J'ai du mal à croire que dans moins de deux jours, c'est déjà les vacances de fin d'année. Il faut dire que ces dernières semaines ont été tellement remplies, que je n'ai pas eu le temps de souffler une seule seconde. Une pause me fera du bien. Vraiment, du bien !
Mais avant, je me dirige vers la salle commune des Serpentard pour pouvoir profiter de quelques minutes de calme. J'adore toujours autant les cours que Remus me donne en plus du reste, mais aujourd'hui j'ai une migraine pas possible, alors j'ai besoin de silence autant que possible. Et, comme l'entraînement de Quidditch n'est pas encore fini, je suis déjà sûre de ne trouver personne dans la salle commune de notre maison.
Vu que le premier match aura lieu juste avant les vacances, tout le monde veut encourager au mieux les joueurs. Ce que je comprends tout à fait, après tout ça les motive et les forces, en quelque sortes, à se surpasser. Et, en temps normal, j'aurais été les encourager aussi avec plaisir. Mais pas aujourd'hui. Je me rattraperai vendredi, je ne m'en fais pas.
Une fois dans la salle commune, je profite du canapé pour me reposer et du feu de cheminée pour me réchauffer. Je somnole aussi, légèrement, jusqu'à ce que quelqu'un vienne s'asseoir à côté de moi. Je m'étends, et tente aussi de me réveiller autant que possible, avant de me tourner vers le nouveau venu. Il s'agit de Draco.
— Hey. L'entraînement est déjà fini ?
Je ne peux retenir le bâillement qui tentait de s'échapper depuis plusieurs secondes.
— Désolé.
Il rit doucement et ça me fait plaisir. Après les dernières vacances, cela a été un peu tendu entre nous. Il a, sans surprise, refusé de me dire pourquoi, mais je sens que c'est à cause de la présence d'Harry. Et ce dernier, comme s'il le savait, n'a pas cessé d'en jouer en venant me parler dès qu'il en avait l'occasion. Et, si Draco était dans le coin, il se faisait un plaisir de parler de nos, je cite : "vacance de rêve". Un véritable enfant.
Dans tous les cas, cela a mis du temps avant que Draco ne se comporte à nouveau normalement. Mais, maintenant, tout va bien.
— L'entraînement se finit bientôt, mais je suis parti avant pour pouvoir te parler.
— Oh ? Je t'écoute.
Je me redresse pour l'écouter. Il semble chercher ses mots et quand il commence à parler, il se met à éviter mon regard.
— Voilà, après les dernières vacances, je sais que j'ai agi comme un idiot.
Outch, mauvais sujet. J'espère que ça ne présage pas une discussion morose.
— Et, ce n'était pas seulement à cause de Potter, pour te dire la vérité.
— Ah bon ?
— Non, en fait… il soupire grandement, semblant toujours hésitant sur ce qu'il souhaite me dire. La vérité, c'est que je m'étais dit qu'après ces semaines de folie, si on en croit Potter, tu allais t'éloigner de moi.
Je le regarde, médusé par cette révélation.
— Quoi ? Mais… Pour quelle raison j'aurais fait ça ?
— J'en sais rien, c'est juste ce que je me disais. Or… Tu es une amie vraiment importante pour moi. Depuis que tu es arrivé, tu es la première personne avec qui je peux être vraiment moi-même. Je n'ai pas à cacher ce que je ressens, même si ça concerne… Enfin, tu vois ce dont je veux parler. Tu sais ce qui m'est arrivé et tu ne me juges pas. Et… je ne voudrais pas perdre ça.
Tout en finissant sa phrase, il me regarde droit dans les yeux et ce serait mentir de dire que cela ne me trouble pas. Pourtant, je ne devrais pas ! Il vient de le dire lui-même. Une amie. A-M-I-E. Rien d'autre…
— Tu n'as pas à t'en faire Draco, je t'assure que ce n'est pas mon but. Je suis vraiment heureuse d'être ton amie et je ne voudrais pas changer ça.
Enfin, si, mais ce n'est pas possible. Je voudrais être plus pour lui, je peux difficilement dire le contraire maintenant. Ça serait hypocrite alors que je passe mon temps à le chercher du regard, à sourire comme une idiote dès qu'il me fait compliment, à m'enflammer dès qu'il me sourit ou encore quand je sens mon coeur s'emballer dès qu'il est dans les parages.
Pour dire la vérité, j'ai fait l'autruche pendant un long, très long, moment. Je faisais tout pour nier cette attirance, car je savais qu'elle ne m'attirerait rien de bon. Et, à ma grande surprise, c'est Harry qui m'a poussé à ouvrir les yeux. À force de me faire des sous-entendus, des blagues qui ne faisaient rire que lui ou encore quand il m'a demandé de but en blanc si je ressentais quelque chose pour Draco. Là, j'ai été pétrifié par sa question et je n'ai rien su répondre. C'est après ça qu'il m'a demandé pourquoi est-ce que je ne lui avais pas encore dit, malgré le temps que nous passions encore. Tout ce que j'ai été capable de lui dire c'est que c'était impossible qu'il ressente la même chose pour moi. Harry n'a rien répondu à ça, mais il n'en avait pas besoin. Et j'en ai la preuve en ce moment même.
