Cela fait maintenant plusieurs jours que je suis au Square Grimmaurd. J'ai ainsi pu faire la connaissance de Tonks et du petit Ted qui est absolument adorable ! Sur le côté, j'ai aussi pu parler à de nombreuses reprises à Sirius, et même parfois à Remus en même temps. De ce fait, j'ai eu plus d'une anecdote sur les Maraudeurs lors de leurs heures de gloire. C'était très émouvant de les voir parler de cette époque, comme si elle datait d'hier. Même si, dans le fond de leur regard, il y avait aussi beaucoup de nostalgie et une pointe de tristesse.

Mais, sur le côté, l'élément qui m'embête le plus, c'est qu'Harry m'évite totalement. Je voulais m'excuser, car il est clair que je n'aurais pas dû parler de tout ça avec lui. Mais il ne m'en a pas laissé l'occasion. À la place, dès qu'il me voit dans une pièce, il part ailleurs

C'est pourquoi je suis plus que surprise de le voir entrer dans la chambre que Sirius m'a très gentiment prêtée pour le temps de mon séjour ici.

— On peut parler ?

Je hoche la tête timidement, n'osant pas dire quoi que ce soit, qui pourrait le faire fuir de nouveau.

— Je voulais m'excuser. Je n'aurais pu dû m'emporter l'autre jour, ni t'éviter comme la peste depuis.

Je vais pour lui présenter mes excuses, à mon tour, mais il m'interrompt avant que j'aie pu dire quoi que ce soit.

— Non, s'il te plait, laisse-moi finir. Ce que tu as dit était vrai et… c'est pour ça que j'aie aussi mal réagi. Ça, et le fait que j'ai failli dire quelque chose que je n'aurais pas dû dire. Enfin, ce que je veux dire, c'est que… tu sembles en savoir beaucoup sur nous, mais je suppose aussi que tu dois avoir des blancs sur certaines parties de tout ça, alors…

Il semble s'empêtrer dans ses propres explications, alors je viens à sa rescousse en parlant à mon tour.

— J'ai beaucoup réfléchi à ce que tu as dit. Et aussi, à ce que tu t'es empêché de dire. Et je pense savoir ce à quoi tu allais faire référence.

En dehors de ça, je ne vois pas ce qui aurait pu autant le mettre en colère. Alors, il doit s'agir des événements qui ont eu lieu dans la Tour d'Astronomie.

— Vraiment ? demande-t-il, presque sous le choc. Si c'est vrai, alors je comprends encore moins pourquoi tu es amie avec lui. Tu dois penser à autre chose et pas…

De nouveau, je lui coupe la parole :

— Tu voulais me parler du moment où Draco a fait face à Dumbledore.

Cette fois, il est véritablement sonné par ce que je lui dis.

— Tu le savais…

Je hoche la tête et me mets à lui expliquer rapidement comment je connais leurs histoires à tous. Les livres, le fait qu'il s'agit de son histoire, mais aussi les films et tout ce qui se trouve autour.

— On est… des personnages fictifs ?

— Oui. Et tu es le héros de l'histoire.

Il lui faut un moment pour accepter tout ça, chose que je peux comprendre. Déjà pour quelqu'un d'autre c'est dur à accepter. Mais lui, il est le personnage principal dans cette histoire, alors ça doit être encore plus compliqué.

— Ça fait beaucoup à apprendre…

— Je sais bien, je suis passé par là à mon arrivée.

— Par Merlin, c'est vrai ! Ça a dû être un bordel fou pour toi !

— Oui, c'est le cas de le dire.

Il reprend encore un moment pour réfléchir.

— Et du coup, tu sais tout ce qui m'est arrivé ?

— Pas exactement, à vrai dire.

C'est à mon tour de prendre mon temps, pour me demander comment je dois dire tout ça.

— En fait, l'histoire que je connais est bien différente de celle qui a eu lieu ici. Évidemment la base est la même. Mais ensuite… Plusieurs événements ont du ce sont dérouler de manières différentes.

— Lesquelles ?

Oulah, question piège.

— À vrai dire, je ne sais pas exactement lesquels avec précision. Je sais juste que…

Là, je bloque. Mais sous son regard insistant, je sais que je ne peux pas me défiler maintenant.

— Je sais juste que certains personnages qui sont morts dans les livres, sont en fait encore vivants ici.

