(Point de Vue - Draco)
Quand je décide enfin à me lever, je tombe directement sur la vue d'une petite boîte. Je la prends, curieux de voir ce qu'il peut y avoir dedans, quand j'entends Blaise avoir un hoquet de surprise non loin de moi. Je me retourne vers lui, pour voir ce qu'il lui prend, et je remarque qu'il a dans les mains, le même genre de cadeau.
Sauf que lui, il l'a déjà ouvert et je le vois fixé, sans même cligner des yeux, ce qu'i l'intérieur. Je vois aussi qu'il a, dans une main le couvercle de la boîte et dans l'autre il tient une carte.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Je pose la question, alors qu'au fond de moi je n'en ai pas vraiment envie. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai un mauvais pressentiment.
— C'est… c'est… enfin… je…
Jamais je n'ai vu Blaise aussi choqué. Il n'arrive même plus à faire une phrase complète. Je vais alors jusqu'à lui, et regarde ce qu'il y a dans sa boîte. Il s'agit d'une petite potion que je reconnais sans mal être du Felix Felicis. Rogue nous a demandé d'en faire une, durant notre premier cours, au début de l'année. Et, six mois plus tard, nous avons pu profiter du résultat final. Celle que j'ai faite avec Elena était parfaite, alors Rogue nous en a donné dans un flacon.
Nous avons d'ailleurs été les seuls à en avoir, alors comment peut-il en avoir ? Est-ce qu'Elena lui aurait donné la sienne ? Dans le doute, je préfère voir directement avec Blaise, plutôt que de sauter sur des conclusions hâtives.
— Il s'agit de Felix Felicis ?
Mon intervention suffit à ramener Blaise dans l'instant présent. Il semble être en colère et euphorique en même temps, ce qui est très étrange.
— Je vais la tuer…
Il doit parler d'Elena, même si je ne vois pas pourquoi quoi il dirait ça. Mais en dehors d'elle, Blaise ne parle qu'à très peu de filles, donc je ne vois pas de qui d'autre il pourrait parler.
— Pour quelle raison ?
— Car elle m'a dit qu'elle ne me le donnerait jamais !
C'est la vérité, j'étais même là à ce moment-là. Alors, pourquoi changer d'avis maintenant ? Et, pourquoi ne pas lui donner en mains propres ?
— Tu es sûr que ça vient d'elle ?
Enfin, Rogue n'a donné de la potion qu'à Elena et moi, donc ça limite les autres possibilités. Surtout que c'est quelque chose de trop rare, pour que quelqu'un d'autre ait eu le temps d'en faire et de lui en donner une. Surtout qu'il n'en a parlé devant personne d'autre, à ma connaissance.
Plutôt que de me répondre, Blaise me tend le papier, qui devait se trouver dans la boîte avec le Felix Felicis, et sur lequel est écrit quelque ligne. Je reconnais sans peine l'écriture d'Elena pour avoir travaillé avec elle sur la plupart de nos cours.
"Blaise,
Je sais que je t'avais dit que tu n'avais pas besoin de ce flacon de Felix Felicis. Et, devine quoi ? Je le pense encore ! Je suis toujours certaine que tu n'as pas besoin de ça pour plaire. Alors, arrête de t'arrêter sur chaque prétexte que tu trouves pour ne pas faire le premier pas !
Cependant, si vraiment tu penses le contraire, malgré tout ce que je pourrais te dire, il est à toi.
En espérant que tu arriveras à faire sans,
Elena."
Je ne comprends pas, pourquoi Elena laisserait un tel message à Blaise ? Pourquoi n'a-t-elle pas simplement attendu de le voir, plus tard dans la journée, pour le lui remettre ?
Dès que la question traverse mon esprit, j'ai l'impression de ne plus savoir respirer. Depuis que j'ai ouvert les yeux, j'ai un mauvais pressentiment, mais…
J'entends, plus que je ne vois au vu de mon état, Blaise se lever de son lit et s'avancer vers Théo. J'en profite alors pour m'asseoir, là où il était il y a quelques secondes, car j'ai l'impression que mes jambes peuvent me lâcher à tout instant.
