Mon casque visé sur ma tête, je décide me perdre dans une musique au hasard. Un sourire prend place sur mes lèvres quand j'entends la première note de piano qui résonne dans mes oreilles. Cette chanson, je l'ai longtemps écoutée, mais jamais elle ne m'avait paru aussi réelle. Jamais, avant, je n'avais pu m'identifier à elle. Jamais, je n'aurais cru être à la place d'un des Enfants perdus dont il est question ici.

"Run, run, lost boy," they say to me,

"Away from all of reality."

("Cours, cours, garçon perdu" me disent-ils

"Loin de toute réalité")

Déjà quand j'étais plus jeune, je trouvais qu'être un Garçon perdu, c'était triste. Cela voulait dire se retrouver seul, loin de chez soi. Évidemment, le fait de ne pas grandir me plaisait. Surtout quand je voyais ou entendais mes parents parler de leur travail. Cela me semblait si ennuyant que je refusais de vivre la même chose. Mais je ne les aurais quittés pour rien au monde.

Cependant, maintenant que je suis obligé de revivre chez eux, ma version est quelque peu différente. Bien sûr, je leur suis reconnaissante de m'accueillir, surtout après tout ce qui s'est passé.

Avant d'ouvrir les yeux, après ma discussion avec Dumbledore, j'ai eu l'impression de tomber dans le terrier du lapin blanc. Autant dire que cela n'avait rien d'agréable. Surtout que j'ai eu l'impression que cette chute durait une éternité. Et, à vrai dire, je ne serais pas capable de dire le temps exact que cela a mis. Une minute, une heure ou bien plus encore ? Mais ce qui est sûr c'est que quand je me suis réveillée, j'étais à l'hôpital.

Cela a été un choc. Mais je ne pouvais pas me tromper. Les murs blancs qui remplissaient tout l'espace ou encore l'odeur de médicament qui m'entourait étaient des preuves suffisantes. Et c'était sans compter les deux infirmières qui sont arrivées dans ma chambre, quelques minutes seulement après mon réveil. J'étais dans les vapes, sans doute à cause de la perfusion que je voyais à mon bras, et elles me parlaient sans que je comprenne vraiment ce qu'elles disaient.

Puis, elles m'ont laissé seule ce qui m'a permis d'essayer de comprendre ce qui m'était arrivé. Là, je me souviens avoir eu une pensée qui m'a glacé le sang. Je me suis dit que, peut-être, toute mon aventure à Poudlard n'avait été qu'un rêve. Une manière pour mon cerveau, de rendre ma situation plus acceptable pour moi.

Mais je n'ai pas vraiment eu le temps d'y penser, car mes parents sont arrivés alors que je paniquais par rapport à tout ça. Évidemment, ils ont cru que c'était à cause de mon réveil soudain que j'étais dans un tel état. C'est à ce moment-là qu'ils m'ont donc racontés ce qu'ils savaient.

C'est comme ça que j'ai su que j'avais fait une sorte de malaise à Londres. Quelqu'un a eu le bon réflexe d'appeler une ambulance, puis j'ai été amené à l'hôpital pour y subir une batterie de test. Mais, malgré que mes constantes étaient bonnes, je ne réagissais pas. J'étais tombé dans le coma sans que personne ne puisse l'expliquer.

Ma mère était effondrée, malgré mon réveil et je voyais que mon père était mal aussi, mais il tenait bon pour elle. Et aussi pour moi, je pense.

Il a fallu plusieurs jours, avant que les médecins acceptent de me laisser partir. Et encore, c'est uniquement car mes parents ont promis de me garder chez eux pour veiller sur moi. Et aussi, car j'ai accepté que l'hôpital m'appelle régulièrement pour prendre de mes nouvelles et être sûr qu'il n'y ait aucune complication.

Alors, je n'irais pas jusqu'à dire que je suis en pleine forme. Mais aujourd'hui, alors que cela va faire plusieurs semaines que je suis sortie de l'hôpital, je me sens vraiment mieux. Je ne suis plus constamment essoufflé, je n'ai plus envie de rendre à tout instant et mes migraines se font rare. Ce qui, selon les infirmières, est une très bonne chose. Cela montre que mon rétablissement se fait sur la bonne voie.

Ne reste que le moral…

Pendant mes quelques jours à l'hôpital, j'ai retourné encore et encore dans ma tête cette histoire de voyage entre les mondes. Cela me semblait fou d'y penser et aussi, j'avais l'impression de juste me faire du mal. Surtout que je ne pouvais en parler à personne. Sinon on m'aurait sûrement prise pour une folle et j'aurais écopé d'un rendez-vous avec un psychiatre illico presto, j'en suis sûre.

Ce n'est que quand je suis arrivé chez mes parents, que je me suis rendu compte que rien de tout ça n'avait été un rêve. Tout s'était réellement passé et j'en avais la preuve dans mon sac. En effet, quand je l'ai ouvert, il était exactement comme lorsque je suis allé voir Dumbledore. Il y avait quelques livres de cours, le Vif d'or que Draco m'avait offert, l'album photo qui avait été le cadeau de Noël d'Harry, plusieurs photos de Denis et Colin qui s'était échappé du carnet et même ma baguette.

En voyant tout ça, je me suis effondré en larmes. Encore aujourd'hui, je ne sais pas si c'était des larmes de joie, ou de tristesse. De joie, car au moins cela me montrait que cela n'avait pas été qu'un songe. J'avais vraiment fait partie de leur vie pendant un temps. Et de tristesse car c'était aussi la preuve que c'était vraiment fini. Cela a été mon choix et je reconnais sans peine que c'était ce qu'il y avait pour le mieux. Mais…

Neverland is home to lost boys like me

And lost boys like me are free

(Le Pays Imaginaire est une maison pour les Garçons perdus comme moi

Et les Garçons perdus comme moi sont libres)

Jamais je n'aurais pu imaginer être si proche des Enfants perdus dont il est question dans cette chanson. Pourtant, c'est le sentiment que j'ai. Je n'irais pas jusqu'à dire que Poudlard est ma maison. Je n'en suis pas là. Mais je me sentais vraiment bien là-bas et les gens que j'ai rencontrés resteront à jamais dans ma mémoire. Et pas juste parce qu'ils sont… eux.

Enfin, ce que je veux dire, c'est qu'ils ne vont pas me marquer car ils sont les personnages de la saga Harry Potter. Non. Ils resteront pour toujours dans mon coeur, car j'ai appris à les connaître, à les comprendre et j'ai pu avoir une place dans leur vie. Tout comme eux en ont eu une dans la mienne. Même si ça n'a pas duré très longtemps.

— Ma chérie, me dit ma mère en me rejoignant dans le jardin, tu as de la visite !