Je l'ai dit d'une traite, sans doute un peu trop vite aussi, mais il a très bien compris chaque mot, j'en suis sûre.

— Qui… ?

— Je n'ai pas la liste exacte, mais… Eh bien… c'est compliqué. Mais c'est une bonne chose, car cela montre que votre histoire a été moins sombre que celle que je connais.

— Moi ?

— Non, tu es vivant. Tu étais le héros de l'histoire après tout. Bien que… Dans un sens, tu es presque mort une fois.

Il hoche la tête et je suis incapable de lire la moindre émotion sur son visage.

— Hermione ? Ron ?

— Vivant aussi.

S'il pouvait s'arrêter là, ça serait bien. Car sinon, il risque de rapidement atteindre plusieurs points sensibles.

— Les Weasley ?

Cette fois je ne réponds rien. J'évite aussi son regard, mais je finis par dire, une voix presque éteinte :

— Fred ne survit pas…

— Qui d'autre ?

— Harry, ça ne te servirait à rien de le savoir. Ce n'est pas ton histoire, juste… une autre version, je dirais.

— Je veux savoir quand même. S'il te plait.

Je hoche la tête, avant de reprendre la parole.

— Dumbledore, Rogue, Remus, Tonks, Dobby, Sirius ou encore… Cédric…

Son visage se décompose au fur et à mesure que je liste les noms. Et, quand il plonge son regard dans le mien, je sais déjà ce qu'il va y trouver. Une grande tristesse. Pas aussi grande que la sienne, mais je ne suis pas insensible pour autant.

— C'est horrible… Comment j'ai fait pour ne pas m'effondrer ?

— Tu es quelqu'un de fort. Et tu n'étais pas seul.

Il semble définitivement sur le point d'être malade.

— Attend… tu as dit Dumbledore ?!

— Eh bien, oui…

— Est-ce qu'il… il prend une grande inspiration avant de finir sa phrase. Il meurt à la Tour d'Astronomie, n'est-ce pas ?!

— Harry…

— C'est ça ?!

J'essaie de le calmer, mais rien n'y fait.

— Oui, mais…

— Je n'arrive pas à y croire !

Il se lève et se met à faire les cent pas. Il a hurlé tellement fort que je suis étonné que personne ne soit déjà arrivé pour voir ce qui était arrivé. Mais aucun bruit ne semble venir du couloir, tandis qu'Harry continue à vociférer sa haine.

Ne pouvant supporter de le voir comme ça plus longtemps, je me lève, l'attrape par les bras pour qu'il reste immobile et dit aussi fort que lui :

— Ce n'est pas Draco qui l'a tué !

Cela a au moins le mérite de le faire taire. Il n'essaie plus non plus d'échapper à ma poigne, alors je le relâche doucement.

— Quoi… ?

Je soupire fortement et reprends d'une voix plus calme.

— Dans l'histoire que je connais, tout comme ici d'ailleurs, Draco ne lui fait rien.

— Mais tu as dit…

— J'ai dit que Dumbledore mourrait bien à cet endroit-là. Je n'ai jamais dit que c'était la faute de Draco.

— Alors… qui ? Les mangemorts n'auraient jamais pu avoir le dessus sur Dumbledore !

Au moment même où il dit ces quelques mots, son visage montre qu'il a repensé à quelque chose.

— Rogue… ? C'est Rogue qui l'a fait ?!

— Déjà, de une on parle ici d'un univers fictif qui n'est pas ta réalité, Harry, alors calme-toi, je t'en prie. Et ensuite, tu ne sais pas toute l'histoire, il te manque tellement d'élément pour comprendre son geste ! Tu ne peux pas lui rejeter la faute !

— Mais c'est bien lui ?!

Il ne hurle plus, ce qui est déjà un bon point, mais il semble toujours fou de rage.

— Si tu acceptes de t'asseoir et de m'écouter calmement, alors je t'expliquerai en détail ce que je sais. Mais, encore une fois Harry, je ne peux te parler que de ma version, celle que j'ai lue dans un livre, mais pas de celle qui s'est réellement passée ici.

Il hoche la tête, et finit par s'asseoir sur le lit qui se trouve derrière nous. Je prends place à côté de lui, et commence doucement mon récit.

