Je me suis dirigée, sans but, à travers le château. J'ai fait de mon mieux pour ne croiser personne. À un moment, j'ai trouvé un lieu désert, où je me suis arrêté sans plus poser de question. C'est un endroit reculé, où personne ne doit jamais venir vu la couche de poussière. Au moins, je devrais être tranquille pendant un moment.
Je ne saurais pas dire depuis combien de temps je suis là, mais je sais que cela doit déjà faire un moment. Car mes yeux commencent à fortement me brûler, à force de pleurer, et pourtant je n'ai presque plus de larmes. En fait, je crois même que je n'en ai déjà plus depuis un moment. Mais l'humidité de mes joues est telle, que j'ai un doute.
Je suis recroquevillé au sol, les genoux repliés contre moi, mes bras attachés autour d'eux et la tête nichée dans le creux de ces derniers. Ce n'est pas la position la plus agréable, mais la douleur dans mon dos est une douce libération. C'est comme si elle m'empêchait, pendant quelques secondes à peine, de penser à Draco.
Finalement, malgré que cet endroit semble oublié de tous, j'entends des pas se rapprocher de moi. Je me refuse pourtant de relever la tête, sachant qu'elle devrait être capable de faire peur à Peeves, lui-même.
La personne finit par venir s'asseoir juste à côté de moi, sans rien dire pendant un moment. Je n'en ai pas envie, mais je relève quand même doucement la tête pour voir qu'il s'agit d'Harry.
— Comment… ?
Ma voix cassée, car je n'ai pas l'habitude de crier comme je l'ai fait contre Draco, mais il n'y fait pas allusion. À la place, il me montre le parchemin qu'il a entre les mains. Non, ce n'est pas ça. C'est une carte, celle des Maraudeurs. Évidemment, cela explique comment il m'a trouvé dans un tel endroit.
Sans plus de cérémonie, je replace ma tête entre mes bras, pour ne pas avoir à croiser son regard rempli de pitié.
— Tu veux en parler ?
— Non…
Il ne dit rien, me laissant sûrement du temps pour me calmer. Mais le pire, dans cette histoire, c'est que je ne suis même pas en colère. Juste triste, blessé et lasse…
— Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Malfoy ?
Je lui jette un regard, sans trop bouger car à force de pleurer, j'ai une migraine insupportable qui a pris naissance dans ma tête.
— Comment tu sais que…
Je me retiens de finir ma question. La carte, évidemment. Il a dû voir que j'étais avec Draco, puis que je suis partie en courant vers ici.
— Alors ?
— Je n'ai pas envie d'en parler.
— Pourtant, on m'a toujours appris que parler de ses problèmes, ça aidait à avancer.
— Sauf que là, ça n'aidera en rien.
Qu'est-ce que ça changera ? Harry s'énervera contre Draco. Ensuite, ils reprendront leur petite guerre qui n'a aucun sens, alors qu'ils commencent enfin à ne plus s'insulter dès qu'ils se voient ? Non, à choisir, je préfère éviter d'être la source de leurs futurs conflits. Pourtant, Harry refuse d'abandonner pour autant.
— Je te promets que je serais sage. Je veux juste comprendre ce qui a pu te mettre dans cet état-là. Et, accessoirement, j'aurais des questions pour toi.
Je me tourne un peu plus vers lui, et l'encourage à me poser ses questions si elle ne concerne pas Draco. Ce qu'il accepte.
— Il y a quoi entre Zabini et toi ? Non, car avant les vacances tu étais à fond sur Malfoy et maintenant j'apprends que tu es avec Zabini ? Je suis perdu.
Je souri doucement, d'un sourire sans joie, avant de lui répondre.
— Il n'y a rien. Blaise à faire croire ça quand Astoria nous a annoncé ses fiançailles prochaines avec Draco.
— Ses… QUOI ?!
— Ses fiançailles. Enfin, cela n'a pas encore eu lieu. Il me semble qu'elle a parlé, d'avant les vacances d'été, ou quelque chose dans le genre. Je t'avouerai que je n'étais pas la plus à l'écoute à ce moment-là…
— Merde, je n'étais pas au courant ! Il y a vraiment un truc entre eux ?!
