Quand je rouvre les yeux, j'ai l'impression que je vais vomir. Il me faut plusieurs longues minutes, avant de ne plus avoir l'impression d'être complètement bourré et sur le point de rendre.
— Elena, ça va ?
— Pourquoi vous n'avez pas de moyen de transport, disons… simple.
Aller, il faut que je me reprenne. Maintenant, que je commence à aller mieux, je regarde autour de moi. Nous sommes dans une ruelle, plutôt calme, mais j'entends non loin de nous le bourdonnement des nombreuses personnes présentes sur le chemin de Traverse.
Nous marchons tranquillement, jusqu'à atteindre ce qui semble être une véritable avenue de magasin magique. Je ne peux m'empêcher de regarder partout, dans chaque vitrine, pour voir le moindre détail lié à cet endroit. C'est fou, quand on y pense, de se dire que nous sommes à Londres. Enfin, de nouveau ce n'est pas la ville que je connais, mais ça reste ahurissant.
— La boutique d'Ollivander est un peu plus loin.
Ils commencent à marcher, mais je ne les suis pas.
— Tu ne viens pas ?
— Vous avez oublié ? Je n'ai pas d'argent. Et vous ne m'avez pas répondu, on ne peut pas prendre de prêt chez Gringotts ?
Leur regard en dit long. Ils ne doivent même pas savoir ce que c'est un prêt… Aaah… ce n'est pas vrai, pourquoi faut-il que ça tombe sur moi ?
— Je peux te la payer, ta baguette, si tu veux.
Je jette un regard, mi-surpris, mi-affolé, à Draco.
— Tu plaisantes ?!
— Non, ça ne me gênerait pas, je t'assure.
Je lève les yeux au ciel, avant de lui répondre.
— Je refuse. Je ne vais pas te demander ça, enfin.
— Sauf que tu n'aurais pas à le demander, vu que c'est moi qui te le propose.
— Ma réponse est toujours non, dis-je d'un ton catégorique.
Pour clore la discussion, je me remets en marche. Chaque vitrine attire mon regard, même si aucune n'a l'air aussi folle et colorée que celle des frères Weasley. Je ne peux lâcher des yeux la pancarte disant "Farces pour sorciers facétieux". Juste avec ce que je peux voir de dehors, l'endroit m'a l'air magique. Enfin, encore plus que le reste. Mais, le problème de l'argent est toujours bien présent, alors il ne me sert à rien de rentrer à l'intérieur.
En passant devant le magasin de glaces de Florian Fortarôme, je sens mon ventre se rappeler à moi. Il est vrai que je n'ai pas mangé ce matin, ce qui n'était pas très intelligent. Mais, pour ma défense, je pensais pouvoir ramener Dumbledore à la raison, en lui rappelant que je n'avais pas la moindre pièce d'argent. Si mon plan avait été efficace, alors je n'aurais pas été ici, mais à la place, j'aurais été dans la Grande Salle, en train de manger.
Finalement, et cela arrive trop vite à mon goût, nous arrivons devant la boutique d'Ollivander, le meilleur fabricant de baguettes magiques.
Retarder le moment, ne sert pas à grande chose, alors je finis par rentrer dans la boutique. Ollivander ne tarde pas à apparaître et dès qu'il me voit, il me sourit.
— Oui, j'ai appris que vous deviez venir aujourd'hui. Dumbledore m'a prévenu.
C'est cool, est-ce qu'il a aussi précisé que j'allais devoir partir sans payer, ou est-ce qu'il me laisse la chance d'annoncer ça ?
— J'ai déjà préparé quelques baguettes pour vous d'ailleurs. Tenez, essayez celle-là.
Il n'attend pas avant de m'en mettre une entre les mains, et je me sens déjà ridicule car, évidemment, rien ne se passe. Ni avec les trois suivantes, et les trois qui suivent.
— Ne vous en faites pas, nous allons finir par trouver celle qui vous conviendra.
Ou alors, il n'y en a pas pour moi, car je ne suis pas une sorcière. Au moins, ça réglerait la question de l'argent.
— Oh, je sais ! Celle-ci, peut-être ?
Un essai de plus, ou de moins, je ne suis plus à ça prêt je suppose. Mais, cette fois, quand je la prends dans mes mains, je ressens quelque chose. Comme… comme si j'avais trouvé ma place. C'est une sensation très étrange et en même temps, familière. En soi, c'est perturbant. Mais Ollivander semble ravi de ma réaction.