— Dumbledore avait trouvé la bague des Gaunt et il l'avait essayé. Il espérait, vu qu'il s'agissait aussi de la pierre de résurrection, pouvoir revoir sa soeur et ses parents. Sauf qu'il y avait un sortilège qui protégeait l'Horcruxe. Severus a pu intervenir à temps pour le sauver, mais il était mourant et il ne lui restait que quelques mois à vivre. Alors, il a demandé à Rogue de le tuer, le moment venu.

Harry va pour parler, mais je lui fais comprendre que je n'ai pas fini.

— Il faut savoir que, sur le côté, pour punir Lucius de son échec, Voldemort avait demandé à Draco de tuer Dumbledore. Ce dernier le savait. À côté de ça, Narcissa, ne pouvant pas supporter l'idée qu'il arrive quelque chose à son fils, a alors demandé à Severus de protéger Draco. Bellatrix, qui était présente à ce moment-là, a fait faire à Severus un serment inviolable, pour être sûr qu'il tienne sa promesse de le protéger, mais aussi d'accomplir sa mission si Draco venait à ne pas en être capable.

La suite est simple à deviner, mais je prends quand même sur moi pour la lui dire.

— Une fois le moment venu, Severus à tuer Dumbledore, c'est vrai. De ce fait, il a pu protéger Draco, tenir sa parole vis-à-vis du serment inviolable, mais aussi accepter la dernière demande de Dumbledore qui était de mourir vite sans souffrance…

Maintenant que j'y pense, ici, Dumbledore n'a pas dû mettre la bague. Ou alors, Severus a réussi à trouver un moyen de le sauver. Dans tous les cas, c'est par grâce à l'une de ses deux options qui fait que Dumbledore est toujours en vie.

Harry qui avait fini par accepter de rester silencieux jusque-là, reprend enfin la parole.

— J'ai du mal à imaginer que Rogue pourrait agir de cette manière.

— Oh…

Il relève la tête vers moi, ne comprend pas pourquoi je ne dis rien d'autre que cela.

— Quoi ?

— Non, c'est juste que… C'est vrai que je n'avais pas réfléchi à ça.

— À ça, quoi ?

— Eh bien, au fait que Severus, ici, est toujours vivant. De ce fait, tu n'as pas vu ses souvenirs.

— Ses souvenirs ?

Plus je parle, plus il est perdu. Dans un autre contexte, cela aurait pu être comique.

— Quand Severus meurt, il… il te confie ses souvenirs pour… eh bien, pour que tu puisses comprendre mieux plusieurs choses. Mais, ce n'est pas à moi de te dire tout ça. Comme dirait Hagrid, j'en ai sûrement trop dit.

— Pourquoi ? Qu'est-ce que ça change ? Dans l'histoire que tu as lue, je suis au courant, non ?

— Oui, mais uniquement car il est mort. Sans ça, je doute qu'il se serait ouvert de lui-même. Surtout à toi.

Il ne comprend toujours pas, et il me supplie de lui expliquer, mais je refuse.

— Non, n'insiste pas, je ne dirais rien. J'en ai déjà trop dit, mais c'était pour que tu comprennes mieux la situation.

Il n'apprécie pas que je lui refuse des réponses, mais arrête d'insister.

— Dans tous les cas, ici la situation a été très différente. Et Dumbledore est toujours en vie. En soi, c'est tout ce qu'il faut retenir.

— Et les autres aussi.

— Oui, de ce que j'en ai vu, beaucoup son rester vivant ici et j'en suis très heureuse.

Et, je suppose en tout cas, que c'est logique. Dumbledore étant toujours en vie, Voldemort avait beaucoup moins de chance de réussir. D'ailleurs, comme le directeur de Poudlard était toujours là, Voldemort n'a jamais pu croire que Severus était devenu le propriétaire de la baguette de Sureau. C'est pour ça qu'il ne l'a pas tué. Même si, bon, c'était aussi une preuve qu'il n'était pas de son côté. Mais il n'a pas dû avoir d'occasion de le tuer.

Et, de nouveau, avec l'un des plus grands sorciers qui aient jamais existé, toujours là, Voldemort n'a pas eu l'occasion d'attaquer Poudlard. Ou, s'il a essayé, son plan est tombé à l'eau. C'est sûrement là, la raison de sa défaite. Et ça explique aussi pourquoi il n'y a pas eu de tuerie. En fait, tout cela vient sans doute de la survie de Dumbledore.