Quand j'arrive au niveau de la salle de classe de Severus, je suis étonné de la voir ouverte. D'habitude, elle est constamment fermée, qu'il y ait cours, ou non. Mais bon, c'est peut-être comme ça car il m'a demandé de venir. Au moins, je pouvais comprendre que j'allais le trouver ici. Ou alors c'est un oubli de sa part. Dans tous les cas, peu importe la véritable raison au final, je n'attends pas avant d'entrer. Je frappe quand même à la porte, pour faire entendre que je suis là.
— Professeur Rogue ?
L'intérieur de la pièce semble désert. L'endroit est parfaitement rangé et nettoyé, même si une légère odeur désagréable reste présente. Sûrement une potion qui n'a pas été bien réussie et qui a laissé une trace âcre dans l'air.
— Professeur, vous êtes là ?
Pourquoi me demander de venir, si au final il n'est pas là ? Enfin, il ne m'a pas dit de venir dans l'instant, c'est peut-être pour ça. Je vais pour faire demi-tour, quand je vois la porte se refermer d'un coup sec. Pourtant, il n'y avait personne, pas même un fantôme. Cela est donc dû à un sortilège. Quand j'arrive à son niveau, elle refuse de s'ouvrir. Elle a donc, bel et bien, dû être bloquée grâce à un sort.
— Qu'est-ce que… ?
Est-ce que c'est une espèce de blague ? Pourquoi quelqu'un voudrait faire ça ? Surtout dans cette pièce, sûrement la plus crainte de tout le château au vu de celui qui dispense les cours.
— Désolé, je t'assure que ce n'était pas mon idée.
J'arrête de bouger quand je reconnais la voix de Draco. Je lui tourne le dos, alors je ne vois pas où il était, mais je l'entends bouger pour se rapprocher de ma position.
— Rogue a accepté de nous prêter sa salle de classe et de nous laisser t'attirer ici en son nom. Tandis que Blaise s'est occupée du reste sans m'expliquer son plan.
Je ne me retourne toujours pas, n'ayant aucune envie de me retrouver face à lui.
— J'ai essayé de te trouver depuis hier, pour m'expliquer, mais c'était impossible. Et aujourd'hui, tu as passé tout ton temps avec les Gryffondor, alors…
C'est rare qu'il parle autant. C'est comme s'il essayait de faire disparaitre le silence qui règne dans la pièce autour de nous. Qu'il ne compte pas sur moi pour l'aider dans sa tâche.
— S'il te plait Elena, dit moi quelque chose. Ou au moins, regarde-moi, je…
Mais je n'en fais rien. J'ai tellement peur de craquer à nouveau si j'ai le malheur de croiser son regard. Pourtant, je n'ai jamais été du genre à m'effondrer en larmes à la moindre difficulté. Même quand j'ai ouvert les yeux vis-à-vis de Jack, j'ai tout fait pour rester forte. Mais, là j'en suis incapable. Comme si je m'étais plus attaché à Draco, qu'à n'importe qui d'autre dans ma vie. Enfin, c'est sûrement le cas, dans un sens. Et hier, tout a été réduit en miettes, même mon coeur…
— Je tiens à m'excuser, vraiment ! Hier, ce que j'ai dit… Par Merlin, c'est inexcusable ! Je te jure que je ne le pensais pas une seule seconde ! J'étais juste blessé et en colère car j'avais l'impression que vous m'aviez menti depuis le début.
Je ne réagis toujours pas, restant face à la porte, tenant fermement la poignée pour m'éviter de perdre totalement pied.
— Et tu avais raison, c'était égoïste de ma part de vous en vouloir pour ça. Moi-même, je vous ai caché des choses, alors je n'aurais pas dû réagir comme ça, mais…
Il ne finit pas sa phrase, comme s'il cherchait ses mots, sans y parvenir.
Je sens dans sa voix qu'il est sincère et qu'il s'en veut vraiment. Mais est-ce suffisant pour que je lui pardonne ?
— Je ne supporterai pas de perdre ton amitié, de te perdre toi, parce que je suis redevenu le petit con que j'étais plus jeune. Ce n'est plus moi. Du moins, je l'espérais…
Nouvelle pause durant laquelle je l'entends bouger encore une fois vers moi.
— Je n'ai aucune idée de ce que je pourrais dire ou faire pour que tu me pardonnes. Mais je suis prêt à tout. Alors, s'il te plait…
Cette fois, il est juste derrière moi, car même s'il s'est mis à murmurer sur la fin de sa supplique, je l'entends presque clairement. Ensuite, je sens qu'il attrape mon bras et me retourne doucement. Il ne me force pas, je pourrais très bien refuser de bouger si je le voulais, mais à la place, je me laisse faire.
Une fois que je suis face à lui, j'évite son regard, n'étant toujours pas sûr de pouvoir le supporter.
De son côté, il ne parle plus et attendant sans doute ma sentence. Je devrais sans doute lui crier dessus, lui hurler qu'il ferait mieux de me laisser sortir de cette pièce car je ne veux plus rien avoir affaire avec lui. Ou alors, je pourrais lui cracher mon venin au visage, pour qu'il comprenne à quel point il m'a blessé hier. Mais je n'y arrive pas. Au fond de moi, je ne me sens même pas en colère. Juste… triste.
