Depuis lundi, Blaise passe le plus clair de son temps, le nez dans un bouquin. J'ai presque l'impression d'avoir Hermione à mes côtés. Régulièrement, il vient vers moi, me pose des questions sur ce qu'a pu me dire Neville sur telle ou telle plante qu'on a étudiée en cours. Là encore, alors qu'il est en plein entraînement de Quidditch, je le vois se poser non loin de moi. Je suis quasiment sûre que c'est pour ça.
— Elena ! Qu'est-ce qu'il t'a dit déjà, par rapport aux Géraniums Dentus ?
Il est tellement prévisible…
Malgré ce que je pense, je lui réponds de bonne grâce. Déjà, parce que j'espère pour lui que ses efforts porteront leurs fruits. Il semble vraiment intéressé par Neville, après tout il ne mettrait pas autant d'énergie pour une histoire sans lendemain. Et aussi, car cela lui évite de me harceler pendant des heures pour avoir la réponse. L'une des raisons et donc, bien plus égoïste, que l'autre.
Je lui dis tout ce dont je me rappelle, en faisant de mon mieux pour n'omettre aucun détail. À la fin de mes explications, il me prend dans ses bras, en criant à qui veut l'entendre que je suis la meilleure. Je pourrais me sentir flatter, si ce n'était pas un comportement qu'il faisait à longueur de journée depuis lundi.
Je n'ai jamais rien eu contre les câlins, mais là c'est exagéré.
Alors qu'il va pour remonter sur son balai, plusieurs exclamations, suivies d'un bruit de chute se font entendre. Non loin de nous, Draco est à terre, et il se tient le bras tandis que tous les joueurs et madame Bibine se regroupent autour de lui. Blaise et moi n'attendant pas avant de rejoindre tout le monde.
— Il va falloir vous emmener à l'infirmerie monsieur Malfoy. Ah, mademoiselle Maur vous tomber bien, veuillez accompagner monsieur Malfoy voir madame Pomfresh.
— Oui madame.
Je rejoins Draco et l'aide à ce lever, tandis que madame Bibine demande aux joueurs de l'équipe de reprendre l'entraînement.
Alors que nous sommes à peine sortis du terrain, Draco commence déjà à s'agiter.
— Tu n'as pas besoin de venir avec moi, je peux y aller tout seul.
Son ton n'est pas glacial, mais ce n'est pas loin. Jamais il ne m'avait parlé comme ça jusqu'ici…
— Ne dis pas de bêtises, dis-je en tentant de garder contenance, même si je suis fortement blessé par son ton. Tu es blanc comme un mort, on dirait que tu peux faire un malaise à tout instant.
Il grimace et serre son bras plus fort contre lui.
— Je n'ai juste pas vu le Cognard venir vers moi. Ce n'est rien de grave.
Malgré ses protestations, je le guide jusqu'à l'infirmerie. Je n'y suis venu que deux fois depuis mon arrivée. Jusqu'ici, c'était à chaque fois à cause de Blaise. Il faut dire que les entraînements de Quidditch sont aussi violents que les véritables matches.
Quand nous y arrivons, il n'y a personne à l'intérieur. Draco va jusqu'au lit, moi sur ses talons, et fixe la porte sans rien dire.
Je n'ai pas besoin d'être télépathe pour comprendre qu'il préférait que je sois ailleurs.
— Bon… je ferais mieux de te laisser alors. Madame Pomfresh ne va sûrement pas tarder à revenir ici.
Il ne dit toujours rien, alors je fais demi-tour. Mais, alors que je n'ai pas encore atteint la porte, je me retourne vers lui.
— Je peux savoir ce que je t'ai fait au juste ?
Il ne s'attendait vraisemblablement pas à ce que je reprenne la parole, car il me fixe, les yeux ronds.
— Pourquoi tu agis comme ça avec moi ?
J'en ai marre de me taire. Pourquoi je devrais tout garder pour moi, après tout ? C'est vrai, j'ai le droit de savoir ce que je lui ai fait !
— De quoi tu parles ?
