Depuis le jour de la Saint-Valentin, je n'ai plus eu d'autre attention de mon mystérieux admirateur secret. À tel point que je me demande si je n'ai pas simplement imaginé toute cette histoire. Je n'étais peut-être pas la personne ciblée. Ou alors, j'ai raté quelque chose depuis. Dans tous les cas, cela fait plusieurs semaines, alors je pense que je vais arrêter de chercher. Si cette personne veut se faire connaître il ou elle n'aura qu'à sortir de l'ombre.
Mais aujourd'hui, j'ai autre chose à faire. Notamment un cours de Potions avec Severus qui s'annonce en grande partie… chaotique. En effet, cela fait maintenant six mois que les cours ont commencés, donc il est temps pour nous de découvrir si notre Felix Felicis a été réussi. Ce qui, au vu de la tête de certains, ne semble pas être le cas.
— Comme je m'en étais douté, la réussite de cet exercice a été des plus décevants. Pour certains, cela ne m'étonne guère.
Le regard qu'il jeta à Harry, Ron ou encore Neville me donne envie de rire. Peu importe les années qui passent, la rancœur entre eux est toujours bien présente.
— Pour dire la vérité, et cela ne m'étonne pas vraiment, une seule a été réalisée à la perfection.
Il jette maintenant un regard à notre table, à Draco et à moi, et je ne peux retenir le léger rougissement qui prend naissance sur mes joues. Pourtant, je n'y suis pas pour grand-chose. Tout le mérite revient à Draco. Moi je me suis contenté de faire quelques petites étapes sans trop de risques.
— D'autres ont frôlé de peu la réussite, ce qui est déjà un très grand pas en avant. Et, malheureusement, notre cher directeur refuse que je vous fasse goûter à toutes vos potions. Notamment celles qui sont ratées…
Severus semble vraiment dépité par ce constat. Pourtant cela aurait pu être drôle, dans un sens. Si je me souviens bien, les effets secondaires, pour le Felix Felicis, ne sont pas trop dramatiques. Étourdissement, un excès de confiance en soi et aussi une tendance à être imprudent. Bon, ce dernier point pourrait éventuellement poser problème. Certes.
— Mais je tiens quand même à féliciter ceux qui ont réussi. Je vous remets donc ces flacons, remplis de vos potions. Cela pourrait peut-être vous servir un jour.
Il n'a que deux flacons avec lui et il en donne à un Draco tandis que le second me revient. Ouah, j'ai l'impression d'avoir hérité de la place d'Harry pour le coup. Encore une fois.
— Bien, maintenant nous allons travailler sur un autre projet.
Après ça, le cours se passe normalement. Nous suivons les instructions, Severus s'en prend à plusieurs reprises aux Gryffondor, qui ne font rien pour ne pas attirer les foudres du Maître des Potions.
Une fois que la fin du cours est là, tout le monde s'en va sans demander son reste.
— Tu viens Elena ?
— Partez devant, je vous rejoins dans une minute.
Draco me jette un regard surpris, mais entraîne Blaise à sa suite malgré tout. De mon côté, j'attends que tous les élèves soient partis, pour aller voir Severus.
Cela fait un moment que je veux lui parler. Mais je n'ai jamais eu le temps. Soit il partait avant les derniers élèves présents dans la salle. Soit il devait rester avec quelqu'un pour lui mettre une retenue. Soit… je me dégonfler. Mais aujourd'hui, j'ai décidé de prendre mon courage à deux mains. Et je n'ai même pas eu besoin de prendre du Felix Felicis pour ça.
Je m'avance donc vers le bureau, légèrement hésitante, malgré ma détermination.
— Professeur Rogue, je peux vous poser une question ?
— Allez-y, dit-il sans même relever les yeux vers moi.
J'hésite une seconde, mais… non, il n'est pas question que je repousse à nouveau ce moment.
— Peu de temps après la rentrée de janvier, vous avez aidé Draco à avoir une discussion avec moi. Pour quelle raison ? D'habitude, vous ne vous occupez pas des histoires de vos élèves.
Il me fixe un moment, comme s'il pesait le pour et le contre avant de me répondre. Ou peut-être qu'il se demande simplement pourquoi je ne lui en parle que maintenant.
— Car je me suis reconnu dans cette histoire.
Oh ? Oh ! Oui, l'histoire avec Lily.
— Vous parlez de…
— Oui. J'ai fait une erreur qui m'a suivi toute ma vie. Je n'allais pas laisser Draco faire de même.
— Enfin, la situation était quand même légèrement différente ici.
Il ne me répond pas, au contraire même, il me contourne et sors de la pièce.
Ça veut dire quoi ce silence ? Depuis quand il snobe les gens ?! Enfin, plutôt, depuis quand il snobe une élève de Serpentard ? Et puis… ai-je rêvé où est-ce qu'il a sourit ? Non, j'ai dû imaginer tout ça, ce n'est pas possible.
