S'il y a bien quelqu'un qui me désespère, c'est bien Blaise. Cela va faire bientôt deux mois qu'on a eu le Felix Felicis. Donc, cela fait autant de temps que j'ai arrêté de l'aider. Et pourtant, il n'a toujours rien fait de plus par rapport à Neville.

Oh, bien sûr, au début il m'a supplié de trouver de nouvelles informations pour lui. Il a même été jusqu'à se prosterner à mes pieds, signes qu'il était vraiment au fond du gouffre je pense. Et pourtant, comme j'ai refusé une énième fois de l'aider, il a simplement… tout arrêté.

J'ai vraiment envie de lui foutre des claques parfois.

Mais aujourd'hui, j'ai autre chose en tête. Cela m'inquiète un peu, pour dire la vérité. Car Dumbledore en personne, m'a convoqué dans son bureau.

Je n'ai jamais été le genre de personne à être obligé d'aller voir le directeur. Je n'étais pas turbulente, ni bavarde, ça a dû jouer. Après, je n'étais pas non plus une tête de classe, mes résultats étaient bien trop moyens. En fait, j'étais tout simplement la fille discrète, que peu de gens remarquent. Qui s'assoit contre un mur, ou à côté de la fenêtre et qui passe plus de temps à griffonner dans un coin, qu'à écrire ses cours. Cependant, je m'en suis toujours sortie car j'écoutais. Et, souvent, cela me suffisait pour mes examens.

Bref, aujourd'hui ce n'est pas la question.

Je monte calmement les escaliers me menant dans le bureau de Dumbledore.

— Mademoiselle Maur, je vous attendais.

Il me désigne une chaise, alors je n'attends pas avant de m'asseoir face à lui. Ensuite, j'attends qu'il m'explique la raison de ma présence ici. Et cela ne tarde pas à venir.

— J'ai une grande nouvelle à vous annoncer.

— Ah bon ?

— Oui. Je sais comment vous renvoyer dans votre monde.

Oh… Oui, évidemment, j'aurais dû le deviner. C'était logique. Mais… je me suis tellement habituée à vivre ici que je ne pensais plus vraiment au moment où j'aurais à rentrer chez moi. À vrai dire, il ne m'arrivait même plus à me dire que je n'étais plus originaire de ce monde.

— Vous ne semblez pas réjouis. Pourtant, le jour de votre arrivée, vous sembliez pressé. Alors, j'ai pensé que cela vous ferez plaisir.

Tout en parlant, il aborde un léger sourire, très discret sous sa longue barbe, qui me fait croire qu'il sait déjà à quoi je pense.

— Absolument, ça me rassure de le savoir.

Au moins, je sais que c'est possible. Mais…

— Vous préféreriez plutôt rester, non ?

— C'est que…

Que quoi ? Qu'est-ce que je suis censé dire ?

— Je n'aurais pas cru que j'arriverai à trouver une place, ici.

C'est vrai, en arrivant j'étais tellement paniquée ou sûre d'être en train de devenir folle. Du coup à aucun moment je me suis dit : c'est bon, Elena, aujourd'hui commence le premier jour de ta nouvelle vie.

— Alors, c'est vrai que je voulais rentrer, et c'est sûrement ce que je devrais faire d'ailleurs, mais…

En suis-je vraiment capable ? Enfin, oui, je le peux, ça ce n'est pas la question. Du moment que quelqu'un sait comment faire, c'est possible. Mais… en ai-je vraiment envie ? Est-ce que je souhaite vraiment abandonner Poudlard et tous les gens qui vivent ici ?

— Vous n'êtes pas obligé de vous décider tout de suite. Cela peut attendre quelques jours, si vous le désirez. Ou même, encore plus longtemps.

Malgré tout ce que je viens de penser, une question me reste en tête.

— Est-ce que ce n'est pas gênant ?

— Comment ça ?

— Que je reste, je veux dire. Alors que ce n'est pas mon monde ?

— C'est un événement sans précédent, alors je suppose que rien ne l'interdit.

Il le "suppose" ? Ce n'est pas très rassurant. Mais il n'a pas tort aussi. Après tout, si j'avais dû avoir des problèmes, ne les aurais-je pas déjà eus ? Cela va faire bientôt faire huit mois que je suis ici, après tout. Or, aux dernières nouvelles, je n'ai pas fini oublietté, ni à Azkaban. Ce qui, n'est pas plus mal. Si un jour cela doit arriver, j'espère qu'on me laissera le choix et je prendrais, sans aucune hésitation, le sortilège d'amnésie.

— Prenez donc le temps d'y réfléchir, mademoiselle Maur. Tant que vous souhaitez rester, vous êtes la bienvenue ici. Et, si vous désirez repartir un jour, vous n'aurez qu'à venir me voir.

— D'accord.

Après cette assez courte discussion, il me laisse reprendre le chemin de la Salle Commune des Serpentard. Je ne mets pas longtemps avant d'y arriver, mais durant tout le chemin, je suis plongé dans mes pensées. Que devrais-je vraiment faire ? Rentrer chez moi, essayer de remettre de l'ordre dans ma vie. Ou rester ici et profiter autant que possible de cette chance unique qui s'est présentée à moi ?

La partie raisonnable de mon cerveau me supplie de faire le premier choix. Après tout, je n'appartiens pas à cette réalité-ci. Mais mon coeur, lui, voudrait rester dans ce monde et notamment au côté d'un certain blond. D'ailleurs en parlant du loup, je tombe directement sur lui en arrivant dans la Salle Commune.

— Alors, qu'est-ce que Dumbledore te voulait ?

Devrais-je leur dire la vérité ? Je ne sais pas trop comment ils pourraient réagir. Cependant, leur mentir n'est pas non plus une bonne idée. Après, je pourrais toujours leur dire tout, une autre fois, non ? Histoire de réfléchir de mon côté à ce que je vais faire. Je ne peux pas me permettre d'être influencé par quiconque. Surtout pas par Draco et Blaise. Car, s'ils me demandaient de rester, je le ferais sans hésiter. Et, s'ils me disaient de rentrer, je le ferais aussi, mais le coeur brisé.

— Rien de très intéressant, il voulait juste savoir si tout allait bien pour moi.

Ce n'est pas un mensonge total, après tout il s'est vraiment intéressé à mon état émotionnel dans un sens. Simplement, je cache la raison principale de cette convocation. C'est mieux pour le moment. Et j'espère de tout coeur que, quand ils sauront la vérité, ils ne m'en voudront pas de le leur avoir caché.