Même si, à mon sens, quelques biscuits ne remplacent pas un bon repas, je profite quand même fortement de ce déjeuner de fortune.

Notre seul cours de la journée a lieu du soir, comme il s'agit d'un cours d'Astronomie, alors nous avons encore toute l'après-midi devant nous. Et, alors que je réfléchis à ce que je pourrais faire de tout ce temps libre, la chouette, que j'avais presque oubliée, vient se poser juste devant moi.

— Est-ce qu'il ne lui faudrait pas un nom ?

Je regarde Blaise, surprise, puis me rends compte qu'il a raison. Je ne peux pas l'appeler "chouette" constamment.

— Elena, elle est à toi, alors tu te dois de trouver un nom parfait pour elle.

Je réfléchis pendant quelques secondes, tout en gardant mon regard fixé sur la chouette.

— Et pourquoi pas… Fanya ?

Je caresse doucement la tête de la chouette, tout en répétant le nom que je lui ai choisi pour voir si cela lui plait. Et, elle n'a pas l'air de détesté en tout cas.

— Comment t'es venue cette idée ?

Je me tourne vers Draco, comme c'est lui qui m'a posé cette question. C'est vrai qu'en soi, Fanya ne doit pas vouloir dire grand-chose pour eux.

— Je tiens ça de ma mère en fait. D'aussi loin qu'elle se souvient, elle a toujours été amoureuse du Quenya, ou du haut-elfique si vous préférez.

Leurs regards me prouvent qu'ils ne savent pas du tout de quoi je parle. Avec un léger rire, je reprends la parole :

— D'accord, alors comment vous expliquer ça facilement ? Je sais ! Vous voyez, je vous ai parlé des livres Harry Potter lors d'une de nos premières discussions ?

Ils grimacent quand ils m'entendent reprononcer ce nom, mais hoche la tête ne même temps.

— Eh bien, c'est loin d'être la seule œuvre populaire de là d'où je viens. Il y en a beaucoup d'autres, et l'une d'entre elles s'appelle Le Seigneur des Anneaux. Je vais vous passer le résumé de l'histoire, ça serait un peu trop long et compliqué. Mais dans tous les cas, là-dedans, les Elfes, ont leur propre langage et l'auteur l'a créé de bout en bout et cela a toujours fasciné ma mère.

Je vois bien qu'ils ne comprennent pas tout ce que je leur dis, mais au moins ils ont l'essentiel des données pour comprendre le reste de mon explication.

— Quand elle s'est mariée avec mon père, ma mère a pris son nom de famille, à savoir Maur. Elle était folle de joie de savoir que cela avait une consonance elfique et même une traduction officielle. Cela signifie "rêve" ou encore "vision". Et, quand ils m'ont eu, ma mère à chercher pendant longtemps un prénom qui pourrait rester dans cette atmosphère-là, tout en restant classique. C'est là qu'elle a trouvé l'idée de m'appeler Elena. Cela signifie "des étoiles" ou encore "stellaire". Donc, en soi, mon nom veut donc dire "rêve des étoiles".

Je souris en repensant à l'excitation de ma mère quand elle m'a expliqué tout ça la première fois. C'était pour mon sixième anniversaire et elle m'avait promis de m'offrir un jour ma propre édition de ces livres, pour que je puisse découvrir l'univers duquel j'étais, en quelque sorte, tiré. Et elle n'a pas manqué à sa promesse, quand elle a jugé que j'étais assez grande pour lire les livres de Tolkien, elle m'a offert la collection complète.

— Pour revenir sur Fanya, si je ne me trompe pas cela veut dire "nuage". Ma mère m'en parlait tellement, de cette langue, que j'ai finie par retenir plusieurs choses. Or, je trouve que cette adorable boule de plumes, ressemble à un beau nuage duveteux. En plus, elle est en partie blanche, donc ça lui va bien. Non ?

J'attends une réaction de leur part, pour voir si mon choix leur va. Même si c'est censé être ma chouette, du moins elle le sera entièrement quand j'aurais remboursé Draco, je n'ai pas envie que le nom que je lui ai choisie soit ridicule.

— Pour ma part, commence Blaise, je trouve ça mignon. Ça fait un peu trop fille, mais ça passe.

Un peu trop fille ? Je lève les yeux à cette remarque, mais ne dis rien.

— Je le trouve bien aussi et j'aime surtout ton explication autour de ce nom.

— Merci Draco, toi au moins tu sais être gentil.

Blaise semble scandalisé et me demande ce qu'il a pu dire qui n'était pas gentil. Je rigole devant ses hurlements, mais le laisse réfléchir seul pour trouver la réponse à ses questions.

Le reste de l'après-midi se passe dans la même ambiance et ça me fait du bien.

Une fois le soir venu, nous nous dirigeons vers la tour d'Astronomie, qui est la plus haute de tout le château. Sur le chemin, je vois le teint de Draco devenir blafard. Blaise ne semble se rendre compte de rien, alors je profite d'un moment où il va parler avec Théo, pour me placer à côté de Draco. Nous sommes encore dans le couloir et il se tient éloigné de tout le monde.

— Ça va aller ?

Il se contente de hocher la tête, doucement, sans être capable de parler. Il a beau me dire qu'il va bien, j'ai du mal à le croire. Il semble plutôt sur le point de tourner de l'oeil. Alors, sans réfléchir plus que ça à mon geste, sinon je sais que je serais mortifié d'oser faire ça si je prenais le temps d'y réfléchir, j'attrape sa main dans la mienne. Comme ça, à la vue de tous. Bon, d'accord j'exagère. Nous sommes toujours les derniers dans le couloir.

Mais, comme je sais très bien pourquoi il réagit de la sorte, je ne me vois pas le laisser dans cet état-là.

— Tu sais, je suis quasiment sûr qu'il est possible de rater ce cours.

Il me fait un sourire, qui ne vient clairement pas du coeur.

— Je doute que Rusard apprécie ton idée.

— Il n'a pas besoin de le savoir.

— Il le sait toujours.

À mesure qu'il parle, il semble reprendre vie. Son visage reprend même quelques couleurs.

— Désolé, depuis le temps, je ne devrais plus réagir comme ça face à cet endroit.

— Ne t'excuse pas, voyons ! Tu n'as pas à le faire. Je ne peux même pas imaginer ce que tu as dû ressentir. Mais tu n'es pas tout seul à présent et plus personne ne te forces à faire quoi que ce soit.

Il serre légèrement ma main, avant de se remettre en route. Nous sommes les derniers à arriver en classe, mais personne ne fait attention à nous. Alors, nous nous plaçons dans le fond pendant que madame Sinistra commence son cours. Et, durant les deux heures que nous passons dans cet endroit, aucun de nous deux ne lâche la main de l'autre.