Je sors à la suite de Severus, et je retrouve Draco et Blaise qui m'attendent, comme je m'y attendais.
— J'aurais pu vous retrouver dans la Grande Salle, vous savez.
Ils haussent les épaules en même temps, tandis que nous commençons à marcher.
— Elena, tu penses que…
— Arrête Blaise, c'est stupide.
Je les regarde, sans comprendre leur discussion. Blaise a baissé la tête, dépité, tandis que Draco consent à m'expliquer.
— Il veut te demander ta dose de Felix Felicis. Il m'a tanné avec ça pendant qu'on t'attendait.
— Pourquoi est-ce que tu en aurais besoin ?
Alors même que je pose la question, la réponse me vient en tête. Neville. De ce fait, avant qu'il ne puisse me répondre, je reprends rapidement la parole.
— Blaise, tu n'as pas besoin de ça pour… Enfin, pour tu-sais-qui. Non, ce surnom est stupide, j'ai toujours l'impression de parler de Voldemort !
Les deux s'arrêtent de marcher et me fixent en silence. Malgré le temps qui a passé, peu de gens sont capables de dire son nom à haute voix. Mais, n'ayant pas vécu tout ce qu'ils ont vécu eux, je n'ai pas le même a priori.
Ne faisant pas attention à ce détail, je prends Blaise par les épaules pour être sûr qu'il me regarde droit dans les yeux.
— Tu n'as pas besoin de chance dans cette histoire.
— Mais…
— Non, pas de "mais". Tu es quelqu'un de génial, oui tu joues au con très souvent, mais tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. Après, jusqu'ici, tes attentions ont toujours porté leurs fruits, non ?
Il hoche la tête, et en même temps, il n'a pas vraiment le choix. Ça serait mentir sinon.
Depuis la Saint-Valentin, Blaise a refait plusieurs cadeaux à Neville. Toujours sous le couvert de l'anonymat, à mon grand désespoir. Il lui a offert plusieurs plantes, qu'on ne trouve logiquement qu'à l'étranger. C'est arrangé pour lui offrir un livre extrêmement rare sur les différentes espèces de fleurs qui existent. Et a même été jusqu'à lui offrir des places pour le festival des plantes aquatiques magiques.
— Alors pourquoi penses-tu encore que ça pourrait ne pas marcher ?
— Car je suis… moi ? Et que je te rappelle que cette personne me déteste.
C'est vrai qu'ils ne sont pas les meilleurs amis du monde. Pourtant, Blaise a fait des efforts depuis qu'il s'est rendu compte que le Gryffondor l'intéressait. Ou peut-être a-t-il fait des efforts et que, suite à cela, il s'est rendu compte de ses sentiments ? Dans tous les cas il appelle Neville par son prénom, n'a plus jamais essayé d'insulter un membre de sa maison et lui dit même "bonjour" quand il le croise en cours. Bon, souvent il y a d'autres personnes de présents, donc Neville ne doit pas savoir qu'il s'adresse à lui. Mais c'est déjà un bon début.
Du côté du Gryffondor, il ne se met plus sur la défensive dès que Blaise et Draco sont dans les parages. Déjà, c'est une bonne chose, ça montre qu'il sait que ces derniers ne vont pas l'insulter et donc qu'il n'aura pas à répliquer. En dehors de ça… Eh bien, comme je ne peux pas parler de lui à Neville, je n'ai aucune idée de ce qu'il pense de Blaise.
— Franchement Blaise, je t'assure qu'utiliser du Felix Felicis pour ça, ça serait du gâchis. Va plutôt voir cette personne, et soit honnête.
Il refuse en bloc, sans même me donner le moindre argument. Il va même jusqu'à reprendre sa marche, sans nous attendre. Voyant cela, je décide de jouer le tout pour le tout.
— Alors je ne t'aiderai plus.
L'effet est immédiat, il s'arrête net, avant de se retourner vers moi.
— Tu ne peux pas faire ça !
— Oh si, crois-moi. Après tout, pourquoi je t'aiderai si au final tu n'en as rien à faire ?
Il me rejoint en quelques enjambés, sans doute pour ne pas avoir à crier dans le couloir.
— Je n'en ai pas du tout rien à faire !
— Je te croirais quand tu te seras décidé à bouger. Maintenant, tu m'excuseras, mais j'ai faim.
Je le contourne et recommencer à marcher en direction de la Grande Salle, Draco sur mes talons. Blaise, lui, ne bouge pas pendant un moment, puis il court jusqu'à nous.
— Tu plaisantais quand tu as dit que tu allais arrêter de m'aider, n'est-ce pas ?
Son ton est à la limite de la supplique, ce qui pourrait me faire rire. Mais, à la place, je reste neutre, comme si je ne l'avais pas entendu.
— Elena ! Dit moi que c'était une blague !
C'est, toujours, dans un silence royal que j'arrive dans la Grande Salle et que je vais m'asseoir. Hors de question de revenir sur ce que je lui ai dit. Avec un peu de chance, ça suffira pour le motiver.
