Ma mère vient de se planter devant moi, alors j'enlève doucement mon casque. Oh, je sais déjà qui est là, c'est pour ça que je ne suis pas pressé. Il n'y a qu'une personne qui peut faire naître un tel sourire béat sur le visage de ma mère. Jack…

Il est d'abord venu me voir à l'hôpital. En fait, il était toujours dans mes contacts d'urgence donc il a appris mon état, juste après mes parents. Et, de ce qu'on m'a dit à l'hôpital, il serait venu me rendre visite très régulièrement, durant mes longs mois de coma. Et il n'a pas perdu cette habitude, malgré que je sois chez mes parents. En fait, c'est même plutôt l'inverse car il vient encore plus souvent. On m'avait parlé du fait qu'il venait me rendre visite une fois par mois. Ici, c'est plutôt tous une fois tous les deux jours… Au grand plaisir de ma mère qui n'attend qu'une chose : que je lui annonce que j'ai donné une seconde chance à Jack. Ce qui n'arrivera jamais, mais elle refuse de l'accepter. Lui aussi d'ailleurs, à mon grand dam.

— Salut, commence-t-il en me rejoignant dehors. Ça va ?

Je hoche la tête, n'ayant pas envie de lui répondre. Je lui ai déjà expliqué ma façon de penser, mais il refuse de l'accepter. Pire, ma mère n'aide pas vu qu'elle ne cesse de lui demander de rester diner. La première fois, elle lui a même proposé de rester dormir là. C'est vraiment parce qu'elle a dû lire dans mon regard que, si cela arrivait, alors c'était moi qui partirais, qu'elle n'a plus osé recommencer.

— Je t'ai apporté ça, c'était encore chez moi.

— Merci.

Ça, c'est sa meilleure excuse. Je le soupçonne d'avoir retourné tout son appartement pour y retrouver tous les objets qui étaient à moi. Ensuite, il a dû les mettre dans un coin, bien en évidence. Et il m'en ramène un à chaque fois qu'il vient. Comme ça, il a l'excuse de revenir pour m'apporter ce qui reste. Et comme je me souviens avoir laissé de nombreuses choses chez lui, ça va être long.

— Qu'est-ce que tu faisais ?

— J'écoutais de la musique.

Et je pensais à la vie que j'ai abandonnée pour revenir ici. Mais bon, ça, je ne peux pas lui dire. Mais c'est vrai que j'y pense très souvent. Il ne passe pas une journée, sans que Poudlard ne vienne s'incruster dans mes pensées. Et encore, si seulement c'était le château qui faisait ça. La vérité, c'est que c'est surtout un blond en particulier, qui ne cesse de me revenir en tête.

Jack ne trouve rien à répondre, alors il se tait. J'aimerais tellement qu'il s'en aille. Je n'ai aucune envie qu'il reste, et il le sait, alors qu'est-ce qu'il espère en revenant ici encore et encore ? Me faire changer d'avis ? Il s'y prend mal, alors !

— Jack, je pense qu'il faut que tu saches quelque chose… Voilà, je…

— Non, ne dit rien ! Je sais déjà ce que tu vas dire.

Encore heureux qu'il le sache, je n'ai pas été très discrète quant à ce que je pensais de lui depuis mon réveil. Je lui ai même dit en face, à plusieurs reprises.

— Alors, si tu le sais, pourquoi tu continues de venir ici ? Je veux dire, c'est gentil de ta part, je suppose, de prendre de mes nouvelles. Mais tu pourrais envoyer un message, ça serait plus rapide.

— Car je me dis que tu vas peut-être finir par te rendre compte que tu as fait une erreur.

Minute… Quoi ?

— Quoi ? ne puis-je m'empêcher de demander aussi à voix haute.

— Eh bien, oui, tu n'aurais pas dû partir et je suis sûr que tu vas finir par t'en rendre compte. Mais si tu as besoin de temps, je peux essayer de le comprendre.

— Jack, commençais-je avec un semblant de rire, je ne compte pas changer d'avis. Je suis sûre de ma décision et à aucun moment, je compte revenir dessus.

Il me regarde, mais c'est comme s'il n'enregistrait pas ce que j'étais en train de lui dire.

— Tu ne sais juste pas ce que tu dis. Tu as encore besoin de temps, c'est tout.

Je ris, d'un rire sans joie, simplement car je ne sais pas comment réagir autrement.

— Je n'arrive pas à décider si tu es con ou si tu essayes simplement de l'être. Jack, je ne vais pas repartir avec toi. Ni aujourd'hui, ni dans dix ans, d'accord ? C'est fini de chez fini ! Tu pourras revenir autant de fois que tu veux ici, avec n'importe quel prétexte stupide, ça ne changera rien. Tout ce que ça fait, c'est me taper sur les nerfs !

Je me suis levé, ne supportant plus son regard sur moi, et j'ai commencé à faire les cent pas.

— En fait, c'est simple, même s'il y avait eu le moindre espoir que je change d'avis, ce qui n'a jamais été le cas note-le, ton comportement m'aurait dissuadé. Est-ce que là c'est clair pour toi, ou veux-tu que je prépare un long discourt pour ta prochaine visite qui t'expliquera d pourquoi je ne changerai pas d'avis ?

