Après cette révélation, que j'ai toujours du mal à avaler, je suis rentré dans la Salle Commune de Serpentard. Et, même si la lune est haute maintenant, je n'ai toujours pas bougé de là.

Je ne suis pas fatigué. En fait, tout ce que je suis capable de faire, c'est me rappeler en boucle les paroles d'Astoria. Je la vois, avec son sourire joyeux, m'annoncer encore et encore que son union avec Draco va avoir lieu dans quelques jours à peine. Quelques jours. Oui. Pas dans plusieurs semaines, mois ou années. Non ! Juste… quelques jours !

Je n'arrive pas à penser à quoi que ce soit d'autre…

Je devais sûrement ressembler à un zombi quand Blaise et Draco étaient là tout à l'heure. Enfin, le premier n'était pas très bavard pour une fois et le second était plongé dans ses pensées, donc ils n'ont peut-être rien remarqué.

À côté de cette nouvelle, ce qui me fait mal, et c'est ironique à dire, c'est que Draco ne m'a même pas invité à cette union. Alors, oui, ça me ferait vraiment chier d'y aller car je n'ai aucune envie de le voir heureux aux bras d'Astoria, aussi gentille soit-elle. Mais… Il ne me l'a même pas proposé. Pourquoi ? Est-ce qu'il pense que je ne serais pas venu ? Ou ne veut-il simplement pas que je sois présente ? Notre amitié est pourtant redevenue solide. Or, les amis sont toujours présents à ce genre d'évènement, non ?

Rhaaaaa ! Mais pourquoi je me prends la tête pour quelque chose auquel je n'ai même pas envie d'assister ? Sûrement car je suis blessé qu'il n'ait même pas pensé à moi en tant qu'inviter. Ou alors, il attend la dernière seconde pour le faire ? Non, je n'y crois pas.

Bon, il faut que j'arrête de penser à ça ! Oui, voilà, il faut juste que… j'arrête… et… Non, je n'y arrive pas ! Fait chier…

Mais, plus que ça, je n'ai aucune envie de voir ce que tout ça va donner. Pourtant, j'en ai une idée bien précise. Ils vont vivre une parfaite petite idylle, peut-être même qu'ils se mettront en ménage juste après les examens, puis feront un enfant et…

STOP ! Pourquoi je me sens obligé de me faire du mal ?

Bon, là c'est trop, je n'en peux plus. Il faut que je trouve un moyen d'arrêter de penser à tout ça et… Oh ! Non, ça serait mal de prendre une telle décision sur un coup de tête, mais… Si je repars, maintenant, dans mon monde, alors je n'aurai plus à vivre tout ça. Je ne verrais pas le bonheur de Draco auprès d'une autre, ni le mien s'effondrer dans le même temps.

Puis-je vraiment décider maintenant, sans en parler à qui que ce soit, de repartir ? Après tout, je n'étais même pas censé être ici à l'origine. Ce n'est qu'un coup du sort si c'est arrivé. Alors, même si je disparais du jour au lendemain, comme quand je suis arrivé, cela n'est pas vraiment grave. Non… ?

Dans le doute, je sors un parchemin et l'une de mes plumes. Je refuse de partir comme une voleuse. Je devrais au moins laisser un mot et… Oh, j'ai une idée !

Je prends mon sac en vitesse, fouille dedans jusqu'à ce que j'aie trouvé ce qu'il me fallait. Ensuite, je me mets à écrire rapidement ce qui me vient en tête. J'ai toujours été mauvaise pour les adieux. Alors je préfère ne pas trop y réfléchir et écrire comme cela me vient. Ça ne sera pas de la poésie, ni du grand art, mais au moins, ça sera spontané.

Maintenant que c'est fait, il faut que je trouve un moyen de leur donner. Je ne peux aisément pas m'incruster dans le dortoir des garçons en pleine nuit. Pour le peu qu'il y en ait un de réveil, tous les autres suivront. Or, je ne pense pas être capable de les regarder en face en leur disant :

— Hey, vous êtes levé, ça tombe bien car je pensais m'enfuir comme une voleuse en vous laissant ça.

Non, non, non, impossible.

C'est un bruit de pas dans mon dos, qui me fait sursauter. Je me retourne, priant pour que le karma ne soit pas à nouveau contre moi et soupire de soulagement. Il s'agit de Théo.

— Déjà lever Elena ?

— Plutôt, pas encore couché on va dire.

Il s'avance vers un livre qui traîne sur la table basse au centre de la pièce.

— Théo, je pourrais te demander un service ?

Il hoche la tête, en me demandant ce qu'il me faut. Je lui explique rapidement et il accepte sans rechigner.

— Merci beaucoup, Théo.

— Pas de souci.

Il n'est vraiment pas bavard. Enfin, pour aujourd'hui, cela m'arrange.

Bon, la prochaine étape c'est d'aller récupérer mes affaires dans le dortoir des filles, sans faire le moindre bruit. Fort heureusement pour moi, elles ont toutes un sommeil de plomb et je n'en réveille aucune. Une fois que je suis sûre de rien avoir oublié, je sors de la Salle Commune.

Je me dirige ensuite vers le bureau de Dumbledore, avant de m'arrêter net. Est-ce qu'il va vraiment être là-bas à cette heure-ci ? Tant pis, pour maintenant, autant aller voir.

Une fois devant l'escalier, je monte rapidement les marches. J'ai la surprise, et la joie surtout, de voir que Dumbledore est bien présent dans son bureau malgré qu'il fasse encore nuit.

— Mademoiselle Maur ? Vous êtes bien matinale aujourd'hui.

— En effet.

— En quoi puis-je vous aider ?

Il jette un oeil au sac qui se trouve à mes pieds, alors il doit sans doute avoir deviné. À mon grand désespoir, je ne peux pas emporter Fanya. Une chouette serait bien trop encombrante et bruyante. Or, comme je ne sais pas où je vais bien pouvoir habiter en rentrant, je ne peux pas prendre le risque de l'emmener avec moi. J'espère juste que Draco, Blaise ou même Harry, acceptera d'en prendre soin pour moi.

— Je voudrais rentrer chez moi.

Il plisse les yeux, puis me fait signe qu'il a compris. Ensuite, il s'approche de Fumseck, son phœnix et me dit d'approcher.

— C'est lui qui vous ramènera chez vous. Ne vous en faites pas, cela sera sans douleur aucune.

Je hoche la tête, ne sachant pas quoi dire d'autre. Mais, avant de tendre la main vers l'oiseau, je me tourne une dernière fois vers Dumbledore.

— C'était vous n'est-ce pas ? Depuis le début.

— Quoi donc ?

— C'est vous qui m'avez amené ici et il n'y a jamais eu de prophétie à mon nom.

Il sourit à cette constatation. Il n'a pas besoin de me répondre, je suis sûre que c'est ça. Le déclic c'est fait là, alors que je n'y avais pas pensé il y a quelques minutes.

— Pourquoi ?

— Car vous en aviez besoin.

Vraiment ? Et pourquoi au juste ? Me rendre compte, qu'après avoir été en couple avec un connard, je pouvais tomber amoureuse de quelqu'un qui n'était pas pour moi ? Ou alors, pour me faire découvrir un endroit merveilleux, qui n'est au final qu'une passade temporaire dans ma vie ?

Je ne pose pas plus de question, à la place je tends enfin la main vers Fumseck. Il prend son envol, vient se poser juste au-dessus de moi, et ensuite c'est le trou noir.