— Eh, tu saurais quand est-ce qu'Elena a pu déposer ça ?
Ce dernier doit être en train de lire, comme à son habitude, car il ne répond pas tout de suite. Ensuite, j'entends une page se tourner et, enfin, la voix de Théo se fait entendre dans mon dos.
— Bien avant que le soleil ne soit levé, je dirais. Je suis allé dans la salle commune, pour récupérer le livre que j'avais laissé là-bas hier au soir. Je l'ai vu et elle m'a demandé de vous déposer ça sur vos tables de chevet.
— Nous ? Attends, Draco, t'en as eu une aussi ?
Je hoche la tête, sans pour autant le regarder. Car je suis incapable de détourner le regard de la boîte que je tiens dans ma main. Pourquoi ai-je l'horrible sensation que cela ressemble à un cadeau d'adieu ?
Le message qu'elle a laissé à Blaise m'a fait cet effet, alors… si j'ouvre la mienne, est-ce que cela rendra la situation définitive ? Ou bien, est-ce que j'imagine seulement des choses, car j'ai terriblement peur de la perdre ?
Ne pouvant pas repousser le moment éternellement, je me décide enfin à soulever le couvercle pour découvrir ce qu'i l'intérieur.
Au-dessus de tout, il y a un mot, écrit sur le même papier que pour celui de Blaise. La main légèrement tremblante, je le prends pour pouvoir le lire.
"Draco,
Pour te dire la vérité, je ne sais pas vraiment ce que je peux te dire. Merci, pour commencer. Merci pour m'avoir si bien accepté. Merci d'être devenu mon ami. Merci de m'avoir créé autant de beau souvenir. En fait je pense que je devrais te dire merci, simplement, pour m'avoir fait une petite place dans ta vie.
Je sais que tu m'as fait comprendre, à de nombreuses reprises, que je n'avais pas besoin de te rembourser. Mais, dans la bourse qui est jointe avec ce mot, tu trouveras quand même la somme exacte que je te devais. C'était la moindre des choses. Après, tu en fais ce que tu veux, c'est à toi maintenant.
Aussi, tu m'as fait la réflexion, une fois ou deux, que Colin et Denis étaient souvent dans les parages. Tu n'avais pas tort. Harry, désolé de devoir parler de lui ici, m'a offert un album photo pour Noël, comme tu le sais. Et il a demandé aux deux frères de m'aider à le remplir autant de possible. Quand ils m'ont montré toutes leurs prises la dernière fois, il y en a eu une que j'ai tout de suite voulu t'offrir. Je l'ai donc aussi mise dans cette boîte pour toi. J'espère qu'elle te plaira et qu'elle te permettra de comprendre que tu n'es pas seul. Et surtout, que tu n'as pas à l'être.
On fait tous des erreurs, Draco. Mais il ne tient qu'à nous de nous rattraper. Je suis sûre, du plus profond de mon coeur, que tu es quelqu'un de bien. Il faut juste que tu le voies, toi aussi.
Oh, et je te dois aussi des félicitations, même si je suis un peu en avance. J'espère que tu seras heureux avec Astoria. En tout cas, elle semble vraiment être quelqu'un de bien.
Avec toute mon affection,
Elena."
J'ai la gorge serrée d'avoir lu ce mot. C'est clairement un adieu…
Quand je repose la petite carte, je vois qu'il y a en effet une bourse pleine, à l'intérieur de la boîte. Je ne prends pas la peine de l'ouvrir, cet argent ne m'intéresse pas. À la place, je la bouge doucement pour pouvoir récupérer la photo qui se trouve juste en dessous.
Il s'agit de moi, un peu avant des vacances de Noël, lors du premier match de Quidditch de l'année. Je venais d'attraper le Vif d'or et tout le monde nous avait rejoints sur le terrain. Pour ma part, je cherchais Elena des yeux. J'avais absolument besoin de la voir car c'était sa présence qui m'avait donné autant envie de gagner. Mais il m'a fallu du temps avant de la trouver tant il y avait de monde autour de moi.
