Tandis que l'équipe des Serpentard se trouve dans les vestiaires, je me dirige vers le terrain de Quidditch de l'école. Draco et Blaise ont insisté pour que je vienne voir leur entraînement et je n'ai pas osé refuser. Même si j'ai du mal à comprendre la folie autour de ce sport, je peux quand même encourager mes amis.

Quand j'arrive sur place, les Gryffondor sont déjà là, en train de terminer leur propre entraînement. Je me fais toute petite, n'ayant pas envie que l'on puisse croire que je suis là pour les espionner, ou quoi que ce soit d'autre. Je remarque qu'ils ne sont que six en vol et qu'il manque donc Harry. Ce qui est étrange. Son amour pour ce sport est sans égal et, même si ça n'a pas toujours été facile, il a toujours apprécié voler sur son balai, même si ce n'était que pour un entraînement.

Quand j'arrive dans vers les gradins, je ne peux pas le manquer. Il est assis, seul, et regarde les autres joueurs, le regard triste. Sans trop y penser, je m'avance vers lui.

— Je peux m'asseoir ?

Il me regarde, avant d'acquiescer.

— Tu n'es pas là-haut, avec les autres ?

Il secoue simplement négativement la tête. D'accord… Il ne va pas donc parler.

Sans trop y comprendre grande chose, je regarde les élèves de Gryffondor, tourner et tournoyer dans les airs. Ils se passent une balle, en évitent deux autres et ce pendant de longues minutes.

— Ce que Malfoy a dit, est vrai ?

Je suis surprise d'entendre la voix d'Harry. Je me tourne vers lui et me rends compte qu'il me dévisage.

— Euh… À propos de quoi ?

Toute à l'heure, j'étais plus occupée à calmer leur dispute qu'à retenir tout ce qu'ils disaient.

— Sur le fait que tu viens d'un autre monde.

Ooooh ! Évidemment Elena, enfin, tu aurais pu savoir de toi-même qu'il allait te parler de ça comme, avouons-le, toutes les personnes qui t'ont parlé jusqu'à maintenant.

— Neville nous en avait déjà parlé, mais on ne savait pas s'il exagérait, ou pas.

— Eh bien, de ce que j'en sais, c'est la vérité. Après, je n'y connais pas grand-chose, donc je suppose qu'il vaudrait mieux poser la question à Dumbledore pour en être sûr.

De nouveau, il se contente de hocher la tête, le regard tourné vers ses coéquipiers.

— La plupart des gens parlent de toi.

Pourquoi ça ne m'étonne pas ?

— J'ai l'impression, dit-il dans un rire, de me revoir moi à mon arrivée à Poudlard.

— C'est fou, je me suis fait à peu près la même réflexion. Mais, sans vouloir te vexer, j'aimerais ne pas avoir la même scolarité que toi. Plus je me tiens loin des problèmes, mieux c'est.

Il éclate de rire et je dois avouer que ça me rassure. Je n'aurais pas voulu qu'il le prenne mal.

— Pourtant, il reprend la parole une fois qu'il a réussi à ne plus rire, tu traînes avec Malfoy et Zabini.

Oui, j'aurais pu prévoir une telle réponse.

— Et jusqu'ici je n'ai eu aucun ennui.

Il est obligé d'accepter ce fait, mais il réplique aussi vite :

— Mais en même temps, tu n'es là que depuis deux jours.

— Certes, mais de côté, ça aurait pu être suffisant, non ?

Je souris doucement, tout comme lui bien qu'il ne me réponde pas. Puis, sans plus le regarder, je reprends la parole :

— Mais ils ne sont pas méchants. Ils ont leur caractère, tout comme beaucoup de gens, et ils ont aussi leur vécu, c'est certain. Tout n'a pas été rose, mais qui peut se vanter d'avoir eu une belle vie depuis sa plus tendre enfance ?

Comme il continue de se taire, je ne m'arrête pas de parler.

— Il y a beaucoup de facteurs qui rentrent en compte. La façon dont ils ont été élevés, comment les gens les ont traités, ce qu'ils font pour aller contre ça, ou non, ou encore le fait qu'ils peuvent vouloir changer.

— Hmm, commence-t-il avec une mine dubitative, on parle toujours de Malfoy et de Zabini, là ?

Je ricane doucement, face à sa repartie.

— Oui, je parle toujours d'eux. Toi, Harry, mieux que personne, tu sais ce que ça fait de grandir dans une atmosphère qui est néfaste. Je ne dis pas que Vernon est mieux, ou pire, que Lucius, par exemple, mais simplement qu'aucun des deux n'est un modèle à suivre.

Pour le coup, il semble réfléchir au sens de mes paroles.

— Tu essayes de me comparer à Malfoy ?

— Aller, ne le prends pas mal, dis-je en rigolant face à sa moue écœurée. Je veux simplement mettre en lumière que vos destins auraient pu être différents. Tu aurais pu ressembler à Dudley, par exemple. C'est une possibilité, aussi horrible soit-elle.

Cette fois, il éclate de rire sans aucune retenue.

— Dans tous les cas, tu dois pouvoir avouer que tu n'es plus le même que quand tu es rentré à Poudlard.

— Oui, c'est sûr.

— Alors, pourquoi refuses-tu l'idée que Draco puisse, lui aussi, changer.

— Même si j'acceptais ça, ça ne changerait rien. Malfoy et moi, on ne pourra jamais être amis.

Je grimace à ce constat aussi rapide, qu'expéditif.

— Il ne faut jamais dire jamais. Mais, même si c'est le cas, vous êtes adulte maintenant, ne serait-il donc pas temps d'arrêter les chamailleries à chacune de vos rencontres ?

Avant qu'il ne puisse me répondre, un souafle fonce dans sa direction, mais il arrive à le rattraper d'une seule main.

Quand je me tourne, je vois que c'est Draco qui le lui a lancé. Ouais… s'est mal partie cette histoire.

— Aller, Potter, le terrain est aux Serpentard maintenant, alors dehors.

Harry, plutôt que de lui répondre, se tourne vers moi, un sourire crispé sur le visage.

— Ton idée est adorable, mais impossible je dirais.

Il serre tellement fort le souafle que j'ai l'impression qu'il pourrait l'exploser à main nue.

Ensuite, il se lève, prend appui sur son balai pour rejoindre en un instant Draco.

— C'est là qu'on voit la différence entre nos deux maisons, Malfoy. Aucun de nous n'a râlé quand Elena est arrivée.

Je lève les yeux aux ciels. Jamais ils n'arrêtent, ce n'est pas possible…

Je me désintéresse totalement de la suite de leur dispute, préférant rejoindre Blaise. Ce dernier s'est assis un peu plus loin dans les gradins et observe, avec un certain amusement, la querelle entre Draco et Harry.

Quand j'arrive jusqu'à lui, il me tend un paquet de bonbons.

— Tu en veux ? Pour pouvoir mieux profiter du spectacle.

— Non merci.

Je ne suis pas stupide, je sais reconnaître un paquet de dragées surprises de Bertie Crochue. Hors de question que je touche à ça, je n'ai pas envie de vomir mes tripes, à cause d'un des goûts odieux qu'il y a dedans. J'ai déjà tenté le coup, et pourtant ce n'était que des faux. Ici, je n'ose même pas imaginer ce que doivent donner les goûts.

— Comme tu veux, ça en fera plus pour moi.

Il me fait un clin d'oeil, avant de reporter toute son attention sur les deux idiots face à nous.

— Je te parie ce que tu veux, commence Blaise, que l'entraînement n'aura pas lieu, car ils vont juste faire ça pendant des heures.