Disclamer : J.K Rowling a les droits de Harry Potter. Moi, je ne me sers que des personnages sans aucun but lucratif. C'est un plaisir fait par une fan pour des fans.
Résumé : C'était aux alentours de Noël 1998 que Dudley et Harry décidèrent de s'envoyer des cartes pour les fêtes.
Note de l'auteur : Cet OS était ma participation au concours de fictions de Noël de la page Facebook « La Plume de Poudlard – Actualités du Wizarding World ». Maintenant que le concours est passé, et après accord des organisateurs, je peux la poster ici. Les règles étaient : pas plus de quelques pages, l'histoire se situe en 1998 et l'épilogue n'est donc pas à prendre en compte, la placer durant les fêtes de fin d'année, happy end pas obligatoire, un retournement de situation est cependant attendu (une nouvelle romance, un personnage qui change du tout au tout, à nous de voir!)
Carte de Noël et rédemption
Assis sur un tabouret, ses bras posés sur le bois du bar, Dudley jouait nerveusement avec sa tasse de café, la faisant passer d'une main à l'autre. C'était pourtant bien lui qui avait eu cette idée et alors qu'elle se réalisait, il comprit qu'il n'avait pas grand chose à dire. L'envie était là mais les mots se perdaient dans sa gorge. Il ne trouvait pas la manière de les dire ou son choix de vocabulaire lui paraissait trop faible, incapable de véhiculer tout ce qu'il aurait aimé exprimer, tout ce qu'il ressentait. Alors il était là, assis, dans un silence gêné perturbé par les discussions des clients et par les musiques de Noël aussi clichées qu'éculées et pourtant réconfortantes. A ses côtés, Harry buvait sa boisson, semblant ne pas souffrir de ce handicap.
- Vous êtes bien rentrés à Privet Drive ? Lui dit son cousin pour lancer la conversation
- Oui ! Oui, on est bien rentrés... Peut-être deux semaines après la fin de la guerre chez toi ? Apparemment, c'était compliqué. Une histoire de ministère ou je ne sais quoi...
- Le ministre a été assassiné par Voldemort. Son remplaçant était contrôlé magiquement. Donc oui, après la fin de la guerre, il a fallu élire un nouveau chef pour le ministère.
- Je comprends... Alors il est mort ? Voldemort ?
Harry acquiesça.
- Tes parents peuvent reposer en paix. C'est bien.
Dudley but d'un trait son café, en commanda un autre.
- Tu t'es encore musclé, on dirait. Commenta le sorcier. Tu continues la boxe ?
- Oui, ça me fait du bien en fait. Dans la tête comme dans le corps. Même si je ne suis pas assez doué pour en faire une carrière.
- Tu te sous-estimes, je pense. Je parle d'expérience. Plaisanta Harry
Même s'il l'avait dit sans une once de méchanceté, sur le ton de l'humour, la remarque blessa Dudley. Elle le blessa car il ne disait rien de plus que la vérité. Pendant des années, pendant presque toute la vie de son cousin en fait, il n'avait fait que le tourmenter : « chasse au Harry », insultes... Le jeune homme était désormais assez mature pour comprendre qu'une grande part de son éducation entrait en ligne de compte. Ses parents n'aimaient pas Harry et l'aimaient lui. Mais ils l'aimaient mal, à l'avoir laissé tout faire, à ne pas avoir posé de limites. Harry avait été un enfant innocent, un orphelin, et c'était un miracle que personne n'avait appelé la protection de l'enfance ! Le faire dormir sous un placard, toutes les corvées, aucun vêtement à sa taille... Rien que d'y penser, son sang se mettait à bouillir. Et même s'il avait des circonstances atténuantes, il n'était pas complètement innocent. Enfant, cela passait encore mais une fois adolescent ? Une fois assez grand pour comprendre les notions de bien, de mal ? Au lieu d'être un réconfort pour son cousin, il avait été son tourmenteur. Et malgré tout, Harry lui avait sauvé la vie. Il l'avait sauvé de ces étranges créatures qui aspiraient la joie. Il l'avait sauvé au risque d'être renvoyé de son école de magie, sans doute le seul endroit où il était heureux. Face à ces êtres étranges, Dudley avait eu un reflet de qui il était vraiment :
Le monstre de Privet Drive n'était pas Harry mais lui-même.
Il s'était vu mauvais, stupide, rouge comme une pomme avec des vers lui sortant des narines. Un fruit pourri.