Ce cliché a été pris quelques minutes avant je pense. Tandis que tout le monde me félicitait, me serrait la main ou me montrait son soutien.
— Jolie photo !
Blaise m'a rejoint et comme il semble intéressé, je lui tends le cliché. Juste après, tout en gardant la boîte dans les mains, je sors du dortoir. Je ne fais attention à personne, tandis que je passe par la salle commune, puis je débouche dans le couloir.
C'est presque en courant, que j'arrive face au bureau de Dumbledore. Si quelque sait quelque chose, c'est obligatoirement lui.
Je dis le mot de passe, puis monte les marches quatre par quatre. Une fois en haut, je ne prends pas la peine de reprendre mon souffle, avant de rentrer.
— Ah, monsieur Malfoy, je me demandais quand est-ce que vous viendriez me voir.
Comme à son habitude, Dumbledore à son air qui montre qu'il sait tout mieux que tout le monde.
— Mais vous arrivez trop tard, mademoiselle Maur a déjà été renvoyée dans son monde.
Je m'en doutais déjà, mais ça n'en reste pas moins un choc.
Sans demander la permission, je m'assois, et essaie de faire bonne figure. Mais je n'y arrive pas. Elle est partie…
— Pourquoi… ?
C'est la seule chose que j'arrive à demander.
— C'était son choix.
Pourtant, elle semblait allée bien quand je l'ai vue hier. Elle était toujours égale à elle-même, souriante et bienveillante. Alors, pour quelle raison a-t-elle décidé de partir d'un seul coup ?
— Vous ne pouvez pas la faire revenir ici ?
Il secoue la tête de manière négative, mais comprenant sûrement que je ne vais me contenter de ça, il prend ensuite la parole.
— Je ne peux pas la forcer à revenir, alors que ce n'est pas son souhait.
— Mais… Quand elle est arrivée ici, elle ne le voulait pas non plus. Puis, au final, ça lui a bien plu, non ? Alors…
Tandis que je parle, je réalise quelque chose.
— C'était vous qui l'avez amené ici, n'est-ce pas ?
Un mince sourire naît sur son visage.
— Vous êtes intelligent monsieur Malfoy. Mademoiselle Maur en est arrivée à la même conclusion toute à l'heure, elle aussi. Et c'est exact, c'était moi.
— Vous l'avez donc déjà, en quelque sorte, forcée une fois à venir ! S'il vous plait, je dois absolument lui parler !
— Je ne l'ai pas forcé, c'était son vœu. Elle voulait, au fond d'elle-même, s'échapper de sa vie. Je l'ai aidé par rapport à ça. Mais, cette fois, son souhait était de partir.
Non, non, non ! Il doit bien y avoir quelque chose à faire pour que je puisse lui parler ! Je ne peux pas simplement me dire qu'elle est partie, et reprendre ma vie comme avant. Pas sans elle !
— Alors, envoyez-moi là-bas !
Cette fois, son sourire se fait crisper.
— Je doute que ce soit aussi une bonne idée.
— Pourquoi ? C'est mon choix !
— Mais, vous existez déjà là-bas, sous un autre nom. Rappelez-vous de ce que vous a dit mademoiselle Maur sur le monde dont elle vient.
Comment oublier que, là-bas, je ne suis qu'un personnage fictif ?
— Vous, comment avez-vous fait, alors ?
— C'est un secret. De toute façon, même si je vous répondais, je ne pourrais pas vous laisser partir. Je doute que vos parents apprécient beaucoup que vous disparaissiez du jour au lendemain, sans prévenir, pour suivre quelqu'un dans une autre réalité.
Il n'a pas tort, mais… Il faut que je trouve un moyen. Absolument ! Je refuse d'abandonner et de la laisser disparaître de ma vie, sans rien tenter !