— On dirait que nous avons finalement trouvé celle qui vous convenait, mademoiselle Maur. C'est une très belle baguette, de trente-trois centimètres, en bois de noisetier, avec un noyau en plume de phénix et d'une flexibilité étonnante. Je suis sûre que vous ferez de grandes choses avec elle.
Je ris doucement, pour cacher ma gêne. Bon, c'est le moment fatidique, je ne peux plus reculer. Et, alors que j'allais parler, pour avouer que je n'avais pas d'argent, Blaise s'avance vers Ollivander pour lui donner une petite bourse d'argent.
— Blaise ! Ce n'est pas parce que je t'ai dit non à toi, que tu peux payer à ma place !
— Oh, mais ce n'est pas moi qui paye. C'est Draco qui me l'a donné. Donc, c'est à lui que tu vas devoir t'en prendre, réplique-t-il avec un petit sourire en coin.
Je vais pour faire comprendre ma façon de penser au blond, mais quand je me retourne je me rends compte qu'il n'y a personne d'autre que nous dans la boutique.
— Il nous attend dehors.
Oh, très bien, il préfère que je lui fasse une scène à la vue de tous ? Très bien !
Avant que nous sortions, je remercie quand même Ollivander pour sa patience à mon égard. Et, une fois dehors, je cherche du regard Draco, mais sans y arriver.
— Où est-il ?
— Il avait une course à faire, il ne devrait pas tarder, dit Blais tout en haussant ses épaules. Viens.
Toujours à l'affût du blond, je suis Blaise sans faire attention à l'endroit où nous allons. Ce n'est que quand il me met dans les mains, un chocolat chaud, que je remarque que nous sommes devant chez Florian Fortarôme.
— Tu avais l'air d'avoir envie de te prendre quelque chose, quand nous sommes passés ici tout à l'heure.
— Oui, mais…
— Tu ne peux pas refuser maintenant, c'est déjà payer et je ne bois pas de chocolat, donc tu vas devoir te sacrifier.
Bah voyons, quelle belle excuse. Mais je ne dis rien, préférant attendre Draco, qui n'est toujours nulle part.
— On ne devrait pas retourner chez Ollivander ? Draco nous attend peut-être là-bas ?
— Non, je lui ai dit que nous allions venir l'attendre ici.
Oh, donc ils avaient préparé leur coup à l'avance ?
Finalement, au bout de quelques minutes, Draco nous rejoint, et il ne revient pas les mains vides. Dans ses bras, se trouve aussi une cage, assez grande et à l'intérieur il y a une magnifique chouette marron et blanche. Blaise semble aussi surprit que moi, et n'hésite pas à demander à Draco plus d'explication.
— C'était ça ton achat à faire, Draco ? Tu as un problème avec le Grand-duc que ton père t'a donné ?
Draco lève longuement les yeux au ciel, devant la réflexion de Blaise.
— Bien sûr que non, idiot. C'est pour Elena.
— Pour moi ? Je ne voulais déjà pas que tu payes ma baguette, d'ailleurs j'aurais pas mal de choses à te dire par rapport à ça déjà, mais en plus tu rajoutes une chouette à la liste ?!
— Pas n'importe laquelle, c'est une chouette hulotte, tu ne la trouves pas mignonne ?
Il essaye de m'amadouer, je le sens bien. Et je refuse de me laisser avoir par ce genre de stratagème.
— Ce que je pense d'elle ne rentre pas en ligne de compte, je…
Il me la met dans les bras, n'écoutant pas du tout mes remontrances, et prend ensuite la parole :
— Moi, en tout cas, je la trouve parfaitement adorable. Elle m'a fait penser à toi, c'est pour ça que j'ai prise celle-là.
Minute… Stop ! Est-ce qu'il vient de dire, indirectement, qu'il me trouvait adorable ? Non, j'ai dû rêver. Car… c'est impossible. N'est-ce pas ?! Il ne faut pas que je commence à prendre mes rêves pour une réalité. Pas que j'espère que Draco me trouve mignonne, ou quoi que ce soit d'autre d'ailleurs. Pas du tout. Quelle idée !
Avec cette intervention, j'ai totalement perdu le fil de mes remarques contre lui. Et, avec la chouette qui hulule dans mes bras pour attirer mon attention, c'est difficile de me concentrer sur autre chose.
Comment j'en suis arrivé de "je vais faire comprendre ma façon de penser à Draco" au fait de porter une chouette dans mes bras sur le chemin du retour ?!