— Je ne sais pas quoi te dire, Draco.
Ma voix est aussi hésitante que la sienne juste avant.
— Ce que tu m'as dit hier, ou plutôt que tu étais sur le point de me dire, c'était…
Je ne sais pas comment mettre des mots sur toute cette histoire.
De toute façon, il ne me laisse pas le temps de trouver une manière de lui détailler ce que j'ai ressenti. À la place, et pour la première fois depuis que je le connais, il me rapproche de lui, avant de me serre dans ses bras. Quand la situation avait été inversée, au début de l'année, j'avais été hésitante avec lui. Je ne voulais pas qu'il trouve que cela était bizarre, surtout qu'on ne se connaissait pas vraiment.
Mais, là, c'est différent. Il me serre fortement contre lui, me laissant juste assez d'espace pour pouvoir respirer et me sortir de cette situation si j'en ai envie. Mais…
— Je suis tellement désolé, Elena, vraiment…
Quand il parle, comme je suis toujours dans ses bras, je sens son souffle contre moi et c'est perturbant. Malgré tout ce qui s'est passé, je sens mon coeur se mettre à battre un peu plus vite.
— Je t'assure que s'il y avait un moyen pour effacer toute cette histoire, je le ferais sans hésiter.
Vu le ton désespéré de sa voix, je le crois. Il semble vraiment au plus mal à cause de tout ça. Presque encore plus que moi.
— Je ne pensais pas un traitre mot de ce que j'ai dit… Je voulais juste…
Il soupire, puis je le sens prendre une grande inspiration, comme pour ce donné du courage.
— Je voulais juste que tu ressentes la même souffrance que moi, mais… C'était tellement stupide ! Je ne me suis pas rendu compte de ce que j'étais en train de dire, jusqu'à ce que je voie ton regard embué par les larmes.
Il resserre sa prise autour de moi, comme s'il avait peur que je tente de m'échapper. Alors que, jusqu'ici, je n'ai fait aucun mouvement pour fuir son étreinte.
— J'ai agi comme le pire des salauds, et c'est peut-être fou de ma part d'imaginer que tu puisses me pardonner…
Il se recule doucement pour pouvoir me regarder dans les yeux. Et, cette fois-ci, je ne détourne pas le regard.
— Mais, si c'est possible, alors je ferais tout pour cela arriver. Car je tiens vraiment à toi Elena, et je refuse de te perdre.
Je déglutis, ayant du mal à respirer alors qu'il me regarde avec une telle intensité.
— Draco, je…
Non, je n'arriverais pas à parler s'il continuait de me fixer de cette manière. Alors, je m'écarte à mon tour, ayant besoin de marcher pour penser à autre chose.
— Je ne suis pas en colère contre toi.
Je sens qu'il veut dire quelque chose, mais je l'en empêche.
— Non, s'il te plait, laisse-moi parler.
Je souffle, ne sachant pas comment je peux lui dire cela, sans dans le même temps lui faire part de mes sentiments pour lui. Car, ça, il est hors de question que je lui dise !
— Je devrais être folle de rage pour toute cette histoire. Crois-moi, j'essaye de me convaincre de l'être depuis hier. Mais je n'y arrive pas.
Au grand désespoir d'Harry qui m'a dit que ça aurait pourtant été plus simple. Et il a sans doute raison.
— Tu m'as vraiment blessé, c'est vrai. Et ça m'a touché à un point que tu n'imagines pas. Et pourtant, je suis incapable de te détester. Car je sais, ou plutôt j'espérais, que tu ne le pensais pas vraiment. Que, comme tu l'as dit, c'était juste sous le coup de la colère. Comme… une façon de te protéger toi-même.
Après tout, c'est plus simple de faire souffrir quelqu'un, plutôt que de faire face à notre propre douleur. Je pense qu'on a déjà tous, au moins une fois, fait face à ce sentiment. Cependant, tout le monde n'a pas été jusqu'à franchir la ligne.
— Je te crois, quand tu dis que tu ne le pensais pas. Ça n'enlèvera pas tout ce que j'ai ressenti, mais je conçois quand même à accepter tes excuses.
Quand je lui jette un coup d'oeil, j'ai l'impression qu'un poids énorme s'est enlevé de ses épaules. Malgré tout, son regard continue de me montrer qu'il n'est pas sur de ce que je vais lui dire après ça.
— Je ne peux pas simplement faire comme ci tout ça n'avait pas eu lieu. Je ne suis pas une sainte. Mais, si j'ai ta parole que cela n'arrivera plus, et pas seulement avec moi, alors je pourrais passer l'éponge sur cette histoire.
En quelques pas, il réduit l'espace qui nous séparait pour me reprendre dans ses bras. Si ça continue je vais y prendre goût. Pas que j'en ai le droit, loin de là. Même si nous reprenons où on en était avant-hier, cela ne change rien au fait que je n'ai aucune chance avec lui. Mais je n'ai pas envie de penser à ça pour le moment. J'ai déjà été assez déprimé pour un moment, alors je vais plutôt profiter de cette étreinte le temps qu'elle durera.
