et décidé, malgré ses yeux brillants de larmes qui ne coulaient pas.
« Harry… il faut que je vous parle. »
Retour à l'hôpital...
Albus s'adossa au mur, épaule contre épaule avec son frère qui ne quittait pas l'homme des yeux et étendit les jambes. Clay ne s'était pas réveillé mais il ne semblait pas avoir de blessures graves. James l'avait auscultait pendant qu'Al téléphonait à Scorpius.
- Comment il a prit la nouvelle? demanda James.
- Je ne sais pas vraiment, à sa voix, il semblait assez bouleversé mais …
- On attend quoi exactement? lâcha son frère, exaspéré.
- Qu'il nous dise si on doit le relâcher ou non.
James serra la mâchoire et fut sur le point de répliquer avec morgue quand la porte s'ouvrit dans un fracas et les deux garçons furent sur leur pied en une seconde.
Harry Potter se tenait devant eux, le visage rouge de fureur, plus en colère qu'ils ne l'avaient jamais vu auparavant. Son regard passa de l'un à l'autre avant de tomber sur l'homme étendu sur le sol.
- Est-ce que vous êtes devenus complètement fous? s'écria l'auror en claquant la porte, avant de s'agenouiller devant l'homme évanoui sur le sol.
James fut le premier à sortir de sa torpeur et s'agenouilla à côté de son père.
- Il va bien. Ses constantes sont stables, et il n'a pas de blessures qui pourraient le mettre en danger.
Harry cessa son observation du corps et jeta un regard ulcéré à son fils.
- Ravi que tes études te permettent de te sortir indemne de cette situation James, sans quoi tu serais inculper pour complicité de meurtre !
- Je n'ai pas voulu le tuer ! » s'exclama Albus. Son père examinait Clay et ne le regardait pas. « Il fallait qu'on l'arrête. Tu ne sais pas ce qu'il a fait !
- Si je sais, dit Harry en se relevant. Scorpius m'a tout raconté.
A ses côtés, James se raidit.
- Il t'a tout raconté? demanda-t-il, la gorge serré.
Harry leva les yeux vers son aîné et le dévisagea longuement, le regard dur.
- Oui James, tout.
James baissa les yeux, déglutit péniblement et recula.
- Je ne regrette rien, dit Albus, ce type est dangereux! Il aurait pu s'enfuir et ça je ne l'aurai pas supporté. Ce n'est pas juste.
- Juste? s'écria Harry et il avança sur lui si vite qu'Albus recula de peur. Son père lui fit face, le dominant.
- Tu as pensé à ta mère ? Tu crois qu'elle supporterait de te voir enfermer pour meurtre ? Et emporter ton frère avec toi en cellule ? Tu crois que tout ça c'est juste pour nous ou pour Scorpius ?
Albus voulut parler, mais les mots lui manquaient. Il baissa la tête.
- Vous avez perdu la tête, » continua son père. Sa voix se brisait sous l'émotion. « Toi par amour et ton frère par culpabilité ! Les deux sentiments sont dévastateurs. »
Il regarda les deux garçons, ses fils, têtes baissés devant lui, les yeux luisant de larmes et il sentit son propre désespoir le prendre au ventre. Il se ressaisit et demanda. « Il ne s'est pas réveillé?
James resta immobile, pétrifié mais Albus hocha la tête.
- Tu en es certain Albus? Insista Harry d'une voix claire et ferme.
- Oui.
- Alors aidez-moi à le sortir de là avant qu'on vous accuse de séquestration. C'est 10 ans à Azkaban, pour l'amour du Ciel! » Il sortit sa baguette et fit léviter le corps. « Montrez-moi où il est tombé ». Les deux garçons s'exécutèrent, faisant le guet dans le couloir jusqu'à la porte noire. Ils la tinrent ouverte alors qu'Harry portait Clay par magie, jusqu'au bas de l'escalier. Une fois le corps mit en place sur le sol, Harry pointa sa baguette sur sa tête.
« Oubliette », murmura-t-il. Et un jais de lumière sortit de la tête de Clay vers sa baguette. Il la rangea et se tourna vers ses fils. « Vous attendez ici. » ordonna-t-il et il remonta les escaliers quatre à quatre.
Les deux garçons restèrent immobiles dans la pénombre. Au loin se distinguait la lumière des Limbes.
- Là tout de suite, j'envie presque leur sort, dit Albus, en parlant des dormeurs et James lui lança un regard noir.
Ils ne dirent plus rien et attendirent. Des bruits de pas leur parvinrent, et trois guérisseurs descendirent les escaliers accompagnés de leur père.
- Le voilà », s'exclama Harry, et un guérisseur le dépassa pour s'agenouiller près de Clay. « Comme je vous disais, il a dû chuter dans les escaliers.
- Il est vivant? s'enquit Albus, innocemment et Harry lui lança un regard menaçant, lui intimant le silence.
- Il devrait s'en sortir, dit l'un des guérisseurs. Le sang sur sa tête a séché, il devait être là depuis un moment, mais la blessure n'est pas profonde, le choc explique le coma, mais celui-ci est léger. Il devrait se réveiller dans quelques heures. Des côtes cassés et le bras aussi… Vous pouvez l'emmener, Darvis.
Le guérisseur du nom de Darvis sortit sa baguette et le corps s'éleva dans les airs.
- Il a eu de la chance que vos fils le trouvent monsieur Potter, déclara un autre guérisseur alors que son collègue faisait léviter le corps dans les escaliers. Peu de gens passent ici, guérisseur comme patient.
Harry eut un demi sourire pincé.
- C'est une chance oui, souffla-t-il en regardant les deux garçons, visiblement gênés par l'attention qu'ils suscitaient. Il reporta son attention sur le guérisseur. « Pourriez-vous me dire où vous comptez l'emmener? »
- S'il ne présente aucune complication, on le mettra en salle de réveil.
Harry acquiesça et remercia le guérisseur. Il laissa la troupe médicale s'éloigner, gardant le silence. Derrière lui, James et Albus était abasourdis et honteux, d'avoir vu leur père, cet homme intègre et respecté, mentir pour les sauver. Quand Harry leur fit face, la déception se lisait dans ses yeux, et James ne put supporter son regard.
- Scorpius va porter plainte » dit Harry. « Retournez dans la chambre de Dorian. Maintenant! » Les deux garçons se mirent à escalader les marches, désireux de sortir de cet enfer quand leur père les rappela. Ils stoppèrent leur course et il tournèrent. Harry pointa son doigt vers eux, le visage dur.
« J'en ai pas fini avec vous deux ! »
Et il transplana.
Le prochain chapitre est presque terminé, je le posterai très très vite!
Review?