Oui, il avait suivi l'Ordre pour sa sécurité, il avait remercié Harry de l'avoir sauvé, il lui avait serré la main en lui disant qu'il ne prenait pas trop de place. Mais qu'est-ce que cela valait par rapport à plus d'une décennie de maltraitance ? C'était aussi pour cela que Dudley avait invité Harry à boire un verre à quelques jours de Noël : pour lui présenter ses excuses. Ce qui était le strict minimum, il en avait conscience, mais il devait bien commencer quelque part.
- Je ne t'ai jamais demandé pardon. Souffla-t-il
- Pardon pour ? Demanda Harry en haussant un sourcil
Son expression voulait tout dire : les mots Dudley Dursley et pardon n'allaient pas de pair.
- Pour tout ce que je t'ai fait.
- C'est du passé, Dudley.
- Ce n'est pas une raison pour l'ignorer. Je ne m'attends pas à ce que tu me pardonnes, Harry.
Les yeux du sorcier le scrutaient et malgré son angoisse, le moldu tint bon.
- En fait, je sais que tu ne me pardonneras sans doute jamais. Et tu auras bien raison. J'ai été infâme. Et si j'ai des raisons, au mieux, elles expliquent mais ne justifient rien. Je veux juste que tu saches que je regrette profondément ce que je t'ai fait subir. Harry, je suis sincèrement désolé pour tout le mal que je t'ai fait.
Le jeune homme étudia quelques instants son cousin avant de soupirer.
- Je ne t'en veux pas, Dudley. Finit-il par lâcher. Je ne t'en veux plus, à dire vrai. Tu as été assez puni avec les détraqueurs. C'est une chose que je ne souhaite à personne.
- C'est comme ça que ça s'appelle... Je ne retiens jamais le nom.
- Tu n'aurais jamais dû les croiser de toute façon.
- Peut-être. Mais je les ai croisés. Et tu m'en as sauvé alors que je venais de t'humilier, une nouvelle fois. Pourquoi m'avoir sauvé, Harry ?
- Parce que tu es mon cousin. Répondit-il sobrement. J'ai déjà peu de famille, je ne veux pas en perdre plus. Et je te l'ai dit, personne ne mérite le baiser d'un détraqueur.
- Tu me vois encore comme un membre de ta famille ?
- On ne choisit pas sa famille, Dudley. Et tu n'étais pas le pire. Comment aurais-tu pu tourner autrement avec l'éducation que l'on t'a donnée ? Je ne dis pas qu'Oncle Vernon et Tante Petunia sont des mauvais parents. Mais ils t'ont élevé en te faisant croire que j'étais l'incarnation de la peste. Tu les as crus, comme tout enfant croit son père ou sa mère.
- Je n'ai pas cherché à évoluer non plus.
- Parce qu'on t'a fait croire qu'il n'y avait pas besoin d'évoluer. Le réveil a dû en être que plus dur.
Dudley plongea son nez dans sa tasse.
- Si cela peut te soulager, si tu as besoin d'entendre ces mots, sache que je te pardonne, Dudley. Lui dit Harry. Bien sincèrement.
- Merci Harry...
Il but quelques gorgées de sa boisson.
- Où vis-tu, désormais ?
- Au 12, square Grimmaurd à Londres.
- C'est la maison de ton parrain, je crois. Celle qu'il t'a léguée.
- Tu as bonne mémoire...
- Je suis désolé que tu l'aies perdu, lui aussi. Il devait beaucoup t'aimer.
- Oui... Oui, il m'aimait beaucoup.
Le moldu observa les passants dehors, certains s'arrêtant aux boîtes aux lettres. Une idée germa dans son esprit.
- Tu m'autorises à t'écrire une carte pour Noël ?
La mine confuse de son cousin l'aurait presque fait rire.
- Je sais, je suis pas Shakespeare... Et je peux comprendre si tu ne veux pas qu'on continue à se fréquenter.
- Non ! Du tout ! En fait... Ca me ferait très plaisir d'avoir une carte, Dudley. Ecris-moi, je te répondrai. Je ne pense pas qu'on deviendra les meilleurs amis du monde. Mais si on peut avoir un petit lien, un petit lien sincère, cela serait vraiment bien. Je n'ai pas d'autres cousins.
Harry lui griffonna son adresse sur la serviette en papier qui accompagnait leur commande. A l'extérieur, il s'était mis à neiger et Dudley voulut y voir un signe : les flocons, blancs et purs, une couleur uniforme, qui recouvrait le gris des pavés comme pour faire écho à une page qui se tournait, une table rase pour redémarrer à zéro.
Une opportunité qu'Harry lui offrait en acceptant.
Un cadeau à la valeur précieuse.
Un présent qu'il savait qu'il ne méritait pas mais auquel il ferait honneur.
Sur le chemin du retour, il acheta la plus belle carte de Noël de la papeterie. Harry ne méritait pas moins que cela.
FIN
