Blaise avait eu raison dans sa prédiction. Draco et Harry ont passé tellement de temps à se chamailler, qu'ils ont totalement oublié la raison de leur présence dans le stade de Quidditch. Fort heureusement, les autres joueurs de Serpentard ont quand même travaillé un peu de leur côté. Cependant, ça n'aura pas été fameux.
Mais, aujourd'hui, il n'est plus question de Quidditch. En premier cours de la journée, nous avons Histoire de la magie et autant dire qu'il n'y a pas grand monde d'heureux à cette nouvelle. Et je comprends totalement pourquoi.
Cela va faire presque une heure que nous sommes dans ce cours, et à part baillée, je n'ai pas fait grand-chose. Pourtant, je m'étais dit que c'était l'occasion pour moi d'apprendre beaucoup de choses. Mais le ton du professeur Binns est juste catastrophique et terriblement lent. Même Hermione, qui se trouve quelques rangés devant moi, a décroché du cours. À partir de là, c'est une preuve qu'il faut faire quelque chose !
Après un énième bâillement, aussi silencieux que possible, je croise mes bras sur ma table, bien décidé à m'en servir comme oreiller. Je n'aurais jamais osé faire ça en cours, durant ma scolarité classique. J'avais bien trop peur des sanctions qui pouvaient tomber derrière. Mais là, c'en est trop pour moi.
Alors que je suis presque endormi pour de bon, je sens qu'on me tapote doucement le bras. Il s'agit obligatoirement de Draco. En effet, Blaise a été apostrophé par Théo, un autre élève de notre maison, lorsque nous sommes rentrés dans la classe. Ils se sont donc mis ensemble, à la même table. Ce qui fait que je me suis retrouvé seule, avec Draco.
Je ne prends même pas la peine de me redresser, préférant simplement tourner mon visage vers lui, pour lui demander ce qu'il veut.
— Que vois-je ? Tu n'es pas absorbé par notre magnifique cours ?
Je me contente de lui passer la langue, pour lui faire comprendre ma façon de penser. Oui, c'est puéril et plus de mon âge, mais je m'en fiche pour le moment. Et, quand je vois que ça a le mérite de le faire rire, je suis plutôt contente de moi.
— Je pourrais t'apprendre notre Histoire avec un grand H, si tu veux. Du moins, les parties que tu ne connaîtrais pas déjà.
Draco, professeur personnel d'Histoire ? Hmm… Ça se laisse tenter.
— Mon père m'a toujours dit, qu'au vu de notre place, je me devais de connaître notre Histoire sur le bout des doigts. Alors, depuis ma plus tendre enfance, je suis bercé par tout ça.
Il me montre, avec un certain dégoût, le livre gigantesque qui nous sert de support pour notre cours.
— Et, malgré ce dédain total dont tu fais preuve pour ça, tu voudrais m'instruire ?
— Là, ça serait différent. Et je pourrais te passer les moments ennuyants.
Il me fait un clin d'oeil et je lui souris.
— Pourquoi pas. De toute façon, ça ne peut pas être pire que le cours du professeur Binns.
Sans attendre, il ouvre son manuel et cherche une page bien précise. Une fois qu'il l'a trouvé, il me montre les différents portraits et m'explique la vie de chaque personne.
Quand le cours du professeur Binns touche à sa fin, nous n'avons étudié que deux doubles pages, mais c'était passionnant.
— C'était vraiment intéressant. Tu devrais faire cours à la place du professeur Binns, tu sais.
— Je doute que tous les élèves soient d'accord avec ton idée.
Oui, c'est vrai que ça ne serait sûrement pas le prof le plus apprécié, au vu de son passif. Mais, Severus Rogue ne l'est pas non plus, et ça n'enlève rien à sa qualité de professeur.
Le repas du midi passe assez vite, Blaise passe son temps à parler avec Théo, qui nous a rejoints sur notre coin de table. Ce n'est pas un garçon qui parle beaucoup, au contraire, il semblait plutôt focalisé sur son livre. Je ne suis même pas sûre qu'il ait écouté un traitre mot de ce que lui a dit Blaise.
Durant l'après-midi, nous avons cours de Sortilège. Pour le coup, je sais déjà que ça va être ennuyant. En effet, n'ayant pas de baguette, je ne peux rien faire durant ce cours. Juste, observer les autres réciter diverses formules. Draco m'a bien proposé d'essayer d'en jeter une avec la sienne, mais j'ai préféré refuser. Je sais bien qu'il est possible d'utiliser une baguette autre que la sienne, la saga me l'a prouvé. Mais, avant tout, ça m'a surtout montré que ça n'aidait pas la personne qui l'utilisait. La baguette n'étant pas "la nôtre", cela aura moins d'effet.
Et puis, j'ai peur de ce que cela pourrait montrer de moi. De nouveau, je ne suis pas de ce monde, alors comment pourrais-je réciter une seule formule magique ? Enfin, la dire n'est pas vraiment le problème. C'est plutôt le fait que, derrière, il ne pourra rien ce passé. Je n'ai, logiquement, pas un seul don pour ça. Donc, je préfère repousser au maximum, le moment où je devrais montrer, à tout le monde, que je n'ai pas ma place ici.
Chaque jour qui passe fait que je m'attache davantage à cet endroit. Oh, bien sûr, j'avais déjà cet amour pour Poudlard bien avant. Mais cela restait un lieu fictif, que je ne visitais que dans mes rêves les plus fous. Là, je suis vraiment présente. Et… et je me suis attaché, alors que cela ne fait que quelques jours, à la vie que j'ai ici.
Pour la première fois depuis des semaines, voire des mois, je n'ai pas l'impression d'étouffer. Je ne passe plus mon temps à surveiller mon téléphone, pour voir si j'ai eu un message d'un abruti qui ne vaut, pourtant, pas le coup que je m'inquiète pour lui. Je ne me fais pas engueuler par mon patron, qui trouve que je manque d'entrain dans ce travail qui me bouffe toute ma santé. Et, surtout, je n'ai pas ma famille sur le dos, qui me répète, dès qu'ils en ont l'occasion, que je vais finir vieille fille, seule dans mon coin, pour le restant de mes jours car j'ai osé quitter l'homme de ma vie.
Alors, oui, aussi stupide que ce soit, je me suis attaché à ce que j'aie ici. Une vie plus intéressante, plus joyeuse, entourée de gens assez surprenant et passionnant. Et je sais déjà que le jour où je devrais partir, je vais vraiment mal le vivre…