Je hausse les épaules, n'ayant aucune réponse à lui donner. Oui, vu qu'ils vont se fiancer. Mais en dehors de ça, je n'en sais pas plus vu que Draco à passer son temps à m'éviter. Et, maintenant que j'y pense, c'était peut-être mieux ainsi. Au moins, même si c'était difficile, je n'avais pas l'impression d'être complètement brisé.
— D'accord, mais du coup, si Blaise a improvisé cette histoire de couple à ce moment-là, ça fait un moment que tu le sais. Donc, ce n'est pas pour ça que tu es dans cet état-là.
Au moins, on ne peut pas dire qu'il n'est pas intelligent, ou au moins, un minimum réfléchi.
— Aller, Elena, parle-moi. Ce n'est pas ce que font les amis ?
Je soupire, avant de lui raconter ce qui s'est passé à l'infirmerie. Le fait que j'ai eu besoin de comprendre le comportement de Draco, puis… les mots qu'il n'a pas osé dire, mais qu'il a clairement pensés.
— Je n'arrive pas à croire que ce petit con ait osé dire ça !
Je le fixe, calmement, avant de dire :
— Tu n'étais pas censé rester calme ?
Il me fait un sourire d'excuse.
— Si, c'est vrai, désolé. Mais…
— Pas de "mais", s'il te plait. Je… Je n'ai pas envie d'en parler.
Nous restons dans le silence pendant un temps, mais je sens qu'il a envie de parler de tout ça. Et cela ne manque pas.
— Pourquoi tu ne hurles pas ? Que tu ne déverses pas ta haine de lui, après tout ça ?
Je relève doucement le visage, que j'avais baissé pour fixer un point au loin, et le regarde droit dans les yeux.
— Parce que je ne suis pas en colère. J'ai… j'ai l'impression d'être détruite de l'intérieur. Jamais personne ne m'avait fait aussi mal, mais…
Je bloque sur les mots, avant de reprendre, d'une voix encore plus basse
— Je n'arrive pas à le détester.
Alors que je pensais avoir épuisé tout mon stock, je sens de nouveau une larme glisser le long de ma joue. Rapidement suivi par d'autres.
Harry me sert dans ses bras, sans rien ajouter. Sa présence est rassurante et, petit à petit, j'arrive à m'arrêter de pleurer. Et, quand il reprend la parole, son ton est plus doux, moins en colère.
— Tu sais, je vais peut-être regretter de dire ça, mais je ne pense pas que Draco ait pensé ce qu'il ait dit.
Je le regarde, bouche bée.
— Est-ce que le grand Harry Potter, que dis-je, le Survivant, est en train de défendre Draco Malfoy ?
— C'est ça, moque-toi. Mais je le pense vraiment. Il tient vraiment à toi, ça se voyait. Alors, il doit y avoir une raison qui l'a poussé à réagir ainsi.
Mouais… Ou peut-être que, sous l'effet de la colère, il a enfin trouvé le moyen d'être honnête.
D'accord, je pousse loin, après tout ça n'irait pas avec certains aspects de son comportement avec moi, mais… je ne sais plus ce que je dois croire.
— Dans tous les cas, peu importe comment il réagit, et surtout s'il veut s'excuser, il va devoir ramer !
Je jette un coup d'oeil à Harry, ne comprenant pas ce qu'il veut dire.
— De quoi tu parles ?
— Je dis que, s'il veut te présenter ses excuses, il va falloir qu'il fasse les choses en grand ! Hors de question que tu lui pardonnes, s'il vient te voir avec des yeux de chien battu en te disant simplement "pardon" ! Pas alors qu'il t'a mis dans cet état-là !
Donc, il est déjà certain que Draco voudra s'excuser. Super. Il est bien le seul. Mais bon, je le laisse faire ses plans sur la comète. Pour ma part, je ferme les yeux pour essayer de faire disparaître ma migraine qui prend de plus en plus d'ampleur.