Je ne plaisante pas, je pourrais le faire. De toute façon, je m'ennuie, donc ça serait une occupation comme une autre. Avec un peu chance, ça, mes parents me laisseraient faire sans venir me voir toutes les cinq minutes parce qu'il ne faut pas que je me surmène trop.

— Je… commence-t-il avant de s'arrêter net et de fixer quelque chose derrière moi.

Curieuse, je me retourne à mon tour pour voir ce qui a, soudainement, attiré son attention.

— Fanya ?

Comme si elle n'avait attendu que ça, la petite chouette hulotte qui se trouvait sur la haie dans mon dos, s'envole joyeusement jusqu'à moi. Comment est-ce possible ? Je suis pourtant sûr qu'elle n'a pas pu faire le voyage avec moi. De toute façon, je l'avais laissé à la volière de Poudlard. Mais, c'est aussi impossible que ce ne soit pas elle. Elle lui ressemble comme deux goûtes d'eaux. Et surtout, elle a réagi quand j'ai dit son nom !

Instinctivement, je lève mon bras, pour qu'elle se pose dessus sans même penser au pull que je porte, que j'adore, et qui va probablement finir ruiner avec elle. Je caresse doucement sa tête, tandis que je vois du coin de l'oeil, Jack qui se rapproche pour mieux voir Fanya.

— Qu'est-ce que c'est que ça ?

— Une chouette Jack, je suis sûre que tu connais.

Oui, je suis sarcastique, mais en même temps il m'énerve.

— Oui, merci, je ne suis pas débile non plus.

Ah bon ? D'accord, je ne vais pas dire ça à haute voix. Mais je n'en pense pas moins.

— Je voulais plutôt savoir depuis quand, toi, tu as cet animal ? Surtout au vu de tout ce qui s'est passé.

Aie, question piège. Je peux difficilement lui dire que cela fait plusieurs mois, vu que j'étais dans le coma. Et, de nouveau, je ne me vois pas lui expliquer cette histoire de voyage dans un autre monde, ça ne le ferait pas.

— Quelle importance ? Ce n'est pas comme si la réponse pouvait t'intéresser, après tout.

Oui, ce n'est en rien une réponse, mais je n'ai rien d'autre. Pourtant, il va falloir que je pense à quelque chose, et vite, car je sens que je vais avoir le droit à la même question de la part de mes parents. Puisque je ne peux aisément pas abandonner ma chouette, maintenant qu'elle est là. Même si je ne m'explique toujours pas comment Fanya a pu arriver jusqu'ici. Est-ce que Dumbledore aurait réussi à me l'envoyer ?

— C'est moi qui lui ai offerte. Et c'est aussi moi qui lui ramène, donc.

D'un seul coup, je suis totalement figé. Ça ne peut pas être réel, non. Impossible. N'est-ce pas ?

Pourtant, comme pour me prouver le contraire, je me retourne en direction de cette voix que je pourrais reconnaître entre mille.

— Salut Elena, dit-il avec un sourire timide.

Draco. Comment… Que… Merde, je suis censé dire quoi là, au juste ?

— Qu'est-ce que tu fais là ?

Oui, ce n'est pas la meilleure question à poser maintenant. Mais c'est la seule qui a réussi à sortir de ma bouche. Et, à en croire son sourire qui s'agrandit, cela ne le dérange pas.

— C'est… une longue histoire ?

Je suis assez heureuse de voir que je ne suis pas la seule à avoir du mal à répondre aux questions posées.

— C'est qui lui ?!

Oh, Jack, je l'avais oublié pendant un instant. Quand je me tourne vers lui, je le vois fixer Draco en plissant si fort ses sourcils, que ses yeux en deviennent minuscules.

Qu'est-ce que je suis censé répondre à sa question, au fait ? "Oh, juste un ami, dont je suis tombé amoureuse, et qui vit dans un univers parallèle" ? Non, quelque chose me dit que ça ne passerait pas. Mais je ne sais pas vraiment pourquoi.

— Un ami.

Clair, court, concis. Au moins, je ne dévoile pas mes deux secrets les plus importants. À savoir mon voyage à Poudlard, et mon amour pour Draco. Mais… Oui, clairement, vu le regard qu'il me jette à moi maintenant, cela ne lui suffit pas.

— Jack, je pense que tu devrais t'en aller maintenant.

— Tu plaisantes ? Ce type se pointe et donc, moi, tu me vires ?

Comment j'ai fait pour aimer un abruti pareil ?

— À vrai dire, je t'avais déjà fait comprendre que tu devrais partir, avant son arrivée.

Il veut contester, mais au même moment, ma mère sort de la maison pour venir vers nous.

— Maman, tu tombes bien, tu pourrais raccompagner Jack, il comptait s'en aller ? De mon côté, je vais faire un tour, je serais de retour pour diner.

Et, avant que quiconque ait eu le temps de dire quoi que ce soit, je me mets en marche. Fanya en profite d'ailleurs pour s'envoler de mon bras et elle rejoint ensuite l'arbre le plus proche. Pour ma part, je vais droit vers Draco, que j'attrape par la main et que j'éloigne avec moi.