Le départ de Poudlard, pour aller au Manoir Malfoy, se fait juste après le petit déjeuner. Moment durant lequel je n'ai quasiment rien avalé, sachant que derrière il me faudrait transplaner.
Une fois en dehors du château, je prie de tout monde coeur pour ne pas vomir à mon arrivée. Déjà, parce que je doute que Draco apprécie. Et ensuite, car Lucius Malfoy ne doit déjà pas être très heureux de me voir chez lui pendant les vacances, donc autant éviter de lui donner une raison supplémentaire de me haïr.
Le moment fatidique arrive et je ferme violemment les yeux. Draco, au contraire d'Harry, à l'amabilité de me prévenir avant de transplanner. Le pauvre, j'ai quand même dû lui broyer la main, tant j'étais stressé à l'idée de devoir encore transplaner.
Je sais tout de suite quand nous sommes arrivés, car je sens mon estomac se soulever pour protester contre cette façon de voyager.
— Tu te sens bien ?
Je hoche la tête, tout en gardant toujours les yeux fermement fermés.
— Vous devriez vraiment tous songer à utiliser une autre façon de voyager. Pourquoi personne n'utilise de la poudre de cheminette, par exemple ?
— On ne pourrait pas ici, mon père a fait enlever la nôtre du réseau des cheminées quand…
Il n'a pas besoin de finir sa phrase pour que je comprenne. Quand Voldemort se croyait chez lui au Manoir Malfoy. Je comprends. C'est vrai que ça aurait été cocasse, si le Premier Ministre était apparu chez Lucius, en même temps que Voldemort. J'imagine très bien la scène et encore plus le cadavre qui se serait retrouvé sous terre suite à ça.
Une fois remise de mes émotions, nous nous remettons en route.
Sans surprise, Lucius Malfoy a interdit le transplanage sur son terrain. De ce fait, nous avons dû atterrir devant l'énorme portail qui annonce déjà la couleur. Une fois que nous avons passé ce dernier, nous devons traverser un long chemin de terre, entouré de grandes haies d'ifs finement taillés. Je suis incapable de voir clairement par-dessus, pour admirer les jardins qui se trouvent derrière, mais je ne doute pas que l'endroit doit être splendide. On peut dire beaucoup de choses sur cet endroit, notamment le fait qu'il soit trop voyant, mais il reste incroyable à voir.
Au bout de plusieurs longues minutes, nous arrivons enfin jusqu'à la maison. Il s'agit d'une énorme bâtisse, en pierre blanche qui surplombe tout le domaine.
— C'est… impressionnant !
Je n'ai pas d'autres mots.
L'intérieur du manoir est décoré de façon très distinguée, avec des mobiliers luxueux visibles un peu partout. Depuis le hall d'entrée, je remarque facilement, via une porte ouverte, un salon décoré plus simplement que le reste. Si je ne me trompe pas, c'est là que Voldemort tenait ses réunions avec ses Mangemorts.
— Viens, je vais te montrer ta chambre.
— Je ne devrais pas d'abord saluer tes parents ?
Il me semble que c'est ce que la règle de bienséance voudrait.
— Ne t'en fais pas pour eux, ils doivent être occupé je ne sais où. Tu auras bien assez de temps pour les voir durant toutes les vacances.
Ne trouvant rien à redire à cela, je le suis jusqu'à l'une des chambres de présente dans la maison.
— Voilà, et pour ma part je serais dans la pièce d'à côté.
Je lui souris et vais déposer mon sac de voyage sur le lit. Dire que je fais tache dans un tel environnement serait peu dire.
Durant l'un des week-ends, bien avant les vacances, Blaise et Draco m'ont amené de nouveau au Chemin de Traverse, histoire que j'y fasse quelques achats. Ma dette a donc augmenté d'un cran, mais je ne pouvais plus survivre avec seulement trois pauvres habits. Malgré tout, je n'ai pris que des choses d'occasion, sous le regard effaré de Draco et exorbité de Blaise. Je les entendais penser de là où j'étais, ils devaient se dire que j'aurais l'air d'une Weasley avec ses vêtements. Mais, à défaut d'être neuf, ils ont au moins le mérite d'être confortable. Alors cela me va. Et cela m'évitera de devoir travailler pendant dix ans pour rembourser Draco.
Malgré tout, autant j'apprécie vraiment ses quelques vêtements, autant ici… on voit tout de suite que je ne suis pas à m place. De ce fait, je me contente de déposer mon sac dans un coin de la pièce, pour que ma présence ne jure pas davantage.
— Je vais te faire visiter, si tu veux.
Je sursaute, n'ayant pas entendu Draco entrer dans la chambre.
— Désolé, je pensais que tu m'avais entendu.
— Ce n'est rien. Et, oui, je veux bien faire le tour du propriétaire, même si ça risque de prendre un moment.
Il rit doucement, et se retourne pour sortir de la pièce. Je n'attends pas avant de lui suivre et l'écoute attentivement quand il me parle de cet endroit. Il me raconte quelques anecdotes sur son enfance et les quelques, trop rares, bons souvenirs qu'il a d'ici.
Puis, alors que nous allions sortir du manoir pour qu'il me montre les jardins, nous tombons sur Narcissa. Elle est assise sur un siège, tenant un livre entre ses mains, mais relève le regard à notre arrivée.
— Oh. Vous devez être… Elena, devine-t-elle en me détaillant des pieds à la tête, d'un regard rempli de jugement.
Déjà elle connaît mon nom, c'est un bon début. Mais je me passerai bien du reste.
— C'est cela. Enchantée et merci de m'avoir accepté ici le temps des vacances.
— Draco a beaucoup insisté.