— C'est vrai que ces vacances m'ont rapproché d'Harry, mais ça ne change rien.
C'est la vérité. Depuis qu'il sait que je connais son histoire, il vient souvent me voir pour me parler de telle ou telle personne. Je ne les ai jamais rencontrés en vrai, comme quand il me parle de son oncle, de sa tante et de son cousin. Mais comme je connais leur histoire commune, c'est vers moi qu'il vient quand il a besoin de parler. À vrai dire, je suis touché qu'il se sente assez en confiance avec moi pour ça.
— Mais tu sais, je suis le genre de personne qui arrive à avoir pas mal d'amis et à toujours trouver du temps pour tout le monde. Même quand certains d'entre eux ne peuvent supporter d'être dans la même pièce.
Je tente une pointe d'humour, mais le coeur n'y est pas vraiment. Par contre, lui, ça semble le faire rire quand même.
— Malgré tout ça, et le fait que je suis rassuré, je voulais quand même te demander quelque chose.
— Bien sûr, oui, c'est vrai.
— Je me suis dit que tu voudrais peut-être visiter d'autres endroits que le château et… Dieu seul sait où tu as été avec Potter.
Je grimace doucement en souriant car, malgré toutes ses questions, j'ai toujours refusé de dire à Draco où j'étais pendant les vacances. Il a tout fait pour me faire avouer, mais je n'ai rien dit. Et Harry semblait plutôt rassuré sur ce fait. Pourtant, vraiment, je ne vois pas pourquoi ce secret est si important, maintenant que la guerre avec Voldemort est finie. Mais bon, ce n'est pas chez moi, alors ce n'est pas moi qui décide.
— Dans tous les cas, je me disais que tu pourrais venir chez moi, pour le temps des vacances.
Pause. Qu'est-ce qu'il vient de dire ?
— Tu veux dire… au Manoir Malfoy ?
— Oui.
Il n'est pas sûr de lui, je le vois à la façon dont il a d'éviter mon regard. Et, plus je prends de temps pour réfléchir, pire cela semble être pour lui. C'est sans doute pour ça qu'il finit par reprendre la parole.
— Mais si tu ne veux pas, ce n'est pas grave. Ce n'était qu'une idée. Tu préfères sûrement repartir avec Harry et…
— Non, au contraire je veux bien venir, mais… ton père est d'accord ? Et ta mère aussi ?
Il lui faut un moment pour comprendre, et assimilé, que j'ai accepté sa proposition. J'en profite pour continuer à lui faire part de mes doutes.
— Je veux dire, je suis ce qui se rapproche le plus d'une Sang-de-Bourbe non ? Même si, comme je viens d'un autre monde, ou Dieu sait quoi, je ne sais pas si ce terme s'applique vraiment à moi, mais... enfin, tu comprends l'idée je suppose.
Il grimace fortement en m'entendant dire ça.
— J'avais espéré que tu serais passé à côté de ce terme…
— C'est iconique. En mal, mais ça l'est quand même.
Il détourne le regard, avant de reprendre :
— Je ne suis pas fière de cette période de ma vie. Et, dit-il en me regardant de nouveau dans les yeux, je ne pense pas ça de toi.
Je vois bien qu'il est honnête.
— Et je te crois quand tu me le dis. Mais, qui dit Manoir Malfoy, dit…
— Mon père, finit-il à ma place. Oui, et il est d'accord.
— C'est vrai ?!
Ouah ! Je pense que c'est la plus grande surprise de l'année.
— J'ai dû le convaincre, mais il a dit oui quand même. Et je lui ai fait promettre d'être courtois envers toi.
J'ai peur d'avoir la réponse, mais je me dois quand même de poser la question.
— Et qu'est-ce que tu lui as promis en retour ? Car, de ce que je sais de Lucius, je ne le vois pas accepter ça sans contrepartie.
— Rien du tout.
Je vais pour répliquer que je ne le crois pas, mais quelque chose dans son regard m'en empêche. Je sens qu'il n'a pas envie de me le dire, alors je n'insiste pas.
— Eh bien, si tu es sûr de vouloir m'avoir dans tes pattes pendant deux longues semaines, je suis d'accord.
— Je suis sûr que ça ne sera pas si terrible, dit-il en retrouvant le sourire. Et, au pire, le Manoir est grand, je pourrais t'éviter facilement.
— Eh !
Je frappe son bras, pour lui faire comprendre que je ne suis pas d'accord avec ça. Et, c'est dans cette ambiance joviale que les autres élèves arrivent dans la salle.