Il ne parle pas fort, au contraire de moi qui dois me retenir de ne pas hurler.
— Je parle de ton comportement glacial depuis plusieurs jours ! Du fait que tu me repousses constamment et aussi de ta façon de t'éloigner dès que je t'approche ! J'ai l'impression d'avoir la peste.
Il réfléchit à ce qu'il peut me dire et cela m'énerve encore plus.
— Est-ce que j'ai dit ou fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Si oui, pourquoi tu ne m'en as pas simplement parlé ? Là, c'est comme si notre amitié n'avait jamais existé et…
Non, je n'ai pas le droit de laisser mes émotions prendre le dessus. Sinon, je vais finir par pleurer. Et c'est la dernière chose que je veux faire devant lui.
— Tu m'as menti…
Sa voix est si basse, que j'ai l'impression de l'avoir imaginé.
— Quoi ?
— Vous m'avez tous les deux menti, toi et Blaise ! Vous sortez ensemble ? La bonne blague ! Pourquoi ne m'avoir rien dit ?
Cette fois, c'est à moi de le regarder sous le choc.
— Tu es sérieux ? Est-ce que tu veux qu'on parle d'Astoria, alors ? Et de vos futures fiançailles ? Tu es mal placé pour faire une leçon de moral ! Et puis, je peux savoir ce que tu sous-entendu par "la bonne blague" au juste ?!
Il me regarde, droit dans les yeux comme s'il me défiait de baisser le regard en premier. Mais je ne le fais pas, à la place j'attends sa réponse sans jamais faillir.
— C'est une blague, à mes yeux, car vous n'avez rien à faire ensemble. Lui, c'est un sang-pur tandis que toi tu n'es…
Il se retient de le dire, mais le mal est fait. Une Sang-de-Bourbe. Je sais très bien que c'est ce qu'il comptait dire et, cette fois, je me mets à éviter son regard. Je n'arrive pas à croire qu'il peut penser ça.
Je sens mes yeux me piquer, et avant que je puisse me retenir, une larme dévale ma joue.
— Je vois… Maintenant, je comprends mieux…
Ma voix est brisée, tout comme mon coeur. Jamais, je n'aurais cru qu'il pourrait avoir de tel propos à mon égard. Il m'avait certifié, à plusieurs reprises, que ce n'était pas ce qu'il pensait de moi. Qu'il avait changé et que plus jamais il ne dirait des choses pareilles. Il faut croire que j'ai eu tort de l'écouter sur ce coup-là.
— Non, ce n'est pas…
— Je ne veux rien entendre de plus, c'est bon. Tu as dit ce que tu avais à dire, et j'ai compris.
Pour le coup, je n'essaie même plus de retenir mes larmes. À quoi bon, c'était déjà flagrant que j'allais mal de toute façon.
Je fais demi-tour et cette fois je suis bien décidé à sortir, avant qu'il ait pu me dire quoi que ce soit. Je l'entends quand même ce lever et notamment souffrir à cause de son bras qui doit avoir plusieurs os cassés. Il tente de me retenir, mais je ne l'écoute pas. À la place, alors que je m'apprête à ouvrir la porte, je reprends d'une voix éteinte.
— Tu pourras te rassurer, et reprendre ton amitié avec Blaise. Nous ne sortons pas ensemble, il a dit ça pour cacher le fait qu'il était amoureux de quelqu'un d'autre. Alors, j'espère que cela te rassure de savoir que quelqu'un comme moi, une Sang-de-Bourbe, ne sort pas avec un Sang-pur comme lui.
Et, sans attendre une minute de plus, je sors de la pièce et referme rapidement la porte derrière moi.
Une fois dans le couloir, je ne fais aucunement attention à madame Pomfresh, qui arrive vers moi. Ni même à Blaise, qui a dû trouver une excuse pour quitter l'entraînement pour venir ensuite ici. À la place, toujours en pleure, je cours sans but pour m'éloigner de tout le monde. Espérant ainsi, même si c'est sûrement vain, pour réparer mon coeur qui est maintenant définitivement en miettes.