Elle n'en dit pas plus et garde vers moi un visage froid et une attitude pincé. Je ne m'attendais pas à un câlin et un accueil en fanfare, mais des deux, j'avais l'espoir le courant passe mieux avec Narcissa. De ce fait, j'ai encore moins hâte qu'avant de rencontrer Lucius.
Après, je ne suis pas plus étonné que ça. Narcissa Malfoy est souvent décrite comme étant glaciale avec ceux qu'elle n'aime pas. Et, justement, les gens comme moi font entièrement partie de cette catégorie, vu que cela concerne les nés-Moldus ou les hybrides. En soi, il n'y a vraiment qu'avec sa famille, ou les quelques rares personnes dans son entourage qu'elle juge digne, qu'elle est plus aimable.
— Bien, je vais aller montrer à Elena, nos jardins.
Elle se contente de reprendre sa lecture, pour nous faire comprendre, je suppose, que nous pouvons y aller.
Une fois dehors et hors de vue, Draco se tourne vers moi, d'un air contrit.
— Désolé pour ma mère, elle n'est pas comme ça tout le temps.
— Ce n'est rien. Je te rappelle que je savais déjà à quoi m'attendre quand j'ai accepté de venir.
— C'est vrai.
Il se mord la lèvre doucement, comme s'il hésitait à me dire autre chose.
— Cela a dû être différent chez Potter, non ?
Comment ai-je fait pour ne pas deviner que cette question allait tomber tôt ou tard ? D'ailleurs, pourquoi reste-t-il focalisé sur cette histoire ?
— Tu sais, je vais finir par croire que tu es jaloux.
Je ris doucement, en me tournant vers les jardins. J'ai un mouvement de recul quand je remarque qu'il y a quelque chose de vivant qui se trouve non loin de nous. Finalement, je comprends qu'il s'agit simplement d'un paon. Enfin… "simplement" ce n'est peut-être pas le mot, mais bon. Dans tous les cas, ce dernier est assez spécial, car il est entièrement blanc. Il se balade dans le jardin, comme si de rien n'était et ne faisant en aucun cas attention à nous.
— Une folie de mon père.
— Je trouvais déjà les paons majestueux, mais là c'est… ouah, je n'ai pas les mots.
L'un d'entre eux se tourne vers nous et fait la roue, ce qui rend le spectacle encore plus époustouflant.
Une fois que j'arrête de me concentrer sur les paons, Draco se tourne vers moi de nouveau.
— Alors, tu n'as pas répondu à ma question.
— Tu ne lâches jamais l'affaire, n'est-ce pas ?
Avec un sourire, je conçois quand même à lui répondre.
— C'était… à l'opposé de cet endroit.
Nous avançons, tandis que je parle, jusqu'à atteindre une très belle fontaine contre laquelle nous nous asseyons.
— Déjà, il n'y avait pas de jardin et l'endroit en lui-même était… Je ne dirais pas mal entretenu, mais ça se voyait que cela avait été laissé à l'abandon pendant de longues années. Il faudrait sûrement donner un bon coup de peinture, changer les meubles, passer un l'aspirateur et enlever cet horrible portrait dans l'entrée, je frémis doucement juste à ce souvenir. Si tout cela se faisait, je ne doute pas que l'endroit serait des plus charmants. Pittoresque, toujours, mais agréable.
Un paon nous a rejoints et pavane tranquillement devant nous.
— Ici, tout est différent, c'est sûr. L'endroit est somptueux. On se croirait dans le château d'un conte de fées. Tout est parfaitement réfléchi, de la hauteur des haies à l'emplacement de chaque meuble. Le terrain s'étend à perte de vue et je n'aimerai vraiment pas être votre jardinier. Et, en plus du reste, vous avez des paons albinos ! C'est juste fou.
Je fixe un point, sans but, avant de reprendre la parole.
— Après, l'endroit ne fait pas tout, tu t'en doutes. Je n'ai pas encore rencontré ton père, mais j'ai une idée de comment ça se passera le moment venu et… je ne pense pas pouvoir dire que j'ai hâte. Ta mère, eh bien c'est fait et ce n'était pas une joie ultime pour elle, ça c'est vu. C'est vrai que, chez Harry, la situation a été différente. Je ne dirais pas que j'ai eu le droit à un câlin par personne présent, mais presque.
Oui, presque, et ce n'est pas plus mal car au moins cela m'a permis d'éviter d'avoir Percy contre moi. Beurk… Il me semble que c'est le seul qui m'ait évité. Ah non, suis-je bête, il y avait Ron aussi !
— En fait, pour tout te dire, je trouve cet endroit magnifique, mais… Très froid aussi. Je ne sais pas comment je pourrais t'expliquer ça sans me perdre pendant des heures dans une explication sans queue ni tête.
Je réfléchis rapidement, pendant qu'il continue de me fixer.
— L'endroit est gigantesque, mais vous n'êtes que trois à y vivre. Chez Harry, l'endroit était bien plus petit et pourtant nous étions une quinzaine là-bas, à un moment donné. Il y avait toujours quelqu'un qui parlait, qui faisait du bruit, ou ce genre de chose. C'était vivant. Alors, qu'ici, la vie doit être terriblement calme et monotone, non ?
— Oui, j'ai déjà passé plusieurs jours, quand j'étais plus jeune, sans croiser ni ma mère, ni mon père.
— Cela doit être triste. Enfin, c'est comme ça que je le vois en tout cas.
Il hoche la tête, mais sans prendre la peine de me répondre.
Au moins, j'ai trouvé mon but pour ces vacances. L'aider à créer de beau souvenir dans cette maison. Pour qu'il n'ait plus jamais cette impression, peu importe quand il y reviendra !
